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Abstract

Organic cotton production in Paraguay. 2. Agronomic limitations for a novel industry. Two main limiting factors to organic cotton production are soil fertility and pest (arthropods and diseases) management. Paraguay has begun to produce organic cotton since 2003. An exploratory study was carried out in order to have a better knowledge of the way the organic cotton production has developed and to identify economic (first paper) and agronomic limitations (this paper). In addition, this paper provides an analysis of the production of cotton-seed. The study was achieved in 2008 during the cotton harvest period by interviewing the actors from the farm to the industrial level. With more than 200 tons of cotton-seed produced since 2006-2007, Paraguay has reached the second position of South-American producers of organic cotton, behind Peru. In 2007-2008, the recorded average yield of 492 kg.ha-1 of cotton-seed has been underestimated because of sales of organic cotton to the conventional industry. Fertilization and insect pest management, especially for the boll weevil Anthonomus grandis, were based on biological approaches at the whole cropping system level. Management practices included the use of made-in-farm inputs with, according to users, a fair level of efficacy but whose actual effects are mostly poorly known. We recommend in-depth studies firstly to identify the biological pathways involved when necessary, secondly to assess the qualitative and quantitative diversity of farmers practices, and thirdly to integrate their impacts at different space and time scales.
BA
SE Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 2010 14(2), 311-320
1. INTRODUCTION
Dans de nombreux pays producteurs de coton, la
culture cotonnière est à la limite de la rentabilité et ses
impacts sociaux et environnementaux ne peuvent plus
être ignorés (Abba et al., 2006 ; Pichot et al., 2006).
Dans les pays en développement, où le coton est
produit sur de petites surfaces et en régime pluvial par
une petite agriculture familiale, les rendements tendent
à plafonner, voire à décroître. La baisse de la fertilité
des sols est une des causes invoquées (Vaissayre et al.,
2008), certains auteurs parlent même d’exploitation
Le coton biologique au Paraguay. 2. Production et contraintes
agronomiques
Pierre Silvie (1), José Martin (1), Julie Debru (2), Maurice Vaissayre (1)
(1) CIRAD. UPR Systèmes de culture annuels. F-34398 Montpellier (France). E-mail : pierre.silvie@cirad.fr
(2) AgroParisTech. 16, rue Claude Bernard. F-75000 Paris (France).
Reçu le 15 juin 2009, accepté le 21 octobre 2009.
En culture cotonnière biologique, la fertilité des sols et la maitrise des bioagresseurs sont les deux contraintes agronomiques
majeures. Au Paraguay, la filière cotonnière biologique se développe depuis 2003. Le présent article fait suite à une étude
exploratoire qui a été réalisée en 2008 dans le but d’appréhender la construction de la filière et d’identifier des contraintes
économiques et organisationnelles. Ce deuxième article rapporte une analyse de la production et des contraintes agronomiques.
L’étude a été effectuée en période de récolte du coton sous la forme d’entretiens avec les acteurs institutionnels et les producteurs.
Avec plus de 200 tonnes de coton-graine produites dès 2006-2007, le Paraguay est devenu le deuxième producteur de coton
biologique sud-américain derrière le Pérou. En 2007-2008, le rendement moyen enregistré de 492 kg.ha-1 de coton-graine a été
sous-estimé en raison d’importantes fuites de production vers la filière conventionnelle. Les pratiques de gestion de la fertilité
des sols, de fertilisation de la culture et de lutte contre les ravageurs, notamment contre le charançon des capsules Anthonomus
grandis, s’inscrivent dans un système de culture avec rotation sans brûlis, avec fumier de ferme, cultures d’engrais verts et des
intrants fermiers, diversement préparés et appliqués. Leur efficacité, jugée bonne par les prescripteurs et les utilisateurs, n’a
pas été formellement étudiée. Dans tous les cas, des recherches sont nécessaires pour identifier les processus biologiques mis
en œuvre lorsqu’ils sont peu ou pas connus, pour appréhender qualitativement et quantitativement la variabilité des pratiques
paysannes et enfin pour intégrer leurs effets à différentes échelles d’espace et de temps.
Mots-clés. Coton biologique, production, rendements, système de culture, fertilité des sols, gestion des ravageurs, Anthonomus
grandis, intrants fermiers, Paraguay.
Organic cotton production in Paraguay. 2. Agronomic limitations for a novel industry. Two main limiting factors to
organic cotton production are soil fertility and pest (arthropods and diseases) management. Paraguay has begun to produce
organic cotton since 2003. An exploratory study was carried out in order to have a better knowledge of the way the organic
cotton production has developed and to identify economic (first paper) and agronomic limitations (this paper). In addition,
this paper provides an analysis of the production of cotton-seed. The study was achieved in 2008 during the cotton harvest
period by interviewing the actors from the farm to the industrial level. With more than 200 tons of cotton-seed produced since
2006-2007, Paraguay has reached the second position of South-American producers of organic cotton, behind Peru. In 2007-
2008, the recorded average yield of 492 kg.ha-1 of cotton-seed has been underestimated because of sales of organic cotton to
the conventional industry. Fertilization and insect pest management, especially for the boll weevil Anthonomus grandis, were
based on biological approaches at the whole cropping system level. Management practices included the use of made-in-farm
inputs with, according to users, a fair level of efficacy but whose actual effects are mostly poorly known. We recommend
in-depth studies firstly to identify the biological pathways involved when necessary, secondly to assess the qualitative and
quantitative diversity of farmers practices, and thirdly to integrate their impacts at different space and time scales.
Keywords. Organic cotton, production, yields, cropping system, soil fertility, pest management, Anthonomus grandis, farm-
made fertilizers and pesticides, Paraguay.
312 Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 2010 14(2), 311-320 Silvie P., Martin J., Debru J. et al.
minière des sols (Van der Pol, 1990). Une autre cause
soulignée par de nombreux auteurs dans le monde est
la baisse de l’efficacité des insecticides à la suite de
l’apparition de résistances chez certains ravageurs
du cotonnier (Tang et al., 1988 ; Armes et al., 1996 ;
Martin et al., 2005).
Face à cette crise, la recherche agronomique s’est
mobilisée (Pichot et al., 2006). Dans certains bassins
cotonniers, les bonnes relations entre la recherche
agronomique et les organismes de développement ont
conduit à changer les pratiques paysannes, notamment
celles de protection contre les ravageurs, avec la mise
en œuvre de traitements ciblés et sur seuil (Ferron
et al., 2006). Les changements dans les pratiques de
gestion des sols sont en revanche plus difficiles à
mettre en œuvre (Vall et al., 2006 ; Balarabé et al.,
2008 ; Uphoff, 2008). Les travaux de recherche en
cours privilégient la voie agroécologique qui vise à
insérer plus harmonieusement la culture cotonnière
dans des paysages agricoles à biodiversité entretenue,
afin de favoriser les régulations écologiques et de
réduire l’usage des intrants conventionnels (Deguine
et al., 2008).
LInternational Federation of Organic Agriculture
Movements (IFOAM, www.ifoam.org/growing_
organic/definitions) souligne que l’agriculture biolo-
gique ne se limite pas à exclure les intrants chimiques
de synthèse et les semences génétiquement modifiées
au profit d’intrants biologiques ou préparés à la ferme.
Elle s’inscrit pleinement dans la voie agroécologique et
vise la durabilité de l’écosystème agricole. De ce fait,
dans les zones cotonnières des pays en développement,
l’adoption de l’agriculture biologique est présentée par
ses promoteurs comme une option de sortie de crise
(Ferrigno et al., 2008).
Cependant, les contraintes génériques liées à la
production de coton biologique sont pour la plupart
bien identifiées (ICAC, 2003 ; Ton, 2003) : absence de
variétés adaptées, difficulté à produire des semences
biologiques, difficulté à mettre au point localement
des techniques de remplacement aux fertilisants et aux
pesticides de synthèse, complexité de l’organisation et
cout élevé de la certification, manque d’information sur
les couts de production. La faisabilité et la rentabilité
de la culture biologique sans fertilisants ni pesticides
de synthèse font d’ailleurs l’objet de controverses
(Matthews et al., 2006) et disposer de terres fertiles
est souvent présenté comme une condition préalable
nécessaire (Diallo, 2008 ; Ferrigno et al., 2008).
D’après Ferrigno et al. (2008), la production de
fibre de coton certifié biologique impliquait 22 pays
en 2007-2008 et représentait 0,55 % de la production
globale de coton, mais elle était en hausse de 60 à
152 % selon les pays par rapport à la campagne 2006-
2007. La production de coton biologique est pour
l’essentiel le fait d’agricultures familiales paysan-
nes, en général soutenues par des organisations,
souvent non gouvernementales (ONG). De plus, la
culture cotonnière biologique est souvent associée au
commerce équitable.
En Amérique du Sud, les trois pays producteurs de
coton biologique, le Pérou, le Paraguay et le Brésil, ont
des situations très contrastées. Sur le plan phytosani-
taire, le Pérou bénéficie de conditions favorables, du
fait de l’absence du redoutable charançon des capsules
Anthonomus grandis Boheman, ou picudo (Duthurburu,
2001 ; Lizárraga et al., 2008). À l’inverse, cet insecte,
qui fait d’ailleurs l’objet de plans d’éradication aux
États-Unis, constitue un problème sérieux au Brésil et
au Paraguay depuis son introduction accidentelle en
Amérique du Sud en 1983 (Anon., 1997). Au Brésil,
sa présence explique probablement la faiblesse de la
production dans les États du Nord-Est, notamment
le Ceará et même au Sud du pays dans les projets
pionniers de l’État du Paraná (de Souza et al., 2005).
Au Paraguay, la culture biologique du cotonnier
se développe depuis 2001. Elle alimente une nouvelle
filière textile biologique, allant jusqu’à la confection
et l’exportation de produits haut de gamme. Une
étude exploratoire réalisée en 2008 et rapportée par
Martin et al. (2010) a permis de décrire la construction
de la filière et d’en relever les contraintes d’ordre
organisationnel et économique. Cette même étude a
permis de relever des contraintes d’ordre agronomique,
notamment en matière de gestion de la fertilité des sols
et de protection contre les ravageurs du cotonnier. Ces
contraintes sont décrites dans cet article, qui présente
en préalable une analyse de la production et des
rendements, assortie de comparaisons avec le Pérou et
le Brésil et aussi avec des projets de culture cotonnière
biologique en Afrique et en Asie soutenus par l’ONG
internationale Helvetas.
2. MODALITÉS ET CONTEXTE DE L’ÉTUDE
Les modalités de l’étude per se sont décrites dans
Martin et al. (2010). L’étude s’est déroulée en période
de récolte de février à mai 2008 principalement sous
forme d’entretiens avec des agriculteurs, des entre-
prises et des institutions impliquées directement ou
indirectement dans la production de coton biologique.
De la documentation et des informations quantitatives
ont également été recueillies.
Le Paraguay est un pays austral de basse altitude
au climat subtropical relativement favorable à
l’agriculture pluviale, avec une pluviométrie de 1 000
à 1 500 mm par an et une petite saison sèche de deux
à trois mois en période hivernale (juillet-aout). Les
risques de gel sont faibles mais non nuls. Deux cycles
de culture annuels sont possibles, un cycle d’été et un
cycle d’hiver.
Le coton biologique au Paraguay. 2. Contraintes agronomiques 313
La culture du coton, qu’il soit conventionnel ou
biologique, est essentiellement assurée par de petites
exploitations familiales, contrairement au soja et à
la viande bovine qui sont produits dans de grandes
propriétés. Ces petites exploitations utilisent pour la
plupart la traction animale, elles disposent en général
d’un cheval et/ou d’une paire de boeufs. Comme le
maïs, le manioc, les haricots ou le sésame, le coton est
une culture d’été. Il est semé en octobre et récolté quatre
mois plus tard. La récolte est manuelle et dure environ
un mois en période pluvieuse (mars). Les cultures
d’hiver sont surtout des engrais verts et des plantes de
couverture dont l’usage est promu par des projets en
faveur de l’agriculture de conservation soutenus par le
Ministère de l’Agriculture.
3. RÉSULTATS ET DISCUSSION
3.1. Analyse de la production et des rendements en
coton-graine
La production de coton certifié biologique a démarré
en 2003 avec 25 tonnes de coton-graine et a dépassé
200 tonnes en 2007 et 2008, soit une croissance
moyenne de 35 % sur la période 2003-2007
(Tableau 1). Ce niveau de production situe le Paraguay
comme deuxième producteur sud-américain de coton
biologique, derrière le Pérou.
Les rendements moyens sont à considérer avec
prudence. Le rendement élevé de 1 852 kg.ha-1 de
coton-graine obtenu en 2003-2004 n’a jamais été
reproduit par la suite. Il est le résultat de conditions
de production particulières, proches du jardinage, avec
0,3 ha en moyenne par producteur, au lieu de 0,8 à
0,9 ha pour les campagnes suivantes (Tableau 1). Le
rendement de 602 kg.ha-1 enregistré en 2006-2007,
campagne marquée par une sècheresse en cours de cycle
et une pression parasitaire élevée, semble correspondre
à la réalité d’une structure de production plus dispersée
avec davantage de producteurs (Tableau 1) bénéficiant
d’un suivi moins rapproché par rapport aux deux
premières campagnes. En revanche, le rendement de
492 kg.ha-1 enregistré en 2007-2008 serait largement
sous-estimé à cause de fuites de production vers la
filière conventionnelle (Martin et al., 2010). Ces
fuites seraient la cause de la baisse de production
(-6,6 %) enregistrée en 2007-2008 (Tableau 1), alors
qu’une augmentation de production était attendue.
En effet, d’une part les surfaces étaient en hausse
sans augmentation concomitante de la surface par
producteur (Tableau 1) et d’autre part, les conditions
climatiques et sanitaires ont été favorables et nettement
meilleures qu’en 2006-2007 (absence de sècheresse et
de pullulation de ravageurs). En outre, les autorisations
de récolte délivrées dans le cadre des procédures de
certification aboutissaient à une espérance de rendement
moyen de 850 kg.ha-1 de coton-graine, presque deux
fois plus élevée que le rendement final enregistré
(Tableau 1).
Alors qu’en filière cotonnière conventionnelle,
l’estimation des rendements est imprécise à cause
du manque de fiabilité de l’évaluation des surfaces,
en filière biologique, c’est l’incertitude sur la
production 2007-2008 qui a rendu l’estimation du
rendement imprécise. Cette situation s’explique par les
circonstances particulières d’une campagne marquée
par une pression d’achat très élevée de la part de la
filière conventionnelle et, donc, de ventes substantielles
de coton biologique à la filière conventionnelle (Martin
et al., 2010). Cependant, compte tenu d’une part du
rendement moyen enregistré en 2006-2007 (600 kg.ha-1)
et d’autre part, des conditions de culture favorables de
2007-2008 cohérentes avec le niveau de rendement
attendu d’après les autorisations de récolte (850 kg.ha-1),
nous pouvons admettre que les rendements réels de la
campagne 2007-2008 ont été supérieurs à 600 kg.ha-1 et
proches de 850 kg.ha-1 de coton-graine. Les variations
autour de ces valeurs auraient couvert, d’après les
autorisations de récolte, une gamme de rendements de
Tableau 1. Évolution de la production de coton-graine certifié biologique au Paraguay (données fournies par Aratex
Orgánica) — Evolution of organic cotton-seed production in Paraguay (data provided by Aratex Orgánica).
Campagnes Production Surface Nombre Surface par Espérance de Rendement
agricoles collectée (t) (ha) d’exploitations producteur rendement* (kg.ha-1) enregistré (kg.ha-1)
(1) (2) (1) / (2)
2002-2003 25 - - - - -
2003-2004 50 27 89 0,30 - 1 852
2004-2005 80 - - - - -
2005-2006 110 - - - -
2006-2007 228 379 448 0,85 - 602
2007-2008 213 433 557 0,78 850 492
- : données non disponibles — unavailable data ; * moyenne établie sur 350 ha, sur la base des autorisations individuelles de récolte
(démarche certification) établies en période d’ouverture des capsules — mean calculated for 350 ha on the basis of individual harvest
authorizations (certification procedure) determined during the cotton boll opening period (Martin et al., 2010).
314 Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 2010 14(2), 311-320 Silvie P., Martin J., Debru J. et al.
500 à 600 kg.ha-1 dans les terres les plus dégradées du
département de Guaira à plus de 1 000 kg.ha-1 dans des
zones plus favorables, en particulier dans les parcelles
sur précédent canne à sucre (Martin et al., 2010).
La comparaison de cette situation avec d’autres
expériences dans le monde en conditions familiales
nous apporte d’autres enseignements. Sur le plan
entomologique par exemple, malgré la présence du
charançon picudo au Paraguay et dans le pays voisin,
les rendements de coton biologique paraguayens sont
plus élevés qu’au Brésil. Dans ce dernier pays, les
rares projets documentés font état de rendements très
faibles : de Souza (2008) rapporte des rendements de
100 à 300 kg.ha-1 dans le Ceará brésilien. L’intensité
des attaques du charançon est très variable, selon les
régions et les campagnes agricoles et cette variabilité
spatio-temporelle des populations mériterait d’être
mieux caractérisée afin de définir les régions les plus
appropriées pour une production durable.
D’autres comparaisons peuvent être tentées entre
continents. Une comparaison avec les projets soutenus
par l’ONG Helvetas en Afrique ou en Asie montre la
progression continue de la culture du coton biologique
depuis le début des années 2000 (Tableau 2), aussi
bien du point de vue du nombre de producteurs que
de la surface cotonnière. Au Mali et au Burkina Faso,
l’essor très marqué peut s’expliquer par le soutien fort
d’ONG internationales et par les politiques agricoles
nationales. En général, les surfaces par exploitation
sont petites, le plus souvent proche de 0,4 ha. Les
rendements restent modestes, de quelques centaines
de kilos de coton-graine par hectare.
Les variations de productions et de rendements
observés rendent compte de situations diverses parfois
très contrastées, non seulement en relation avec la
pression des ravageurs mais également en fonction
de facteurs non agronomiques comme les modalités
d’organisation et de soutien de la filière. La prise en
compte de ces nombreux facteurs, pas toujours étudiés,
est cependant indispensable pour lancer un projet de
développement de la culture du cotonnier biologique
dans une région donnée.
3.2. Systèmes de culture et pratiques culturales
Au Paraguay, l’agriculture biologique a notamment
pour but de rendre viable et durable l’exploitation
agricole en diversifiant les productions d’auto-
consommation et les cultures valorisables sur les
marchés biologiques locaux ou d’export, tout en
diminuant la dépendance des producteurs vis-à-vis
des intrants extérieurs. L’agriculture biologique
s’appuie notamment sur la valorisation maximale des
ressources locales.
Tableau 2. Évolution de la production du coton biologique dans les projets Helvetas en Afrique et en Asie — Evolution of
organic cotton production in African and Asian Helvetas projects (Helvetas, 2008).
Pays Année Production Production Surfaces Rendement Nombre de Surface par
coton-graine (t) fibre (t) (ha) coton-graine (kg.ha-1) producteurs producteur (ha)
Mali 2002 47 20 118 400 174 0,68
2003 81 34 170 475 385 0,44
2004 169 68 298 568 561 0,53
2005 386 160 740 522 1 748 0,42
2006 613 260 1 663 369 3 469 0,48
2007 798 335 2 331 342 3 847 0,61
2008* 1 346 563 3 365 400 6 516 0,52
Burkina Faso 2004 12 5 30 430 72 0,42
2005 150 61 322 466 663 0,49
2006 343 143 756 453 1 133 0,67
2007 990 436 1 996 496 2 836 0,70
2008* 2 972 1 219 5 943 500 7 275 0,82
Sénégal 2004 9 4 51 186 101 0,50
2005 17 5 51 338 128 0,40
2006 7 3 26 263 75 0,35
2007 28 12 86 327 215 0,40
2008* 35 14 87 400 469 0,19
Kirghizistan 2004 72 24 39 1 834 38 1,03
2005 166 60 98 1 695 225 0,44
2006 287 35 140 2 053 392 0,36
2007 463 166 273 1 696 649 0,42
2008* 880 300 442 1 991 837 0,53
Sources : Helvetas, 2008 ; Frank Eyhorn, communication personnelle — personal communication. * : estimations — estimations.
Le coton biologique au Paraguay. 2. Contraintes agronomiques 315
La rotation des cultures est de règle et le brû-
lis est proscrit. Les associations de cultures sont
recommandées et pratiquées à des degrés de
complexité divers. Le semis avec travail minimum du
sol en présence d’un mulch de résidus d’engrais verts
est encouragé, notamment pour protéger le sol contre
l’érosion et limiter la prolifération des adventices. De
nombreuses préparations liquides à base de plantes
et de matières naturelles diverses sont fabriquées à la
ferme pour la nutrition ou la protection des plantes.
Certaines sont recommandées et leur usage est
devenu populaire. Ces recettes et leurs usages sont
détaillés dans les manuels des principaux organismes
promoteurs de l’agriculture biologique paraguayenne
(Arasy Orgánica, 2006 ; Nicholls et al., 2007 ;
Paredes, 2007).
Au Paraguay, les sols de défriche sont relativement
fertiles (Braud et al., 1977) mais la culture continue avec
labour et brûlis des résidus de récolte a fait apparaitre
des déficiences en phosphore et en potassium, des bilans
organiques et minéraux déficitaires et de l’acidification
avec des taches de toxicités aluminique et manganique
(Anon., 1989). Le Ministère de l’Agriculture (www.
mag.gov.py/pmrn) a lancé plusieurs programmes
pilotes de conservation des sols pour l’agriculture
familiale paysanne. Les amendements calcaires et
magnésiens sont ainsi conseillés, comme les engrais
minéraux NPK, les cultures d’engrais verts et le travail
minimum du sol avec ou sans herbicide (glyphosate).
L’agriculture biologique applique grosso modo les
mêmes principes de gestion des sols, en excluant les
intrants de synthèse et en incorporant d’autres intrants
biologiques ou minéraux autorisés. Elle bénéficie
aussi de la dynamique créée par ces programmes,
notamment pour l’approvisionnement en semences
d’engrais verts.
En culture biologique de coton, les agriculteurs
utilisent des fumures organiques appliquées au sol et
des bio-fertilisants fermiers en pulvérisation foliaire.
En période de transition entre la culture conventionnelle
et la culture biologique certifiée, une analyse de sol est
souvent réalisée. Lorsque le pH du sol est inférieur à
5,2, l’apport de calcaire ou de calcaire magnésien est
recommandé. Cependant, nous n’avons pas rencontré
de cas de suivi pluriannuel du statut chimique du sol
avec répétition des analyses de sol quelques années
après.
Rotation des cultures et engrais verts. En dehors
des zones de culture de la canne à sucre le coton
est intercalé entre deux cycles de canne à sucre avec
travail du sol, le coton est souvent cultivé après un
maïs dans lequel est implanté avant récolte un engrais
vert comme la légumineuse annuelle mucuna cendrée
(Stizolobium cinereum Piper & Tracy). Le coton peut
aussi être cultivé après un manioc associé à Canavalia
ensiformis (L.) DC. (légumineuse rampante à grosses
graines). D’autres légumineuses tropicales comme le
guandu ou pois d’angole (Cajanus cajan (L.) Millsp.)
et la crotalaire érigée (Crotalaria juncea L.) sont
parfois utilisées. Après le coton, suit un engrais vert
d’hiver avant une culture d’autoconsommation (maïs,
manioc, haricot) ou de rente (sésame). Ces engrais
verts d’hiver sont des plantes de climat tempéré :
avoine noire (Avena strigosa Schreb.), lupin blanc
(Lupinus albus L.), navet fourrager (Raphanus
sativus L. var. oleifera Metzg.). Ils sont semés seuls
ou en mélange. L’avoine et le navet sont semés à la
volée sur les résidus de coton, les graines étant ensuite
légèrement incorporées par un passage de rouleau
à cornières tracté par une paire de bœufs. Le lupin
est semé à la canne planteuse (grosses graines). Ces
cultures sont ensuite détruites avant la mise en place
de la culture suivante par un ou deux passages de
rouleau à cornières ou par un fauchage à la machette.
Le mucuna cendré grimpe sur les tiges sèches
du maïs mûr et peut couvrir totalement le sol s’il est
semé au bon moment, sur sol relativement propre et
avec une densité suffisante. Il réduit l’enherbement
de la culture suivante et, en cas de gelée hivernale,
laisse un mulch rapidement décomposé et recyclé. En
l’absence de gelée, il doit être détruit avant le semis du
coton, manuellement à la machette ou avec un rouleau
à cornières. Le mulch de résidus de maïs et mucuna
est le plus souvent laissé en couverture et le coton est
semé à la main ou à la canne planteuse dans des sillons
étroits ouverts en traction animale.
De nos entretiens avec les producteurs de coton
biologique, il est apparu que les bénéfices des engrais
verts étaient dans l’ensemble bien connus mais que leur
usage restait assez limité. Le mucuna était pratiquement
le seul engrais vert pour lequel les producteurs sont
presque devenus autosuffisants. Parmi les trois engrais
verts d’hiver, les agriculteurs préféraient le lupin
blanc à cause de ses graines faciles à récolter. Des
groupements d’agriculteurs se sont même lancés dans
la production et la commercialisation de semences,
l’utilisation de semences extérieures n’étant pas
toujours possible car elle dépend de leur disponibilité
sur les marchés et des possibilités financières des
organismes d’appui ou des agriculteurs eux-mêmes.
Toutefois, l’uniformité de la couverture du sol et la
production de biomasse des engrais verts sont souvent
très variables. Par exemple, nous avons fréquemment
observé des champs de maïs-mucuna avec de fortes
irrégularités d’implantation du mucuna, présageant de
futurs défauts de couverture, précurseurs de problèmes
d’enherbement, voire de nutrition, dans la culture de
coton.
Les fumures organiques. Les fumures organiques
apportées au sol sont des fumiers et des composts de
316 Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 2010 14(2), 311-320 Silvie P., Martin J., Debru J. et al.
ferme. La recommandation est l’épandage avant semis
de 5 t par ha par an de fumier ou l’application au pied
des cotonniers de 300 kg.ha-1 de compost de lombric
après la levée. En réalité, les producteurs de coton
biologique sont loin d’appliquer ces recommandations.
En effet, même si tous les producteurs ont des animaux
d’élevage (bovins ou équins, porcs et volailles), la
quantité et la qualité des fumiers de ferme sont très
variables. Leur effet sur la recharge du sol en matière
organique et en éléments minéraux ne peut être que
très variable, comme l’a observé Berger (1996) au
Burkina Faso.
L’utilisation de lombri-compost est déjà connue en
Inde (Eyhorn et al., 2005) et au Pérou (Lizárraga et al.,
2008). Son utilisation est encore marginale au Paraguay
et ne concernait en 2008 que quelques producteurs
pilotes encadrés par l’ONG Alter Vida. Le lombri-
compost est fabriqué à la ferme en quelques mois à
partir de fumier et de résidus végétaux tels que des
feuilles mortes ou les résidus de fabrication d’essence
d’orange amère. Ajoutons que l’agriculture biologique
permet l’utilisation d’engrais minéraux naturels,
comme le phosphate de roche ou le sulfate de potasse.
L’ONG Alter Vida préconise leur incorporation au
lombri-compost à raison de 50 à 100 kg pour 300 kg de
compost lorsque l’analyse de sol en indique le besoin
(Paredes, 2007).
Les bio-fertilisants préparés à la ferme. Le
Supermagro est le plus populaire des bio-fertilisants
liquides utilisés au Paraguay. C’est un produit de
fermentation enrichi en minéraux dont la formule
originale est due à Monsieur Edelvino Magro (Instituto
Biodinâmico, Brésil). Il en existe plusieurs variantes
en usage en Argentine et dans d’autres pays latino-
américains. Son utilisation est indiquée pour toutes les
cultures, y compris les fruits et les légumes, en sols
dégradés ou en production intensive. Outre son rôle
nutritif, il aurait un rôle protecteur contre des maladies
en raison de sa composition microbiologique. Au
Paraguay, certains utilisateurs lui prêtaient également
un rôle de répulsif des petits insectes.
L’ONG Alter Vida a adapté la recette du
Supermagro pour la culture du coton (Tableau 3).
Sa préparation dure trois mois et nécessite aussi des
intrants non disponibles à la ferme, qui sont fournis par
les entreprises et institutions qui soutiennent la culture
de coton biologique, notamment le fût en plastique
de 250 l réutilisable et les sels minéraux tolérés en
agriculture biologique. Après filtration, il peut être
Tableau 3. Formule paraguayenne pour la préparation du bio-fertilisant Supermagro — Paraguayan formula of the bio-
fertilizer Supermagro (Paredes, 2007).
Étapes Jour Ingrédients Quantité
Apport initial (dans 0 Fumier de bovin frais 30 kg
un fût en plastique de 0 Eau (non chlorée) Compléter à 120 l
250 l avec un couvercle fermer et laisser fermenter 5 j
à vis percé d’un trou
d’échappement des
gaz de fermentation)
Apports suivants tous les 5 j jusqu’au 55e j Lait (ou lactosérum) 1 l
Mélasse (ou jus de canne à sucre) 1 l
Sang de bœuf 100 ml
Farine d’os (ou coquilles d’œufs écrasées) 200 g
Chaux hydratée 2 kg
Compléments 5 Sulfate de zinc 1 kg
10 Sulfate de zinc 1 kg
15 Chlorate de calcium 2 kg
20 Sulfate de magnésium 300 g
25 Sulfate de cobalt 50 g
30 Molybdate de sodium 100 g
35 Sulfate de cuivre 300 g
40 Sulfate de fer 300 g
45 Borax (ou Acide borique) 750 g (ou 500 g)
50 Borax (ou Acide borique) 750 g (ou 500 g)
55 Fumier bovin frais 20 kg
55 Eau (non chlorée) 20 l
Apport final 60 Eau (non chlorée) Compléter à 200 l
Conditionnement final 90 Filtration et transvasement en bidons
(après 30 j de fermentation) fermés à stocker à l’ombre
Le coton biologique au Paraguay. 2. Contraintes agronomiques 317
conservé un an dans des récipients fermés et stockés à
l’abri de la lumière. Il est appliqué à des dilutions de 1
à 5 % tous les 3 à 5 jours, avec les pulvérisateurs à dos
à pression entretenue en usage au Paraguay.
D’autres bio-fertilisants liquides fermiers préconisés
par Alter Vida sont aussi en usage au Paraguay : du
Supermagro non enrichi en oligoéléments, plus rapide
à préparer et l’urine de vache. Celle-ci diluée à 5 %
après 3 jours de stockage en vase clos fournirait à
la culture de l’azote ammoniacal et augmenterait la
résistance face aux maladies ; elle aurait aussi un effet
répulsif vis-à-vis de certains ravageurs, notamment les
mouches blanches Bemisia tabaci (Gennadius).
Les entretiens nous ont confirmé que l’utilisation des
bio-fertilisants fermiers s’est généralisée. Cependant,
comme pour les engrais verts et les engrais organiques
solides, la fabrication et l’utilisation (fréquences et
doses) des bio-fertilisants liquides sont très variables
et par conséquent leurs effets sur la culture et sur la
fertilité des sols doivent l’être aussi. Ces variabilités
restent méconnues, même si des essais analytiques
commencent à être réalisés comme celui d’Araújo
et al. (2008) sur les effets d’un Supermagro associé à
un compost sur de jeunes caféiers en serre.
3.3. Maitrise des ravageurs et des maladies
La culture cotonnière est soumise à la pression
de nombreux ravageurs associés à un important
cortège d’ennemis naturels (Michel et al., 1985 ;
1987 ; Michel, 1989). Les producteurs de coton
biologique ont surtout mentionné les insectes comme
le picudo A. grandis, les dégâts dus aux coléoptères
Curculionidae Eutinobothrus brasiliensis Hambleton
et Conotrachelus denieri Hustache, les chenilles
phyllophages dont Alabama argillacea Hübner, les
chenilles carpophages qui s’attaquent aux organes
florifères et fructifères Heliothis virescens F. et
Pectinophora gossypiella Saunders. Les maladies du
cotonnier, comme la fusariose, la maladie bleue, la
bactériose et la ramulariose qui font l’objet d’évaluation
par les sélectionneurs, n’ont pas été citées par les
producteurs lors de nos enquêtes. Elles paraissent faire
l’objet d’attention seulement au semis.
Les producteurs de coton biologique utilisent des
techniques diverses pour traiter les semences et protéger
la culture, les insecticides biologiques autorisés et les
« préparations maison » à base d’extraits de plantes
ou d’insectes malades, dont certaines considérées
efficaces contre le picudo.
Traitement des semences. PMRN (2008) préconise
l’enrobage de 25 kg de semences avec une préparation
composée de 2 kg de cendres, 0,5 l d’urine de vache et
10 l d’eau. L’effet sur les maladies et insectes de début
de cycle n’a pas fait l’objet d’études publiées.
Traitement aérien à base d’extraits végétaux. Pour
lutter contre les ravageurs, les producteurs emploient des
préparations à base de plantes macérées dans de l’eau
ou de l’urine de bovin. Ces plantes sont le plus souvent
connues et recensées sous leurs noms vernaculaires
en langue guarani (Tableau 4). La préparation la plus
employée est un mélange fermenté d’urine de bovin
et de feuilles et graines de lilas des Indes (Melia
azedarach L.) et de Philodendron bipinnatifidum
Schott. ex Endl. (güembé). D’autres recettes maison
sont également fabriquées pour repousser le picudo :
urine de vache et ricin, güembé, candelon et kaa-tay,
pyno guazú ou ortie, oignon, ail, paraíso, ajenjo. Les
préparations sont des macérations courtes (24 h) à
appliquer rapidement ou des macérations longues (50 j)
utilisées durant tout le cycle cultural, voire conservées
jusqu’à la campagne suivante. Employées comme
répulsifs, elles sont pulvérisées jusqu’à trois fois par
semaine en cas de forte attaque d’un ravageur.
Ces préparations n’ont fait l’objet d’aucune
évaluation rigoureuse. Malgré la connaissance empi-
rique des plantes à usage insecticide rapportée dans
de nombreux pays, comme au Sénégal (Romain et
al., 1993), en Amérique latine (Saito et al., 1998 ;
2000 ; Lizárraga et al., 2008) ou en Inde (Eyhorn et
al., 2005), peu d’espèces sont finalement employées.
Il semble que l’usage d’extraits de plantes est plus
important en Amérique latine et en Inde qu’en Afrique
subsaharienne (Eyhorn et al., 2005 ; Lizárraga et al.,
2008). Au Burkina Faso, le neem (Azadirachta indica
A.Juss., Meliaceae) est mélangé à l’huile de koby
(Carapa procera DC., Meliaceae) ; ces deux plantes
sont les plus employées localement (Helvetas, 2005).
Au Mali, ces deux plantes sont parfois associées au
npeku (genre Lannea, Anacardiaceae) ; des essais ont
été réalisés contre les insectes piqueurs-suceurs avec
des plantes des genres Physalis (Solanaceae) et Hyptis
(Lamiaceae) et avec de l’huile de pourghère (Jatropha
curcas L., Euphorbiaceae) (Diarra et al., 2006).
Une formulation artisanale à base de Securidaca sp.
(Dioro, Polygalaceae) a été testée au Mali (Doumbia
et al., 1997). Des travaux plus approfondis sur
l’usage agricole de ces plantes semblent aujourd’hui
nécessaires car les effets réels sur les ravageurs visés
sont peu documentés.
Traitement aérien à base de biopesticides ou
d’ennemis naturels. La formulation BT2X® à
base de bactérie Bacillus thuringiensis Berliner est
utilisée contre les chenilles d’A. argillacea. Mais les
producteurs ramassent aussi des chenilles mortes à la
suite de l’action naturelle d’agents pathogènes, les font
macérer dans l’eau puis pulvérisent la préparation sur
les cotonniers.
Au semis du coton, le centre CECTEC (Centro de
Educación, Capacitación y Tecnología Campesina)
318 Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 2010 14(2), 311-320 Silvie P., Martin J., Debru J. et al.
préconise le mélange au sol d’une poudre à base
du champignon entomopathogène Beauveria sp.
multiplié en laboratoire. Cette pratique est également
recommandée au Pérou (Lizárraga et al., 2008). Au
Paraguay, malgré la recommandation d’emploi de
parasitoïdes d’œufs (trichogrammes), il n’y a pas
de biofabriques ni de libération d’ennemis naturels
comme au Pérou (Duthurburu, 2001) ou en Californie
(Klonsky et al., 1996).
Pratiques culturales. Certaines pratiques recomman-
dées pour la culture conventionnelle restent valables
pour le coton biologique : le semis précoce est
préconisé en prévention des attaques du picudo, ainsi
que le semis à la même période pour les producteurs
d’une même zone. La collecte au sol des boutons
floraux contenant les larves puis leur destruction est
une mesure destinée à éviter la propagation de ce
ravageur.
L’association du cotonnier avec le haricot et
le maïs (1 ligne tous les 5 rangs de cotonnier) est
une pratique considérée comme bénéfique pour la
conservation des ennemis naturels. Mais aucune étude
n’a été conduite au Paraguay sur le rôle attractif de ces
plantes associées vis-à-vis des ennemis naturels ou de
plantes-pièges des ravageurs du cotonnier.
Pour réaliser ces études de façon scientifique,
il faudra par ailleurs certifier les identifications des
ravageurs ou ennemis naturels observés. Par exemple,
la présence de pucerons est possible sur le haricot. Ces
pucerons, qui pourraient être différents du puceron
du cotonnier Aphis gossypii Glover, constitueraient,
lorsqu’ils sont présents, une source d’alimentation
pour des prédateurs communs tels que coccinelles,
chrysopes, syrphes. Mais il faudra s’assurer que
ces prédateurs puissent effectivement réduire les
populations de A. gossypii sur les autres cultures
voisines, comme les cotonniers.
Tableau 4. Plantes entrant dans la composition des « préparations maison » destinées à la maitrise des ravageurs et
maladies — Plants used for the preparations of made-in-farm pesticides.
Espèce (Famille) Noms communs Partie de la plante Maladies et ravageurs visés
en espagnol, utilisée
guarani (français)
Alternanthera brasiliana (L.) Penicilina feuilles non précisé (divers)
Kuntze (Amaranthaceae)
Allium cepa L. (Liliaceae) cebolla (oignon) feuilles acariens, pucerons, mouche blanche
Allium sativum L. (Liliaceae) ajo (ail cultivé) bulbe champignons foliaires, bactéries
Artemisia annua L. ajenjo feuilles pucerons, chenilles et mouche blanche
(Asteraceae) (armoise annuelle)
Capsicum frutescens L. ají, ky’yî fruits acariens, cochenilles, chenilles de
(Solanaceae) (piment de cayenne) Spodoptera et Pseudoplusia
Carica papaya L. (Caricaceae) mamonero (papayer) feuilles taches foliaires
Equisetum arvense L. (Equisetaceae) cola de caballo oïdium et mildiou
(prêle des champs)
Melia azedarach L. (Meliaceae) paraíso feuilles ou fruits frais pucerons, cicadelles, mouche blanche,
« bicho negro » (Oxythyrea funesta)
Petiveria alliacea L. (Phytolaccaceae) apacina, tipi, pipi racines et feuilles non précisé
Philodendron bipinnatifidum güembé feuilles non précisé (divers)
Schott ex Endl. (Araceae)
Polygonum punctatum Elliot picantilla, chilillo feuilles picudo, pucerons, chenille
(Polygonaceae) kaa-tay
Rapanea guianensis Aubl. candelon, manteca non précisé (divers)
(Myrsinaceae)
Ricinus communis L. tártago, ricino semences et feuilles pucerons, fourmi rouge,
(Euphorbiaceae) mba’ysyvo (ricin) charançon, mineuses des feuilles
Ruta graveolens L. (Rutaceae) ruda plante entière acariens, pucerons, cochenilles,
(rue officinale) charançons
Urtica dioica L. (Urticaceae) ortiga plante entière pucerons, vers du sol
pyno guazú (ortie)
Melia azedarach est un arbreMelia azedarach is a tree.
Le coton biologique au Paraguay. 2. Contraintes agronomiques 319
4. CONCLUSION
Au Paraguay, la nouvelle filière de coton biologique fait
face à des contraintes de gestion de la fertilité des sols et
de protection de la culture, en particulier le charançon
des capsules Anthonomus grandis. Les pratiques
recommandées de fertilisation et de travail minimum
du sol peuvent-elles maintenir ou régénérer la fertilité
des sols ? Aucune de nos observations ne nous permet
de répondre à cette question. Une bonne connaissance
des pratiques paysannes et de leur variabilité nous
parait être un préalable à des dispositifs expérimentaux
de longue durée destinés à évaluer les performances
de ces systèmes de culture et l’évolution de la fertilité
des sols. Lançon et al. (2007) ont proposé une
méthodologie de comparaison de systèmes de culture
complexes qu’il serait possible d’appliquer ici. Nous ne
connaissons pas non plus l’impact réel des techniques
biologiques de protection contre les ravageurs, que ce
soient les préparations locales pulvérisées ou épandues
et les techniques culturales. Dans tous les cas, des
recherches sont nécessaires d’abord pour identifier
les processus biologiques mis en œuvre lorsqu’ils
sont peu ou pas connus, ensuite pour appréhender
qualitativement et quantitativement la variabilité des
pratiques paysannes et enfin pour intégrer leurs effets à
différentes échelles d’espace et de temps. À terme, les
résultats de ces recherches pourraient faire évoluer les
systèmes conventionnels de production cotonnière en
les rapprochant de la voie agroécologique.
Remerciements
Les auteurs remercient tous ceux qui ont collaboré à
cette étude exploratoire : entreprises et organisations
paraguayennes et de coopération internationale citées dans
le texte et agriculteurs interviewés restés anonymes. Les
auteurs remercient spécialement Olga Segovia et Nelson
Páez (Aratex Orgánica), Mary Cruz Andueza et Sady Ortiz
(Associación Jopoi) pour leur aide matérielle sur le terrain,
Simon Ferrigno et Doraliz Aranda (Organic Exchange,
Londres) pour leur appui financier, ainsi que Frank Eyhorn
(Helvetas) et Alfonso Lizárraga (Organic Exchange, Lima)
pour leur contribution documentaire et Cécile Fovet-Rabot
(Cirad) pour la relecture du manuscrit.
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... Its large scale distribution was attributed to the great tolerance of these insects to variant climatic factors, especially temperature and humidity [5] and their perquisite bulk of enzymatic systems (such as alkaline phosphatase which was expected to viaduct resistance to pesticides) that contributes to their "super bug" feeding [6] . As a result, it causes a global economic damage that overcomes billions of dollars each year [7,8] . Instead of the huge plethora of scientific and agronomic reports scrutinizing B. tabaci biology and phylogeny, this phylum origin and characterization is still debated [3,9] . ...
... Understanding these biological pest processes is an obligatory starting-point to restrain their propagation and growth, in order to avoid the crops' production-destroying effects they did induce. Since insects' biological cycles are largely dependent on environment conditions and feeding-plants availability [8,10,18] , we tried to determine some biological and developmental responses of B. tabaci to temperature and host-plants variations. So, the chosen experimental temperatures may enable us to predict the insect response to conditions in geothermal green-house which is a widespread used agriculture technique in Tunisia. ...
... Briefly, these findings mitigate those reported in the literature postulating for the important influence of environmental conditions and host variability on B. tabaci biology and reproduction [5,15,17] . The meaning of dependent host-plant variations had been attributed to host-plant organs' digestibility and toxicity [8,18] . The temperature effects on B. tabaci biotic potential were evidence, however their still confusing [5] . ...
Article
Full-text available
This work aimed to evaluate Bemisia tabaci biological response to host-plants (Cucumis melo L (Cucurbitaceae), Solanum melongum Miller (Solanaceae), or Helianthus annus L. (Asteraceae)) variation under geothermal greenhouse. For this purpose, three serial experiments had been carried out: two ex-situ experiments (at laboratory conditions) that investigate the effects of temperature variation (22 and 32 °C) on B. tabaci biotic potential. The third, in-situ experiment (under geothermal greenhouse), it was used to determine the effects of host plants on B. tabaci biotic and reproductive responses. A total of 90 B. tabaci adult couples were used and equally randomized between all experiments. Our results showed B. tabaci (biotype B) biology is affected by both temperature and by the host plants used. Under greenhouse, hosting to H. annus unexpectedly decreased the females longevity (4,3±2.3 days) and the pre-oviposition (0.66±0.57 days), oviposition (3±2.64 days) and laying arrest (00±00 days) periods, when compared to C. melo (8.4±3.5, 0.80±0.83, 6±3.7 and 0.8±1.3; respectively) and S. melongum (8.8±5.4, 1.83±1.72, 6.16±4.35 and 0±0; respectively). It is concluded that geothermal greenhouse conditions influence the whitefly biology; which is a fact that should be considered in pest management programs.
... The production of knowledge, information and methods for characterizing and assessing the realities encountered in the field Silvie et al. 2010) from a risk situation viewpoint in environmental and public health terms (Jannoyer et al. 2007;de Bon et al. 2014). Moreover, this work may involve both conventional agriculture (uncovering hidden costs) and agriculture using local organic resources but whose poorly controlled quality induces the potential use of dangerous chemical waste (e.g. ...
... The work under way is helping to reduce those uncertainties by producing information and knowledge on biophysical, ecological, technical, economic and social parameterization Silvie et al., 2010). It contributes to analysing both the effects on the environment (not always as hoped for), on the living standards of those involved in these systems, and on human and animal health. ...
... The production of knowledge, information and methods for characterizing and assessing the realities encountered in the field Silvie et al. 2010) from a risk situation viewpoint in environmental and public health terms (Jannoyer et al. 2007;de Bon et al. 2014). Moreover, this work may involve both conventional agriculture (uncovering hidden costs) and agriculture using local organic resources but whose poorly controlled quality induces the potential use of dangerous chemical waste (e.g. ...
... The work under way is helping to reduce those uncertainties by producing information and knowledge on biophysical, ecological, technical, economic and social parameterization Silvie et al., 2010). It contributes to analysing both the effects on the environment (not always as hoped for), on the living standards of those involved in these systems, and on human and animal health. ...
Research
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This joint concept note is based on the creation of a think-tank at CIRAD on organic farming in Southern countries. It sums up the current thoughts of this group in complementarity with the institutional positions of CIRAD regarding agroecology and ecological intensification, with which organic farming shares various concepts and approaches. Summary Organic farming is mainly qualified using definitions governed by international norms and standards. Yet, in Southern countries, such farming can entail various production realities, and diverse opportunities for innovations and interactions between stakeholders. This overview, based on the publications and current work of CIRAD researchers, proposes to take stock of the research trajectories on this subject and of the main limiting factors that structure the corresponding research fronts.
... C'est pourquoi une étude exploratoire a été réalisée au Paraguay en 2008 pour mieux cerner la filière coton biologique, ses acteurs et son fonctionnement et d'autre part, pour mieux cerner les aspects agronomiques (Silvie et al., 2010). Des contraintes d'ordres économique et organisationnel ont également été identifiées, elles sont présentées dans cet article. ...
Article
Paraguay, whose small farmers are traditionally cotton growers, has begun to crop and process organic cotton since 2003. An exploratory study was carried out in order to have a better knowledge of the way the organic cotton production has developed and to detect eventual economic limitations. The study was achieved in 2008 during the cotton harvest period by interviewing the actors from the farm to the industrial level. The organic cotton industry was built by a single company in a favorable national (20 years of organic production for a diversity of crops) and international (an increasing demand for organic products, including cotton) context. This single company applied a strategy of creating alliances with NGOs, public authorities and other private operators, in order to increase farm production - by adding new farmers - and textile manufacture and trade worldwide. We detected three kinds of economic limitations. Firstly, organic cotton production still remained largely dependent on the conventional cotton industry for the supply of seed. Secondly, the cumbersome certification process at farm level and its cost associated with increased logistic problems derived from the increase in geographical dispersion of small producers appeared to seriously limit the possibilities for expansion. Thirdly, although the price paid for organic cotton was 12-14% higher in 2008, the obligation for the farmers to sell drier cotton and a longer buying process resulting in delayed cash payments led many farmers to sale a large part of their organic cotton to conventional buyers. We recommend in-depth studies on these three topics to acquire a better knowledge of their extent in terms of intensities and variations, and to propose measures to mitigate them.
... Toutefois, si cet essor paraguayen est évoqué sur les sites Internet faisant la promotion du coton biologique dans le monde ou de l'agriculture biologique au Paraguay, aucune publication scientifique à notre connaissance ne s'y réfère. C'est pourquoi une étude exploratoire a été réalisée au Paraguay en 2008 pour mieux cerner la filière coton biologique, ses acteurs et son fonctionnement et d'autre part, pour mieux cerner les aspects agronomiques (Silvie et al., 2010). Des contraintes d'ordres économique et organisationnel ont également été identifiées, elles sont présentées dans cet article. ...
Article
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Organic cotton production in Paraguay. 1. Some economic limitations for a novel industry. Paraguay, whose small farmers are traditionally cotton growers, has begun to crop and process organic cotton since 2003. An exploratory study was carried out in order to have a better knowledge of the way the organic cotton production has developed and to detect eventual economic limitations. The study was achieved in 2008 during the cotton harvest period by interviewing the actors from the farm to the industrial level. The organic cotton industry was built by a single company in a favorable national (20 years of organic production for a diversity of crops) and international (an increasing demand for organic products, including cotton) context. This single company applied a strategy of creating alliances with NGOs, public authorities and other private operators, in order to increase farm production – by adding new farmers – and textile manufacture and trade worldwide. We detected three kinds of economic limitations. Firstly, organic cotton production still remained largely dependent on the conventional cotton industry for the supply of seed. Secondly, the cumbersome certification process at farm level and its cost associated with increased logistic problems derived from the increase in geographical dispersion of small producers appeared to seriously limit the possibilities for expansion. Thirdly, although the price paid for organic cotton was 12-14% higher in 2008, the obligation for the farmers to sell drier cotton and a longer buying process resulting in delayed cash payments led many farmers to sale a large part of their organic cotton to conventional buyers. We recommend in-depth studies on these three topics to acquire a better knowledge of their extent in terms of intensities and variations, and to propose measures to mitigate them.
Article
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L’agriculture biologique offre plusieurs options pour documenter les transitions technologiques vers de nouveaux modèles de production, même si elle présente des aspects controversés : faiblesse des rendements, accessibilité aux normes, valeurs des écobilans ou accroissement du travail. En mobilisant différentes situations en Afrique subsaharienne, ce numéro thématique des Cahiers Agricultures contribue à illustrer ces controverses. Les articles constitutifs montrent comment l’agriculture biologique définie par les normes des pays industriels ne peut rendre compte de la diversité des réalités agricoles africaines. Il s’ensuit l’émergence de nouvelles certifications et demandes des sociétés locales. Cette émergence reste contrainte par l’insuffisance des bases de connaissances comparatives des réalités productives entre l’agriculture biologique et conventionnelle. Des innovations méthodologiques pour réduire les asymétries de connaissances sur la comparaison des performances sont alors proposées. Les résultats interrogent la nécessité de nouveaux indicateurs intégrant les questions de sécurité nutritionnelle et sanitaire. Ils montrent que l’agriculture biologique peut aussi être un levier de l’accroissement des rendements quand la rente forestière a été consommée par l’agriculture d’exportation. Tout en éclairant les controverses, ce numéro thématique pose l’hypothèse, que sous certaines conditions, l’agriculture biologique est une opportunité de rupture de paradigme technologique qui répond aux enjeux de développement en Afrique. Il invite à ne pas confondre cette rupture avec les mécanismes de transition incrémentaux portés par l’agroécologie.
Article
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The benefits of growing organic cotton were advocated in a recent contribution to this Forum. While welcoming a debate on this subject, we advocate a closer look at the history of cotton in Africa, whereby for decades farmers did grow cotton without insecticides. We believe that while there may be a market for ‘organic' cotton production, it would be a retrograde step to ignore the technological advances that enable much higher yields to be obtained economically. What is needed is improved training and extension services backed up by an on-going research programme for IPM/ICM utilising the most appropriate technologies. Continuing research is needed to integrate new technology of benefit to the small-scale farmer, whether aiming at organic production or higher yields by integrating rational use of biotechnology and pesticides.
Article
La production cotonnière de l'Afrique sub-saharienne est, à quelques exceptions près, le fait de petites exploitations familiales. Le cotonnier y est cultivé sur 3.9 millions d'hectares, sous régime pluvial, dans des systèmes où il est associé avec des cultures vivrières, produites à des fins commerciales (Maïs, Niébé) ou, le plus souvent, pour l'autosubsistance (Mil, Sorgho). "La production de coton dans la zone CFA s'est réduite de moitié en trois campagnes, tombant d'un record de 1,1 million de tonnes de fibre en 2004/05 à 550 000 tonnes en 2007/08, son niveau le plus bas depuis 14 ans. Le recul de 30 % observé en 2007/08 a été le plus important de ces trois dernières campagnes. Mais alors que la baisse de la production en 2005/06 et en 2006/07 était due à la fois à des diminutions de surfaces et du rendement, la baisse de production de coton en 2007/08 a été causée par la seule chute de la superficie cotonnière (1,5 million d'hectares) tandis que le rendement moyen restait stable à 360 kg/ha de fibre (nettement inférieur à la moyenne décennale : 420 kg/ha). " (ICAC, 2008). La plus grande partie de la production Ouest Africaine est exportée. Les exportations sont estimées à 600 000 tonnes en 2007/08, soit un recul de 35 % par rapport à la campagne précédente. Ce groupe de pays ne se place se place aujourd'hui qu'au 4 eme rang mondial, délogé depuis peu du troisième rang des pays exportateurs par l'Inde, et menacé par le Brésil (ICAC, 2008). La production de coton reste cependant un secteur clé dans les programmes de développement de la sous-région.
Thesis
Pour faire face à la baisse tendancielle des cours, des stratégies de différenciation du coton sont mises en place: coton équitable, coton bio, cmia, better cotton initiative. Description de 5 initiatives au Burkina Fasa et premieres évaluations de leurs impacts sur la durabilité et la rentabilité
Article
Cotton is one of the most important cash crops in West Africa, contributing for more than half the income of some two million small-scale farmers cultivating on average about one hectare land. Cotton is being attacked by many pests, the cotton bollworm Helicoverpa armigera in particular, that developed high population densities in 1998 leading to yield reductions despite increased insecticide use in West Africa. A cotton network involving research, extension, cotton producing and chemical companies was created to prevent and manage resistance to insecticides. An insecticide resistance management (IRM) strategy was rapidly adopted by most West African farmers with the assistance of the extension services provided by the national cotton companies. The adoption of IRM over the next four years had a positive impact on the control of H. armigera populations leading to overall yield increases, however, with a 25% increase in protection costs.