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Analyse, enjeux et recommandations du projet transaqua

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Abstract

R é s u m é L'eau, de par son caractère indispensable, constitue l'un des enjeux majeurs pour l'humanité. Dans un monde marqué par une forte inégalité dans la distribution des ressources en eau, le transport de l'eau ne cesse de se développer, donnant lieu à des projets d'ampleur inédite tel que le projet de transfert des eaux du bassin du Fleuve Congo vers le lac Tchad. Se basant sur la méthode d'analyse documentaire, il découle que l'évaporation, l'infiltration, les actions anthropiques, le régime irrégulier de la rivière Chari à cause des étiages forts, la déforestation et la baisse de la pluviométrie expliqueraient le phénomène de rétrécissement accéléré du Lac-Tchad observé depuis un certain temps. Selon certains auteurs, c'est l'ensablement qui serait à la base de l'assèchement du Lac Tchad. Nous pensons qu'avant la mise en exécution de ce projet, il faudrait qu'une équipe d'experts multidisciplinaires des pays demandeurs et donneurs soit établie dans le but de mener des études approfondies sur le terrain afin de connaître les raisons réelles d'assèchement du Lac et de prévoir les études d'impacts environnementaux et sociaux dans le bassin du fleuve Congo. M o t s c l é s : Eau, Transfert, Lac Tchad, Fleuve Congo, l'ensablement, l'assèchement A b s t r a c t Water, due to its indispensable nature, is one of the major challenges for humanity. In a world marked by a strong inequality in the distribution of water resources, the transport of water does not cease developing, giving place to projects of unprecedented scale such as the project of transfer of water of the Congo River basin towards the Lake Chad. Based on the method of documentary analysis, it follows that evaporation, infiltration, anthropic actions, the irregular regime of the Chari River due to high low water levels, deforestation and the decrease in rainfall would explain the phenomenon of accelerated shrinking of Lake Chad observed for some time. According to some authors, it is the silting up of the lake that is at the root of the drying up of Lake Chad. We believe that before the implementation of this project, a team of multidisciplinary experts from the requesting and donor countries should be established in order to carry out in-depth studies in the field in order to know the real reasons for the drying up of the Lake and to foresee the environmental and social impact studies in the Congo River basin.
2021/10 𝑉𝑜𝑙. 01| 𝑝𝑎𝑔𝑒 58 73. Dépôt légal : SP 3.02109-57418| ISNI: 0000000507115318 Revue Congo Research Papers
Congo Research Papers
Journal des publications scientifiques
www.congoresearchpapers.net
ISSN :2957-465X
e-ISSN :2957-4668
Analyse, enjeux et recommandations du projet transaqua
Richard RISASI Etutu Lipasoa,
1
, Antoine OTSHUDI Mpoyi Lomasab, Sylvain ALONGO Longombac, Richard RISASI Etutu Juniord, et
Jacques ILUNGA Lubatshie
a Professeur Ordinaire à l’UPN, Secrétaire Général Académique à l’Institut Supérieur des Sciences de Santé de la Croix-Rouge (ISSS/CR)
bProfesseur et Secrétaire Général Académique à l’Institut National des Arts (INA)
cProfesseur à l’Institut Facultaire d’Agronomie (IFA-Yangambi)
dDocteur en Médecine. Détenteur d’un diplôme en Environnement
eLicencié en Gestion de l’Environnement et Assainissement. Conseiller au Ministère d’Aménagement de Territoire
R é s um é
L’eau, de par son caractère indispensable, constitue l’un des enjeux majeurs pour l’humanité. Dans un monde marqué par une forte inégalité
dans la distribution des ressources en eau, le transport de l’eau ne cesse de se développer, donnant lieu à des projets d’ampleur inédite tel que le
projet de transfert des eaux du bassin du Fleuve Congo vers le lac Tchad. Se basant sur la méthode d’analyse documentaire, il découle que
l’évaporation, l’infiltration, les actions anthropiques, le régime irrégulier de la rivière Chari à cause des étiages forts, la déforestation et la baisse
de la pluviométrie expliqueraient le phénomène de rétrécissement accéléré du Lac-Tchad observé depuis un certain temps. Selon certains auteurs,
c’est l’ensablement qui serait à la base de l’assèchement du Lac Tchad. Nous pensons qu’avant la mise en exécution de ce projet, il faudrait
qu’une équipe d’experts multidisciplinaires des pays demandeurs et donneurs soit établie dans le but de mener des études approfondies sur le
terrain afin de connaître les raisons réelles d’assèchement du Lac et de prévoir les études d’impacts environnementaux et sociaux dans le bassin
du fleuve Congo.
M o t s c l é s : Eau, Transfert, Lac Tchad, Fleuve Congo, l’ensablement, l’assèchement
A b s tr a c t
Water, due to its indispensable nature, is one of the major challenges for humanity. In a world marked by a strong inequality in the distribution
of water resources, the transport of water does not cease developing, giving place to projects of unprecedented scale such as the project of
transfer of water of the Congo River basin towards the Lake Chad. Based on the method of documentary analysis, it follows that evaporation,
infiltration, anthropic actions, the irregular regime of the Chari River due to high low water levels, deforestation and the decrease in rainfall
would explain the phenomenon of accelerated shrinking of Lake Chad observed for some time. According to some authors, it is the silting up of
the lake that is at the root of the drying up of Lake Chad. We believe that before the implementation of this project, a team of multidisciplinary
experts from the requesting and donor countries should be established in order to carry out in-depth studies in the field in order to know the real
reasons for the drying up of the Lake and to foresee the environmental and social impact studies in the Congo River basin.
K e y wo r d s : Water, Transfer, Lake Chad, Congo River, silting up, drying up
Introduction
L'eau est une ressource indispensable pour la vie
à la surface de la terre. Elle est estimée à environ 3 milliards de
milliards de tonnes, cependant, elle représente seulement un
demi-millième de la masse terrestre. Environ 97,5 % de l’eau
présente sur la terre sont constitués d’eau salée et à seulement
0,3% d’eau douce utilisable par l’homme à plusieurs fins
notamment en tant que l’eau de boisson, dans les ménages, en
1
Corresponding author : reyrisasi@gmail.com
agriculture, dans les industries diverses, etc. En 2010, les
réserves d’eau par habitant et par an ont été évaluées à 6 600 m3
et les prévisions indiquent qu’elles seront de 4 800 m3 en 2025.
Elles étaient de 15 000 m3/an/habitant en 1995. Mais ces
ressources en eau sont très inégalement réparties à travers le
globe (REVUE OBSERVATOIRE DES INEGALITES, 2018).
En effet, le rapport de l’ONU (UNESCO, 2019), indique que
plus de 2 milliards de personnes vivent dans des pays soumis à
un stress hydrique physique élevé. Près de 60% des ressources
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naturelles renouvelables d’eau douce du monde sont partagés
par les neuf géants de l’eau qui se présentent de la manière
suivante, selon l’ordre d’importance : le Brésil, la Russie, le
Canada, les Etats-Unis, l’Indonésie, la Chine, la Colombie, le
Pérou et l’Inde.
Selon le site PLANETOSCOPE (2012), les
ressources en eau de la Chine permettent de satisfaire plus de
1,3 milliards d’habitants, à près de 2 830 kilomètres cubes
(milliards de mètres cubes) d’eau douce par an, soit entre 6 et 7
% des ressources sur la terre. Au sein même de la Chine
cependant, on note une répartition inégale de cette ressource ;
en effet, si le Sud du pays est bien arrosé (80% des ressources
en eau), le Nord fait curieusement face à un climat aride et à de
graves difficultés d'approvisionnement en eau (moins de 500
m3 annuels par habitant). Aussi, la géographie de la population
ne correspond pas à celle des précipitations. En effet, la Chine
en reçoit 7% mais abrite 21 % de la population du globe, alors
que l'Amazonie, avec seulement 0,3 % de la population, reçoit
15% des précipitations.
D’autres éléments qui ont façonné la géographie
des ressources en eau dans le monde sont les cycles climatiques
passés et actuels touchant la Péninsule Arabique, le Proche
Orient, l’Afrique du Nord, le Sahel et la zone désertique
d’Afrique australe qui sont aussi perçues comme des régions les
plus défavorisées. A titre d’exemple, nous citons le Koweït, le
Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Malte, la Libye, le
Singapour, la Jordanie, l’Israël et le Chypre, qui sont des pays
disposant des ressources faibles voire quasi nulles en eau.
Chaque habitant du Koweït, par exemple, dispose annuellement
de 75 m3 d’eau douce, tandis qu’à l’autre extrémité, les
habitants de l’Islande bénéficient d’au moins 600 000 m3.
Les contrastes entre les régions arides et les
régions de climat équatorial sont des images connues. Les
sociétés humaines peuvent s'adapter à cette contrainte du
milieu, mais arriver à la modifier est tout un problème d’autant
qu’il est complexifié par des changements climatiques, qui sont
liés aux modifications des régimes de précipitations et du cycle
de l'eau à la surface du globe. La plupart des effets du
changement climatique se font sentir à travers des
précipitations, des inondations, des sécheresses. Si les
changements climatiques frappent avant tout les populations les
plus pauvres, les régions riches de la planète ne seront pas
épargnées, notamment celles qui ont basé une partie de leur
développement sur l’exploitation effrénée de ressources en eau
peu abondantes.
Dans un monde marqué par une forte inégalité
dans la distribution des ressources en eau, le transport de l’eau
ne cesse de se développer, donnant lieu à des projets d’ampleur
inédite ou à des innovations technologiques. Partant des
attributs divers tels que le partage et la solidarité, les transferts
des eaux apparaissent comme une solution logique et aisée des
problèmes de pénurie d’eau d’une région et aux conflits
politiques potentiels générés par les problèmes
d’approvisionnement de cette denrée importante. Les transferts
sont toutefois porteurs des risques environnementaux, sociaux
et économiques importants qui méritent une attention
particulière. À l’échelle mondiale, quelques cas de transfert
d’eau ont fait l’objet d’entente entre deux ou plusieurs pays,
alors que les transferts interbassins à l’intérieur même des
limites d’un pays donné sont beaucoup plus nombreux. L’un de
ces transferts s’avère être le Lesotho Highlands Water Project
(LHWP, 2011), l’un des rares projets de transfert massif
traversant la frontière entre deux pays à avoir vu le jour dans le
monde. Ce projet qui a traîné longtemps depuis 1950 sur le
bureau des autorités politiques, a été finalement concrétisé en
1986 par la signature du traité entre l’Afrique du Sud et le
Lesotho. Vers la fin des années 1990, le premier transfert massif
d’eau entre ces nations a alors débuté. Brièvement, le projet
implique le transfert d’eau à partir de la rivière Senqu prenant
origine dans les montagnes du Royaume du Lesotho vers la
province hautement industrialisée du Ganteng en Afrique du
Sud. La rivière Senqu fait normalement office de frontière
naturelle entre l’Afrique du Sud et son voisin la Namibie. Selon
les données à jour du mois de décembre 2011, le projet aurait
permis l’exportation de 7 957 Mm3 d’eau vers l’Afrique du Sud
depuis 1998 (LHWP, 2011). Comme l’Afrique du Sud est la
bénéficiaire des eaux du Lesotho, elle finance la majorité des
coûts engendrés par le transfert d’eau, tant du côté du Lesotho
que du côté de ses frontières (BOYER, 2008). L’ampleur du
projet a induit des impacts environnementaux importants
auxquels un grand nombre d’habitants du bassin de la rivière
Senqu sont confrontés.
Au Proche-Orient, l’eau est depuis longtemps au
centre des enjeux de pouvoir entre le monde arabe et Israël.
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Depuis lors, la Turquie semble vouloir utiliser ses abondantes
ressources d’eau afin de se positionner comme un acteur
incontournable de la dynamique géopolitique très
mouvementée de cette région du monde. A cet égard, le
transfert d’eau semble être le moyen privilégié pour y parvenir.
Le cas du projet de transfert de la Turquie à Israël est édifiant.
Les problèmes d’approvisionnement d’eau en Israël sont bien
connus depuis longtemps et se sont même intensifiés avec : «
l’extension de l’agriculture irriguée dans le Néguev et
l’expansion industrielle » (KAMAR, 2009). La situation est
telle que l’État hébreu se résigne finalement à signer une
entente en 2004 avec la Turquie pour l’achat de 50 Mm3 d’eau
par année provenant du fleuve Manavgat et livrée par un navire-
citerne pour une période de 20 ans (BOYER, 2008). C’est l’un
des rares contrats d’approvisionnement en eau visant l’achat
direct d’un volume d’eau sur une période de temps définie. La
simplicité de ce projet était étonnante. Il n’y a pas eu de création
d’organismes ou de commissions supranationales pour la
gestion du transfert, seulement que l’achat systématique d’une
quantité fixée de la ressource Turque.
Malheureusement, cette entente entre la Turquie
et Israël n’a pas fait longtemps et a été suspendue en 2006 pour
des raisons principalement d’ordre géopolitique, Israël ne
désirant pas accroître sa dépendance face à une source
d’approvisionnement en eau externe se tourne alors de plus en
plus vers le dessalement de ses propres eaux (LASSERRE,
2011). Bien qu’étant la plus imposante, cette entente de
transfert d’eau n’est pas la première pour la Turquie puisque
cette dernière avait déjà commencé à livrer par bateau de l’eau,
environ 30 000 m3 par livraison, au nord de l’île de Chypre en
2000 par l’entremise des services d’une compagnie
norvégienne (CLAYTON, 2005).
En revanche, plusieurs projets de transferts
massifs d’eau sont présentement à l’étude à travers le monde,
parmi lesquels le projet transaqua de transfert des eaux du
bassin du Fleuve Congo au Lac Tchad.
Dans les 15 dernières années, la zone des pays du
Sahel a assisté, impuissante, à un processus progressif de
désertification provoqué par le caractère imprévisible du
climat, qui a rompu un équilibre écologique séculaire
représenté par de faibles et précaires ressources naturelles, par
une agriculture essentiellement de subsistance et par le
nomadisme pastoral.
La fragilité de l’écosystème n’a pas résisté à une
succession d’années de sécheresse sévère et sa récupération
apparaît aujourd’hui très problématique. Le continent africain,
avec au moins un milliard d’hectares de terres fermes, présente
des risques de désertification. De cette étendue, environ 400
millions d’hectares sont distribués le long d’une bande continue
de 6000 km comprise entre le 10e et le 20e parallèles Nord,
allant des côtes de l’océan atlantique à celles de la mer Rouge
constituant les pays du Sahel, objet de tous les enjeux
concernant les ressources hydriques. Cette région présente le
tableau suivant, des dizaines de millions de personnes ayant un
revenu annuel inférieur à 200 dollars, des centaines de milliers
de têtes de bétail mortes de soif ou de faim et quelques milliards
de dollars dépensés dans des opérations de sauvetage aussi
généreuses que complexes, des millions d’êtres humains qui
risquent, chaque année, d’être exterminés par la faim. Il devient
clair que cette région requiert des interventions courageuses, si
l’on veut rendre une vie adéquate aux communautés vivant dans
cet espace. L’idée du projet transaqua est née des questions que
les communautés, les chercheurs et les politiques n’ont jamais
cessé de se poser quant à l’avenir impliquant des millions de
personnes ainsi que le devenir des conditions
environnementales.
C’est dans cet ordre que nous avons mené cette
étude dans le but d’analyser les enjeux et perspectives autour
du projet de transfert des eaux du Fleuve Congo au Lac Tchad.
Afin d’appuyer ce but, une recherche de littérature récente a été
réalisée selon sept aspects de la problématique : (1) le contexte
du projet transaqua, (2) le concept de bassin du Fleuve Congo,
(3) une analyse du potentiel de la République Démocratique du
Congo en termes des ressources en eau et (4) de la situation de
gouvernance actuelle, (5) une analyse de la pénurie au Tchad,
(6) une analyse du projet de transfert d’eau et enfin (7) les
enjeux et les perspectives de ce projet.
Méthodologie
La méthodologie utilisée dans la rédaction de cet
article est basée sur une analyse de différents éléments notés
dans la littérature. Des règles strictes de documentation ont été
appliquées afin d’assurer une fiabilité et un standard de qualité
tout au long de la recherche. Ces règles ont été établies en
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fonction du caractère actuel des sources. Ainsi, à moins qu’il ne
s’agisse d’une analyse historique d’une partie du sujet, une
importance relative à l’actualité des documents consultés a été
accordée. Autant que faire se peut, la documentation a tenté de
présenter les nouvelles avancées des développements
techniques ou idéologiques concernant le sujet à l’étude.
Pour ce faire, les sources documentaires
provenant de différents documents gouvernementaux,
monographies, articles de revues scientifiques reconnues,
articles de journaux pertinents et dont la crédibilité est établie
et de publication d’organismes non gouvernementaux ou de
regroupement de professionnels, ont été privilégiés.
Contexte
L'idée avait déjà été soulevée par les Soviétiques
dès les années 1970, à la suite de la grave sécheresse qui sévit
alors au Sahel et qui avait fait passer la surface du Lac Tchad
de quelque 22 000 km2 à environ 8 000 km2 en peu de temps.
La crise, qui fit grand bruit à l'époque, semblait ne pas se régler
et les conséquences irréversibles de désertification de larges
surfaces cultivables et cultivées jusqu'alors n’avaient que très
peu attiré l’attention des gens. Les craintes des scientifiques sur
l'effet de serre commencèrent à se répandre petit à petit.
Simultanément, les précipitations semblaient augmenter dans la
zone de la forêt tropicale humide de l'Afrique, et notamment
dans le bassin versant du Congo. Les observations faites au
Cameroun montrent d'ailleurs actuellement une extension de la
zone des forêts vers le Nord, et ce depuis plusieurs décennies.
L'idée d'un grand transfert d'eau, à partir des régions
excédentaires du bassin versant du Congo vers les zones
déficitaires du Sahel, entre les affluents nord du Congo et le
bassin versant du Chari, et ce à travers la ligne de partage des
eaux a commencé à germer dans les esprits des chercheurs et
des responsables.
Le but principal de ce transfert serait de restaurer
et de stabiliser la surface du lac Tchad, selon sa superficie des
années 1960 permettant l'irrigation des surfaces encore plus
vastes que jadis dans la région ; ce qui se comprend aisément,
car la population locale avait au moins triplé depuis lors. Ce qui
nécessite des zones cultivées bien plus étendues qu'autrefois.
Ensuite, ce transfert permettrait une importante production
d'énergie hydroélectrique. On créerait aussi une importante
voie navigable reliant le bassin du Lac Tchad avec le réseau du
Fleuve Congo et, ultérieurement, les grands lacs et l'Afrique de
l'Est.
En 1992, la société d'ingénierie italienne
Bonifica SpA formalisa à nouveau un de ces anciens projets de
1972, dans le but d'influer sur les participants au sommet de Rio
de Janeiro. La brochure publiée s'intitulait « Transaqua : une
idée pour le Sahel ». C'était l'époque de grands projets de
transfert d'eau. Mais très vite l'intérêt par rapport aux problèmes
de l'Afrique diminua, ce qui empêcha le financement d'études
plus poussées destinées à vérifier la faisabilité du projet, lequel
demeura longtemps comme une lettre morte.
L’essence du projet consiste à barrer les cours de
plusieurs rivières importantes du Nord-Est de la République
Démocratique du Congo au moyen de barrages de régulation,
et de soustraire une partie de leurs débits par un canal qui
conduirait ces eaux vers la ligne de partage des eaux, à environ
600 mètres d'altitude. Une fois franchis ce seuil, les débits
seraient acheminés, toujours par canal, dans le lit du Chari, et
finiraient par alimenter par simple gravité le Lac Tchad, ainsi
que diverses surfaces irriguées dans les zones sahéliennes des
pays riverains du lac (WIKIPEDIA, 2020).
La différence de niveau entre les 600 mètres de
la ligne de partage des eaux et les 280 m d'altitude du lac
permettrait d'installer des barrages avec usines
hydroélectriques. Enfin, l'ensemble constituerait une voie
navigable importante parsemée des villes et des villages à créer.
Le volume de prélèvement prévu serait de l'ordre de 100
milliards de mètres cubes d'eau annuellement, c'est-à-dire, plus
ou moins 3.150 m3/s, débit qui ne nuirait pas trop, dit-on, au
régime du Fleuve Congo, puisqu'il ne s'agit que de quelque 6 à
8 % de son volume d'écoulement selon que les calculs sont
effectués avec le débit de 50 000 m3/s à l’embouchure ou de
41 000 m3/s à Kinshasa. Il s'agit cependant d'énormes quantités.
En effet, ce débit prélevé serait supérieur à la moitié du volume
d'eau produit naturellement chaque année en France
métropolitaine (178,5 milliards de mètres cubes), ou
sensiblement égal à celui produit annuellement en Allemagne
(107,5 milliards de mètres cubes), ou encore équivalent à deux
fois le débit annuel du Nil au Caire, et nettement supérieur à
celui du Rhin dans son cours inférieur. Le canal serait suffisant
pour irriguer six à sept millions d'hectares - outre la stabilisation
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de la surface du Lac Tchad -. Il produirait quelque 30 à 35
milliards de kilowattheures par an. (WIKIPEDIA, 2020).
Actuellement, deux projets de transfert d'une
partie des eaux de l'Oubangui par un canal de 1 350 kilomètres,
sont à l’étude. Il importe avant tout de convaincre la République
Démocratique du Congo et la République du Congo d'accepter
le projet, le cours d'eau à détourner (l'Oubangui) prenant sa
source en République Démocratique du Congo puis formant la
frontière avec la Centrafrique puis avec la République du
Congo. L'accord du Congo-Kinshasa a été matérialisé depuis
2005, avec la signature par les présidents Joseph Kabila (pour
la RDC), Idriss Déby (pour le Tchad) et François Bozizé (pour
la Centrafrique). En mars 2008, le Nigeria, le Niger et le Tchad
étaient tombés d'accord pour financer des études pour transférer
une partie des eaux de l'Oubangui. L'étude de faisabilité a
nécessité des moyens importants et le Nigeria, puissance
pétrolière et par ricochet financière de la région, est prêt à y
affecter cinq millions de dollars. Les quatre autres pays
membres de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT),
à savoir le Cameroun, la République Centrafricaine, le Niger et
le Tchad, apporteront ensemble un million de dollars. En 2009,
la firme canadienne CIMA International, obtient un contrat de
vingt-huit mois pour réaliser l’étude de faisabilité du projet
entièrement financée par les pays membres de la CBLT pour un
montant de 5,5 millions de $US. À la fin de ces travaux, cette
firme intègre dans ses conclusions les travaux relatifs aux
études d’impacts du projet Transaqua sur une partie du bassin
du Fleuve Congo tel que recommandés par la Commission
Internationale du Bassin du Congo-Oubangui-Sangha (CICOS)
dont la République Démocratique du Congo est membre et qui
avait consisté essentiellement en l’organisation d’un forum
Mondial du Développement Durable sur la sauvegarde du Lac
Tchad en date du 29 au 31 octobre par le Tchad et la CBLT, à
N’djamena. Parmi les propositions adoptées et lues par Dr
Abdullahi Umar Ganduje, Secrétaire exécutif de la CBLT, on
note ce qui suit : inscription du lac Tchad au patrimoine
mondial de l'Humanité ; travaux d’aménagement, de
désensablement et de transfert des eaux de la rivière Oubangui
vers le Lac Tchad ; confirmation du début des études de
faisabilité, malgré les difficultés financières de la CBLT. En
2012, l'Institut Schiller, propriété de Mme Helga Zepp
Larouche (épouse du célèbre milliardaire américain de la
Fondation Larouche) renouvelait son soutien au projet
Transaqua dans un élogieux article publié dans « Executive
Intelligence Review ». En effet, cet institut considère le projet
Transaqua comme « le début d’une renaissance africaine » et
d’une « Révolution bleue ». Aussi, le 4 et le 5 avril 2014, une
conférence sur le projet Transaqua s'est tenue en Italie
respectivement dans les villes de Bologne et Rimini. Il s'agissait
d'une table ronde des bailleurs de fonds pour le financement du
plan quinquennal d’investissement 2013- 2017 de la CBLT. Le
ministre de l’Environnement, Conservation de la nature et
tourisme de la RDC, interrogé au sujet du projet de transfert de
l’eau de la rivière Oubangui vers le Lac Tchad, a avoué que son
pays était tenu à l’écart de la rencontre en Italie. Ce qui n’était
pas de nature à favoriser les discussions futures.
Concept du bassin du fleuve Congo
Le Fleuve Congo, principal fleuve africain et le
second de la planète après l’Amazonie pour ce qui est du bassin
hydrographique, dont le volume d’eau est estimé, à son
embouchure, à environ 1600 milliards de mètres cubes qui
transitent chaque année pour se jeter dans l’Océan Atlantique,
est parmi les plus grands bassins et constitue environ 30% des
ressources en eau de l’Afrique. Selon une étude récente, il
comptait une population d’environ 77 millions d’habitants en
2005 (BRUMMETT et al., 2009) C’est le plus grand bassin
d’Afrique avec une superficie d’environ 4 millions de km2. Le
bassin s’étend sur 10 pays différents, mais 85,3% du bassin
fluvial du Congo se situe dans les régions en grande partie
boisées de quatre pays : Cameroun, République Centrafricaine,
République Démocratique du Congo et République du Congo.
Le réseau hydrologique du bassin du Congo est très dense et
comprend un réseau complexe de rivières, de vastes forêts
inondées et des lacs.
Le bassin s’étend de la latitude 09°15’ N en
République Centrafricaine à la latitude 13°28’ S en Angola et
Zambie et de la longitude 31°10’E aux grands lacs d’Afrique
dans le grand rift Est-africain à la longitude 11°18’ E de l’océan
Atlantique. Les eaux du bassin du Fleuve Congo proviennent
des hautes terres (1400 m) et des montagnes du grand rift Est-
africain, ainsi que du lac Tanganyika et du lac Mweru. Elles
coulent vers le Nord en direction des chutes Boyoma. Le cours
supérieur du Congo (rivière Lualaba) se termine aux chutes
Boyoma où débute alors le cours moyen du fleuve.
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Après la ville de Kisangani, le Fleuve Congo
tourne à l’Ouest et au Sud-Ouest poursuivant une courbe
prononcée. Le cours moyen du Congo se termine au Stanley
Pool où se situent les capitales Kinshasa et Brazzaville. A cet
endroit, le fleuve s’étend sur environ 24 km et la vitesse du
courant ralentit de façon considérable. Entre Kinshasa et
Matadi, sur une distance d’environ 350 km, le fleuve descend
d’environ 280 m et comprend de nombreux rapides, les plus
étendus et les plus connus étant les rapides d’Inga, et atteint
l’océan Atlantique à Banana d’où il continue son cours loin
dans l’océan. La longueur du Congo est d’environ 4700
kilomètres. Les principaux affluents navigables sont : la
Luapula, la Lualaba, la Lomami, la Ruki-Tshuapa, l’Oubangui,
la Sangha et la rivière Kasaï.
Dans le bassin central, se trouvent de grandes régions des forêts
inondées, riches en matières organiques et constituent des
tourbières d’une importance écologique inappréciables. Les
zones inondées varient selon la pluviosité et les changements
saisonniers du niveau du Fleuve Congo.
Le réseau fluvial du Congo couvre trois zones climatiques
différentes, à savoir : une zone équatoriale, des zones tropicales
au Nord et au Sud, et une zone plus tempérée dans la région
montagneuse à l’Est. Le cœur du bassin se situe à l’intérieur de
la zone de climat équatorial caractérisée par l’absence d’une
véritable saison sèche. La pluviométrie dans la région
équatoriale varie entre 1500 et 2000 mm par an, avec une
température moyenne d’environ 26°C, l’humidité relative
moyenne est d’environ 77,8% et l’évapotranspiration d’environ
1700 mm par an (BRUMMETT et al., 2009).
Le débit du Congo est influencé par une série complexe de
facteurs, mais dans l’ensemble, le Congo est plus constant que
bien d’autres fleuves africains et même le fleuve Amazone car
de grandes sections de son bassin se situent au-dessus et en-
dessous de l’équateur, dans la trajectoire de la zone de
convergence intertropicale. Toutefois, il y a une certaine
variabilité annuelle, décembre étant le mois le débit est
maximal (57 200 m3/s) tandis que juillet et août, sont les mois
le débit est le plus faible (32 800 m3/s). Les affluents
provenant du sud, comme la rivière Kasaï, comportent deux
périodes de basses eaux et deux de hautes eaux par an. Par
contre, les affluents provenant du Nord, comme l’Oubangui, ne
comportent qu’une seule période de hautes eaux, ce qui
implique que le régime du fleuve principal varie d’un endroit à
un autre. Depuis 1960, il y a eu une diminution générale du
débit, ce qui coïncide avec la diminution des précipitations
signalée par les stations météorologiques principales
(BRUMMET et al., 2009)
Une analyse du potentiel de la RDC en termes des
ressources en eau et de la situation de gouvernance actuelle
Ressources en eau de la RDC
Les eaux de surface de la RDC représentent
environ 52 pour cent des réserves en eau de l’Afrique, tandis
que les réserves du pays représentent 23 pour cent des
ressources hydriques renouvelables du continent. La RDC est,
de fait, le pays disposant des ressources hydriques les plus
abondantes en Afrique.
Les précipitations, d’une moyenne annuelle
d’environ 3623 milliards m3 sur le territoire national, sont
régulières et abondantes (moyenne de 1 545 mm/an) mais
varient géographiquement et sont fonction des saisons (de 800
mm à 1 800 mm). Les ressources en eau sont intrinsèquement
liées à ses vastes forêts, qui s’étendent sur plus de 155,5
millions d’ha. En effet, la grande majorité de la population
dépend des sources alimentées par les forêts denses (forêt-
galerie et forêt tropicale), soulignant ainsi l’importance des
services écosystémiques forestiers pour l’approvisionnement
en eau des communautés locales. Alors que le taux global de
déforestation à l’échelle nationale reste relativement faible
(estimé à 0,2 pour cent par an), dans certaines parties du pays,
notamment dans la savane, les forêts galeries, on note que dans
les périphéries des centres urbains, le phénomène atteint un
niveau élevé et menace directement les sources d’eau potable
(PARTOW, 2011).
Ressources en eau de surface
Avec un débit moyen de 41 000 m3/s (1 300
km3/an), 15 fois celui du Nil et deuxième au monde après
l’Amazone, le courant du Fleuve Congo est le plus puissant
d’Afrique. Le bassin versant du Congo, avec une superficie de
3,7 millions de km2 est le plus grand d’Afrique. S’étirant sur
près de 4 700 km, c’est également le plus long fleuve du
continent après le Nil. Bien qu’il s’étende sur neuf pays, 62
pour cent du bassin sont en RDC. Le débit annuel du fleuve est
assez stable (variant de 57 200 m3/s à 32 800 m3/s entre
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décembre et août à Kinshasa) du fait de l’homogénéité relative
du climat équatorial, caractérisé par l’absence d’une réelle
saison sèche et du rôle de tampon de grands marécages de la
forêt tropicale de la Cuvette Centrale à basse altitude.
La prédominance du bassin du Fleuve Congo est
écrasante, celui-ci couvre 98 pour cent de la superficie de la
RDC. Seuls 2 pour cent du pays se situent dans le Bassin du
Nil. Cette région est draînée par la Rivière Semliki dans le
Nord-Est de la vallée du Grand Rift le long de la frontière avec
l’Ouganda, et comprend les Lacs Edouard et Albert. Malgré une
taille relativement petite, le bassin du Semliki est une région
stratégique car elle contribue jusqu’à 4,6 km3 ou 20 pour cent
du débit du Nil blanc.
Eaux souterraines et sources
Malgré l’abondance des eaux de surface, la
grande majorité de la population congolaise dépend des nappes
phréatiques et des sources pour s’approvisionner en eau
potable. On estime que les nappes phréatiques représentent
presque 47 pour cent (421 km3/an) des ressources hydriques
renouvelables de la RDC. L’information sur l’étendue et la
qualité des réserves hydriques souterraines et de l’eau des
sources est rare et, lorsqu’elle est disponible, souvent elle est
obsolète et couvre une zone géographique restreinte.
Gouvernance du secteur de l’eau
La gouvernance du secteur de l’eau est
structurellement faible, caractérisée par une multiplicité de lois
et d’institutions ayant souvent des mandats se chevauchant
et/ou conflictuels. La RDC manque une politique claire sur
l’eau, un cadre législatif en la matière et un ministère dédié à
l’eau chargé d’orienter et de conduire le développement durable
du secteur, et pourtant les faiblesses juridiques et
institutionnelles avaient été révélées depuis les années 1980.
Cette situation est néanmoins sur le point de changer avec la
réorganisation en cours du secteur de l’eau dans le cadre d’une
initiative de réforme du gouvernement initiée en 2006 avec le
soutien des partenaires au développement, en particulier à
travers le projet de Réforme du Secteur de l’Eau (RESE) de la
Coopération Technique Allemande (GTZ).
La mise en place de ce projet d’appui à la réforme
du secteur de l’eau (projet RESE), pour la période 2006-2010,
vise l’amélioration du cadre institutionnel du secteur de l’eau
au travers de la formulation de la Politique de l’eau, la
définition de la Stratégie et l’élaboration du Code de l’eau, ainsi
que la révision du cadre institutionnel du secteur de l’eau par
les experts nationaux et internationaux.
À l’heure actuelle, la RD Congo ne dispose ni
d'un code de l'eau ni d'un code de l'environnement. Toutes les
tentatives entreprises pour doter le pays de ces outils n’ont pas
abouti. Ce qui existe, c’est plutôt le Comité National d'Action
de l'Eau et de l’Assainissement.
La législation existante dans le domaine de l'eau
met l’accent sur la protection des sources et des cours d'eau.
Cependant, suite à l'évolution démographique, à l'urbanisation
voire à l'industrialisation, ces textes légaux sont devenus caducs
et anachroniques par rapport aux enjeux nationaux actuels ; il y
a des cas on continue à utiliser des textes de la période
coloniale.
Toutefois, le Gouvernement de la RD Congo s'est
engagé à élaborer les stratégies nationales d'efficience de l'eau
et de gestion intégrée des ressources en eau dans la perspective
du développement durable en tenant compte des priorités
nationales reprises dans le Document de la Stratégie de
Croissance et de la Réduction de la Pauvreté (DSCRP).
Plusieurs services devront être mis en place tels que la Gestion
Intégrée des Ressources en Eau (GIRE).
A présent, il existe une Direction des Ressources
en Eau du Ministère de l’Environnement et Développement
durable dont les fonctions règlementaires incluent la protection
des écosystèmes aquatiques contre les pollutions liées à
diverses activités en amont, le développement des plans de
gestion des bassins versants et la gestion de la coopération
internationale et régionale sur l’eau.
Analyse de la situation actuelle du lac Tchad
Le Lac fait partie des espaces ruraux marqués par
une forte croissance démographique au cours des temps. Sa
population est passée par exemple de 700 000 habitants en 1976
à 2 000 000 en 2005.
Le Lac a connu trois étapes essentielles qui
correspondent globalement à des périodes d’élargissement ou
de rétrécissement de son lit qui ont été dénommés le Petit
Tchad, le Tchad Normal ou Moyen Tchad et le Grand Tchad
(TILHO, 1928).
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Le Petit Tchad est constitué de quatre ensembles
principaux :
(1) Une zone d’eau libre d’environ 1700 km2
devant le delta du Chari, (2) les marécages de la cuvette Sud qui
sont inondés la plupart des temps, (3) des marécages inondés de
façon irrégulière dans la cuvette Nord, et finalement (4) un
pourtour de zones qui se sont associées au début des années
1970.
Le Grand Tchad, cependant, est caractérisé par
une grande surface d’eau libre, qui s’étend sur 24 000 km2,
bordée d’un archipel dunaire peu développé. Le lac déborde à
l’Est dans le Bahr El Ghazal, qui conduit vers la dépression du
Bodélé, située à 500 km au Nord-Est et environ 120 m plus bas
que le Lac.
Le Moyen Tchad présente pendant toute l’année
un plan d’eau qui couvre entre 15 000 km2 et 19 000 km2.
A l’heure actuelle, le Lac Tchad se trouve à la
période de Petit Tchad. Certaines sources indiquent son
apparition à partir de 1957. Ce stade est caractérisé par des
apports annuels du Chari qui sont inférieurs à 34 km3/an et
peuvent même atteindre 15 km3/an. Des marécages permanents
ou saisonniers couvrent 2000 à 1300 km2 dans l’ensemble du
lac, alors qu’avant les années 1960, le lac couvrait une
superficie de 25 000 km2 (LEMOALLE et MAGRIN, 2014).
Il devient évident que ce phénomène impacte
négativement les activités agricoles, pastorales et halieutiques
et constitue une menace pour le bien-être des populations en
général et celles riveraines en particulier.
La baisse de la production agricole avec son
corollaire l’insécurité alimentaire, risquent d’être amplifiées
davantage dans l’avenir si l’on n’y prend garde.
Analyse des enjeux et perspectives du projet
Le projet Transaqua mérite une analyse
minutieuse car il a refait surface et a fait l’objet d’une étude lors
de la conférence internationale sur le Lac Tchad qui a eu lieu à
Abuja du 26 au 28 février 2018. Cette conférence était
organisée dans les perspectives de sauver plus de 40 millions
d’habitants d’une mort certaine, et d’en accueillir bien
davantage à l’avenir, en revitalisant le lac et d’en doter toute sa
région d’une plateforme de développement à grande échelle
(PERIMONY, 2018).
Les Chefs de l’Etat des nations ont eu part à cette
conférence ; M. Muhammadou Buhari, Président du Nigéria,
Mahamadou du Niger et président en exercice du CBLT, Idriss
Déby du Tchad, Ali Bongo Ondingba du Gabon, Faustin-
Archange Touadéra de la République Centrafricaine et Filhomé
Nyang, Premier ministre du Cameroun, représentant le
président Paul Biya. Dans cette conférence, on note la présence
de M. François Kalwele, partenaire du Ministère de
l’Environnement et du développement durable de la
République Démocratique du Congo mais pas à titre officiel.
Il a découlé de cette conférence la conclusion
selon laquelle les différentes études réalisées montrent qu’il n’y
a pas de solution au rétrécissement du Lac Tchad qui
n’implique pas de recharger le lac par transfert d’eau de
l’extérieur du bassin. Que le transfert d’eau entre bassins n’était
pas une option mais plutôt une nécessité, et que l’incapacité à
prendre des mesures appropriées et opportunes entraînera
l’assèchement rapide du lac Tchad, qui entraînerait à la suite
une crise humanitaire, des problèmes sérieux de sécurité, non
seulement pour la région, mais pour tout le continent africain et
le monde. Le projet Transaqua, qui prélèverait l’eau de
l’affluent droit du fleuve Congo et l’acheminerait par un canal
de 2000 km jusqu’à la rivière Chari, est l’option préférable
(PERIMONY, 2018).
Cette décision ne fait, cependant, pas
l’unanimité. En effet, la République Démocratique du Congo,
pays donneur, bien qu’elle avait approuvé le Projet Transaqua
en 1984 par le feu Président Mobutu Sese Seko et par l’Ex-
Président Joseph Kabila en 2005, ne facilite pas la mise en
exécution de ce projet pour des raisons ci-après :
(1) Le gouvernement craint que l’Oubangui
subisse dans quelques années le même sort que le Lac Tchad
par une gestion abusive ;
(2) La réalisation du projet causerait des
nombreux problèmes d’hybridation des espèces animales
aquatiques, la disparition de certains maillons des chaînes non
adaptées aux nouvelles conditions de vie créées par la jonction
des eaux de deux régions ;
(3) Le risque d’apparition de nouvelles maladies
limitées à l’une ou à l’autre région ;
(4) La RDC espère toujours que le Grand Inga
sera un jour opérationnel. Selon le Ministre de l’Environnement
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et Développement durable, le projet Transaqua risque
d’impacter le débit du Fleuve Congo et cela va avoir des
conséquences sur la réalisation de ce grand projet d’Inga car les
études qui ont été réalisées pour ce projet ont été faites sur la
base de la régularité du débit du Fleuve Congo et de ses 2
affluents principaux, l’Oubangui et le Kasaï.
Une autre étude réalisée par le Dr Mahamat
sensibilise la communauté internationale de l’importance de
compléter le projet Transaqua par le désensablement du fleuve
Chari-Logone et du LacTchad lui-même afin de permettre et de
faciliter le transport des eaux des pluies du Sud du Tchad et de
la Centrafrique vers le lac mais également, d’éviter une
catastrophe humanitaire car, sans désensablement, un territoire
habité, très important, serait inondé. Les différentes études
menées, estiment que trois facteurs : l’évaporation, l’infiltration
et la baisse de la pluviométrie expliqueraient le phénomène de
rétrécissement accéléré du LacTchad observé depuis un certain
temps. Les trois éléments ci-dessus cités par les différents
experts peuvent expliquer en partie le phénomène du
rétrécissement du Lac-Tchad, mais, ne constituent pas la cause
principale. Certes, les phénomènes de baisse de la pluviométrie,
de l’évaporation et de l’infiltration observés peuvent en partie
expliquer le manque d’eau dans le Lac Tchad, mais, ne peuvent
pas expliquer son rétrécissement, voire sa disparition, selon Dr
Mahamat.
Un phénomène géographique normal connu de
tout le monde est que tout cours d’eau, pendant son parcours,
transporte des sédiments et tout autre débris et matériaux qu’il
rencontre et les jette dans son terminus, qu’il soit lac, mer, etc.
Le fleuve Chari-Logone qui alimente à hauteur de 95% l’eau du
Lac Tchad à partir du Sud du Tchad et la Centrafrique
n’échappe pas à la règle et transporte beaucoup des sédiments.
Ces derniers se déposent dans un premier temps sur le fleuve
lui-même, et le reste est jeté dans le Lac Tchad. La grande partie
du Nord du Tchad est occupée par le Sahara, et compte tenu de
la désertification accélérée, le vent du nord apporte une grande
quantité des sables dans le Lac Tchad. Par conséquent, le bassin
du Lac Tchad est pris en tenaille entre le dépôt des sédiments
venant du Sud et les sables du Nord. D’où, son ensablement, et
son enterrement graduel au fil du temps. Si autour du Lac
Tchad, il y a une baisse de la pluviométrie, au Sud du Tchad et
en Centrafrique par contre l’on mesure environ 1.500 mm des
pluies par an qui pourraient être drainées par le Chari-Logone
et jetés dans le Lac Tchad. C’est pourquoi, le Lac Tchad, qui a
connu une profondeur d’environ 160 m pendant la période du
Méga lac à Holocène, se retrouve aujourd’hui avec une
profondeur qui varie entre zéro à dix (0.0 à 10) m, c’est-à-dire,
qu’une grande partie du Lac Tchad est totalement enterrée et ne
peut plus contenir d’eau.
Selon Dr Mahamat, le projet Transaqua, qui
consiste à transporter l’eau du Fleuve Congo vers le Lac Tchad,
n’est pas la bonne réponse au rétrécissement. Il faut plutôt un
projet de désensablement du fleuve Chari-Logone et du Lac
Tchad lui-même afin de permettre et de faciliter le transport des
eaux de pluies du Sud du Tchad et de la Centrafrique vers le
Lac Tchad.
Si dans l’état actuel des choses, le projet
Transaqua voit le jour et que l’on arrive à pomper l’eau du
Fleuve Congo vers le Lac Tchad, sans réalisation au préalable
d’un projet de désensablement et d’enlèvement de sédiments et
des débris, alors un risque existe de voir des villages et des
villes, après le rétrécissement dudit lac, totalement inondés, y
compris la capitale Tchadienne N’Djamena.
Au vu de tout ce qui précède, nous sollicitons
dans l’avenir qu’une équipe d’experts des pays du bassin du
Congo et du Lac Tchad soit constituée pour mener des études
approfondies sur le terrain dans le but de connaître les raisons
réelles d’assèchement du Lac Tchad et d’effectuer des études
d’impact environnemental et social approfondies dans le bassin
du Fleuve Congo.
Conclusion
Le bassin du Fleuve Congo suscite un
engouement renouvelé de la part de nombreux acteurs, à la fois
régionaux et internationaux. Perçu comme un outil important
de développement à l’échelle du continent africain, le bassin du
fleuve Congo séduit non seulement par le potentiel de ses voies
de communication, mais également par sa capacité de
production énergétique. Surtout, la nécessité vitale de la
ressource en eau est aujourd’hui source des pressions accrues
sur cette oasis continentale. Le projet de transfert des eaux du
Fleuve Congo vers le Lac Tchad refait surface au moment
l’Etat donneur, la République Démocratique du Congo ne
trouve aucun intérêt dans la réalisation de ce projet, qui pour
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elle, n’inspire pas confiance. Des voix se sont levées de part et
d’autre pour contrer sa réalisation sans une étude approfondie
préalable. Au terme de cette étude, nous suggérons qu’une
équipe associant les experts des pays demandeurs et des pays
donateurs puissent se mettre ensemble pour établir un
diagnostic clair sur les raisons d’assèchement du Lac Tchad
afin de s’attaquer définitivement à cet épineux problème de
transfert des eaux sans porter préjudice à l’environnement et à
la population des pays concernés.
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