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Henrion - 2022 - Evenements collaboratifs d'innovation et entrepren

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La recherche sur les événements collaboratifs d’innovation, événements courts, intenses, festifs, visant à créer des solutions (Hackathon, Start-up Weekend...) est émergente. Un état des lieux montre des effets en matière de mobilisation, d’apprentissage, de créativité, etc. et des limites liées à l’aboutissement de projets d’innovation, dans différents contextes empiriques. Nous proposons une connexion entre ces événements et la création d’une dynamique d’entrepreneuriat territorial. Quels seraient les effets et limites spécifiques ? Nous explorons cette question à travers une étude longitudinale de cas unique : « Start-up de Territoire » animé à Lons-leSaunier par une Société Coopérative d’Intérêt Collectif, Clus’Ter Jura. Nous montrons le décalage entre l’objectif de création d’emplois affiché et les effets principaux d’ordres symboliques (visibilité, crédibilité) et pédagogiques et le potentiel en termes d’apprentissage et de transformation d’un ECI pour contribuer à créer une dynamique d’entrepreneuriat territorial.
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ÉVÉNEMENTS COLLABORATIFS D’INNOVATION ET ENTREPRENEURIAT
TERRITORIAL : UNE ÉTUDE EXPLORATOIRE
Camille Henrion
De Boeck Supérieur | « Innovations »
2022/0 Prépublication | pages I à XXXVI
ISSN 1267-4982
DOI 10.3917/inno.pr2.0136
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-innovations-2022-0-page-I.htm
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Événements collaboratifs
d’innovation et
entrepreneuriat territorial:
une étude exploratoire
Camille HENRION
IAE Paris – Sorbonne Business School,
Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Chaire Entrepreneuriat Territoire Innovation (ETI)
camille.henrion@ cluster -jura .coop
RÉSUMÉ
La recherche sur les événements collaboratifs d’innovation, événements
courts, intenses, festifs, visant à créer des solutions (Hackathon, Start-up
Weekend…) est émergente. Un état des lieux montre des effets en matière
de mobilisation, d’apprentissage, de créativité, etc. et des limites liées à
l’aboutissement de projets d’innovation, dans différents contextes empi-
riques. Nous proposons une connexion entre ces événements et la création
d’une dynamique d’entrepreneuriat territorial. Quels seraient les effets et
limites spécifiques ? Nous explorons cette question à travers une étude
longitudinale de cas unique : « Start-up de Territoire » animé à Lons-le-
Saunier par une Société Coopérative d’Intérêt Collectif, Clus’Ter Jura.
Nous montrons le décalage entre l’objectif de création d’emplois affiché et
les effets principaux d’ordres symboliques (visibilité, crédibilité) et pédago-
giques et le potentiel en termes d’apprentissage et de transformation d’un
ECI pour contribuer à créer une dynamique d’entrepreneuriat territorial.
MOTS CLÉS: Événement collaboratif d’innovation, Entrepreneuriat territorial,
Innovation, « Start-up de Territoire », Etude de cas
CODE JEL: R00
ABSTRACT
Time-bounded Events and Local
Entrepreneurship: An Exploratory Study
Research on intensive, festive, and solution-orientated time-bounded
events (Hackathon, Start-up Weekend…) is recent. A literature review
article en prépublication – innovations 2022 I
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shows effects about mobilization, learning, creativity… and obstacles
about achieving innovative projects, in different empirical contexts. We
intend to connect those events to the creation of a local entrepreneurial
dynamic. What would be the specific effects and obstacles? To explore
this, we provide a longitudinal unique case study: ‘Territory Start-up’
organized by a multi-stakeholder cooperative, Clus’Ter Jura. We show the
gap between the apparent tangible goal of creating jobs and the main
real effects: symbolic (visibility, credibility) and educational. We show
the educational and transformation potential of time-bounded-events to
contribute to foster a local entrepreneurship dynamic.
KEYWORDS: Time-bounded Events, Local Entrepreneurship, Innovation, “Territory
Start-up”, Case Study
JEL CODE: R00
Des événements aux configurations variées (formats, publics, objec-
tifs…) retiennent l’attention des chercheurs et praticiens : Hackathon,
demo-day, coopérathon, « Start-up de Territoire », etc. Il s’agit d’événe-
ments festifs, créatifs, courts et intenses où plusieurs ateliers se déroulent
simultanément, formant des petites équipes ad hoc de personnes qui ne se
connaissent pas pour résoudre une problématique (Johnson, Robinson,
2014 ; Pe-Than, Nolte, 2018 ; Lesage, Geoffroy, 2018). Ces événements
visent à générer ou nourrir des projets d’innovation (publique, technolo-
gique, sociale…) à différents stades pour différents besoins (trouver une
idée, un prototype ou coacher un porteur). Nommés « time-bounded
events » (Pe-Than, Nolte, 2018) ou Evénements Collaboratifs d’Innova-
tion (ECI) (Geoffroy, Lesage, 2018), ou autre, nous proposons de retenir
le terme d’ECI. Les ECI sont à la fois un événement et une démarche de
détection, sélection et accompagnement d’idées et/ou projets à plus ou
moins long terme. La recherche s’intéresse principalement à leur caracté-
risation et à leurs effets selon les contextes dans lesquels ils sont déployés
(Frey, Luks, 2016 ; Endrissat, 2018 ; Pe-Than, Nolte, 2018 ; Fabbri et al.,
2018). Ces événements questionnent la créativité, les méthodes et outils
de génération d’idées d’une part et la sélection et la transformation d’idées
en innovation d’autre part. Ce dernier point est moins étudié (Parmentier
et al., 2021 ; Ininou, Loilier, 2021 ; Kin et al., 2021). Les ECI peuvent être
considérés comme un dispositif d’innovation participative (Klein, Paris,
2021) qui ne se limitent pas forcément à la participation de salariés à l’in-
novation de leur entreprise. Il s’inscrirait au contraire dans de nombreux
contextes, voire des contextes inter-organisationnels. Un des principaux
II innovations 2022 – article en prépublication
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enjeux des ECI porte sur l’adéquation du design des ECI en fonction des
objectifs souhaités en termes d’innovation (Nolte et al., 2018 ; Ferchaud,
2021).
Nous proposons d’étudier dans cet article un ECI particulier –
« Start-up de Territoire » – piloté par une Société Coopérative d’Inté-
rêt Collectif (SCIC), un acteur de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS),
conçu pour représenter différentes catégories d’acteurs d’un territoire
(citoyens, acteurs publics, entreprises, associations). L’ambition est d’en-
clencher une dynamique « d’entrepreneuriat de territoire » au sens de
la Banque des Territoires (2017) comme protéiforme, multi-acteur, multi-
partie prenantes, en réponse à des besoins non ou mal pourvus du terri-
toire et à partir de ses ressources endogènes humaines et non-humaines.
Aussi la SCIC vise – par sa structuration même – à piloter une démarche
multi-acteur pour trouver des solutions entrepreneuriales à des probléma-
tiques d’intérêt général sur le territoire.
Une connexion entre les ECI – caractérisés par une ouverture à un
public large et une implication intense des participants sur des solutions
pragmatiques – et l’entrepreneuriat territorial – multi-acteur, ancré terri-
torialement, basé sur des ressources et besoins locaux – est porteuse. Cette
connexion vise à analyser les modalités de mobilisation, de participation
et d’innovation concrète d’acteurs multiples d’un territoire pour la réso-
lution de problématiques locales d’intérêt général. Quels sont les effets et
limites spécifiques des ECI dans la création d’une dynamique d’entrepreneu-
riat de territoire ? Nous proposons pour cela une étude de cas longitudi-
nale exploratoire de Start-up de Territoire animé à Lons-le-Saunier par
la SCIC Clus’Ter Jura. Nous montrerons le décalage entre les objectifs
affichés (création d’emplois) et les effets identifiés (symboliques et péda-
gogiques) et le potentiel en termes d’apprentissage et de transformation.
Nous ferons d’abord l’état des lieux de la recherche sur les ECI et
leur lien avec l’entrepreneuriat territorial. Nous décrirons ensuite l’étude
longitudinale de cas unique utilisée : l’ECI « Start-up de Territoire »,
animé à Lons-le-Saunier dans le Jura. Enfin, nous présenterons les princi-
paux résultats que nous discuterons.
articl e en prépublicat ion – innovations 2022 III
Événements collaboratifs d’innovation et entrepreneuriat territorial
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Événements collaboratifs
d’innovation: état des lieux
Dans cette section, nous définirons et positionnerons les ECI et les
manières dont ils sont traités dans la littérature. Nous présenterons
ensuite les différents effets des ECI. Enfin, nous nous focaliserons sur la
connexion entre ECI et entrepreneuriat territorial.
ECI: de quoi parle-t-on?
Klein et Paris (2021, p. 50) définissent des dispositifs d’innovation
participative comme « Ensemble hétérogène d’éléments de design orga-
nisationnel, éléments humains et non-humains, symboliques et concrets,
qui s’adresse à tous les salariés pour encourager leur participation au
processus d’innovation de l’organisation ». Les ECI en sont une forme qui
peut s’inscrire dans plusieurs cadres voire dans des contextes inter-orga-
nisationnels. Lesage, Geoffroy (2018, p. 43) définissent ces ECI par « la
présence d’acteurs hétérogènes, aux profils différents, qui se rassemblent
pour innover et/ou apporter des solutions pragmatiques à une probléma-
tique ». Pe-Than et Nolte (2018, p. 1) définissent des time-bounded inten-
sive events comme ‘typically engage enthusiasts in small ad-hoc teams to
create artifacts – most commonly software prototypes – over a period of 1
or 2 days, motivating them with competitive awards such as prizes and job
offers’. Ces événements se déclinent de différentes façons selon les organi-
sateurs, les types de participants, la durée, ou les objectifs. Citons quelques
exemples : un groupe de protection sociale qui organise un concours
interne d’innovation (Allam-Firley, 2018) ; un incubateur qui organise un
Start-up Weekend à destination des porteurs de projet incubés (Arreola,
Tran, 2018) ; une collectivité qui organise une start-up weekend pour faire
participer des citoyens sur des projets de développement territorial urbain
(Lesage, Geoffroy, 2018 ; Ferchaud, 2021) ; des collectivités qui organisent
des civic hackathon comme concours pour des citoyens pour résoudre des
problématiques numériques d’intérêt général (Pogačar, Žižek, 2016) ; une
université qui organise un hackathon comme innovation pédagogique
pour la formation des étudiants (Gréselle-Zaïbet, et al., 2018), etc. Si les
configurations et paramètres sont très variés et totalement adaptables, les
principaux points communs sont :
Un temps limité et intense (de quelques heures à quelques jours)
IV innovations 2022 – article en prépublication
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Le déroulement simultané de plusieurs ateliers sur des probléma-
tiques différentes
La constitution ad hoc de petites équipes qui peuvent être hétéro-
gènes ou non
La bienveillance et l’ouverture comme mode de fonctionnement
La recherche de solutions pragmatiques à des problématiques par
des méthodes d’idéation et d’intelligence collective.
La littérature sur les ECI est très récente et principalement explora-
toire. Le tableau ci-dessous synthétise les principales contributions réali-
sées à ce jour en fonction du sujet de recherche :
Tableau 1 – Synthèse des recherches sur les ECI
en fonction des sujets de recherche
Retenons que la littérature sur les ECI est émergente et s’applique à de
très nombreux contextes empiriques et théoriques. Malgré cette diversité
en matière de cadres, de participants, d’objectifs, etc., les ECI produisent
des effets similaires. Ces derniers se distinguent en plusieurs niveaux :
les parties prenantes ; l’organisateur d’ECI, les participants ; les projets
d’innovation imaginés ou challengés lors de l’ECI. Retenons également
articl e en prépublicat ion – innovations 2022 V
Événements collaboratifs d’innovation et entrepreneuriat territorial
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le décalage identifié entre les effets observés et les objectifs, notamment
sur le long terme (Nolte et al., 2018). Nous verrons dans la partie suivante
en détail les effets connus et les travaux sur l’adéquation entre objectifs et
moyens dans la littérature sur les ECI et sur l’innovation de manière plus
générale.
ECI: quels effets?
Le tableau suivant présente les principaux effets des ECI identifiés à ce
jour dans la littérature selon différents niveaux.
Tableau2 – Synthèse des effets des ECI selon les niveaux identifiés
La présentation des effets en résultats et limites montre le décalage iden-
tifié dans la partie précédente. Les effets des ECI résident principalement
VI innovations 2022 – article en prépublication
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au niveau des organisateurs et des participants. Ces effets sont princi-
palement pédagogiques (nouvelles compétences et apprentissages) et
sociaux (réseaux, rencontres, potentiels partenariats, etc.). Les effets sont
très limités au niveau des projets d’innovation. « Malgré la portée limi-
tée des productions sur la fabrique urbaine, les participants sont satisfaits de
leur participation à l’événement. En effet, on l’a vu, leurs attentes ne repo-
saient pas tant sur l’ambition d’apporter de nouveaux services aux usagers de
la gare et du parvis que sur celle de s’inscrire dans une logique personnelle
(se challenger) et professionnelle (se familiariser avec une méthode d’inno-
vation collaborative, rencontrer des personnes avec dautres compétences) »
(Ferchaud, 2021, pp. 102-103). De plus, les effets identifiés concernent
principalement le court terme tandis que les limites concernent plutôt
le long terme (Nolte et al., 2018), sur lequel très peu d’études existent
(Johnson, Robinson, 2014). Les limites concernent ainsi principalement
les potentielles transformations structurelles que pourraient contribuer à
apporter les ECI comme le développement d’un prototype ; le développe-
ment d’une culture de l’innovation, la modification de la pédagogie d’une
université, etc.
La question du design de l’ECI pour répondre aux objectifs des organi-
sateurs est donc une voie de recherche très importante ‘Despite plethora of
research and public attention, little is known about how to design a hackathon
to achieve intended goals’ (Pe-Than, Nolte, 2018, p. 2). Les manières de cali-
brer un ECI diffèrent totalement en fonction du ou des objectif(s) : favo-
riser l’engagement citoyen, développer de nouveaux projets, créer de la
cohésion entre les membres d’une organisation, favoriser l’apprentissage,
etc. Les études portant sur les conditions de réussite des ECI insistent
principalement sur la nécessité de clarifier précisément l’objectif de l’ECI
(Nolte et al., 2018 ; Lesage, Geoffroy, 2018) et sur l’acculturation néces-
saire des parties prenantes aux logiques d’innovation, notamment l’or-
ganisation porteuse publique ou privée de la dynamique créée par l’ECI
(prise de risque, capacité à faire des pas de côté…) (Allam-Firley, 2018 ;
Robinson, Johnson, 2016 ; Lesage, Geoffroy, 2018). Les auteurs montrent
effectivement l’importance de la volonté politique et l’engagement des
décideurs publics ou privés selon le contexte empirique d’un ECI parti-
culier de favoriser ou non une logique d’innovation. Nolte et al. (2018)
s’intéressent spécifiquement aux facteurs de succès d’aboutissement de
projets post-ECI. Les auteurs montrent l’importance de la gestion amont
et aval de l’ECI. Celui-ci doit s’inscrire dans un cadre disposant d’ingénie-
rie pour concevoir une démarche anticipée, professionnelle et cohérente
et disposant de financement. Ils montrent également l’importance de
articl e en prépublicat ion – innovations 2022 VII
Événements collaboratifs d’innovation et entrepreneuriat territorial
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l’implication des parties prenantes en amont de l’ECI (Nolte et al., 2018,
p. 18), selon des compétences plus que des centres d’intérêts personnels
(Nolte et al., 2018).
En cela, la littérature sur les ECI s’inscrit dans les questionnements
sur le passage de la créativité et des idées à l’innovation. Fagbohoun
(2021) montre le rôle essentiel du contexte organisationnel dans ce
passage « Toutefois, si elles [pratiques de créativité] ne sont pas accompa-
gnées de pratiques de management favorables à l’innovation, l’impact sur
le contexte organisationnel semble faible, voire nul, et les innovations sont
peu développées » (p. 83). Klein et Paris (2021) proposent d’étudier des
« dispositifs d’innovation participative » comme des dispositifs de gestion
dont ils détaillent les facteurs clés de succès et effets pervers connus. Ils
montrent l’importance de la formalisation claire de la démarche et des
règles du jeu ; l’intensité et la forte cohérence stratégique du dispositif ;
l’engagement et la présence symbolique de la direction ; une organisation
de travail qui met l’accent sur l’autonomie individuelle. Trois principaux
effets pervers sont identifiés : le phénomène de « mode managériale »,
peu appropriée au-delà des discours et valeurs qu’ils véhiculent, la trans-
formation en routine ; la perte de vue des objectifs. La dimension « clé
en main » de tel dispositif peut être très trompeuse. Les auteurs montrent
l’importance d’implémenter un tel dispositif comme une innovation et de
s’interroger sur les différents paramètres en amont. La littérature émer-
gente sur les ECI porte principalement sur leur caractérisation et leurs
effets à court terme, et moins le contexte organisationnel (organisateur,
son environnement, etc.) dans lequel s’inscrit l’ECI.
Les ECI seraient alors des outils de créativité et d’idéation puissants
pour imaginer de nombreux possibles dans tous contextes et générer beau-
coup d’enthousiasme. Ils doivent cependant s’inscrire dans une logique
construite et un environnement favorable à des transformations struc-
turelles pour produire des effets à moyen et long terme et ainsi dépasser
l’effet « one shot ». Dans cet article, nous nous concentrons sur tous les
types d’effets que peuvent avoir les ECI en lien avec une forme d’entrepre-
neuriat territorial.
ECI et entrepreneuriat territorial: état
des lieux et pistes de recherche
Nous proposons de connecter le concept d’ECI à la notion d’entre-
preneuriat de territoire (Banque des Territoires, 2017). Nous entendons
VIII innovations 2022 – article en prépublication
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territoire comme résultant d’un agencement « territorial » connectant des
ressources hétérogènes (humaines, technologiques, compétences, savoirs
spécifiques) dans un espace défini (Raulet-Croset, 2016). Le territoire
se construit au croisement d’une logique descendante (territoire prescrit),
caractérisée par la définition d’action et de politiques publiques, et d’une
logique ascendante (territoire construit), caractérisée par des usages et
l’appropriation par des acteurs locaux (Raulet-Croset, 2016). En ce sens,
l’entrepreneuriat de territoire émerge et résulte de ces deux forces et
désigne « la façon dont se construit la dynamique entrepreneuriale d’un terri-
toire et pour un territoire » (Henrion et al., 2019). Cette notion est définie
par la Banque des Territoires (2017) comme multi-acteurs, multi-partie
prenantes dont l’objectif est de répondre à des besoins sociaux non ou mal
pourvus par les politiques publiques ou le marché. En matière de moyen
l’entrepreneuriat de territoire s’appuie sur la valorisation de ressources et
acteurs endogènes, qui ensemble, visent à créer des solutions entrepre-
neuriales hybrides, marchandes et non marchandes ; publiques et privées.
En cela, cette notion est proche des concepts d’entrepreneuriat collectif
au sens d’efforts inter-organisationnels (Razafindrazaka, Fourcade, 2016 ;
Emin, Guibert, 2017) et en Économie Sociale et Solidaire (ESS) (Richez-
Battesti, 2016). Ainsi, l’entrepreneuriat de territoire se caractérise par
sa dimension collective multi-acteurs dans l’identification de ressources
endogènes et conduite de projet à plusieurs. Dans ce processus, plusieurs
idéaux types d’entrepreneurs, de différentes natures (collective ou indivi-
duelle) cohabitent (Richez-Battesti, 2016).
Pour étudier la création d’une dynamique d’entrepreneuriat de
territoire, nous nous focalisons sur un ECI en particulier : Start-up de
Ter r itoi re (SUT). « L’objectif est de créer une Start-up de territoire chargée
de dénicher et d’accompagner les projets de développement durable utiles pour
le territoire en privilégiant la démarche entrepreneuriale et l’accès limité aux
financements publics » (Chevalier, 2016, p. 189). Cet ECI particulier est
porté par plusieurs types d’organisations de l’ESS (association, SCIC ou
Société Anonyme disposant d’un agrément ESUS). Ces organisations de
l’ESS sont statutairement multi-acteurs et visent un ancrage territorial et
l’intérêt général. Les ECI qu’elles portent s’étendent donc au-delà de leurs
frontières organisationnelles, à destination de tous les citoyens de leur
territoire d’inscription. Le contexte est ainsi particulièrement complexe et
questionne les places respectives de l’acteur public et des acteurs de l’ESS.
Nous avons vu que les effets tendaient à être les mêmes, quel que soit le
contexte empirique. Le tableau suivant synthétise les hypothèses d’effets
possibles concernant l’entrepreneuriat territorial à travers l’ECI étudié.
articl e en prépublicat ion – innovations 2022 IX
Événements collaboratifs d’innovation et entrepreneuriat territorial
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Tableau3 – Synthèse des effets hypothétiques d’un ECI sur la
création d’une dynamique d’entrepreneuriat de territoire.
Les ECI sont des outils puissants pour mobiliser, générer des idées et
de l’enthousiasme à court terme et dont les effets à long terme sont moins
connus et dépendants de conditions organisationnelles particulières.
Quels sont les effets et limites spécifiques des ECI dans la création d’une dyna-
mique d’entrepreneuriat de territoire ?
Approche méthodologique
Une étude longitudinale de cas unique est à ce stade pertinente pour
explorer un lien encore peu connu. Cette méthode permet de générer
de nouvelles idées sur des phénomènes complexes émergents (Yin, 2015),
en l’occurrence mieux comprendre les effets et limites des ECI dans la
création d’une dynamique d’entrepreneuriat de territoire. Le cas retenu
est l’ECI, « Start-up de Territoire » (SUT), animé à Lons-le-Saunier par
une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif), le Clus’Ter Jura.
SUT est une démarche de décloisonnement, de mobilisation, d’identi-
fication et d’engagement « entrepreneurial » d’acteurs multiples sur des
problématiques d’un territoire. Lorganisation d’une grande soirée de créa-
tivité est centrale dans la démarche. L’étude porte sur la période 2016
– 2020 pendant laquelle trois « grandes soirées » (éditions de SUT) sont
organisées.
Nous présenterons d’abord le protocole de collecte et de traitement des
données, puis présenterons en détail l’ECI étudié, son contexte d’anima-
tion et son déroulement spécifique à Lons-le-Saunier.
X innovatio ns 2022 – a rticl e en prépu blicati on
Camille Henrion
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Collecte et traitement des données
Nous présenterons ici la collecte et le traitement des données de
l’étude.
Collecte des données
Immergés dès fin 2017 au Clus’Ter Jura dans le cadre d’une thèse
en CIFRE, nous avons adopté une posture de recherche-intervention.
L’intervention conduisant à des changements est dans ce cadre un mode
de production de connaissances nouvelles en soi (David, 2000 ; Aggeri,
2017). Il s’agit de s’engager dans une « exploration collective » (Aggeri, 2017,
p. 5) afin de mieux caractériser un problème (ici les effets concrets de la
démarche Start-up de Territoire sur son territoire) et d’identifier des pistes
de réflexion (les effets dans la création d’une dynamique d’entrepreneuriat
de territoire) et d’instrumentation (la conception de modes d’accompa-
gnement et d’une nouvelle édition de SUT).
Ainsi, nous avons pu bénéficier des retours d’expérience (témoignages,
compte rendu, archives, contacts, etc.) des personnes en charge des deux
premières éditions de SUT en 2016 et 2017. Nous avons conduit la troi-
sième édition de SUT de décembre 2018 à décembre 2019 visant à mobi-
liser 300 personnes et faire aboutir un maximum de projets. Nous avons
ensuite participé à concevoir une quatrième potentielle édition au regard
des résultats obtenus. Nous avons également participé à l’association
interterritoriale SUT (coorganisation de formation, réunions, participa-
tion et animation d’un groupe de travail thématique sur l’accompagne-
ment de groupe-projet post-soirée de créativité). Enfin, nous avons adopté
une posture de participation observante et avons conduit des entretiens
semi-directifs et informels. Nous avons donc eu accès à un matériau fin et
au fil de l’eau, restitué dans le tableau ci-dessous :
articl e en prépublicat ion – innovations 2022 XI
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Tableau4 – Synthèse des données collectées Start-up de Territoire
Traitement des données
Les choix d’une étude longitudinale de cas unique et d’une approche
compréhensive (Dana, Dumez, 2015) donnent lieu à un corpus très volu-
mineux de données. Pour organiser ce dernier, nous avons rassemblé les
entretiens et différentes notes prises tout au long de l’étude. Puis nous
avons compilé les données sur les ateliers de créativité des trois grandes
soirées des trois éditions dans un tableau : nom ; thématique ; type d’ate-
lier ; apporteur d’idée ; porteur de projet ; animateur ; participants ; sélec-
tion ; mode de suivi ; résultats. Nous avons ensuite eu recours à trois prin-
cipales méthodes.
Nous nous sommes d’abord appuyés sur les travaux de Langley (1999)
pour en faire une analyse processuelle. Nous avons mobilisé la stratégie de
temporal bracketing (Langley, 1999). Cela consiste à diviser un processus
XII innovations 2022 – article en prépublication
Camille Henrion
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en phases qui n’ont pas forcément de signification théorique pour organi-
ser les données et décrire le processus. Nous avons ainsi construit une frise
chronologique, présentée dans le point 3.2.3, restituant les principaux
éléments des trois éditions de la démarche. Ensuite, nous avons mobi-
lisé le concept « d’attention flottante » (Ayache, Dumez, 2011). Il s’agit
d’un travail de comparaison systématique des données (d’identification
des différences et ressemblances). Cela consiste à parcourir l’ensemble du
corpus sans cibler de thématiques particulières pour identifier des points
saillants. Cela permet de limiter le biais de circularité (identifier unique-
ment les faits démontrant une théorie préétablie). Nous avons ainsi pu
identifier les principaux effets et limites de SUT à Lons-le-Saunier, à court
et moyen terme. Enfin, afin de limiter les biais de subjectivité, nous avons
adopté une approche « intersubjective ». Nous avons donné à lire l’article
aux salariés et directeur du Clus’Ter Jura et des membres de l’association
interterritoriale. Cela a permis de modérer certains points et d’insister sur
d’autres.
Le cas de «Start-up de Territoire»
à Lons-le-Saunier
Nous retracerons d’abord la genèse et l’esprit de la démarche SUT en
général, puis nous décrirons le contexte de Lons-le-Saunier et du Clus’Ter
Jura. Enfin, nous retracerons le déroulement du processus spécifique à
Lons-le-Saunier.
SUT, un état d’esprit interterritorial
SUT est un « rêve » partagé, qui s’incarne différemment dans plusieurs
territoires. Une première édition est lancée en février 2016 à Valence-
Romans, par le Groupe Archer (Chevalier, 2016), où des pairs d’autres
territoires sont présents. Le Clus’Ter Jura, à Lons-le-Saunier, lance ensuite
une deuxième édition en juin 2016. Six directeurs de structures d’inser-
tion par l’activité économique, incubateur, Fabrique à Initiatives, associa-
tion, etc. qui se connaissent bien, ont ainsi rapidement lancé la démarche.
« Start-Up de Territoire c’est avant tout une histoire d’amis » (Directeur du
Groupe Archer lors d’une conférence le 25 février 2020). Ces pairs, se
définissant comme « territoires pionniers », décrivent leur histoire et les
fondamentaux d’une démarche SUT dans un livre « d’une mobilisation
articl e en prépublicat ion – innovations 2022 XIII
Événements collaboratifs d’innovation et entrepreneuriat territorial
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locale à une start-up de territoire »1. Les citations qui suivent sont tirées de
ce livre.
L’essence de SUT est de mobiliser des citoyens, à titre personnel, quels
que soient leurs rôles (dirigeants ou salariés d’entreprises, habitants, élus
ou techniciens de collectivité, membres salariés ou bénévoles d’associa-
tions, entrepreneurs, etc.) à partir de leur colère et révolte (« dans leurs
tripes ») face aux problèmes vécus (inégalités, chômage, réchauffement
climatique, déchets, etc.) pour inventer collectivement des solutions et
les engager dans une démarche entrepreneuriale marquée par l’audace
même pas peur »). Il s’agit de reprendre les caractéristiques des start-up
(ambition, audace, expérimentation, agilité, rapidité, mobilisation élargie
et communication forte) pour des projets d’intérêt général portés par et
pour le territoire. La démarche SUT vise à insuffler un « esprit nouveau »
qui se vit et se transmet :
« Enthousiasme, esprit positif : c’est possible, toujours !
Ouverture et leadership : mobilisation de toutes les forces vives
Transparence totale et partage : aucune logique propriétaire, les
Start-up sont ‘de territoire’
Écoute, empathie, bienveillance : être un capteur très fin des désirs
et des idées de chacun, écouter, offrir et trouver une place pour chacun
Rôle de passeur : au-delà de l’écoute, être un conducteur et savoir
restituer au territoire la créativité et les projets qui se créent
Innovateur : inventer ensemble les modèles économiques d’avenir
qui n’existent pas encore sur notre territoire
Responsabilité : auprès des personnes engagées, des projets cata-
lysés et de l’ensemble des projets de Start-up de territoire dans les
différents territoires engagés (inter-solidarité) »
(https://www.fabt .fr/ressources-et-publications/ [consulté le 06/07/22])
SUT est ainsi caractérisé par une forte dimension symbolique. La
démarche vise à réinventer la manière de s’engager en tant que « citoyen »
(audace, entrepreneuriat, pragmatisme, action) en impliquant un maxi-
mum de parties prenantes, dans une dynamique « d’entrepreneuriat de
territoire ». Elle vise ainsi à expérimenter d’autres manières de contribuer
au développement territorial. SUT est aussi caractérisé par sa dimension
très opérationnelle et concrète (organisation d’événements, accompagne-
ment à l’émergence, création ou accélération de projets).
1. https:// www .fabt .fr/ ressources -et -publications/ [consulté le 06/07/22]
XIV innovations 2022 – article en prépublication
Camille Henrion
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Les configurations sont très différentes selon les territoires. Cet article
porte sur une configuration particulière : SUT à Lons-le-Saunier.
Le Clus’Ter Jura à Lons-le-Saunier
Nous présentons la configuration particulière étudiée : SUT à Lons-le-
Saunier, porté par une SCIC, le Clus’Ter Jura.
L’idée du Clus’Ter Jura est issue du constat du manque d’emplois dispo-
nibles pour les personnes en fin de parcours d’insertion, à Lons-le-Saunier
et alentour, par un dirigeant d’une structure d’insertion par l’activité
économique, en 2014. La ville de Lons-le-Saunier est la préfecture du Jura,
ville moyenne de 17 000 habitants. Elle est classée en « Recul de l’em-
ploi » avec une population stable par L’Institut National de la Statistique
et des Études Économiques, INSEE (2019). Le bassin de Lons-le-Saunier
est principalement considéré comme de faible voire très faible densité de
population et d’innovation (INSEE, 2015 ; Commissariat Général d’Éga-
lité des Territoires, 2015). Les capacités à répondre à ses problématiques,
à entreprendre et innover seraient moindres en matière d’accès à des
financements, de ressources, d’ingénierie, d’événements, de connexion,
d’innovateurs, etc.
Le Clus’Ter Jura naît ainsi d’une envie du dirigeant de la structure
d’insertion par l’activité économique de dynamiser ce territoire, en mobili-
sant et impliquant d’autres dirigeants d’entreprises locales et acteurs socio-
économiques. L’objectif est de créer de l’emploi résolvant des probléma-
tiques d’intérêt général pour résoudre plusieurs défis (économique, sociaux
et environnementaux) du territoire. Le Clus’Ter Jura prend la forme d’une
SCIC en juin 2016, statut permettant d’intégrer à son capital toutes les
natures de parties prenantes d’un territoire (collectivités, entreprises
privées, de l’Économie Sociale et Solidaires, personnes physiques, etc.).
La SCIC Clus’Ter Jura se divise en 6 catégories d’associés : fondateurs ;
entreprises partenaires ; collectivités partenaires ; Territoire, Recherche
et ESS ; citoyens ; salariés. La majeure partie des associés sont des citoyens
puis des entreprises. Concrètement, le Clus’Ter Jura propose une ingénie-
rie spécifique visant à détecter des potentiels de développement écono-
mique, social et environnemental. Cette ingénierie se compose de diffé-
rentes méthodes pour décloisonner, favoriser la coopération multi-acteurs
et d’expertise plus technique.
articl e en prépublicat ion – innovations 2022 XV
Événements collaboratifs d’innovation et entrepreneuriat territorial
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Reconstitution chronologique de SUT à Lons-le-Saunier
En février 2016, le Président, le Directeur et les deux premiers char-
gés de mission du Clus’Ter Jura assistent à la toute première édition SUT
à Valence, marquée par un grand succès en termes de mobilisation et
d’engouement des participants. Les dirigeants du Clus’Ter Jura décident
alors d’organiser une édition de SUT à Lons-le-Saunier. Celle-ci a lieu en
juin 2016 à l’occasion de la création de la SCIC. Elle rencontre également
un grand succès : 300 personnes participent. Cela marque le début de la
période étudiée : 2016 – 2020. Les dirigeants décident ensuite de lancer
l’organisation d’une deuxième édition qui a lieu le 27 septembre 2017 pour
faire suite au succès de la première et à la volonté de la Région de la finan-
cer. Ils décident de lancer une troisième en octobre 2019 pour faire émer-
ger de nouveaux projets à accompagner. La dimension de « bricolage »
est particulièrement importante à souligner. Si les grandes lignes autour
de l’événement (décloisonner et mobiliser « à 360° ») sont posées, les
salariés l’organisent ensuite avec une grande marge de manœuvre quant
à l’objectif affiché. La frise chronologique suivante présente les princi-
pales données chiffrées (événements, réunions, projets aboutis, nombre de
participants, etc.). Celle-ci est construite en trois phases (les 3 éditions)
selon quatre niveaux inspirés de la revue de littérature sur les effets des
ECI :
Les parties prenantes : acteurs nationaux et territoriaux impliqués
directement ou indirectement dans SUT
L’organisateur : Clus’Ter Jura
Les participants et bénévoles lors d’une soirée SUT
Les projets d’innovation qui font l’objet d’un atelier lors d’une
soirée SUT.
Résultats
Nous présenterons dans cette section les effets et limites à court puis
plus long terme de l’ECI SUT à Lons-le-Saunier sur les 4 niveaux retenus.
Précisons que l’étude porte sur une période de 4 ans, durée maximale du
« long terme ».
XVI innovations 2022 – article en prépublication
Camille Henrion
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articl e en prépublicat ion – innovations 2022 XVII
Événements collaboratifs d’innovation et entrepreneuriat territorial
Figure1 – Schéma des principales données composant SUT découpées en trois temps et selon 4 niveaux différents
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Au niveau des parties prenantes
Des acteurs « pairs » de l’ESS (dirigeants et salariés) participent
aux soirées SUT sur chaque territoire. L’engouement provoqué par ces
dernières crée un effet d’entraînement qui conduit ces pairs (autres struc-
tures d’insertion par l’activité économique, incubateurs de l’ESS, géné-
rateurs de projet, etc.) à créer leur soirée SUT dans des configurations
différentes. Ces acteurs, inscrits dans leur territoire, se reconnaissent alors
comme « territoires pionniers ». Cet effet d’entraînement s’est réalisé dans
une logique d’entre-aide (sur l’animation globale et les techniques d’ani-
mation d’atelier, bénévolat, etc.), permettant une montée en compétences
et une professionnalisation très rapide de l’organisation de ces soirées. Les
dirigeants de ces organisations de l’ESS se structurent, à titre personnel,
en association « interterritoriale » afin de poser des jalons d’une identité
commune (valeurs, vision, etc.) et d’une méthode d’accompagnement au
lancement de SUT sur de nouveaux territoires.
Au niveau territorial, des événements mobilisant 300 personnes sont
rares à Lons-le-Saunier et participent donc à la visibilité du territoire. Par
exemple, le territoire lédonien devient un cas d’étude pour des acteurs
nationaux comme la Banque des Territoires sur la notion d’entrepreneu-
riat de territoire2 ou du Laboratoire de l’ESS sur les « dynamiques collec-
tives de la transition »3.
La participation des acteurs publics locaux (Pôle d’Équilibre Territorial
et Rural ; Agglomération et Ville) concerne principalement l’organisation
de l’événement pour lequel ils sont mobilisés. Des techniciens participent
à de nombreuses réunions de préparation de l’événement et participent
à celui-ci. Des élus y participent également. La participation symbolique
(« portage politique ») ; financière (subvention ou prestation pour l’orga-
nisation de l’événement voire le suivi des projets post-soirée) ; opération-
nelle (participation effective dans les projets d’intérêt général) est cepen-
dant limitée. SUT est l’initiative du Clus’Ter Jura qui a mobilisé le soutien
financier de la Région pour cela. De plus, l’objectif de SUT est de mobili-
ser des citoyens au titre de leur engagement personnel pour leur territoire
et moins à titre professionnel comme représentants de structure, dont
publiques. Enfin, les projets d’innovations sont issus d’idées de citoyens
et ne correspondent pas forcément à l’agenda des politiques locales ou des
2. https:// www . banquedest erritoires .fr/ accompagner -lessor -dun -entrepreneuriat -de -territoire [consulté
le 21/06/2021]
3. https:// www .lelabo -ess .org/ dynamiques -collectives -de -transitions -dans -les -territoires -1[consulté le
21/06/2021]
XVIII innovations 2022 – article en prépublication
Camille Henrion
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projets déjà en cours nécessitant un appui quelconque. L’inscription des
acteurs publics dans la démarche Start-up de Territoire en est donc plutôt
limitée.
Retenons, que SUT à Lons-le-Saunier s’inscrit dans une dynamique
nationale d’événements similaires et a permis de faire gagner le territoire
lédonien en visibilité au niveau national.
Au niveau de l’organisateur de SUT
La première édition de SUT en 2016 est organisée à l’occasion de la
structuration du Clus’Ter Jura en SCIC. Elle est vécue comme un événe-
ment fondateur qui permet de rendre visible et surtout lisible l’activité du
Clus’Ter Jura au niveau territorial « Jusque-là le Clus’Ter Jura, c’était un
OVNI, Start-up de Territoire nous a permis de comprendre » (Président d’une
Communauté de communes, octobre 2018). Lévénement a également
permis de faire gagner au Clus’Ter Jura une crédibilité voire une certaine
légitimité à initier des projets de territoire (multi-acteurs, d’intérêt géné-
ral…) grâce à la mobilisation de nombreux acteurs différents « vous êtes les
seuls capables de réunir autant de personnes » (Directeur d’entreprise admi-
nistrateur et participant à SUT, 28/10/2020) et l’utilisation encore assez
novatrice d’outils d’intelligence collective. Les soirées SUT ont permis
à plus long terme aux acteurs du territoire d’identifier le Clus’Ter Jura
comme porte d’entrée pertinente pour des personnes souhaitant apporter
une idée sans la porter ou des personnes souhaitant porter un projet sans
avoir d’idée (trois sollicitations entre 2018 et 2019). SUT est ainsi devenue
une démarche « emblématique » du Clus’Ter Jura.
L’organisation de SUT par l’équipe salariée du Clus’Ter Jura a égale-
ment permis l’implication concrète de sociétaires et partenaires de la
SCIC à travers un comité de pilotage pour les deux premières éditions et
d’un comité de suivi pour la troisième.
Enfin, l’animation de SUT a conduit le Clus’Ter Jura à devoir struc-
turer sa méthode d’accompagnement de projet post-événement et par
conséquent à clarifier son positionnement comme générateur de projets
de territoire (émergence d’opportunité et mobilisation d’acteurs) en lien
avec les attentes des parties prenantes. SUT est initialement pensé dans
une logique d’animation territoriale pour mobiliser et décloisonner des
acteurs d’une part et faire émerger et accélérer des projets d’autre part
« Start-Up de Territoire, c’était le pari fou de rassembler 300 personnes » ;
« On ne savait pas exactement ce qu’on faisait mais on était à fond. On
articl e en prépublicat ion – innovations 2022 XIX
Événements collaboratifs d’innovation et entrepreneuriat territorial
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disait la start-up de territoire, avec le recul ça ne veut rien dire ! » (Salariée
du Clus’Ter Jura, novembre 2019). À la suite de la soirée, le Clus’Ter Jura
construit des modes d’accompagnement selon ce qu’il peut proposer et des
résultats des ateliers : mise en lien avec des structures d’accompagnement
à la création d’entreprise, animation d’un groupe-projet issu de la soirée
et ouvert à tous voire ingénierie de projet plus poussé pour certains. Cela
ouvre la possibilité de créer et/ou renforcer des liens avec des partenaires
et autres accompagnateurs pour relayer les projets qui ne seront pas ou peu
suivis par le Clus’Ter Jura. Les attentes fortes des partenaires et partici-
pants des soirées SUT conduisent le Clus’Ter Jura à se doter des moyens
de faire aboutir les projets « On n’a pas compris pourquoi vous en faites une
deuxième alors qu’on ne sait pas ce qui est sorti de la première ! » (Salar
d’EDF, novembre 2017).
Retenons qu’au niveau de l’organisateur, SUT a principalement eu des
effets de visibilité, de lisibilité et de crédibilité via sa capacité inédite, loca-
lement, à mobiliser autant de personnes autour d’idées de projets. SUT
a également mis en lumière le besoin de construire une offre d’accom-
pagnement très claire pour répondre aux attentes fortes d’aboutissement
de projet et le besoin de se positionner par rapport aux autres structures
d’accompagnement à la création d’entreprise.
Au niveau des participants
Nous entendons par participants toutes les personnes présentes lors
d’une soirée SUT en tant que bénévoles (animateur, appui logistique…)
ou participants aux ateliers.
La soirée SUT provoque à court terme un fort engouement et grand
enthousiasme et contribue à transférer un esprit d’audace « Le lendemain
de la soirée Start-up j’ai appelé un partenaire pour une idée de projet, je navais
plus peur ! » (Participante à Start-up de Territoire 3, novembre 2019). La
ville de Lons-le-Saunier qualifie la soirée de « Soirée à énergie positive »
sur les réseaux sociaux, le 18/10/2019. La dimension très conviviale et
festive ainsi que des « règles du jeu » (tutoiement, bienveillance, « toutes
les idées sont bonnes », « 100 % présent », etc.) pour l’animation des
ateliers favorise une dimension horizontale entre les participants d’uni-
vers différents (habitants, élus et techniciens de collectivités, directeurs
et salariés d’entreprise, entrepreneurs, structures d’accompagnement à la
création, associations, etc.) et donc la rencontre de nouvelles personnes
ou le renforcement de liens existants. Certaines rencontres sont durables
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« je connais des gens qui se sont rencontrés à SUT et se voient encore réguliè-
rement » (participante à SUT 1, le 19/03/2021).
Une vingtaine d’animateurs bénévoles sont formés par le Clus’Ter Jura
aux outils d’intelligence collective pour les deux premières éditions. Ce
dernier offre à ses bénévoles une formation professionnelle pour la troi-
sième édition, dans une volonté de « faire monter le territoire en compé-
tences » (Directeur du Clus’Ter Jura, mai 2019). Des formateurs profes-
sionnels dans l’animation et le développement territorial intègrent SUT
au programme de formation comme cas pratique. Ainsi, une quarantaine
d’étudiants locaux se forment à l’animation ou l’événementiel comme
bénévoles lors des soirées SUT.
En revanche, l’engouement provoqué par l’événement s’essouffle vite.
Ainsi, peu s’engagent par la suite dans les groupes qui se forment pour
faire aboutir les projets (effet « start-up blues »). La plupart des partici-
pants viennent davantage pour contribuer à quelque chose d’utile au
territoire que pour s’engager concrètement à long terme à porter et créer
une nouvelle activité économique. « Les gens ne viennent pas pour remplir
des tableaux Excel, ils viennent plutôt pour débattre et refaire le monde »
(Organisatrice de Start-up de Territoire Bordeaux, mai 2019). Les attentes
des participants de voir les projets aboutir sont fortes et donc le risque de
déception également.
Retenons qu’au niveau des participants les principaux effets sont une
grande motivation (liée à la dimension conviviale, festive, l’effervescence
d’idées et le nombre de participants), la création de nouveaux contacts,
l’apprentissage (outils d’intelligence collective et de gestion de projet) et
moins l’engagement concret voire le portage des projets.
Au niveau des projets d’innovation
Nous appelons « projets d’innovation » toutes les problématiques,
idées, projets en cours qui ont fait l’objet d’un atelier lors d’une soirée SUT
à Lons-le-Saunier. Il s’agit d’une dizaine de participants et d’un animateur.
Les ateliers de chaque édition sont présentés en annexe. Un atelier consiste
à résoudre une problématique venue d’un apporteur d’idée (atelier « star-
ter ») ou d’un porteur de projet (atelier « booster »). La distinction entre
ateliers « starter » et « booster » varie d’une édition SUT à l’autre et la
réalité est plus complexe. Le statut « d’apporteur d’idée » ou de « porteur
de projet » varie d’une personne donnant une idée sans souhaiter s’y enga-
ger par la suite à une personne souhaitant créer sa propre activité. Le statut
articl e en prépublicat ion – innovations 2022 XXI
Événements collaboratifs d’innovation et entrepreneuriat territorial
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de « problématique / idée » ou « solution » est un autre curseur. Les ateliers
se situent entre ces deux curseurs. Certains apporteurs d’idée souhaitent
voir se réaliser une solution très précise ou à l’inverse certaines personnes
souhaitent porter quelque chose autour d’une problématique très vague.
Retenons l’idée qu’il existe principalement deux types d’ateliers : ceux qui
portent sur des problématiques et idées encore générales avec des acteurs
intéressés par le sujet et ceux qui portent des solutions plus concrètes avec
un ou des acteurs souhaitant s’engager à les porter (cf. schéma ci-dessous).
Figure2 – Représentation schématique des types d’ateliers
organisés lors d’une soirée “Start-up de Territoire”
Nous présenterons les effets sur les projets d’innovation avant et après
la soirée (immédiatement et à plus long terme), en lien avec l’accompagne-
ment du Clus’Ter Jura. Rappelons que la démarche SUT s’est construite
de manière itérative, ses trois éditions sont donc relativement différentes.
Trois étapes sont cependant communes : mobilisation et sélection des
ateliers pour la soirée, « tri » des ateliers post-soirée et accompagnement
ou mise en lien par le Clus’Ter Jura. Précisons que les trois soirées SUT
ont proposé 22 ateliers chacune, c’est-à-dire 66 au total.
Nous pouvons identifier principalement deux effets avant la soirée
SUT sur les projets d’innovation. Le premier concerne la « légitimisa-
tion » d’un porteur de projet à mobiliser des personnes autour de son
idée « Start-up de Territoire est pour moi l’occasion de contacter certaines
personnes » (Porteuse de projet pour un atelier SUT troisième édition,
24/09/2019). Le deuxième concerne une certaine « validation » par le
territoire du besoin auquel répond l’idée ou la solution d’un futur atelier.
La participation d’une dizaine de personnes (habitants, représentants de
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collectivités ou entreprises) autour d’un atelier marque l’intérêt du terri-
toire pour celui-ci (ou, à l’inverse, son absence). De plus, pour la troisième
édition, le choix des ateliers pour la soirée a été soumis aux sociétaires de
la SCIC Clus’Ter Jura : 31 sur 73 ont voté pour leurs 20 ateliers préférés en
fonction de critères4.
Immédiatement après la soirée, l’étape de « tri » (priorisation ou sélec-
tion selon les éditions) consiste à « classer » les ateliers selon leurs résultats
en fonction de critères qui diffèrent selon les trois éditions. Cette « clas-
sification » sert pour le Clus’Ter Jura à choisir son mode d’accompagne-
ment. Distinguons d’abord les ateliers starter et booster :
Les ateliers « starter » (33 sur 66 soit 50 %) sont priorisés ou sélection-
nés principalement en fonction de la dynamique de groupe, d’un potentiel
porteur et de son potentiel à aboutir plutôt rapidement. Le Clus’Ter Jura
se donne des rôles :
D’animation plus ou moins impliquée (de la participation à l’orga-
nisation de réunions, rédaction de compte rendu, etc.) pour 22 sur
33 ateliers (67 %)
D’accompagnement voire de pilotage pour 6 ateliers sur 33 (18 %)
De mise en lien avec des acteurs pertinents pour 5 sur 33 (15 %).
Peu de projets font l’objet d’un accompagnement poussé du Clus’Ter
Jura à la suite d’une soirée SUT, principalement faute de participants
motivés ou compétents. Parmi les 6 projets accompagnés et/ou pilotés, 3
ont conduit à la création d’une nouvelle activité économique s’inscrivant
dans une démarche de transition sociétale : 2 sont encore en cours de
lancement ; 1 est porté par une entrepreneuse à hauteur de 0,5 ETP. Les
3 projets non aboutis se sont arrêtés, soit faute de porteur de projet, soit
de financement d’une personne pour tester l’activité, soit par manque de
portage politique ou de partenaires clés, notamment publiques. En dehors
de ces 6 projets accompagnés, certains projets continuent à être portés
et développés ou ont abouti en dehors du Clus’Ter. SUT a eu un effet de
visibilité.
Les ateliers « booster » (33 sur 66 soit 50 %) sont envoyés vers des
structures d’accompagnement à la création d’entreprises ou accompa-
gnés par le Clus’Ter Jura. L’accompagnement du Clus’Ter Jura concerne
uniquement des porteurs de projets en ESS et s’inscrit dans le cadre d’un
4. Potentiel économique (créateur de valeur et d’emplois) ; de la dimension innovante (n’existe pas
ou peu sur le bassin lédonien) ; d’utilité sociétale (répond aux enjeux des transitions économiques,
écologiques et sociales)
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dispositif particulier (à la suite de SUT 3 uniquement). 1 projet non déjà
accompagné est mis en lien avec une structure d’accompagnement à l’en-
trepreneuriat. 1 projet est ainsi accompagné par le Clus’Ter Jura sur la
consolidation et le changement de son modèle économique, conduisant
au recrutement d’un ETP. L’effet en termes de flux de nouveaux porteurs
de projets auprès des structures d’accompagnement est très limité : la
plupart des porteurs étaient déjà accompagnés et les projets déjà en cours.
Les porteurs de projets des ateliers « booster » bénéficient principalement
de visibilité et de la possibilité d’être challengés par les participants lors
de la soirée SUT.
Le schéma suivant synthétise ces résultats :
Figure3 – Résumé des effets au niveau des projets d’innovation
Retenons que les effets sur les projets d’innovation sont principale-
ment « symboliques » : légitimité, visibilité, rencontres et mises en lien.
Les effets « concrets » en termes d’idées opérationnelles, d’engagement
concret d’acteurs ou de transformation de participants en entrepreneurs
sont limités. Les effets en termes de création d’entreprises et/ou d’emplois
grâce à l’aboutissement de projets sont, par extension, également limités.
Le tableau suivant résume tous les principaux effets et limites à court
et long terme identifiés selon les niveaux d’analyse.
XXIV innovations 2022 – article en prépublication
Camille Henrion
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Tableau5 – Synthèse des effets et limites à court et long
terme de l’ECI SUT à Lons-le-Saunier selon les niveaux
Pour conclure cette analyse des trois éditions de Start-up de Territoire
à Lons-le-Saunier, constatons principalement le décalage entre l’objectif
de création d’emplois ou d’entreprises affiché « ensemble, créons les entre-
prises de demain » et les effets identifiés. Les effets de SUT sont principa-
lement symboliques (légitimité, visibilité, crédibilité, etc.) au niveau de
l’organisateur, et pédagogiques (confiance en soi, acculturation, montée
en compétences) au niveau des participants. Ces derniers gagnent en
confiance pour lancer des projets économiques ou non. Cela procède à
une certaine « désacralisation » de l’entrepreneuriat. C’est également
un outil d’acculturation à des manières de travailler et entreprendre à
plusieurs. La principale limite porte sur la très faible création d’entreprises
ou d’emplois. L’engagement concret dacteurs à titre personnel ou profes-
sionnel est très limité après la soirée de créativité, lié à la nature des idées
et projets captés. Ainsi SUT est un outil de décloisonnement, de mobi-
lisation, d’impulsion dont le potentiel est vaste. La très grande diversité
et configuration de projets met en lumière de nombreuses perspectives de
modes d’accompagnement et de mise en lien entre acteurs territoriaux
pour favoriser cet aboutissement de projets. En matière de contributions à
la création d’une dynamique d’entrepreneuriat de territoire, nous pouvons
identifier principalement des potentiels d’apprentissage et de création
articl e en prépublicat ion – innovations 2022 XXV
Événements collaboratifs d’innovation et entrepreneuriat territorial
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de liens. SUT pourrait servir à faire se rencontrer des acteurs qui ne se
connaissent pas et leur donner envie d’entreprendre ensemble autour de
problématique du territoire qui les touche. SUT doit cependant être cali-
bré pour cela.
Discussion
L’étude exploratoire propose une connexion entre les événements
collaboratifs d’innovation (ECI) et l’entrepreneuriat territorial. Nous
avons cherché à identifier les effets et limites spécifiques des ECI dans
la création de dynamique d’entrepreneuriat territorial, à partir du cas de
Start-up de Territoire à Lons-le-Saunier. Si la méthodologie d’étude de cas
unique longitudinale permet une faible montée en généralité, elle permet
d’obtenir une connaissance fine et profonde d’un terrain pour en donner
des éléments nouveaux et perspectives d’un sujet. Nous discuterons les
apports de cet article d’abord concernant les connaissances sur les effets
des ECI puis sur la question de l’adéquation entre son design et ses effets
souhaités. Le contexte étudié est un ECI porté par un acteur de l’ESS à
destination d’un territoire et au sein d’un réseau « interterritorial » visant
à créer une dynamique d’entrepreneuriat de territoire.
Nous avons vu que les effets ont tendance à être similaires malgré
les contextes empiriques différents. Aussi, l’engouement, l’enthousiasme,
les rencontres, les renforcements de liens, la génération de nombreuses
idées et les apprentissages (à l’animation participative ou l’entrepreneu-
riat) se vérifient dans cette étude de cas. Cela contribue à une certaine
« désacralisation » de l’entrepreneuriat, le rendant plus accessible. Leffet
de décloisonnement entre les différents services d’un organisateur dont
les frontières organisationnelles sont clairement définies est plus déli-
cat à saisir. La SCIC Clus’Ter Jura, par son statut juridique même, vise
à participer à ce décloisonnement d’acteurs multiples du territoire. Les
personnes sont invitées à participer à titre personnel, quelles que soient
les organisations dans lesquelles ils s’inscrivent. Le renforcement de l’inte-
raction acteur public – citoyen se vérifie peu dans ce cas. L’implication
des acteurs publics est principalement opérationnelle, uniquement sur
l’organisation de l’événement (détection de projets, mobilisation et parti-
cipation) et moins « institutionnalisée » ni en lien avec une stratégie
territoriale. Les effets spécifiques identifiés dans ce cas sont les suivants :
l’aspect contraignant des attentes des participants conduisant l’organisa-
tion à créer des modes d’accompagnement efficaces ; la mise en lumière
XXVI innovations 2022 – article en prépublication
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de certains besoins du territoire (par la détection d’idée et la participation
ou l’absence de participation à des ateliers) ; la forte et rapide montée
en compétences entre pairs pour l’organisation de « soirées Start-up de
Territoire » ; la participation à l’action (l’organisation d’un événement)
pour contribuer à créer une habitude à travailler entre acteurs de diffé-
rentes natures (public, privé, citoyen).
Nous avons vu que les limites concernent principalement le long
terme. Précisons que nous appelons limite le décalage constaté entre les
objectifs visés et affichés et les résultats obtenus. Cela concerne princi-
palement la création de modèles d’affaires, d’idées réalistes et opération-
nelles (ni trop « bricolées », ni trop « techniques ») pour favoriser l’abou-
tissement de projets d’innovation. Également, très peu de participants
s’engagent concrètement dans les projets sans porteur et très peu de projets
aboutissent en lien avec l’accompagnement lié à SUT. De telles limites
se vérifient dans notre cas. Étant donné le contexte territorial (acteurs
publics, privés et citoyens) visé, l’appropriation et le portage « politique »
de la démarche Start-up de Territoire est difficile. SUT est principalement
perçu comme l’événement du Clus’Ter Jura, organisé par son équipe sala-
riée. L’objectif affiché de création d’emploi risque fortement de décevoir
les attentes des participants, l’ECI bénéficie moins de son caractère initia-
lement original. La principale limite commune concerne donc sa capacité
à dépasser la dimension « one shot » et à laisser tous les possibles imaginés
et l’enthousiasme retomber rapidement.
Nous avons montré pour cela l’importance primordiale de l’inscrip-
tion de l’ECI dans un contexte organisationnel favorable au passage d’une
idée à une innovation (Fagbohoun, 2021) et de l’adéquation des ECI
avec leurs objectifs (Nolte et al., 2018). Nous discuterons trois éléments
constitutifs de ce « contexte organisationnel favorable » créés à partir de
notre état des lieux : la volonté et l’engagement politique derrière l’ECI ;
l’inscription dans une démarche construite, claire, cohérente, profession-
nelle et liée à la stratégie ; l’implication et les caractéristiques des parties
prenantes (compétences, autonomie, etc.).
Dans notre cas, l’ECI SUT vise à rassembler des acteurs publics, privés
et citoyens d’un territoire pour répondre à des besoins non ou mal satis-
faits par la valorisation de ressources locales. Un tel contexte « territo-
rial » est particulièrement complexe en termes de « portage politique », au
sens de prises de décision, stratégie, financement, actions opérationnelles.
L’ECI est porté par une SCIC, principalement subventionnée par des
acteurs régionaux et principalement composée de citoyens. L’implication
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des acteurs socio-économiques locaux (publics ou privés) dotés de compé-
tences (opérationnelles, financements, expertise, ressources, etc.) est
en quelque sorte éloignée. La question de la volonté et de l’engagement
politique de dirigeants ou équivalent sur le territoire est par conséquent
délicate. Cela soulève une autre question de la légitimité à porter une
telle démarche et résoudre des problématiques d’intérêt général sur un
territoire. Un « coportage » de la démarche SUT, notamment avec des
acteurs publics locaux, pourrait faciliter l’implication concrète de parties
prenantes qui y auraient concrètement intérêt pour s’engager dans les
projets.
La clarté, la cohérence, le lien avec une stratégie précise et lisible est
un élément clé pour un contexte organisationnel propice à l’innovation.
De telles caractéristiques sont cependant très difficiles à réaliser dans la
pratique, marquée par une forte dimension de « bricolage », des disposi-
tifs de financement complexes et une communication différenciée à des
publics très divers. Le large spectre de détection et de configurations d’ate-
liers (starter et booster) conduit à un certain flou sur la nature et l’objectif
de la démarche. Le calibrage de l’événement (300 personnes et 20 ateliers)
requiert d’adopter une logique plus opportuniste que stratégique pour
réaliser ces objectifs. De plus, l’ECI est une démarche en plusieurs étapes,
dont l’événement est une étape majeure. Il est cependant principalement
financé pour ce volet événementiel. Peu de temps est donc spécifiquement
dédié à la qualification des besoins précis des apporteurs d’idées, etc. alors
que cela est nécessaire pour affiner les résultats à obtenir lors de la soirée
puis de l’accompagnement. Il doit donc associer d’autres financements,
par exemple, pour l’émergence de projet (détection et suivi) ou la contri-
bution à la création d’un réseau entre structures d’accompagnement à la
création d’entreprise. Cela peut générer une certaine illisibilité concer-
nant la nature de SUT : est-ce seulement un événement, une démarche
de détection et accélération de projets, un élément d’un écosystème d’ac-
compagnement à l’entrepreneuriat ? Cette complexité suppose une vision
particulièrement claire des dirigeants de la démarche. Cela se traduit au
niveau de la communication autour de l’ECI, qui peut générer des attentes
très diversifiées et pas forcément mises en débat entre les porteurs de la
démarche, les participants, les bénévoles, les salariés, etc.
Le troisième élément constitutif d’un « contexte organisationnel favo-
rable » concerne l’autonomie proposée aux participants et la nature de
leur implication dans l’ECI. Si l’autonomie et l’ouverture à participer
XXVIII innovations 2022 – article en prépublication
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concrètement aux projets d’innovation sont réelles, la question des compé-
tences, ressources et capacité à s’engager est cependant plus délicate.
Que peut-on alors dire de la contribution d’un ECI comme Start-up
de Territoire pour la création d’une dynamique d’entrepreneuriat territo-
rial ? Notons d’abord que l’objectif est particulièrement ambitieux, voire
tentaculaire (dynamiser un territoire, créer des emplois, renforcer les liens
entre acteurs, former à l’animation participative, etc.). L’expérimentation
étudiée permet de mettre en lumière des difficultés pratiques et des pers-
pectives pour réaliser cette ambition. Elle permet aussi de révéler le poten-
tiel de contribution à la détection, l’accompagnement et la pédagogie pour
porter des projets à plusieurs. Pour cela, il est important de conscientiser
les risques identifiés et ceux spécifiques aux dispositifs de gestion (Klein,
Paris, 2021) : organiser SUT par phénomène de mode managériale ; le
transformer en routine ; perdre de vue les objectifs initiaux. Pour cela, il
est très important de concevoir et piloter un tel ECI comme une démarche
d’innovation (préciser et prioriser des objectifs, se doter de moyens en
fonction, délibérer, paramétrer, et ajuster au fil de l’eau), plutôt que comme
un événement « clé en main ».
Conclusion
Nous nous sommes intéressés à des événements retenant l’attention des
chercheurs et praticiens. Ils sont nommés hackathon, Start-up Weekend,
Start-up de Territoire, etc. Courts, intenses et festifs, ils rassemblant des
centaines de personnes regroupées en ateliers d’une dizaine de partici-
pants. Ces événements s’inscrivent plus ou moins dans des démarches au
long terme pour des objectifs différents comme la création de projets d’in-
novation à partir de problématiques d’intérêt général. Nous nous sommes
intéressés à un contexte particulier : celui de la création d’une dynamique
d’entrepreneuriat de territoire. Nous avons défini lentrepreneuriat de
territoire comme « la façon dont se construit la dynamique entrepreneuriale
sur un territoire et pour un territoire » (Henrion et al., 2019, p. 5). Il s’agit de
projets rassemblant des acteurs multiples se coordonnant pour valoriser
des ressources afin de répondre à des besoins non ou mal pourvus, d’inté-
rêt général, de manière hybride (financements idéalement privés et aussi
publics). Nous nous sommes posé la question suivante : quels sont les effets
et limites spécifiques des événements collaboratifs d’innovation dans la
création d’une dynamique d’entrepreneuriat territorial ?
articl e en prépublicat ion – innovations 2022 XXIX
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Les effets identifiés des ECI sont similaires malgré des objectifs et
contextes empiriques différents. Les effets sont d’ordre principalement
symboliques (légitimité, visibilité) ou pédagogiques (apprentissages). Ils
portent moins sur la création d’entreprises et/ou des emplois grâce aux
projets d’innovation. Le tableau ci-dessous propose une comparaison des
effets hypothétiques construits à partir de la littérature sur les ECI et les
effets observés dans notre cas.
Tableau6 – Comparaison des effets et limites hypothétiques et
observés dans le cas de Start-up de Territoire à Lons-le -Saunier
La principale contribution de cet article est de montrer le potentiel
d’un ECI : la visibilité, l’enthousiasme, l’action concrète à travers l’orga-
nisation d’un événement permet d’enclencher une dynamique. Plusieurs
conditions favoriseraient la réalisation de ce potentiel. L’inscription de
l’événement dans une démarche claire, cohérente avec une stratégie
commune et portée par des acteurs à la fois publics, semi-publics et privés.
Cela permettrait à la fois la légitimité de résoudre des problématiques
d’intérêt général, de mobiliser de nombreux citoyens et des compétences
précises. L’ECI pourrait permettre de favoriser l’envie de travailler à
plusieurs sur des projets et être un moment de rencontres, d’apprentissage,
de liens, pour nourrir une dynamique déjà lancée, puis alimentée par un
événementiel régulier.
Les dimensions expérimentales, d’amélioration continue, de montée
en compétences entre chaque territoire et de professionnalisation font
partie ADN de SUT. Des études comparatives entre plusieurs configu-
rations de SUT par exemple, permettraient de mieux cerner les effets et
limites précises de celui-ci pour approfondir et solidifier les résultats de
XXX innovations 2022 – article en prépublication
Camille Henrion
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cette analyse exploratoire. Des recherche-action ou recherche-interven-
tion portant sur l’implémentation depuis le début et au fil de l’eau d’un
ECI au regard des connaissances sur les conditions d’adéquation seraient
particulièrement pertinentes.
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Annexes
Annexe 1 – Présentation des ateliers start-up de territoire 1
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Annexe 2 – Présentation des ateliers start-up de territoire 2
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Annexe 3 – Présentation Des Ateliers Start-Up De Territoire 3
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Idea Selection in the Innovation Process: The Case of Delphi Methodology in Logistics 4.0 Digitalization and hypercompetition contribute to a turbulent environment for companies that need to innovate and build complex inter-organizational relationships (IORs). In this perspective, “open creativity” and the means of generating and selecting ideas in the innovation process can offer a solution. The use of external resources, through a prospective approach to define logistics 4.0, is the object of this research. The investigation follows a Delphi-Prodin method. This method is little used in the literature. Over a period of nearly eight months, a community of experts have been interviewed. On the theoretical and operational level, the study confirms the interest of calling on external resources from the very beginning of the innovation process. It highlights the importance of boundary spanners to generate and maintain the links with the environment for the creation of collective value by assuming part of the management of paradoxes. On the methodological level, Delphi-Prodin explains the stages of idea selection. JEL Codes: O360
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This article studies the relationship between collaborative innovation and urban dynamics through the use, by local communities, of hackathon-type events. Hackathons take place in a context of urban public action transformation under the effect of urban neoliberalism and the dissemination of models of “smart” and “creative” cities. The study of a hackathon (Gare Remix, Lyon, April 2015) through the prism of the notion of “dispositif” makes it possible to highlight what configures the practices of participants and what escapes the frame. Despite significant forms of creativity with regard to the “dispositif” productions resulting from the hackathons do not find their place in the spatial planning. They appear to be out of step, both too tinkered for the "smart" city and too technical for do-it-yourself urban planning, or tactical urbanism, which cities today claim. The article shows that the scope of hackathons is ultimately located at other levels: that of urban public action processes and its governance, that of private actors in a logic of recovery, that of participants who find in hackathons of empowering resources (training, networking, etc.).
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Les travaux sur l’innovation participative se focalisent sur la manière dont l’organisation permet d’ouvrir la génération d’idées à tous ses membres. Cela renvoie à différents dispositifs qui ont le vent en poupe : boîtes à idées, challenges, hackathons… Les travaux sur ces dispositifs ont porté sur leur catégorisation, sur les conditions requises pour qu’ils jouent le rôle qui leur est dévolu ou encore sur l’évaluation de leurs résultats. Mais peu de travaux les ont considérés en tant qu’outils de gestion, visant à avoir un effet sur une organisation, et pouvant être adaptés, ajustés en fonction de la réponse de l’organisation. Cet article porte sur l’implémentation d’un dispositif d’innovation participative dans une organisation. Il repose sur une étude de cas réalisée dans une configuration de recherche-action, centrée sur un dispositif d’innovation participative chez Lagardère. Il met en avant les enjeux d’implémentation de ces dispositifs dans les organisations et montre qu’une démarche de management les traitant comme des outils de gestion et des objets d’innovation peut s’avérer fertile.
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Stigma and prejudice are barriers to developing policies addressing homelessness. Awareness development, using civic hackathons, may be beneficial in reducing stigma and promoting policy while offering unique training to social work students. The current study explores the feasibility of hosting a university-based homelessness hackathon; associated changes in self-perceived knowledge, attitudes, beliefs, and investment in addressing homelessness; and development of innovative solutions. Participants (N=32) attended a 7-hour event, involving expert panels, rapid iteration, and solution pitches. Pre- and postevent surveys demonstrate changes in knowledge and attitudes related to homelessness as well as civic responsibility. The event was less successful in generating deployable solutions. Findings suggest the benefit of university-based hackathons to train social work students and offer considerations for implementing hackathons in educational settings.
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Basé sur un retour d’expérience, cet article analyse le lien entre les événements collaboratifs internes d’innovation et la stratégie de développement des entreprises, à travers l’analyse de la première édition d’un concours d’innovation organisé dans un groupe de protection sociale français. Considérés jusqu’il y a peu comme peu innovants, les banques, assureurs, mutuelles et groupes de protection sociale se sont tous dotés de directions de l’innovation. Au-delà de ces appellations et ces fonctions, pour certaines récentes et constituant de véritables innovations managériales en soi, comment organiser un challenge interne d’innovation ? L’étude d’un cas concret à partir d’une participation observante permet d’éclairer les enjeux portés par les challenges internes d’innovation et pose les bases de leur succès opérationnel.
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La matière de cet article repose sur un évènement collaboratif organisé dans le cadre du programme d’accompagnement d’un incubateur. En immersion lors d’un weekend de démarrage du programme d’accompagnement à la création d’entreprises de l’incubateur I-Engage, nous analysons les bénéfices de ce type d’évènement pour les porteurs des projets sur deux axes : la catalyse du processus de création des liens entre les incubés ; l’établissement des paramètres de gouvernance et de coopération. Nous estimons que les résultats observés dans un incubateur peuvent aussi favoriser le bon fonctionnement des espaces collaboratifs en général, notamment des espaces de coworking.