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La Lumière : actes du séminaire transversal

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Actes du séminaire
transversal
LA LUMIÈRE
Le 7 avril 2016 au Collège de France
– 2 –
Table des matières
Introduction ............................................................................................................................. 3
PERCEPTION ET RÉCEPTION DE LA LUMIÈRE ......................................................... 9
Murad SULEYMANOV et Arthur LAISIS
Le verbe montrer en tat : étude dialectologique ......................................................... 10
Prany WANTZEN
La perception visuelle dans l’autisme ......................................................................... 16
USAGES ET MISES EN SCÈNE DE LA LUMIÈRE ........................................................ 23
Carl-Loris RASCHEL
Les luminaires de cérémonie dans l’Égypte romaine ................................................24
Thomas LACOMME
Des bougies pour l’anniversaire des morts : entre rite et réalités économiques.
L’exemple de la collégiale Saint-Etienne de Troyes (XIIe-XIVe siècles) .................. 28
Dominique LAUVERNIER
Restituer l’éclairage scénique sous l’Ancien Régime ................................................ 36
SYMBOLES ET MÉTAPHORES DE LA LUMIÈRE ....................................................... 43
Martha BEULLENS
L’illumination prophétique chez Albert le Grand ..................................................... 44
Maréva U
Expérience spirituelle de la lumière et du passage
dans l’espace ecclésial byzantin ................................................................................... 50
LUMIÈRE ET TRANSCENDANCE ................................................................................... 61
Flore MUGUET
Le « Visionary Art » dans les « festivals transformationnels ».
La place de la lumière dans le cheminement de l’œuvre de sa création à sa
réception à travers l’expérience perceptive visuelle et/ou visionnaire .....................62
Marie-Véronique AMELLA
La Lumière, une théorie de la relativité rituelle dans la Sardaigne
contemporaine .............................................................................................................. 77
– 3 –
Introduction
Maréva U
Doctorante en Histoire de l’art et archéologie du monde byzantin et de l’Orient chrétien (RSP)
Thomas LACOMME
Doctorant en Histoire médiévale (HTD)
Laurène HASLÉ
Doctorante en Histoire des spectacles du XIXe siècle (HTD)
Angelica VALENCIA-DIAZ
Doctorante en Sciences de la Vie et de la Terre (SIEB)
Suivant une tradition bien ancrée, chaque année, les doctorants contractuels de première
année organisent une journée d’études transversales réunissant les trois mentions de l’École
doctorale de l’École Pratiques des Hautes Études : Histoire, textes et documents (HTD),
Religions et systèmes de pensée (RSP), et Systèmes intégrés, environnement et biodiversité
(SIEB). L’objectif de cette journée est la rencontre de différentes disciplines et approches an de
montrer la complémentarité des méthodes heuristiques autour d’un thème commun. Le thème
choisi, la lumière, qui fut également celui de l’année internationale de l’UNESCO l’an passé,
permet le croisement et le partage de ces différents regards, méthodologies et objets d’étude.
Le programme de cette journée a révélé la richesse d’une telle initiative. Un premier
ensemble de communications a interrogé les modes de perception et de réception de la lumière,
d’une part d’un point de vue philologique et de l’autre neuropsychologique. Ces réexions
se sont ensuite poursuivies à travers les usages et les mises en scène de la lumière, qu’ils
soient d’ordre cérémoniel ou pratique. La section suivante a été consacrée aux symboles
et aux métaphores de la lumière dans les religions, depuis leurs apparitions dans le monde
mésopotamien jusqu’à leurs développements dans le Moyen Âge occidental et oriental. Enn,
– 4 –
cette journée s’est achevée par une mise en perspective des différents usages et conceptions
de la lumière dans le monde contemporain, en s’attachant plus particulièrement à mettre en
évidence ses propriétés transcendantales.
La lumière est une vaste thématique à laquelle s’intéressent toutes les sciences humaines et
sociales, dont les sciences religieuses, la philologie, la philosophie, l’anthropologie, l’histoire ou
encore l’histoire de l’art : autant de champs d’études couverts par les intervenants de cette journée.
Pour introduire la place qu’occupe la lumière dans les systèmes religieux, nous nous attacherons
essentiellement à évoquer son essence divine et la dialectique qui l’oppose aux ténèbres.
Dans toutes les civilisations, la lumière renferme un symbolisme religieux central.
Métaphoriquement associée à différents concepts cultuels fondateurs, à l’origine de toutes
cosmogonies, la lumière est considérée comme source de création. Cette conception trouve
l’une de ses expressions les plus signicatives dans l’Ancien Testament, dans lequel la première
parole divine est une formule parfaite de création : « que soit lumière et lumière fut » (Genèse
1, 1-4). Grâce à la lumière, le temps est établi : elle régit l’alternance du jour et de la nuit et
détermine les saisons1.
En raison de sa qualité démiurgique, la lumière est apparentée à l’essence divine, une
relation qui apparaît étymologiquement dans la racine indo-européenne du mot « dieu »,
« dei-», qui a le sens de « briller », « émettre une lumière ». L’équivalence entre la lumière et le
divin sert ainsi de pierre angulaire à plusieurs systèmes religieux. Dans la plupart d’entre eux,
le principe de divinité est associé à une puissance rayonnante souvent assimilée au soleil : en
Égypte, les dieux du disque solaire, Rê et Aton, sont célébrés pour la puissance de leur éclat dans
l’hymne qui leur est consacrée2. Dans la Grèce antique, l’astre de lumière est représenté par le
Dieu Hélios, offrant la lumière aux dieux et aux mortels3. Le Dieu Mithra, dans la mythologie
perse, est également associé au soleil. Il représente le bien et ordonne le monde4. Enn, citons
également Surya, le seigneur du jour et l’œil du monde, qui, dans le brahmanisme, est le dieu
du soleil, la source d’énergie et de lumière de la Terre5.
Ce symbolisme de la lumière se retrouve au fondement des trois grandes religions
monothéistes, convoqué pour signier la présence divine et son omnipotence. À la différence
des autres civilisations qui, dit de manière simpliée, identient la lumière, surtout solaire, avec
la divinité elle-même, la tradition judéo-chrétienne introduit une distinction signicative. La
lumière n’est pas Dieu, mais Dieu est lumière. En ce sens, la lumière divine est, par nature, la
« lumière incréée », la lumière « intelligible » par opposition à lumière « sensible créée ». Dans
le christianisme, le Christ devient la « lumière du monde », celle qui offre la rédemption6.
Dans l’islam, l’assimilation de la lumière céleste à la lumière divine connaît un traitement
différent. Allah est décrit dans le Coran comme « la lumière des cieux et de la terre ». En même
temps, « Dieu guide vers la lumière qui Il veut ». Ainsi, Dieu est la lumière et le Prophète en est
l’instrument, la lampe7.
Des cultes solaires aux théologies monothéistes, la lumière est, au cours des siècles, la
source de création, de connaissance, de transformation, de purication et de béatitude. Elle est
le symbole universel de la vie, de la joie, du salut et du bonheur, tandis que les ténèbres sont
le symbole du mal, du châtiment, du malheur et de la mort. Par cette dialectique, la lumière
acquiert une dimension morale et eschatologique. Ce dualisme est profondément inscrit dans
1. A. Feuillet et P. Grelot, « Lumière », dans Xavier Léon-Dufour éd., Vocabulaire de théologie biblique, Paris, 1962,
p. 556-562.
2. A. Chedid, Néfertiti et le rêve d’Akhenaton. Les mémoires d’un scribe, Paris, 1974. « À l’aube, tu resplendis dans
l’horizon, tu illumines, toi le soleil, dans le jour, tu chasses le noir lorsque tu donnes tes rayons » (Hymne à Aton, III).
3. C. Lorber et P. Iossif, « The Cult of Helios in the Seleucid East », Topoï, 16, 1, 2009, p. 19-42.
4. F. Grenet, « Mithra dieu iranien : nouvelles données », Topoï, 11, 1, 2001, p. 35-58, p. 36-37.
5. K. Matsumura, « The Eurasian Myth of the Birth of Cosmic Ruler », Iris, 23, 2002, p. 137-147.
6. M.-M. Davy, J.-P. Renneteau, La lumière dans le christianisme, Paris, 1989.
7. M.-M. Davy, A. Abécassis, M. Mokri, Le thème de la lumière dans le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, Paris, 1976.
– 5 –
la tradition judéo-chrétienne, où la lumière et les ténèbres, créées simultanément au premier
jour, s’opposent et s’affrontent. La lumière de ce monde est associée à celle divine qui baigne la
Jérusalem céleste dans un éclat constant et les ténèbres à l’Enfer. Un chemin différent conduit à
ces lieux : d’une part un chemin ascendant peuplé d’images lumineuses apportant la connaissance
et la vérité, et de l’autre un chemin descendant jalonné d’images sombres, empreint de peurs et
de tourments. Cette dichotomie est ainsi le symbole d’un combat éternel entre l’élan spirituel
vers la lumière et la tentation des péchés qui plonge l’âme dans l’obscurité8. Toutes les gnoses
reposent sur ce conit latent.
Ainsi, la lumière participe à l’expérience religieuse de l’homme. En plus de ses symboliques,
elle fait partie de son environnement, par exemple dans l’architecture sacrée où les nombreux
luminaires contribuent à commémorer le divin et à mettre en scène le lieu de culte. Elle participe
aux rites et, par les effets optiques qu’elle produit sur les couleurs des vitraux, des peintures et
des mosaïques, confère aux productions artistiques cultuelles une dimension spirituelle.
Mais pour que la lumière soit, il faut souvent allumer une bougie, craquer une allumette ou
appuyer sur un interrupteur. Si la lumière a une dimension religieuse et symbolique, elle répond
aussi à des préoccupations pratiques. L’histoire des techniques est riche d’évolutions, depuis la
découverte du feu jusqu’aux LED, les diodes électroluminescentes, et entre ces deux événements,
il y a autant de grandes étapes qui font que les sociétés se sont éclairées différemment.
Durant l’Antiquité, les populations s’éclairaient surtout grâce aux lampes à huile et aux
chandelles. Au cours du Moyen Âge, le suif céda le pas à la cire, parce qu’elle représentait
un combustible moins odorant, et ainsi la chandelle fut remplacée par la bougie, mais tout
dépendait dans quel milieu social, la cire étant plus chère que le suif. C’est également au
Moyen Âge qu’apparaissent les premiers éclairages publics et le feu quitta donc le foyer, pour
l’extérieur nocturne des rues et des chemins. En 1367, Charles V émettait une ordonnance
imposant aux habitants de disposer sur le bord de leur fenêtre une chandelle pendant la nuit
9
. De
nos jours, l’éclairage est public et électrique, les lampes des réverbères sont composées de tubes
uorescents ou bien ce sont des lampes à sodium, voire à iodure. Nous consommons toujours
des bougies, mais rarement pour nous éclairer, uniquement pour décorer nos intérieurs.
Étudier les luminaires, parler d’économies de bouts de chandelle, peut parfois faire
sourire ou sembler futile. Ce sont des accusations qu’a pu entendre l’historienne Catherine
Vincent quand elle a entrepris la rédaction de son livre consacré aux luminaires intégrés aux
rites religieux en Europe du XIII
e
siècle au début du XVI
e
siècle
10
. Le jeu en vaut pourtant la
chandelle : les luminaires ont des implications sociales et ils sont même entrés dans la langue,
la culture. Le nombre d’expressions qui mettent en scène un luminaire est grand et témoigne de
l’importance que les luminaires ont occupée au quotidien dans nos sociétés. Archimède verrait
peut-être trente-six chandelles, mais aujourd’hui quand on a une idée, on ne dit plus « Eurêka »,
une petite ampoule s’allume au-dessus de notre crâne, tout ça parce qu’en 1835, un Écossais,
James Bowman Lindsay, présenta un prototype de lampe électrique et qu’en 1879, Thomas
Edison déposait un brevet de lampe électrique
11
.
Aujourd’hui, nous avons oublié l’odeur de la cire qui brûle, celle du pétrole des lampes
de nos arrière-grands-parents aussi ; nous avons oublié ce que c’était que de devoir remplacer
la bougie une fois qu’elle s’était consumée, comment cela réglait la journée, comment cela
permettait de mesurer le temps, parce qu’il nous suft d’activer sur nos smartphones une
8. C. Helou, Symbole et langage dans les écrits johanniques : Lumière-ténèbres, Paris, 1980.
9. D.-F. Secousse (éd.), Ordonnances des rois de France de la troisième race, recueillies par ordre chronologique, vol. V,
Contenant les ordonnances de Charles V, données depuis le commencement de l’année 1367, jusqu’à la n de l’année 1373,
Paris, 1736.
10. C. Vincent, Fiat lux : lumière et luminaires dans la vie religieuse en Occident du XIIIe siècle au début du XVIe siècle,
Paris, 2004.
11. R. D. Friedel, P. Israel, Edison’s Electric Light. The Art of Invention, Baltimore, 2010.
– 6 –
application pour programmer, même à distance, l’éclairage des pièces de notre logement. Tout
se passe comme si la lumière était devenue pour nous immatérielle, et cela en dit sans doute long
sur notre société.
Enn, l’acclimatation au progrès technologique des éclairages dépend du niveau de vie.
Si nos sociétés occidentales sont suréclairées, les cartes de la Terre la nuit le montrent : il y a
des espaces où le réseau des éclairages publics n’impose pas ses lumières aveuglantes dans la
nuit, ce qui nous rappelle que la lumière a un coût et que les luminaires répondent à des réalités
économiques.
Par ailleurs, la lumière ordonne notre perception. En ce sens, elle est autant une capacité
créatrice propre qu’un champ ouvert aux manipulations et recréations humaines. Par elle de
nombreuses illusions sont suscitées à l’intérieur de notre système visuel : des couleurs identiques
peuvent paraître différentes, des contours émergent sans avoir été tracés et des images s’animent.
Elle participe donc à des systèmes de représentations artistiques, philosophiques et littéraires,
à la fois en tant que technique optique et comme objet, par exemple dans le jeu d’ombres et de
lumières mis en œuvre dans les créations artistiques ou théâtrales.
Au cours de l’histoire de l’art, la lumière occupe une place centrale dans les recherches
plastiques. La plus représentative d’entre elles est la technique du clair-obscur qui consiste
à moduler la lumière sur un fond sombre an de créer des contrastes propres à suggérer le
relief et la profondeur. À titre d’exemple, citons les œuvres de Caravage, telles que David
et Goliath12 ou encore le Christ à la colonne13. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, les
peintres impressionnistes s’intéressent aux effets créés par la lumière naturelle, notamment
Claude Monet dans sa série des peintures de la cathédrale de Rouen14 avec des tableaux réalisés
à différents moments de la journée. Plus récemment, au XXe siècle, Magritte, par des effets
plastiques, crée un jeu entre la réalité et le rêve lorsqu’il mélange lumière du jour et lumière de
la nuit dans l’Empire des lumières15.
Cette lumière qui inuence de manière technique l’art de la peinture est également à
l’origine de l’évolution des arts de la scène. En effet, lorsque, par exemple, ne pouvant dépasser
un certain laps de temps, les bougies marquent la durée ofcielle d’un acte dans une pièce de
théâtre ; les entractes permettent alors aux spectateurs et aux comédiens d’avoir une pause,
mais permettent surtout au moucheur16 de s’occuper directement des chandelles. La lumière au
XIXe siècle modie également en profondeur la mise en scène. Effectivement, c’est lors de la
seconde moitié de ce siècle que l’électricité remplace de plus en plus l’éclairage au gaz dans
les lieux de spectacles. Cette lumière diffusée différemment sur scène rend obsolètes les décors
peints sur toile conçus pour un éclairage au gaz. Cette évolution technique révolutionne de
manière importante la place de la mise en scène et de la réalité scénique au théâtre.
La lumière est aussi très présente dans l’illusion scénique. Déjà dans l’Antiquité, cette
illusion esthétique était particulièrement puissante puisque les amphithéâtres avaient pour
« fond de scène » une ouverture découvrant les paysages alentour de la ville. Les spectateurs
étaient donc inuencés par l’évolution du paysage de fond en fonction des saisons ou encore des
heures, mais également directement inuencés par la position du soleil vis-à-vis d’eux (dans le
dos, au-dessus d’eux, face à eux), ce qui modie leur vision de la représentation théâtrale.
12. L’œuvre, datant de 1610, est conservée à la Galerie Borghèse (Rome).
13. L’œuvre, datant de 1607, est conservée au Musée des Beaux-Arts de Rouen.
14. Ces œuvres, réalisées entre 1892 et 1894, sont conservées dans de nombreux musées de différents pays. Nous les
retrouvons, notamment, au Musée d’Orsay (Paris), au National Museum of Wales (Cardiff), au Metropolitan Museum of Art
(New-York), ou encore, au Pola Museum of Art (Hakone).
15. L’œuvre, réalisée en 1954, est conservée au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles.
16. « Couper le lumignon, la mèche brulée. […] Personne qui, dans un théâtre, était chargée autrefois de moucher les
chandelles » selon P. Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Tome onzième, Paris, 1874, p. 623-624.
– 7 –
Avec l’arrivée du cinéma, très lié à la lumière et à électricité, de nouvelles formes d’art
et de nouveaux métiers se développent ; le jeu face à la caméra, la réalisation, mais également
le métier de chef-opérateur, celui qui travaille avec la lumière. Ces techniques permettent de
réaliser aujourd’hui les plus grands lms avec une esthétique et une pâte propre à chacun. C’est
aussi du côté de la scène, une évolution importante dans la création scénique et dans l’évolution
du métier de régisseur.
Cette lumière renforce l’illusion de danger au cirque lorsque l’équilibriste se lance sur
le l ou sur un trapèze les yeux bandés, et lorsque l’artiste se jette au travers de cette lumière
devenue concrète qu’est le feu, jongle avec ou encore devient cracheur de feu. Dans cet art
millénaire, au-delà du danger frôlé, nous retrouverons la pratique de l’illusion pour duper le
spectateur, comme dans certains tours de magie où la lumière affecte la vision et donne au
spectateur le sentiment de voir une personne, par exemple, voler ou disparaître.
En allant toujours plus loin dans cette illusion scénique et esthétique, certains metteurs
en scène contemporains se servent de la lumière pour inuencer la vision du spectateur sur le
plateau. Le metteur en scène Romeo Castellucci17, par exemple, va d’ailleurs au-delà de ce
simple éclairage scénique puisqu’il travaille directement sur le sens de la vue de son public
en le plongeant dans le noir plusieurs minutes avant de le noyer dans la lumière avec un spot
extrême pour « l’aveugler » et inuencer directement sa vision du plateau à travers son propre
outil esthétique.
La lumière permet effectivement plusieurs niveaux d’interprétation de l’expérience
visuelle : pensons par exemple à l’arc-en-ciel dont l’existence en tant que phénomène
météorologique et optique est relative à la position du soleil et à celle de l’observateur.
En conséquence, le caractère polysémique de la lumière, à la fois dispositif symbolique et
maîtrise technique, résulte de l’expérience visuelle qu’elle permet. Dans cette mesure, l’étude
de la sensation visuelle et la compréhension de la nature de la lumière ont occupé la démarche
scientique depuis Platon jusqu’à la découverte du photon.
Du XVIIe au XIXe siècle, la nature exacte de la lumière demeure un sujet de débat. Elle
a notamment fait l’objet de deux représentations scientiques opposées. Alors que la théorie
corpusculaire conçoit la lumière comme un ot de particules interagissant avec la matière,
la théorie ondulatoire suppose que la lumière est une onde qui se propage par des milieux
différents. Cette discussion est tranchée par les travaux d’Albert Einstein dont l’approche
intégrative permet de dénir la lumière comme une onde électromagnétique ayant des propriétés
corpusculaires, capable d’inuencer, voire transformer, la matière qui entre en contact avec
elle18. Cette dénition met l’accent sur un principe d’interaction physique dont la meilleure
expression se trouve dans l’action que la lumière exerce sur les organismes vivants.
Par conséquent, au-delà des effets visuels classiques, l’inuence de la lumière sur le
comportement et le fonctionnement physiologique des mammifères devient une question de
recherche pertinente à la n du XXe siècle. Pour illustrer cela, des observations menées en milieu
naturel constatent que le comportement de chasse du lynx, un animal nocturne, se modie en
fonction de l’éclairage solaire et lunaire19. En outre, des expériences en laboratoire suggèrent
que des rongeurs ayant été longuement privés de lumière ont développé des troubles moteurs
et du sommeil20.
17. Artiste italien né en 1960. Il crée notamment Sul concetto di volto nel glio di Dio (Sur le concept du visage du ls de
Dieu) en 2011.
18. Champs Électromagnétiques ED 4215. Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du
travail et des maladies professionnelles.
19. A. Rockhill, C. DePerno, R. Powell, « The Effect of Illumination and Time of Day on Movements of Bobcats (Lynx
rufus) », PLoS ONE 8 (7), 2013.
20. I. Heise, (2015). « Sleep-like behavior and 24-h rhythm disruption in the Tc1 mouse model of Down syndrome ».
Genes, Brain and Behavior, p. 209–216, 2015, http://doi.org/10.1111/gbb.12198.
– 8 –
Ces découvertes ne diffèrent pas de celles retrouvées chez l’humain. Des observations
en médecine montrent que la lumière est fondamentale pour la synchronisation des rythmes
circadiens déterminants de la santé physique et psychique de l’homme. En effet, une étude
révèle que l’exposition à un faisceau lumineux tous les matins pendant 30 jours a produit
une amélioration de la qualité du sommeil chez des personnes âgées21. Des découvertes assez
récentes montrent que la luminothérapie, même en faible dose, atténuait l’intensité de la douleur
chez des patients atteints de douleur chronique diffuse22.
De même, l’exposition quotidienne à une source lumineuse articielle a été corrélée
à la diminution des symptômes de fatigue et dépression chez des femmes sous traitement
de chimiothérapie23. Dans les processus dits supérieurs, la lumière a également un impact
signicatif. Des expériences prouvent que des sujets sous un stimulus lumineux fort présentaient
une performance meilleure dans des tâches cognitives en comparaison à des sujets sous un
éclairage normal. En effet, la luminosité intense a davantage activé les structures sous-corticales
impliquées dans la construction de mémoire et l’évocation de connaissances24. La réception de
la lumière comporte donc une expérience transformatrice suscitant toute une série de réponses
corporelles liées, bien entendu, la plupart du temps, à la survie, au bien-être et au plaisir de
l’homme.
En tant que point de croisement interdisciplinaire de cette journée d’études, nous avons
mis en évidence qu’au-delà de sa nature physique qui la dénit la lumière est aussi un vecteur
sémantique. Par l’intermédiaire de ce vecteur, le corps fait naître et propage des sensations qui
font d’elle une source de perceptions et métaphores permettant d’interpréter le monde25, un
impératif technique apportant quelques libertés, une nécessité esthétique ornant l’existence, un
symbole divin soutenant la création de mythologies évocatrices, une expérience transcendante
couronnant la démarche d’une spiritualité contemporaine.
21. I. Akyar, N. Akdemir, « The effect of light therapy on the sleep quality of the elderly : an intervention study », Australian
Journal of Advanced Aursing, 31(2), 2014, p. 31–39.
22. V. Leichtfried, R. Gothe, W. kantner-rumplmair, H. Guggenbichler, D. Gehmacher, « Original Research Article
Short-Term Effects of Bright Light Therapy in Adults with Chronic Nonspecic Back Pain : A Randomized Controlled Trial,
2003–2012 », Pain Medicine, 15, 2014, p. 2003-2012.
23. N. Jeste, L. Liu, M. Rissling, B. ancoli-israel, « Prevention of quality-of-life deterioration with light therapy is
associated with changes in fatigue in women with breast cancer undergoing chemotherapy », Qual Life Res, 22, p. 1239–1244,
2013, http://doi.org/10.1007/s11136-012-0243-2.
24. G. Vandewalle, E. Balteau, C. Phillips, C. Degueldre, V. Moreau, V. Sterpenich, G. Albouy, A. Darsaud,
M. Desseilles, T. dang-vu, et alii, « Daytime light exposure dynamically enhances brain responses », Curr Biol. 16, 2006, p.
1616–1621..
25. G. Lakoff & M. Johnson, Les métaphores dans la vie quotidienne, Paris, 1985, p. 28.
4-14, rue Ferrus - 75014 Paris - Tél. : +33 (0)1 53 63 61 50
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Article
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Down syndrome is a common disorder associated with intellectual disability in humans. Amongst a variety of severe health problems, patients with Down syndrome exhibit disrupted sleep and abnormal 24 h rest/activity patterns. The transchromosomic mouse model of Down syndrome, Tc1, is a trans-species mouse model for Down syndrome, carrying most of human chromosome 21 in addition to the normal complement of mouse chromosomes and expresses many of the phenotypes characteristic of Down syndrome. To date, however, sleep and circadian rhythms have not been characterised in Tc1 mice. Using both circadian wheel running analysis and video-based sleep scoring we show that these mice exhibited fragmented patterns of sleep-like behavior during the light phase of a 12:12 h light:dark cycle with an extended period of continuous wakefulness at the beginning of the dark phase. Moreover, an acute light pulse during night time was less effective in inducing sleep-like behavior in Tc1 animals than in wild-type controls. In wheel-running analysis, free running in constant light or constant darkness revealed no changes in the circadian period of Tc1 animals although they did express subtle behavioural differences including a reduction in total distance travelled on the wheel and differences in the acrophase of activity in light:dark and in constant darkness. Our data confirm that Tc1 mice express sleep-related phenotypes that are comparable to those seen in Down syndrome patients with moderate disruptions in rest/activity patterns and hyperactive episodes while circadian period under constant lighting conditions is essentially unaffected.
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Understanding behavioral changes of prey and predators based on lunar illumination provides insight into important life history, behavioral ecology, and survival information. The objectives of this research were to determine if bobcat movement rates differed by period of day (dark, moon, crepuscular, day), lunar illumination (<10%, 10 - <50%, 50 - <90%, >90%), and moon phase (new, full). Bobcats had high movement rates during crepuscular and day periods and low movement rates during dark periods with highest nighttime rates at 10-<50% lunar illumination. Bobcats had highest movement rates during daytime when nighttime illumination was low (new moon) and higher movement rates during nighttime when lunar illumination was high (full moon). The behaviors we observed are consistent with prey availability being affected by light level and by limited vision by bobcats during darkness.
Article
Objective: The study was conducted to determine the effect of light therapy on the sleep quality of older adults. Design: This interventional study was conducted with a single group pre-test, post-test model. Setting The study was conducted in a nursing home in Ankara, Turkey. Subjects Twenty-four older adults with poor sleep quality were included in the study. Intervention During the study procedure, a 10,000 Lux light was administered continuously for a half-hour duration in the morning over a one-month period. Main outcome measures The main outcome measures included global and subcomponents of sleep quality, which were assessed by the Pittsburgh Sleep Quality Index, and were repeatedly measured at the baseline, pre-intervention (four weeks at baseline), post-intervention (at the end of intervention/eight weeks at baseline), and follow-up (four weeks at intervention). Results: At the end of light therapy intervention and during the four-week follow-up period, the global sleep quality scores were found to be higher compared with pre-intervention and baseline scores (p < 0.001). The 'daytime dysfunction' and 'sleep latency' sub-scores were found to be the most positively changed, whereas the change in 'duration of sleep' sub-score was less. Conclusion: Light therapy has been shown to be effective non-pharmacological therapy for improving sleep quality among healthy elders.
Article
Objective The present trial evaluated incorporation of bright light therapy in the treatment of chronic nonspecific back pain (CNBP).DesignA prospective, randomized, controlled, multicenter, open design with three parallel trial arms was used.SettingSubjects received a novel therapeutic, an expected therapeutic ineffective low dose, or no light exposure at three different medical centers.PatientsA total of 125 CNBP patients reporting pain intensity of ≥3 points on item 5 of the Brief Pain Inventory (BPI) were included.InterventionOver 3 weeks, 36 active treatment, 36 placebo controls, and 33 controls received 3 or no supplementary light exposures of 5.000 lx or 230 lx, respectively.Outcome MeasuresChanges in self-reported scores of pain intensity (BPI sub-score 1) and depression (Hospital Anxiety and Depression Questionnaire) were the primary outcome measures. Secondary outcome measures were changes in self-reported overall pain sensation (BPI total score), grade of everyday life impairment (BPI sub-score 2), mood (visual analog scale), and well-being (World Health Organization-Five Well-Being Index).ResultsChanges in pain intensity were higher (1.0 [0.8-1.6]) in the bright light group compared with controls (0.3 [−0.1-0.8]; effect size D = 0.46). Changes in the depression score were also higher in the intervention group (1.5 [0.0-2.5]) compared with controls (0.0 [0.0-2.0]; effect size D = 0.86). No differences were seen in change scores between intervention vs sham group.Conclusion The present randomized controlled trial shows that light therapy even in low dose could improve depressive symptoms and reduce pain intensity in CNBP patients. Further research is needed for optimizing parameters of frequency, dose, and duration of therapeutic light exposure.
Article
Purpose: During chemotherapy, women with breast cancer not only experience poor quality of life (QOL), they also have little exposure to bright light, which has been shown to be associated with depression, fatigue, and poor sleep in other chronic illnesses. This study examined whether increased light exposure would have a positive effect on QOL. Methods: Thirty-nine women with stage I-III breast cancer scheduled to receive ≥ 4 cycles of chemotherapy were randomized to a bright white light (BWL, n = 23) or dim red light (DRL, n = 16) treatment group. Data were collected before (baseline) and during cycles 1 and 4 of chemotherapy. Light was administered via a light box (Litebook(®), Ltd.). QOL was assessed with the Functional Assessment of Cancer Therapy-Breast (FACT-B) and the Functional Outcomes of Sleep Questionnaire (FOSQ). Results: Compared with baseline, the DRL group demonstrated significant decline in QOL during the treatment weeks of both cycles (all ps < 0.02), whereas the BWL group had no significant decline (all ps > 0.05). Mixed model analyses revealed that there was a group-by-time interaction for FOSQ at the treatment week of cycle 4, and this interaction was mediated by fatigue. Conclusion: The data suggest that increased exposure to bright light during chemotherapy may prevent the decline in QOL via preventing the increase in fatigue.
Les mémoires d'un scribe
  • A Chedid
  • Néfertiti Le Rêve D'akhenaton
A. Chedid, Néfertiti et le rêve d'Akhenaton. Les mémoires d'un scribe, Paris, 1974. « À l'aube, tu resplendis dans l'horizon, tu illumines, toi le soleil, dans le jour, tu chasses le noir lorsque tu donnes tes rayons » (Hymne à Aton, III).
« The Eurasian Myth of the Birth of Cosmic Ruler
  • K Matsumura
K. Matsumura, « The Eurasian Myth of the Birth of Cosmic Ruler », Iris, 23, 2002, p. 137-147.
  • G Vandewalle
  • E Balteau
  • C Phillips
  • C Degueldre
  • V Moreau
  • V Sterpenich
  • G Albouy
  • A Darsaud
  • M Desseilles
  • T Dang-Vu
G. Vandewalle, E. Balteau, C. Phillips, C. Degueldre, V. Moreau, V. Sterpenich, G. Albouy, A. Darsaud, M. Desseilles, T. dang-vu, et alii, « Daytime light exposure dynamically enhances brain responses », Curr Biol. 16, 2006, p. 1616-1621..