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Abstract

Cet article analyse les dimensions coopératives des processus de développement territorial et montre comment la mise en œuvre de relations de coopération contribue à leur réussite. On insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de coordination entre entreprises ou organisations productives mais plus fondamentalement de l’implication des populations et des différentes parties locales. Après une présentation de la notion de développement territorial et du rôle joué par les relations de coopération dans les systèmes localisés de production et l’Économie Sociale et Solidaire, est étudiée leur contribution à la production des innovations territoriales et des dynamiques de développement territorial.
LES DIMENSIONS COOPÉRATIVES DU DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL
André Torre
Association RECMA | « RECMA »
2022/2 N° 364 | pages 238 à 249
ISSN 1626-1682
DOI 10.3917/recma.364.0238
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-recma-2022-2-page-238.htm
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238 | RECMA | Revue internationale de l’économie sociale |
Les dimensions coopératives
du développement territorial
par André Torre*
* André Tor re est dire cteur de recher che à INRA E, Université P aris-S aclay, Agropar istech.
Cet article analyse le s dimensions coopératives des pro cessus de développeme nt territorial et montre
comment la mise en œuvre de relations de coopération contribue à leur réussite. On insiste sur le
fait qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de coordination entre e ntreprises ou organisations
productives, mais plu s fondamentalement de l’implication des population s et des différentes parties
locales. Après une présentation de la notion de développement territorial et du rôle joué par les
relations de coop ération dans les systèmes lo calisés de production et l’économie sociale et solidaire,
est étudiée leur contribution à la production des innovations territoriales et des dynamiques de
développement territorial.
The cooperative dimensions of territorial development
This a rticle analyz es the cooperative dime nsions of territorial development proce sses and shows
how the implementation of co operative relationships c ontributes to their succe ss. We emphasize
that it is not only a question of coordination between enterprises or productive organizations,
but more fundamentally of the involvement of populations and the different local parties.
After a presentation of the notion of territorial development and the role played by cooperative
relationships in localized systems of production and the social and solidarity economy, their
contribution to the production of territorial innovations and territorial development dynamics
is studied.
Las dimensiones cooperativa s del desarrollo territoria l
Este artículo analiza las dimensiones cooperativas de los procesos de desarrollo territorial
y muestra cómo la implementación de las relaciones de cooperación contribuye a su éxito.
Se hace hincapié en que no solo se trata de una cuestión de coordinación entre empresas
u organi zaciones productivas, si no fundamental mente del compromiso de las poblaciones y de
las par tes interesadas a n ivel local. Tr as una presentación de la noción de desa rrollo territorial
y del papel jugado por los vínculos de cooperación en los sistemas localizados de producción
y la economía soci al y solidaria, se e studia su contribución a la producción de la s innovaciones
territoriales y de las dinámicas de desarrollo territorial.
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Les dimensions coopératives du développement territorial
| Trimestriel | avril 2022 | n° 364 | 101e année | 239
Penser le développement territor ial est une tâche qui s ’avère essen-
tielle aujourd’hui, pour deux raisons principales. Sur un plan
pratique, le nombre d’init iatives de différentes nat ures émergeant des
territoire s ne peut que frapper l’observateur et a ppeler à une tentative
de compréhension et de clarification de ce bouillonnement créatif.
Sur un plan plus analytique, c’est la question même du développe-
ment qui se pose, à deux niveaux : est-il encore nécessaire ou utile
de se développer, n’est-ce pas contraire aux objectifs de lutte contre
le réchauffement climatique ou de préser vation de la biodiversité par
exemple ? Et, de manière plus secondaire, mais essentielle en termes
théoriques, que recouvre la notion de développement, comment la
mesurer et se confronter à ses différentes dimensions, économiques,
sociales, personnelles…
Tenter d’apporter une réponse à ces interrogations revient à se
pencher sur les formes e t les expressions du développement terr itorial,
une tâche qui a été entreprise d’abord à bas bruit depuis les années
90, puis de façon plus décidée depuis une dizaine d’années main-
tenant. Les travaux sur les districts (Becattini et al., 2009 ; Brusco,
1982), les milieux (innovateurs) (Camagni et Maillat, 2006),
les système s locali sés de product ion (Courlet, 2008), puis plus réc emment
sur les sys tèmes territoriaux d’in novation (Doloreux et al., 2019) ou sur
les écosystèmes d’affaires (Mira-Bonnardel et al., 2012) portent tous
en germe une approche du développement territorial, qui n’est pas
toujours exprimée de manière explicite, mais repose avant tout sur
une vision des i nteractions productives e t innovantes au niveau loca l.
Plus tard, va venir une deuxième vague de travaux, qui sont explici-
tement ciblés sur la définition et l’analyse des modalités de dévelop-
pement territorial, en élargissant le focus à de nouvelles catégories
d’acteurs locaux et à de nouveaux processus (Torre et Filippi, 2005).
C’est dans ce c adre que s’inscrit cet te contribution, qui a pou r objet de
mettre l’accent sur l’imp ortance des di mensions coopérative s dans les
processu s de développement territorial, en i nsistant sur le fa it qu’il ne
s’agit pas seulement d’une q uestion de coordinat ion entre entreprises
ou organisations productives, mais également et plus fondamentale -
ment, de l’implication des p opulations et des di fférentes partie s locales
et de leur contribution au développement des territoires.
Dans un premier temps, nous revenons sur la notion de développe-
ment territorial et de ses composantes majeures, avant de mettre
successivement en évidence le rôle joué par les relations territoriales
de coopération dans le cadre des systèmes localisés de production,
puis dan s le cas de l’économie sociale et solid aire. Nous termi nons par
une présentation de la contribution des relations de coopération à la
production des in novations territoria les et à la définition des chem ins
et dynamiques de développement territorial.
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Développement territor ial :
de quoi parle-t-on ?
La lente gestation des problématiques de développement territo-
rial est due en partie au fait que la notion de territoire a d’abord
rencontré une certaine résistance dans les recherches sur le déve-
loppement et n’a été que progressivement acceptée. Au-delà de
son caractère pluri-sémantique (Levy et Lussault, 2003), elle a été
adoptée surtout parce qu’elle se réfère à des relations organisées,
et à des groupes ou des populations spécifiques, qui se lient les uns
aux autres à travers des projets communs (Sack, 1986). Les terri-
toires ne sont pas de simples entités géographiques, mais aussi
des productions collectives issues de l’action d’un groupe humain,
avec ses citoyens, ses mécanismes de gouvernance et son organi-
sation. Ils sont en construction continue, à long terme, et se déve-
loppent par des oppositions et des compromis entre acteurs locaux
et externe s. Ils se carac térisent par une hi stoire et des préoccupat ions
enracinées dans les cultures et les habitudes locales, un sentiment
d’appartenance perçu, ainsi que des modes d’autorités politiques et
des règles d’organisation et de fonctionnement spécifiques.
Dans ce ca dre, nous définisson s le développement territorial com me
l’amélioration du bien-être et de la richesse des parties prenantes
d’un territoire, compte tenu de leurs relations de concurrence et de
coopération, de leu rs initiatives et oppo sitions, ainsi que de la dyna -
mique des innov ations territoriale s (Jean, 20 08 ; Torre, 2015 et 2018).
La validité de ce concept, qui s’étend aux territoires possédant des
fonctions indust rielles limité es, implique cinq différ ences par rapport
aux ana lyses du développement régiona l (plutôt macro-économique)
(Grillitsch et al., 2020), et du développement local (principalement
lié à la production). Ces di fférences sont tirées de Torre (201 5 et 2018)
et élargies (tableau 1) :
1) Les processus de développement territorial englobent plus
d’actions que les seuls comportements des acteurs productifs
et des institutions en charge des politiques de développement.
Ces dernières sont également l’affaire d’autres acteurs territoriaux
tels que les autorités lo cales ou territoria les, les servic es d’État décen-
tral isés, les organi smes consulaire s, les mécanismes de gouver nance
locale (Parcs régionaux ou naturels, pôles industriels ou technolo-
giques, etc.), les associations et les ONG ;
2) Ils concernent non seulement les relations concurrentielles,
mais aussi les processus de coopération et de construction sociale.
Les nouvelles prat iques sociales et i nstitutionnelles ne s ont pas anec-
dotiques ou résiduelles, elles se t rouvent au cœur même des proces-
sus d’innova tion territoriau x. La volonté des réseau x d’acteurs locaux
de choisir et de développer leur propre modèle de développement doit
être prise en compte, que ce soit par des actions collectives ou par
une opposition claire aux intentions des États ou des entreprises ;
3) Les types de politiques sont différents. Au niveau régio-
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Les dimensions coopératives du développement territorial
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nal, on trouve généralement des politiques macro-économiques,
qui imitent celles des États, mais avec moins de ressources et des
capacités et compét ences plus limitées. Pour le s territoires, ce sont le
plus souvent les municipa lités ou les intercommuna lités qui sont à la
barre, avec de s politiques très a xées sur les attentes lo cales, comme la
gestion des ter res, le transp ort ou la mise en place de ci rcuits court s… ;
4) La gouvernance est différente : on passe d’une gouvernance
multi-niveaux, avec ses strates de compétences et de prise de déci-
sion, à une gouvernance qui inclut en plus les opinions et les oppo-
sitions des populations locales (voir plus bas) ;
5) Les questions d’utilisation et d’exploitation des terres trouvent
une place au cœur des processus et des projets de développement.
Étant donné le poids croissant et la rapidité du changement clima-
tique, les questions liées à la rareté et à la concurrence des terres,
à la dégradation des sols et à l’accaparement des terres par les États
à la recherche de terres fertiles ne peuvent être ignorées.
Développement Régional Développement Territorial
Frontières Rég ion : définition
institutionnelle
Territoire : défini pa r les actions
et l’organis ation des acteurs locaux
Principaux ac teurs Acteurs producti fs
+ acteur s pu blics
Différentes catégories de par ties prenantes
Modes de coordination Concurrence entre fi rmes Concurrence et comportement s coopératifs
Type s de politique s Politiques macro-é conomiques Niveau des vi lles et intercommunalité s
Type s de gouvernanc e Gouvernance multi-niveaux Gouvernance territoriale
Usage de s sols -Usage et ex ploitation des terre s
Ainsi qu’on peut le constater, une des différences importantes avec
l’analyse régionale, et l’un des apports majeurs des approches en
termes de développement territorial, réside dans la prise en compte
avérée des dimensions de coopération. En effet, une bonne partie
des analyses économiques se fonde sur une approche de la concur-
rence entre fir mes ou organisation s, en mettant surtout en ava nt les
avantage s retirés de ces proce ssus, en part iculier en termes de bai sse
des prix sur le marché. D’autres analyses, d’inspiration davantage
néo-mar xistes ou rég ulationnistes , mettent l’accent sur l’importance
de l’intervention de l’Ét at, dans ses di fférentes composantes : il s ’agit
alors le plus souvent d’approches très verticales, avec une applica-
tion des directives données au plus haut niveau par des services
déconcentré s installés d ans les territoire s. La dimension coopér ative
ne vient pas contredire ces deux aspects, ni s’y opposer, mais elle
insta lle une troisième forme de rappor ts dans la prise en c ompte des
modes d’organisation et de développement des territoires.
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Les relations de coopération au sein
des systèmes localisés de production
Pour un économiste, la coopération est avant tout associée
aux recherches réalisées dans la foulée de Coase (1937/1987)
puis Wil liamson (1985) autour de l’opposition entre les éch anges sur
le marché et l’intégration des transactions au sein de l’entreprise,
une ana lyse qui va donner lieu à l’étude de formes hybrides (Ma ka-
dok et Coff, 2009), dont la plus évidente est la co opération. Une autre
manière d’aborder les chose s peut passer par la t héorie des jeux, qui
envisage de ma nière très explicite la p ossibilité de coopération ent re
acteurs, en part iculier dans les jeux répétés et la bien connue solu-
tion de Tit for Tat popularisée pa r Axelrod (1996). À un niveau plus
opérationnel, les sciences de gestion font également une part très
importante aux relations de coopération entre firmes (Contractor
et Lorange, 1988), qui apparaissent, à pa rtir des année s 90, comme
une manière de dépasser les relations antagonistes de marché,
de créer de la valeur ajoutée par l’élaboration de collaborations de
plus ou moins long terme, et aussi parfois de créer de la confiance.
La traduction de ces approches en termes géographiques
ou territoriau x ne s’est pas faite at tendre. D’une part, de nombreu x
économistes ont fait le constat que l’innovation était fortement
concentrée dans certains espaces ou certaines zones, comme
la Silicon Valley par exemple, et en ont tiré la conclusion de l’im-
portance d’une colocalisation des entreprises innovantes et/ou
des laboratoires de R&D. La raison avancée à ce succès, qui s’est
traduit au niveau opérationnel par l’installation de zones de type
Technopoles ou pa rcs scientifiques, se t rouve dans le carac tère préé-
minent des activités de coopération, avec l’idée que les échanges
locaux et répétés entre organisations innovantes sont essentiels
à la transmission des savoirs et des connaissances.
D’autre part, et de manière encore plus forte en termes de liens de
coopération, on a vu se développer une littérature très importante
consacrée aux systèmes locaux d’innovation ou de production.
Elle trouve naissance dans les approches des districts industriels,
avec les travaux de Beccatini et de ses suiveurs, puis se développe
avec les recherches sur le s milieux, mi lieux innovateurs et s ystèmes
localisés de production, avant de trouver sa forme ca nonique dans
la définition des clusters, donnée par Porter et qui va connaître
un succès planétaire. L’idée du cluster, avec toutes ses déclinai-
sons, est très simple et forte : il s’agit de relations de coopération
et de collaborations entre des ent reprises locales, de toutes tailles,
dans un périmètre donné ou dans un territoire, qui n’exclut pas
les liens avec l’extérieur.
À la base de ces a nalyses, comme de leu rs traductions plus réce ntes
en termes d’écosystème s d’affaires e t de systèmes territoriau x d’in-
novation, se trouve la not ion de coopération. On att ribue en effet le
succès de ces for mes territorialis ées de regroupements product ifs à
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Les dimensions coopératives du développement territorial
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différents facteurs, qui reposent tous sur l’idée d’une coopération
des acteurs locaux à l’intérieur du système. Il est intéressant de
constater que ce t ropisme échappe maintena nt aux seules relations
linéai res, pour concerner les problémat iques d’économie circu laire
ou d’écologie industrielle et territoriale et leurs vertus en matière
environnementale. En effet, les écosystèmes industriels, tels que
popularisés dans la symbiose de Kalundborg (Jacobsen, 2006)
par exemple, font eux aussi appel, en plus du bouclage des flux
au niveau local, à des relations de coopération entre les différents
part icipants, des opération s de réutilisation des mat ières et de réin-
jection des flux sur le territoire.
Toutefois, pour intéres santes qu’elles soient, ces approches s ont loin
d’épuiser le sujet de la coopération. En effet, elles se concentrent
de manière quasi exclusive sur les relations industrielles (voire
technologiques) et les rapports inter firmes. Or les relations
de coopération ne se limitent évidemment pas à cette sphère,
elles concernent également : 1) les échanges qui se déroulent avec
les autres catégories de parties prenantes des populations locales,
ainsi qu’entre ces dernières ; 2) les modes de gouvernance coopé-
ratifs qui se mettent en place, non seulement au niveau industriel
ou primaire, mais également dans le domaine des services, que ce
soit au niveau territorial ou de manière plus large.
L’importance des relations
de coopération territoriale dans le cas
de l’économie sociale et solidaire
En abordant le s dimensions de coopération on ent re, pas à pas, dan s
le champ de l’économie sociale et s olidaire (ESS), qui met les valeu rs
de coopération au cœur de son approche. La défi nition officielle de
l’ESS, au x contours souvent flous, fait ai nsi référence à « un ensemble
d’entreprises organisées sou s forme de coopératives, mutuelles, a sso-
ciations, ou fondations, dont le fonctionnement interne et les acti-
vités sont fondés sur un principe de solidarité et d’utilité sociale »
(Minis tère de l’Économie et des Fina nces, 2022), qui ne réalis ent pas
de profit individuel et dont les bénéfices éventuels sont réinvestis
dans des a ctions ultérieure s. Quelles que soient les formes retenue s,
ces organisations se caractérisent par des modes de gestion parti-
cipatifs et les plus démocratique s possibles, et mettent l’accent sur
la coopération et la solidarité plutôt que sur la concurrence entre
individus.
Deux exemples, intéressants à cet égard, illustrent la dimension
locale et territoriale de l’ESS. Tout d’abord celui des coopératives
agricole s, qui regroupent troi s agriculteur s sur quatre et une ma rque
alimentaire sur trois (La Coopération Agricole, 2021). Elles gèrent
une par tie importante du sec teur et de l’emploi agricole, sur la ba se
du principe de coop ération entre les asso ciés et du vote participat if
aux décisions, et leur ancrage territorial n’est plus à prouver en
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raison de leurs liens au sol et de la localisation de leurs membres.
Mais aussi de différents autres types d’associations de produc-
tion ou de services, comme les coopératives scolaires, bancaires,
de consommateurs, ou d’artisans, qui jouent un rôle essentiel de
liant soci al et de dynamique éc onomique du développement territo-
rial. Un autre exemple est celui des Sociétés Coopératives d’Intérêt
Collectif (Scic), réunissant plusieurs parties prenantes organisées
en collèges, caractérisées par le respect des règles coopératives
(1 personne = 1 voix), et une gestion désintéressée avec réinvestis-
sement des excédents.
Pour ces entr eprises comme pour tous le s acteurs de l’ESS, l a dimen-
sion spatiale pourrait apparaître comme une évidence, l’ESS étant
alors considérée comme une conséquence naturelle, ou comme
l’écume des dynamiques territoriales (Sibille et Ghezali, 2010).
Pourtant, loin de postuler sa territorialité spontanée, il est néces-
saire d’aller plus loi n dans la définition de ses mo dalités d’existence
et de ses liens au territoire (Pecqueur et Itcaina, 2012). En effet,
il appara ît clairement que certa ines dynamiques de l’ESS s’affran-
chissent la rgement du local, qu’elles se développent à l’intérieur de
l’entreprise ou prennent au contraire la forme de dispositifs natio-
naux, voire encore plus la rges. En fait, c’est de la multiplicat ion des
coopérations locales (ainsi que des concurrences, qui ne sont pas
abordées ici) que naît la dimension territoriale de l’ESS (Itcaina et
Richez Battesti, 2022), qui n’est donc pas exclusive d’autres formes
non territoriales.
Les liens qui se tissent au niveau local entre les acteurs de l’éco-
nomie sociale et solidaire, en particulier au sein d’organisations
dédiées à ce s activités, s’avèrent essentiels à la défi nition du carac-
tère territorial de cette dernière. On pourrait dire qu’il y faut de la
proximité géographique, avec la faible distance entre les acteurs
et l’appartenance à un même lieu, mais également de la proximité
organisée, avec les relations de coopération et les collaborations
qui se mettent a insi en place, ainsi que l ’esprit commun à ces ent re-
prises. Et c’est de la combinaison de ces deux dimensions que naît
l’ancrage territorial des activités d’ESS, comme dans le cas des
coopérat ives agr icoles ou de production par exemple (Filippi, 201 5).
On peut évoquer éga lement des formes d’organisations sa ns doute
moins formalisées que les exemples précédemment cités, comme
les circuit s courts de proximité, le s AMAP ou les ré seaux d’entr’aide
de parents par exemple, qui incorporent les deux formes de proxi-
mité. Ou bien sûr les tiers-lieu x (Oldenburg, 1989), au sein desquels
des collaborations peuvent se nouer entre experts professionnels
et amateurs éclairés autour des savoirs profanes par exemple,
et que l’on voit éclore et se multiplier dans les territoires,
y compris dan s les zones rurale s ou périphériques (Capdevila , 2015).
Leur développement ma ssif, même s’il recouvre des for mes souvent
très différentes et pas complétement maîtrisées, constitue un
signal de la vitalité qui émane des territoires, et permet de mobili-
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Les dimensions coopératives du développement territorial
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ser les énergies, de créer des chaînes de valeur et de compétences,
et de mettre en place de nouvelles idées, comme l’agroécologie par
exemple. C’est également le cas des fab labs (Gershenfeld, 2005),
ou des living labs (Lehmann et al., 2015), autant de lieux d’échange s et
d’interaction s dans lesquels se nouent des c ollaborations complexes
et dont il n’est pas toujours facile de décrire précisément la teneur
(Scaillerez et Tremblay, 2017). Toutefois, même si leurs vertus en
termes économiques (quelle valeur ajoutée ?) sont souvent diffi-
cilement quantifiables, la dimension sociétale y apparaît avérée.
On retrouve également cette composante dans l’analyse ou le
mouvement des communs, qui met en avant l’usage partagé et la
gestion menée en totalité ou en partie d’un bien ou d’un espace
par un collectif ou une communauté d’usagers (Kebir et al., 2018).
L’intérêt, dans ce cas et pour ce qui nous intéresse, réside dans la
nature publique ou mixte de ces biens, mais avant tout dans le
fait que ces communs sont souvent abordés dans une perspective
relationnelle (Pol ko et al. 2022 ; Zimmerma nn, 2020). Une forêt, un
système d’irrigation, un pâturage, un parking, une voie cycliste,
une monnaie locale, peuvent se définir non seulement comme
une ressource partagée, mais également comme un ensemble
d’actions et de décisions d’un groupe de personnes, qui coopèrent
à leur gestion et à leur usage. Il existe ici aussi des communs non
locali sés (certains rés eaux informatiques c omme Wikipédia ou des
communautés de pratiques ou de musique par exemple), qui ne
peuvent se définir de manière territorialisée, à partir du moment
où la proximité géographique en est absente.
Ajoutons, pour en terminer avec la dimension territoriale des
coopérations en matière d’ESS, que ces opérations font l’objet,
en France et en Europe, d’un processus d’institutionnalisation
important, qui est passé par exemple par la reconnaissance de
l’ESS à l’échelle européenne et nationale, la constitution de pôles
territoriaux (Itcaina et Richez Battesti, 2022), ou la mise en place
de programmes tels que les Territoires Zéro Chômeurs de Longue
Durée (TZ CLD), qui impliquent de nombreux acteur s de l’ESS. Ainsi ,
les pouvoirs public s se présentent comme un acteu r incontournable
de la territorialisation de l’ESS, dont ils accompagnent la vague
coopérative par la mise en place d’actions ou de dispositifs plus ou
moins adaptés. Cette implication, ainsi que l’intrication avec les
actions ent reprises par les ac teurs locaux eux-mêmes, p ose la ques-
tion de la gouvernance de ces opérations, et plus particulièrement
de la gouvernance ter ritoriale ains i en question, allia nce de parties
prenante s de différentes natu res au service de s projets de territoi res.
Les fondements coopératifs
du développement territorial
Nous venons d’explorer les dimensions coopératives du dévelop-
pement territorial, en montrant que les relations de coopération,
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qu’elles se déroulent dans un cadre productif et/ou innovant,
ou qu’elles appartiennent à la sphère de l’économie sociale et soli-
daire, ne s ont pas le résultat du proces sus de territorial isation, mais
en constituent bien l’un des fondements essentiels, en termes de
modes d’interactions entre acteurs (Torre, 2018). Lautre mode
d’interaction, qui occupe une position tout aussi centrale dans
le développement territorial, correspond aux relations de conflit
ou de concurrence, qui ne sont pas abordées ici, mais se trouvent
également à l’origine d’une part importa nte des dynamiques terr i-
toriales par leurs vertus de mise en opposition. La concurrence
joue ainsi un rôle fondamental dans les dynamiques industrielles
et commercia les, en favorisant le choix des meil leures innovations
ou combinais ons productives, ou des pri x les plus faibles au regard
du marché. Les conflits permettent de tester les innovations et les
nouveautés, de les passer au tamis de la société, et de ne conserver
que celles qui correspondent aux désirs des populations, voire de
les modifier pour les rendre compatibles avec ces derniers.
En ce qui concerne les relations de coopération, elles présentent
deux facettes distinctes, qui se rejoignent au service des dyna-
miques de développement. Ces facettes correspondent aux deux
moteurs du développement territorial, à savoir les relations de
production et les relations de gouvernance (Torre, 2015, 2018).
Aux fondements même des dynamiques créées par la mise en
action de ces moteurs, on trouve le rôle crucial joué par les rela-
tions de coopér ation (à côté des relations d’opposition brièvement
abordées ci-dessus). Les deux forces de dynamiques territoriales
recoupent alors, sans s’exclure, les problémat iques abordées dans
les par ties II et III précé dentes : aux relations de coop ération indus-
trielle cor respondent les dynam iques productives qui se met tent en
place au niveau du territoi re, alors qu’aux relations de coopérat ion
entre par ties prenantes font écho les dyn amiques de gouvernance
territoriale 1.
La coopération entre entreprises – donc le moteur productif –
relève avant tout d’une stratégie de mise en commun ou d’échange
de compétences et de connaissances, dans l’objectif d’un gain
productif ou la fabrication de produits communs. Circulation
d’informations, mise en commun de savoirs et de connaissances,
échange s d’expériences, pro ductions communes… les mo dalités de
coopérat ion sont nombreuses. Les formes p ossibles vont du réseau
d’échange technologique ou d ’informat ions à l’entreprise conjoint e
ou à la coopérative, en passant par les accords et alliances de tous
types. Elles s’incarnent souvent, mais pas de manière exclusive,
dans des s ystèmes locaux. La c oopération s’y appuie généralement
sur la répét ition des relations et sur une défia nce réciproque et bien
comprise, validée par des contrats et des accords formels, ou sur
des relations tacites. Elle peut également, au niveau territorial en
particulier, naître des relations de confiance entre acteurs appar-
tenant à une même communauté par exemple.
(1) Évidemm ent, il s’agit ic i d’une sim-
plificat ion à but ana lytiq ue. Il est cl air
que les rela tions de pr oducti on ne sont
pas rés ervées aux se ules entrepri ses
indust rielles et in novantes ou au s ec-
teur privé , de même que les relat ions
de gouverna nce ne se li mitent pa s aux
seuls ac teurs de l’ESS e t impliquent
d’autres catégories d’acteurs, publics
ou privés.
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Les dimensions coopératives du développement territorial
| Trimestriel | avril 2022 | n° 364 | 101e année | 247
La gouvernance territoriale peut se définir comme un processus
de coordination entre des parties prenantes ou des acteurs de
différentes natures (productifs, associatifs, particuliers, pouvoirs
publics ou collec tivités territoria les), aux ress ources asymétr iques,
réunis autour d ’enjeux territoria lisés et contrib uant avec l’aide d’ou-
tils et de st ructures approprié s à l’élaboration, concert ée ou conflic-
tuelle, de projets communs pour le développement des territoires
(Torre et Traversac, 2011). L’accent est mis ainsi sur la dimension
citoyenne du développement territorial (Chia et al., 2008) et renvoie
à la construction d’outils et de représentations partagées. Le terri-
toire est le lieu de s projets communs (Rey-Valette et al., 2014), ent re
des parties prenantes de natures très diverses, dont la coordina-
tion ne constitue pas une évidence, ni le résultat d’arrangements
spontanés. Pour fonctionner ensemble, les acteu rs doivent utiliser
ou fabriquer des dispositifs hétérogènes composés de personnes,
d’institutions, d’aménagements, mais aussi de discours, de règles
et de lois… (Foucault, 1975), et développer un langage commun.
Ici encore, la pérenn ité des relations de coopérat ion naît de la répé-
tition des interactions et des apprentissages.
Chaque fois qu’est proposée ou imaginée, de manière coopérative,
une nouveauté au niveau productif, qu’il s’agisse d’une nouveauté
d’ordre technique, technologique, ou organisationnelle, elle fait
l’objet d’un test par le marché, et en cas de succès se tra nsforme en
innovation technologique, qui va contribuer à la définition d’un
chemin de développement au niveau du territoire, autant dire une
innovation territoriale. D’autres innovations territoriales sont
créées au n iveau des proces sus de gouvernance, à par tir des coopé-
rations entre les différentes part ies prenantes des territoires et des
disposit ifs qu’ils mettent en œuvre pou r supporter leurs initi atives
nouvelles. Dan s ce cas, la création d’innovat ions territoriales se fa it
par le biais de l ’acceptation par la s ociété des nouveautés proposées
par des acteurs locau x ou extérieurs, et va décider de la création de
nouveaux chemins de développement territorial. Ainsi, les rela-
tions de coopér ation, de toutes natures, pro duisent de l’innovation
territoriale et contribuent à la définition des multiples chemins de
développement des territoires. CQFD.
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Article
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Cette courte note discute le potentiel du statut de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) dans les logiques de développement territorial.
Book
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In many cities worldwide, the inhabitants often initiate collective activities using shared urban resources. Their motivations vary. Sometimes they are driven by a desire to share common interests and do something together in their free time; in other cases, people want to improve the quality of public spaces in their neigh- bourhood, whereas others are concerned about protecting and promoting places associated with natural or cultural heritage. Several specific features characterise such activities. First and foremost, the inhabitants’ initiatives are bottom-up and tend to avoid relying on local authorities. Secondly, they are non-market activi- ties because the inhabitants devote their free time to them, without seeking any financial benefits. Thirdly, there is a conscious and strong bond between urban community members and urban common-pool resources. The community takes care of a resource and uses it to everyone’s benefit. Fourthly, different kinds of tangible and non-tangible common goods result from the collective activity of urban community members. In such cases, the approach to urban living changes – from living next to each other to living together. The issue seems highly practical, but scholars representing different scientific disciplines, including the economy, have become interested in the urban com- mons. The academic accomplishments related to the commons are principally based on the achievements of Elinor Ostrom, the Nobel Prize Winner, and scien- tists who continue and develop her work. Ostrom focused on commons located in non-urbanised areas that were used by rural communities. Therefore the concept of the commons has to be translated onto the field of urban studies. This entails defining the urban commons and proposing their classification. The distinction between urban commons and traditional commons has to be made. The study seeks to answer the question of who governs the urban commons, and on the basis of what rules. Understanding the strategy of actions taken by the urban community members who co-create and co-use the commons will help set out recommendations for developing long-lasting and stable urban communities. The book’s authors attempt to answer the above-mentioned question. The main aim of the book is to present the concept of the urban commons and to dis- cuss ways of governing urban commons in practice. The aim is also to formulate recommendations for urban communities and local authorities which could be useful in the process of the co-production and co-consumption of common goods and city governance.
Article
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Regional growth models leave a large share of variation unexplained. While we should continuously aim to improve these models, the unique combination of conditions and human agency in each region will also invariably lead to region-specific growth trajectories. Theoretically, we should thus expect systematic deviations from growth predictions. We propose an approach to explore these unexplained deviations and to detect regions that perform unexpectedly well or badly in certain periods. We illustrate the approach using data for Sweden from 1990 to 2016. We find systematic patterns of unexplained periodic regional growth deviations outweighing the effect of generic structural factors.
Article
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On observe aujourd’hui une recrudescence d’initiatives et de travaux fondés sur le concept de biens communs (au pluriel ou au singulier) ou de communs (Coriat, 2015 ; Dardot et Laval, 2014 ; Rochfeld et al., 2017) en particulier dans le domaine de l’aménagement, de l’urbanisme et du développement territorial et urbain (Revue Urbanisme, 2014 ; Festa, 2016 ; Foster et Iaione, 2015). Ces biens communs, ou communs, semblent en effet cristalliser un certain nombre de problématiques auxquelles sont actuellement confrontés les territoires. Des exemples en sont donnés par la transition énergétique avec ses centrales villageoises décentralisées, l’aménagement participatif des espaces publics, les jardins partagés, ou par la redécouverte des vertus des coopératives de logements. Aussi, les concepts de communs et de biens communs incitent à ré-interroger en profondeur le système d’organisation sociale et territoriale fondé sur le capitalisme industriel et financier globalisé contemporain. Parallèlement, l’observation empirique des formes de gestion communautaire de ces biens montre que nombre d’entre elles correspondent en fait à la constitution, non pas de biens communs, mais bien plutôt de biens de clubs, soit à une appropriation collective sélective, voire exclusive ; ce qui pose bien évidemment des problèmes d’équité (Nahrath, 2015). L’objectif de ce dossier est d’apporter un éclairage sur ces formes (ré-) émergentes de gestion communautaire, et en particulier de mettre en évidence les dimensions et enjeux spatiaux et territoriaux qu’elles soulèvent ; cela en combinant une variété d’approches disciplinaires et des points de vue situés dans différents pays et continents (France, Cameroun, Brésil, Suisse, Espagne, Belgique). Avant de présenter le contenu et la structure du présent dossier, nous proposons de revenir sur les concepts qui nous occupent.
Article
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The drivers of territorial development This article copes with the two drivers of territorial development – namely the production and governance processes. It examines their characteristics, their functioning, and the role they play in the implementation of territorial development mechanisms. Their link with territorial innovations of various natures (technological, organizational, social and institutional) is also examined. The text starts with a survey of literature and experiences on the notions of governance and production at the territorial level, followed by an analysis of the black box of fabrication of territorial innovation. To finish, the mechanisms of territorial development are described, based on three possible options of (non) development: loyalty or cooperation, voice or competition, spatial exit or relocation.
Article
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Within the OECD countries, many devices for the development of digital technologies have been put in place. Taking advantage of this technological development, work organisation and places of work have diversified in response to both the economic context (to be efficient, effective and efficient) and to the expectations of employees who want a better balance between their work and their private life. Remote work has increased and takes various forms, such as working from home or being able to work outside the home or the usual place of work. This last possibility can be realized by setting up third places to facilitate collaboration and knowledge sharing: coworking spaces, fab lab, living lab. Third-places are already emerging in most developed countries and their number increases each year. Research on these new forms of organization is booming, although it is still in its infancy. The aim of our research is to propose a synthesis of knowledge on third places. The results now allow us to better understand the differences between these various types of places and organizations. This state of the art has also helped to advance our reflection on their definition and categorization. If there is a set of scattered writings on third places, our work has enabled us to detect shortcomings. However, the writings testify to the enthusiasm concerning these new places of exchange and present interesting results as to the impact of their implementation on the territories concerned and on employment.
Article
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Different Entrepreneurial Approaches in Open Innovation Spaces Creativity has a strong social component, and the capture of distributed collective creativity plays an important role in the innovative process of organizations. In recent years, many open innovation spaces have been created under different names : fab labs, hackerspaces, makerspaces, coworking spaces, and living labs to name a few. While all of these spaces are based on openness, collaboration, and knowledge sharing, they differ in some aspects of their entrepreneurial approach. This article proposes a classification of different spaces according to 1) their focus on the exploration of new ideas or exploitation of innovations for commercial purposes, and 2) the mode of governance of the space : whether it is “top-down” or “bottom up.” It also examines the implications of the complementarity of different spaces and of the development of the creative capacity of the individuals and organizations that use these spaces.
Article
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L'approche en termes d'écosystème d'affaires permet d'appréhender différemment l'élaboration des stratégies d'entreprises, notamment les stratégies d'innovation. Partant d'observations sur la construction d'un écosystème d'affaires particulier, cet article rend compte des postures stratégiques prises par l'acteur leader dudit écosystème pour construire et pérenniser sur une décennie un portefeuille relationnel concourant à une stratégie d'innovation performante.
Article
Industrial agglomerations are key in explaining the development paths followed by territories, particularly at sub-national levels. This field of research has received increasing attention in the last decades, what has led to the emergence of a variety of models intended to characterize innovation at the regional level. Moulaert and Sekia (Reg Stud 37:289–302, 2003) introduced the concept of ‘Territorial Innovation Models’ (TIMs) as a generic name that embraced these conceptual models of regional innovation in the literature. However, the literature does not help to assess the extent to which convergence or divergence is found across TIMs. In this paper we aim to clarify if there are clear boundaries across TIMs, so each TIM has particular characteristics that make it conceptually different from others, and hence, justify its introduction in the literature. Based on natural language processing methodologies, we extract the key terms of a large volume of academic papers published in peer review journals indexed in the Web of Science for the following TIMS: industrial districts, innovative milieu, learning regions, clusters, regional innovation systems, local production systems and new industrial spaces. We resort to Rapid Automatic Keyword Extraction to identify the associations between the topics extracted from the previous corpus. Finally, a configuration to visualise the results of the methodology followed is also proposed. Our results evidence that the previous models do not have a unique flavour but are rather similar in their taste. We evidence that there is quite little that is truly new in the different TIMs in terms of theory-building and the concepts being used in each model.