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Abstract

Dans cet article nous posons la question d’un développement territorial durable, i.e. un changement des modes deproduction et de coordination au niveau local tenant compte du caractère non renouvelable des ressources primaires et tentantd’y apporter remède par une approche plus frugale. Nous nous interrogeons sur la possible contribution de l’économie circulaire,qui propose la réutilisation des produits et la réinjection des flux énergétiques ou des déchets dans le processus de production,avec un ancrage local fort et des interventions souvent liées à la dimension territoriale. Dans un premier temps, nous abordons lanotion de développement territorial et sa définition, avant de discuter de ses deux moteurs, la production et la gouvernance. Nousnous posons ensuite la question de la possibilité d’un développement territorial durable, à partir de la recension des différentescatégories de ressources territoriales et de leurs possibilités d’utilisation par une économie circulaire. Dans un troisième temps,nous nous demandons comment territorialiser cette économie circulaire et sur quel type de territoires, en nous appuyant surl’exemple de la méthanisation.
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CJRS/RCSR | Volume 44, Numéro 3
CANADIAN JOURNAL
OF REGIONAL SCIENCE
REVUE CANADIENNE DES
SCIENCES RÉGIONALES
CRSA
R
S
C
CANADIAN
REGIONAL
SCIENCE
ASSOCIATION
ASSOCIATION
CANADIENNE
DE SCIENCE
RÉGIONALE
RÉFLEXIONS SUR LES POSSIBILITÉS
D’UN DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL
DURABLE
André Torre
André Torre
Directeur de recherche INRAE
AgroParisTech
16, rue Claude Bernard
75231 Paris Cedex 05
France
torre@agroparistech.fr
Soumis : 8 avril 2020
Accepté : 19 juin 2020
Résumé : Dans cet article nous posons la question d’un développement territorial durable, i.e. un changement des modes de
production et de coordination au niveau local tenant compte du caractère non renouvelable des ressources primaires et tentant
d’y apporter remède par une approche plus frugale. Nous nous interrogeons sur la possible contribution de l’économie circulaire,
qui propose la réutilisation des produits et la réinjection des flux énergétiques ou des déchets dans le processus de production,
avec un ancrage local fort et des interventions souvent liées à la dimension territoriale. Dans un premier temps, nous abordons la
notion de développement territorial et sa définition, avant de discuter de ses deux moteurs, la production et la gouvernance. Nous
nous posons ensuite la question de la possibilité d’un développement territorial durable, à partir de la recension des diérentes
catégories de ressources territoriales et de leurs possibilités d’utilisation par une économie circulaire. Dans un troisième temps,
nous nous demandons comment territorialiser cette économie circulaire et sur quel type de territoires, en nous appuyant sur
l’exemple de la méthanisation.
Mots clés : développement territorial, économie circulaire, soutenabilité
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INTRODUCTION
Le terme de développement territorial est plutôt récent. Les auteurs
lui ont longtemps préféré ceux de développement régional, local ou
par le bas (Stohr & Taylor, 1981). On a également beaucoup parlé de
développement régional (Stimson et al., 2006; Capello, 2017; Capello
& Nijkamp, 2019), avec un prisme plutôt macroéconomique et un
intérêt pour les grands équilibres régionaux, qu’il s’agisse des ap-
proches néoclassiques de la croissance, de la théorie de la base,
ou plus récemment des recherches menées par la nouvelle écono-
mie géographique à la suite des travaux de Krugman. Si la notion
de développement territorial a lentement émergé, c’est parce que le
concept de territoire a progressivement trouvé sa place, non sans
résistances quelquefois. Au-delà de son caractère plurisémantique
(Lévy & Lussault, 2003), on l’adopte avant tout aujourd’hui parce
qu’il fait référence, plutôt qu’à des frontières délimitées, à des rela-
tions organisées, des groupes ou des populations particulières, qui
se reconnaissent dans des projets communs (Sack, 1986).
La dimension territoriale a commencé à s’imposer avec les districts
industriels, puis les milieux (Camagni & Maillat, 2006) et les clusters
(Porter, 2003), qui défendaient une approche plus microsituée du
développement, fondée sur les regroupements localisés de firmes
et/ou de laboratoires, souvent autour d’activités communes ou com-
plémentaires. S’est ainsi installée une analyse du développement
local (Aydalot, 1986; Gree, 2002) fortement systémique, essentiel-
lement fondée sur l’analyse des relations de production ou d’inno-
vation. Ces dernières années, enfin, diérents travaux ont permis de
jeter les bases du développement territorial, en étudiant tout d’abord
ses caractéristiques, qui dépassent largement le seul niveau produc-
tif, puis en proposant des pistes de compréhension des modes de
gouvernance et des outils de pilotage. Il en est résulté une définition
de plus en plus précise du développement territorial (Torre, 2015),
ainsi que de ses diérentes composantes (Torre, 2018).
Toutefois, des doutes se font jour quant à la validité et à la péren-
nisation du développement territorial, qui nous conduisent à poser
deux questions :
Cette modalité de développement est-elle valable pour toutes les
catégories de territoires, ou est-ce seulement une forme alterna-
tive, voire résiduelle ?
Face aux urgences portées par le changement climatique ou les
pandémies, doit-on poursuivre le projet de développement ou
vaudrait-il mieux l’arrêter ?
Le présent article s’attaque à la seconde interrogation, sans éluder la
première, qui en est le corollaire. Depuis quelques années en eet,
suite aux dérèglements climatiques, aux attaques contre la biodiver-
sité et à l’artificialisation croissante du monde, se pose le problème
de la durabilité ou de la soutenabilité des actions humaines, et plus
précisément des processus de croissance et de développement des
sociétés capitalistes. En particulier, la consommation erénée des
ressources naturelles épuisables, en détruisant les écosystèmes finis
sans proposer de solutions de renouvellement ou de compensation
crédibles, pose un grave problème de pérennité de notre système de
production et de consommation, et donc des modes de développe-
ment actuels.
La prise de conscience des limites du développement, qui date des
premières analyses du Club de Rome (Meadows et al., 1972), a fa-
vorisé l’élaboration de diérentes réponses et solutions, dont celle
du développement durable, qui occupa longtemps une place domi-
nante (Vivien, 2005). Cette notion, fruit d’un compromis historique
entre les principaux pays industrialisés, présente une forte ambiguï-
té, qui a fait sa force, mélange de diérentes préoccupations, de na-
ture sociale, économique et environnementale. Elle est aujourd’hui
de plus en plus souvent remplacée par celle d’économie circulaire,
en référence à la possibilité de réutilisation des produits et de ré-
injection des flux énergétiques ou des déchets dans le processus
de production, avec une ambition inférieure mais un ancrage local
plus fort (Niang et al., 2020). Une autre réponse est apportée par
les approches de la décroissance (Latouche, 2019), qui prennent le
contrepied des fonctionnements traditionnels, en prônant un retour
à un système économique compatible avec la reproduction des éco-
systèmes. De nombreuses approches font également référence à la
notion de relocalisation des activités, également plutôt tournée vers
les stratégies de décroissance que de développement.
Cette préoccupation environnementale s’étend bien évidemment au
niveau local et conduit à s’interroger sur la validité et l’utilité du dé-
veloppement territorial, surtout s’il se présente comme un décalque
des modes de développement les plus répandus sur la planète. Quel
est l’intérêt d’un développement des territoires, s’il contribue à la
destruction des écosystèmes et repose sur des processus de pro-
duction et de consommation qui consomment de manière irrémé-
diable les ressources locales ? La devise du « penser global et agir
local » est séduisante et tout à fait juste mais elle doit trouver des
traductions opérationnelles au-delà des préconisations portées par
les Agendas 21. Quant au processus de glocalisation (Swyngedouw,
1997; Robertson, 1992), il constitue une manière de décliner les mo-
des de production capitalistes et traditionnels au niveau local. Il n’ap-
porte pas de solution locale mais une adaptation des modes globaux
(Gianinazzi, 2018), tels que des variations dans le goût d’un soda en
fonction des préférences des populations locales.
Dans la continuité de ces réflexions, nous posons la question de
la possibilité d’un développement territorial durable. En d’autres
termes, d’une situation dans laquelle des changements importants
des modes de production et de coordination peuvent se produire au
niveau local sans remettre en cause l’architecture du système ac-
tuel mais en y apportant un certain nombre d’inflexions prenant en
compte le caractère non renouvelable des ressources primaires et
tentant d’y remédier par une approche plus frugale. Dans ce cadre,
nous examinons le cas de l’économie circulaire, qui considère la na-
ture et les écosystèmes naturels comme un objet susceptible d’être
manipulé par des innovations technologiques, dans une perspective
marchande et par le biais d’interventions concrètes souvent liées à
la dimension territoriale (Beal, 2016).
Dans un premier temps nous abordons la notion de développement
territorial, dont nous donnons une définition précise avant de dis-
cuter de ses deux moteurs, la production et la gouvernance. Nous
posons ensuite la question de la possibilité d’un développement ter-
ritorial durable, à partir de la recension des diérentes catégories de
ressources territoriales et de leurs possibilités d’utilisation par une
économie circulaire. Dans un troisième temps, nous nous deman-
dons comment territorialiser cette économie circulaire et sur quel
type de territoires, avant de prendre l’exemple de la méthanisation.
LE DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL
Avant d’envisager le caractère durable du développement territorial, il
faut se pencher sur cette notion afin de la distinguer soigneusement
de notions ou concepts voisins, mais aussi d’en établir la genèse,
ainsi que de déterminer ses principales composantes et d’en donner
une définition précise. En particulier, il est essentiel de revenir sur
ses deux moteurs, la production avec sa composante d’innovation
technologique et la gouvernance territoriale avec ses deux facettes,
coopérative et conflictuelle.
Définition du développement territorial
Le développement territorial s’est imposé par enrichissements suc-
cessifs, suite à des études qui ont posé les jalons d’une définition
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d’ensemble (Jean, 2008; Courlet & Pecqueur, 2013; Torre, 2015; 2018).
Il correspond à l’amélioration de la richesse et du bien-être des po-
pulations situées sur un territoire, à partir des innovations dans la
production et les usages des sols, des relations de concurrence et
de coopération entre les acteurs, et compte tenu des initiatives et
oppositions des populations locales.
Cette approche, étendue aux territoires aux fonctions industrielles
réduites, impose trois importantes lignes de césure par rapport à
celles du développement régional (plutôt macroéconomique) et du
développement local (avant tout de nature productive) :
les processus de développement territorial ne peuvent être réduits
aux seuls comportements des acteurs productifs et des institu-
tions en charge des politiques de développement, mais s’étendent
à d’autres parties prenantes des territoires : collectivités locales ou
territoriales, services déconcentrés de l’État, organismes consu-
laires, dispositifs locaux de gouvernance et monde associatif;
les processus de coopération et de construction sociale sont à
intégrer à l’analyse des dynamiques de développement (Bau-
delle et al., 2011). Loin d’être anecdotiques, les nouvelles pratiques
sociales et institutionnelles se trouvent au cœur des processus
d’innovation territoriale, sans oublier la volonté des réseaux d’ac-
teurs locaux de piloter leur propre modèle de développement, qu’il
s’agisse d’actions collectives ou d’oppositions manifestes à la vo-
lonté des États ou des grandes sociétés;
les problématiques contemporaines de rareté et de concurrence
des terres, d’usure des sols et de land grabbing des États à la re-
cherche des terres fertiles positionnent l’occupation de l’espace au
cœur des processus et projets de développement. L’introduction
des questions d’usage des sols et de choix des modes d’aménage-
ment contribue ainsi à réconcilier les disciplines du land use avec
celles de la science régionale.
Ces éléments appellent à aller au-delà des seules relations de pro-
duction. En eet, si la production, puis l’innovation technologique,
sont toujours mises au premier plan des analyses du développe-
ment, y compris régional (Catin, 1995), les problématiques de gou-
vernance occupent une place déterminante au niveau des territoires,
car les processus de développement impliquent une participation ou
provoquent une opposition des populations locales, sans oublier les
modalités de gouvernance de la production.
Relations de production et innovation technologique
Des économistes classiques aux réflexions sur les pays émergents,
la définition du développement est inséparable de celle de la pro-
duction. La littérature sur les processus de développement territo-
rial ne fait pas exception (Zimmermann, 2005). La production y est
considérée comme le moteur principal du développement, avec une
insistance sur deux dimensions centrales : l’innovation technolo-
gique et le caractère systémique des relations locales.
Le développement local s’est longtemps confondu avec l’analyse
des systèmes locaux de production. Après le mythe des districts in-
dustriels marshalliens (Marshall, 1919), redécouverts en Italie dans
les années 1970 (Brusco, 1982; Becattini, 1990), la réflexion s’étend
rapidement à d’autres types de regroupements localisés de produc-
teurs, impliquant des laboratoires de R&D et des firmes de tailles
diérentes, qui n’appartiennent pas toujours au même secteur
(Markusen, 1996). Les approches des milieux et des SPL (systèmes
productifs locaux) mettent ainsi l’accent sur un modèle plus géné-
rique, davantage axé sur les relations formelles et les échanges, dans
lequel la production de connaissances est essentielle au développe-
ment territorial (Camagni & Maillat, 2006). Les entreprises partagent
des activités complémentaires au sein d’un ensemble spécialisé, de
plus en plus souvent marqué par une dimension technologique forte.
Porter (1985) impose ensuite le terme canonique de clusters, où l’on
retrouve l’idée d’un regroupement de firmes et de laboratoires tra-
vaillant dans des industries liées, au sein d’un environnement proche,
et dont les interactions en termes de technologies et de savoir-faire
permettent d’augmenter les performances, la compétitivité et le ni-
veau d’innovation. Des avatars plus récents, comme les écosystèmes
d’aaires, inscrivent les firmes dans des réseaux de coévolution et
de coopétition (Brandenburger & Nalebu, 1996) caractérisés par la
multiplication des acteurs (entreprises, laboratoires, centres divers)
parfois locaux (Mira-Bonnardel et al., 2012). Par ailleurs émergent de
nouvelles modalités d’interactions au niveau local. Espaces de dé-
monstration (show-rooms), de coworking, fab labs, living labs, hôtels
d’entreprises, pépinières, centres de ressources et de formation re-
présentent des moyens de se rencontrer, d’échanger, d’interagir, de
travailler ensemble, voire d’élaborer des projets ou de construire des
objets techniques. Autant de tiers lieux (Oldenburg, 1991) qui mêlent
savoirs savants et profanes et reposent sur des relations innovantes
pas toujours high tech.
L’idée que l’innovation est à l’origine du développement est aussi
bien défendue par les chercheurs que par les décideurs locaux ou
les services déconcentrés de l’État, par exemple avec les politiques
de technopôles ou de clusters. L’intuition fondatrice de Schumpeter
(1911) d’une innovation brisant la routine des processus de produc-
tion et donnant naissance à des phénomènes de destruction créa-
trice a été remise à l’honneur par les économistes évolutionnistes,
qui montrent comment la transformation des connaissances et des
inventions en innovations se traduit par des trajectoires technolo-
giques (Nelson & Winter, 1982). Les innovations passent d’une en-
treprise ou d’un secteur à l’autre puis deviennent incrémentales et
routinières, produisant des eets de verrouillage. Toutefois la forte
inertie du modèle technologique dominant (Dosi, 1988) rend diicile
tout bouleversement, car la dépendance au sentier bloque les possi-
bilités d’innovations non compatibles avec ce paradigme.
Les théoriciens de la transition (Geels, 2002) expliquent la rupture de
ce modèle routinier par le passage à un nouveau régime sociotech-
nique, fruit d’une ou plusieurs innovations radicales, qui incubent
et se développent dans des niches permettant l’apprentissage de
la technologie et la naissance d’une alternative sociotechnique de
plus en plus stable et prometteuse (Van De Poel, 2000). Quand ap-
paraissent des limites technologiques ou des changements géopo-
litiques, culturels, démographiques s’ouvrent des « fenêtres d’oppor-
tunité » dans lesquelles s’engourent les innovations de niche les
plus développées. Celles-ci vont percer, s’imposer, et donner nais-
sance à un nouveau régime sociotechnique. L’innovation peut ainsi
incuber dans les territoires, quand elle ne provient pas d’un eet de
diusion spatiale.
Très convaincante en matière de genèse ou de diusion des inno-
vations, cette analyse présente la limite de considérer la dimension
sociale ou institutionnelle comme un simple accompagnement de
l’innovation technologique. Elle ne s’applique pour l’essentiel qu’à
des innovations fortes, ou de rupture, portées par un paradigme dé-
nommé sociotechnique mais qui s’avère avant tout de nature tech-
nologique. Or une part importante des innovations territoriales est
1) modeste ou frugale, 2) avant tout de nature sociale et organisa-
tionnelle.
La gouvernance : entre coopération et conflits
Comme l’avait signalé Perroux, le développement recouvre bien
d’autres dimensions que la seule production, incluant les change-
ments mentaux et sociaux des populations, ou les évolutions des
structures institutionnelles (Perroux, 1964). Pour tenter de maitriser
leur devenir, les territoires ont intérêt à prendre en main leur futur et
à initier leurs propres projets de développement. Ainsi, le développe-
ment territorial ne peut s’appréhender indépendamment des proces-
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sus de gouvernement et de gouvernance de la chose publique, dans
leurs dimensions coopératives ou conflictuelles.
Gouverner, c’est prendre des décisions, arbitrer des oppositions et
des conflits, gérer des modes et des processus de production, et
contribuer à la régulation des activités économiques et sociales.
L’idée de gouvernement a longtemps dominé le développement,
avec le principe d’une hiérarchie descendante et contraignante, pas-
sant par les lois et les politiques publiques. Progressivement a émer-
gé le concept de gouvernance, parfois polysémique et flou, mais qui
désigne des formes plus souples de pouvoir (Le Galès, 2014). Ins-
crite dans un contexte d’innovations institutionnelles liées au new
public management comme aux processus de décentralisation et de
contractualisation, cette évolution répond aux limites des politiques
publiques (nationales et régionales), objets de contestations répé-
tées de la part de populations désirant participer à leur élaboration
afin de mieux satisfaire leurs attentes. Elle fait également écho au
mouvement de diérenciation (et d’autonomisation) de diérentes
composantes de la société, de multiplication des parties prenantes
(Pasquier et al., 2007) et d’exigences de démocratie, au-delà de la
seule représentation élective.
La « bonne gouvernance » prônée par la Banque mondiale ou le
Fonds monétaire international (FMI), avec ses recettes censées ga-
rantir la compétitivité des pays ou des régions, est très normative.
Mais le terme s’applique également, et de manière totalement dif-
férente, à la coordination d’acteurs, de groupes sociaux et d’insti-
tutions en vue d’atteindre des objectifs communs et de participer
aux décisions, rompant avec l’approche pyramidale ou hiérarchique
du gouvernement au profit de formes plus souples et plus proches
des hommes et des organisations. On considère ainsi les réseaux
d’acteurs économiques et sociaux, avec leurs volontés et capacités
d’expertise et d’innovation (Kooiman, 2000), l’intégration des parte-
nariats public-privé à la définition des objectifs de développement
(Wettenhal, 2003), la participation d’organisations diverses (asso-
ciations, entreprises, organisations non gouvernementales) à l’éla-
boration des lois, règles et réglementations (Pierre, 2000), ou les
dispositifs facilitant l’implication de parties prenantes toujours mieux
informées et organisées dans les processus de décision. C’est à cette
gouvernance que nous nous référons.
Elle peut se définir comme un processus de coordination entre des
parties prenantes ou des acteurs de diérentes natures (productifs,
associatifs, particuliers, pouvoirs publics ou collectivités locales),
aux ressources asymétriques, réunis autour d’enjeux territorialisés et
contribuant avec l’aide d’outils et de structures appropriés à l’élabo-
ration, parfois concertée, parfois conflictuelle, de projets communs
pour le développement des territoires (Torre & Traversac, 2011). Le
tournant citoyen pris par le développement territorial (Leloup et al.,
2005; Chia et al., 2008) renvoie à une vision des territoires comme
lieux de projets communs (Rey-Valette et al., 2014). La gouvernance
répond ainsi à quelques objectifs simples : contribuer à l’élaboration
ou à la mise en œuvre des projets de développement; faciliter la
coordination entre les parties prenantes; éviter que certains acteurs
ne quittent le territoire (désertification ou abandon); éviter des af-
frontements bloquants et décider des chemins de développement.
Au-delà de l’idéal collaboratif attaché à la gouvernance, son fonc-
tionnement peut toutefois s’avérer diicile et heurté, repose aussi sur
des relations dissymétriques et des oppositions. Des obstacles sub-
sistent et la réussite du processus de négociation territoriale dépend
de deux conditions préalables : l’acceptation des règles du jeu par
les acteurs, qui peuvent quitter la partie plutôt qu’adhérer à un projet
commun (Tiebout, 1956) ou choisir de ne pas s’exprimer et d’agir en
dehors des dispositifs de gouvernance, ainsi que la désignation des
personnes qui discutent et mettent en œuvre les projets de terri-
toires et le processus de développement (Leroux, 2006).
C’est la raison pour laquelle il faut s’intéresser à la question des
conflits. Loin d’être des obstacles à la « bonne » gouvernance, ils
participent de ce processus et jouent leur rôle dans l’acceptation ou
le refus des décisions prises par diérentes catégories d’acteurs, en
particulier les pouvoirs publics ou les grandes entreprises, et consti-
tuent l’expression des résistances et des oppositions à certaines
décisions qui laissent insatisfaite une partie de la population locale
(Darly & Torre, 2013). À côté de la coopération, ils représentent l’autre
manière d’entrer en discussion sur les enjeux et les chemins du dé-
veloppement territorial pour des protagonistes jusque-là exclus du
processus, qui peuvent dès lors espérer infléchir les décisions (Dow-
ding et al., 2000) ou en changer les modalités techniques, voire, de
manière plus radicale, les refuser. Au cours du conflit apparaissent
des innovations, sociales et organisationnelles (constitution de nou-
veaux groupes d’acteurs), institutionnelles (nouvelles normes ou rè-
glements) ou techniques (nouvelles solutions). Une partie des pro-
positions se voit refusée, mais d’autres sont amendées et améliorées
par ce processus d’apprentissage collectif.
La gouvernance territoriale se présente ainsi comme une interac-
tion entre des forces qui poussent à la coopération et d’autres au
conflit. De nouveaux projets de territoires sont soumis par certains
acteurs aux parties prenantes de la société, qui s’emparent des nou-
veautés, les examinent et les passent au crible du processus d’ap-
propriation sociale et institutionnelle (Rey-Valette et al., 2014). Bien
reçu, un projet innovant est accepté ou fait l’objet de critiques ou de
modifications mineures. Perçu comme contraire aux intérêts ou au
bien-être d’une partie de la population, il provoque des blocages :
des personnes ou des associations vont tenter de s’opposer à sa
mise en place, par des moyens légaux (recours au tribunal adminis-
tratif) ou relevant de la sphère sociale (manifestations, interventions
médiatiques) (Pham et al., 2012). Coopérations et conflits constituent
la mise à l’épreuve des nouveautés, le tamis au regard duquel sont
sélectionnées les « bonnes » inventions, acceptées par la société.
VERS UN DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE ?
Le souci d’une dimension soutenable du développement territorial
n’est apparu que récemment. La notion de développement durable
s’est imposée au niveau international, souvent comme un cache-mi-
sère de politiques cherchant à se dédouaner de leur faible niveau
d’implication pour ces questions. Ce désintérêt a été encore plus
patent au niveau des territoires, tant la problématique d’un change-
ment global s’impose souvent comme une donnée lointaine et exo-
gène, sur laquelle le local n’a pas de prise. Il est cependant possible
de penser cette durabilité à partir d’une prise en considération des
diérentes catégories de ressources territoriales, comme nous allons
le voir maintenant.
Les diérentes catégories de ressources
La réflexion sur le caractère durable du développement territorial
passe par une analyse des diérentes dimensions qui sous-tendent
son existence et son fonctionnement, et tout particulièrement des
ressources nécessaires à sa mise en œuvre.
Le tableau 1 fournit une description des diérents types de res-
sources au fondement du développement territorial, en les classant
en fonction de deux dimensions :
d’une part les ressources tangibles (caractérisées par leur maté-
rialité), ou intangibles (relevant davantage de l’ordre des idées ou
des compétences);
de l’autre les ressources ancrées (qu’elles émergent de ou soient
indissociablement liées à un lieu ou un territoire), ou délocali-
sables (car libres de toutes attaches au niveau local et donc re-
productibles ou transférables dans un autre lieu).
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Tableau 1. Les ressources au service du développement territorial
TABLEAU 1 : Les ressources au service du développement territorial
Ressources Tangibles Intangibles
Délocalisables/
transférables
Minéraux, énergie
fossile, eau
Connaissances,
idées, inventions
Ancrées
Terre, climat (soleil…),
biodiversité
Savoir-faire, culture,
patrimoine, paysages
Source : A. Torre
* Source : A. Torre
Il apparait clairement qu’une bonne part des ressources pouvant être
mobilisées au service du développement territorial proviennent des
eorts des hommes et se raccrochent à la dimension d’intangibili-
té. Rappelons à ce propos la distinction popularisée par les travaux
de Colletis & Pecqueur (1993, 2005), entre ressources génériques et
ressources spécifiques.
Les ressources qui présentent à la fois un caractère tangible et dé-
localisable, comme les minéraux ou minerais, l’énergie fossile ou
l’eau, sont généralement utilisées dans le cadre d’une politique tra-
ditionnelle de croissance par les exportations, telle que la décrit, par
exemple, la théorie de la base. Il s’agit d’exporter ces ressources (et
des actifs) et de tirer des bénéfices obtenus des revenus suisants
pour développer l’économie territoriale en interne (Alexander, 1954).
La théorie des staples a particulièrement bien mis en évidence les
limites de ce type d’approche, qui conduit à des politiques de stop
and go au niveau local, avec des phases successives d’expansion
et de récession en fonction du prix des matières premières sur les
marchés internationaux (Watkins, 1977). Par ailleurs, ces relations de
type macroéconomique se jouent plus volontiers à un niveau régio-
nal, voire national.
Considérer les ressources qui sont à la fois intangibles et délocali-
sables, telles que les connaissances, idées ou inventions, renvoie au
domaine de la nouvelle économie et des industries high tech, dont
la diusion spatiale se situe au niveau global. Ces ressources, ainsi
que les innovations qui en sont issues, se diusent sur la planète et
peuvent bénéficier à diérents types de territoires, sans considéra-
tion de leurs caractéristiques locales, l’important étant souvent de
disposer des moyens nécessaires pour les acquérir. Une exception
doit cependant être faite avec une partie des inventions qui donnent
naissance à des innovations sociales et parfois institutionnelles,
pouvant être reproduites sans coût.
Venons-en aux ressources à la fois intangibles et ancrées, telles que
le savoir-faire, la culture, le patrimoine, les paysages. Ces ressources
spécifiques présentent un grand intérêt en termes de développe-
ment territorial car elles permettent la production de biens d’origine
locale, comme les appellations d’origine contrôlée (AOC), les objets
artisanaux ou les paniers de biens, tous très fortement liés au terri-
toire, mais qui peuvent produire de la valeur ajoutée par l’exporta-
tion ou les visites touristiques. Elles sont également à l’origine d’une
bonne part des innovations territoriales, comme les organisations
locales de producteurs, les crèches ou épiceries solidaires, le co-
voiturage, les banques alimentaires, les aides aux personnes han-
dicapées, ou des innovations organisationnelles faisant appel à la
vente directe, au microcrédit ou au mouvement des communs. Ces
ressources sont également utilisées dans le but d’ancrer les innova-
tions dans les territoires, afin de développer des savoir-faire locaux,
par exemple, qui aident à les spécifier et les rendent diiciles à dé-
localiser, comme dans le cas des systèmes localisés d’innovation de
types clusters ou technopôles.
Enfin, les ressources à la fois tangibles et ancrées, telles que la terre,
le climat (soleil) ou la biodiversité, constituent, avec l’eau, la base
écologique de l’économie. Une partie de ces ressources est non
renouvelable et subit des atteintes qui risquent de se révéler irré-
médiables. C’est le cas de la biodiversité animale ou végétale, qui
connait une diminution très forte dans de nombreux territoires et
dont la capacité à se maintenir est en particulier menacée par l’ur-
banisation et l’agriculture intensive. Il en va de même pour les sols,
dont l’existence est menacée par les processus d’artificialisation,
alors que leur qualité est fortement aectée par les usages massifs
de fertilisants ou de phytosanitaires. La valeur de ces ressources et
leur utilité propre peuvent s’évaluer en termes de services écosysté-
miques, qui permettent également de révéler et mieux comprendre
les interactions entre l’homme et la nature (Barnaud et al., 2011; Bon-
nal et al., 2012).
De l’économie circulaire au développement territorial durable
Les ressources tangibles, qu’elles soient ancrées ou délocalisables/
transférables, sont au centre de notre attention car c’est à partir de
leur utilisation raisonnée que peut se mettre en place une politique
de développement territorial durable, en particulier par la mise en
œuvre de solutions d’économie circulaire.
Les politiques de greening appliquées au niveau local, telles que la
mise en place d’écolabels, permettent d’assurer un certain contrôle
des productions du point de vue environnemental, tout comme
la labellisation de green clusters (Cooke, 2012), qui assure que les
opérations réalisées au sein d’un système localisé répondent à des
normes telles que la frugalité en matière de consommation d’éner-
gie, ou la préférence donnée à des productions peu polluantes. On
retrouve cette idée dans l’analyse des systèmes socio-écologiques
(Anderies et al., 2004), issue des recherches sur les arrangements
institutionnels (Ostrom, 1990) et des questionnements en termes de
gestion durable, qui s’intéresse aux relations entre acteurs locaux et
entités biophysiques et biologiques non humaines, aux usages et à
la gestion collective des ressources ainsi qu’aux exclusions qui en
découlent.
Toutefois, la problématique technique des ressources non renou-
velables et de leurs limites physiques n’est que peu abordée dans
ces approches, à l’inverse de l’économie circulaire, qui part de l’idée
d’une économie de la consommation des ressources et de leur réu-
tilisation favorable en termes de soutenabilité. Cette notion s’est dé-
veloppée depuis les années 1970, suite aux travaux précurseurs de
Boulding (1966) sur le constat des limites physiques et thermodyna-
miques qui s’imposent aux sociétés humaines. En 1972, le rapport du
Club de Rome pose les bases d’un débat sur la prise en compte de
l’environnement dans le modèle linéaire de croissance économique.
Suite au « schéma en boucle » de Stahel & Reday-Mulvey (1977) éla-
boré à la faveur d’une réflexion sur la problématique de la raréfaction
des ressources, Stahel propose le concept d’« économie en boucle »,
fondée sur la réutilisation, la réparation et le recyclage des déchets,
qu’il va plus tard sophistiquer en posant les bases de l’économie de
la fonctionnalité.
D’autres recherches ont contribué à alimenter les origines histo-
riques du concept d’économie circulaire, par exemple les travaux
de Passet (1979) et de Georgescu-Roegen (1979), ainsi que les re-
cherches sur l’écoconception. Elles trouvent une synthèse dans le
courant de l’écologie industrielle (Frosch & Gallopoulos, 1989). Fina-
lement, le terme d’économie circulaire est employé pour la première
fois dans un article de Pearce & Turner (1990), qui appellent à mettre
en place un système en boucle de l’économie pour remplacer le sys-
tème linéaire actuel.
Les ambitions et les implications s’avèrent importantes en termes de
reformulation des enjeux sur les territoires. Alors que les systèmes
industriels traditionnels se définissent par une succession d’opé-
rations de transformation, cette méthode « simpliste » et linéaire
(Frosch & Gallopoulos, 1989) est remplacée par un modèle intégré.
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La notion d’écosystème industriel cherche à se rapprocher du fonc-
tionnement des écosystèmes naturels et, à contre-courant des eets
négatifs de l’industrie sur l’environnement, à montrer que non seule-
ment cette dernière pourrait produire des eets positifs sous réserve
de transformations importantes, mais encore que des synergies sont
possibles avec les dimensions environnementales (Beaurain & Brul-
lot, 2011). Cette analyse intègre en eet le recyclage des outputs (De-
couzon & Maillefert, 2012) et propose de substituer, à la succession
d’opérations allant de l’utilisation des matières premières à la vente
des produits, un modèle circulaire qui réincorpore notamment les
déchets dans le cycle de production. Les diérents flux d’énergie,
d’eau et de matières diverses comme les produits industriels, la bio-
masse ou les déchets se voient intégrés dans des boucles spatiali-
sées qui permettent une réutilisation massive des produits et des
résidus et leur réinjection dans le processus de production, au sein
de territoires de taille restreinte.
Notons que ces systèmes vertueux ne reposent pas uniquement
sur des relations d’ordre technique. Ils s’appuient également sur des
éléments qui relèvent davantage des dimensions sociales et orga-
nisationnelles telles que la confiance entre acteurs, le partage de
valeurs entre partenaires, des modes de coordination et d’organisa-
tion sophistiqués et une proximité géographique forte, qui permet le
bouclage des flux au niveau local. Il devient alors possible et même
impératif de penser le recyclage des produits sur un territoire, avec
de nouveaux territoires de projets, liés aux économies d’approvi-
sionnement d’énergie, de ressources, de traitement de déchets, ou
encore aux rendements d’échelle générés par la mutualisation de
services. C’est le cas des écoparcs industriels, au premier rang des-
quels la fameuse symbiose de Kalundborg (Jacobsen, 2006), qui a
valeur de modèle pour de nombreux chercheurs ou praticiens, et
constitue en quelque sorte la preuve de la possibilité de mise en
œuvre des principes de l’écologie industrielle, à partir du recyclage
local des flux d’énergie et de matières. Enfin, il ne faut pas négliger
les changements nécessaires à une meilleure utilisation des terres,
à leur préservation, voire à leur régénération, qui relèvent à la fois
d’une pérennisation des ressources naturelles liées à la question
des sols et de la réduction de l’impact des changements climatiques
(Davoudi et al., 2009).
Ces éléments portent témoignage que le développement territorial
est un processus sans cesse renouvelé, qui se nourrit des transfor-
mations de son environnement pour inventer de nouvelles formes,
au gré des innovations technologiques et des évolutions de com-
portements des acteurs et populations. Ils nous conduisent à don-
ner une définition du développement territorial durable, qui a pour
objet, grâce à des processus innovants de production, de consom-
mation et d’usage des sols, d’améliorer la richesse et le bien-être, en
cherchant à réduire l’empreinte environnementale des activités hu-
maines (sur le territoire et au-delà), compte tenu du caractère limité
des écosystèmes naturels et de l’implication des populations (Torre
& Dermine-Brullot, 2019).
QUELLE TERRITORIALISATION DE L’ÉCONOMIE
CIRCULAIRE ?
Porteuses d’une dimension locale évidente, les approches d’éco-
nomie circulaire (EC) se réclament pourtant rarement de manière
explicite des problématiques de développement territorial, à l’excep-
tion des démarches d’écologie industrielle et territoriale (Beaurain &
Brullot, 2011). L’enjeu est maintenant d’évaluer dans quelle mesure
elles peuvent répondre aux principes du développement territorial,
et contribuer à sa pérennisation, en se fondant sur l’approche par les
1 Loi no 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République.
2 Loi no 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte.
ressources définie plus haut et en s’appuyant sur des innovations de
diérentes natures. Le cas de la méthanisation constitue un exemple
particulièrement intéressant de la mise en œuvre de ce type d’ap-
proche sur un territoire.
L’échelle de déploiement des actions
Bien qu’existe un peu partout une volonté réelle d’institutionnalisa-
tion et d’inscription de l’EC dans des dispositions réglementaires et
des stratégies de développement durable, la dimension territoriale et
spatiale de ses démarches d’application est encore peu approfondie.
Quelques travaux de recherche l’appréhendent pourtant comme une
stratégie territoriale de développement durable (Maillefert & Robert,
2017; Gallaud & Laperche, 2016; Su et al., 2013; Geng et al., 2009;
Ness, 2008). Mais quelle est son échelle de déploiement ?
Les démarches d’écologie industrielle peuvent être mises en œuvre
à d’autres niveaux que celui du territoire. Il est possible, par exemple,
de transporter des déchets sur de grandes distances afin de les trai-
ter dans une autre région ou un autre pays, ou d’importer à grands
frais des panneaux photovoltaïques produits à des milliers de ki-
lomètres. Dans le cas de l’écologie industrielle et territoriale, et ici
de l’économie circulaire, on recherche très clairement une certaine
proximité géographique, afin de réduire l’empreinte carbone liée aux
déplacements et de mettre en place une boucle économique locale.
L’observation montre toutefois que même dans ce cas, la solution de
terrain n’est pas évidente, et que la mise en œuvre des démarches
d’EC se réalise à des échelles très variées, qu’il s’agisse de l’entre-
prise, d’une zone industrielle ou d’activités, ou encore d’un territoire
administratif municipal, intercommunal voire régional (Ghisellini et
al., 2016; Su et al., 2013). Au Japon, en raison des contraintes tech-
nologiques et des importants investissements nécessités par le trai-
tement de certains déchets (cas des gisements de terres rares par
exemple), c’est même l’échelle nationale qui est considérée par la
loi-cadre sur l’EC (Geng et al., 2010). Les lois élaborées en Chine et
au Japon obligent les collectivités territoriales à décliner leurs stra-
tégies de développement durable dans les territoires, dans le cadre
de planifications régionales (McDowall et al., 2017). En revanche, les
directives européennes en matière de gestion des déchets ne font
aucune mention de l’échelle territoriale à laquelle les flux devraient
être maîtrisés.
En France, la législation oblige à traiter les déchets à l’échelle des
départements et des régions, afin de rapprocher les lieux de produc-
tion et de traitement (Bahers et al., 2017). Les lois NOTRe1 et TECV2
définissent la Région comme le territoire privilégié de planification
des actions d’EC (Brotons, 2017). Toutefois, beaucoup préfèrent le
périmètre de l’intercommunalité (Esparon, 2017), qui permet d’in-
clure l’ensemble des acteurs de la filière au niveau local, ainsi que
l’ensemble des ressources spécifiques territoriales que génère cette
activité. Portées par des acteurs publics comme les chambres d’agri-
culture ou d’industrie et impliquant des entreprises de diérents sec-
teurs d’activités, ces actions consistent à quantifier et géolocaliser
les flux de matières et d’énergies, mutualiser le transport des flux et
valoriser les déchets par échanges interentreprises. De nombreuses
démarches d’écologie industrielle initiées par des acteurs locaux
sont également menées au sein de zones d’activités ou industrielles,
à des échelles territoriales plus restreintes que les territoires admi-
nistratifs (voir les exemples donnés par Jambou, 2018).
En termes de développement durable et de développement territo-
rial, il apparait que l’EC gagne à être mise en œuvre au plus près des
acteurs locaux et de leurs réseaux, pour une appropriation totale et
une eicacité plus grande. Pour des questions d’abord techniques et
économiques, elle n’a de sens que si les entreprises qui échangent
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les flux de matières et d’énergie sont proches géographiquement.
La considération du local constitue de fait l’une des caractéristiques
phares des stratégies d’écologie industrielle, car elle conditionne les
modalités d’interaction dont on s’inspire pour envisager la transfor-
mation de la société industrielle en un écosystème industriel (Ko-
rhonen, 2001).
L’opérationnalité de l’économie circulaire n’a donc de sens qu’à
l’échelle d’un territoire, même si le périmètre de celui-ci peut être va-
riable (Brullot, 2009; Buclet, 2011). L’objectif consiste alors à accroître
les coopérations entre acteurs à l’échelle locale, dans le but d’appor-
ter des réponses techniques, organisationnelles ou économiques à
leurs défis communs (Dermine-Brullot et al., 2017). L’EC est souvent
mobilisée par les acteurs publics afin de conduire des politiques à
l’échelle de leur territoire juridico-administratif, qu’elles visent à ré-
duire la production de déchets, à assurer la transition énergétique
ou encore à améliorer la qualité environnementale d’une zone d’ac-
tivités. Il s’agit également d’être en mesure de piloter les conflits et
oppositions, de les faire vivre et de porter des innovations dans un
cadre local. Enfin, les mesures en faveur du ralentissement de l’arti-
ficialisation et de l’imperméabilisation des sols s’appuient bien évi-
demment sur un substrat local et trouvent leurs racines dans une
stratégie d’économie et de non surexploitation des ressources ter-
ritoriales.
Le territoire pertinent
Reste à savoir quel est le territoire pertinent d’activation de l’éco-
nomie circulaire et quelle est sa forme : correspond-il à une entité
géographique administrative ou à un modèle de type clusters et
systèmes productifs locaux, fondé sur des relations économiques
et de coordination localisées d’acteurs productifs ? Pour Gallaud &
Laperche (2016), l’économie circulaire doit s’inscrire dans un projet
global à une échelle territoriale pertinente, mais Dermine-Brullot et
al. (2017) estiment « qu’il n’existe pas de territoire unique et encore
moins de territoire idéal » pour sa mise en œuvre.
Au regard des échanges de flux, qui s’eectuent parfois très large-
ment au-delà des frontières administratives, et des installations in-
dustrielles spécifiques que nécessitent certaines démarches d’EC
(Geng et al., 2010; Ness, 2008), il est clair que le territoire pertinent
de mise en œuvre des synergies ne correspond pas nécessairement
à une entité administrative, grande ou petite, comme la région, le dé-
partement, la commune ou le quartier. Si de nombreuses démarches
sont menées dans ces périmètres, ce n’est pas pour la pertinence de
leur échelle, mais plutôt en raison du rôle clé joué par les collectivités
territoriales, en particulier des régions, dans la coordination de l’ac-
tion publique territoriale (Brotons, 2017). Au sens de l’EC, le territoire
pertinent est donc un espace pouvant couvrir ou non plusieurs de
ces unités administratives, mais, et c’est le plus important, au sein
duquel les acteurs locaux se mobilisent, activent les ressources ter-
ritoriales et se coordonnent autour d’enjeux et contraintes communs.
Pour optimiser l’usage des ressources tangibles et mieux maîtriser les
flux, l’EC s’appuie en eet sur des ressources territoriales intangibles,
comme un savoir-faire économique, une relation de confiance entre
les acteurs, la mise en œuvre de liens de coopération, mais aussi
les oppositions locales aux externalités environnementales que peut
produire un traitement local des déchets ou de l’énergie (comme
des pollutions visuelles ou olfactives). Le territoire de référence de
l’EC correspond ainsi à un construit social, rassemblant autour d’en-
jeux communs un ensemble d’acteurs publics et privés avec des
perceptions parfois convergentes, mais souvent divergentes, voire
contradictoires (Di Méo, 1998). Fondé sur diérentes relations de
proximité (géographique et/ou organisée), le territoire s’élabore par
les oppositions et compromis de long terme entre acteurs locaux et
extra-locaux, avec une histoire et des préoccupations ancrées dans
les cultures et les habitudes locales, un sentiment d’appartenance,
ainsi que des formes d’autorités politiques, des règles d’organisation
et de fonctionnement spécifiques.
Plusieurs questions se posent alors. La première concerne le fait que
les limites géographiques des projets d’EC sont souvent floues, voire
se superposent en fonction des acteurs et de leur échelle d’interven-
tion. La deuxième est relative à la problématique de la mobilisation
des ressources. En eet, les démarches d’EC cherchent explicite-
ment à mettre en œuvre le développement durable, impliquant une
utilisation raisonnée de ressources territoriales. À partir de quel mo-
ment considère-t-on que la démarche ne serait plus locale ? La troi-
sième concerne l’idée de projet commun et partagé par les acteurs
d’un territoire. Or, l’EC pose aussi des questions de gouvernance
territoriale, liées aux modes de coopération locale, mais également
aux éventuels conflits ou oppositions qui peuvent émerger lors de la
mise en œuvre de tels projets.
La méthanisation, une application de l’économie circulaire au
niveau territorial
L’économie circulaire peut être appliquée à l’échelle locale dans le
but de développer certaines filières, agricoles ou de gestion des
déchets, dans une optique de développement territorial durable. Il
s’agit alors de recycler ou de réutiliser au niveau local les ressources
tangibles et de les réinsérer dans une boucle productive locale. Un
exemple intéressant est celui de la méthanisation. Cette solution
s’intéresse plus particulièrement aux ressources à la fois tangibles
et délocalisables (voir tableau 1), avec l’ambition de les ancrer lo-
calement, afin d’empêcher leur transfert et de les réinjecter dans le
processus local de production. Elle s’appuie, pour sa mise en œuvre,
sur diérents types de ressources intangibles et permet la mise en
place de pratiques plus respectueuses de l’environnement et l’utilisa-
tion des déchets comme ressources pour le territoire, ce qui illustre
parfaitement le modèle de l’économie circulaire.
La méthanisation est une technologie qui permet la dégradation
de la matière organique par des micro-organismes, en conditions
contrôlées et en l’absence d’oxygène. Ce processus aboutit à la pro-
duction de biogaz, mélange composé essentiellement de méthane
et de dioxyde de carbone, ainsi que d’un produit humide riche en
matière organique appelé digestat. Le biogaz a quatre valorisa-
tions possibles : comme combustible permettant de chauer des
bâtiments à usage collectif comme les piscines, écoles, etc.; pour
alimenter un moteur fabriquant de l’électricité et de la chaleur en
même temps : c’est la cogénération; comme carburant pour les véhi-
cules, utilisé pour le fonctionnement des transports en commun par
exemple; purifié et injecté dans le réseau de gaz naturel : on parle
alors de biométhane. Le digestat et le compost peuvent, de leur côté,
être valorisés comme fertilisants pour l’agriculture, en substitution
des fertilisants azotés.
Cette technologie contribue à la mise en place de modèles de pro-
duction de type économie circulaire. La collecte des ressources
organiques utilisées comme intrants s’eectue à proximité géogra-
phique (environ 50 km) de l’unité de méthanisation. Les intrants
peuvent être de diérentes natures : déchets agricoles (lisier, résidus
de culture), agro-industriels (carcasses d’animaux, marc de pomme)
ou encore municipaux (tontes de pelouses, fraction biodégradable
des déchets ménagers, boues de station d’épuration) (Colas, 2017).
Les collectivités peuvent utiliser le biogaz pour les réseaux de trans-
port urbains et la chaleur issue du process de méthanisation dans
les réseaux de chaleur urbains. Le développement des méthaniseurs
contribue à la création d’emplois. Le digestat et le compost utilisés
en tant que fertilisants permettent de diminuer l’utilisation de pro-
duits chimiques. Tout ceci contribue à renforcer l’autonomie énergé-
tique des territoires, tout en réduisant la part des énergies fossiles,
les pollutions diuses et les émissions de gaz à eet de serre.
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Cette production d’énergie renouvelable est aussi perçue comme
une réponse aux défis territoriaux de remobilisation des acteurs lo-
caux sur les questions de gouvernance. Elle introduit en eet de nou-
velles formes d’organisation et de coordination dans la gouvernance
des flux (Bourdin et al., 2019a; Torre & Chia, 2017), qui renvoient aux
autres proximités, non géographiques et donc organisées. Les par-
ties prenantes se rassemblent dans un processus collectif au sein
duquel agriculteurs, industriels, gestionnaires de déchets et collecti-
vités locales se mobilisent pour créer ce que l’on pourrait appeler un
écosystème coopératif de gestion. Pour autant, plusieurs recherches
ont mis en évidence les résistances locales aux projets de métha-
nisation, se traduisant par l’émergence d’attitudes de rejet de type
NIMBY3 (Soland, 2013). De fait, la taille des projets de méthanisa-
tion peut influencer négativement la valeur immobilière résidentielle.
C’est la raison pour laquelle on voit apparaitre de nombreux conflits
de proximité, dans lesquels des acteurs locaux s’opposent à l’ins-
tallation d’usines de méthanisation sur leur territoire (Bourdin et al.,
2009b), pourtant mesure phare de la mise en œuvre de l’économie
circulaire et de la transition énergétique en France.
CONCLUSION
Nous nous sommes interrogés, dans cet article, sur la possibilité de
mettre en œuvre un processus de développement territorial dans
une optique de soutenabilité, avec l’idée de ne pas discuter des mo-
des de développement capitalistes globaux mais de proposer des
solutions locales et donc partielles au désordre environnemental. En
eet, il est clair que certains problèmes liés à l’environnement ne
peuvent trouver une solution au niveau local, comme par exemple la
réduction globale des gaz à eet de serre ou l’impossibilité de ne pas
subir, même en cas de comportement vertueux, les eets négatifs
de certaines actions eectuées par d’autres personnes ou organisa-
tions dans des territoires pourtant très éloignés. De même, de nom-
breuses chaines de valeurs ne peuvent aujourd’hui s’aranchir de la
globalisation et sont nécessairement mondialisées du fait même de
nos modes de consommation, de l’incorporation de minerais rares
dans nos équipements électroniques à notre consommation de cho-
colat ou de cacao.
Notre approche, modeste mais pragmatique, repose sur une catégo-
risation fine des ressources du développement territorial et sur l’idée
que certaines d’entre elles, les ressources tangibles, doivent être
économisées et épargnées en raison de leur caractère non renouve-
lable. Nous avons montré que l’économie circulaire constitue une so-
lution crédible à cette problématique au niveau local et qu’elle peut
contribuer fortement aux objectifs d’un développement territorial
durable, car l’essentiel de ses procédures font appel aux dimensions
locales. L’exemple de la méthanisation, qui se fonde sur un ancrage
territorial et une réutilisation des ressources tangibles transférables,
révèle à la fois les vertus et les limites de cette approche. Il montre
en eet comment peut se mettre en place une boucle vertueuse de
recyclage des flux et d’économie des ressources au niveau territorial,
en particulier quand la démarche repose sur un réseau local d’ac-
teurs engagés. Toutefois, ce type de projet repose également sur
la nécessité, parfois sous-estimée, d’associer les populations et de
tenir compte de leurs avis, au risque d’oppositions bloquantes mais
sans doute productrices d’améliorations indispensables.
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Article
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L’économie circulaire, nouveau modèle économique respectueux de l’environnement, alternatif à l’économie linéaire, est souvent présentée comme une opportunité de développement soutenable au niveau local, et ses démarches de plus en plus expérimentées dans les territoires, dans un contexte de transition socio-écologique. Cependant, la question de sa territorialité et de ses liens avec le développement durable reste encore scientifiquement non stabilisée. Cet article propose un état de l’art sur le sujet de la dimension territoriale des démarches d’économie circulaire et cherche à évaluer comment elles peuvent constituer une opportunité de développement économique territorial et durable.
Article
Full-text available
Despite the climate emergency, there is still no consensus on renewable energies, which have to confront forms of social opposition that may well affect the success of any project (especially wind energy and biogas). We propose an original analytical framework to go beyond the nimbyist approach, combining the proximity theory and the exit-voice model. This enables us to examine the thinking adopted by biogas production stakeholders and the ensuing associations in order to identify and understand the obstacles to the development of joint biogas production projects. Taking further other theories that highlight the importance of place attachment and place identity, we show that the challenges linked to a project's territorial governance can explain conflicts that may lead the project initiators to abandon a biogas plant's construction. We show that considering the local residents' interests and including them in the participative procedures are not the only factors that count, but also, more generally, coordination between all of the stakeholders. Our paper also highlights the need for an intermediary actor to play the role of facilitator in organising different types of proximity.
Thesis
Les démarches d’écologie industrielle et territoriale (EIT) représentent un potentiel d’action concret pour rendre nos modes de production et de consommation plus soutenables. Leur mise en œuvre reste compliquée en raison de coopérations interentreprises peu évidentes à initier. Plusieurs dispositifs méthodologiques, façonnés par un ensemble d’outils et de méthodes, ont été élaborés afin de faciliter ces coopérations, mais ils ont rarement eu l’effet escompté. Depuis peu sont expérimentés de nouveaux dispositifs méthodologiques s’appuyant sur une approche plus intuitive et des outils plus performants. Le travail présenté ici vise à déterminer, à travers trois cas d’étude, si ces nouveaux dispositifs facilitent l’émergence de relations interentreprises favorables à la mise en place de synergies. Pour chaque terrain, nous avons cherché à identifier les relations interentreprises et leur évolution dans le temps en mobilisant l’analyse des réseaux sociaux, et d’autre part, à comprendre les logiques sous-jacentes de ces interactions grâce au corpus de l’économie de la Proximité. Nos résultats montrent que les dispositifs méthodologiques étudiés facilitent l’identification de synergies et la mise en relation des entreprises. Cette dernière semble toutefois insuffisante pour amener les entreprises à coopérer et un accompagnement post atelier paraît indispensable. Nos résultats viennent également nuancer l’importance de la préexistence d’un socle de références commun entre les acteurs pour mener à bien une action collective dans les démarches d’EIT.