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Abstract

Proximities play a very central role in the Covid-19 crisis, whether they promote the spread of the pandemic, reduce human and social interactions, or allow for exchange and contact at a distance. In this article, we analyze how the pandemic reveals and modify both their functioning and their impact on our lives. (PDF) Proximités et Covid-19 : un rôle renforcé. Available from: https://www.researchgate.net/publication/358587126_Proximites_et_Covid-19_un_role_renforce [accessed Jun 17 2022]. Les proximités jouent un rôle tout à fait central dans la crise du Covid-19, qu’elles favorisent la propagation de la pandémie, réduisent les interactions humaines et sociales ou permettent d’échanger et de garder le contact à distance. Dans cet article, l’analyse porte sur la manière dont la pandémie révèle et modifie à la fois leur fonctionnement et leurs impacts sur notre existence.
PROXIMITÉS ET COVID-19 : UN RÔLE RENFORCÉ
André Torre
L'Harmattan | « Marché et organisations »
2022/1 n° 43 | pages 135 à 149
ISSN 1953-6119
ISBN 9782343254043
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-marche-et-organisations-2022-1-page-135.htm
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PROXIMITÉS ET COVID-19 : UN RÔLE RENFORCÉ
André TORRE
Université Paris-Saclay, INRAE, Agroparistech
torre@agroparistech.fr
RÉSUMÉ
Les proximités jouent un rôle tout à fait central dans la crise
du Covid-19, qu’elles favorisent la propagation de la
pandémie, réduisent les interactions humaines et sociales ou
permettent d’échanger et de garder le contact à distance. Dans
cet article, l’analyse porte sur la manière dont la pandémie
révèle et modifie à la fois leur fonctionnement et leurs impacts
sur notre existence.
Mots-clés : Covid-19, Proximités, pandémie, TIC.
ABSTRACT
Proximity and Covid-19: A Strengthened Role
Proximities play a very central role in the Covid-19 crisis,
whether they promote the spread of the pandemic, reduce
human and social interactions, or allow for exchange and
contact at a distance. In this article, we analyze how the
pandemic reveals and modify both their functioning and their
impact on our lives.
Keywords:. Covid-19, Proximities, pandemic, TIC.
JEL Codes: R11, R58
INTRODUCTION
La pandémie du Covid-19 a saisi par surprise nos sociétés.
Généralement peu préparées d’un point de vue sanitaire et psychologique,
elles ont fait le choix de confiner largement les populations pour éviter le
risque d’une diffusion encore plus forte du virus. Il y aurait beaucoup à
dire sur l’aversion au risque et sur le choix de société qui a ainsi été fait
face à des conséquences économiques désastreuses, mais cet enfermement
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a eu une autre conséquence : réduire de manière drastique une grande part
des échanges de face à face entre personnes, qu’il s’agisse de deux
individus ou de groupes, et impacter de manière considérable les
interactions sociales.
Pour ceux qui s’y sont soumis, la fin du confinement, long et
contraignant, n’a pas signifié la sortie de crise mais une nouvelle phase de
modification des relations, avec la généralisation des gestes barrière (le
terme est significatif), les contingentements ou le port du masque. Alors
que l’inquiétude pour le futur s’amplifie, devant la prise de conscience que
nous devons pourtant reprendre une partie de notre activité et qu’il nous
faut maintenant nous interroger sur notre souveraineté, en particulier
alimentaire et sanitaire, le fait de vivre masqué, d’éviter les
rassemblements, et de conserver des distances en intérieur, interroge sur
notre modèle de vie en société.
L’instauration de ces règles est en effet loin de relever du seul domaine
technique ou physique et porte un contenu social et institutionnel très fort.
En attestent, par exemple, les disparités en la matière entre des pays
comme la Suède, qui n’a décidé aucun confinement, et l’Italie ou la Chine,
où les interdits se sont avérés très stricts. Ou, dans différents lieux mais
tout particulièrement aux USA, les manifestations des opposants au
confinement ou au port du masque, qui demandent un retour à une
situation de liberté de circulation des personnes en arguant d’entraves à
leurs droits fondamentaux. Évidemment, les considérations économiques
ne sont pas étrangères à ces différences, l’instauration de l’isolement ou
des gestes barrières constituant clairement un frein puissant à l’activité
productive et commerciale. Mais elle vient également impacter fortement
nos modes de vie, remet en cause beaucoup d’habitudes et de pratiques
personnelles ou professionnelles, et pose de nombreuses questions sur la
vie en société et les relations entre personnes.
Dans cette situation très inédite, la question de la proximité s’impose
brutalement, partout, et prend une ampleur renouvelée avec la crise
économique majeure qui se développe. Nous n’en avons pas fini avec les
proximités, qu’elles se présentent comme un droit, un besoin à satisfaire
ou un danger et un risque à éviter. Dans cet article, je reviens sur le rôle
tout à fait central que les proximités jouent dans cette crise, qu’elles
favorisent la propagation de la pandémie, réduisent les interactions
humaines et sociales ou permettent d’échanger et de garder le contact à
distance.
1. LES NOUVEAUX DANGERS DE LA PROXIMITÉ
GÉOGRAPHIQUE
Le premier constat est que notre perception de la proximité
géographique se trouve bouleversée par le fameux virus et par les
précautions qui l’entourent. Face au confinement, beaucoup se sont
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plaints du manque de contact social, de ne plus pouvoir parler avec les
autres, de ne plus échanger, ou de le faire uniquement à distance, et donc
de voir la proximité se restreindre. Pourtant la peur envahit de nombreuses
personnes quand elles se voient contraintes à des contacts, même rapides,
avec d’autres êtres humains, surtout si elles ont le sentiment qu’ils ne
prennent pas suffisamment soin de maintenir les distances et les exposent
aux dangers de la proximité géographique. Au contraire, une large frange
de la population se révolte contre l’enfermement, voire contre le port du
masque, y voit une privation de liberté, essaie de contourner les règles ainsi
imposées ou même, comme on le constate par exemple aux Etats-Unis,
les considère comme une privation de droits fondamentaux de la
personne. Et nous sommes tous impactés par la vie masquée, qui entrave
nos mouvements, et nous empêche de bien évaluer les attitudes de nos
interlocuteurs.
Les inconvénients de la proximité géographique sont bien connus, en
particulier la promiscuité ou le voisinage non désirés, qui donnent
naissance à des oppositions et parfois des conflits plus ou moins longs et
violents entre voisins (Magsi, Torre, 2014), en particulier en présence de
grandes infrastructures ou d’aménagements porteurs de nuisances. Mais
en période de pandémie, cette dernière est partout devenue risquée, voire
dangereuse. Une forte proximité géographique favorise visiblement la
diffusion du Coronavirus et l’infestation des personnes, par contact
physique direct (toux, éternuements, postillons…) et indirect (toucher une
surface contaminée), ou par transmission aérienne. C’est la raison pour
laquelle est prônée, suite aux grandes épidémies du XXème siècle,
l’instauration d’une distanciation sociale, qui prend des formes diverses et
repose sur des techniques plus ou moins radicales, dont certaines nous
sont familières depuis le Moyen Âge : port de masques, isolement des
malades identifiés, mise en quarantaine, fermeture des écoles, interdiction
des rassemblement culturels, sportifs ou religieux, confinement total de la
population, interdiction absolue de sortir de son lieu de vie… Autant de
gestes ou de mesures qui peuvent se combiner, et dont l’objectif est de
nous éviter de subir cette proximité géographique mortifère.
La crise conduit à une inversion des perceptions de la proximité. C’est
la recherche de proximité géographique qui explique la constitution des
villes et des agglomérations urbaines, associée à la recherche du contact et
des interactions de la vie en société, qui relèvent d’un autre type de
proximité, organisée celle-là (Bourdeau-Lepage, Torre, 2020). Mais en
temps de pandémie la causalité habituelle se trouve renversée, car le risque
de diffusion se révèle bien plus important au cœur des villes ou des cités.
La proximité géographique, jusqu’alors recherchée pour ses bénéfices,
devient une source d’inconvénient majeur, au risque de la maladie et de la
mort. On préfère, dans la mesure du possible, se déplacer dans des espaces
ruraux ou périphériques, moins densément peuplés, qui subissent de
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manière plus légère les inconvénients des proximités géographiques en
raison de leur concentration plus faible.
Du coup, apparaît un intérêt renouvelé pour les territoires ruraux, et
l’on évoque un possible « exode urbain », motivé par la volonté de se
retrouver dans un espace plus « sain » que la ville, et qui verrait les citadins
se diriger vers les campagnes, ou du moins vers les petites villes pas trop
éloignées des grandes agglomérations si possible. C’est aussi le grand
retour de l’agriculture. Au-delà du succès des circuits courts ou de
l’alimentation de proximité, qui ont connu un essor majeur au cours des
dernières années, il s’agit de nourrir la population française et d’éviter les
famines et restrictions alimentaires, afin de reconquérir ainsi notre
souveraineté alimentaire. Une grande partie des produits consommés par
les ménages français ont suivi des chaînes de valeurs internationales qui
sillonnent de nombreux pays. Il est essentiel, au vu des risques de coupure
des transports, de préserver la souveraineté alimentaire de la nation, en re-
territorialisant une partie des productions agricoles (Rastoin, Meynard,
2020). Sans exclure un commerce avec les autres pays, en particulier
européens, il devient important de construire et de favoriser les systèmes
agricoles, circuits courts, usines de transformation et de conditionnement
ou les chaines logistiques pour nourrir la population.
2. PROXIMITÉ ET DISTANCIATION SOCIALE
On a beaucoup entendu parler de « distanciation sociale », que l’on a
parfois opposée à la distance physique, qui reflèterait davantage la
dangerosité des relations et des échanges en temps de pandémie.
Privilégier le terme de distance physique est une simplification qui fait
oublier que derrière les interactions physiques ou les échanges techniques
se cachent les relations humaines. Il est vrai que distance ou distanciation
sociale, le terme est ambigu et pourrait passer pour un oxymore
(Mielczareck, 2020). Pourtant, cette ambivalence est fondamentale. Elle a
le mérite d’illustrer les relations entre les animaux sociaux que sont les êtres
humains et s’avère à la réflexion bien plus riche que la bête distance
physique ou géographique (Torre, 2020).
C’est en 1918, lors de la pandémie de grippe espagnole, que le médecin
Max Starkloff a défini puis mis en œuvre le principe de «social distancing»,
que nous traduisons maintenant par distance ou distanciation sociale.
Cette méthode, qui ne fait que reprendre et systématiser des pratiques
beaucoup plus anciennes, interdisant notamment les rassemblements de
plus de vingt personnes, a été appliquée à diverses reprises dans des cas
d’épidémies. Des études menées dans la ville de Sydney estiment qu’elles
ont permis de sauver entre 100 000 et 260 000 vies à cette occasion, si bien
que l’on en déduit qu’elles jouent un rôle majeur dans la réduction de
l’impact de l’épidémie en termes de santé publique (Caley et al., 2007).
D’autres travaux suggèrent qu’une distanciation sociale, aussi sévère
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qu’elle soit, n’est efficace que face à des épidémies pas trop virulentes
(Reluga, 2010), et que rien ne remplace l’efficacité de la vaccination dès
que le facteur de propagation devient trop important.
Distance ou distanciation sociale, l’expression jette le trouble, au point
que le Premier Ministre français Édouard Philippe avait parlé de
distanciation spatiale dans sa première allocution le 14 mars 2020 à ce sujet
et que le Ministère de la santé évoque parfois la distanciation physique,
une confusion qui a le mérite de mettre en évidence toute l’ambivalence
des termes. En effet, l’éloignement des êtres humains ainsi prescrit prend
à la fois une forme spatiale avec la séparation et la distance préconisée par
rapport aux autres, mais aussi une forme sociale puisqu’il empêche les
interactions et nous isole de nos proches. La notion de distanciation
sociale s’avère ainsi judicieuse, puis qu’elle reflète à la fois la nécessité
d’éloignement physique (la distance), et le besoin de contact humain
entravé par les différents types de mesures barrières (Torre, 2020).
Maintenant que l’on sait que l’épidémie sera longue, il est nécessaire de
prendre ses précautions et de garder les distances quand c’est possible. Nul
ne peut dire exactement à quel point l’éloignement physique dans les lieux
publics sera un succès, si le port du masque obligatoire en intérieur ou en
extérieur se révèlera efficace, ou combien de reconfinements partiels ou
complets seront mis en œuvre. Mais l’impact de la pandémie se manifeste
jusque dans les aménagements publics permettant de favoriser la
distanciation sociale, comme le montre l’essor de l’urbanisme stratégique
ou tactique, qui impacte déjà de nombreuses agglomérations urbaines. Le
Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la
mobilité et l’aménagement) a ainsi élaboré un document qui répertorie
différentes manières de réaménager l’espace public (Cerema, 2020). On
peut, pour restreindre les contacts, réduire l’étendue des voies automobiles
ou les réaffecter partiellement à des pistes cyclables, changer les sens de
circulation, mais également installer des plots ou des balises permettant
d’isoler et de séparer des files de piétons, en utilisant du matériel de
chantier par exemple. Un nouvel aménagement de l’espace se dessine,
dans un monde post Covid dont certaines caractéristiques pourraient
devenir pérennes.
3. DES PROXIMITÉS QUI INQUIÈTENT ET FRACTURENT
Les proximités inquiètent et s’immiscent dans notre quotidien
bouleversé, en particulier par leur relation renouvelée aux échanges
numériques et leur tendance à amplifier les inégalités. On évoque ainsi
souvent les applications de type « proximity tracing » ou « contact tracing », qui
doivent permettre de repérer les sujets dépistés positifs et les signaler aux
personnes se trouvant dans leur proximité géographique immédiate, grâce
aux vertus du Bluetooth par exemple. Le développement de ces
techniques, fondées ou non sur le volontariat des personnes infectées,
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pose évidemment des questions juridiques et de libertés individuelles
massives (Casilli et al., 2020), ainsi que des problématiques d’intelligence
artificielle, de big data ou de machine learning (Sportisse, 2020).
Un auteur comme Fraser et son équipe ont ainsi simulé l’utilisation de
« proximity tracing » dans le cadre d’une ville fictive d’un million d’habitants
(Feretti et al., 2020) et estimé que l’utilisation de cette application, fondée
sur la proximité géographique, pourrait entraîner une réduction massive
de la propagation du coronavirus. Les applications récentes à Singapour
montrent toutefois que la composante sociale joue un rôle essentiel non
anticipé par ces derniers, avec le refus de très nombreuses personnes de
télécharger l’application, qui ne devient efficace que si plus de 60 % de la
population en fait usage (Devillard, 2020) et l’obligation qui en a ensuite
été faite à la population, largement contre sa volonté.
La proximité devient également un impitoyable révélateur des inégalités
et fractures sociales et spatiales. La taille de l’habitation, le nombre de
pièces et le nombre de personnes qui les occupent, la disposition d’un
jardin ou d’une terrasse, renvoient à une possibilité de distanciation sociale
et de vie en commun plus ou moins importantes en fonction des revenus.
Il s’avère bien plus dangereux d’imposer le confinement à l’intérieur
d’habitations de petite taille pour des familles très nombreuses, qui seront
sans doute plus en sécurité et plus en possibilité de s’écarter si elles se
trouvent dehors, en particulier en cas de port de masques. Au-delà du
risque épidémiologique encouru, l’exiguïté du logement pour une grande
famille ou un foyer collectif rend le confinement difficile et les relations
sociales complexes, voire heurtées (Bourdeau-Lepage, 2020).
Les proximités sont alors exacerbées et l’espace dont chaque personne
dispose se réduit de manière drastique. L’accroissement des violences
domestiques et conjugales devient le prix à payer en cas d’interdiction de
sortie, et touche de manière logique les quartiers plus défavorisés, dans
lesquels le nombre de personnes est bien plus élevé au mètre carré. La
peine est ainsi double, à l’image du caractère contrasté de la distanciation
sociale : à l’infection physique vient s’ajouter la misère sociale. Le message
du confinement a alors du mal à passer, en particulier quand il s’agit
d’économies émergentes, dans lesquelles une bonne partie de la
population vit d’activités informelles, qui nécessitent des contacts
quotidiens, et ne dispose pas d’une épargne ou de revenus suffisants pour
pouvoir cesser toute activité pendant une période même assez courte
(Birane-Faye, 2020). Sans oublier les habitants des bidonvilles ou des
favelas, où le confinement forcé devient celui de tous les dangers, sociaux
et économiques.
De la même manière la proximité géographique mortifère s’est imposée
aux employés et aux ouvriers des grandes villes, dans les pays développés.
Continuant à exercer en première ligne leur activité de soignants, de
caissiers, d’éboueurs… contraints à la promiscuité dans les transports en
communs raréfiés, les « premiers de corvée » sont exposés au risque de la
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maladie, alors même qu’en de nombreux endroits ils ne disposent souvent
pas des outils les plus simples de la distanciation sociale. On le constate
avec les chiffres des décès et des personnes atteintes en Région parisienne,
qui s’avèrent bien plus importants dans les territoires de l’Est – populaires,
avec une forte concentration de population – , que dans ceux de l’Ouest –
ou les activités peuvent se perpétuer ou s’arrêter à l’intérieur des
habitations, quand les habitants ne sont pas partis dans des lieux de
villégiature plus accueillants.
Dans le même temps, la grande masse des autres, les classes moyennes,
expérimente maintenant un changement des conditions de travail qui a
renversé l’ordre des proximités, et donne un rôle bien plus important aux
proximités organisées vécues à distance. Le télétravail se développe
fortement, sur la base de l’utilisation des technologies de l’information et
de la communication (TIC), en parallèle avec d’autres modes d’interaction
à distance comme la télémédecine ou même une bonne part de
l’enseignement. Les modes de fonctionnement antérieurs ne seront pas
réactivés, et vont provoquer le plus souvent une hybridation des échanges
à distance et de nouvelles formes de co-présence plus rares et choisies.
4. PROXIMITÉS ET PROXÉMIQUE
La proxémique, développée par l’anthropologue culturel Edward Hall
(1966) et par Moles et Rohmer (1978), nous permet de comprendre les
souffrances provoquées par l’absence de contact physique et social qui en
découle et d’appréhender la notion de distanciation sociale et de zone de
confort autour de l’individu. Chaque personne possède autour d’elle une
surface, sorte de bulle qui constitue une zone émotionnellement forte ou
encore un périmètre de sécurité individuel. Sa dimension varie selon les
cultures, mais recoupe quatre zones d’ampleur croissante. La distance
intime, qui s’accompagne d’une grande implication physique et d’un
échange sensoriel élevé, est utilisée pour embrasser, toucher, c’est celle de
l’amour. La distance personnelle correspond aux conversations
particulières et aux interactions entre amis ou membres d’une même
famille. La distance sociale, qui concerne les interactions avec amis et
collègues, s’applique particulièrement bien dans le cadre du travail. Enfin,
la distance publique s’impose quand on parle à des groupes. Il résulte, de
ces différentes distances, l’existence de territoires de l’individu, qui se
définissent en fonction du type d’interactions et des relations qu’il pratique
et correspondent au territoire de l’animal social qu’est l’être humain. On
la constate également dans les sociétés animales, et certaines espèces vont
jusqu’à pratiquer la « timidité » des arbres, qui implique un écart entre leurs
cimes (Fish et al. 2006).
Cette zone de contact se voit évidemment très fortement influencée à
la fois par les gestes techniques et la peur du contact provoqués par
l’incontestable dimension spatiale de la diffusion de la pandémie. Ainsi, le
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travail en co-présence, le coworking, tel qu’on aime le pratiquer dans les open
spaces, devient dangereux et inquiétant, alors même que les interactions de
face à face, recommandées pour la co-création des connaissances, des
idées ou la diffusion des innovations (Feldman, 1994), sont coupées ou
rendues impossibles. Une grande partie des avantages de la co-localisation
des innovateurs ou des ingénieurs se voit ainsi réduite à néant et l’on doit
repenser les aménagements intérieurs des lieux de travail (Zhang et al.,
2020). Il en va de même évidemment de tous les laboratoires d’invention
comme les living labs ou les fab labs, qui reposent sur le regroupement de
personnes en un même lieu, l’échange de face à face, la manipulation
commune d’objets techniques et les interventions conjointes sur un même
processus… Ou encore des tiers lieux (Oldenburg, 1991), qui mélangent
techniciens et utilisateurs profanes dans l’élaboration de projets partagés.
Toutes les vertus bien connues et souvent célébrées du face à face sont
jetées à bas en raison de la nécessité de maintenir une distanciation sociale,
qui interdit justement les pratiques sociales et leurs effets positifs.
Les approches de la proximité nous ont appris depuis longtemps que
la mise à distance des personnes n’a pas uniquement des effets
géographiques ou spatiaux, mais qu’elle conduit à une perte des échanges
et des repères. Une partie importante des interactions entre êtres humains
passe en effet par les attitudes, les expressions faciales, les phéromones, le
contact humain, les embrassades, le serrement des mains, la convivialité
autour d’un verre ou d’un repas, et ne peut se reproduire
qu’imparfaitement à distance. Cet échange à distance et ses limites sont
bien connus des sociologues (Urry, 2002). C’est sur cette constatation que
repose l’existence des systèmes localisés de production, et les politiques de
création de clusters ou de technopoles, qui cherchent à favoriser l’échange
entre les scientifiques ou les techniciens sur la base de rencontres
régulières et répétées. Toutes les politiques locales d’agglomération des
activités industrielles ou des innovations sont fondées sur cette hypothèse,
de l’approche des districts industriels à la vogue contemporaine des clusters
à la Porter (1998).
Mais dans ce type de situations, la proximité géographique n’est pas la
seule variable importante ; la proximité organisée est également essentielle.
Je peux être localisé dans la plus belle technopole du monde, si je ne
partage pas de ressources cognitives, affectives, culturelles et
organisationnelles avec mes voisins, il ne me servira à rien d’être à une
faible distance physique d’eux (Grossetti, Bes, 2001). C’est de la
combinaison de ces deux variables – proximité géographique et proximité
organisée – que naissent les interactions positives, qu’elles soient
économiques ou sociales (Torre, 2009). Leur secret, pour reprendre la
célèbre boutade d’Alfred Marshall, n’est pas dans l’air mais bien dans le
lien social. Et c’est de là que provient également l’existence des
agglomérations urbaines et en particulier des cités. C’est la recherche de
proximité géographique qui explique la constitution des villes et des
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métropoles, associée à la recherche du contact, des interactions de la vie
en société, qui relèvent de la proximité organisée (Bourdeau-Lepage,
Torre, 2020). De leur combinaison naissent les économies
d’agglomération, qui sont des externalités positives dont bénéficie tout
habitant et auxquelles il aspire en se localisant dans des zones densément
peuplées, même en courant le risque de certaines proximités
géographiques non désirées.
5. COMMENT S’ORGANISER : DÉVELOPPER LES
PROXIMITÉS ORGANISÉES A DISTANCE
En réponse à la crise, les relations à distance se substituent aux
interactions de face à face (Torre, Talbot, 2018). Tout aussi imprégnées de
dimensions sociales que ces dernières, elles actent en revanche la
séparation des corps et des personnes par le développement d’Internet et
des réseaux sociaux et marquent sans doute un tournant important dans
la manière de travailler d’une bonne part de la population mondiale, dans
les classes moyennes et supérieures en particulier. Grâce au
développement des échanges sur Internet, de Zoom ou des réseaux
sociaux, ces interactions permettent d’échanger des connaissances et de
travailler à distance, en s’abolissant largement des contraintes de proximité
géographique, et donc de distance, et de développer des relations virtuelles
sans cesse plus intenses et soutenues.
Cette séparation ne se limite pas au cadre du travail. Elle affecte
l’ensemble des activités sociales, s’étendant ainsi par capillarité aux
différentes strates de la société, qui s’habituent à une communication plus
distanciée. Aujourd’hui, elle se développe toujours davantage, modifiant
notre vision de la société et notre vie au quotidien. C’est la proximité
organisée, d’essence relationnelle et non géographique, qui est avant tout
sollicitée. Elle a toujours existé entre les personnes, décrivant la relation
avec les gens que l’on aime, les amis, la famille avec qui l’on se sent proche
parce que l’on partage les mêmes origines, la même culture, les mêmes
manières de voir le monde. Le retour d’une situation plus normale
marquera-t-il le retour aux pratiques antérieures ? Sans doute pas. Une
bonne partie de ces échanges et des relations de travail dans la sphère des
services intellectuels et des prestations va maintenant continuer à se
dérouler à distance, l’interaction virtuelle devenant la règle, alors que les
proximités géographiques, toujours essentielles, vont devenir plus rares et
temporaires, réservées à des moments d’interaction intenses et essentiels,
comme l’élaboration de protocoles communs, les premières étapes de
connaissance ou la résolution des conflits.
Face à la crise et aux restrictions de contacts qui s’étendent, il devient
essentiel de s’organiser et de développer les proximités du même nom,
même (et surtout) à distance. Un bon nombre de coopérations et de
constructions en commun passeront par ce vecteur, comme c’est déjà le
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cas. Mais il est encore plus important d’élaborer des coalitions, de
construire des oppositions ou des groupes de pression à distance afin de
mettre en place les conditions de relations de coordination reposant sur
des formes démocratiques de débat et de dialogue. La restriction des
contacts physiques ne doit pas conduire à une extinction des oppositions
et de la prise de parole. L’exemple des groupes de défenseurs à distance
de paysages remarquables ou du non-usage de l’Arctique peut se révéler
inspirant à cet égard, au vu de leur composition faite de membres
provenant de différents milieux et de territoires parfois très éloignés du
lieu concerné et totalement disjoints. La mobilisation des proximités
organisées, de tous types, s’avère ainsi un contrepoids essentiel pour
combattre les effets délétères des proximités géographiques.
CONCLUSION : FAIRE SOCIÉTÉ A DISTANCE ?
Quelle histoire ! Alors que la proximité géographique était censée
devenir contingente, secondaire, et signer ainsi la mort de la distance
(Cairncross, 1997), la voilà qui fait une réapparition remarquée, et pose de
redoutables questions. Elle se révèle même tellement dangereuse qu’on
doit tenter d’éviter ou de réduire au maximum les contacts humains. Mais
une telle situation est-elle durable ? Pouvons-nous abdiquer notre
proximité géographique et nous tenir soigneusement à distance, à
l’exception des activités les plus urgentes ? Le supporterons-nous d’un
point de vue psychique et physiologique ? Le développement des
syndromes et des maladies psychologiques en temps de confinement ne
laisse pas d’inquiéter mais est-il à relier à cette absence de lien social ?
De quoi allons-nous être privés ? Est-il possible d’échanger
uniquement par l’intermédiaire des réseaux sociaux ? La société peut-elle
se diviser entre ceux qui sortent travailler au péril de leur vie et ceux qui
restent enfermés en télétravaillant depuis leur domicile ? Et surtout,
faisons-nous encore société en étant proches à distance, au bout des
réseaux sociaux, des terminaux, des masques ou des gestes barrières ?
Certainement pas : le tenter nous ferait encourir de graves risques
psychologiques, et mettrait également à mal nos relations sociales. Il est
tout à fait possible de s’appuyer sur les ressources de la proximité
organisée pour fonctionner à distance et survivre en temps de pandémie,
même pendant un temps long mais nous sommes des animaux sociaux,
qui ont aussi besoin de sentir, de toucher et d’embrasser.
Par ailleurs, il est clair que le retour à l’alimentation et aux
préoccupations agricoles implique un accroissement des relations de
proximité géographique dans la production, au détriment des chaînes de
valeur globalisées. Mais les achats en ligne ou la disposition des produits
alimentaires dans des drive spécialisés vont maintenir et développer
l’importance des relations à distance. Une fois de plus, les deux proximités
s’avèrent indissociablement unies pour contribuer à la réussite de nos
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145
relations sociales, au développement de notre économie et au maintien de
notre souveraineté, ainsi qu’à l’art de faire société.
Rappe
l
: les proximités, de quoi parle-t-on ?
On distingue deux grandes catégories de proximités, géographique
et organisée.
La proximité géographique traduit la distance kilométrique entre
deux entités (individus, organisations, villes...), pondérée par le coût
temporel et monétaire de son franchissement. Elle est de type binaire :
il existe d’infinies graduations (plus ou moins loin ou plus ou moins près
d’une personne, d’un lieu ou d’une institution) mais l’examen de la
proximité géographique a in fine pour objet de savoir si on est « loin de »
ou « près de ». Elle est ensuite doublement relative. Primo, la distance
géographique, qui fonde le partage entre proximité et éloignement, est
relative aux moyens de transport et à la topologie des lieux. On pondère
la distance kilométrique par le temps et/ou le coût de transport.
Secundo, la proximité n’est pas qu’une donnée objective. Elle procède
en dernier ressort d’un jugement porté par les individus ou les groupes
sur la nature de la distance géographique qui les sépare, pour les réduire
à l’énoncé selon lequel on se trouve près ou loin de. Cette perception
est variable selon l’âge, le groupe social, le sexe, la profession.
La proximité géographique peut être permanente : il s’agit de la
localisation à proximité. Elle est temporaire dans le cas de rencontres
ponctuelles entre acteurs, par exemple le temps d’une foire, d’un
congrès, ou d’un déplacement professionnel. L’espace compte toujours,
dans ce cas, mais d’une manière renouvelée, qui est celle de la rencontre.
La proximité géographique temporaire correspond ainsi à la possibilité
de satisfaire le besoin de contacts de face à face grâce au déplacement
des acteurs entre différentes localisations. La durée de ces moments de
proximité géographique peut varier mais ils sont toujours limités dans
le temps.
La proximité organisée n’est pas d’essence géographique mais
relationnelle, et correspond à la capacité qu’offre une organisation de
faire interagir ses membres. L’organisation facilite les interactions en
son sein, en tous cas les rend a priori plus faciles qu’avec des unités
situées à l’extérieur de l’organisation. Ces relations permettent
d’échanger des connaissances et de travailler à distance, en s’abolissant
largement des contraintes de proximité géographique, et donc de
distance, en particulier grâce au développement des technologies
d’information et de la communication comme internet, ou les réseaux
sociaux. Deux raisons majeures expliquent cette possibilité
d’interaction.
D’une part, l’appartenance à une organisation se traduit par
l’existence d’interactions entre ses membres, au sein du même
g
ra
p
he
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de relations, ou encore du même réseau. C’est ce que l’on nomme la
logique d’appartenance : deux membres d’une organisation sont
proches l’un de l’autre parce qu’ils interagissent et que leurs interactions
sont facilitées par les règles ou routines de comportement (explicites ou
tacites) qu’ils suivent. Il va s’agir de personnes appartenant à la même
entreprise, à un réseau professionnel, ou encore au même club de tennis
par exemple.
D’autre part, les membres d’une organisation peuvent partager un
même système de représentations, ou ensemble de croyances, et les
mêmes savoirs. C’est ce que l’on appelle la logique de similitude. Deux
individus sont dits proches parce qu’ils « se ressemblent », i.e. partagent
un même système de représentations, ce qui facilite leur capacité à
interagir. Elle correspond à l’adhésion mentale à des catégories
communes, à une faible distance cognitive ; il peut s’agir de personnes
qui se reconnaissent dans des projets partagés, ou qui partagent des
valeurs communes en termes de culture, de religion... qui proviennent
de la même origine (diasporas) ou appartiennent au même groupe
d’anciens élèves d’une
g
rande École…
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ANNEXE
Une possible annexe pour tenir compte de la remarque de l’un des
rapporteurs et qui permettrait de différencier l’article de la note de
l’EHESS
Tableau 1. Classement des 25 départements français les plus
touchés (nombre de morts cumulés dus au coronavirus) –
7 derniers jours
Source :
https://www.coronavirus-statistiques.com/stats-globale/coronavirus-nombre-de-
morts-par-departement/
Département Décès
> 11/08 Décès
> 12/08 Décès
> 13/08 Décès
> 14/08 Décès
> 15/08 Décès
> 16/08 Décès
> 17/08
75 Paris 1 790 1 792 1 793 1 793 1 793 1 793 1794
94 Va
l
-de-
Marne 1 216 1 217 1 217 1 217 1 217 1 217 1 218
92 Hauts-de-
Seine 1 096 1 096 1 096 1 098 1 099 1 099 1 100
93 Seine-Saint-
Denis 1 013 1 014 1 015 1 015 1 015 1 015 1 015
57 Moselle 847 848 851 851 851 851 851
68 Haut-Rhin 825 826 826 826 827 827 827
95 Va
l
-d'Oise 721 722 722 723 723 723 724
77 Seine-et-
Marne 707 708 708 708 708 708 710
59 Nord 670 670 671 672 672 672 673
67 Bas-Rhin 672 672 672 672 672 672 672
69 Rhône 664 665 665 665 666 666 667
13 Bouches-du-
Rhône 570 569 569 571 570 570 571
91 Essonne 539 539 539 539 539 539 539
78
Y
velines 529 532 534 534 534 534 536
60 Oise 419 419 419 419 419 419 419
54 Meurthe-et-
Moselle 362 362 362 364 364 364 364
62 Pas-de-
Calais 322 322 322 322 322 322 322
02
isne 281 281 282 283 284 284 284
51 Marne 269 269 269 269 269 269 269
88 Vosges 266 266 266 266 266 266 266
21 Côte-d'Or 251 251 251 251 251 251 251
42 Loire 248 248 248 248 248 248 248
80 Somme 233 233 233 233 233 233 233
71 Saône-et-
Loire 201 201 201 201 201 201 201
90
T
erritoire de
Belfort 200 200 200 200 200 200 200
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Article
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Instantaneous contact tracing New analyses indicate that severe acute respiratory syndrome–coronavirus 2 (SARS-CoV-2) is more infectious and less virulent than the earlier SARS-CoV-1, which emerged in China in 2002. Unfortunately, the current virus has greater epidemic potential because it is difficult to trace mild or presymptomatic infections. As no treatment is currently available, the only tools that we can currently deploy to stop the epidemic are contact tracing, social distancing, and quarantine, all of which are slow to implement. However imperfect the data, the current global emergency requires more timely interventions. Ferretti et al. explored the feasibility of protecting the population (that is, achieving transmission below the basic reproduction number) using isolation coupled with classical contact tracing by questionnaires versus algorithmic instantaneous contact tracing assisted by a mobile phone application. For prevention, the crucial information is understanding the relative contributions of different routes of transmission. A phone app could show how finite resources must be divided between different intervention strategies for the most effective control. Science , this issue p. eabb6936
Article
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After 25 years of research, we ask the question of the sustainability of the proximity approach, and of its recognition and its renewal capacity in the world of regional sciences, considering its impact on various disciplines of social sciences. This article aims to make an overview over 25 years of analyses, to shed light on the reasons of the success of the research program, and to make an assessment of its outputs but also its failures. We come back to the scientific pathway, its avenues and main bifurcations. We start with the main theoretical, societal and academic stakes at the birth of the Proximity School (I), before presenting the main analytical results, with their limits and their surprises (II). Then we assess about the final gains in academic and societal terms (III), to approach finally the dead angles of the research program and the work still remaining (IV). We conclude by some questioning on the future of the proximity analysis and its capacity to be renewed in an environment subjected to profound transformation, be there in the real world or in the world of ideas. Après 25 années de recherche, la question se pose de la pérennité de l'approche de la proximité, mais aussi de sa banalisation et de sa capacité à se renouveler dans le monde des sciences régionales, compte tenu de son impact dans différentes disciplines des sciences sociales. Cet article a pour objet de faire un retour sur ces 25 années d'analyses, afin d'éclairer les raisons de la réussite de ce programme de recherche, de faire le bilan de ses acquis mais aussi de ses échecs et de revenir sur le chemin parcouru, ses avenues et ses bifurcations. Nous commençons par expliciter les enjeux théoriques, sociétaux et académiques à la base de la naissance de l'École de la Proximité (I), avant de présenter les principaux résultats d'ordre analytique, avec leurs limites et leurs surprises (II), puis les acquis en termes académiques et sociétaux (III), pour aborder enfin les angles morts du programme de recherche et le travail restant encore à réaliser (IV). Nous concluons par quelques interrogations sur l'avenir de ce courant de pensée et sa capacité à se renouveler dans un environnement soumis à de profondes mutations dans le monde réel comme dans le monde des idées.
Article
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Résumé L'objectif de cet article est d'apporter un éclairage renouvelé sur les notions de proximité, et tout particulièrement sur la Proximité Géographique, dont la caractérisation des dimensions temporaires permet une analyse dynamique des relations de proximité. La première partie est consacrée à un approfondissement de la notion de Proximité Géographique et de ses modalités d'activation, ainsi que de l'impact du développement des moyens de communication et des Nouvelles Technologies d'Infor-mation et de la Communication sur les processus de mobilité et d'ubiquité des acteurs. La deuxième partie consiste en une tentative de dynamisation des relations de Proximité, reposant plus particulière-ment sur la prise en compte des relations de Proximité Géographique Temporaire. © 2009 Lavoisier, Paris. Tous droits réservés.
Article
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Social distancing practices are changes in behavior that prevent disease transmission by reducing contact rates between susceptible individuals and infected individuals who may transmit the disease. Social distancing practices can reduce the severity of an epidemic, but the benefits of social distancing depend on the extent to which it is used by individuals. Individuals are sometimes reluctant to pay the costs inherent in social distancing, and this can limit its effectiveness as a control measure. This paper formulates a differential-game to identify how individuals would best use social distancing and related self-protective behaviors during an epidemic. The epidemic is described by a simple, well-mixed ordinary differential equation model. We use the differential game to study potential value of social distancing as a mitigation measure by calculating the equilibrium behaviors under a variety of cost-functions. Numerical methods are used to calculate the total costs of an epidemic under equilibrium behaviors as a function of the time to mass vaccination, following epidemic identification. The key parameters in the analysis are the basic reproduction number and the baseline efficiency of social distancing. The results show that social distancing is most beneficial to individuals for basic reproduction numbers around 2. In the absence of vaccination or other intervention measures, optimal social distancing never recovers more than 30% of the cost of infection. We also show how the window of opportunity for vaccine development lengthens as the efficiency of social distancing and detection improve.
Article
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L'étude de 130 cas de collaborations entre des laboratoires du CNRS et des entreprises permet d'analyser l'encastrement des échanges entre organisations dans les réseaux de relations individuelles. Elle montre que si les collaborations sont effectivement souvent initiées par des réseaux de relations individuelles, il existe plusieurs mécanismes, appelés dans ce texte processus de découplage, permettant aux organisations de s'affranchir de cet encastrement initial, à tel point que les collaborations ne gardent que peu de traces de leurs conditions de création dans leur contenu et leur déroulement. Par contre, le choix des partenaires et leur localisation sont tributaires de ce moment de genèse des échanges, ce qui explique le phénomène bien connu des effets de proximité spatiale.
Article
Objective: To investigate and analysis the epidemiological characteristics of a cluster epidemic of COIVD-19 in a collective workplace in Tianjin, evduate the prevention and control measures based on limited evidence and experience in early period of COVID-19 epidemic. Methods: Descriptive research method was used to describe the distribution and other epidemiological characteristics of the cluster cases of COVID-19. Results: Since the onset of the first index case on January 15, ten confirmed COVID-19 cases had occurred in the workplace, and the epidemic had spread from the workplace to 4 families, infecting 7 family members. The median age of 17 cases was 55 (19-79) years. All the 10 employee cases were males, and in 7 family cases, 3 were males and 4 were females. Of the employee cases, 8 worked in CW workshop and 2 worked in administrative office building. The median exposure-onset interval of all the cases was 4 (0-12) days, and the median exposure-onset interval was 4.5 days in the employee cases and 4 days in the family cases. The median onset-medical care seeking interval was 4 days in the non-isolated cases, 2.5 days in the cases with home isolation after onset, and 0.5 day in the cases with home isolation before onset. Conclusion: The clustering of COVID-19 cases was observed in this workplace in Tianjin, which affected 4 families. In the early stage of the epidemic, accurate and rapid blocking and control measures can completely prevent the large-scale spread of COVID-19.
Article
Provides a geographic dimension to the study of innovation and product commercialization. Product innovation is shown to cluster spatially in regions that provide concentrations of the knowledge needed for the commercialization process. That is, the presence of universities, related industries and specialized business services can create a technological infrastructure that promotes information transfers, thus lowering the risk and costs of undertaking innovative activity. Using U.S. Small Business Administration Innovation Citation data, the study introduces a direct measure of innovation output to explore the location of innovative activity. Prior empirical studies are also examined. The tendency to cluster geographically is found to be more pronounced when individual industries are examined. Certain states also have a comparative advantage for innovation in specific industries. Policy implications for private firms and state economic development efforts are considered. (TNM)
Article
In this article I discuss just why travel takes place. Why does travel occur, especially with the development of new communications technologies? I unpack how corporeal proximity in diverse modes appears to make travel necessary and desirable. I examine how aspects of conversational practice and of `meetings' make travel obligatory for sustaining `physical proximity'. I go on to consider the roles that travel plays in social networks, using Putnam's recent analysis of social capital. The implications of different kinds of travel for the distribution of such social capital are spelled out. I examine what kinds of corporeal travel are necessary and appropriate for a rich and densely networked social life across various social groups. And in the light of these analyses of proximity and social capital, virtual travel will not in a simple sense substitute for corporeal travel, since intermittent co-presence appears obligatory for many forms of social life. However, virtual travel does seem to produce a strange and uncanny life on the screen that is near and far, present and absent, and it may be that this will change the very nature of what is experienced as `co-presence'. I conclude by showing how issues of social inclusion and exclusion cannot be examined without identifying the complex, overlapping and contradictory mobilities necessarily involved in the patterning of an embodied social life.
Article
Crown shyness is the empty space between crowns in fully stocked stands that is not related to tree-fall gaps. The objectives of this study were to determine the stand and site factors that control crown shyness in lodgepole pine (Pinus contorta Dougl. ex Loud.) stands and to evaluate whether stands experiencing crown shyness compensate for leaf area losses by maintaining longer crowns. We measured canopy closure (i.e., the inverse of crown shyness), crown radius and length, and green litterfall in stands of various height, relative density, and site index. Canopy closure decreased with stand height and increased with site index and relative density. Green litterfall increased with height and relative density. Crown radius and crown length reached a plateau by 8-10 m height, despite increased spacing between tree boles with increasing stand height. Crown radius increased with height and site index but declined with relative density and slenderness coefficient. Crown length also increased with height and site index but declined with slenderness coefficient. Despite the fact that, in tall stands, where >50% of the sky was not covered by crowns, there was not an accompanying increase in crown length to take advantage of the apparent increase in light transmission to the lower crown.