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[Traduction] L'impact de l'immigration sur la représentativité démographique des groupes ethniques locaux : l'étude de cas de l’ethnie canadienne-française au Québec

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Traduction de l’article « The impact of immigration on local ethnic groups' demographic representativeness: The case study of ethnic French Canadians in Quebec », publié dans la revue Nations and Nationalism le 16 janvier 2021 (26:4, p.923-942). Ces travaux avaient pour but d'étudier l'impact de l'immigration sur le poids démographique (PD) des groupes ethniques locaux en présentant une étude de cas. Dans cette étude, l’ethnie canadienne-française (ECF), un groupe ethnique qui constitue la majorité de la province de Québec, a été étudiée pour évaluer l'impact de l'immigration sur son PD. Il fut constaté que l’ECF est passé d'un PD de 79 % en 1971 à un PD de 64,5 % en 2014 ; les projections prévoient que l’ECF chutera vers un PD de 45% en 2050. De plus, 45 scénarios de taux d'immigration et d'indices synthétiques de fécondité ont été projetés. Il fut constaté que les seuils migratoires et les indices de fécondité peuvent être classés conjointement en trois catégories liées à leur effet sur la diminution ethnodémographique; l'une de ces catégories permet de suggérer une définition quantitative du concept d'immigration de masse.
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Traduction - L'impact de l'immigration sur la représentativité démographique des
groupes ethniques locaux : l'étude de cas de l’ethnie canadienne-française au
Québec
Charles Gaudreault (2021). Traduction de l’article « The impact of immigration on local ethnic groups' demographic
representativeness: The case study of ethnic French Canadians in Quebec », publié dans la revue Nations and
Nationalism le 16 janvier 2021 (26:4, p.923-942). L’article original est disponible en ligne
(https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/nana.12568).
Contact: Charles.Gaudreault@USherbrooke.ca
Résumé
Ces travaux avaient pour but d'étudier l'impact de l'immigration sur le poids démographique (PD) des
groupes ethniques locaux en présentant une étude de cas. Dans cette étude, l’ethnie canadienne-française
(ECF), un groupe ethnique qui constitue la majorité de la province de Québec, a été étudiée pour évaluer
l'impact de l'immigration sur son PD. Il fut constaté que l’ECF est passé d'un PD de 79 % en 1971 à un PD
de 64,5 % en 2014 ; les projections prévoient que l’ECF chutera vers un PD de 45% en 2050. De plus, 45
scénarios de taux d'immigration et d'indices synthétiques de fécondité ont été projetés. Il fut constaté que
les seuils migratoires et les indices de fécondité peuvent être classés conjointement en trois catégories
liées à leur effet sur la diminution ethnodémographique; l'une de ces catégories permet de suggérer une
définition quantitative du concept d'immigration de masse.
Mots-clés : Immigration, Démographie, Nationalisme québécois, Canadien français, Immigration de masse
Introduction
Selon l'Encyclopédie de la Mondialisation de Wiley-Blackwell, la migration de masse « diffère de la
migration individuelle par le grand nombre de personnes impliquées » [traduction libre]. Trois grandes
périodes de migration de masse peuvent être identifiées : la première période où la migration européenne
vers le Nouveau Monde a suivi la découverte des Amériques par Christophe Colomb, la seconde liée à la
révolution industrielle où s'est produite une nouvelle vague de migration européenne vers les Amériques
et la dernière période de migration de l'ère post-1965, caractérisée par l'immigration des pays moins
industrialisés vers les pays plus industrialisés (Pok 2012).
L'ère actuelle de migrations massives des pays du tiers-monde vers les pays développés est un sujet
intéressant pour les démographes c’est un sujet politiquement brûlant. Peu de démographes se sont
demandé quel serait l'impact à long terme de la période actuelle de migration de masse sur la composition
ethnique des pays d'accueil. L'un d'eux, le professeur David Coleman de l'Université d'Oxford, a publié de
nombreux ouvrages sur le sujet (Coleman et al. 2002, Coleman 2002, Coleman 2003, Coleman 2006a,
Coleman 2006b, Coleman 2007, Coleman 2008, Coleman 2009, Coleman 2010). Ses recherches portent
sur les pays d'Europe de l’Ouest et mettent un accent particulier sur le Royaume-Uni. Coleman a déclaré
que « la plupart des discussions universitaires sur l’immigration se concentrent sur ses effets sur
l'économie, la main-d'œuvre et les ‘relations raciales ». Moins d'attention est accordée aux effets sur la
population totale : sa taille, sa structure et sa composition ethnique ou nationale » [traduction libre]
(Coleman 2003). Dans sa revue de littérature, il souligne le fait que 15 à 30 % de la population des pays
d'Europe de l’Ouest sera représentée par des immigrés de première et de deuxième générations (Coleman
Gaudreault (2021)
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2008) d'ici le milieu du 21e siècle. Ses projections prévoient que la population britannique blanche
tombera à moins de 56 % de la population du Royaume-Uni en 2056 (Coleman 2010). En France, la
démographe Michèle Tribalat a estimé, pour l'année 1999, que 24 % de la population française âgée de 1
à 60 ans étaient des immigrants de première, de deuxième ou de troisième génération (Tribalat 2004).
Selon l'auteure, ce serait le taux le plus élevé d'Europe. En 2015, Tribalat a mis à jour son analyse avec le
recensement français de 2011 où la définition française du terme « origine étrangère » a changé, ce qui a
donné des résultats plus faciles à comparer avec d'autres pays européens. Elle a estimé pour l'année 2011
que les immigrants de première et de deuxième générations représentaient 19,2 % de la population totale
de la France tandis que les première, deuxième et troisième générations représentaient 30 % du total.
L'auteure a également souligné que la définition de « l'origine étrangère » a un impact important sur les
résultats ; par exemple, la population d'origine étrangère de la Norvège en 2011 serait de 12,2 % selon la
définition du Danemark alors qu'elle serait de 17,2 % selon la définition des Pays-Bas. En utilisant les
instituts nationaux de statistiques, Tribalat a calculé la part des immigrés de première et deuxième
générations de la population de la Suède, de la France, de l'Autriche, des Pays-Bas, de la Norvège, du
Danemark, de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne, de l'Angleterre et de la Belgique en 2011, et a obtenu,
respectivement, 26,0%, 19,2 %, 18,7 %, 21,1 %, 17,2 %, 10,1 %, 18,5, 19,5 %, 20,2 % et 24,2 % pour ces
pays (Tribalat 2015). Une autre étude a conclu que les personnes ayant migré en Europe après 2004 et
leurs descendants représenteront plus de la moitié de la population en âge de procréer d'ici 2054 dans
certains pays européens (Ediev et al. 2014). Aux États-Unis, le Pew Research Center a compilé les données
du recensement décennal américain de 1960, 1985, 2001 et 2017 et a conclu que pour la génération des
baby-boomers, lorsque ceux-ci étaient âgés de 21 à 36 ans, les Blancs formaient 75 % de la population.
Dans le cas de la génération des millénariaux, par rapport au même âge, 56% étaient Blancs, ce qui met
en évidence le fait que la migration de masse, principalement en provenance du Mexique, modifie la
composition ethnique de la population américaine (Pew Research Center, 2018). Smith et Edmontson ont
montré que les Blancs non-hispaniques représentaient 83 % de la population américaine en 1970; leurs
projections prévoyaient que ce groupe tomberait à 51 % en 2050 (Smith et Edmontson 1997).
Le Canada, une confédération de provinces créée en 1867, tire ses origines de la colonisation des rives du
fleuve Saint-Laurent par des colons français entre 1608 et 1760. Puis, après la conquête britannique, des
immigrants des îles britanniques s'installèrent dans la colonie. L'immigration au Canada provenait presque
exclusivement d'Europe jusqu'aux années 1960, décennie où les restrictions à l'immigration basées sur le
pays d'origine ont été levées. En 1970, la plupart des immigrants récents n'étaient plus d’origine
européenne; en 1971, le Canada a proclamé le multiculturalisme comme politique d'intégration (Reitz
2012, Statistique Canada 2016). Le Canada étant l'un des pays accueillant le plus d'immigrants par habitant
(Chagnon 2013), il devrait connaître un changement marqué de sa composition ethnique au cours du 21e
siècle. Selon les projections officielles, d'ici 2036, entre 44,2 et 49,7 % des Canadiens seront des immigrants
de première ou de deuxième génération, et entre 82,2 % et 84,6 % de ces immigrés de première ou de
deuxième génération seront d'origine non-européenne (Morency et al. 2017). Si la composition ethnique
du monde développé doit changer de manière importante au cours du siècle actuel, alors, grâce à son
niveau élevé d’immigration, le Canada sera l'un des premiers pays où cela se produira. Ainsi, le Canada
peut être considéré comme un laboratoire vivant pour étudier l'impact de la migration de masse sur la
composition ethnique d'un pays.
Gaudreault (2021)
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Au Canada, les Canadiens français sont une minorité ethnique qui lutte depuis longtemps pour préserver
leur identité culturelle et leur langue. Par exemple, après la rébellion de 1837-1838, la Couronne
britannique a envoyé Lord Durham pour enquêter sur les causes de la rébellion. Une des recommandations
de Durham que l’on retrouve dans son rapport « Report on the Affairs of British North America » (Lambton
1839) était d'assimiler les Canadiens français à la culture britannique en augmentant l'immigration de la
Grande-Bretagne au Canada. Bien que l'immigration britannique au Canada ait été élevée, l'indice
synthétique de fécondité élevé des Canadiens français a empêché leur marginalisation démographique et
leur assimilation subséquente. Les Canadiens français, dont les origines remontent à la colonisation de la
Nouvelle-France (Vézina et al. 2005), ont maintenu un statut d’ethnie majoritaire dans la province de
Québec depuis la conquête britannique. L'étude de l'évolution de la population d’ethnie canadienne-
française (ECF), qui fait face à une faible fécondité en même temps que ses assises québécoises font face
à des taux d'immigration élevés, constitue un cas d'étude intéressant pour l'observation de l'impact de
l’immigration de masse sur le poids démographique (PD) des groupes ethniques locaux. En perspective,
en 2016, il y a eu 84 642 naissances au Québec comparativement à 52 205 immigrants nouvellement
arrivés (Statistique Canada, 2019); ces deux chiffres à eux seuls devraient donner un aperçu d'un avenir
prévisible. À noter que le terme « poids démographique » (PD) tel qu'il est utilisé ici décrit la part d'un
groupe ethnique dans la population totale d'un territoire (dans ce cas, le Québec).
Ce phénomène pourrait avoir de multiples implications sociales dans la province de Québec, l'une d'entre
elles étant le sujet brûlant de la politique linguistique. À mesure que le poids démographique des
immigrants augmente dans la province, on peut se demander ce qu'il adviendra de la langue française au
Québec. Le fait que la population du Québec d'environ 8 millions d’habitants soit francophone à environ
80% et entouré d'environ 350 millions d'anglophones situés dans d'autres provinces canadiennes et aux
États-Unis est important. Ainsi, les immigrants entrant au Québec peuvent fort bien s'assimiler à la langue
anglaise, particulièrement à Montréal, la métropole provinciale. La question linguistique est un thème
central de la politique québécoise depuis que le parlement de la province a adopté des lois concernant
l'usage de la langue française au travail, dans l'éducation et dans les espaces publics (Woolfson 1983,
Hamers et Hummel 1994, Termote 2015, Bilodeau 2016, Kirker 2016, Bourhis et al. 2017). L'usage du
français est fortement influencé par le PD de l'ECF (Maheu 1973), ainsi que l'assimilation des immigrants
à la langue française (Ouellet 2011).
L'objectif principal de cette étude est d'évaluer l'impact de l'immigration sur le poids démographique (PD)
de l’ethnie canadienne-française (ECF). Cet objectif principal comprend évidemment les questions
suivantes. L’ECF converge-t-elle vers un statut minoritaire ? Si oui, pour quand et à quel rythme ? À ce jour,
quelle portion de la population québécoise est représentée par l’ethnie canadienne-française (ECF)? Quel
a été l'impact passé de l'immigration sur la représentativité de l’ECF ? Sur le plan quantitatif, comment
définit-on l'immigration de masse ? Les réponses à ces questions auront de multiples implications sociales,
dont la préservation de la langue française au Québec.
Quant à la part de l’ethnie canadienne-française (ECF) dans la province, aussi absurde que cela puisse
paraître, elle n'a pas été quantifiée depuis cinquante ans. Les données de recensements récents ne
peuvent pas être utilisées pour déterminer le poids démographique (PD) de l'ECF puisque les Canadiens
français peuvent s'identifier comme Québécois, Français, Canadiens ou Canadiens français; d'autres
groupes ethniques peuvent également s’identifier comme Québécois, Français ou Canadiens. De plus, les
individus peuvent sidentifier à plus dune catégorie ethnique (Statistique Canada 2006). Et lapproche
linguistique ne peut pas non plus être utilisée pour déterminer indirectement le poids démographique de
Gaudreault (2021)
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l’ethnie canadienne-française puisque 48% de tous les immigrants ont adopté le français (Castonguay
1997), dont 40% pour les immigrants allophones de première génération (Castonguay 2002) et 61 % pour
les immigrants allophones de deuxième génération (Bélanger et al. 2011). Les données les plus fiables
datent du recensement de 1971 où la réponse à la question sur l'origine ethnique était basée sur des choix
fermes plutôt que sur l'auto-identification tel qu’observé dans les recensements ultérieurs. Parallèlement,
la démographie ethnique était encore courante dans les années 1970. Le démographe Robert Maheu a
évoqué l'avenir des groupes linguistiques au Québec, soulignant le fait que l'héritage de la langue française
était étroitement lié à la proportion de l’ethnie canadienne-française dans la population. Maheu a montré
qu'en 1971, l’ethnie canadienne-française représentait 79,0 % de la population québécoise alors que 80,7
% des Québécois parlaient français (Maheu 1973). Cependant, peu de temps après, les démographes se
sont tournés vers la démographie linguistique (Lachapelle et Henripin 1980, Duchesne 1980, Robitaille et
al. 1992, Termote 2001, Paillé 2011).
Concernant le sort de la majorité ethnique canadienne-française dans la province, la réponse la plus
pertinente fut obtenue en 1987 lorsque le démographe Jacques Henripin a projeté le poids
démographique des descendants des Québécois de 1981 pour l'année 2081 (Henripin et Pelletier 1986,
Henripin et Pelletier 1987). Henripin a conclu que si l'indice synthétique de fécondité des Québécois était
maintenu à 1,6 et si l'immigration était utilisée pour empêcher le déclin de la population du Québec, 24 %
des Québécois de 2081 descendraient des Québécois de 1981 tandis que le reste, 76 %, proviendrait de
sources immigrantes. Henripin ne s'est pas concentré sur l'ethnie canadienne-française puisqu'il a pris
l'ensemble de la population du Québec de 1981 (EFC et NCF) qu'il a comparée aux immigrants post-1981
pour examiner le poids relatif de chacun dans la population de 2081. La présente étude va au-delà de celle
d'Henripin en étudiant l'impact passé de l'immigration sur le poids démographique de l’ethnie canadienne-
française de 1971 à 2014, ce qui était impossible à l'époque d'Henripin. De plus, cette étude porte
strictement sur l'évolution démographique de l'ethnie canadienne-française, un sujet qui n'a pas été
étudié depuis cinquante ans.
Méthode
Terminologie et hypothèses principales
Les Canadiens français, au sens ethnique, sont le sujet principal de cette étude. Ce sont les descendants
des colons français arrivés entre 1608 et 1760. Il est entendu que les Canadiens français nés avant 1965
ont environ 5% de leurs origines provenant des Premières Nations, d'Irlande, de Grande-Bretagne et
d'autres pays européens (Vézina et al. 2005). Le tableau 1 présente l’ascendance des Canadiens français
nés entre 1945 et 1965 ; il s'agit d'un résumé des résultats de l’étude de Vézina de 2005.
Tableau 1. Origine génétique des individus nés entre 1945 et 1965
Contribution génétique des ancêtres (%)
Hommes
Femmes
France
90.8
88.7
Grande-Bretagne
1.9
1
Allemagne
0.5
0.2
Irlande
0.6
0.5
Autres pays européens
1.4
0.6
Acadie
3.6
6.4
Premières Nations
0.8
1.9
Inconnu
0.4
0.7
Gaudreault (2021)
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Dans la présente étude, la définition de l'ethnie canadienne-française est basée sur la réponse au
recensement de 1971 pour la question suivante: « À quel groupe ethnique ou culturel appartenait votre
ancêtre paternel (ou vous-même) à son arrivée sur le continent ? » (Statistique Canada 1974a). À partir de
cette question, une seule réponse pouvait être fournie parmi une liste de douze groupes ethniques : Îles
britanniques, Français, Allemands, Italiens, Juifs, Pays-Bas, Polonais, Scandinaves, Ukrainiens, Asiatiques,
Indiens et Esquimaux, Autre et Inconnu. Par conséquent, ceux qui ont répondu « origine française » au
recensement de 1971 sont considérés Canadien français au sens ethnique. On notera que la définition
d’ethnie canadienne-française, basée sur l'ancêtre paternel, conformément au recensement de 1971,
n'est pas pertinente sur une base individuelle puisqu'on peut avoir une origine ethnique très mélangée
avec très peu d'ancêtres canadiens-français tout en étant associé au groupe ethnique canadien-français.
Cependant, sur une base de population, cette définition ouvre la porte à des projections démographiques
ethniques tout en évitant de tracer la ligne entre qui est un Canadien français et qui ne l'est pas. En accord
avec l'affirmation selon laquelle les Canadiens français sont les descendants des colons français arrivés
avant 1760, les immigrants de France arrivés après 1971 ne seront pas ajoutés au groupe canadien-
français. L'objectif est de souligner l'impact de l'immigration sur les ethnies locales où le phénomène
s'applique aux Canadiens français. Il s'agit d'une étude de cas qui peut être généralisée et peut aider à
comprendre un phénomène mondial.
Le terme « Québécois » sera défini comme l'habitant de la province canadienne de Québec et ne doit pas
être confondu avec le terme « Canadien français » qui renvoie à l’ethnicité.
Le terme « immigré » est défini différemment dans différents pays (Tribalat 2015). Cette étude fait
référence aux immigrants arrivés après 1971 et à leurs descendants, indépendamment de leur assimilation
ou intégration, ou au fait que la plupart d'entre eux acquièrent la citoyenneté canadienne en quelques
années. Dans d'autres études et dans de nombreux organismes statistiques officiels, le terme
« immigrant » est souvent utilisé pour l'immigration de première génération et le terme « origine
étrangère » est souvent utilisé pour les immigrants de première et de deuxième générations combinées.
L'écart entre ces deux termes peut être vu dans le tableau 6 de l'étude Ediev et de ses coauteurs de 2014.
L'écart entre les définitions d'un même terme est mis en évidence lorsque les mêmes données sont
analysées avec différentes définitions voir le tableau 9 de l'article de Michèle Tribalat de 2015.
Comprenant que les Canadiens français représentaient une partie de la population du Québec en 1971, le
reste de la population de 1971 a été arbitrairement placé dans un groupe appelé les non-Canadiens
français (NCF). Ce groupe se compose principalement de la communauté anglophone, des immigrants et
de leurs descendants arrivés avant 1971, et des Premières nations.
Le terme « poids démographique » (PD) utilisé dans cette étude est simplement la représentativité
démographique en pourcentage d'un groupe ethnique par rapport à la population totale. Si un groupe
ethnique représente 20% de la population totale, alors son PD est de 20%.
Le terme « immigration de masse » ne sera pas défini à ce stade puisqu'une approche quantitative pour
discriminer l'immigration de l'immigration de masse sera proposée dans les parties Résultats et Discussion.
Gaudreault (2021)
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Vue d’ensemble de la méthode
La population du Québec a été divisée en trois sous-populations : l’ethnie canadienne-française (ECF), les
non-Canadiens français (NCF) et les immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants (IED). Les
changements démographiques pour l’ECF, les NCF et les IED vont être présentés dans la section des
résultats. Aux fins de calcul cependant, quatre groupes seront utilisés : le groupe A, l'ECF ; le groupe B, les
NCF ; le groupe C, les immigrants de première génération ; le groupe D, les générations ultérieures
d'immigrants.
Les calculs pour la plage allant de 1971 à 2014 et les projections de 2014 à 2050 suivent un modèle de
projection par cohortes et composantes telles que décrites par Bohnert et al (2015). Comme point de
départ, les données démographiques du recensement de 1971 de Statistique Canada pour la province de
Québec divisée par origine ethnique, par sexe et par groupe d'âge ont été utilisées. À l'aide d’une grille de
population par groupe d’âge normalisé qui a été élaborée à partir du tableau CANSIM 051-0001 pour
l'année 1971 (Statistique Canada 2015a), les populations par groupe d'âge du recensement ont été
redistribuées en groupe d'âge d’un an. Selon les définitions précédentes, le PD des NCF est de 0 % en 1971.
L'immigration de 1971 à 2014, par cohortes d'un an et par sexe, est extraite du tableau CANSIM 051-0011
(Statistique Canada 2015c). Ensuite, l'immigration prédite de 2014 à 2050 est entrée dans les calculs. Les
projections sont programmées dans un script MATLAB où des calculs itératifs sont effectués sur des
cohortes d'un an, divisées par sexe et par sous-groupe de population (sous-groupe A, B, C ou D tel que
décrit précédemment). Les séquences générales d'itérations du modèle par cohortes et composantes
telles que calculées sont les suivantes :
1. Les naissances masculines et féminines des années précédentes sont ajoutées à la cohorte d’un
an de l'année en cours. Ceci est fait en multipliant chaque cohorte féminine de l'année précédente
par le taux de fécondité selon l'âge (TFSA).
2. Pour chaque cohorte d’un an de l'année en cours, la population de la cohorte d’un an plus jeune
de l’année passée est ajoutée.
3. La population de chaque cohorte est multipliée par taux de mortalité normalisé selon l'âge (TMNA)
spécifique à chaque sexe.
4. Ensuite, pour chaque cohorte d'âges, les immigrants, divisés par sexe, sont ajoutés (applicable
uniquement au sous-groupe de population C).
5. Enfin, chaque cohorte est multipliée par un facteur qui tient compte de l'émigration, de la
migration interprovinciale et des émigrants de retour.
Les données acquises de Statistique Canada, de l'Institut de la Statistique du Québec et d'autres références
sont compilées dans le fichier de données supplémentaires 1. Les données utilisées comme entrées pour
le script MATLAB sont compilées dans le fichier de données supplémentaires 2.
Gaudreault (2021)
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Composantes du calcul de la croissance démographique
Calcul des naissances
Le nombre de naissances, pour chaque sous-population, est obtenu en multipliant les cohortes d’un an
d’âge de sexe féminin par les taux de fécondité selon l'âge (TFSA). Le TFSA a été obtenu de l'agence
statistique officielle du Québec pour les années 1971 à 2014 (Institut de la Statistique du Québec, 2015a),
a été normalisé pour un indice synthétique de fécondité (ISF) de 1, puis a été ajusté de 1971 à 2014
annuellement en proportion l'indice synthétique de fécondité (ISF) associé aux personnes nées au Canada
ou nées à l'extérieur du Canada.
Pour les groupes nés au Québec (groupes A, B et D), lISF pour la plage de 1971 à 2014 est obtenu de
lInstitut de la Statistique du Québec (2015a). Il a déjà été démontré que lISF des immigrants de deuxième
génération est similaire à la population locale (Street 2009). Pour les immigrants de première génération
(groupe C), lISF de 1971 à 2000 est obtenu de lInstitut de la Statistique du Québec (2015b) et pour les
années 2001 à 2014, la moyenne des années précédentes a été utilisée. Pour la projection de 2015 à 2050,
lISF pour le groupe né au Canada (A, B et D) est fixé à 1,6, ce qui est une moyenne des années précédentes;
pour le groupe né à l'extérieur du Canada (groupe C), un ISF de 2,0, une moyenne historiquement stable
est utilisée. Ultérieurement, une analyse de sensibilité évaluera l'impact d'une surestimation ou d'une
sous-estimation de ces hypothèses.
Calcul des décès
Le nombre de décès, pour chaque sous-population, par sexe, est obtenu en multipliant chaque cohorte
d'âge par les taux de mortalité normalisés selon l'âge (TMNA) appropriés pour chaque sexe. Le TMNA,
propre à chaque année, de 1971 à 2014 a été obtenu en comparant la table de population 051-0001 et la
table de décès 051-0002 provenant de CANSIM (Statistique Canada 2015a; 2015b). Les quatre sous-
populations ont utilisé les mêmes valeurs de TMNA. Suivant les tendances d'augmentation de l'espérance
de vie, les valeurs de TMNA de 2014 à 2050 ont été estimées via la modélisation du TMNA par une courbe
exponentielle de 1971 à 2014 et extrapolant à 2050 pour obtenir les valeurs estimées. Les variations
futures du TMNA sont incertaines, car, par exemple, certains auteurs prédisent un déclin de l’espérance
de vie (Olshansky 2005). Pour simplifier les calculs, on a supposé que tous les groupes de sous-population
avaient la même espérance de vie; il est intéressant de noter qu'il est possible que les immigrants de
première génération aient une espérance de vie plus élevée que la deuxième génération (Bourbeau 2002).
Effet des mariages mixtes
En lien avec la définition d’ethnie canadienne-française utilisée dans cette étude, l'origine ethnique est
basée sur l'ascendance paternelle. Un homme du groupe ECF qui épouse une femme du groupe IED aura
des enfants attribués au groupe ECF ; au contraire, une femme du groupe ECF épousant un homme du
groupe IED donnera naissance à des enfants associés au groupe IED. Et ainsi, la lignée paternelle ECF n'est
pas arrêtée par les mariages mixtes selon notre définition. Par conséquent, il n'est pas nécessaire de
calculer l'effet des mariages mixtes. L'affirmation n’est valide que si l'on considère l'hypothèse que
l'immigration est équilibrée entre les hommes et les femmes, ce qui est vrai. De 1971 à 2014, 50,5 % de
tous les immigrants étaient des hommes.
Gaudreault (2021)
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Immigration
De 1971 à 2014, les immigrants, par sexe et par âge, sont extraits du tableau 051-0011 de CANSIM
(Statistique Canada 2015c.). La figure 1 montre la pyramide des âges des immigrants arrivés en 1971, 1993
et 2014.
FIGURE 1 Pyramide des âges des immigrants arrivés en 1971 (ligne discontinue), 1993 (ligne continue) et
2014 (ligne pointillée). Les femmes ont été placées à gauche et les hommes à droite.
Puis de 2015 à 2050, l'immigration est ajoutée. Une façon de présenter les projections est d'utiliser des
scénarios bas, moyen et haut de seuils migratoires, comme le font les fonctionnaires québécois (Institut
de la Statistique du Québec 2014); l'autre méthode consiste à utiliser un taux proportionnel (Statistique
Canada 2010). Pour cette étude, un taux d'immigration proportionnel a été utilisé; les données historiques
montrent que l'immigration est à peu près proportionnelle à la population québécoise, avec un coefficient
de détermination de 0,67 (voir figure 2). De 2014 à 2050, l'immigration a été calculée comme étant la
population totale multipliée par 0,0178 moins 93 000 (voir régression linéaire, figure 2). On tient pour
acquis qu'il existe une offre infinie d'immigrants acceptables disposés à émigrer vers la province de
Québec.
Gaudreault (2021)
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FIGURE 2 Immigration annuelle en fonction de la population québécoise. L'immigration historique (ligne
discontinue) et la régression linéaire (ligne continue) sont illustrées.
Taux de rétention des immigrants
Le taux de rétention des immigrants (TRI) utilisés dans cette étude diffère de la définition de Statistique
Canada. Le TRI de Statistique Canada est calculé comme étant les immigrants destinés à la province en
1990 et résident de celle-ci en 2006 en proportion de ceux qui y étaient initialement destinés en 1990.
Dans cette étude, les immigrants dont la première destination était une autre province, mais qui ont fini
par s'établir au Québec ont été inclus. Selon une étude canadienne de 1991 à 2006, le TRI pour la province
de Québec serait de 79 % (Myers 2010) et augmente à 87 % quand on inclut les immigrants dont la
première destination était une autre province. Ainsi, pour tenir compte du TRI, les immigrants qui sont
ajoutés au groupe C seront multipliés par 0,87.
Émigration, retour des émigrants et migration interprovinciale
Sauf pour le groupe C où l'émigration, l'émigration de retour et la migration interprovinciale (EREMIP) sont
incluses dans le taux de rétention des immigrants; les cohortes des groupes A, B et D sont multipliées, à
chaque itération, par un facteur prenant en compte lEREMIP. Ce facteur est simplement obtenu en itérant
sa valeur et en faisant converger la population totale projetée vers la population totale réelle de 1971 à
1981; c’est un processus de calibration.
Gaudreault (2021)
10
Résultats
I Évolution démographique de 1971 à 2014
De 1971 à 2014, on observe que la population dethnie canadienne-française (ECF) du Québec a augmenté
de 0,25% par an, passant de 4,76 à 5,31 millions dindividus, alors que la croissance de la population totale
du Québec était de 0,7% par an, passant de 6,03 à 8,21 millions d’habitants. Au cours de ces années, on
observe que le poids démographique (PD) de l'ECF est passé de 79 % en 1971 à 64,5 % en 2014, voir figure
3. Les immigrants arrivés après 1970 et leurs descendants (IED) ont ajouté 1,62 million d'individus à la
population québécoise et sont responsables de 74 % de la croissance de celle-ci au cours de cette période.
C'est plus élevé que ce qui a été observé en France et au Royaume-Uni ; l'immigration en France est
responsable de 40 % de l'augmentation de la population de 1950 à 1986 (Tribalat 1991) ; au Royaume-Uni,
l'immigration a représenté 30 % de la croissance démographique totale de 1951 à 1995 (Coleman et al.
2002). En bref, de 1971 à 2014, la faible croissance de la population de l’ECF et les seuils migratoires élevés
sont responsables, principalement, de la diminution du poids démographique de l’ethnie canadienne-
française.
Afin de valider la méthode, les projections obtenues ont été comparées aux projections officielles de
Statistique Canada. Selon le tableau CANSIM 051-0001, la population du Québec était de 8,214 millions
d'individus en 2014 (Statistique Canada. 2015a), alors que les projections de cette étude montrent 8,208
millions d'individus; ainsi, la différence est négligeable et la population totale estimée par la méthode est
considérée comme exacte.
FIGURE 3 Poids démographique pour l’ethnie canadienne-française (ECF ; ligne continue), les non‐
Canadiens français (NCF; ligne pointillée), les immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants (IED;
ligne discontinue)
Gaudreault (2021)
11
II - Projection démographique de 2014 à 2050
On observe que les populations locales (populations canadiennes-françaises et populations non-
canadiennes-françaises) atteignent un plateau vers l'année 1990, puis commencent à décliner vers 2020,
tel que montré par la figure 4; ce phénomène peut être comparé aux Américains blancs non-hispaniques
qui connaissent un déclin absolu à partir de 2030 (Coleman 2003). Vers l'an 2030, le déclin de la population
de l'ethnie canadienne-française (ECF) est à son plus haut. Par la suite, basé sur une analyse de la dérivée
seconde de la croissance démographique, on constate que le déclin se poursuit, mais que celui-ci présente
une décélération. Ces phénomènes sont probablement attribuables au fait que les baby-boomers arrivent
en fin de vie. En 2039, la population d'ECF chute à 4,6 millions d’individus, un retour à la population d’ECF
présente en 1971 ; en 2050, l’ECF atteint 4,3 millions d’individus. Entre-temps, la population des IED
montre une augmentation constante, passant de 0,8 million en 2000, à 2,0 millions en 2020, à 3,0 millions
en 2035 puis à 4,1 millions en 2050. De 2014 à 2050, la population nette du Québec a augmenté de 1,25
million d'individus. Considérant que les populations d’ECF et NCF diminuent et considérant qu'à partir de
la deuxième génération, le taux de fécondité des IED est similaire à celle des populations natives ECF et
NCF (Street 2009), on peut en déduire que la croissance de la population québécoise est largement
alimentée par l’immigration, de manière similaire à ce qui a été observé en Europe de l’Ouest (Coleman
2008).
Étant donné que la population d'ECF est en déclin tandis que la population de l'IED augmente, le PD de
l’ECF devrait diminuer. De 79 % en 1971 à 64,5 % en 2014, la population de l'ECF atteint un poids
démographique de 50 % en 2042, voir figure 3. En 2050, les Canadiens français ne représentent que 45 %
de la population de la province. Parallèlement, le poids démographique (PD) de la population blanche non
hispanique des États-Unis était de 83 % en 1970 ; des projections réalisées en 1997 prédisent que le PD
des blancs américains non hispanique sera de 67 % en 2010, de 59 % en 2030 et de 51 % en 2050 (Smith
et Edmonston 1997). Une étude plus récente a montré que le PD de la population blanche non hispanique
des États-Unis chutera à 50 % entre 2040 et 2045 (Ortman et Guarneri 2009). Au Royaume-Uni, les blancs
britanniques (y compris les blancs écossais et irlandais) étaient de 90 % et 87 % respectivement pour 2001
et 2006, et diminueront à 72 % et 56 % respectivement pour 2031 et 2056 (Coleman 2010). Il est à noter
que les populations blanches non hispaniques américaines et les populations blanches britanniques
bénéficient numériquement d'immigrants blancs, ce qui n'est pas le cas de l'ethnie canadienne-française
en raison de la méthodologie utilisée ici (ce qui ne doit pas être considéré comme un révélateur des réalités
sociales de ces lieux).
Gaudreault (2021)
12
FIGURE 4 Démographie du Québec de 1971 à 2050. Ethnie canadienne-française (ECF; ligne continue),
non-Canadiens français (NCF; pointillés), immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants (IED; ligne
discontinue)
Les projections ont été comparées aux projections officielles de Statistique Canada pour valider la
méthode. Selon les projections pour le Canada entre 2009 et 2036, il y aura entre 7,8 (scénario de
croissance faible) et 10,0 millions (scénario de croissance élevée) d'individus au Québec en 2036
(Statistique Canada, 2010). Dans la présente étude, la population prévue pour 2036 est de 9,06 millions
d'individus. Les résultats de population correspondent donc aux projections officielles.
Afin d'évaluer l'impact de différents paramètres sur les résultats des projections, on a fait varier chaque
paramètre (indice synthétique de fécondité [ISF] des natifs, ISF des immigrants, seuils migratoires, taux de
rétention des immigrants) un à un, puis on a inscrit dans le tableau 2 l’année où le poids démographique
de l’ethnie canadienne-française passerait sous le seuil des 50 %. On notera que des variations
significatives de l'ISF des natifs n'ont pas d'effet significatif sur les résultats; pour un ISF de 1,1, l'ECF
franchit le seuil des 50 % en 2042, alors qu'il passe le même seuil en 2043 lorsque l'ISF passe à 2,1. Au
contraire, des changements importants au niveau des seuils migratoires ont des effets importants sur les
résultats de projections. Abaisser le taux d’immigration à 30 000 repousse le seuil de « majorité minoritaire
» pour les Canadiens français à 2056, tandis que l'augmenter à 70 000 le fait avancer jusqu'en 2040.
Gaudreault (2021)
13
Tableau 2. Analyse de sensibilité sur l'indice synthétique de fécondité (ISF), les taux d'immigration et le taux de
rétention des immigrants pour les projections allant de 2014 à 2060.
*Scénario de base pour cette étude
III 2042 : Tournant démographique
Les projections montrent que le poids démographique de l'ethnie canadienne-française (ECF) passe de
64,5 % en 2014 à 50 % en 2042. Une façon de représenter pleinement la dynamique derrière ce
phénomène est de regarder la proportion de l’ECF pour différents groupes d'âge entre 2014 et 2042,
comme indiqué dans la figure 5. La figure illustre l'effet combiné de l'immigration, de l'indice synthétique
de fécondité (ISF) et des autres paramètres sur le poids démographique (PD) de l'ECF. Tout d'abord, dans
la partie du graphique où l'ECF est supérieure à 70 %, on observe un plateau (gris foncé et noir) qui
correspond à la tranche d'âge qui n'a jamais été bousculée démographiquement; ces personnes avaient
plus de 25 ans en 1971, ce qui signifie que leurs cohortes démographiques ont coexisté avec très peu d’IED
en raison des faibles taux d'immigration des immigrants de plus de 30 ans. Ensuite, on observe alors un
sommet de vague pour un PD situé entre 55 % et 70 %, ce qui correspond aux baby-boomers. Leur grand
nombre et le fait qu'ils ne coexistent qu'avec les immigrants de première génération entraînent des
changements démographiques non-significatifs pour leur cohorte d'âge au fil du temps. Puis, le sommet
de la vague des boomers est suivi d'un creux, correspondant à une génération plus petite de type baby
bust en raison d'un taux de natalité plus faible; cette génération est celle des X. Puis, une nouvelle vague
se forme, culminant entre 65 et 70 % en 2014 : elle correspond à la génération Y qui est nombreuse du fait
que leurs parents - les baby-boomers - sont nombreux. Cette dernière vague diminue au fil des années
puisque lECF de cette génération coexiste avec les IED de 1re, 2e et 3e générations. On observe également
que moins de la moitié des moins de 49 ans de 2042 sont d'origine canadienne-française. La baisse de la
proportion de l’ECF chez les nouveau-nés est notable : 57 % des nouveau-nés appartenaient au groupe
ECF en 2014, mais ils ne représentaient que 40 % des bébés en 2042, illustrant comment la majorité
canadienne-française d'aujourd'hui se dirige rapidement vers le statut de minorité.
Facteurs étudiés et valeurs expérimentées
Le poids démographique de l’ethnie canadienne-
française glisse sous les 50% à l’année:
A L’indice synthétique de fécondité des femmes nées au Canada
1.1
2042
1.6*
2042
2.1
2043
B L’indice synthétique de fécondité des femmes nées hors Canada
1.5
2045
2.0*
2042
2.5
2041
C Le taux d’immigration
Taux proportionnel à la population québécoise*
2042
30 000 immigrants par an
2056
50 000 immigrants par an
2046
70 000 immigrants par an
2040
D Le taux de rétention des immigrants
77%
2045
87%*
2042
97%
2040
Gaudreault (2021)
14
FIGURE 5 Poids démographiques de l’ethnie canadienne-française par groupe d’âge et par année
En 2042, le poids démographique de l’ECF passe sous la barre des 50 %, ce qui en fait non plus la majorité,
mais plutôt le groupe minoritaire le plus important dans une province où aucun groupe n'est majoritaire.
Il vaut la peine de faire un gros plan sur les données démographiques de 2042 pour mieux observer les
changements ethniques à l’œuvre dans la population québécoise. Tel qu’observé dans la figure 6, le
groupe des IED est légèrement plus nombreux que les Canadiens français dans les groupes d'âge des 0-18
ans et des 19-36 ans, tandis que l'ECF est nettement plus nombreuse que les IED dans les cohortes d'âge
des 55 à 72 ans et 72 et plus. LECF constitue une faible majorité de la population dans le groupe des 37 à
54 ans.
FIGURE 6 Nombre de Canadiens français (en noir), nombre d’immigrants arrivés après 1971 et leurs
descendants (en gris) pour différentes cohortes d’âge pour l’an 2042
Gaudreault (2021)
15
Ensuite, lorsque la pyramide des âges de la population est construite pour l'ECF et les IED, de multiples
phénomènes sont observés (figure 7). Premièrement, une pente relativement constante est observée pour
les IED pour les cohortes de 35 à 90 ans en raison du fait que l'immigration a été régulière et ininterrompue
à la fois pour les données historiques et projetées. Ensuite, du fait que les immigrants sont sélectionnés
pour une moyenne d'âge de 26 à 30 ans, parce que leurs tranches d'âge sont constamment déplacées dans
la tranche d'âge plus élevée et parce que de nouveaux immigrants arrivent constamment, une bosse est
observée pour les IED entre 25 et 44 ans. Cette bosse se situe dans un intervalle d'âge de fécondité élevé,
ce qui explique que les nouveau-nés IED soient en proportion au même poids démographique que les IED
de 35 ans*. La cavité trouvée autour du groupe d'âge de 16 ans des IED s'explique par une faible
immigration à cet âge au Canada, une forte immigration dans le groupe d'âge des 26-30 ans et des
naissances élevées du groupe des 25 à 44 ans qui sont plus nombreuses chaque année. Le phénomène
inverse est observé pour les nouveau-nés de l’ECF, puisque la majorité de la population canadienne-
française est dans la catégorie des 40 à 80 ans et que seule une faible proportion de l’ECF est dans la
tranche d'âge 20 à 40 ans (âge de fécondité élevée). Ainsi, pour la tranche d'âge des 0 à 20 ans, l'ECF et les
IED ont des profils d'âge différents. Ce phénomène illustre le fait qu'une faible proportion de Canadiens
français se situe dans la tranche d'âge de fécondité élevée (26 % de l’ECF tombent dans le groupe d'âge 15
à 40 ans) par rapport à la population de IED (36 % des IED sont dans la cohorte des 15-40 ans). D'autres
phénomènes intéressants sont observés dans la pyramide des âges de l'ECF : les baby-boomers âgés de 70
à 90 ans déclinent rapidement en raison d'un taux de mortalité élevé; les enfants des baby-boomers, nés
entre 1975 et 1995, qui constituent une bonne partie de l'ECF de 2035**, ne sont pas remplacés par une
génération d’ECF plus jeune, suggérant une baisse rapide du poids démographique de l’ECF au-delà de
2042.
*Correction lors de l’exercice de traduction : c’est plutôt autour de 25 ans.
** Correction lors de l’exercice de traduction : c’est 2042 et non 2035.
FIGURE 7 Pyramide des âges pour l’année 2042. Les Canadiens français (ligne continue) et les immigrants
arrivés après 1971 et leurs descendants (ligne discontinue) sont illustrés. Les femmes sont présentées à
gauche et les hommes à droite.
Gaudreault (2021)
16
IV Impact du taux d'immigration sur la diminution du poids démographique
Une façon d'apprécier l'effet du taux d'immigration sur le poids démographique (PD) de l'ethnie
canadienne-française (ECF) est d'évaluer plusieurs scénarios de projections en utilisant différents taux
d'immigration et différents indices synthétiques de fécondité (ISF) pour les personnes nées au Canada.
Ensuite, on compte combien d'années sont nécessaires pour que le PD de l'ECF diminue de 1% dans chacun
de ces scénarios. Afin d'éliminer l'impact de la fécondité et des naissances de l'immigration passée,
l'immigration de 1971 à 2014 est retirée du calcul. En commençant à l’année 2014, les différents niveaux
de fécondité et d'immigration sont appliqués et les projections sont calculées jusqu'à l'année 2500. Toutes
les autres hypothèses sont les mêmes que celles décrites précédemment dans la méthodologie.
Neuf taux d'immigration différents et cinq indices synthétiques de fécondité ont été utilisés pour générer
quarante-cinq scénarios. Pour chaque scénario, le nombre dannées nécessaires pour diminuer le PD de
lECF de 1 % a été calculé (voir tableau 3). Il fut constaté pour les cinq indices synthétiques de fécondité
(ISF) testés que la relation entre le taux dimmigration et les années comptées suivait une loi de puissance
avec un coefficient de détermination supérieur à 0,98. La loi de puissance est exprimée par léquation
suivante :
𝑦 = 𝑎 ∗ x−k
où y est le nombre dannées nécessaires pour que le PD de lECF diminue de 1 %, x est le taux
dimmigration (immigrants par années), a et k étant des constantes pour un seul ISF.
Un autre phénomène intéressant est observé dans le tableau : trois régions peuvent être observées, la
première est présentée en blanc, la seconde en gris et la troisième en noir. Dans la première région (en
blanc), on observe quà la fois lISF et le taux dimmigration ont un impact significatif sur la diminution du
PD de lECF. Dans la deuxième région (en gris), on observe que le taux dimmigration a un impact très
significatif sur la diminution du PD de lECF, alors que l'ISF a peu d'impact. La troisième région (en noir)
montre que l’ISF n'a pas d'impact, tandis que le niveau d'immigration se présente comme le moteur du
déclin du poids démographique (PD) de l'ethnie canadienne-française (EFC). En parallèle, on observe
également que la diminution du PD est insignifiante dans la première région, faible dans la deuxième
région et significative dans la troisième région. Ainsi, ces régions pourraient être nommées en fonction de
leur effet sur le PD : « région sans conséquence », « région à faible impact » et « région à impact significatif
».
Ce tableau est un outil élégant pour déterminer si le poids démographique d’un groupe ethnique décline
à grand rythme. À partir de ce tableau, on pourrait proposer que l'immigration soit définie comme une
immigration de masse lorsque les niveaux de fécondité et d'immigration tombent dans la « région d'impact
significatif ». Dans le cas de l'ECF de la province de Québec, l'ISF actuel est proche de 1,6 et le taux
d'immigration est d'environ 50 000 immigrants par an, ce qui indique que l'effet de l'immigration sur le
poids démographique ethnique canadien-français est dans la région à « impact significatif »; l'immigration
québécoise pourrait donc être qualifiée d'immigration de masse selon notre définition précédente.
De plus, le développement d'équations générales basées sur la loi de puissance et l'incorporation du taux
de fécondité et du niveau d'immigration, ainsi que d'autres facteurs pourraient être un moyen efficace de
déterminer rapidement, sans projections, pour n'importe quel pays, si les effets de l'immigration sur la
Gaudreault (2021)
17
composition ethnique locale tombent dans la catégorie à « impact significatif » et donc si l'immigration
peut être qualifiée d'immigration de masse.
Les valeurs de sorties du script MATLAB qui ont été utilisées pour réaliser cette analyse se trouvent dans
le fichier de données supplémentaires 4.
Table 3. Nombre d’années requises pour réduire le poids démographique de l’ethnie canadienne-française de 1 % selon
différents niveaux d’immigration et de fécondité analyse à partir de l’an 2014
Nombre d'années requises pour faire baisser le poids des Canadiens français de 1%
Immigrants/an
ISF = 1.6
ISF = 1.85
ISF = 2.1
ISF = 2.35
ISF = 2.6
312
124
154
210
365
N/A
625
86
99
121
162
283
1 250
58
62
68
78
95
2 500
38
39
41
43
46
5 000
24
24
25
26
26
10 000
13
13
13
14
14
20 000
7
7
7
7
7
40 000
3
3
3
3
3
80 000
2
2
2
2
2
Discussion
I Comparaison avec la littérature
En 1987, Jacques Henripin concluait que 24 % de l'ascendance des Québécois de 2081 proviendrait des
Québécois de 1981, tandis que le reste viendrait de sources immigrantes (Henripin 1986, Henripin 1987).
Ses analyses sont basées sur un ISF de 1,6 et sur deux scénarios d'immigration, le premier où l'immigration
est utilisée pour stabiliser la population du Québec et le second où elle est utilisée pour augmenter la
population de 1 %. Dans la figure 4 de son article de 1987, on observe que, dans les deux scénarios, 50 %
de l'ascendance des Québécois de 2050 provient des Québécois de 1981. En croisant les résultats avec
ceux de la présente étude, on peut assumer que 76 % de la population québécoise de 1981 était d'origine
canadienne-française, donc les Québécois d'origine française deviendront une minorité dans l'étude
d'Henripin lorsque l'ascendance des Québécois de 1981 représentera 65% de l'ascendance des futurs
Québécois. Ainsi, dans l'étude d'Henripin, les Canadiens français deviennent minoritaires en 2030 selon le
scénario de croissance démographique de 1 % et en 2040 selon le scénario de population stable.
Étonnamment, en utilisant une méthode beaucoup plus simple, Henripin est arrivé à des conclusions
proches de celles de la présente étude. La présente méthode est calibrée avec des données des 44
dernières années et utilise des données de la littérature et des recensements publiés depuis 1970, dont la
plupart n'étaient pas disponibles au moment de l'étude d'Henripin.
Sur le plan international, le déclin du poids démographique des Canadiens français peut être comparé au
déclin des Américains blancs non-hispaniques aux États-Unis et au déclin des Britanniques blancs au
Royaume-Uni (voir tableau 4). L’évolution du poids démographique des Canadiens français est similaire à
celle des Américains blancs non-hispaniques jusqu'en 2030, puis le poids des Canadiens français
commence à diminuer plus rapidement; cela pourrait être dû à son ISF comparativement plus faible, à une
immigration plus élevée ou à des différences méthodologiques. Les Canadiens français accèdent au statut
de minorité à peu près en même temps que les autres groupes étudiés : 2040 pour les Américains blancs
non-hispaniques selon Ortman (2009), 2042 pour les Canadiens français selon la présente étude et 2066
Gaudreault (2021)
18
pour les Britanniques blancs au Royaume-Uni en extrapolant les données de Coleman (2010). Cependant,
étant donné que les populations américaines blanches non-hispaniques et britanniques blanches
bénéficient numériquement de l'immigration blanche, ce qui n'est pas le cas pour les Canadiens français
de souche (définie selon l'ascendance), la comparaison est imparfaite.
Il serait intéressant d'étendre la comparaison à d'autres pays, comme la France par exemple. Cependant,
de nombreux démographes se concentrent sur la représentativité des immigrés ou des individus d'origine
étrangère plutôt que sur les groupes ethniques locaux. Il est possible de comparer le poids démographique
des immigrants à d'autres études; cependant, de telles comparaisons sont plutôt difficiles et risquées, car
la définition des termes et la méthodologie ont un impact majeur sur les résultats. Néanmoins, des
comparaisons limitées peuvent être faites. Les immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants
représenteraient 20 % de la population québécoise en 2014. On peut comparer cela à la France où, en
2011, les immigrants de première et de deuxième génération représenteront 19,2 % de la population ou
30 % en incluant la troisième génération (Tribalat 2015). Au Canada, les statistiques officielles prédisent
que les immigrants de première et de deuxième générations représenteront entre 44 % et 50 % de la
population canadienne en 2036 (Morency et al 2017), alors que dans la présente étude, les immigrants et
leurs descendants arrivés après 1971 représenteraient 34 % de la population québécoise. Les différences
entre le Québec et le Canada s'expliquent par deux facteurs principaux. Premièrement, le Québec accueille
proportionnellement moins d'immigrants que les autres provinces canadiennes. De plus, les définitions ne
sont pas les mêmes. Par exemple, les immigrants de deuxième génération de Statistique Canada
comprennent également les personnes nées de mariages mixtes; cela réduit artificiellement la part des
Canadiens d’origine non-immigrante en augmentant la part des immigrants de deuxième génération.
Table 4. Poids démographique en pourcentage pour l’ethnie canadienne-française, pour les Blancs américains non-hispaniques et les Blancs
britanniques dans leur pays ou province d’origine
1971
2010
2015
2030
2040
2050
Ethnie canadienne-française
79a
67b
64b
57b
51b
45b
Blancs américains non-hispaniques
83c
67c/65d
62d
59c/56d
51d
51c/46d
Blancs britanniques
85e
82e
72e
66e
59e
a. Recensement canadien de 1971, b. Présente étude, c. Smith et Edmontson 1997, d. Projections nationales pour les E.U. de Ortman et Guarneri 2009, e. estimé de la
figure 2 de Coleman 2010
II Implications potentielles
Les résultats démontrent que la province de Québec devrait atteindre le stade de « majorité-minoritaire
» avant le milieu du siècle actuel si l'immigration se maintient à son niveau actuel. Le déclin de la majorité
ethnique canadienne-française a des implications politiques, sociétales et philosophiques. Sur le plan
politique, on peut se demander quel sera l'effet sur l'appui à l'indépendance du Québec? En 1995, les
Québécois ont tenu un référendum pour séparer le Québec du Canada qui a abouti à un vote de 49,4 %
pour l'indépendance. 60 % des francophones étaient en faveur de l'indépendance, alors que 95 % des non-
francophones s'y opposaient (Beauchemin 1998). Cela peut être comparé aux protestants d'Irlande du
Nord qui s'opposent, en quasi-unanimité, à la réunification irlandaise, alors que les catholiques sont divisés
sur la question (Ipsos Mori 2016). Cette option, peu populaire parmi les Québécois non-Canadiens français
et parmi les immigrants, pourrait disparaître du débat public à mesure que la composition ethnique du
Québec change à moins que les immigrants et leurs descendants ne manifestent un soutien croissant.
Néanmoins, Lavoie et Serre en 2002 ont montré que le soutien à l'indépendance est encore très variable
Gaudreault (2021)
19
pour les immigrants selon leur degré d'assimilation au groupe francophone. Le Parti Québécois, principal
parti politique prônant l'indépendance, pourrait éprouver des difficultés à gagner des voix en promouvant
l'indépendance dans un avenir rapproché. Son adversaire traditionnel, le Parti libéral, utilise
l'indépendance comme épouvantail pour gagner les voix des opposants à l'indépendance du Québec (Noel
2014).
En ce qui concerne la question de la langue, on peut se demander comment la culture et la langue
canadiennes-françaises peuvent être efficacement transmises aux nouveaux arrivants alors que la part
ethnique canadienne-française diminue. En 2011, 86,8 % des immigrants du Québec résidaient dans la
région métropolitaine de recensement de Montréal (Gouvernement du Québec 2014); ceci est similaire à
l'ensemble du Canada où 90,9 % de tous les immigrants vivent dans les régions métropolitaines de
recensement (Morency 2017). Parallèlement, les Canadiens français quittent la ville pour la banlieue. Ainsi,
à long terme, la culture canadienne-française à Montréal devra se transmettre des générations plus âgées
d'immigrants et de leurs descendants aux immigrants fraîchement arrivés. On peut se demander si cela
est faisable. Quels niveaux d’efforts faut-il faire pour préserver la langue française ? Les Québécois, de plus
en plus multiculturels et multi-ethniques, voudront-ils conserver une identité canadienne-française et la
langue française, ou accepteront-ils la possibilité qu'à long terme, ils puissent sassimiler à la langue
anglaise et à la culture anglo-américaine comme les Cadiens de la Louisiane ? Au cours des quarante
dernières années, les politiques linguistiques du Québec ont réussi à préserver le français comme langue
officielle et dominante (Hamers et Hummel 1994, Bourhis 2017), mais non sans provoquer des frictions
avec la communauté anglophone (Woolfson 1983) et même un exode (Maheu 1983, Pettinicchio 2012).
Durant cette période, des mesures ont été mises en place pour favoriser les immigrants des pays
francophones comme moyen de soutenir la langue française.
En 1971 (Statistique Canada 1974b), les Québécois nés à létranger venaient dItalie (19,3 %), du Royaume-
Uni (14,0 %), des États-Unis (9,9 %), de France (7,1 %) et de Grèce (5,6 %), ce qui contraste fortement avec
les sources d’immigration d’aujourd'hui. Les principaux pays de provenance des immigrants du Québec
entre 2011 et 2016 (Statistique Canada 2017) étaient la France (9,3 %), Haïti (7,8 %), l'Algérie (7,6 %), le
Maroc (6,3 %) et la Chine (5,0 %). Ainsi, la composition ethnique des immigrants récents du Québec diffère
considérablement du reste du Canada : entre 2011 et 2016, l'Asie a fourni 61,8 % des immigrants du
Canada, tandis que l'Afrique a fourni 34,5 % de ceux du Québec (Statistique Canada 2017). Ainsi, avant
1966, 8 % des immigrants étaient francotropes (plus d'affinité pour la langue française), une valeur qui
augmenta à 53 % entre 1971 et 1975 et à 57 % pour la période 1986 à 1991 (Castonguay 1997). Ainsi,
l'assimilation des immigrants à la langue française était de 27,4, 35,8 et 39,8 % pour 1971, 1991 et 1996
respectivement (Castonguay 2002). La sélection des immigrants et les mesures politiques ont
effectivement accru l'assimilation à la langue française pendant un certain temps. Cependant, comme le
souligne le démographe Charles Castonguay, les tendances à l'assimilation sont sur le point de s'inverser
puisque les récents recensements démontrent que plus de francophones sont assimilés à l'anglais que
l'inverse à Montréal (Castonguay 2018, Castonguay 2019). En effet, dans la métropole provinciale, il
semble que le transfert linguistique vers l'anglais ou le français soit fortement dépendant du caractère
linguistique du quartier où les immigrants décident de s'installer (Ouellet 2011). Ainsi, à mesure que le
poids démographique des Canadiens français diminue, l'assimilation des immigrants au français pourrait
également diminuer.
L'immigration et les questions connexes concernant l'intégration, la culture et la religion pourraient
devenir de plus en plus importantes en politique. En 2008, le gouvernement du Québec a tenu une
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commission spéciale sur les « accommodements raisonnables » qui a abordé la question des minorités
religieuses exigeant des demandes spéciales pour accommoder leur religion (Bouchard et Taylor 2008). En
2013, le Parti québécois a proposé un projet de loi, la charte québécoise des valeurs, qui s'est soldé par un
débat houleux sur les relations du Québec avec les immigrants et les minorités religieuses, notamment la
minorité musulmane (Bakali 2015, Nadeau et Helly 2016). Lors des élections de 2018, la Coalition Avenir
Québec a proposé de réduire temporairement l'immigration annuelle de 50 000 à 40 000 jusqu'à ce que
des moyens appropriés d'intégration et de francisation soient mis en place. En 2019, le gouvernement du
Québec nouvellement élu a débattu d'une loi, le projet de loi 21, concernant l'interdiction des symboles
religieux pour certains postes dans le secteur public, ce qui a déclenché un autre débat houleux et
démontré une forte polarisation entre francophones et anglophones. L'intérêt politique croissant du
Québec pour la question de l'immigration et les sujets liés à l'adaptation à la diversité culturelle croissante
est un exemple local d'une tendance plus globale où les politiciens capitalisent sur la question de
l'immigration (Coleman 2008). En cela, les Québécois se distinguent des autres Canadiens.
Comparativement aux États-Unis, à la Nouvelle-Zélande et à l'Australie, les Canadiens seraient les plus pro-
immigrations (Ceobanu 2010) et l'immigration est considérée comme un problème moins important pour
les électeurs canadiens que pour les pays susmentionnés (Kaufmann 2019). En revanche, comme le
montre le Whiteshift d'Eric Kaufmann, les Québécois sont les plus en faveur de la réduction de
l'immigration par rapport aux États-Unis, à la Nouvelle-Zélande, à l'Australie et au Canada anglais. Leur «
attitude à l'égard de l'immigration et du multiculturalisme est similaire à celles de l'Europe », et l'auteur
suggère que l'opposition à l'immigration et à la montée du populisme de droite est corrélée au taux de
déclin ethnique de la majorité plutôt qu'à la simple montée de groupe de minorités spécifiques (Kaufmann
2019).
On peut se demander pourquoi les manifestations anti-immigrants, le populisme et les tensions ont été
relativement faibles au Québec et au Canada par rapport aux États-Unis et en Europe, puisque le Canada
a un taux d'immigration par habitant beaucoup plus élevé. Une réponse possible pourrait être que son
système d'immigration attire des immigrants de haute qualité qui produisent une perception positive de
l'immigration. De 2005 à 2009, 63,3 % de tous les immigrants ont été admis au Québec par le programme
des immigrants économiques, 22,0 % par le programme de réunification familiale et 12,6 % par le
programme des réfugiés (Turcotte 2010). Les immigrants économiques sont sélectionnés en fonction
d'une grille qui tient compte des éléments suivants : diplômes, compétences linguistiques
(français/anglais), expérience de travail, âge, aptitude au marché du travail et adaptabilité (Gouvernement
du Canada 2019). Le système d'immigration canadien attire des immigrants très instruits : selon le
recensement de 2000, 40 % des citoyens canadiens titulaires d'une maîtrise ou d'un doctorat étaient des
immigrants. En 2006, la proportion d'immigrants récents titulaires d'un diplôme universitaire était deux
fois plus élevée que parmi les citoyens nés au Canada (Galarneau et Morrissette 2008). Cela contraste avec
les États-Unis où les immigrants d'Amérique latine exercent une pression sur les salaires des travailleurs
américains non-qualifiés, alors qu'au contraire, l'immigration instruite du Canada impacte plutôt les
salaires des plus instruits. Selon une étude Canada-États-Unis-Mexique, les salaires des titulaires d'un
doctorat ou d'une maîtrise ont été réduits de 7 % (Aydemir et Borjas 2006), ce qui a réduit les inégalités
salariales au Canada. En termes de main-d'œuvre, les immigrants récents (ceux qui sont arrivés il y a cinq
ans ou moins) ont un taux de chômage de 4,6 % plus élevé que les natifs du Canada et cette valeur diminue
à 0,6 % pour les immigrants arrivés il y a plus de 10 ans (Yssad et Field 2018). On pourrait soutenir que la
sélection d'immigrants de qualité facilite l'intégration et aide les Canadiens à avoir une vision positive de
leur système d'immigration.
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Conclusion
En bref, cette recherche porte sur l’impact de l’immigration de masse sur le poids démographique des
ethnies locales. Le Canada, où l'immigration par habitant est élevée et le multiculturalisme est une
politique nationale, est un cas paradigmatique. La portée de cette étude s'est limitée à l'étude de l’ethnie
canadienne-française de la province de Québec. On constate que de 1971 à 2014, la part de l’ethnie
canadienne-française dans la population (poids démographique) est passée de 79 % à 64,5 % de la
population québécoise. Les projections prévoient que l’ethnicité canadienne-française descendra sous les
50 % dans la population du québécoise d'ici 2042 et sous les 45 % d'ici 2050. Les changements rapides de
population ethnique entre 2015 et 2042 ont été illustrés en examinant le poids démographique des
Canadiens français par année et par âge. L’analyse permet de comparer la pyramide des âges de 2042 des
Canadiens français à celle des immigrants arrivés après 1971 et de leurs descendants. L’analyse a
également permis de comparer pour les cohortes d'âge de 2042, la part des Canadiens français et des
immigrants post-1971 et leurs descendants. De plus, 45 scénarios de taux d'immigration et d'indice
synthétique de fécondité différents ont été projetés pour évaluer l'impact de divers taux d'immigration
sur le poids démographique des Canadiens français. Il a été découvert que l'effet des seuils migratoire sur
le déclin du poids démographique suivait une relation fonctionnelle de loi de puissance. De plus, les
combinaisons de seuils migratoires et d’indice de fécondité ont donné lieu à trois scénarios de déclin du
poids démographique, dont un qui suggère une définition mathématique du terme immigration de masse.
Des équations générales basées sur une fonction de puissance pourraient être développées pour
n'importe quel pays afin de déterminer si le poids démographique des groupes ethniques locaux change
rapidement sous l’influence d’une politique d'immigration de masse. Cela fournirait une méthode simple
qui ne dépendrait pas de projections démographiques par cohortes et composantes.
Les résultats peuvent être extrapolés au Canada et illustrent que la vision d'un pays multiculturel et
multiracial se concrétise rapidement (Malenfant 2005). Majoritairement habitée par des descendants
européens sous la gouverne de Pierre Elliott Trudeau, la politique d'immigration de masse du Canada est
en train de réduire le poids démographique des ethnies fondatrices du Canada. Le Canada devient de plus
en plus multiculturel, ce qui est conforme à la politique canadienne de multiculturalisme. L'immigration
sera probablement un sujet brûlant au cours du siècle actuel, au Québec comme dans d'autres juridictions
occidentales. Cette étude de cas offre un exemple de la façon dont l'immigration rapide peut modifier la
composition ethnique d'un territoire et ces travaux peuvent être utilisés pour illustrer des phénomènes
similaires dans d'autres nations.
Liste des acronymes
Absente de la version originale publiée
ECF : Ethnie canadienne-française. Notez bien que le terme « Canadien français » dans cette étude fait
strictement référence à la composante ethnique et non à la composante linguistique.
IED : Immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants
ISF : Indice synthétique de fécondité
NCF : Non-Canadiens français
PD : Poids démographique
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TFSA : Taux de fécondité spécifique selon l'âge
TMNA : Taux de mortalité normalisé selon l'âge
TRI : Taux de rétention des immigrants
Disponibilité des données
Fichier de données #1 : Classeur Excel, disponible en ligne, contenant les données, en provenance de
diverses sources, qui ont été utilisées pour la réalisation de cette l'étude.
Fichier de données #2 : Classeur Excel, disponible en ligne, contenant les valeurs d’entrées pour le script
MATLAB.
Fichier de données #3 : Classeur Excel, disponible en ligne, contenant les valeurs de sorties, du script
MATLAB, qui ont été utilisées pour générer les tableaux et les figures de cet article.
Fichier de données #4 : Classeur Excel, disponible en ligne, contenant les valeurs de sorties, du script
MATLAB, les calculs et les résultats qui ont été utilisés spécifiquement pour générer le tableau présentant
l'analyse de l'impact du taux d'immigration sur la diminution du poids démographique (tableau 3).
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This article analyses how language laws favouring French improved the vitality of the Francophone majority relative to the declining Anglophone minority of Quebec. Part one provides a review of Canadian Government efforts to provide federal bilingual services to Francophones and Anglophones across Canada. Using the ethnolinguistic vitality framework, part two reviews key language policies adopted in Quebec designed to increase the status of French relative to English in the province, while part 3 assesses the impact of such laws on the demographic vitality of Francophones and Anglophones. Part 4 analyse how such laws succeeded in reducing the institutional vitality of the Anglophone minority especially their English schools. Pro-French laws did succeed in having 95 % of the Quebec population maintain knowledge of French, keeping 82 % of all its citizens as users of French at home, ensured that 90 % of Francophone employees used French at work, increased to 70 % French/English bilingualism amongst Anglophones and reduced the size of their English school system by 60 %. Nationalist discourse highlights threats to French, given that Quebec Francophones remain a linguistic minority in North America. Can Francophones accept a ‘paradigm shift’ by reframing their position from a
Article
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l’immigration prend une importance accrue dans la croissance demographique quebecoise et, selon Statistique Canada, 30 % des residents de la region metropolitaine de recensement de Montreal pourraient etre nes a l’etranger en 2031. Les allophones sont appeles a prendre une place plus importante numeriquement et leurs choix linguistiques auront donc un effet accru sur l’equilibre du Quebec. L’objectif de cet article est d’analyser les facteurs demographiques, ethnoculturels et socio-economiques associes a une transition linguistique intergenerationnelle vers l’une ou l’autre des deux langues officielles, au moyen d’une regression logistique appliquee aux microdonnees du recensement canadien de 2006. L’analyse porte sur les familles composees de deux parents de sexe oppose et au moins d’un enfant âge de moins de 15 ans. Les resultats mettent en evidence l’effet des dispositions de la Charte de la langue francaise (loi 101) pour expliquer les choix linguistiques des allophones, ainsi que l’importance de la selection d’immigrants francotropes. Neanmoins, l’attrait de l’anglais demeure important pour les allophones s’etablissant au Quebec, surtout chez les plus eduques et parmi les classes socioprofessionnelles les plus favorisees.
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Résumé Au cours de la deuxième moitié du XX e siècle, la mortalité aux grands âges (80 ans et plus) s’est singularisée au Canada par son faible niveau eu égard à d’autres pays développés comparables (plusieurs pays européens et le Japon). Une des hypothèses souvent avancées pour expliquer ce phénomène est la sélection d’immigrants en bonne santé, étant donné le rôle important joué par l’immigration dans la croissance de la population canadienne. Bien que la mortalité des immigrants, en particulier celle des immigrants « non européens », soit nettement plus faible que celle des natifs du Canada à tous les âges, le poids de ces immigrants aux âges avancés n’est pas assez important pour expliquer la plus faible mortalité des Canadiens. Il semble bien qu’une combinaison de facteurs, au nombre desquels figurent des conditions de vie plus favorables, soit à l’origine de ce phénomène, qui pourrait cependant disparaître au cours des prochaines années.
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In August 2013, the Government of the Parti Québécois first introduced the idea for a Quebec Charter of Values. This led to a stiff debate during which anti-immigration and anti-Islam sentiments were expressed by government officials, newspaper columnists and other well-known public figures. These opinions were in turn appropriated and disseminated by a number of citizens throughout social medias. In some regards, these attitudes and opinions are akin to those of extreme right movements and parties in Europe and the United States. In this article, we ask whether we are witnessing the rise of an extreme right in Quebec, a political stance so far estranged to this society. We start with a conceptual discussion of the notion of extreme right and then proceed to analyze the arguments put forward to support the Charter of Values. We conclude that even though the debates do reveal the “radicalization” of certain segments of public opinion toward the right, it is not possible to categorize this shift as the blooming of an “extreme right” in the full sense of the term. Résumé: En août 2013, le gouvernement du Parti Québécois lance pour la première fois l’idée d’une “Charte des valeurs québécoises”. Dans les mois suivants, le projet va générer d’intenses débats durant lesquels de nombreuses personnalités (politiciens, éditorialistes, chroniqueurs, comédiens, etc.) revendiqueront publiquement des postures anti-immigration et anti-islam. Ces prises de position seront ensuite appropriées et largement relayées par divers groupes de citoyens sur les réseaux sociaux, dont Facebook. Dans la mesure où ces discours s’apparentent à ceux de mouvements ou partis politiques qui, en Europe, sont associés à l’extrême droite, cet article demande si les débats autour de la Charte sont révélateurs de l’émergence d’une extrême droite québécoise. Il débute par une discussion conceptuelle autour de la notion d’extrême droite, puis entreprend d’analyser les arguments avancés par les partisans de la Charte pour soutenir le projet. Si nos observations permettent d’établir la « radicalisation » effective de certains segments de l’opinion publique vers la droite, ce glissement ne peut être catégorisé comme étant révélateur d’une « extrême droite » dans le sens plein du terme.
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A la lumiere du lien entre l'assimilation linguistique et la crise de l'unite canadienne, nous examinons, au moyen des donnees de recensements, les tendances de l'assimilation des allophones au Quebec et des minorites francophones dans les autres provinces. Il en ressort une francisation relative des immigrants recents au Quebec, attribuable a une immigration accrue en provenance de pays de langue latine ou de la francophonie et, dans une moindre mesure, a la scolarisation obligatoire en francais prevue par les lois 22 et 101. En revanche, l'anglicisation est plus forte qu'en 1971 parmi les immigres etablis depuis plus longtemps et les allophones nes au Quebec. Ailleurs au Canada, l'anglicisation des francophones est partout a la hausse sauf, peut-etre, au Nouveau-Brunswick. Les tendances defavorables au francais appellent une revision majeure de la politique canadienne en ce qui concerne la langue, la culture et la nationalite du Canada francais.
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Le résultat du référendum de 1995 a eu pour effet de révéler le clivage qui semble s’être creusé entre ce qu’il faut bien appeler le Québec francophone et ses autres, les Québec anglophone et allophone. Cet article porte sur la redéfinition des enjeux soulevés par ce clivage politique et par l’apparition d’un nouvel argumentaire qui, s’appuyant sur la primauté du droit et de la démocratie, structure maintenant le débat autour d’une éventuelle accession du Québec à la souveraineté. Nous tentons de mettre à jour les implications stratégiques de ces incantations au droit et à la démocratie mais, plus fondamentalement, nous cherchons à montrer comment ces arguments nouveaux désignent le lieu d’un problème véritable : celui de la faisabilité et de la légitimité de l’entreprise. La victoire d’un oui signifierait celle d’une majorité de francophones sur les minorités anglophone et allophones. Cela ne veut pas dire qu’une proclamation de souveraineté consécutive à une victoire référendaire serait illégitime, mais qu’un tel clivage signale à tout le moins les difficultés auxquelles se heurterait le nationalisme francophone quant à la mise en oeuvre concrète d’une éventuelle souveraineté.
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L’analyse longitudinale des donnees de recensement les plus recentes confirme la faiblesse du francais en regard de l’anglais comme langue d’assimilation a Montreal, ainsi que l’emballement de l’anglicisation des francophones a l’exterieur du Quebec et du Nouveau-Brunswick. Etant donne la stabilisation de la sous-fecondite des populations anglophone et francophone a des niveaux semblables, le prejudice demographique que cause a la population de langue francaise le pouvoir d’assimilation disproportionne de l’anglais ressort directement de la comparaison du profil des deux populations selon l’âge : les generations anglophones se remplacent aussi bien au Quebec que dans le reste du Canada, alors que le deficit entre les generations francophones mene au declin des effectifs au Quebec comme dans l’ensemble du Canada francais.
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Cet article traite de la contribution de Jacques Henripin à l’étude des groupes linguistiques au Québec et au Canada. Les travaux de ce dernier en matière démolinguistique peuvent être répartis en trois périodes. Après avoir manifesté, au cours des années 1960 et 1970, sa préoccupation quant à la pérennité du groupe francophone au Québec, il a par la suite soutenu que l’avenir de ce groupe était assuré à long terme. Ses derniers écrits témoignent cependant d’un retour à une vision plutôt « pessimiste » de l’évolution future du poids démographique des francophones au Québec.
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At varying points in Quebec’s recent history, political parties have gained prominence through employing identity politics, framing Muslims as a threatening ‘Other’. This occurred during the Reasonable Accommodation debates from 2006 to 2008 and more recently in discussions over Bill 60, a proposed law that would have prohibited government employees or employees of state-funded institutions from wearing conspicuous forms of religious attire. This article attempts to contextualise the anti-Muslim fallout which resulted from Bill 60, arguing that it was symptomatic of pre-existing fears of a threatening ‘Other’. Through examining how Quebec identity was transformed in the 1960s, this article will demonstrate how the values proceeding from this era influenced state policies to preserve the white francophone majoritarian culture. In the post-9/11 context, this has resulted in Islamophobic rhetoric and anti-Muslim bias permeating political and media discourses in Quebec on the grounds of asserting gender equality and secularist ideals.