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Une musique qui se meurt ? Les institutions musicales face au vieillissement des publics de la musique classique

Authors:
Revue de l’Institut de sociologie de l’Université libre de Bruxelles 2019
Revue de l’Institut de sociologie
de l’Université libre de Bruxelles 2019 / Vol. 89
Arts et vieillissement
Les âges de la création, de la médiation et de la réception artistiques
Clara Lévy et Alain Quemin Introduction – Stéphane Dorin Les institutions musicales face au
vieillissement des publics de la musique classique Guillaume Fournier Le vieillissement
artistique : un amplificateur des inégalités de genre dans le milieu de l’art contemporain
français ? Maria Patricio Mulero Femmes au bord de la crise de l’âge. Trajectoires et
vieillissement des chicas Almódovar, héroïnes du cinéma espagnol – Sylvie Octobre Les
pratiques culturelles des enfants à l’épreuve du temps et du vieillissement. Les apports des
enquêtes longitudinales Pierre-Emmanuel Sorignet Ne plus être « un enfant dans le
monde des adultes » : vieillir dans la danse.
Varia
Éric Lucy L’É t at e t l’ éc on om i e so ci al e de m ar c hé .
ISSN O770-1055
Revue de l’Institut de sociologie de l’Université libre de Bruxelles 2019 / Volume 89
Institut de sociologie, ULB (CP 124), 44 avenue Jeanne, B-1050 Bruxelles
Arts et
vieillissement
Sous la direction de Clara Lévy et Alain Quemin
ISBN 978-2-37817-572-6
,!7IC8H3-bhfhcg!
Arts et
vieillissement
Sous la direction de Clara Lévy et Alain Quemin
RIS couverture_2019_320 x 235_2 option 19/02/2021 09:52 Page1
Revue de l’Institut de sociologie 2019 5
Sommaire
ARTS ET VIEILLISSEMENT
sous la direction de Clara Lévy et Alain Quemin
7 Introduction
Clara Lévy et Alain Quemin
19 Une musique qui se meurt ?
Les institutions musicales face au vieillissement des publics de la musique classique
Stéphane Dorin
39 Le vieillissement artistique : un amplificateur des inégalités de genre
dans le milieu de l’art contemporain français ?
Guillaume Fournier
57 Femmes au bord de la crise de l’âge.
Trajectoires et vieillissement des chicas Almódovar, héroïnes du cinéma espagnol
Maria Patricio Mulero
75 Les pratiques culturelles des enfants à l’épreuve du temps et du vieillissement.
Les apports des enquêtes longitudinales
Sylvie Octobre
89 Ne plus être « un enfant dans le monde des adultes » : vieillir dans la danse
Pierre-Emmanuel Sorignet
VARIA
107 L’État et l’économie sociale de marché
Éric Lucy
Une musique qui se meurt ?
Les institutions musicales face au vieillissement
des publics de la musique classique
Stéphane Dorin
Professeur de sociologie à l’Université de Limoges, membre du laboratoire Gresco
La musique classique est confrontée depuis plusieurs années au vieillissement et au rétrécissement de la
base sociale des publics de ses concerts, comme l’ont montré plusieurs enquêtes. Ce constat conduit à nous
interroger sur la place de la musique classique, notamment chez les plus jeunes, et, de manière plus géné-
rale, sur l’évolution des pratiques culturelles, savantes et populaires, à l’ère numérique. L’élévation des âges
moyen et médian des publics du classique s’accompagne d’une élitisation de ces publics, notamment en
termes de diplôme et de formation musicale, mais aussi d’une féminisation et d’une exclusion des minorités
ethniques. Âge, classe, genre et ethnicité semblent ainsi définir quatre frontières qui viennent clore le péri-
mètre du concert classique, assimilé de plus en plus souvent dans l’espace public à une pratique culturelle
senior. Face à ces évolutions, les institutions musicales ont le plus grand mal à dépasser des stratégies de
dénégation largement contre-productives et à intégrer les apports des enquêtes en sciences sociales.
For several years now, classical music has been confronted with aging and a shrinking social base of its
concert audiences, as several surveys have shown. This observation leads us to wonder about the place of
classical music, especially among the youngest, and, more generally, about the evolution of cultural prac-
tices, whether highbrow or lowbrow, in the digital age. The rise in the average and median ages of classical
music audiences is accompanied by an elitist status of these audiences, particularly in terms of degrees
and musical training, but also by feminization and the exclusion of ethnic minorities. Age, class, gender and
ethnicity thus seem to define four boundaries that in a way close the perimeter of the classical concert,
which is increasingly assimilated in the public space to a senior cultural practice. Faced with these deve-
lopments, musical institutions find it very difficult to move beyond largely counterproductive strategies of
denial and to integrate the contributions of social science surveys.
La sociologie de la musique s’intéresse depuis plusieurs années au vieillissement
et au rétrécissement de la base sociale des publics de la musique classique, parti-
culièrement en concert, mais aussi en termes de consommation de musique enre-
gistrée sur des supports électroniques et numériques – dont la radio, la télévision,
les lecteurs de CD, de DVD, les platines vinyles ou cassettes, ainsi que les ordi-
nateurs fixes et portables, les smartphones ou encore les tablettes.
Pour autant, l’écoute de musique a progressé de manière très importante au
cours des dernières décennies, en particulier grâce aux différentes générations de
Revue de l’Institut de sociologie 2019 19
technologies de reproduction sonore, jusqu’aux plus nomades, au point d’occuper
une place prépondérante dans la vie culturelle des Français. Ainsi, plus de 80 %
des Français écoutent de la musique, dont un tiers tous les jours, selon les
enquêtes publiées par le Ministère de la Culture et de la Communication. Et ce
sont plus de trois jeunes sur quatre qui écoutent de la musique quotidiennement1.
Or ce sont les musiques qualifiées de populaires, comme le rock, le metal, le rap,
le R’n’B, l’electro, ou encore la soul et le reggae mais aussi, notamment aux États-
Unis, la country et la folk music, qui se sont massivement diffusées en France au
cours des quatre dernières décennies, y compris dans les classes supérieures et
diplômées, au point qu’elles en sont devenues les genres musicaux préférés, et ce
plus particulièrement pour les générations les plus jeunes. L’adjectif « populaire »
a, par ailleurs, du mal à s’imposer dans le débat public sur les goûts musicaux et
les programmations des salles et ce sont les adjectifs « actuelles » ou « amplifiées »
qui restent encore utilisés dans les terminologies officielles, sans que soit clos le
débat, lancé dans les années 1980, au moment de l’ouverture des politiques cul-
turelles par Jack Lang, sur la qualification des musiques ne pouvant être assimi-
lées aux musiques dites savantes. Le terme « populaire » est, quant à lui, largement
utilisé dans les pays anglo-saxons, où le discrédit qui lui est associé en France est
contrebalancé par des formes anciennes de reconnaissance sociale de la valeur de
la culture populaire en général – et dont témoignent les Popular Music Studies et
leur institutionnalisation croissante dans les pays anglophones depuis le début des
années 1980, comme le confirme la naissance de la revue universitaire britannique
Popular Music en 1981. Il y a donc une particularité française, où le sens des hié-
rarchies culturelles et musicales, souvent étudiées par les sociologues mais aussi les
historiens et les musicologues, reste encore très cru et très prégnant.
Dans ce contexte spécifique où la musique classique continue de jouer un rôle
majeur dans la définition de ce qu’est la culture savante, la question du vieillisse-
ment de ses publics se heurte souvent à des formes de dénégation, par tous les
moyens possibles, ou de déploration, car elle serait le signe du déclin inexorable
de l’identité occidentale et de sa culture. On y retrouve ici les échos d’une angoisse
particulière, liée à un pessimisme culturel, auquel s’oppose, de manière symé-
trique et tout aussi exagérée, une forme de jubilation à imaginer le possible effa-
cement d’une culture musicale jugée parfois obsolète en regard des évolutions
démographiques, sociales et culturelles qui accompagnent la mondialisation et la
diffusion massive des nouvelles technologies. En tout état de cause, le fait que les
musiques qualifiées de populaires – nous mettrons le cas du jazz et de sa légitima-
tion croissante au cours du XXesiècle à part, car il fait désormais partie du registre
des musiques savantes à de très nombreux égards – soient devenues l’apanage des
classes moyennes et supérieures, et ce dans la totalité des pays dans lesquelles des
enquêtes empiriques ont été conduites depuis les années 1990, pose déjà un pro-
blème terminologique de taille aux analystes : comment continuer à qualifier de
populaires les musiques préférées des classes supérieures ? Et, partant, comment
Stéphane Dorin
20 Revue de l’Institut de sociologie 2019
rendre compte du déclin et du vieillissement des musiques dites savantes, présu-
mées représenter la quintessence du goût musical des catégories privilégiées alors
qu’elles y sont largement minoritaires ?
Nous montrerons d’abord que les éléments de preuves s’accumulent avec force
depuis plusieurs années en direction d’un vieillissement des publics, accompagné
de son élitisation, mais il est vrai que la France a longtemps été en retard sur cette
question sensible du point de vue des politiques culturelles. En regard d’une
double comparaison, dans le temps et entre pays où l’on dispose d’enquêtes indé-
pendantes et sérieuses sur les pratiques culturelles, il est possible de dégager une
tendance de long terme, qui s’est amplifiée au cours de la dernière décennie, ce
qui relativise fortement les polémiques et dénégations qui s’expriment encore
régulièrement et font obstacle, d’une part, à la prise en compte du phénomène
et, d’autre part, à son analyse approfondie et à la recherche de pistes ce qui se
fait déjà depuis la fin des années 2000 aux États-Unis par exemple. Puis, nous éta-
blirons, à l’aide des enquêtes empiriques sur les publics des concerts eux-mêmes,
que nous sommes face à un certain effacement de la musique classique à terme
dans le cadre d’une problématique de renouvellement générationnel des goûts
culturels, qui doit nous conduire à infirmer l’hypothèse du cycle de vie, encore
régulièrement convoquée pour expliquer que les publics de la musique classique
ont toujours été plus âgés que la population générale. Mais rajeunir les publics ne
saurait constituer un objectif unique et simple de diversification des publics, car
la jeunesse n’est pas homogène et parce que, dans le cas de la musique classique,
il existe une fraction, repérable dans toutes les enquêtes empiriques récentes
disponibles, de jeunes auditeurs sur-sélectionnés socialement et culturellement.
De ce point de vue-là, rajeunissement et diversification sociale ne vont pas néces-
sairement de pair, comme le montre l’analyse de notre enquête PICRI2. La thèse
du renouvellement générationnel doit en effet être nuancée à l’aune des autres
critères de distinction de la musique classique, ne serait-ce que par rapport à la
classe sociale, mais aussi au genre et à l’origine ethnique dans le contexte de
sociétés plus sensibles aux questions démocratiques de diversité et de la progres-
sion d’un certain cosmopolitisme dans le cadre de la globalisation culturelle et
que l’âge ne constitue finalement qu’une des frontières de la musique classique.
Une tendance de long terme dans les enquêtes sur les pratiques culturelles
en France et à l’étranger
Progression et intensification de l’omnivorisme, au sens de Richard A. Peterson3,
ou de l’éclectisme chez Pierre Bourdieu et chez Olivier Donnat4au sein des frac-
tions diplômées des nouvelles générations, montée en puissance des industries
culturelles et des médias, diffusion d’une culture jeune fondée sur de nouveaux
styles musicaux et leurs musiciens stars depuis les années 1950 constituent autant
de phénomènes à la fois sociaux, économiques et anthropologiques qui contri-
Une musique qui se meurt ?
Revue de l’Institut de sociologie 2019 21
buent à diminuer la place accordée dans l’espace public à la musique classique. Ses
codes, notamment vestimentaires et comportementaux, ses références, ses lieux –
les salles de concert – et ses rituels comme le concert et son programme, ont cons-
titué, au milieu du XIX esiècle, l’essence même de la sortie bourgeoise, en oppo-
sition aux loisirs vulgaires des classes populaires, comme l’ont montré Pierre
Bourdieu pour la France et Paul DiMaggio pour les États-Unis, notamment à
Boston5, dont le modèle s’est diffusé, d’abord à New York et Chicago, puis à l’en-
semble du pays dans la deuxième moitié du XIX esiècle. Les débats sont désormais
devenus récurrents, à Paris ou à New York, sur la pertinence des applaudisse-
ments6entre les mouvements d’une symphonie ou les bravi des auditeurs les plus
enthousiastes, tels que l’on peut les trouver en Amérique latine, comme le montre
très bien la formidable enquête ethnographique sur les afficionados d’opéra à
Buenos Aires de Claudio Benzecry 7. Ces controverses opposent les puristes, sou-
cieux du respect de l’étiquette des concerts définie vers 1860 aux modernistes,
plus respectueux de la diversité et soulagés que de nouvelles fractions, moins au
fait des codes bourgeois du concert classique, parviennent à trouver le chemin des
salles de concert et des maisons d’opéra.
Le déclin de cette culture du concert classique dans sa version bourgeoise des
années 1850 au profit des nouvelles formes de sorties culturelles des Sixties a
accompagné une transformation profonde des rapports à la culture de manière
générale et à la musique en particulier. Cette évolution des goûts musicaux pose
in fine la question des publics de la musique savante et tout particulièrement des
concerts. La musique savante est ainsi confrontée depuis plusieurs décennies à un
processus de vieillissement de son public, qu’illustre, entre autres, l’évolution de
la part des moins de 35 ans dans l’auditoire de l’Ensemble intercontemporain,
passée de 43,5 % à 18,1 % entre 1983 et 2008, telle que je l’ai montrée dans l’en-
quête que j’ai conduite sur les publics de l’Ensemble intercontemporain (EIC) et
en la comparant à celle conduite par Pierre-Michel Menger en 1983 8.
Toutefois, il est possible de s’appuyer également sur les déclarations des répon-
dants aux enquêtes statistiques conduites par le Département des Études, de la Pro-
spective et des Statistiques (DEPS), Pratiques Culturelles. Elles mesurent ainsi,
depuis de nombreuses décennies désormais, la proportion de Français de 15 ans et
plus ayant déclaré avoir assisté à au moins un concert de musique classique au
cours des douze derniers mois. Cette proportion a augmenté légèrement jusqu’aux
années 1980-1990, puis est retombée au cours des années 2000.
Tableau 1 - Proportion de Français de 15 ans et plus ayant assisté à
un concert de musique classique au cours des douze derniers mois
Source : Enquêtes sur les Pratiques culturelles, Ministère de la Culture et de la Communication.
Stéphane Dorin
22 Revue de l’Institut de sociologie 2019
1973
7%
1981
7%
1988
9 %
1997
9 %
2008
7 %
2018
6 %
La France n’est pas le seul pays à disposer d’un tel dispositif d’enquête concernant
les pratiques culturelles et artistiques. Ainsi, les États-Unis se sont dotés, à travers
le National Endowment for the Arts (NEA) depuis le début des années 1980,
d’un dispositif similaire, centré sur les pratiques artistiques dites savantes, à savoir
les enquêtes Survey on Public Participation in the Arts (SPPA), dont la dernière
vague a été passée en 2017 et les données mises à disposition des chercheurs. Les
résultats en sont sensiblement différents, car, d’une part, la population de réfé-
rence de l’échantillonnage est celle des adultes de plus de 18 ans, et, d’autre part,
la catégorie de « musique classique » englobe des événements qui seraient certai-
nement classés comme n’en relevant pas, mais de formes plus légères comme la
musique de film ou la musique militaire – les premières vagues de Pratiques cul-
turelles jusqu’en 1981 inclus mentionnaient la « grande musique » pour parler de
musique classique. La situation américaine montre cependant un déclin très net
entre le début des années 1980 et les années 2010, comme le fait apparaître le
tableau suivant.
Tableau 2 - Proportion d’Américains de 18 ans et plus ayant assisté à
un concert de musique classique au cours des douze derniers mois
Source : enquêtes SPPA, NEA.
Mais ce type de données est également disponible en Grande-Bretagne, qui
dispose, depuis les années 2000, d’un dispositif annuel de grande ampleur,
Taking Part. Si l’on prend en compte d’autres formes de sorties culturelles
savantes, opéra, concert de jazz et ballet, toutes sont confrontées à un déclin
notable au cours de la décennie, à l’exception notable du ballet.
Tableau 3 - Evolution 2005-2016 de la participation à un spectacle
au cours des 12 derniers mois en Grande-Bretagne
Source : Taking Part
D’autres précisions sont accessibles en comparant les résultats des saisons 2009-
2010 et 2015-2016, pourtant peu distantes dans le temps.
Une musique qui se meurt ?
Revue de l’Institut de sociologie 2019 23
1982
13 %
1992
12,5 %
2002
11,6 %
2008
9,3 %
2012
8,8 %
2017
8,6 %
2005/6
4,4 %
8,3 %
5,6 %
3,9 %
2006/7
3,8 %
7,7 %
5,6 %
3,5 %
2007/8
3,9 %
7,6 %
5,4 %
3,7 %
2008/9
4,0 %
8,1 %
5,7 %
3,6 %
2009/10
4,3 %
7,6 %
5,4 %
3,6 %
2011/12
3,9 %
7,7 %
5,6 %
4,3 %
2012/13
4,0 %
7,9 %
5,0 %
4,1 %
2013/14
3,9 %
7,2 %
5,5 %
4,2 %
2014/15
3,7 %
7,0 %
5,2 %
4,0 %
2015/16
4,0 %
7,6 %
5,2 %
4,2 %
Variation
-9,1 %
-8,4 %
-7,1 %
-7,7 %
Opéra / opérette
Musique classique
Concert de jazz
Ballet
Tableau 4a - Fréquentation d’un spectacle en Grande-Bretagne en 2009-2010
Source : Taking Part
Tableau 4b - Fréquentation d’un spectacle en Grande-Bretagne en 2015-2016
Source : Taking Part
Lors de l’édition 2009/2010 de l’enquête Taking Part, le volet sociodémogra-
phique permet de repérer la surreprésentation des classes d’âge les plus élevées
dans les publics de l’opéra, mais aussi du jazz, et plus encore dans celui des
concerts de musique classique. On y constate toutefois une diminution marquée
de la fréquentation des concerts et spectacles après 75 ans. Une présence plus
importante des femmes dans les publics de l’opéra et du classique ainsi que dans
ceux du ballet – au sens anglo-saxon de ballet classique, ce qui exclut la danse
contemporaine – phénomène sans doute plus attendu, est également à noter. En
2015-2016, c’est la forte augmentation de la proportion de plus de 75 ans qui est
remarquable, en dépit d’une relative stagnation de la proportion de Britanniques
ayant assisté à un concert au cours des douze derniers mois écoulés avant l’enquête
annuelle en question.
Enfin, aux Pays-Bas, qui possède une longue tradition d’enquêtes sur les pra-
tiques culturelles comme la France, les tendances constatées dans le cadre des der-
nières enquêtes entre 1995 et 2007 montrent les mêmes évolutions : déclin général,
augmentation de la surreprésentation des classes d’âge les plus élevées, particulière-
ment les 65-79 ans ces dernières années, et surreprésentation des femmes.
Stéphane Dorin
24 Revue de l’Institut de sociologie 2019
Opéra ou opérette
4,3 %
3,4 %
5,2 %
1,9 %
3,2 %
5,6 %
7,8 %
3,8 %
Musique classique
7,6 %
6,9 %
8,2 %
3,3 %
5,5 %
10,1 %
12,4 %
8,2 %
Concert de jazz
5,4 %
6,1 %
4,7 %
5,1 %
4,9 %
6,7 %
6,0 %
2,7 %
Ballet
3,6 %
1,8 %
5,3 %
2,1 %
3,0 %
4,1 %
6,2 %
3,7 %
Tous
Hommes
Femmes
16-24 ans
25-44 ans
45-64 ans
65-74 ans
75 ans et plus
Opéra ou opérette
4,0 %
3,6 %
4,4 %
1,8 %
2,7 %
4,4 %
7,7 %
6,1 %
Musique classique
7,6 %
6,9 %
8,2 %
3,6 %
4,6 %
8,9 %
12,8 %
12,6 %
Concert de jazz
5,2 %
5,2 %
5,2 %
2,4 %
4,3 %
65 %
6,5 %
6,3 %
Ballet
4,2 %
2,3 %
6,0 %
1,7 %
3,9 %
4,7 %
5,9 %
5,5 %
Tous
Hommes
Femmes
16-24 ans
25-44 ans
45-64 ans
65-74 ans
75 ans et plus
Tableau 5 - Fréquentation des concerts de musique classique aux Pays-Bas 1995-2007
Source : Sociaal en Cultureel Planbureau, La Haye, 2009
Il est à noter que les taux nominaux de sortie au concert classique peuvent
paraître plus élevés, mais c’est en raison d’une définition plus large de la
« musique classique », qui inclut la musique classique stricto sensu, mais aussi
l’opéra et le lyrique et certaines catégories qui seraient classées en musique clas-
sique « légère » ailleurs, reflétant ainsi une diversité, au sein de l’Europe, dans
l’appréhension même de la catégorie « musique classique », qu’Esteban Buch
définit d’ailleurs plutôt comme un « hypergenre », regroupant divers sous-genres
parfois incommensurables, plutôt qu’un genre aisément identifiable 9. Il est à
noter également la baisse sensible de la participation des 20-34 ans, et surtout des
35-49 ans, leur participation chutant de moitié entre 1995 et 2007, tandis que
les 65-79 ans ont vu leur fréquentation augmenter de 6 points passant de 20 à
26 % en 1995.
Une comparaison plus poussée, à la fois sur le plan temporel et sur le plan
international, peut être effectuée en s’intéressant aux âges moyens et médians des
spectateurs et auditeurs de différentes sorties culturelles, dont la musique clas-
sique. Les données les plus intéressantes en termes longitudinaux sont celles des
enquêtes Pratiques Culturelles et les Surveys on Public Participation in the Arts
(SPPA) aux États-Unis, et à un degré moins poussé les enquêtes Taking Part de
2005-2006 et de 2015-2016. L’âge moyen n’est cependant pas un indicateur très
pertinent pour mesurer le vieillissement. En effet, lorsque la distribution d’une
variable dans une population se caractérise par des effectifs élevés pour les valeurs
les plus grandes, la médiane est supérieure à la moyenne. C’est l’inverse pour les
variables qui, comme le revenu ou le patrimoine, ont une distribution où les
valeurs les plus faibles sont les plus nombreuses. Or, dans le cas d’un vieillisse-
Une musique qui se meurt ?
Revue de l’Institut de sociologie 2019 25
1995
17 %
15 %
20 %
6 %
10 %
14 %
21 %
27 %
20 %
12 %
25%
19 %
16 %
1999
15 %
13 %
17 %
6 %
8 %
10 %
14 %
25 %
25 %
15 %
19%
18 %
14 %
2003
14 %
12 %
16 %
8 %
7 %
10 %
13 %
22 %
20 %
15 %
22%
14 %
12 %
2007
14 %
12 %
16 %
6 %
7 %
10 %
10 %
22 %
26 %
11 %
22 %
13 %
13 %
Tous
Hommes
Femmes
6-11 ans
12-19 ans
20-34 ans
35-49 ans
50-64 ans
65-79 ans
80 ans et plus
agglo. urbaines
villes > 100 000 hab.
< 100 000 hab.
ment de la population des auditeurs de concerts de musique classique, ce sont
bien les effectifs des valeurs les plus élevées qui progressent. Le vieillissement se
mesurera donc plus aisément par la comparaison des âges médians dans le temps,
en le rapportant à l’évolution des âges médians de l’échantillon général utilisé et
qui rend compte de l’évolution démographique générale, à savoir un vieillisse-
ment des populations des pays occidentaux, notamment la France et les États-
Unis, qui nous intéressent ici.
C’est pourquoi j’ai construit la base suivante, à partir des différentes vagues
d’enquête disponibles en France et aux États-Unis entre le début des années 1980
et la fin des années 2010 en France et aux États-Unis, ce qui permet d’intéres-
santes comparaisons. En Grande-Bretagne, on comparera deux vagues à dix ans
d’écart entre 2006 et 2016.
Tableau 6 - Âges médians des spectateurs des sorties culturelles
en Grande-Bretagne en 2005-2006 et 2015-2016
Source : Taking Part
Comme le montrent les tableaux 7a et 7b des âges médians par sortie cultu-
relle en France et aux États-Unis, les publics du concert classique, comme ceux de
l’opéra, ont vieilli plus rapidement que la population générale depuis les années
1980, en France comme aux États-Unis. Ce phénomène affecte les différentes
sorties culturelles, opéra, théâtre, musique classique et jazz, sauf le ballet en
France. Mais il faut noter une différence dans la définition : en France, le ballet
comprend la danse classique et la danse contemporaine dans les questions posées,
tandis qu’en anglais, ballet désigne uniquement le ballet classique. Or, les specta-
teurs de danse contemporaine ont tendance à être sensiblement plus jeunes que
les spectateurs de ballet classique, comme permettent de le montrer les données
britanniques de Taking Part utilisées dans le tableau 6. On ne peut que constater
que les âges médians progressent le plus pour le jazz, dont les amateurs étaient
plus jeunes en 2006, et la musique classique, dont les auditeurs ont gagné trois
ans en dix années.
Les enquêtes Pratiques Culturelles et Survey of Public Participation in the Arts
(SPPA) reposent sur des déclarations, puisqu’ils enregistrent la réponse à une
question portant sur le fait de s’être rendu à une activité culturelle (concert,
théâtre, etc.) au cours de l’année écoulée. De tels dispositifs induisent une surdé-
Stéphane Dorin
26 Revue de l’Institut de sociologie 2019
2005-2006
55
56
49
50
45
2015-2016
57
59
54
51
45
Gain
2
3
6
1
0
Opéra ou opérette
Musique classique
Concert de jazz
Ballet
Danse contemporaine
27
Revue de l’Institut de sociologie 2019
Une musique qui se meurt ?
claration des pratiques, les répondants moins investis tentant de donner une
image plus proche de la norme sociale, qui valorise la sortie culturelle. Ainsi, les
âges médians obtenus par ces dispositifs sont susceptibles d’être sous-évalués si les
classes d’âge les moins investies, ici les plus jeunes, surdéclarent leurs sorties. Par
ailleurs, ce dispositif d’enquête fournit un pourcentage de participation culturelle
par exemple, « être allé au concert classique une fois au moins au cours de
l’année écoulée » – au sein de la population adulte (plus exactement les 15 ans et
plus en France, les 18 ans et plus aux États-Unis).
Construites selon la méthode des quotas à partir d’un échantillon non aléa-
toire, les enquêtes Pratiques Culturelles – sauf la vague 2018, qui a pu obtenir le
label INSEE et utiliser un échantillon aléatoire et SPPA se caractérisent par
un biais déclaratif. Cependant, celui-ci se répétant de vague en vague d’enquête,
il n’affecte pas les comparaisons faites dans le temps, permettant de tracer des
évolutions.
Il apparaît alors clairement, lorsqu’on analyse la colonne « Gain » que ce sont
d’abord les publics du jazz qui ont le plus fortement vieilli. Mais ils étaient aussi les
plus jeunes au départ. Il faut noter qu’en France, les résultats de l’enquête 1973 ont
été écartés car l’âge n’était donné qu’en classes d’âge, rendant impossible le calcul
de moyenne ou de médiane. Par ailleurs, les genres « jazz » et « pop » sont restés
confondus en France en 1973 et 1981. Nous avons choisi de conserver malgré tout
la vague 1981, car elle est porteuse d’informations riches et parce que la différence
d’âge entre les amateurs de jazz et de pop restait sans doute, comme dans d’autres
pays, relativement faible ce qui n’est plus le cas depuis les années 2000.
Ensuite, la musique classique a vu son âge médian passer de 33 ans en 1981
à 61 ans en 2018 en France ; l’évolution est similaire comme aux États-Unis,
pour y atteindre 55 ans en 2017. Rappelons qu’en Grande-Bretagne, il est passé
de 56 à 59 ans (Tableau 6). Et, lorsque l’on rapporte les gains d’âge médian à
l’augmentation de celui de l’échantillon général, passé de 36 à 54 ans entre 1981
et 2018 en France et de 40 à 49 ans entre 1982 et 2017 aux États-Unis, la
matrice des gains rapportés à l’échantillon total permet de mettre en lumière
l’accélération du vieillissement des publics de la musique classique, aussi bien en
France qu’aux États-Unis, respectivement de 7 en France et de 6 ans aux États-
Unis. Par comparaison, et pour bien comprendre l’intérêt de cette matrice, on
remarquera que les auditeurs de concerts de jazz au début des années 1980
étaient sensiblement plus jeunes que la population générale, dans les deux pays.
C’était encore une « musique de jeunes » du moins à travers la pratique des
concerts, mais ce n’est plus le cas au XXIesiècle. Tout se passe comme si les
publics du jazz avaient vieilli sans se renouveler au cours des décennies passées,
ce qui constitue sans doute un indice supplémentaire de la légitimation de ce
genre musical, qui appartient sormais à la catégorie des musiques dites
savantes.
28 Revue de l’Institut de sociologie 2019
Stéphane Dorin
Âges médians pour les sorties culturelles suivantes au cours des 12 derniers mois, en
France et aux Etats-Unis :Tableau 7a
a. La catégorie jazz n’est pas
distinguée de la musique pop dans
l’enquête de 1981.
b. La différence nette représente la
différence entre l’âge médian de la
pratique culturelle considérée et
l’âge médian de l’échantillon total.
Calculs de l’auteur.
Source : Enquêtes Pratiques Culturelles, Ministère de la Culture, 1973-2018.
Tableau 7b
Source : Enquêtes SPPA, National Endowment for the Arts, 1982-2012.
Ces évolutions sont à rapporter aux transformations profondes qui affectent le
goût musical et à l’importance croissante de la diffusion des musiques populaires.
La musique classique se retrouve ainsi en compétition avec les musiques popu-
laires, notamment dans l’espace médiatique. Ainsi, le vieillissement des publics
affecte également les audiences de la radio 10, avec un âge moyen de 62 ans pour
Radio Classique et de 68 ans pour France Musique, selon l’enquête Médiamétrie
de 2013.
1982
29
37
39
43
40
40
-11
-3
-1
3
0
1985
33
37
40
42
41
40
-7
-3
0
2
1
1992
37
40
44
45
45
42
-5
-2
2
3
3
1997
41
44
44
45
46
43
-2
1
1
2
3
2002
43
44
46
48
49
45
-2
-1
1
3
4
2008
48
47
50
50
52
48
0
-1
2
2
4
2012
48
48
50
54
54
49
-1
-1
1
5
5
2017
50
48
53
56
55
49
1
-1
4
7
6
Gain
21
11
14
13
15
9
États-Unis âge médian
Jazz
Ballet
Théâtre
Opéra
Musique classique
Échantillon total
Différence nette b
Jazz
Ballet
Théâtre
Opéra
Musique classique
1981
23
31
30
41
33
36
-13
-5
-6
5
-3
1988 c
31
35
35
44
41
39
-8
-4
-4
5
2
1997
35
38
39
43
46,5
41
-6
-3
-2
3
5,5
2008
43,5
40
45
56
55
45
-1,5
-5
0
11
10
2018
56
49
53
51
61
54
2
-5
-1
-3
7
Gain
33
18
23
10
28
18
France âge médian
Jazz a
Danse
Théâtre
Opéra
Musique classique
Échantillon total
Différence nette b
Jazz
Danse
Théâtre
Opéra
Musique classique
29
Revue de l’Institut de sociologie 2019
Une musique qui se meurt ?
La fin de l’hypothèse du cycle de vie confirmée par les enquêtes
auprès des publics des concerts
Les enquêtes passées directement auprès des publics des concerts, c’est-à-dire
dans les salles elles-mêmes, reposent sur un échantillonnage empirique, fondé sur
le volontariat. Dans le cas de l’enquête PICRI (2012-2014) que j’ai dirigée, j’ai
corrigé en partie ce biais par la construction de quotas de concerts, de genres et
de lieux. Ce type d’échantillonnage volontaire tend, selon l’hypothèse la plus
vraisemblable, à surreprésenter les plus investis dans la pratique, ici sans doute les
plus âgés parmi les répondants, sans qu’il soit possible d’en être certain.
Les enquêtes de type « sorties de concerts » se caractérisent donc, par construc-
tion, par un biais de sélection, et non plus un biais de déclaration comme les
enquêtes Pratiques culturelles ou SPPA. Ce dispositif mesure des fréquentations
(attendances en anglais), car les répondants peuvent répondre plusieurs fois. En
pratique, le taux de multi-remplissage est resté très faible et, d’une part, diminue
au fur et à mesure de la passation, tandis que, d’autre part, la diversité des
concerts, des orchestres et des salles tend à faire baisser la probabilité de sélec-
tionner les mêmes auditeurs.
On peut donc considérer que les données présentées, enquêtes Pratiques Cultu-
relles et SPPA d’un côté, dispositif PICRI de l’autre, constituent les bornes, entre
lesquelles se situe l’estimation de l’âge des publics du classique. On peut alors pro-
céder à des comparaisons dans le temps de ces enquêtes empiriques.
Ainsi, en se limitant au public de la musique contemporaine, on peut rappeler
ici encore que la part des moins de 35 ans est passée de 43,5 % en 1983, selon
l’enquête de Pierre-Michel Menger, à 18,1 % selon mon enquête de 2008. Par
ailleurs, en remontant dans le temps au-delà des années 1980, le nombre d’en-
quêtes réalisées auprès des publics des orchestres et des salles diminue considéra-
blement et elles demeurent difficiles à collecter. Cependant, celles que nous avons
pu consulter indiquent des âges médians beaucoup plus faibles que ceux observés
en 2014 lors des enquêtes de l’Association Française des Orchestres (AFO)11
(63 ans) et PICRI (61 ans, mais 63 ans en restreignant l’échantillon aux plus de
18 ans comme l’AFO).
Ainsi, dans l’enquête conduite par les économistes William J. Baumol et
William G. Bowen entre 1963 et 1965 auprès de diverses institutions américaines
de spectacle vivant, l’âge médian est de 38 ans, et, selon les auteurs, peu éloigné
pour chaque genre artistique, la musique classique ne faisant pas exception12. En
1955, l’orchestre de Minneapolis a commandité une enquête sur ses publics, à
l’occasion de ses concerts symphoniques autour du 11 novembre. 54 % du public
avait 35 ans ou moins 13. Enfin, en 1937, les orchestres symphoniques de Grand
Rapids (Michigan) et Los Angeles ont conduit une enquête de public portant
respectivement sur huit cent soixante-neuf et mille neuf questionnaires. L’âge
médian était alors de 27 ans à Grand Rapids et de 33 ans à Los Angeles 14. Ces
30 Revue de l’Institut de sociologie 2019
Stéphane Dorin
enquêtes indiquaient cependant, à côté d’un nombre important d’étudiants, une
très forte proportion de diplômés du supérieur (College degrees ou postgraduate
studies), caractéristique qui se vérifie encore aujourd’hui dans les enquêtes natio-
nales Pratiques culturelles et SPPA comme dans l’enquête PICRI. On peut en
déduire que, pour les mêmes raisons selon lesquelles le biais déclaratif des
enquêtes type Pratiques Culturelles n’empêche pas d’effectuer des comparaisons
dans le temps et d’établir des tendances, le biais de sélection des enquêtes empi-
riques du type de celle qui est présentée ici n’empêche pas de retracer le même
phénomène concernant l’âge des auditeurs : le vieillissement (voir Graphique 1).
Celui-ci se voit nettement lorsque l’on compare l’évolution dans le temps de
l’écart entre l’âge médian des publics des concerts et l’âge médian de la popula-
tion générale, en France et aux États-Unis depuis les années 1930. Il est aisé de
voir que cet écart, très faible jusqu’aux années 1960, s’accroît de plus en plus vite
depuis les années 1980.
La comparaison dans le temps de l’âge médian des personnes déclarant s’être
rendu à un concert de musique classique au cours de l’année écoulée permet d’in-
valider l’hypothèse, très souvent évoquée, selon laquelle un âge avancé serait une
caractéristique intrinsèque des publics de la musique savante. Cela n’est pas vérifié
puisqu’en 1981, la moitié de ce public avait moins de 33 ans en France, et, en
1982, moins de 40 ans aux États-Unis, selon les enquêtes Pratiques Culturelles,
et SPPA corroborées par d’autres enquêtes européennes du même type. Selon les
enquêtes empiriques disponibles, on serait passé d’un âge médian situé entre 30
et 40 ans environ dans les années 1950-1960 à environ 60 ans aujourd’hui.
Ainsi, l’hypothèse dite du cycle de vie, qui postule une orientation des sorties
culturelles vers la culture savante au fur et à mesure de l’avancée en âge, doit être
écartée, ainsi que l’affirmation, souvent avancée par les institutions de musique
classique, selon laquelle un âge avancé serait une caractéristique intrinsèque de ces
31
Revue de l’Institut de sociologie 2019
Une musique qui se meurt ?
publics. À la place, il faut observer, en comparant les résultats de ces enquêtes
avec ceux de Pratiques Culturelles, Taking Part et SPPA, que les générations suc-
cessives tendent à conserver, en vieillissant, les préférences culturelles et musicales
acquises dans leur jeunesse. Les générations ayant embrassé le jazz continuent à
en écouter, et l’on peut faire l’hypothèse que cette évolution affecte de la même
manière les musiques populaires issues du rock, du rap et de la musique électro-
nique. La progression des âges médians des publics du jazz, aux États-Unis
comme en Europe depuis les années 1970, mais aussi du rock15, en témoigne. Le
maintien des préférences culturelles avec l’âge semble être un phénomène qui
affecte les consommations dans leur ensemble, les sorties culturelles ne faisant pas
exception. La question du renouvellement des publics de ces activités culturelles
est donc posée, et avec acuité en ce qui concerne le concert de musique classique,
forme artistique qui s’en trouve affectée en premier lieu.
Selon les résultats de notre enquête PICRI (2014), ces constats sont confirmés
en ce qui concerne à la fois l’ensemble des orchestres permanents, ensembles
indépendants et festivals ayant participé à l’enquête, qui permet de saisir plus en
détail les contours de ces transformations culturelles et générationnelles. Ainsi, la
musique de chambre, qui nécessite une écoute assidue de la musique classique,
est sensiblement affectée par cette évolution, avec 63 ans d’âge moyen et
soixante-sept d’âge médian. Par comparaison, la musique ancienne et baroque
présente un âge moyen de 57 ans et 61 ans d’âge médian, ce qui la place au cœur
de l’échantillon. En revanche, les publics du symphonique et de la musique
contemporaine sont plus jeunes, avec respectivement 56 ans d’âge moyen et 60
ans d’âge médian pour la première, et 55 ans d’âge médian pour la musique
contemporaine.
Les festivaliers dans l’échantillon PICRI ont un âge moyen de 52 ans et un âge
médian de 56 ans, ce qui confirme que ce public est légèrement plus jeune que
celui des salles dans la sélection retenue. Selon l’enquête conduite par Emmanuel
Négrier en 2008 pour France Festivals, les spectateurs de festivals de musique
savante, classique et contemporaine, ont 55,8 ans en moyenne16, ce qui implique
un âge médian égal ou supérieur à 60 ans. Il apparaît ainsi clairement que l’en-
quête PICRI vient corroborer et asseoir, sur une base nationale large et construite
de manière à atteindre une forme de représentativité acceptable pour ce type d’é-
chantillon empirique, des résultats qui se sont accumulés au cours des décennies
passées en faveur d’un constat solide de vieillissement des publics du classique.
Mais ce constat, dont on peut affirmer qu’il est corroboré par un grand
nombre d’enquêtes, dans le temps et dans l’espace aussi bien que dans les diverses
méthodologies employées, continue à se heurter à des formes de dénégation, ou
plutôt de crispations face à l’ampleur du choc provoqué par ces révélations, pour-
tant déjà affirmées avec force aux États-Unis dès 2009 par l’American League of
Orchestras dans une étude démographique qui a fait date et a été confirmée en
201617.
32 Revue de l’Institut de sociologie 2019
Stéphane Dorin
Lorsque j’évoque le déni ou la dénégation des institutions musicales classiques,
comme dans l’introduction de cet article, je fais référence à des déclarations
récentes, comme celle du président de l’Association Française des Orchestres,
dans le rapport de l’enquête AFO : « si vieillissement il y a, le phénomène n’est
aujourd’hui pas plus marqué que depuis le début des années 1980 ». La simple
analyse des enquêtes quantitatives françaises et américaines, portant sur un échan-
tillonnage de la population générale (15 ans et plus en France, 18 ans et plus aux
États-Unis) ramène pourtant à la réalité des évolutions démographiques. En
2019, Laurent Bayle, président de la Philharmonie de Paris, s’exclamait, en répon-
dant au journaliste Christophe Huss du Devoir, journal de Montréal, que « […]
s’il y a trente ans l’âge moyen avait été de 40 ans, je pense qu’on l’aurait su ! 18»
En réalité, l’information était bien disponible dans l’enquête du Ministère de la
Culture de 1988 : l’âge médian était de 46 ans en France, contre 36 ans en 1981,
et de 41 ans aux États-Unis en 1985 et 40 ans en 1982. Visiblement courroucé
par les questions du journaliste, Laurent Bayle remet en question, sans précision
statistique aucune, la méthodologie des enquêtes PICRI et AFO de 2014, pour-
tant concurrentes mais fondées sur les mêmes exigences scientifiques étant donné
les contraintes de ce type d’enquête. L’enquête conduite sur les publics de la Phil-
harmonie en 2016-2017 n’y échappe pas non plus, et il aurait été surprenant qu’il
en soit autrement.
Mais les résultats de l’enquête Philharmonie de 2017 mettent en avant, dans
les synthèses à destination des journalistes, des résultats qui agrègent divers genres
musicaux, voire différentes activités de la Philharmonie, au-delà du concert.
Ainsi, l’âge moyen mis en avant est de 47,9 ans pour le public de plus de 15 ans.
Or, il passe à 49,3 ans pour l’ensemble des concerts et à 51,3 ans pour les concerts
classiques. Et l’âge médian des concerts classiques est de 54 ans.
Dans l’enquête PICRI de 2014, à Paris, l’âge moyen est de 55 ans, tous genres
confondus, et l’âge médian de 60 ans, alors qu’en régions, l’âge moyen s’élève à
59 ans et l’âge médian à 63 ans. Cette différence est conforme à la structure par
âges de Paris, ville surreprésentée dans l’échantillon de l’enquête PICRI et où les
plus de 60 ans sont en proportion moins nombreux qu’en régions 19 % de la
population parisienne contre 22% de la population française en 2012. Par
ailleurs, près des deux tiers des « mélomanes classiques » selon la typologie dressée
par l’enquête Philharmonie, c’est-à-dire ceux qui ne fréquentent que les concerts
classiques de la Philharmonie, toutes salles confondues, ont plus de 65 ans. Ils
représentent tout de même 25% du public de l’institution. Mais ce qui caracté-
rise le plus les publics du classique à la Philharmonie est le niveau de diplôme,
65% étant titulaire d’un bac+4 minimum (contre 68 % des auditeurs de la Cité
de la Musique de l’enquête PICRI – la Philharmonie n’avait pas encore ouvert ses
portes –, la proximité des résultats étant encore une fois remarquable), et leur
parisianisme, puisqu’à la Philharmonie, environ un auditeur sur deux est parisien
et plus de huit sur dix Franciliens.
33
Revue de l’Institut de sociologie 2019
Une musique qui se meurt ?
Le caractère primordial du capital culturel dans la propension aux sorties cul-
turelles, que Pierre Bourdieu et Alain Darbel avaient mis au jour dans L’Amour
de l’art (Paris, Minuit, 1966), et plus particulièrement ici de sa sous-espèce, le
capital musical, qui comprend notamment une éducation musicale poussée,
apparaît ainsi comme un des traits saillants de toutes les enquêtes. Et il semble
jouer contre l’âge d’une certaine manière. Ainsi, dans mon enquête sur les publics
de l’Ensemble intercontemporain en 2008, les moins de 25 ans sont plus
diplômés et ont plus souvent suivi les cours d’un conservatoire pendant plus de
cinq ans et leurs goûts et leurs pratiques de sorties au concert classique et contem-
porain les rapprochent des plus âgés, moins diplômés et plus divers socialement,
et les éloignent des caractéristiques culturelles de leur classe d’âge. Ce phénomène
de sur-sélection des plus jeunes en termes de capital musical et culturel se
retrouve aussi dans l’enquête PICRI de 2014. Ainsi, plus de la moitié des 15-25
ans ont suivi les cours du conservatoire pendant cinq ans minimum, contre 16 %
de l’échantillon total, et ils sont plus de 70% à jouer d’un instrument de
musique, contre 40% de l’ensemble des auditeurs. Enfin, pour une majorité de
ces jeunes, la découverte de la musique classique s’est d’abord faite dans la
famille, avec des parents qui écoutaient des disques classiques et se rendaient
régulièrement au concert. Logiquement, leurs goûts musicaux les portent à res-
sembler à leurs aînés en ce qui concerne la musique symphonique, le baroque et
la musique de chambre, mais aussi le jazz. En revanche, ils s’en distinguent sur
deux aspects : ils apprécient plus souvent l’electro, le rock et la musique contem-
poraine, mais détestent plus souvent la chanson, ainsi que la musique vocale,
l’opéra et la musique sacrée. Le cas du rap est à part, car ils sont beaucoup plus
nombreux à le connaître et avoir une opinion à son sujet ; mais ils sont alors à la
fois plus nombreux à l’apprécier mais tout autant à le détester que leurs aînés. Le
rap reste ainsi, chez ces jeunes amateurs de classique, un genre clivant.
Ainsi, on peut faire l’hypothèse qu’en 2017, la Philharmonie semble bénéfi-
cier du report de ces fractions plus jeunes, mais aussi beaucoup plus diplômées et
beaucoup plus dotées en formation musicale, des publics des institutions musi-
cales parisiennes et franciliennes, qu’elle a réussi à attirer, notamment pour un
public d’étudiants et de jeunes actifs sans enfant, grâce à une politique tarifaire
attractive, ce qui semble ne pas être à la portée de toutes les institutions musi-
cales, surtout lorsqu’elles ne se trouvent pas dans une métropole mondiale, où se
concentrent jeunes cadres et étudiants. Et, ainsi, d’une certaine manière, le rajeu-
nissement s’opère grâce à la sur-sélection de ces fractions très particulières de la
jeunesse, mais au détriment d’une diversité sociale en termes de diplômes et d’ap-
partenance de classe.
L’idéal serait de pouvoir disposer de la même étude, avec les mêmes interroga-
tions sur les publics de l’Auditorium de Radio France, doté de mille quatre cent
soixante et une places ouvert fin 2014, quelques semaines avant la Philharmonie,
dotée de deux mille quatre cents places dans la grande salle nommée Pierre
34 Revue de l’Institut de sociologie 2019
Stéphane Dorin
Boulez, initiateur du projet, après son décès en 2016, et de la Seine Musicale,
ouverte en 2017 et dotée d’un auditorium dédié à la musique classique de mille
cent cinquante places et d’une grande salle, davantage destinée aux musiques
populaires et aux grands événements, de quatre mille places assises. Ces quelque
5 011 places supplémentaires à Paris n’ont pas été contrebalancées par l’interdic-
tion faite en 2015 à la mythique Salle Pleyel, inaugurée en 1927 dans le plus pur
style Art Déco, de 1 913 places, d’y produire des concerts de musique classique,
afin de ne pas concurrencer la grande salle, baptisée Pierre-Boulez en honneur de
son initiateur, de la Philharmonie. Ce sont ainsi plus de trois mille places qui ont
été ouvertes en deux ans rien que pour la musique classique, ce qui témoigne à la
fois d’un fort volontarisme mais aussi, sans doute, d’un effet de concurrence et de
compétition entre institutions musicales et tutelles. Il y a nécessairement eu
recomposition des publics à l’échelle de Paris et de la petite couronne, et de l’Île-
de-France de manière générale, et la programmation a certainement joué un rôle
non négligeable dans cette recomposition19.
Conclusion : l’âge, une des frontières de la musique classique
Le constat du vieillissement doit nous conduire à nous interroger sur la place de
la musique classique, notamment chez les plus jeunes, et, de manière plus géné-
rale, sur l’évolution des pratiques culturelles, savantes et populaires àl’ère numé-
rique. Il semble, en effet, que la variable de l’âge soit devenue fortement discrimi-
nante – en cela, d’autres genres comme le jazz sont aussi affectés par ce
phénomène – et que l’élévation des âges moyen et médian des publics du classique
s’accompagne d’une élitisation de ces publics, notamment en termes de diplôme
et de formation musicale, mais aussi d’une féminisation et d’une exclusion des
minorités ethniques 20.
Age, classe, genre et ethnicité semblent ainsi définir quatre frontières qui vien-
nent en quelque sorte clore le périmètre du concert classique, assimilé de plus en
plus souvent dans l’espace public à une pratique culturelle exclusive. Il s’agit alors
de comprendre comment la variable âge interagit avec les autres variables de l’a-
nalyse sociologique, traditionnelles comme la catégorie socioprofessionnelle ou le
niveau de diplôme ou plus récentes comme le genre et l’ethnicité. Il s’agit aussi de
mesurer, de manière plus générale, si nous sommes face à un phénomène généra-
tionnel ou à des variations conjoncturelles liées au cycle de vie – la transformation
des goûts culturels avec l’âge dans le sens de la culture savante, et, partant, de la
musique classique.
De nombreux indicateurs semblent accréditer la thèse dite générationnelle de
la transformation du rapport à la culture, à savoir le fait que les jeunes générations
n’ont plus le même rapport à la culture savante que les générations précédentes,
en raison de la montée du numérique et de la globalisation. Il semble cependant
que cette hypothèse puisse être fortement nuancée, notamment parce qu’âge et
35
Revue de l’Institut de sociologie 2019
Une musique qui se meurt ?
appartenance sociale jouent ensemble pour former des configurations très
inégales au sein même des générations. Le rapport entre âge et génération dans
l’évaluation des causalités d’un phénomène comme le vieillissement des publics
du classique constitue, en effet, un objet à la fois majeur et ardu pour les sciences
sociales de la culture, au-delà du cas emblématique de la musique classique.
Face à ce phénomène, dont le constat peut être sociologiquement étayé,
comme nous l’avons montré, les institutions musicales classiques, en première
ligne de ces évolutions affectant la sphère culturelle, développent des stratégies de
dénégation qui se révèlent in fine le plus souvent contre-productives, même si la
prise de conscience de la réalité du phénomène de vieillissement semble se dif-
fuser depuis le début des années 2010, des États-Unis vers l’Europe et la France21.
NOTES
1. Olivier DONNAT, « Pratiques culturelles, 1973-2008. Dynamiques générationnelles et pesanteurs sociales »,
Culture Études, CE 2011-7, 2011, p. 3 et Olivier DONNAT, Les pratiques culturelles des Français à l’ère numé-
rique, Enquête 2008, Paris, La Découverte, 2009, p. 129.
2. Lauréate du dispositif PICRI (Partenariats Initiatives Citoyens pour la Recherche et l’Innovation) de la Région
Île-de-France et du programme Paris 2030, le projet de recherche « Les Publics de la musique classique à l’ère
numérique » a permis la collecte de 4 959 questionnaires qui ont été saisis par scanner et vérifiés. Ils ont été
recueillis auprès des publics de 19 orchestres, ensembles et festivals représentatifs de la diversité musicale
classique en France au cours des saisons 2012-2013 et 2013-2014. Ainsi, outre la FEVIS qui a coordonné les
partenaires « citoyens », ont participé Les Arts Florissants, les Concerts de Radio France (Orchestre Philhar-
monique de Radio France, Orchestre National de France, Chœur de Radio France, Maîtrise de Radio France),
L’Orchestre Lamoureux, Le Chœur Vittoria – Île-de-France, le Festival des Forêts, l’Auditorium du Louvre, l’En-
semble intercontemporain, la Follia-Orchestre de Chambre d’Alsace, l’Ensemble Carpe Diem, l’Ensemble
Baroque de Toulouse, le Festival Passe ton Bach d’abord, le Festival de Saint-Céré, l’Opéra éclaté/Figeac Pro-
ductions, l’Ensemble Baroque de Nantes – Stradivaria, les Chœurs Solistes de Lyon-Bernard Tétu, Les Percus-
sions Claviers de Lyon et l’Ensemble Sagittarius. Les questionnaires ont été collectés sur une sélection de 118
concerts, dans 66 salles, sur 42 communes, dans 17 départements et 10 régions françaises. La phase quanti-
tative a été complétée par une vague qualitative, qui a permis le recueil de 100 entretiens approfondis et
groupes de focalisation et de plus de 40 observations participantes de concerts. Ils constituent une base de
données inédite sur la fréquentation des équipements de musique classique en France, de la musique ancienne
à la musique contemporaine, de l’ensemble chambriste à l’orchestre symphonique et du grand auditorium de
centre-ville à la petite église de village.
3. Dès 1992, Richard A. Peterson avait mis en évidence aux États-Unis la diversification au cours des années
1980 des répertoires des préférences musicales chez les classes moyennes et supérieures, dans le sens du
passage du snobisme, caractéristique de la seconde moitié du XIX esiècle, vers un « omnivorisme », moderne,
des goûts musicaux, concept qui allait connaître un succès mondial au cours des décennies suivantes. Voir
Richard A. PETERSON, «Understanding audience segmentation: From elite and mass to omnivore and univore»,
Poetics: Journal of Empirical Research on Literature, Media, and the Arts, vol. 21, 1992, p. 243-258.
36 Revue de l’Institut de sociologie 2019
Stéphane Dorin
4. Pierre Bourdieu fait référence à l’éclectisme des choix culturels dès Les Héritiers (Paris, Minuit, 1964), terme
qui figure dans l’index des notions. Olivier Donnat reprendra le terme en 1994, mais en mettant en avant la
transformation des attitudes des Français face à l’expansion au cours des années 1980 de l’audiovisuel (télé-
visions privées, radios libres, magnétoscopes, walkmans et autres dispositifs électroniques), expansion qui
favorise un éclectisme croissant, qui vient prendre peu à peu la place de l’exclusivisme, au moins dans certains
milieux urbains, jeunes et diplômés. Voir Olivier DONNAT, Les Français face à la culture. De l’exclusion à l’éclec-
tisme, Paris, La Découverte, 1994.
5. Paul DIMAGGIO, « Cultural entrepreneurship in nineteenth-century Boston: The creation of an organizational
base for high culture in America », Media, Culture, and Society, vol. 4, 1982, p. 33-50.
6. Voir Aliette de LALEU, « Petite histoire des applaudissements dans la musique classique », France Musique,
6 février 2016 : https://www.francemusique.fr/musique-classique/petite-histoire-des-applaudissements-dans-
la-musique-classique-845. Accédé le 29 mars 2019.
7. Claudio E. BENZECRY, The Opera Fanatic: Ethnography of an Obsession, Chicago, The University of Chicago
Press, 2011.
8. Stéphane DORIN, « Dissonance et consonance dans l’amour de la musique contemporaine. Les limites de
l’omnivorisme musical dans l’auditoire de l’Ensemble intercontemporain », in Philippe COULANGEON et JULIEN
DUVAL (s.l.d.), Trente ans après la Distinction de Pierre Bourdieu, Paris, La Découverte, 2013, p. 99-112. Pierre-
Michel MENGER, « L’oreille spéculative. Consommation et perception de la musique contemporaine », in Revue
française de sociologie, 1986, 27-3, p. 445-479. Voir aussi Stéphane DORIN, « Le goût pour la musique contem-
poraine. Entre capital musical et expérience du concert » et Pierre-Michel MENGER, « The Audience for contem-
porary music. Perplexity, exit and loyalty », in Stéphane DORIN (s.l.d.), Déchiffrer les publics de la musique clas-
sique. Perspectives comparatives, historiques et sociologiques / Unraveling classical music audiences.
Historical, sociological and comparative perspectives, Paris, Éditions des Archives contemporaines, 2018, p. 13-
28 et p. 29-46.
9. Esteban BUCH, « La musique classique est-elle un genre ? Quelques remarques sur les pratiques de catégo-
risation à l’ère numérique », in Stéphane DORIN (s.l.d.), Déchiffrer les publics de la musique classique, op. cit.,
p. 3-12.
10. Il est difficile cependant d’avoir accès aux données de Médiamétrie. Selon les chiffres diffusés par Médiamé-
trie, l’âge moyen pour France Musique est de 63 ans en 2012. Selon les données obtenues par la députée Martine
Martinel, auteur d’un rapport sur l’audiovisuel public pour la Commission des affaires culturelles et de l’éduca-
tion sur le projet de loi de finances 2015 de l’Assemblée nationale, l’âge moyen des auditeurs de France Musique
était de 66 ans en 2012 ; il est passé de 64 à 68 ans entre 2009 et 2013. Voir le rapport sur le site de l’Assem-
blée nationale : http://www.assemblee-nationale.fr/14/budget/plf2015/a2261-tV.asp. Accédé le 29 mars 2019.
11. L’AFO a commanditée cette enquête à l’institut de sondage privé Aristat en 2013-2014 pour tenter de contrer,
sans grand succès, mon enquête PICRI.
12. William J. BAUMOL et William G. BOWEN, Performing Arts: The Economic Dilemma, New York, Twentieth
Century Fund, 1966. Les auteurs ont déployé un dispositif d’enquête très similaire à celui que nous avons utilisé.
13. In-Concert Survey of the Audience Attending the November 11th Symphony Concert at Northrup Auditorium,
University of Minnesota, Mid-Continent Surveys, Minneapolis, Minnesota, 12 décembre 1955.
14. Margaret GRANT et Herman S. HETTINGER, America’s Symphony Orchestras, New York, W.W. Norton &
Company Inc., 1937.
15. Pour une analyse approfondie de ces évolutions, voir Stéphane DORIN, « Introduction : Les publics de la
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Revue de l’Institut de sociologie 2019
Une musique qui se meurt ?
musique classique à l’avant-poste des transformations de la participation culturelle à l’ère numérique », in
Déchiffrer les publics de la musique contemporaine, op. cit., 2018, p. i-xvii.
16. Voir Emmanuel NÉGRIER, Les Publics des festivals. Synthèse générale, s.l., France Festivals, 2010, p. 18.
17. Pour une présentation et une analyse de ces enquêtes américaines, mais aussi au Danemark et en Grande-
Bretagne, voir Stéphane DORIN, « Introduction : Les publics de la musique classique à l’avant-poste des trans-
formations de la participation culturelle à l’ère numérique », loc. cit., 2018, p. i-xvii.
18. Christophe HUSS, « Le classique en quête de nouveaux publics », 23 mars 2019, in Le Devoir, Montréal,
idem : https://www.ledevoir.com/culture/musique/550401/reportage-le-classique-en-quete-de-nouveaux-publics.
Accédé le 29 mars 2019.
19. Voir Myrtille PICAUD, « L’espace des possibles des musiques classiques à Paris. Sociologie des salles et de
leurs programmateurs », in Stéphane DORIN (s.l.d.), Déchiffrer les publics de la musique classique, op. cit.,
p. 237-250.
20. Voir Stéphane DORIN, La Musique classique et ses frontières. Les publics des concerts et la question de leur
diversité, à paraître.
21. Prise de conscience à laquelle l’enquête PICRI a pu contribuer en créant une sorte d’électrochoc, et ce grâce
à l’implication sans faille des multiples institutions musicales partenaires, coordonnées par la FEVIS, dont les
Arts Florissants, les Concerts de Radio France, l’Auditorium du Louvre ou encore l’Orchestre Lamoureux – repré-
sentant des orchestres associatifs – le Festival des Forêts et l’Ensemble baroque de Toulouse.
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Article
The view of cultural stratification that places a discriminating and exclusive elite on the top and an undiscriminating mass on the bottom is questioned. Using a log-multiplicative model to simultaneously stratify occupational groups and music preferences, it is clear that while those in the upper occupational groups are more apt to like symphonic music and to engage in elite arts activities, they are also more apt to like a number of kinds of music and engage in a wide range of non-elite activities. At the same time, those in the lowest occupational groups tend to engage in few activities and to strongly like one single non-elite form of music. The results are interpreted as showing a shift from an elite-to-mass status hierarchy to an omnivore-to-univore status hierarchy.
Article
French Cultural Participation in the Digital Age First published in 1970s, The Ministry of Culture and Communication’s Cultural Participation survey has been the main barometer of French behaviour in the area of media and culture. Over a decade on from the 1997 results, those published in 2008 shows the impact of ten years of change wrought by the booming digital and internet-based culture : the increasing power of screen culture, the declining popularity of television and radio among the younger generations, declining daily newspaper and book readership and developments in content production.
Ensemble intercontemporain, la Follia-Orchestre de Chambre d'Alsace, l'Ensemble Carpe Diem, l'Ensemble Baroque de Toulouse, le Festival Passe ton Bach d'abord, le Festival de Saint-Céré, l'Opéra éclaté/Figeac Productions, l'Ensemble Baroque de Nantes -Stradivaria
  • L'orchestre Lamoureux
  • Le Choeur Vittoria -Île-De-France
L'Orchestre Lamoureux, Le Choeur Vittoria -Île-de-France, le Festival des Forêts, l'Auditorium du Louvre, l'Ensemble intercontemporain, la Follia-Orchestre de Chambre d'Alsace, l'Ensemble Carpe Diem, l'Ensemble Baroque de Toulouse, le Festival Passe ton Bach d'abord, le Festival de Saint-Céré, l'Opéra éclaté/Figeac Productions, l'Ensemble Baroque de Nantes -Stradivaria, les Choeurs Solistes de Lyon-Bernard Tétu, Les Percussions Claviers de Lyon et l'Ensemble Sagittarius. Les questionnaires ont été collectés sur une sélection de 118
Les auteurs ont déployé un dispositif d'enquête très similaire à celui que nous avons utilisé
  • J William
  • William G Baumol
  • Bowen
William J. BAUMOL et William G. BOWEN, Performing Arts: The Economic Dilemma, New York, Twentieth Century Fund, 1966. Les auteurs ont déployé un dispositif d'enquête très similaire à celui que nous avons utilisé.
America's Symphony Orchestras
  • Margaret Grant
  • S Herman
  • Hettinger
Margaret GRANT et Herman S. HETTINGER, America's Symphony Orchestras, New York, W.W. Norton & Company Inc., 1937.
espace des possibles des musiques classiques à Paris
  • Picaud Voir Myrtille
Voir Myrtille PICAUD, « L'espace des possibles des musiques classiques à Paris. Sociologie des salles et de leurs programmateurs », in Stéphane DORIN (s.l.d.), Déchiffrer les publics de la musique classique, op. cit., p. 237-250.
La Musique classique et ses frontières. Les publics des concerts et la question de leur diversité
  • Dorin Voir Stéphane
Voir Stéphane DORIN, La Musique classique et ses frontières. Les publics des concerts et la question de leur diversité, à paraître.