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La mobilisation de la subjectivité dans les activités médiatisées par les technologies émergentes : Quelles incidences sur l'activité et pour la santé au travail ?

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Abstract

De nouvelles générations de technologies se déploient dans les organisations. Elles requièrent des modalités d’exercice inédites de l’activité et induisent de nouvelles contraintes et ressources qui peuvent transformer les métiers, faire évoluer les emplois et les compétences et affecter plus généralement les conditions d’exercice du travail. L’engagement subjectif du professionnel dans ces environnements de travail médiatisé doit dès lors être questionné et étudié dans la mesure où (i) cette composante conditionne l’appropriation et l’acception de ces dispositifs et (i) que toute forme de régulation (par la prescription ou la proscription sociotechnique) de la subjectivité a pour effet de dégrader la santé au travail et le bien-être des salariés. Ce sont ces dynamiques que nous abordons dans ce chapitre.
Bobillier Chaumon M.E. (2020). La mobilisation de la subjectivité dans les activités médiatisées par les technologies
émergentes : Quelles incidences sur l’activité et pour la santé au travail ? Chapitre à Paraître dans l’ouvrage coordonnée par
Dominique Lhuilier (2020). « Subjectivité et travail : entre mal-être et bien-être »
La mobilisation de la subjectivité dans les activités médiatisées par
les technologies émergentes :
Quelles incidences sur l’activité et pour la santé au travail ?
Marc-Eric BOBILLIER CHAUMON
Professeur – Chaire De Psychologie du Travail du CNAM- Paris
CRTD- Equipe Psychologie du Travail/Clinique de l’activité
Marc-eric.bobillier-Chaumon@lecnam.net
Résumé
De nouvelles générations de technologies se déploient dans les organisations. Elles requièrent des
modalités d’exercice inédites de l’activité et induisent de nouvelles contraintes et ressources qui
peuvent transformer les métiers, faire évoluer les emplois et les compétences et affecter plus
généralement les conditions d’exercice du travail. L’engagement subjectif du professionnel dans ces
environnements de travail médiatisé doit dès lors être questionné et étudié dans la mesure où (i) cette
composante conditionne l’appropriation et l’acception de ces dispositifs et (i) que toute forme de
régulation (par la prescription ou la proscription sociotechnique) de la subjectivité a pour effet de
dégrader la santé au travail et le bien-être des salariés. Ce sont ces dynamiques que nous abordons
dans ce chapitre.
Resumen Ejecutivo
Las nuevas generaciones de tecnologías se están desplegando en las organizaciones. Requieren nuevas
formas de llevar a cabo la actividad e inducen nuevas limitaciones y recursos que transformarán las
profesiones, cambiarán los puestos de trabajo y las cualificaciones y, de manera más general, afectarán
a las condiciones de trabajo. El compromiso subjetivo del profesional en estos entornos de trabajo
mediatos debe por tanto ser cuestionado y estudiado en la medida en que (i) este componente
condiciona la apropiación y aceptación de estos dispositivos y (i) cualquier forma de regulación (a
través de la prescripción o proscripción socio-técnica) de la subjetividad tiene el efecto de degradar la
salud en el trabajo y el bienestar de los empleados. Son estas dinámicas las que abordamos en este
capítulo.
Sumário Executivo
Novas gerações de tecnologias estão sendo implantadas nas organizações. Exigem novas formas de
exercer a actividade e induzem novos constrangimentos e recursos que transformarão as profissões,
mudarão de emprego e de competências e, de um modo mais geral, afectarão as condições de
trabalho. O engajamento subjetivo do profissional nesses ambientes de trabalho mediados deve,
portanto, ser questionado e estudado na medida em que (i) esse componente condiciona a
apropriação e aceitação desses dispositivos e (i) qualquer forma de regulação (por prescrição ou
proscrição sociotécnica) da subjetividade tem o efeito de degradar a saúde no trabalho e o bem-estar
dos empregados. São estas dinâmicas que abordamos neste capítulo
Bobillier Chaumon M.E. (2020). La mobilisation de la subjectivité dans les activités médiatisées par les technologies
émergentes : Quelles incidences sur l’activité et pour la santé au travail ? Chapitre à Paraître dans l’ouvrage coordonnée par
Dominique Lhuilier (2020). « Subjectivité et travail : entre mal-être et bien-être »
1 Introduction
Les technologies émergentes, appelées aussi innovations de rupture ou technologies disruptives,
relèvent de dispositifs qui visent à transformer radicalement les processus de travail, et plus
spécifiquement les manières de penser, de faire, de collaborer ou encore d’organiser l’activité. Ces
modifications ont des répercussions majeures sur les composantes psychiques, cognitives et sociales
de l’individu au travail, et plus généralement sur la composante subjective au travail.
L’innovation digitale de rupture se manifeste notamment par diverses technologies qui se déploient
dans nombre de secteurs d’activité. Ainsi, les robots collaboratifs (cobots, exosquelettes), les
technologies communicantes, ambiantes ou ubiquitaires (objets connectés, internet of things),
l’intelligence artificielle (assistants vocaux, systèmes d’aide à la décision), l’exploitation évaluative et
prédictive des données (Big-data), les environnements immersifs (réalité virtuelle et augmentée) et les
nouvelles modalités d’interaction personnes-machines (sensitives, cognitives de type BIM - brain
interface machine) trouvent des applications dans des domaines variés de notre vie professionnelle et
socio-domestique. On les retrouve notamment avec l’usine et l’hôpital du futur, la maison intelligente
(Smart-home), la voiture autonome, la santé connectée ou encore dans les services proposés par des
plateformes numériques de travail (ubérisation, robotariat) (Pour un panorama : Cf. Bobillier Chaumon
& Al, 2019).
Cette digitalisation des environnements de travail laisse augurer d’opportunités (réelles ou
fantasmées) inégalées. Or, les démarches généralement associées à la conception et au déploiement
de ces outils suivent souvent une logique technocentrée. Autrement dit, elles cherchent à tirer le
meilleur profit de la révolution numérique en privilégiant la logique informatique et la rationalité
algorithmique, au détriment d’une approche plus anthropocentrée qui prend-elle appui sur les
capabilités1 et l’intelligence pratique (métis 2), dont on connait l’importance pour la santé au travail.
Dans ce cadre, on distingue alors les technologies « habilitantes ou capacitantes » qui renforcent,
complètent ou augmentent les capacités des utilisateurs Versus les technologies « substitutives » qui
visent à remplacer tout à partie des actions humaines par des artifices technologiques (Bobillier
Chaumon, 2017a).
Ces nouvelles générations de technologies ne sont neutres. Elles fournissent des ressources, mais
génèrent aussi des contraintes particulières qui transforment les métiers, font évoluer les emplois et
les compétences, et affectent plus généralement les conditions d’exercice –individuelles et collectives-
du travail. A ces nouvelles façons d’agir, vont alors correspondre de nouvelles façons de subir qui se
formulent au travers de nouvelles exigences et pathologies d’ordre cognitives, psychiques ou sociales…
(Medjo Mengone & Al., 2018 ; Bobillier Chaumon, 2017b ; Bobillier Chaumon & Al., 2018).
Ce sont les implications subjectives du déploiement des technologies émergentes que nous
souhaiterions interroger dans ce chapitre.
2 La subjectivité dans les activités médiatisées par les technologies ? Vers un essai
de définition
Commençons par définir la subjectivité dans l’activité professionnelle. Pour Clot (2015, p 167) « vivre
au travail, c’est pouvoir y développer son activité, ses objets, ses instruments, ses destinataires, en
affectant l’organisation du travail par son initiative ». L’activité est alors vue comme une « épreuve
subjective » où l’individu se confronte à soi-même (dans ses capacités et incapacités, dans ses
aspirations et ses frustrations, etc.), mais aussi aux autres (dans les rivalités et les compromis, dans les
coordinations et les ajustements), tout en se mesurant au réel (ce qui est prescrit, donné, figé, mais
1 L’approche des capabilités est définie par Sen (1993) comme l’éventail des possibilités offertes à une personne au sein
duquel la personne décide de ses modes de fonctionnement.
2 La métis est l’intelligence pratique, l’intelligence rusée qui permet à l’individu de travailler malgré tout. Il constitue le noyau
central du métier
Bobillier Chaumon M.E. (2020). La mobilisation de la subjectivité dans les activités médiatisées par les technologies
émergentes : Quelles incidences sur l’activité et pour la santé au travail ? Chapitre à Paraître dans l’ouvrage coordonnée par
Dominique Lhuilier (2020). « Subjectivité et travail : entre mal-être et bien-être »
aussi tout ce qui est inattendu, singulier) pour avoir une chance de parvenir à réaliser ce qui est à faire,
ce qu’il souhaite faire, selon une certaine conception du travail bien fait (Clot, 2008).
Cette vision développementale peut être complétée par une approche plus ‘’fonctionnaliste’’,
proposée par Dejours (2001), pour qui la subjectivité est ce « qui implique du point de vue humain le
fait de travailler : c'est-à-dire ses gestes, ses savoir-faire, l’engagement de son corps, la mobilisation
de son intelligence et de sa créativité, la capacité à réfléchir, d’interpréter et de réagir à des situations.
C’est donc le pouvoir de sentir [de ressentir aussi], de penser et d’inventer » (Dejours, 2001, p 7). En
d’autres termes, la subjectivité relèverait de l’engagement personnel, social, psychologique et
émotionnel de l’individu dans le travail.
Au travers de ces définitions, on voit que le travail n’est donc pas seulement ce qui se fait, ce qui est à
faire, c’est aussi la manière de le faire, de s’engager et par là-même, la manière de se construire, de se
développer et d’en être fier. Il y a donc une dimension à la fois productive et constructive dans l’activité
pour reprendre l’expression de Rabardel & Pastré (2005). Dans ce cadre, la technologie, comme
instrument médiateur de l’activité, apparait non seulement une condition de réalisation, mais aussi de
développement de l’activité et du métier.
C’est pourquoi, le rapport subjectif aux technologies, correspond selon nous (i) d’une part, à tout ce
qui l’on met de soi dans la technologie et dans son usage : en termes de détournement, de
contournement, d’ajustement, de bricolage, de personnalisation et de stylisation de l’outil, et (ii)
d’autre part, à tout ce que l’on retire de la technologie et de son usage pour soi : en matière
d’efficience, mais aussi d’accomplissement, de reconnaissance, de valorisation, de sens, de bien-être
Aussi, si comme on va l’aborder, la subjectivité peut être considérée comme une ressource dans
l’usage des TIC, le développement de l’activité et le bien-être des Individus, on verra aussi que les
technologies peuvent aussi affecter cette subjectivité, en la prescrivant ou en la proscrivant.
3 Le rôle de la subjectivité dans l’usage des TIC : une condition de leur appropriation
et de leur acceptation
Comme le réel de l’activité, l’activité médiatisée n’est pas le simple reflet, comme dans un miroir, de
l’activité initiée et pensée. Elle est autre chose : elle est plus ou elle moins… Mais elle est différente du
fait de l’usage même des artefacts techniques qui réclament (comme l’ont montré des auteurs comme
Engeström, 1987 ; Norman, 1994 ou encore Rabardel, 1995) d’autres façons de penser, de faire,
d’organiser ou encore de collaborer son travail. En se transformant en pratiques médiatisées, l’activité
se réorganise et se modifie (Norman, 1994). Il y aurait donc, en paraphrasant Vygostski « un devenir
de l’activité par la technologie… ». : parce qu’il change la nature et le rapport avec les choses et avec
les autres, l’artefact technique peut donc tout autant favoriser la construction et le déploiement de
l’activité que la complexifier, voire l’empêcher. En effet, utiliser une nouvelle technologie, impose de
se soumettre aux fonctions et aux règles d’usage du dispositif : il faut se conformer aux instructions,
aux procédures, à la logique de fonctionnement et développer les schèmes d’usage3 idoines (Folcher
& Rabardel, 2004). Aussi, entrer dans le système technique suppose donc de renoncer au moins
temporairement à une part de soi et donc à sa subjectivité.
Pour autant, l’usage s’affirme aussi comme une puissance de transformation de soi et de l’objet
technique : c’est l’appropriation. En effet, dans notre relation à la technologie, on ne fait pas qu’utiliser
le système. On vit une expérience singulière avec un dispositif qui nous marque ; ce que Rabardel
(1995) appellerait « l’instrumentation ». Mais dans cette relation, on cherche aussi à transformer
3 Ces schèmes sont « des invariants organisateurs de l’activité du sujet que développent les sujets dans les classes de
situations et domaines de leurs activités » (Folcher & Rabardel, 2004, p 265).
Bobillier Chaumon M.E. (2020). La mobilisation de la subjectivité dans les activités médiatisées par les technologies
émergentes : Quelles incidences sur l’activité et pour la santé au travail ? Chapitre à Paraître dans l’ouvrage coordonnée par
Dominique Lhuilier (2020). « Subjectivité et travail : entre mal-être et bien-être »
l’objet pour y intégrer sa propre marque ; c’est « l’instrumentalisation » (Rabardel, 1995). Dans ce
cadre, le processus d’appropriation relèverait d’un processus de « stylisation » de la technologie, dans
la mesure où le sujet doit « faire sien », en le retouchant, à le ramenant à soi, un artefact technologique
qui ne vient pas de lui, mais qui est issu d’un projet de conception ou d’un choix organisationnel. Ce
processus d’appropriation (que Rabardel qualifie de « genèse instrumentale ») engendre
l’instrumentde l’activité ; un instrument qui devient signifiant pour l’individu.
En somme, l'appropriation des TIC est donc fondamentalement liée à une affirmation de soi, de sa
subjectivité : elle s'inscrit toujours dans une histoire donnée, dans des pratiques individuelles et
collectives partagées, dans un parcours (ou une généalogie) d’usage aussi. On ne s'approprie et on
n'accepte que ce dans quoi on peut finalement se reconnaître. Ce qui signifie aussi que les TIC doivent
être conçues de manière suffisamment flexible, souple, et plastique pour favoriser cette appropriation
et permettre à l’individu d’y exprimer sa propre subjectivité et empreinte.
4 Subjectivité, usage des technologies et santé au travail : quels liens ?
Dans le rapport que nous entretenons avec les technologies, il n’y a pas seulement ce que l’on fait avec
l’outil qui compte (dimension productive), il y a aussi ce que l’on devient par son usage : la manière
dont on se transforme, favorablement ou défavorablement, au contact de ces nouveaux dispositifs.
Ces dispositifs deviennent dès lors autant une condition de réalisation de la tâche qu’un facteur de
développement de l’activité et du métier et de la construction psychosociale de l’individu au travail.
Dit autrement, il ne faut pas seulement que la technologie ait du sens pour le sujet (c'est-à-dire qu’elle
soit utile et utilisable4), il faut aussi que cette technologie donne du sens à l’activité : en soutenant le
pouvoir d’agir de l’individu, en reconnaissant ses capacités d’initiative et d’innovation (créativité), en
valorisant ses aptitudes et en développant les compétences. Autant d’éléments de nature à étayer et
à soutenir l’engagement subjectif et la santé de l’individu au travail
4.1 Quand la technologie cherche à prescrire la subjectivité
Or, nous pensons que les artefacts techniques, et notamment les technologies émergentes (à base
d’IA, d’objets connectés, de Big-data) peuvent justement altérer cette composante subjective ; en
transformant le rapport que nous avons à nous-mêmes, en modifiant le regard, le jugement que nous
portons sur nos actes, en changeant la manière donc chacun se perçoit et se considère ; en prescrivant
finalement les manières d’être et de faire, de ressentir et d’agir. Plus précisément, ces systèmes
viseraient à recadrer les pratiques individuelles et collectives- inhérentes au métier pour en faire de
« bonnes pratiques », qui seraient tolérables du point de vue de l’organisation, car rentables,
performantes et normalisées.
Un exemple : l’Usine du futur (4.0) et les objets connectés
Avec l’arrivée massive des technologies innovantes dans les organisations productives, mais aussi dans
les sociétés de services (banques, hôpitaux…), on assiste à la dématérialisation massive des processus
de travail. Cela a pour conséquence que la plupart des opérations (mêmes les plus complexes et
exigeantes, requérants des compétences cognitives et sensori-motrices a priori complexes et
singulières) pourront être exécutées, soit directement par des automates (IA, Big data, technologies
ambiantes), soit par des individus assistés ou supervisés par ces derniers (cobots, exosquelette…) (
4 Qu’elles répondent aux besoin effectifs des usagers utilite- et simple d’utilisation utilisabilité-.
Bobillier Chaumon M.E. (2020). La mobilisation de la subjectivité dans les activités médiatisées par les technologies
émergentes : Quelles incidences sur l’activité et pour la santé au travail ? Chapitre à Paraître dans l’ouvrage coordonnée par
Dominique Lhuilier (2020). « Subjectivité et travail : entre mal-être et bien-être »
Bobillier 2019, Pellerin & Cahier, 2019). Dans cet environnement hyper-connecté5, les artefacts
techniques qui étaient autrefois au service de l’homme deviennent des entités autonomes. L’individu
doit néanmoins apprendre à coopérer et se coordonner avec elles. Il lui faut ainsi trouver sa place, une
nouvelle place.
On observe une tendance similaire avec les objets connectés qui se déploient dans les différentes
sphères de vie : domestique avec la maison connectée, de loisirs et médicale avec le ‘’big data et le
Quantified-self’’. Ces systèmes ambiants donnent une plus grande visibilité et transparence aux
aspects les plus intimes de l’activité de l’individu. Ils le tiennent constamment informé (ainsi que les
tiers organisationnels et institutionnels) sur ses capacités et incapacités, diagnostiquent ses faiblesses
et lacunes et prodiguent des conseils pour améliorer son efficacité et sa performance dans les diverses
tâches qu’il entreprend. L’individu se confronte ainsi à un monde intégralement contrôlé et assimilé à
soi. C’est donc un monde sur mesure, qui « me renseigne constamment sur ce que JE SUIS…. par ce
que JE FAIS … ou JE NE FAIS PAS (ou pas assez bien ou trop mal) ; et aussi sur ce que JE DEVRAIS
FAIRE…… pour être ce que « JE» ou ce que « l’on » souhaiterait que je sois ».
Or, cet univers professionnel hyperconnecté présente un horizon totalisant, car si la technologie est
un bon serviteur, elle s’avère être un dangereux maître. En effet cet artifice technologique donne à
l’individu l’impression d’une plus grande maitrise de ses pratiques, d’un meilleur contrôle de soi -de
sa vie, de sa santé- par des feed-back et une évaluation régulière sur le moindre de ses faits et gestes.
Mais dans le même temps, ce monde panoptique rend l’individu plus transparent et mesurable, et
donc plus prévisible et contrôlable également. Autrement dit, si le sujet a l’impression grâce à ces TIC
d’avoir davantage de contrôle sur son existence (par une meilleure connaissance de soi), ces systèmes
créent aussi les conditions d’une servitude volontaire : ils suggèrent plus ou moins insidieusement -par
des recommandations, des suggestions, voire des prescriptions- comment agir, à quel rythme vivre ou
encore comment se comporter au travail.
Cette « prescription de la subjectivité » plonge l’individu dans une sorte d’ivresse narcissique, dans
une quête de la perfection, de l’excellence, de dépassement de soi permanent. Cela consiste à
s’évaluer, à s’apprécier et s’améliorer soi-même, chaque jour, grâce aux retours et aux
notations/recommandations que le système fournit. Et dans le monde de l’entreprise, la concurrence
avec l’autre, peut alors se doubler d’une compétition avec soi-même, où il faut être à chaque fois
meilleure, plus efficace et performant, compte tenu des indicateurs dont je et/ou l’organisation
dispose.
4.2 Quand la technologie cherche à proscrire la subjectivité
Comme déjà évoqué plus haut, le rapport aux technologies ne peut se réduire à une logique purement
instrumentale. Les salariés mobilisent pour travailler un patrimoine d’expériences et de valeurs
professionnelles qui ont trait non seulement à une recherche d’efficacité, mais aussi à l’authenticité
des gestes de métier, à la réalisation d’un travail de qualité qui les rend fiers et pour lesquels ils
5 L’usine du futur (ou 4.0) implique une informatisation totale de l’organisation de travail, ainsi que l’automatisation de toutes
les machines et opérations qui sont prises en charge par un système de connexion et de réseau informatisé (ie. chaine de
production bardée de capteurs intelligents, robots collaboratifs ou autonomes). Ces machines sont capables de communiquer
entre elles et de s’autoréguler (en fonction de la tâche et des problèmes) et de s’optimiser de façon autonome. Elles exercent
également une évaluation constante sur le travail effectué, selon les standards de qualité et de performance attendus. Elles
détectent aussi toute anomalie (ie. un boulon trop ou pas assez serré) pour anticiper les rebuts et dysfonctionnements
techniques et déclencher les mesures correctives idoines : soient effectuées par les systèmes eux-mêmes, soient dictées au
salarié. Ces outils surpassent à bien des égards les capacités des salariés ; en précision, puissance et rapidité du calcul, volume
de données à gérer... C’est ce qui explique d’ailleurs que ces outils sont non seulement capables de réguler les anomalies,
mais de prédire les aléas.
Bobillier Chaumon M.E. (2020). La mobilisation de la subjectivité dans les activités médiatisées par les technologies
émergentes : Quelles incidences sur l’activité et pour la santé au travail ? Chapitre à Paraître dans l’ouvrage coordonnée par
Dominique Lhuilier (2020). « Subjectivité et travail : entre mal-être et bien-être »
cherchent à être reconnus (par leurs collègues, chefs, clients). Dans cette perspective, la santé au
travail, le bien-être se construisent dans cette capacité à pouvoir exercer, par l’intermédiaire des
technologies, son métier, sur la possibilité de créer de nouvelles normes, à faire évoluer ses pratiques
et savoir-faire (Lhuilier & Godart, 2014), à développer aussi de nouveaux usages des TIC, selon les
exigences ou les opportunités de l’activité. Comme l’évoque d’ailleurs Canguilhem, c’est cette
créativité, cette innovation dans l’activité, ce pouvoir d’agir qui témoignent d’une bonne santé. Tout
empêchement serait source de souffrance. C’est donc en soutenant l’activité, en donnant les moyens
d’étayer et de consolider les pratiques et l’autonomie (et non en les corsetant ou en les restreignant)
que la technologie favoriserait l’expression de la subjectivité et du bien-être au travail.
Or, on va voir comment certaines technologies parmi les plus innovantes tentent justement de fermer
les espaces de mobilisation de la subjectivité, de la proscrire, voire de re/-légitimer les conduites
humaines. Ces outils évaluent/jugent et reconnaissent/certifient les pratiques humaines. C'est-à-dire
qu’elles valident l’activité comme étant bonne ou pas, acceptables ou pas (i.e. conformes aux
standards, aux prescriptions attendues). Elles indiquent aussi comment je dois (mieux) l’exercer, sinon
que faire pour la corriger ? Ou encore, elles précisent quels sont les objectifs que je me dois
d’atteindre ?
Des technologies qui limitent l’expression et le pouvoir d’agir des salariés
Cette dérive se constate au travers de plusieurs exemples. C’est le cas lorsque, comme cela a été
discuté dans la partie précédente, nos conduites quotidiennes sont constamment qualifiées,
quantifiées et évaluées par des environnements connectés (usine du futur, technologies ambiantes).
C’est cette traçabilité qui va donner un sens, une valeur ou un crédit à mon activi (est-elle bonne,
insatisfaisante ou mauvaise ?) et du coup prescrire les mesures correctives appropriées.
On peut également citer le cas des technologies de type « voice picking » (Gaboriau, 2012 ; Govayre,
2009) que l’on retrouve dans les plateformes logistiques. Ces systèmes dictent oralement le chemin et
les différents produits que doit prendre l’employé pour composer efficacement une palette. Peu
importe que les produits les plus légers soient placés en dessous des cartons les plus lourds, ou que
leur assemblage forme une palette à l’équilibre précaire -qui peut s’effondrer à tout moment - ; seuls
la performance de la tâche et le temps de réalisation programmé dans le dispositif comptent. Les
salariés vont alors se trouver dans l’impossibilité de réaliser un travail de qualité : leurs critères de
métier (composer une ‘’belle palette’’) s’opposent à ceux édictés par le système (recherche de
productivité).
Dans ce type d’environnement, ce n’est pas seulement le pouvoir d’agir qui se voit amputer (Clot, 200),
c’est aussi la subjectivité de l’individu qui se trouve affectée, impliquant le renoncement à une partie
de soi-même : de ses initiatives, de ses projets, de ses gestes de métier, de ses critères de qualité….
Une seconde illustration sur la proscription de la subjectivité concerne la manière dont cette fois-ci ces
technologies arrivent à prendre l’ascendance sur le déroulement de conduites humaines beaucoup
plus intimes et inconscientes et a priori moins contrôlables, car non intentionnelle. Cela concerne plus
précisément les chutes à domicile qui représentent la première cause de mortalité accidentelle chez
les personnes âgées. Pour prévenir ce risque, un système de reconnaissance intelligent des chutes
appelé CIRDO a été développé au sein d’un consortium scientifique et industriel (Projet ANR CIRDO).
Cet outil à base d’IA devait détecter automatiquement les chutes des personnes âgées par des capteurs
audio et vidéo disséminées dans l’espace du domicile, et contacter les proches et les secours au besoin.
Bobillier Chaumon M.E. (2020). La mobilisation de la subjectivité dans les activités médiatisées par les technologies
émergentes : Quelles incidences sur l’activité et pour la santé au travail ? Chapitre à Paraître dans l’ouvrage coordonnée par
Dominique Lhuilier (2020). « Subjectivité et travail : entre mal-être et bien-être »
Les études menées (Bobillier Chaumon & Al, 2016) nous ont permis de montrer que la chorégraphie
de la chute qui est par nature non-intentionnelle, allait se trouver volontairement modifiée par les
sujets dans l’optique d’être mieux reconnue ou au contraire cachée à la technologie. On a remarqué,
durant les phases de tests que certaines personnes faisaient exprès d’exagérer, d’accentuer la chute
et les cris de façon à être certaines que l’accident soit bien reconnu par CIRDO. D’autres au contraire,
tentaient de contenir, de freiner leur chute, y compris les plus anodines, de façon à cacher cet incident
au système -et de façon indirecte à leur entourage qui serait alerté- en tentant d’étouffer leur cri ou
de se récupérer d’une chute mineure, au risque parfois d’accentuer les effets délétères de cet incident.
C’est donc la présence de l’artefact technologique qui change la dynamique de la chute, parce que
cette conduite, comme toute activité, est adressée, dirigée vers un objet, en l’occurrence la
technologie CIRDO, et aussi vers les destinataires potentiels de l’alerte (la famille et les secours).
Ce qu’il est intéressant de relever ici, c’est que CIRDO donne une légitimité, un statut officiel à
l’accident, en l’identifiant, en reconnaissant que cette chute s’est effectivement déroulée. Si
auparavant, l’existence d’une chute prévalait surtout par la parole de la victime, par son expression
subjectivece que j’ai fait, j’ai ressenti-, ce sont dorénavant ces technologies qui vont valider/statuer
sur la réalité de cet évènement. Autrement dit, c’est l’algorithme technologique qui s’impose face à la
parole de la personne âgée. Et cette dernière peut être même discréditée si elle affirme des incidents
non repérés par la technologie : « tant que le système ne se déclenche pas, alors la chute n’existerait
pas » en quelque sorte.
En définitive, la technologie donne, en plus d’un format et d’un cadre, une réalité et une légitimité à
l’activité. En effet, elle ne dit pas seulement ce qu’il faut faire et comment le faire, elle la qualifie -ou
la disqualifie- aussi. Elle valide son (bon) déroulement et reconnaît son existence et sa ‘’valeur’’, via les
traces, les indices, les indicateurs, les reportings (plus ou moins justes) qu’elle prélève et dont elle rend
compte.
5 Conclusion
On a pu voir au travers de ces discussions et exemples, comment ces technologies émergentes, dans
ses formes les plus extrêmes, pouvaient participer à une forme de censure de l’activité et de la
subjectivité, censure qui peut s’entendre aux deux sens du terme :
a) Celle littérale, qui consiste à la privation d’initiative, d’expression et d’action de l’individu dans son
activité ; on est alors clairement dans l’amputation du pouvoir d’agir ; avec des systèmes
prescriptifs qui régulent et contrôlent à l’extrême l’activité, dans un déni de l’activité (comme le
voice-picking)
b) L’autre plus imagée, qui reprend la terminologie de Bernard Noël dans son ouvrage « L’outrage au
mot » et qu’il nomme SENSURE. Cela relève de la perte de sens et de signification de cette activité
pour l’individu, parce que tout simplement celle-ci n’a pas d’existence sans la reconnaissance du
système technique qui lui donne sa valeur ET SA crédibilité/validité sociale. On est alors dans un
déni, une proscription de subjectivité.
Cette expérience subjective se trouve en effet médiatisé par des algorithmes qui dictent au sujet ce
qu’il doit précisément faire, comment dérouler la tâche (tant d’un point de vue opératoire que
cognitif), voire ce qu’il faut ressentir et imaginer à des moments clefs de l’activité, de façon à être le
Bobillier Chaumon M.E. (2020). La mobilisation de la subjectivité dans les activités médiatisées par les technologies
émergentes : Quelles incidences sur l’activité et pour la santé au travail ? Chapitre à Paraître dans l’ouvrage coordonnée par
Dominique Lhuilier (2020). « Subjectivité et travail : entre mal-être et bien-être »
plus performant, efficace et créatif possible au travail. Le sujet n’a alors qu’un rôle supplétif, devenant
l’assistant de ces technologies omniscientes et omnipotentes, capables de puissance de calcul et de
raisonnements inégalés. Ces outils visent aussi à déposséder les salariés de toutes capacités d’action
et de projection, car pris en charge par ces dispositifs perfectionnés.
C’est pourquoi la psychologie du travail a un rôle important à jouer afin de rendre visible et lisible le
réel du travail auprès des concepteurs et des décideurs de ces projets de transformation digitale. Il
s’agit de penser les changements sociotechniques en lien étroit avec les professionnels du terrain et
les partenaires, dans une démarche compréhensive de l’activité. Cette approche anthropocentrée et
participative inclut l’utilisateur final et son activité réelle. Elle prospecte aussi le devenir de l’activité
future probable dans ces environnements émergents. Il outille enfin ces acteurs en dispositif
organisationnels pour réfléchir et accompagner ces transitions sociotechniques majeures.
L’enjeu est grand. Il s’agit de co-concevoir des technologies innovantes qui soient appropriées (aux
caractéristiques des individus et aux exigences de leur tâche) et appropriables (par et dans les systèmes
d’activité visés). L’ambition est alors de créer les conditions acceptables et les ressources favorables
pour construire et instruire collectivement ce projet de changement. Comme le suggérait déjà Le
Guillant (cité par Ouvrier-Bonnaz, 2006),, « l’élucidation des contraintes par les travailleurs eux-mêmes
[devient l’enjeu premier du travail du médecin ou du psychologue pour éviter que le sentiment de
servitude ou de domination à la base du ressentiment s’impose, introduisant une dissociation
destructrice entre le travailleur et son objet de travail ».
C’est en effet parce que l’usage de l’instrument technique concerne toutes les dimensions de
l’organisation et les subjectivités qui sont à l’œuvre dans les entreprises que ces technologies sont au
cœur de l’activité d’aujourd’hui et de demain. Bien pensés et conçus, ces dispositifs peuvent être des
instruments de dynamisation et de (re)valorisation des pratiques de travail (individuelles et collectives)
et de mise en débat de l’activité. Cet angle de vue, porté par une clinique de l’usage, permet de
réhabiliter l’activité par les technologies, et inversement.
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Résumé L’objectif de cette étude est d’analyser la façon dont les technologies à usage professionnel soutiennent, favorablement ou pas, le développement de l’activité des cadres d’entreprise. Nous étudions plus précisément les transformations qui s’opèrent dans les pratiques professionnelles de ces salariés et examinons leurs implications sur le bien-être et la santé de ces travailleurs. Nos méthodes d’analyse combinent des approches compréhensives (entretiens et méthodes des incidents critiques) et descriptives (techniques d’observation associées à des méthodes de verbalisation) appliquées à différentes situations médiatisées de travail (nomade/sédentaire ; individuelle/collective, à distance/en présentiel) et menées auprès de diverses fonctions de cadres (expert, encadrant, de direction). Au total, 64 cadres ont participé à cette recherche sur 11 terrains différents. Nos résultats indiquent que les dispositifs techniques requièrent des modalités particulières d’exercice de l’activité professionnelle qui peuvent parfois s’opposer à la réalisation efficace des tâches poursuivies (notion d’efficience) et/ou fragiliser la qualité du travail (notion de sens). C’est lorsque les technologies nuisent à l’accomplissement et au développement de l’activité qu’elles dégradent le métier et la santé.
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Falling is the main cause of domestic accidents and fatal injuries to seniors at home. In this paper, we describe the design process for a new pervasive technology (CIRDO). The aim of this technology is to detect falls (via audio and video sensors) and to alert the elderly's family or caregivers. Two complementary studies were performed. Firstly, the actual risk situations of older adults were analyzed. Secondly, social acceptance was investigated for the different homecare field stakeholders. Our results highlight the tensions among social actors towards the tool and their impacts on technology acceptance by the elderly. Also, we show a significant change in the fall process due to the device. In actuality, the social functions associated with CIRDO implementation and the necessity of iterative design processes suggest that the CIRDO system should be more flexible and versatile to better fit the risk behaviors of seniors that evolve using this device.
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L’ambition de cet article est d’envisager une voie complémentaire pour aborder l’acceptation des technologies dans l’activité professionnelle ; celle de l'acceptation située. A partir d’une critique des modèles classiques de l’acceptabilité (sociale et pratique) d’une part, et sur la base des modèles de l’activité et des théories de l’appropriation d’autre part, nous montrerons qu’il est nécessaire de restituer l’objet technique dans son épaisseur sociale, c'est-à-dire dans un système d’activité plus riche, plus global et plus complexe aussi. Nous évoquerons les quatre dimensions à prendre en compte pour aborder cette acceptation située. Nous indiquerons aussi comment cette approche peut devenir un instrument de développement de l’activité et contribuer ainsi à un processus de (re)création d’instruments techniques, en posant les bases de ce que nous appelons une clinique de l’usage.
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First published in 1987, Learning by Expanding challenges traditional theories that consider learning a process of acquisition and reorganization of cognitive structures within the closed boundaries of specific tasks or problems. Yrjö Engeström argues that this type of learning increasingly fails to meet the challenges of complex social change and fails to create novel artifacts and ways of life. In response, he presents an innovative theory of expansive learning activity, offering a foundation for understanding and designing learning as a transformation of human activities and organizations. The second edition of this seminal text features a substantive new introduction that illustrates the development and implementation of Engeström's theory since its inception.
Pour en finir avec les risques psychosociaux. Paris : La Découverte émergentes : Quelles incidences sur l'activité et pour la santé au travail ? Chapitre à Paraître dans l'ouvrage coordonnée par Dominique Lhuilier
  • Y Clot
Clot, Y. (2015). Le travail à coeur. Pour en finir avec les risques psychosociaux. Paris : La Découverte émergentes : Quelles incidences sur l'activité et pour la santé au travail ? Chapitre à Paraître dans l'ouvrage coordonnée par Dominique Lhuilier (2020). « Subjectivité et travail : entre mal-être et bien-être »