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Les définitions néolibérales de la démocratie, entre critique et recatégorisation

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Les dénitions néolibérales de la démocratie, entre
critique et recatégorisation
Nathanaël Colin-Jaeger, Carolina Verlengia
To cite this version:
Nathanaël Colin-Jaeger, Carolina Verlengia. Les dénitions néolibérales de la démocratie, entre cri-
tique et recatégorisation. Consecutio Rerum : rivista critica della postmodernità, Roberto Finelli &
Francesco Toto, 2020, Démocratie et néolibéralisme, Anno V (9), pp.7-24. �hal-03154655�
Consecutio Rerum. Anno V, numero 9
Les définitions néolibérales de la démocratie, entre
critique et recatégorisation
Nathanaël Colin-Jaeger et Carolina Verlengia
Abstract: is introduction to the dossier offers an overview of the different rela-
tionships between neoliberalism and democracy. After defining the concept of
neoliberalism we develop a typology of the relations between neoliberalism and de-
mocracy, highlighting (i) an opposition of neoliberals to a certain concept of de-
mocracy, understood as popular sovereignty, (ii) a defense of a limited and framed
democracy, taking the form of a constitutional democracy, and finally (iii) a defense
of the normative ideal of individual sovereignty realized in the market as converging
with the concept of democracy. is introduction therefore proposes a survey of con-
temporary research in the field, but also contributes to clarifying the issues at stake.
Finally, we present the dossier and how the contributions fit into our typology.
1. “Comme vous le comprendrez il est possible pour un dictateur de gou-
verner en accord avec les principes libéraux. Inversement il est tout à fait
possible pour une démocratie de gouverner de façon totalement illibérale.
Personnellement je préfère un dictateur libéral qu’un gouvernement démo-
cratique illibéral1. Cette formule de Hayek, tirée d’une interview de 1981
au journal chilien El Mercurio, alors que Pinochet est au pouvoir dans le
pays, a alimenté bien des discussions sur les sympathies néolibérales pour
l’autoritarisme2. Wolfgang Streeck3 a par ailleurs montré comment le néo-
libéralisme s’opposait en pratique à la démocratie, par la financiarisation
de la dette, ce qui a pour conséquence la perte de souveraineté des états
* ENS de Lyon, TRIANGLE UMR 5206 (carolina.verlengia-bertanha@ens-lyon.fr);
ENS de Lyon, TRIANGLE UMR 5206 (nathanael.colin@ens-lyon.fr).
1 Interview de Hayek dans “El Mercurio”, le 12 Avril 1981.
2 On peut citer Gamble (1994), MacEwan (1997) Bourdieu (1998), Wacquant
(2009), Dardot, Laval (2009; 2016), Brown (2015) et plus récemment MacLean
(2017), Chamayou (2018), Brown (2019) et Biebricher (2020), comme exemples
de positions critiquant le caractère autoritaire et antidémocratique du néolibéra-
lisme. Plus largement les approches issues de la critique marxiste, par exemple les
travaux de Duménil, Levy (2014) ou Harvey (2005) pointent également vers l’au-
toritarisme de la politique de classe menée depuis les années 1970. Toute la veine
critique du néolibéralisme est ainsi presque consensuelle sur cette thèse.
3 Streeck (2014).
8
Nathanaël Colin-Jaeger et Carolina Verlengia
démocratiques, instauration et défense de l’austérité budgétaire au moyen
de règles constitutionnelles, multiplication des institutions indépendantes
comme les banques centrales ou le Fond Monétaire International pour
prendre en charge les questions monétaires, ou encore internationalisation
des prises de décision politiques. Le développement de ce qu’on appelle
néolibéralisme semble bien s’accompagner d’une destruction progressive
du “demos4, réduit à une instance consultative par le biais de référendums.
Nous serions donc entrés dans le monde de la “post-démocratie”5, marqué
par des crises, qui sont autant de lieux d’expérimentation pour le néolibé-
ralisme6.
D’un autre côté, les néolibéraux défendent, néanmoins, la compati-
bilité profonde du néolibéralisme et de la démocratie7. Les deux théories
seraient liées dans un même refus de politiques liberticides et fondées ainsi
sur un même idéal de souveraineté individuelle. Une certaine conception
de la démocratie est certes critiquable, mais en vertu d’une vision encore
plus haute de celle-ci. Si on excepte quelques cas extrêmes comme Her-
mann-Hoppe8 et la fibre conservatrice d’un Röpke9, les néolibéraux conti-
nuent de se réclamer de façon positive à l’esprit originel de la démocratie.
Il apparaît ainsi abusif de qualifier, sans autres formes de procès, le néo-
libéralisme d’anti-démocratique10, car les relations entre les deux concepts
ont été, et ce depuis les années 1930 et la naissance du néolibéralisme,
ambigües. Si plusieurs discours néolibéraux sont ouvertement critiques de
la démocratie c’est pour aboutir, selon eux, à une redéfinition de ce qu’elle
devrait être. L’opposition frontale entre néolibéralisme et démocratie laisse
donc dans l’ombre tout une partie du discours néolibéral: celle concernant
une recatégorisation du concept de démocratie par les néolibéraux.
Dans cette introduction nous nous proposons tout d’abord de partir
d’une définition de ce que nous entendons par néolibéralisme. Puis, nous
présentons un compte-rendu des travaux déjà effectués sur les relations
entre néolibéralisme et démocratie, afin de suggérer, ensuite, une typolo-
gie des rapports entre ces deux éléments qui soit complémentaire à ce que
d’autres auteurs ont déjà proposé, se développant sous les modalités de la
critique de la souveraineté populaire, d’une théorie de la démocratie limitée,
4 Davies (2014); Brown (2015).
5 Crouch (2004; 2011).
6 Klein (2007); Mirowski (2013).
7 Vanberg (2008; 2010; 2018).
8 Hermann-Hoppe (2001).
9 Solchany (2015).
10 Biebricher (2015).
9
Les définitions néolibérales de la démocratie
et d’une redéfinition de l’idéal démocratique. Dans ce travail, nous nous
limiterons à un point de vue panoramique et descriptif, sans chercher à
esquisser une évaluation normative des positions néolibérales ou, encore,
à en souligner les problèmes. Nous laissons aux articles de ce numéro le
soin de déplier les conceptions des propositions néolibérales et de les pro-
blématiser, travaux que nous présenterons dans la dernière partie de cette
introduction.
2. Néolibéralisme et définition néolibérale de la démocratie
Le néolibéralisme est un terme controversé et confus11 qui n’a pas manqué
de faire l’objet de théorisations et d’interprétations diverses, si ce n’est an-
tagonistes12. Par ailleurs, l’utilisation même du terme est discutée – certains
posent la question de savoir s’il s’agit d’un concept scientifique ou d’une
insulte idéologique13 – et depuis les cours de de Michel Foucault au Col-
lège de France (1979), la diversification de ses usages rend également toute
définition malaisée.
On peut distinguer ainsi plusieurs approches (foucaldienne, marxiste,
bourdieusienne)14 qui mettent en avant différentes définitions du néolibé-
ralisme, compris à tour de rôle comme une doctrine, un moment de l’évo-
lution du capitalisme ou encore un ensemble de politiques publiques mises
en place depuis les années 1970 et la “contre-révolution néolibérale”15.
Dans ce cadre émergent toute une série de problèmes quant à ce que l’on
peut légitimement appeler néolibéral en termes de politiques publiques.
Un des moyens possibles pour fixer une définition du néolibéralisme est,
selon nous, de revenir à une signification historique du terme.
Depuis plus d’une dizaine d’années, plusieurs travaux rigoureux ont
étudié, en effet, la formation du mouvement néolibéral16 à partir des an-
nées 1930. Le néolibéralisme, dont la naissance est généralement actée
en 1938 avec le Colloque Lippmann, est compris, dans ce cadre, comme
11 Caré, Châton (2016).
12 Flew (2014).
13 Boas, Gans-Morse (2009).
14 Voir l’introduction de Audier (2012) ou la présentation de Caré, Châton (2016)
par exemple.
15 Lebaron (1998).
16 Dans le champ de l’histoire des idées politiques et de la philosophie on peut citer,
de façon non exhaustive, Audier (2008, 2012), Jackson (2012), Mirowski, Plewhe
(2009), Peck (2010), Burgin (2012), Cristoph (2012) ou encore Beddeleem (2017),
Biebricher (2018), Slobodian (2018), Innset (2020), Milanèse (2020).
10
Nathanaël Colin-Jaeger et Carolina Verlengia
une réponse à une triple situation de crise: une crise sociale et économique,
illustrée par la crise de 1929 et les problèmes rencontrés par les sociétés
européennes et américaines entre les deux guerres; une crise politique, mar-
quée par la montée des divers totalitarismes, fascismes et collectivismes; et
enfin une crise idéologique, caractérisée par l’échec historique du libéralisme
du laissez-faire. Les auteurs libéraux réunis au Colloque Lippmann – ou, à
partir de 1947, à la Société du Mont-Pèlerin –, comme Walter Lippmann,
Friedrich Hayek, Wilhelm Röpke, Walter Eucken, Milton Friedman,
Louis Rougier ou encore Michael Polanyi, présentent comme nécessaire le
renouveau de la doctrine libérale, sous la forme d’une troisième voie entre
planification socialiste et naturalisme du marché. L’entreprise néolibérale
est donc celle d’une refondation, à la fois en éliminant les impuretés de la
théorie libérale mais également en affrontant des problèmes ignorés par
le libéralisme historique. C’est ce qu’exprime clairement Hayek lors de la
création de la Société du Mont-Pèlerin:
Si les idéaux qui nous unissent – et pour lesquels, malgré de fréquents abus ter-
minologiques nous ne pouvons trouver mieux pour les décrire que le terme de libéral
- doivent avoir une quelconque chance de renaître, il nous faut réaliser une grande
entreprise intellectuelle. Cette entreprise implique de purger la tradition libérale d’u-
ne partie de ses accrétions accidentelles, qui lui ont été adjointes au cours de l’histoire,
mais aussi d’affronter des problèmes sérieux, qu’un libéralisme caricatural a fui, ou
qui ne sont devenus apparents qu’à partir du moment où le libéralisme est devenu un
ensemble de principes dogmatiques et rigides17.
Le néolibéralisme comme ambition d’un libéralisme critique de sa
propre histoire et de ses angles morts théoriques insiste sur un élément
particulier. Les partisans du libéralisme du laissez-faire auraient en effet,
mal compris le rôle de l’Etat dans la constitution de l’efficacité des mar-
chés, négligeant également la nécessité d’une intervention active pour
promouvoir la concurrence. On peut ainsi attribuer au néolibéralisme la
revendication d’un interventionnisme juridique, selon la formule de Louis
Rougier, dans lequel l’Etat doit garantir les conditions de fonctionnement
de l’économie de marché, seule à même de coordonner efficacement les
activités individuelles. Dans ce cadre, il faut penser le néolibéralisme non
pas comme un impérialisme économiciste ou comme un ensemble de poli-
tiques publiques, mais comme une philosophie politique. La problématique
qui émerge est celle du mode, des opportunités et des limites d’une pla-
nification libérale des règles constituant et encadrant le marché, qu’il faut
distinguer d’une planification économique socialiste qui intervient non
17 Hayek (1947, 237) nous traduisons.
11
Les définitions néolibérales de la démocratie
pas sur les “ règles du jeu ”, mais au sein du jeu lui-même par un interven-
tionnisme économique et non juridique. La problématique néolibérale est
donc celle de la recherche des préconditions du fonctionnement du mar-
ché et de la légitimation de celles-ci d’un point de vue normatif.
Cette lecture du néolibéralisme permet ainsi la prise en compte de l’hé-
térogénéité caractéristique du terme, composé de mouvances distinctes
(Ecole de Chicago, du Public Choice, tendance autrichienne, ordolibéra-
lisme, sans parler d’individualités irréductibles à des courants particuliers)
et parfois contradictoires théoriquement18, tout en conservant l’idée d’un
problème commun qui structure un champ de réponses possibles et produit
une rationalité spécifique19.
Dans ce contexte, il est important de noter que la démocratie est, dès
le départ, un concept critiqué par les néolibéraux. De fait, le processus dé-
mocratique est concurrent de l’entreprise néolibérale, en ce qu’il autorise
les peuples souverains à modifier les règles de vie en commun, y compris
celles les plus fondamentales par rapport au fonctionnement du marché.
Des penseurs comme Rougier20 ou Lippmann21 ont très tôt critiqué le mo-
dèle démocratique comme étant non seulement inadapté aux mutations
connues par les sociétés modernes, mais aboutissant également à des ré-
sultats dangereux, conduisant droit vers l’autoritarisme et à des formes de
tyrannie. Leurs arguments trouvent un certain écho chez d’autres penseurs
de la même période, particulièrement Röpke22 et Hayek23. Par la suite, la
critique de la démocratie perdure chez penseurs aussi divers que Buchanan
et Tullock24, à nouveau Hayek25, Friedman26 et Posner27 – pour ne citer que
quelques figures notables.
La démocratie pensée par les néolibéraux renvoie à une conception ré-
duite, à savoir la démocratie représentative avec vote majoritaire28. Cette
réduction s’explique à la fois pour des raisons contextuelles, la montée des
18 Audier (2013).
19 Dardot, Laval (2009).
20 Rougier (1929).
21 Lippmann (1925).
22 Röpke (1942).
23 Hayek (1944).
24 Buchanan, Tullock (1962).
25 Hayek (1960; 1973; 1976; 1979).
26 Friedman (1962).
27 Posner (2003).
28 Pour une présentation informée d’autres conceptions de la démocratie, agrégatives,
délibératives, épistémiques, participatives ou pluralistes, on pourra lire avec intérêt
Charles Girard (2019).
12
Nathanaël Colin-Jaeger et Carolina Verlengia
fascismes et totalitarisme étant perçue comme la conséquence des excès de
la démocratie populaire, et théoriques, puisque les néolibéraux font fond
d’une méfiance historique des libéraux envers la tyrannie de la majorité. Ce
qui intéresse donc les néolibéraux est la démocratie comme institution per-
mettant de définir les règles qui contraignent les individus en société par
le biais du choix des dirigeants. Pour le dire autrement, c’est la démocratie
en tant qu’institution qui légitime une forme limitée de coercition, plutôt
que la démocratie comme promesse d’autodétermination, de participation
et d’émancipation.
3. Sur les relations entre néolibéralisme et démocratie
Quelques typologies des rapports entre démocratie et néolibéralisme ont
déjà été avancées. omas Biebricher29 propose d’en étudier trois modali-
tés, sous la forme de la restriction, du remplacement et de la complémen-
tarité. La restriction renvoie aux règles pensées par les néolibéraux, visant à
limiter les choix accessibles à la délibération démocratique; le remplacement
est illustré par les théories montrant que le marché réalise mieux que la
démocratie l’idéal démocratique, par le fait de prendre en compte, notam-
ment, la souveraineté du consommateur, mais également en proposant une
concurrence institutionnelle entre les Etats afin de permettre à chacun de
choisir quels arrangements institutionnels il préfère; la complémentarité,
enfin, propose de renforcer le marché par l’institution de la démocratie
directe, sous la forme de référendums ou de mouvements spontanés contre
la taxation par exemple. Sébastien Caré et Gwendal Châton30 avancent une
seconde tripartition des rapports entre démocratie et néolibéralisme, en
distinguant les refus conservateurs de la démocratie, qui se fondent sur une
critique des masses, aveuglés par des instincts populistes, les solutions tech-
nocratiques, mettant en avant la nécessité d’experts pour fixer de bonnes
règles qui échappent au vote, et les conceptions pluralistes de la démocratie,
défendant les droits des minorités31.
Ces deux typologies se recoupent en certains points et soulignent, à
nos yeux, que les différentes approches néolibérales de la démocratie se
29 Biebricher (2015).
30 Caré, Châton (2016).
31 En parallèle et complément de ce dossier on pourra aussi lire le dossier de la “Revue
Tocqueville”, How Neoliberalism reinvented Democracy, voir notamment l’introduc-
tion de Zamora Vargas (2020), qui développe, comme notre introduction, mais en
insistant sur d’autres points, les spécificités de la recatégorisation néolibérale de la
démocratie.
13
Les définitions néolibérales de la démocratie
fondent sur une critique commune de celle-ci comme souveraineté popu-
laire illimitée, qu’il s’agit dès lors de limiter ou de réorienter. Nous nous
proposons de reprendre en partie certains éléments de ces typologies, tout
en les complétant d’autres aspects tout aussi importants, notamment celui
du retour à l’idéal démocratique contre les apories de la démocratie. Un
argument essentiel des néolibéraux pour légitimer les limitations placées
sur la délibération démocratique est l’idée d’une légitimité démocratique
de ces contraintes. En ce sens, toute une partie de ce que Biebricher qua-
lifie de “ remplacement de la démocratie ” est, au contraire, pensé par les
néolibéraux comme une réalisation au plus haut degré de celle-ci. Notre
objectif est ainsi de montrer à la fois la réduction néolibérale du concept de
démocratie à la démocratie représentative à vote majoritaire et la diversité
des reconfigurations du concept, qui est loin d’être abandonné par les au-
teurs néolibéraux. Ainsi, nous souhaitons présenter des axes qui renvoient
moins à trois camps dans lesquels on pourrait ranger individuellement les
penseurs néolibéraux, qu’à trois tendances recoupant les distinctions entre
auteurs proposées par Biebricher et Caré et Châton.
4. La critique néolibérale de la souveraineté populaire: critique
des masses, limites de la connaissance et pluralisme des fins
La prise en compte de la démocratie par les néolibéraux s’inaugure sous
des auspices critiques. Comme nous l’avons mentionné, la critique de la
démocratie est extrêmement précoce chez Lippmann, dans Le Public Fan-
tôme, et chez Rougier, dans Les Mystiques démocratiques (1929). A la même
période, La révolte des masses de Ortega y Gasset (1927) participe égale-
ment à cet effort critique. De manière plus ou moins conservatrice32, ces
différents auteurs pointent plusieurs failles dans l’idéologie démocratique,
qui renvoie à une conception de la souveraineté héritée de la révolution
française.
La critique des masses est particulièrement importante. Cette pers-
pective fustige le comportement collectif de masses agissant irrationnelle-
ment, en reprenant des éléments de la psychologie de Gustave Le Bon33.
32 La veine conservatrice joue davantage chez Rougier, Ortega y Gasset et par la suite
Röpke que chez Lippmann. Pour des développements plus substantiels de la posi-
tion de Lippmann on peut lire Stiegler (2019) et Milanèse (2020), à distinguer des
positions conservatrices de Röpke (Fèvre 2015; Solchany 2016). Plus largement
sur l’héritage conservateur du néolibéralisme, avec des exemples pris chez Röpke,
Hayek et Rougier, on pourra lire Beddeleem, Colin-Jaeger (2021).
33 Hirschman (1991).
14
Nathanaël Colin-Jaeger et Carolina Verlengia
Chez Ortega y Gasset, la domination démocratique se traduit par un État
omnipotent et hyperactif, s’opposant précisément au libéralisme. Plus lar-
gement, la méfiance vis-à-vis des masses, assimilées à la figure d’une dé-
mocratie extrême, d’une dictature populaire pouvant mettre en péril les
libertés de certains, demeure un thème unificateur de plusieurs auteurs,
selon lesquels “les masses ne pensent pas”.
Cet argument est complété par une critique épistémologique qu’on
trouve chez Lippmann34. Le point de vue démocratique est rendu problé-
matique du fait de l’impossibilité d’accéder à une situation épistémique
surplombant sur les processus sociaux et économiques. La démocratie,
qui suppose des citoyens éclairés et omnicompétents, ou des représentants
qui sont sélectionnés par leurs qualités, est un modèle politique désuet et
inadéquat à la Grande Société, c’est-à-dire la société différenciée et mon-
dialisée, caractérisée par une complexité insaisissable pour un cerveau in-
dividuel. Il faudrait donc proposer un modèle alternatif de démocratie si
l’on veut en conserver l’idéal. Cette critique de la démocratie est donc, dès
le départ, solidaire d’une épistémologie néolibérale, qu’on peut retrouver
également chez Hayek dans sa critique de la planification socialiste35. De
la même façon qu’il est impossible pour un planificateur de centraliser
toute l’information pour diriger la production et la consommation, il est
dangereux pour un gouvernement démocratique d’énoncer des règles per-
tinentes vis-à-vis de la complexité du monde social.
Enfin, la critique néolibérale reprend une critique ancienne de la démo-
cratie chez les libéraux, pointant le risque d’une tyrannie de la majorité. La
règle du vote majoritaire autorise la contrainte que peut exercer un groupe
majoritaire sur des minorités, ce qui conduit également à l’imposition de
certaines finalités morales et politiques à des individus qui ne les acceptent
pas. On retrouve cette critique chez Hayek36, qui défend un pluralisme
axiologique profond, dans lequel les décisions politiques ne doivent pas
statuer sur des fins morales, mais laisser ouvertes les potentialités d’actions
pour des individus poursuivant leurs propres fins.
Ces critiques nombreuses, idéologiques, épistémologiques et politiques,
ne poussent néanmoins pas les néolibéraux à abandonner le concept de dé-
mocratie. Hayek par exemple reprend ainsi le concept, bien qu’il indique
ne pas vouloir en “faire un fétiche”, pour l’opposer aux théories collecti-
vistes:
34 Lippmann (1925).
35 Hayek (1935a; 1935b).
36 Hayek (1944).
15
Les définitions néolibérales de la démocratie
Si le mot ‘capitalisme’ signifie un système de concurrence basé sur la libre dispo-
sition de la propriété privée, il faut se rendre compte que seul un tel système permet
la démocratie. Lorsque le régime est dominé par une doctrine collectiviste, la démoc-
ratie finit inévitablement par se détruire elle-même37.
Ce que critiquent donc les néolibéraux c’est d’abord une certaine concep-
tion de la démocratie, perçue comme illimitée et dirigée par une idéologie
collectiviste, selon laquelle la majorité pourrait légitimement imposer des
fins à tous les individus qui composent la société. Contre cette perspective
il faut conserver, si ce n’est permettre et constituer, une théorie de la dé-
mocratie limitée, c’est-à-dire une conception véritablement libérale de la
démocratie.
5. Encadrer le jeu démocratique par des règles: rule of law, tech-
nocratie et expertise
Chez la plupart des néolibéraux la démocratie est ainsi conservée, mais
encadrée par des règles – qu’il s’agisse de procédures chez Lippmann, de la
rule of law chez Hayek, de principes constitutionnels chez Buchanan ou de
la constitution économique chez les ordolibéraux. La délibération démo-
cratique est autorisée et valorisée, mais son champ de décision est restreint,
ou bien à l’élaboration de règles générales et indéterminées, ou bien à des
décisions de vote.
La reprise de la rule of law chez Hayek38 illustre parfaitement ce point.
Dans le chapitre VI de la Route de la servitude il défend une théorie ins-
trumentale de la démocratie. La valeur fondamentale est la liberté, et la
démocratie doit être modelée de façon à maintenir cette liberté des indivi-
dus. De ce fait, les règles de coordination sociale qui sont choisies politi-
quement doivent se conformer à quatre caractéristiques fondamentales, à
savoir l’abstraction, la généralité, la négation et l’indétermination. Les règles
démocratiques doivent être abstraites et négatives, en ce qu’elles sont géné-
rales et fixent des limites à l’action des individus. Les règles sont des assises
cognitives pour permettre aux individus de former des anticipations rela-
tivement aux conséquences éventuelles de leurs actions s’ils ne respectent
pas certains principes fixés. L’indétermination renvoie à une autre caracté-
ristique d’une bonne règle chez Hayek, à savoir qu’il doit être impossible
de prévoir a priori les conséquences des règles et notamment les groupes
37 Hayek (1944, 56).
38 Hayek (1944).
16
Nathanaël Colin-Jaeger et Carolina Verlengia
qui se trouveront favorisés ou défavorisés par son adoption. La généralité
et l’abstraction de la règle sont des conditions de l’indétermination, Hayek
défendant l’idée selon laquelle une règle générale et abstraite est moins
susceptible d’être maîtrisée par des intellects humains. De ce fait, la gé-
néralité, l’abstraction, la négativité et l’indétermination laissent ouvert un
champ d’action pluriel pour les individus, garantissant, par-là, la diversité
des fins individuelles.
La limitation de la démocratie prend une autre forme chez les ordolibé-
raux: celle de la technocratie. Les penseurs ordolibéraux, comme Eucken
et Röpke, distinguent l’ordre économique de l’ordre juridique. Si les indi-
vidus peuvent choisir dans l’ordre économique, ils sont en revanche pri-
vés de tout choix possible sur les règles constitutionnelles qui structurent
l’existence même du marché. Eucken exprime cette différence dans son
article e Competitive Order and its Implementation39:
La liberté du consommateur existe, mais pas la liberté de choisir comment déf-
inir les règles du jeu ou les formes du processus économique. C’est précisément le
champ de la politique de l’ordre.
La connaissance des règles au fondement de la constitution économique
ne sont accessibles qu’aux savants, les économistes et les juristes. Les indi-
vidus des sociétés démocratiques ne sont pas compétents pour juger de
ces vérités premières et la délibération démocratique voit donc son champ
limité à des décisions relatives à l’élection de gouvernants de façon paci-
fique. La démocratie est réduite à une théorie du changement de dirigeant
plutôt qu’une théorie substantielle quant à la délibération des fins, des
“règles du jeu”, qui demeurent l’apanage d’un aéropage savant.
Le développement de l’expertise économique lors de la seconde moitié
du XXème siècle participe également de l’effort néolibéral de limitation de
la démocratie. C’est une perspective visible particulièrement aux Etats-
Unis, chez les économistes de Chicago ou de Virginie, qui utilisent l’ana-
lyse économique de façon à montrer ce que doivent être les règles du jeu
démocratique. La perspective de Buchanan et Tullock dans e Calculus of
Consent, qui soumet la démocratie au crible de la théorie du choix ration-
nel, aboutit par exemple à une défense, dans Democracy in Deficits, de la
promotion de règles économiques constitutionnelles limitant le budget de
l’Etat pour éviter les pièges auxquels conduisent inévitablement le proces-
sus démocratique.
39 Eucken (1949, 227).
17
Les définitions néolibérales de la démocratie
De façon similaire, les positions de Milton Friedman, et avec lui des
membres de l’Ecole de Chicago, promeuvent l’expertise des économistes,
capables d’accéder à des vérités positives qui permettent de répondre aux
questions normatives de politiques économiques. La délibération démo-
cratique sur les fins est ainsi subordonnée à la recherche scientifique, en
supposant que tous les individus rationnels sont, finalement, en accord sur
les valeurs qu’ils défendent40. L’exemple que prend Friedman fait ainsi réfé-
rence à la détermination de règles relatives à l’émission de monnaie, visant
à limiter l’inflation. Le rôle de l’expert est alors défendu par les néolibéraux
comme un moyen d’orienter ou d’encadrer les débats démocratiques.
6. Reconfigurer la démocratie: l’idéal démocratique légitimé par
la souveraineté individuelle
La limitation de la démocratie, que cela soit par des règles générales, la
technocratie ou l’expertise située, ne correspond pas à une négation de
la démocratie par les néolibéraux, mais plutôt à une redéfinition néolibé-
rale de la démocratie. Qu’il s’agisse de Lippmann41, de Buchanan42 ou de
Hayek43, les néolibéraux n’abandonnent pas la référence à la démocratie,
prétendant, au contraire, revenir à l’origine de l’esprit démocratique contre
le dévoiement historique de la démocratie. On retrouve ainsi chez les néo-
libéraux une référence récurrente aux Pères Fondateurs américains et la
construction d’un modèle concurrent de démocratie, à savoir une démo-
cratie procédurale et formelle plutôt que substantielle. Il s’agit donc pour
eux de renouveler l’esprit originel contre sa forme dévoyée ou inadaptée
aux conditions actuelles. La limitation n’est pas comprise comme une res-
triction de l’entreprise démocratique mais comme la condition de possibilité
de son fonctionnement adéquat.
Si le libéralisme et la démocratie connaissent des tensions, du fait que la
décision démocratique peut limiter la décision individuelle et donc dimi-
nuer la liberté, les néolibéraux cherchent à réduire ces tensions au sein de
leurs propres conceptions. Selon Viktor Vanberg44 par exemple, un conti-
nuateur de la pensée de Hayek et de Buchanan, les différences entre les
deux idéaux sont avant tout accidentels, car ils partagent le même fonde-
40 Friedman (1953).
41 Lippmann (1925).
42 Buchanan (1975).
43 Hayek (1979).
44 Vanberg (2008).
18
Nathanaël Colin-Jaeger et Carolina Verlengia
ment normatif: la souveraineté individuelle. Le recours au contractualisme
chez plusieurs néolibéraux participe de cette conception. Exemplairement
Buchanan, dans e Limits of Liberty (1975) et dans Reason of Rules (1985),
défend l’idée d’un choix constitutionnel des règles du jeu par des individus
rationnels. La limitation de la démocratie devient ainsi légitime si elle est
consentie par les individus eux-mêmes.
Enfin, l’argument de la souveraineté individuelle est utilisé d’une deu-
xième façon, pour montrer que cette forme de l’idéal démocratique se ré-
alise mieux dans le marché que dans le processus démocratique classique.
Avec la figure du consommateur souverain, tel qu’elle apparaît avec Mises45,
le marché devient l’espace démocratique par excellence en ce que les
échanges suivent la règle du consentement. Deux façons de défendre cette
position sont illustrées par Friedman dans Capitalisme et liberté. D’une
part, le marché est vu comme une forme de démocratie de la consomma-
tion, où chaque acte de consommer est équivalent à un vote; d’autre part,
l’échange est perçu comme forme suprême de consentement individuel,
réalisant à son plus haut degré l’idéal démocratique. On peut ainsi lire que:
De ce point de vue, le rôle du marché est, comme nous l’avons déjà noté, de per-
mettre l’unanimité sans uniformité; c’est un système de représentation effectivement
proportionnelle. En revanche, ce qui caractérise l’action politique, c’est qu’elle tend à
exiger ou à imposer une large uniformité46.
Il faut donc limiter la démocratie comme institution aux questions aux-
quelles le marché ne peut pas répondre (par exemple les questions de dé-
fense nationale), puisque le marché est déjà une institution démocratique,
permettant l’expression de la pluralité des désirs individuels. Le marché
permet de faire émerger une volonté commune spontanée dans le système
des prix, reflétant les préférences de chacun. En outre, il s’exerce avec une
contrainte minimale puisque l’échange est caractérisé par l’intérêt com-
mun. Chaque individu n’achète, en effet, que s’il accorde plus d’utilité à ce
qu’il achète que le prix qu’il est prêt à payer, et ne vend que si son utilité est
moindre que le prix auquel il le vend. La thèse de la limitation de la démo-
cratie par des règles générales, également défendue par Friedman, va ainsi
de pair avec la reconnaissance du caractère éminemment démocratique du
processus marchand.
Toutes ces positions, qu’elles soient profondément critiques, limitatives
ou encore qu’elles se réapproprient le concept de démocratie, montrent
45 Olsen (2019).
46 Friedman (1960, 68).
19
Les définitions néolibérales de la démocratie
que les relations entre démocratie et néolibéralisme sont complexes. Une
critique de ces positions doit prendre en compte tout autant les opposi-
tions des néolibéraux à certaines formes de démocratie que les tentatives de
récupération du concept, pour en montrer les éventuelles mystifications.
Il nous apparaît, sur ce point, que les articles contenus dans ce dossier
permettent d’apporter un éclaircissement aux enjeux des redéfinitions néo-
libérales de la démocratie et des limites de cette reprise.
7. Présentation du dossier
Les textes et articles réunis dans ce dossier visent ainsi à aborder et à pro-
blématiser, sous des différents angles et à partir la mobilisation de sources
multiples, les propositions néolibérales dans leur rapport au thème de la
démocratie. L’article qui ouvre nos discussions est celui d’Arnaud Mila-
nèse, Les sources lippmanniennes du problème néolibéral de la démocratie: la
démocratie “reconstruite” de 34, dans lequel, se concentrant sur la pensée
de Water Lippmann et ses conceptions démocratiques, l’auteur part du
texte peu travaillé e Method of Freedom (1934) pour comprendre les ori-
gines historiques d’une redéfinition néolibérale de la démocratie. Odile
Tourneux, dans Deux conceptions néolibérales de la souveraineté et de la dé-
mocratie: aux origines de la gouvernance européenne, montre l’importance
ultérieure de Walter Lippmann et de Wilhelm Röpke pour les institutions
européennes, ce qui permet à l’autrice de défendre l’idée selon laquelle la
gouvernance néolibérale européenne tire sa force des conceptions démo-
cratiques qu’elle véhicule. L’article d’Etienne Wiedemann, La réalisation
optimale de l’idéal démocratique par l’extension du marché selon Milton Frie-
dman, interroge, à son tour, la manière dont Milton Friedman participe
à la captation sémantique du vocable de démocratie de façon originale.
L’auteur montre ainsi à la fois les originalités de Friedman, au-delà de son
rôle de vulgarisateur, et propose des critiques de la théorie qu’on trouve
dans Capitalisme et liber. Nathanaël Colin-Jaeger, dans L’idéal démocra-
tique contre la démocratie. Buchanan et l’économie politique constitutionnelle,
montre que le néolibéralisme, à partir l’exemple de James Buchanan, ne
peut être simplement taxé d’anti-démocratique, puisque les néolibéraux
ont proposé une nouvelle conception de la démocratie libérale comme
démocratie constitutionnelle, aspect ce que l’auteur analyse en détail. Les
deux derniers articles du dossier sont ceux de ibaut Rioufreyt, Destituer
les citoyens, contraindre les individus. Le néo-libéralisme contre la démocratie,
et celui de Stephen W. Sawyer, From Histories of Liberalism to a History
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Nathanaël Colin-Jaeger et Carolina Verlengia
of the Demos: Toward a Democratic Critique of Neoliberalism. Le premier
propose de d’interroger la relation entre le néolibéralisme et la démocratie
sous trois angles différents: celui de la visée anti-démocratique concernant
la manière dont les néolibéraux cherchent à restreindre le principe et la
portée de la souveraineté populaire, celui lié à la constitution d’un régime
de subjectivation, produisant un sujet néolibéral en tension avec la figure
du citoyen et, finalement, le dernier touchant à la question de la produc-
tion d’une gouvernementalité qui contraint les individus et cherche à fa-
çonner leur comportement. Le second, enfin, explore la question de la gé-
néalogie de l’union entre démocratie et libéralisme. Cette compréhension,
sans laquelle nous ne pouvons pas répondre à l’un des défis essentiels des
critiques démocratiques récentes du néolibéralisme, souligne la nécessité
d’élaborer une théorie de la démocratie qui ne soit pas liée aux différentes
théories néolibérales et donc de s’extirper des conceptualisations néolibé-
rales de la démocratie pour proposer un théorique démocratique contre
le néolibéralisme. Pour ce faire, l’auteur cherche à comprendre comment,
dans le contexte des années 1960 et 1970, l’intérêt croissant pour l’histoire
du libéralisme s’est développé dans une relation complexe avec le projet
néolibéral, offrant des visions contradictoires des origines et des ambitions
de la démocratie. Enfin, pour clore le dossier, l’entretien avec Christian
Laval, Les métamorphoses du néolibéralisme, revient sur la contribution de
l’auteur à la littérature sur le sujet, et explore plusieurs voies nouvelles pour
enrichir notre compréhension du concept et du phénomène historique.
Du fait de l’hétérogénéité d’approches et des sources utilisées, cet en-
semble de textes nous permettent donc d’avoir une vision élargie des dé-
bats autour de la question des rapports entre néolibéralisme et démocratie,
ainsi que celle, complémentaire et tout aussi importante, de la relation
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Book
Olsen takes the contemporary analysis of neoliberalism in an exciting and productive new direction by providing a genealogy of the script and a study of this neoliberal persona. It is a thrilling achievement. —Samuel Moyn, Professor of Law and History, Yale University, USA This work provides us with a great example of the perplexing ways the original work of neoliberal intellectuals came to matter many years after their original conception. Olsen reconnects intellectual origins and subsequent manifestations of neoliberal consumerism. He does a terrific job where others fail in neoliberalism studies: clarifying both the common thread at the ideational level and the wider influences and variety of real world experiences. --- Dieter Plehwe, Research Fellow of the President’s Project Group, Berlin Social Science Center, Germany This book presents a new intellectual history of neoliberalism through the exploration of the sovereign consumer. Invented by neoliberal thinkers in the interwar period, this figure has been crucial to the construction and legimitization of neoliberal ideology and politics. Analysis of the sovereign consumer across time and space demonstrates how neoliberals have linked the figure both to the idea of democracy as a method of choice, and also to a re-invention of the market as the democratic forum par excellence. Moreover, Olsen contemplates how the sovereign consumer has served to marketize politics and functioned as a major driver in a wide-ranging transformation in political thinking, subjecting traditional political values to the narrow pursuit of economic growth. A politically timely project, The Sovereign Consumer will have a wide appeal in academic circles, especially for those interested in consumer and welfare studies, and in political, economic and cultural thought in the twentieth century.
Book
“Some books describe the neoliberal project using the neoliberals' own terms; others promote more profound understanding by bringing in other intellectual resources. Will Davies is one of the best of the latter. In this fascinating book he inverts the conventional neoliberal practice of treating politics as if it were mere epiphenomenon of market theory, demonstrating that their version of economics is far better understood as the pursuit of politics by other means.” - Professor Philip Mirowski, University of Notre Dame “Writing with clarity and precision and drawing on a rich array of sources, Will Davies takes the sociological discussion of neo-liberalism, its past and possible futures, to newer and richer intellectual realms.” - Professor Paul du Gay, Copenhagen Business School “A sparkling, original, and provocative analysis of neoliberalism. It offers a distinctive account of the diverse, sometimes contradictory, conventions and justifications that lend authority to the cumulative extension of competitive market principles and the spirit of competitiveness to all spheres of social life and that provide it with room for manoeuvre and reinvention in the face of resistance and crisis.” - Professor Bob Jessop, University of Lancaster “In a world that seems to lurch from one financial crisis to the next, this book questions both the sovereignty of markets and the principles of competition and competitiveness that lie at the heart of the neoliberal project. This is a brilliant piece of work and is essential reading for anyone interested in the politics and economics of contemporary capitalism.” - Professor Nicholas Gane, University of Warwick Since its intellectual inception in the 1930s and its political emergence in the 1970s, neo-liberalism has sought to disenchant politics by replacing it with economics. This agenda-setting text examines the efforts and failures of economic experts to make government and public life amenable to measurement, and to re-model society and state in terms of competition. In particular, it explores the practical use of economic techniques and conventions by policy-makers, politicians, regulators and judges and how these practices are being adapted to the perceived failings of the neoliberal model. By picking apart the defining contradiction that arises from the conflation of economics and politics, this book asks: to what extent can economics provide government legitimacy?
Article
The Great Bifurcation. Doing away with Neoliberalism Bruno Tinel questions Duménil and Lévy (DL) about their new book, La Découverte. Besides the paths currently taken by the United-States and Europe in the wake of the 2008 crisis —the continuation of a dynamics weighted in favour of upper classes —there is an alternative path to the left that is here opened up : hence the “bifurcation”. DL go further in their Marxist-inspired diagnosis. Neoliberalism is described as a social order strategically biased to the power and income of capitalist classes and their allies, the managerial classes. The book draws a contrast between American-English neoliberalism and the configurations observed in Europe. A series of new findings provides the basis for a concrete analysis of the worldwide structures of ownership and control ; the crisis in Europe is investigated by way of the contrasting trajectories of France and Germany, while special emphasis is placed on the Spanish economy. DL argue that, as was the case in the decades immediately following World War II, a new alliance between popular and managerial classes is required, to be established at a European level, but with the aim of transcending the latter level.