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Quelle durabilité pour le développement territorial ? Réflexions sur les composantes spatiales de l'économie circulaire

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Abstract

L'objectif de cet article est de fournir des éléments de réflexion sur la place de l'espace et la dimension territoriale dans les processus d'économie circulaire ainsi que d'interroger leur contribution au développement durable des territoires. Nous commençons par examiner les racines territoriales des grandes stratégies d'économie circulaire définies par les pouvoirs publics français en faisant une place particulière à l'écologie industrielle et territoriale, qui manifeste un intérêt plus fort pour les dimensions spatiales des processus circulaires. Dans une seconde partie, nous interrogeons la capacité réelle de l'économie circulaire à contribuer au développement durable de la société dans son ensemble et à sa mise en action au niveau local : après avoir proposé une définition du développement territorial durable, nous procédons à un examen des différentes stratégies en cours fondées sur les principes ainsi définis. Our paper aims to provide elements of reflection on the spatial and territorial dimensions in circular economy processes and to question their contribution to a sustainable territorial development. We start by examining the territorial roots of the major circular economy strategies defined by the French public authorities and devote a special place to industrial and territorial ecology, which shows a stronger interest in the spatial dimensions of circular processes. In the second part, we question the circular economy's actual capacity to contribute to the sustainable development of society as a whole and to its implementation at the local level: after proposing a definition of sustainable territorial development, we assess the various existing strategies based on the principles thus defined.
Dossier : Léconomie circulaire : modes de gouvernance et développement territorial
Quelle durabilité pour le développement territorial ? exions
sur les composantes spatiales de léconomie circulaire
Sabrina Dermine-Brullot
1,*
et André Torre
2
1
Aménagement de lespace et urbanisme, Université de technologie de Troyes, InSyTE, Troyes, France
2
Économie, Université Paris-Saclay, INRAE, Agroparistech, UMR SADAPT, Paris, France
Reçu le 20 septembre 2018. Accepté le 13 avril 2020
Résumé Lobjectif de cet article est de fournir des éléments de réexion sur la place de lespace et la
dimension territoriale dans les processus déconomie circulaire ainsi que dinterroger leur contribution au
développement durable des territoires. Nous commençons par examiner les racines territoriales des grandes
stratégies déconomie circulaire dénies par les pouvoirs publics français en faisant une place particulière à
lécologie industrielle et territoriale, qui manifeste un intérêt plus fort pour les dimensions spatiales des
processus circulaires. Dans une seconde partie, nous interrogeons la capacité réelle de léconomie circulaire
à contribuer au développement durable de la société dans son ensemble et à sa mise en action au niveau
local : après avoir proposé une nition du développement territorial durable, nous procédons à un examen
des différentes stratégies en cours fondées sur les principes ainsi dénis.
Mots-clés : développement durable / territoire / économie circulaire / transition / politiques publiques
Abstract What sustainability for territorial development? A reection on the spatial
components of circular economy. Our paper aims to provide elements of reection on the spatial and
territorial dimensions in circular economy processes and to question their contribution to a sustainable
territorial development. We start by examining the territorial roots of the major circular economy strategies
dened by the French public authorities and devote a special place to industrial and territorial ecology, which
shows a stronger interest in the spatial dimensions of circular processes. In the second part, we question the
circular economys actual capacity to contribute to the sustainable development of society as a whole and to
its implementation at the local level: after proposing a denition of sustainable territorial development, we
assess the various existing strategies based on the principles thus dened.
Keywords: sustainable development / territory / circular economy / transition / public policies
Différents concepts et courants scientiques cher-
chant à concilier croissance économique, préservation de
lenvironnement et bien-être social comme léconomie
de lenvironnement (Cropper et Oates, 1992), lécologie
politique (Bourg et Papaux, 2015), léconomie écolo-
gique (Froger et al., 2016), lécologie industrielle
(Erkman, 2004)ouléconomie circulaire (Boulding,
1966) sont apparus ces 50 dernières années. Souvent
concurrents, à la frontière des mondes scientiques et
sociopolitiques, ils inuencent bon nombre de politiques
publiques internationales, nationales et locales, et
ambitionnent de traduire les grands enjeux de durabilité
de la société de manière concrète et opérationnelle. Si
tous saccordent sur la complexité des situations et des
enjeux ainsi que sur la nécessité dadopter une vision
systémique, la traduction en actions locales nest
pourtant pas évidente, même si les politiques publiques
montrent un intérêt grandissant pour lélaboration de
stratégies territoriales de développement durable. En
témoignent, en France, les lois résultant du Grenelle de
lenvironnement de 2009 ou sur la transition énergétique.
Les mots et les modes se succèdent. Devant la montée
croissante des problèmes environnementaux causant un
grand nombre de dérèglements des écosystèmes naturels
et la hausse des inégalités sociales dans et entre les
Voir dans ce numéro les autres contributions au dossier
«Léconomie circulaire : modes de gouvernance et dével-
oppement territorial ».
*Auteur correspondant : sabrina.brullot@utt.fr
Natures Sciences Sociétés 28, 2, 108-117 (2020)
©S. Dermine-Brullot and A. Torre, Hosted by EDP Sciences, 2021
https://doi.org/10.1051/nss/2020034
Natures
Sciences
Sociétés
Disponible en ligne :
www.nss-journal.org
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territoires, on préfère maintenant parler de transition
écologique et sociale, là où le développement durable a
échoué dans les politiques publiques par son manque de
précision et de rationalité opérationnelle, faisant parfois
peur car associé au courant de la décroissance (Latouche,
2006) ou sourire car devenu un terme galvaudé. La
transition écologique et sociale mise sur linnovation
technologique. On évoque ainsi léconomie circulaire
(EC) ou la croissance verte pour lesquelles la question
environnementale devient une opportunité plutôt quune
contrainte. Lobjectif, nalement proche de celui du
développement durable, consiste à concilier croissance
économique, équité sociale et préservation de la planète,
avec un niveau dambition inférieur mais un ancrage local
bien plus fort, dans les objectifs afchés comme les actions
de terrain. Alors que lapproche de la modernisation
écologique et donc du développement durable souligne le
lien entre problématiques environnementales et évolutions
plus larges de la société comme la globalisation ou le
capitalisme post-fordiste, léconomie circulaire et la
croissance verte appréhendent la nature et les écosystèmes
naturels comme des objets susceptibles dêtre manipulés
par des innovations technologiques dans une perspective
marchande et par le biais dinterventions très concrètes
souvent liées à la dimension territoriale (Beal, 2016).
Le choix de lEC sinscrit dans une certaine logique
européenne (la création de la fondation Ellen-MacArthur
en 2010 et la publication dune feuille de route par la
Commission européenne en 2011). Mais lexpression a
également le mérite dêtre très explicite sur la question de
la circularité de la matière quelle appelle de ses vœux.
On parle déconomie, et donc indirectement de croissance,
dune manière positive et optimiste, qui fait sens dans
lesprit des acteurs publics, des entreprises et des citoyens.
Cest pourquoi la sphère politique française sest
réappropriée lEC à partir dune dénition opérationnelle
sappuyant sur une déclinaison en stratégies dites
territoriales, qui font lobjet de nombreux appels à projets,
dans lespoir den inciter le déploiement local auprès de
collectivités ou dentreprises.
Lobjectif de cet article est de sinterroger sur le
caractère opérationnel de lEC, et tout particulièrement de
se pencher sur ses dimensions spatiales et territoriales, qui
conditionnent toute possibilité de mise en œuvre concrète
de ces stratégies au niveau local et de leur intégration dans
des processus de développement durable des territoires. En
effet, si le changement climatique est de nature globale, ses
conséquences en termes de phénomènes météorologiques
extrêmes sont bien locales. Les désagréments quils
occasionnent, la pollution atmosphérique, leutrophisation
des milieux naturelsou la pollution des sols et des rivières
constituent autant déléments déclencheurs dune prise de
conscience auprès de nombreux acteurs qui nenvisagent
le développement de leur territoire quen intégrant les
questions environnementales et de durabilité.
Dans une première partie, nous examinerons les
racines territoriales des grandes stratégies déconomie
circulaire dénies par les pouvoirs publics français, en
faisant une place particulière à lécologie industrielle et
territoriale qui manifeste un intérêt plus fort pour les
dimensions spatiales des processus circulaires. Dans une
seconde partie, nous interrogerons la capacité réelle
de lEC à contribuer au développement durable de la
société dans son ensemble et à sa mise en action au
niveau local.
Quelles dimensions spatiales pour
léconomie circulaire ?
Cest à la n des années1960 que Boulding (1966),
partant du constat des limites physiques et thermodyna-
miques qui simposent aux sociétés humaines, propose
un nouveau modèle en opposition au modèle linéaire
classique : léconomie circulaire (EC). Selon lui, il est
nécessaire de considérer le système fermé « Terre » dans
son ensemble, avecses ressources et ses capacitéslimitées
dabsorption de la pollution, pour repenser les interactions
entre lenvironnement et léconomie. Lhomme doit
trouver sa place dans ce système écologique qui va
recycler continuellement les matières en utilisant seule-
ment les apports énergétiques externes, ceux du Soleil. Sa
vision, qui repose sur la croyance en la puissance de
linnovation technologique et en unepossible substitution
des différents capitaux (matériels, énergétiques et de
connaissance), est universaliste. Elle va pourtant donner
naissance à des appréciations beaucoup plus sceptiques du
progrès technique ainsi quà des approches qui font la part
belle aux dimensions spatiales et territoriales.
Les racines territoriales incertaines de
léconomie circulaire
Ayres ou Kneese partagent lanalyse que fait Boulding
des relations entre économie et environnement à partir des
bilans de matières (Kneese et al.,1970) qui vont donner
lieu par la suite au concept de métabolisme industriel
(Spash, 2013). Ce rapport entre économie et environne-
ment, également discuté par Georgescu-Roegen (1979) en
termes de thermodynamique, amène Pearce et Turner
(1990) à proposer un modèle dEC introduisant les notions
daménités positives ou négatives selon limpact de
lactivité économique sur les stocks de ressources et plus
globalement lenvironnement. Cest donc sous le prisme
des ux matériels et immatériels que lEC est initialement
abordée, lobjectif étant de dénir un modèle et des
mécanismes de régulation qui permettent dassurer une
forme de croissance économique sinscrivant dans un
système «Terre » contraint aux caractéristiques biophy-
siques limitées.
S. Dermine-Brullot et A. Torre : Nat. Sci. Soc. 28, 2, 108-117 (2020) 109
Mais lintroduction de lEC dans de nombreuses
politiques publiques à partir des années 1990 va lancrer de
manière concrète dans lespace et les territoires. Au niveau
national, on peut citer lexemple de lAllemagne qui, avec
différentes mesures, comme celles prises en 2012, adopte
une loi sur lEC relative à la prévention et au recyclage des
déchets. Cest également le cas au Japon qui, en raison
dune augmentation des émissions polluantes et dun
manque de ressources locales nécessitant de nombreuses
importations, explore la possibilité dune transition vers
une EC consistant à organiser le recyclage des matériaux
en n de vie et à structurer des lières au niveau national.
La Chine va plus loin et introduit la notion de territoire
comme périmètre institutionnel daction en distinguant et
en promouvant des mesures prises en matière dEC à trois
niveaux géographiques : micro (lusine), méso (lécoparc)
et macro (la ville, la région, le pays) [Shi et al., 2006].
Lobjectif est clair : concilier, grâce au bouclage des ux et
à la circularité de léconomie, une croissance économique
rapide et une consommation plus sobre de matières
premières et dénergie (Su et Zhou, 2005). Il sagit bien ici
de continuer à sinscrire dans le paradigme dominant de la
production et de la consommation de masse grâce à des
optimisations technologiques de différentes natures
spatiales permettant de réduire la pression sur lenviron-
nement au moyen dune action qui passe largement par le
niveau local.
Cest dans ce contexte que lEC apparaît en France au
début des années 2010, de manière concomitante à
plusieurs initiatives européennes comme la création de la
fondation Ellen-MacArthur (2010) et la publication de la
feuille de route de la Commission européenne (2011). La
création de lInstitut de léconomie circulaire, en 2013,
consacre lintroduction du concept dans les politiques
publiques et induit une diffusion très rapide auprès des
entreprises et des territoires. LAdeme (Agence de
lenvironnement et de la maîtrise de lénergie) sempare
du sujet et propose une dénition qui devient rapidement
la référence opérationnelle en France. Elle distingue
3 domaines daction (gestion des déchets, offre des
entreprises et consommation) répondant à 7 axes straté-
giques qui correspondent à autant de modalités de
fonctionnement des entreprises et des particuliers
(Tab. 1). Cependant, la contribution à un développement
plus durable des territoires par le biais de ces stratégies
reste limitée (voir Vers un développement territorial
durable, infra). Pourtant, lAdeme les promeut comme des
leviers daction locale, comme en témoignent les appels à
projets « Économie circulaire » qui, coordonnés annuel-
lement par ses agences régionales (parfois en collaboration
avec les conseils régionaux ou les directions régionales de
lEnvironnement, de lAménagement et du Logement),
visent à nancer des actions locales portées par des
entreprises ou des collectivités territoriales. Pour être
Tab. 1. Les axes stratégiques de léconomie circulaire en France (source : daprès lAdeme).
Axes stratégiques nition institutionnelle
Recyclage Retraitement dun déchet en substances, matières ou produits aux ns
de leur fonction initiale ou à dautres ns.
Approvisionnement responsable Vise une exploitation efcace et raisonnée des ressources matérielles
et énergétiques renouvelables et non renouvelables.
Consommation responsable Aptitude du consommateur (acteur économique ou citoyen) à tenir compte
de limpact environnemental dun produit et/ou service au moment de
son achat puis de son usage.
Écoconception Réduction de limpact sur lenvironnement dun produit ou dun service
sur lensemble de son cycle de vie.
Allongement de la durée dusage Prolonger la durée dusage dun produit par sa réparation, son réemploi,
sa vente doccasion ou son don.
Économie de fonctionnalité Modèle économique visant à vendre les fonctionnalités dusage dun
bien matériel à la place du bien dont le producteur reste propriétaire.
Écologie industrielle et territoriale (EIT) Bouclage de ux de matières et dénergie entre entreprises pour que
les déchets des uns soient utilisés en ressources par dautres. LEIT
comprend également la gestion mutualisée de ux et le partage
déquipement ou de ressources entre acteurs économiques
géographiquement proches.
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éligibles, ces actions sont censées améliorer le dévelop-
pement économique et lattractivité du territoire grâce à
des innovations technologiques ou organisationnellestout
en réduisant son empreinte environnementale et/ou les
inégalités sociales. Toutefois, un examen attentif révèle
que leurs dimensions spatiales et territoriales sont souvent
inégales.
Ainsi, la dimension spatiale est assez peu présente dans
la dénition des stratégies de recyclage. Essentiellement
échie à léchelle des entreprises, voire des lières dans
le cas des matières plastiques ou des métaux, parexemple,
lapproche reste technocentrée et exempte de vision
globale et systémique. Les matières à recycler peuvent être
transportées dun bout à lautre de la planète pour être
traitées, puis réinjectées dans des procédés ou des produits
selon une rationalité purement économique et en réponse à
des contraintes imposées par la réglementation. Néan-
moins, il faut tenir compte des problèmes que posent les
installations de recyclage sur les territoires: en matière
doccupation des sols, elles peuvent entrer en concurrence
avec dautres activités en raison des grandes surfaces de
foncier quelles occupent et générer des conits dusage
(un incinérateur de déchets et un méthaniseur, par
exemple, même à valorisation énergétique, sont souvent
refusés par les riverains). Ce type dinstallation impose
normalement, en raison de la nature des ux, une
proximité géographique entre le producteur de déchets
et le centre de valorisation (le transport de déchets
fermentescibles nest possible que sur de courtes
distances, par exemple) ou entre ce dernier et lutilisateur
dénergie produite (dans le cas de ux de chaleur, par
exemple). En raison des conits, ces installations sont
souvent implantées à lextérieur des villes, loin des
gisements potentiels de déchets et des utilisateurs de
lénergie produite, ce qui en limite la rationalité technique
et économique et encore plus lintérêt environnemental.
La dimension spatiale est également quasi absente des
stratégies de consommation et dapprovisionnement
responsables telles quelles sont conçues aujourdhui,
sauf à parler de circuits courts locaux, mais il ne sagit là
que dun critère parmi dautres permettant de qualier un
acte de consommation ou dapprovisionnement de
« responsable » (consommer des produits recyclés, issus
de lagriculture biologique, garantissant une juste rému-
nération du producteur, utilisant des ressources renouvela-
bles, etc.). Lallongement de la durée dusage des biens,
comprenant la réparation, le réemploi et la réutilisation,
peut donner lieu à des approches territorialisées si lon fait
référence aux ressourceries, par exemple,animées par des
acteurs locaux comme Emmaüs. Ces activités, générale-
ment associées à une logique de réinsertion par lemploi
pour des publics en difculté ou marginalisés, présentent
un intérêt indéniable sur le plan social.
Les autres piliers de lEC, comme lécoconception,
qui vise à réduire limpact environnemental dun produit
sur lensemble de son cycle de vie, du berceau à la
tombe, sadressent plus directement aux entreprises.
La dimension spatiale semble absente de cette stratégie
qui considère le produit sur lensemble de sa supply
chain,cest-à-dire à léchelle de multiples intermédiaires
industriels situés aux quatre coins du monde, même si
certains auteurs sintéressent à linuence des ressources
territoriales (organisationnelles, culturelles, historiques
ou naturelles) dont les acteurs industriels pourraient se
saisir andorienter leur stratégie de déploiement (Allais
et al., 2015).
Autre stratégie de lEC, léconomie de fonctionnalité
(EF) vise à vendre lusage dun bien et non plus ce bien,
les transactions nétant pas nécessairement localisées.
Buclet (2014) a considérablement enrichi la dénition de
lAdeme en proposant un essai de typologie de 6 types
dEF, allant de la plus classique (vente de lusage du
service rendu par le bien au lieu du bien), qui ne répond à
aucun enjeu lié à la dimension spatiale, à des modes plus
complexes tels que la vente dune fonction (la mobilité
par exemple), qui nécessite clairement une approche
territoriale dans la prise en compte des contraintes
physiques et des besoins des acteurs. Selon Maillefert et
Robert (2017),lEF repose ainsi sur de nouveaux
modèles économiques qui se développent grâce à la
captation de ressources territoriales immatérielles résul-
tant par ailleurs de laction collective dacteurs. La
notion de valeurs territoriales, qui découle de ces
nouveaux modèles daffaire, se traduit par des formes
de développement économique et social ainsi que par une
limitation des impacts environnementaux.
Lécologie industrielle et territoriale :
un contenu spatial avéré
Il importe disoler les approches en termes décologie
industrielle et territoriale (EIT), car, comme lexpression
lindique, cest principalement dans ce cadre que lEC
intègre une dimension spatiale, et même territoriale, pour
deux raisons principales.
Tout dabord, pour des questions techniques et écono-
miques, lEIT na de sens que si les entreprises qui
échangent les ux de matières et dénergie sont proches
géographiquement. En effet, si lAdeme la réduit au simple
bouclage et à la mutualisation de ux, son approche
scientique(lécologieindustrielle), beaucoupplusglobale,
sinspire du caractère cyclique du fonctionnement des
écosystèmes naturels pour transformer lactivité écono-
mique dans son ensemble (Frosch et Gallopoulos, 1989). En
ce sens, les stratégies décologie industrielle renvoient à la
notion de localité, si lon se réfère à lanalogie faite avec les
écosystèmes naturels : la considération du « local » est lune
des caractéristiques de ces derniers, car cela conditionne les
modalités dinteraction dont on sinspire pour envisager la
S. Dermine-Brullot et A. Torre : Nat. Sci. Soc. 28, 2, 108-117 (2020) 111
transformation de la société industrielle en un écosystème
industriel (Korhonen, 2001). Il sagit de répondre à des
problématiques et des contraintes locales en créant de
nouvelles interactions entre acteurs économiques, par la
mobilisation de ressources locales disponibles. Lopéra-
tionnalité de lEIT na donc de sens quàléchelle dun
territoire, même si le périmètre de celui-ci peut être variable
(Brullot, 2009 ;Buclet, 2011). Cest pourquoi elle est
souvent mobilisée en France par des acteurs publics qui, à
léchelle de leur territoire juridico-administratif
1
,veulent
conduire des politiques visant à réduire la production de
déchets, à assurer la transition énergétique ou encore à
améliorer la qualité environnementale dune zone dacti-
vités.
Certains auteurs ont rapidement enrichi le concept
décologie industrielle abordé à lorigine dun point de
vueessentiellementtechnologique(Allenby,1992)enlui
associant, dune part, un objectif de sortie du paradigme
social dominant basé sur la consommation et la production
de masse et, dautre part, la nécessité dappuyer sa mise
en œuvre grâce à ladoption de nouvelles politiques
publiques locales reposant notamment sur des partenariats
publics-privés à inventer à différentes échelles spatiales
(Ehrenfeld, 1997). Le lien au territoire et à ses acteurs a
également été introduit par Boons et Howard-Grenville
(2011), pour qui les démarches décologie industrielle
donnent lieu à un encastrement social (social embedded-
ness) des activités économiques et organisationnelles au
cœur darrangements et de processus dordre social. Mais
cest plus explicitement dans la communauté francophone
que le lien au territoire a été mis en exergue avec
lémergence de lexpression « écologie industrielle et
territoriale » (Dermine-Brullot et al., 2017).
En effet, bon nombre de travaux montrent que lécologie
industrielle repose avant tout sur une action collective qui
nécessite la collaboration intentionnelle des acteurs autour
dun objectif commun et partagé : le développement
territorial(Beaurain etBrullot, 2011 ;Buclet, 2015 ;Jambou
et al., 2018). Au-delà de la proximité géographique, jugée
nécessaire (Torre et Zuindeau, 2009), cest avant tout une
proximité relationnelle ou organisée qui caractérise les
interactions au sein dun territoire considéré comme un
construit social (Boons et Baas, 1997 ;Hewes et Lyons,
2008 ;Boons et Howard-Grenville, 2011). Sa conguration
cest-à-dire le jeu des acteurs passés et présents, les
enjeux quils portent, les problématiques de gestion des
ressources va directement inuencer le type dactions
mises en œuvre en termes de gouvernance mais aussi de
stratégies doptimisation des ux. La dimension territoriale
se trouve donc au cœur de lécologie industrielle ; cest
notamment pour cela que les chercheurs de la communauté
francophone ont souhaité que le terme « territoriale » soit
ajouté à lexpression « écologie industrielle ».
Léconomie circulaire à laune du
développement territorial durable
La composante territoriale a toujours été peu étudiée
dans les approches du développement durable, tant sa
vision très globalisante et générale interdit toute approche
spatiale sérieuse. La représentation schématique du
développement durable par les trois piliers environne-
mental, économique et social laisse peu de place à la
dimension spatiale, et cette rhétorique « managériale » est
nalement assez éloignée de la dénition initiale du
rapport Brundtland (1987)
2
.Léquité intergénérationnelle
nygure pas et elle induit des orientations stratégiques
dentreprises dont les bénéces (environnementaux,
sociaux et économiques) sont très centrés sur cette
dernière dimension, sans obligation de mise en perspective
avec desenjeux plus globaux. Pourtant,la formule « penser
global, agir local », employée par René Dubos lors du
premier sommet sur lenvironnement en 1972, donne bien
une dimension spatiale qui se traduit en France par la mise
en œuvre dAgendas 21 à de multiples échelles territoria-
les. Mais, souvent réduite au périmètre juridico-adminis-
tratif sur lequel sexerce la compétence ou le pouvoir de
lacteur à linitiative de la stratégie, alors même que les
enjeux en matière de développement durable en dépassent
généralement les frontières, elle peine à se retrouver dans
les stratégies des acteurs économiques et publics.
Dun autre côté, à de rares exceptions près, les questions
environnementales, de rareté des ressources ou de
durabilité ne sont que peu abordées dans les approches
de développement territorial. Les auteurs préfèrent soit se
concentrer sur les aspects productifs, le plus souvent dans
une optique très linéaire, même si ce choix est rarement
explicite, soit se pencher sur les problématiques de
gouvernance ou de négociations au niveau local. Lexercice
auquel nous nous livrons maintenant consiste à examiner les
caractéristiques du développement territorial à partir des
critères de soutenabilité et à en tirer les principes de base
dundéveloppement territorial durable,puis de lappliquer à
létude des stratégies déconomie circulaire précédemment
évoquées.
1
Par le biais notamment de mécanismes daides publiques tels
que les dispositifs TEPOS (territoires à énergie positive),
TEPCV (territoires à énergie positive pour la croissance verte),
TZDZG (territoires zéro déchet zéro gaspillage).
2
« Un mode de développement qui répond aux besoins des
générations présentes sans compromettre la capacité des
générations futures de répondre aux leurs ».
112 S. Dermine-Brullot et A. Torre : Nat. Sci. Soc. 28, 2, 108-117 (2020)
Vers un développement territorial
durable
Le terme de développement territorial est plutôt
récent. Les auteurs lui ont longtemps préféré celui de
développement régional, ou encore de développement
local ou « par le bas » (Stöhr et Taylor, 1981), fondé
sur une approche productive, comme lillustre le cas
emblématique des systèmes localisés de production ou des
clusters. Le développement territorial, qui concerne avant
tout des aires géographiques de taille plutôt restreinte, sest
imposé par enrichissements successifs (Jean, 2008 ;
Courlet et Pecqueur, 2013 ;Torre, 2015). Il concerne
lamélioration de la richesse et du bien-être des
populations situées sur un territoire à partir des innovations
(techniques, organisationnelles, sociales et institutionnel-
les) dans la production et les usages des sols, des relations
de concurrence et de coopération entre les acteurs, compte
tenu des initiatives et oppositions des populations locales.
Ces processus ne peuvent être réduits aux seuls
comportements des acteurs productifs et des institutions
en charge des politiques de développement, ils sétendent
àdautres parties prenantes des territoires : collectivités
locales ou territoriales, services déconcentrés de lÉtat,
organismes consulaires, dispositifs locaux de gouver-
nance (parcs naturels régionaux, pays...) et monde
associatif. Ils considèrent les dimensions de coopération
et de construction sociale (Baudelle et al., 2011) ainsi que
la volonté des réseaux dacteurs locaux de piloter leur
propre modèle de développement. Enn, ils intègrent les
problématiques de rareté et de concurrence des terres,
dusure des sols et doccupation de lespace au cœur des
processus et des projets de développement.
À de rares exceptions comme lanalyse des systèmes
socioécologiques (Anderies et al., 2004), les questions
environnementales ne sont que peu abordées. Issue des
recherches sur les arrangements institutionnels (Ostrom,
1990) et des questionnements en termes de gestion
durable, cette approche sintéresse aux relations entre
acteurs locaux et entités biophysiques et biologiques
non humaines, aux usages et à la gestion collective des
ressources et aux exclusions qui en découlent. Lanalyse
des écosystèmes industriels, et plus globalement lEC,
fait un pas de plus en intégrant le recyclage des outputs
(Decouzon et Maillefert, 2012) et propose de substituer,
à la succession dopérations de transformation allant
de lutilisation des matières premières à la vente des
produits, un modèle circulaire plus économe en
ressources, qui réincorpore notamment les déchets dans
le cycle de production. Ces approches ne se réclament
pas toujours de manière explicite des problématiques de
développement territorial, à lexception des démarches
décologie industrielle et territoriale, autrement appe-
lées symbioses industrielles (Beaurain et Brullot, 2011).
Celles-ci décrivent des systèmes locaux dans lesquels
les différents ux dénergie, deau et de matières
diverses comme les produits industriels, la biomasse
ou les déchets se voient intégrés dans des boucles
spatialisées qui permettent une réutilisation massive des
produits et des résidus et leur réinjection dans le
processus de production au sein de territoires de taille
restreinte.
Il est à noter que ces systèmes vertueux ne reposent
pas que sur des relations dordre technique. Ils sappuient
également sur des éléments qui relèvent davantage des
dimensions sociales et organisationnelles telles que la
conance entre acteurs, le partage de valeurs entre
partenaires, des modes de coordination et dorganisation
sophistiqués et une proximité géographique forte, qui
permettent le bouclage des ux au niveau local. Si lon y
ajoute la variété reliée des technologies, qui combine à la
fois une diversication des objets et une compatibilité
des techniques et des productions, et même si lensemble
des éléments dune symbiose achevée est rarement
atteint, on ne peut sempêcher de faire ici le parallèle
avec la notion de clusters (ou de système productif local)
[Torre, 2014]. On y retrouve en particulier la mise en
évidence des interdépendances sur un territoire (par
exemple entre les acteurs de la production et ceux du
recyclage) ainsi que la prédominance de la dimension
locale.
Si ces approches restent parcellaires, et souventcanton-
nées à des cas bien précis et circonscrits, elles permettent
cependant déclairer les caractéristiques les plus saillantes
de la soutenabilité au niveau local et de ses expressions:
innovation, création de richesse, réduction de lempreinte
environnementale, gouvernance spécique, attractivité et
résilience... On peut y ajouter : usage vertueux des sols,
réduction des inégalités sociales et amélioration du bien-
être, ce qui nous permet de donner une dénition du
développement territorial durable fondée sur les caracté-
ristiques de base du développement territorial et intégrant
les enjeux de durabilité. Le développement territorial
durable a pour objet, grâce à des processus innovants de
production, de consommation et dusage des sols,
daméliorer la richesse et le bien-être en cherchant à
réduire lempreinte environnementale des activités humai-
nes (sur le territoire et au-delà), compte tenu du caractère
limité des écosystèmes naturels et de limplication des
populations.
Dans ce cadre, lEC vise à concilier, sur le plan
théorique, la nécessité du développement économique
des entreprises et des territoires tout en réduisant
lempreinte environnementale : en dautres termes,
partant des limites intrinsèques de la biosphère, il sagit
dassurer le développement des territoires en intégrant
les enjeux de soutenabilité. Ces processus résultent
dinnovations technologiques, sociales, institutionnelles
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et organisationnelles et impliquent lensemble des parties
prenantes dans des projets collectifs et des schémas de
gouvernance renouvelés, dénis par accords ou oppo-
sitions. Les enjeux de soutenabilité concernent égale-
ment la réduction des inégalités sociales au sein et entre
les territoires.
Quelle durabilité territoriale des
stratégies déconomie circulaire ?
Voyons, à la lumière de notre dénition du développe-
ment territorial durable, dans quelle mesure les différentes
stratégies dEC dénies par les politiques publiques
constituent des trajectoires vertueuses permettant la
transition écologique et sociale des territoires. Présentés
dans le tableau 2, les critères retenus pour analyser et
qualier les stratégies dEC correspondent aux caracté-
ristiques vues plus haut. En raison de la diversité
importante dactions possibles pour chacune des straté-
gies, ce tableau ne révèle que des tendances. Nous
indiquons «oui » lorsque la stratégie contribue dans la
plupart des situations au critère (et inversement « non »),
même si nous sommes conscients quil sera toujours
possible de trouver un contre-exemple. « Pas toujours »
correspond à une absence de tendance claire. Sont colorés
en vert les critères pour lesquels la contribution de la
stratégie sexprime au niveau des territoires.
La lecture du tableau révèle quaucune des stratégies
dEC actuellement repérées et mises en œuvre ne permet
seule de conduire à un développement durable des
territoires. Elle montre ainsi que le recyclage, considéré
isolément, nest pas forcément une stratégie intéressante
sur le plan du développement durable mais quil génère
également des problématiques spatialisées comme lap-
parition de conits dusage dus à son implantation.
Lapprovisionnement et la consommation responsa-
bles ne semblent pas non plus constituer des stratégies
favorables à un développement territorial durable. Elles
ne sinscrivent pas nécessairement dans un projet de
territoire, ninduisent pas forcément de gouvernance
spécique, ne génèrent pas de richesse pour le territoire,
ne contribuent pas à son attractivité et à sa résilience. Les
innovations techniques et organisationnelles contribuant
à réduire limpact environnemental et les inégalités
sociales se situent au niveau de la conception des biens et
de leurs circuits de distribution et de commercialisation.
Les bénéces peuvent être locaux (vente de légumes
issus de lagriculture biologique en circuit court) ou à
léchelle globale (consommation de papier issu de forêts
gérées durablement).
Lécoconception (ISO14062, 2002) est une stratégie
intéressante du point de vue du développement durable car
elle permet de réduire limpact environnemental associé à
la fabrication, au transport, à la consommationet à la nde
Tab. 2. La contribution des stratégies déconomie circulaire à un développement territorial durable (DTD).
Critères de DTD Recyclage Approvisionnnement
responsable
Consommation
responsable
Écoconception Allongement
durée d’usage
Écofonctionnalité EIT
Induit une
innovation
Technique Organisationnelle Technique +
organisationnelle
Technique +
organisationnelle
Technique +
organisationnelle
Technique +
organisationnelle
Technique +
organisationnelle
(acteurs locaux)
Création de
richesse
Oui (acteurs) Non Non Oui (acteurs) Oui (territoire) Oui (entreprises et
territoire)
Oui (entreprises et
territoire)
Réduction
empreinte
environnementale
Pas toujours Oui (échelle globale) Oui (échelle
globale)
Oui (échelle
globale)
Oui (échelle
globale)
Oui (échelle du
territoire)
Oui (entreprises et
territoire)
Inégalités
sociales
Bien-être
Non Pas toujours Pas toujours Non Oui Pas toujours Non
Usage vertueux
des sols
Oui
(mais conflits
d’usage)
Oui (mais pas
forcément sur le
territoire)
Non Non Non Oui Pas toujours
Gouvernance
spécifique
Non Oui Non Oui Oui Oui Oui
S’inscrit dans un
projet de territoire
Non Pas toujours Non Non Oui Pas toujours Oui
Attractivité et
résilience du
territoire
Non Pas toujours Non Non Oui Oui Oui
114 S. Dermine-Brullot et A. Torre : Nat. Sci. Soc. 28, 2, 108-117 (2020)
vie des produits. Au-delà de laspect environnemental, elle
intègre les autres dimensions de la durabilité dans le
processus de conception en réinterrogeant lidée même de
consommation et dusage des biens (Spangenberg et al.,
2010). Cependant, elle reste aujourdhui essentiellement
orientée vers le produit et sa lière qui sorganisent sur un
espace très vaste aux contours difciles à dénir. Associée
à une réduction de la consommation et de la production de
masse, cette approche pourrait contribuer au développe-
ment durable de la société dans son ensemble, mais pas
nécessairement au développement plus durable du
territoire sur lequel lentreprise est implantée.
Lallongementdela durée dusagerenvoieau champ de
léconomie sociale et solidaire ; ses bénéces économi-
ques et sociaux sapprécient au niveau local, alors que la
réduction des impacts sur lenvironnement est plus globale
et indirecte. Allonger la durée dusage, et donc de vie, dun
bien revient à retarderle traitement des déchets et à ne pas
exploiter de ressources neuves. Ces activités ne se
dérouleraient pas nécessairement sur le territoire, tout
dépend de son tissu économique et productif. Cette
stratégie contribue donc au développement durable du
territoire sur le plan social, et de manière plus globale sur le
plan environnemental, les impacts quelle permet déviter
nétant pas nécessairement localisés. Par ailleurs, elle peut
être liée à lécoconception, en rendant un produit dont les
pièces sont interchangeables plus facilement démontable
et réparable.
Lécologie industrielle et territoriale comme lécono-
mie de fonctionnalité induisent des innovations organisa-
tionnelles puisquelles se réfèrent à des actions collectives
dont les modalités de gouvernances sont à inventer. On
trouve ces innovations principalement au sein de len-
treprise productrice du bien ou du service et entre celle-ci et
son client pour léconomie de fonctionnalité. Dans le cas de
lEIT, les innovations organisationnelles concernent les
entreprises du territoire impliquées dans la mise en œuvre
des synergies (échanges de ux). Toutes deux nécessitent
également souvent des innovations technologiques pour
rendre le ux dune entreprise substituable par celui dune
autre (EIT) et pour transformer la vente dun bien en celle
du service rendu par ce dernier (EF). Ces stratégies, dont
lobjectif est de répondre à des problématiques et des
besoins locaux, correspondent à des projets de territoire
portés par leurs parties prenantes. Elles sappuient sur les
ressources territoriales (organisationnelles, politiques,
économiques, etc.), en créent de nouvelles et permettent
de réduire limpact environnemental associé à lactivité des
entreprises impliquées et aux biens et services quelles
produisent, grâce à laréduction de leur intensité matérielle
et énergétique. En revanche, seule lEF peut contribuer à
réduire les inégalités sociales en offrant une fonction
répondant à un besoin exprimé à léchelle du territoire, ou
par la coconception dune fonction entre le producteur et le
client (Buclet, 2014).
Conclusion
Lobjectif de ce papier consistait à sinterroger sur les
dimensions spatiales, et surtout territoriales, des pro-
cessus dEC, dans leurs approches théoriques ou leur
traduction en outils daction des politiques publiques, puis à
aller ensuite plus loin et analyser leur possible contribution
aux processus de développement durable des territoires, ou
autrement dit, à leur transition écologique et sociale. Notre
méthode dinvestigation a consisté à examiner les
différentes stratégies de lEC et à les passer au crible de
la prise en compte des dimensions spatiales et territoriales,
puis de notre dénition du développement territorial
durable.
Lerésultatmontreque ladimensionterritoriale,souvent
présente dans les approches théoriques de départ même si
peu théorisée, se retrouve de manière très diverse dans les
critères retenus comme déterminants dans le cadre des
stratégies dEC, réputées pourtant essentielles pour assurer
la transition écologique et sociale des territoires. Une
analyse plus poussée, fondée sur les principes du
développement territorial durable, révèle quàlexception
de lécologie industrielle et territoriale, sous sa forme
théorique, les objectifs de durabilité restent encore éloignés,
même si lintérêt pour les questions territoriales savère
croissant. Si lon se situe sur le plan de la dimension spatiale
deléconomiecirculaire et plus avant sur les caractéristiques
soutenables du développement territorial, on peut dire que
léconomie de fonctionnalité et, plus encore, lEIT sont les
stratégies au plus fort potentiel de développement territorial
durable.
Enn, même si lEC est traduite par les politiques
publiques en actions concrètes, en stratégies qui visent à
concilier la croissance économique des systèmes de
production et lobjectif de réduction de leur empreinte
environnementale, en dautres termes en stratégies de
développement durable quelle que soit sa dimension
spatiale, cette vision induit denombreux « effets rebonds »
sur le système dans son ensemble (Arnsperger et Bourg,
2016). Lobjectif poursuivi sinscrit alors plutôt dans une
logique de durabilité faible qui, à linverse de la durabilité
forte, considère que le capital construit peut se substituer au
capital naturel et que les externalités négatives générées par
les activités économiques peuvent être compensées par les
innovations technologiques et la croissance économique
(Passet, 1996), sans ralentissement de laccumulation
matérielle. Suivant Grosse (2015), les stratégies opéra-
tionnelles telles que lEIT, lécoconception et plus
simplement le recyclage, nauront, à léchelle de quelques
décennies,quuneffetdérisoiresurlimpactde nosactivités
sur lenvironnement, et principalement sur lépuisement
des ressources, tant que la consommation des matières
premières continuera de croître, cest-à-dire tant que le
paradigme social dominant reposant sur la consommation
et la production de masse ne sera pas remis en cause.
S. Dermine-Brullot et A. Torre : Nat. Sci. Soc. 28, 2, 108-117 (2020) 115
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Citation de larticle : Dermine-Brullot S., Torre A. Quelle durabilité pour le développement territorial ? exions sur les
composantes spatiales de léconomie circulaire. Nat. Sci. Soc. 28, 2, 108-117.
S. Dermine-Brullot et A. Torre : Nat. Sci. Soc. 28, 2, 108-117 (2020) 117
... La perspective de territorialisation de l'économie circulaire implique ainsi que les acteurs, dans un effort collectif, valorisent localement les activités économiques pour développer un écosystème d'activités porteuses d'externalités sociales, économiques et environnementales positives, propices à la croissance durable. En effet, le caractère local des stratégies se distingue par une multiplicité de territoires et d'espace de déploiement, souvent inégaux en fonction des stratégies des acteurs et de leur périmètre d'intervention (Dermine- Brullot et Torre, 2020). Les échelles d'action se déclinent aussi bien au sein d'une entreprise que d'une zone d'activités ou industrielle, au niveau des territoires administratifs voire même national . ...
... définition territoriale et spatiale de l'économie circulaire(Khoronen et al., 2018 ;Kirchherr et al., 2017). Le caractère local des stratégies se distingue par une multiplicité de territoires et d'espace de déploiement, qui sont souvent inégaux en fonction des stratégies des acteurs et de leur périmètre d'intervention(Dermine-Brullot et Torre, 2020). Les échelle d'action se déclinent aussi bien au sein d'une entreprise que d'une zone d'activités ou industrielle, au niveau des territoires administratifs voire même national. ...
... Les échelle d'action se déclinent aussi bien au sein d'une entreprise que d'une zone d'activités ou industrielle, au niveau des territoires administratifs voire même national. Cette question d'inscription territoriale et spatiale des activités/actions circulaires est nouvellement posé dans la littérature comme un enjeu majeur pour envisager un mode de développement territorial autour de l'économie circulaire(Niang et al., 2020 ;Dermine-Brullot et Torre 2020). Elle est relative aux processus durables, que les stratégies de circularité cherchent explicitement à mettre en oeuvre, et qui font référence à l'utilisation raisonnée des ressources territoriales et la maîtrise de la circulation des flux. ...
Thesis
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L’économie circulaire se présente comme un nouveau modèle économique permettant de faire face aux défis actuels du système économique linéaire. Aujourd’hui reprise dans plusieurs pays comme un levier d’évolution des pratiques et des modèles de développement économique, ses démarches sont de plus en plus expérimentées dans les territoires, dans un contexte de transition socioécologique et énergétique. L’objectif de la thèse est de déterminer dans quelle mesure l’économie circulaire peut constituer, par son caractère innovant, une opportunité pour les territoires de mettre en oeuvre des processus de développement territorial. Le cadre d’analyse mobilise différentes théories et méthodes quantitatives et qualitatives dans le but de mieux comprendre les implications de l’ancrage territorial et l’importance des dispositifs de gouvernance pour la mise en place des stratégies d'économie circulaire sur les territoires. Les résultats montrent une croissance locale de l’économie circulaire, en phase avec les enjeux de plus en plus importants en termes de politiques publiques en faveur de l’emploi et de compétitivité de l’économie. Ils indiquent que le défi actuel n’est pas seulement une question d’innovations technologiques autour de l’efficience des ressources et de la création de valeur, mais aussi d’hybridation des actions et de capacité à faire coopérer des parties prenantes variées pour la mise en oeuvre d’externalités territoriales positives. L’exemple de la méthanisation permet de mettre en évidence le rôle du contexte local dans la capacité à générer ces activités nouvelles qui, par leurs vertus économiques et sociales contribuent à créer de nouveaux liens et des processus durables, grâce à l’activation ou au renforcement des proximités et de leurs potentiels.
Article
The Circular Economy and Sustainability are among the greatest challenges faced by policymakers, producers, and consumers. Circular Economy processes demand less from the environment since they can minimize waste generation and, hence, can be powerful tools to combat the negative effects of climate change. Additionally, following subsidiarity principles, public policies supporting the Circular Economy should be designed at the lowest levels of public administrations—this provides huge opportunities for regional governments to design, implement and monitor these policies. This editorial of the special issue explores and discusses implications for those policies before introducing the five papers published in the special issue dedicated to policies for regional economy and sustainability. While some of the papers attempt to conceptualize sustainable development through a microeconomic perspective, others have a clear macroeconomic empirical focus. In consequence, this special issue provides a rich body of work for further Circularity and Sustainability nexus studies.
Article
Full-text available
A quelle aune mesurer les progres d’une economie, voire de l’humanite tout entiere, en direction d’une economie plus circulaire ? A quels aspects, quels enjeux, quelles problematiques nos indicateurs devraient-ils etre sensibles afin de saisir les tendances de circularisation a l’œuvre dans nos economies et egalement afin de pouvoir critiquer d’eventuelles incompletudes, voire certaines hypocrisies, dans la facon qu’ont certains de vouloir mesurer la circularite au seul niveau micro d’entreprises ou de secteurs ? L’objectif du present article n’est pas de construire un indicateur ou un « tableau de bord » d’indicateurs. Nous entendons nous situer a un plus grand niveau d’abstraction et de generalite afin de mettre en evidence certains des principaux aspects, enjeux et questionnements que les concepteurs d’un tel indicateur, s’il devait un jour etre bâti au plan formel et technique, devraient, selon nous, prendre en compte.
Article
Full-text available
Face à l'économie de l'environnement, l'économie écologique affirme que la nature n'est pas soluble dans le marché. Au contraire, la sphère écologique est intégrée dans un système plus grand, la biosphère, dont elle dépend. C'est sur ce socle commun que s'est construit un champ de recherche fécond au croisement des sciences de la vie et des sciences sociales.
Article
Étroitement liés quant à leurs héritages mais se distinguant sur les questions épistémologiques et ontologiques, les champs de l’écologie industrielle, de l’écologie industrielle et territoriale et de l’écologie territoriale font face à un double enjeu : amorcer des réflexions sur l’interdisciplinarité qui les relie et structurer une communauté de chercheurs francophones. Cet article est une synthèse des interventions et débats qui ont animé les premières rencontres des jeunes chercheurs en écologie industrielle, écologie territoriale et écologie industrielle et territoriale, qui se sont tenues à l’Université de technologie de Troyes, les 13 et 14 avril 2017. Cet évènement a permis de questionner les fondements épistémologiques de ces champs ainsi que l’interdisciplinarité qui en découle, dans la perspective de fédérer un réseau de jeunes chercheurs.
Article
New business models and territorial value about circular economy, functional economy and industrial ecology Standing from the point of view of the new sustainable business models such as circular economy, functional economy and industrial ecology, this article tries to analyze the way actors build news forms of wealth through collective action. We differentiate two forms of value creation: value for shareholders (for the firm or for insiders) and value for territorial stakeholders (for the territory). This value comes from the transformation of social externalities into different form of activities creating wealth. We then question the capacity for sustainable business models to redefine the territory through collective and coordinated action between firms and territorial stakeholders. Beyond the concepts of stakeholder value , extended customer value or shared value, based on a co-constructed value with stakeholders for the firm and for stakeholders, we investigate the concept of territorial value from business models. A typology of new territorial economic models is offered, illustrated by different case studies.
Article
Territorial and industrial ecology at the time of the socio-ecological transition of the economy Industrial and territorial ecology ( Ite ) give rise to numerous research issues in various disciplines ranging from engineering to human and social sciences. The works carried out in France in this field focus on the territory, its stakes and its actors, as an object of study or as dimensions to consider in the implementation of Ite initiatives. To facilitate the emergence of a multidisciplinary scientific community around the Ite and the development of interdisciplinary works, two symposia has been organized by the University of Technology of Troyes and the Imt Mines Alès in Troyes in 2012 and 2014. This article aims to introduce the special issues resulting from the second edition of the symposium ( Coleit 2014), dealing with the problem of the contribution of the Ite to the ecological and social transition of the economy.
Book
Partant du constat que la croissance économique infinie est incompatible avec la finitude de la Terre, l'auteur prône un changement radical. Il montre que le choix volontaire d'une société de décroissance est un pari qui vaut la peine d'être tenté et examine les conditions à réunir : changer les valeurs et concepts, relocaliser l'économie et la vie, revoir les modes d'usage des produits...
Article
The notion of territorial development, although quite new, has to be proved more or less independent from national or regional ones. If one wants to settle territorial policies, or provide recommendations to local actors or various stakeholders, it is crucial to define the basis of this concept and to set up its content, its validity and its legitimacy. This is the rationale of this article. First, we outline the theoretical path from regional development theories to territorial development approaches, and then we establish the foundations of the notion of territorial development, linked with territorial innovation. We end up with an illustration of the process of territorial development, and we emphasize bifurcations and trajectories breakthroughs stemmed from co-operative or conflictual innovations.