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Enfants, écoles et COVID-19 : le cas montréalais

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Abstract and Figures

L'un des aspects les plus étudiés de la pandémie est la transmission du COVID-19 aux enfants. Alors que le début de la rentrée scolaire de l'automne 2020 coïncidait avec le début de la deuxième vague dans de nombreux pays européens et au Canada, le débat est devenu particulièrement houleux. Quel a été le rôle de la transmission du COVID-19 chez les enfants d'âge scolaire pour l'incidence globale de l'infection à l'automne 2020? La réponse à cette question a une pertinence politique immédiate pour décider si, quand et comment rouvrir les écoles à mesure que la pandémie se déroule et que la couverture vaccinale reste faible. À partir de notre compilation originale de données publiées par la Direction régionale de santé publique de Montréal dans ses rapports hebdomadaires et des données recueillies par CovidEcolesQuebec.org, nous présentons les tendances du COVID-19 par grands groupes d'âge dans 26 quartiers de l'île de Montréal, en relation avec l'évolution de l'infection dans les écoles chaque semaine entre le 25 août 2020 et le 5 janvier 2021. Nous nous intéressons à l'évolution des nouveaux cas confirmés de COVID-19 chez les 0-9 et 10-19 ans vis-à-vis -vis d'autres groupes d'âge, en particulier les 30-49 ans. Notre interprétation de ces tendances repose principalement sur l'évolution du nombre de cas confirmés dans les écoles montréalaises ainsi que sur certaines caractéristiques contextuelles des quartiers, comme la proportion de ménages avec enfants et le revenu médian.
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Enfants, écoles et COVID-19 : le cas montréalais
Simona BIGNAMI-VAN ASSCHE, Université de Montréal
Yacine BOUJIJA, Université de Montréal
Olivier DROUIN, CovidEcolesQuebec.org
John SANDBERG, George Washington University
La problématique
La transmission de la COVID-19 chez les enfants est l'un des aspects les plus étudiés de la
pandémie. Le début du trimestre scolaire d'automne 2020 ayant coïncidé avec le début de la
deuxième vague dans de nombreux pays européens et au Canada, le débat est devenu
particulièrement houleux. Quel a été le rôle de la transmission de la COVID-19 chez les enfants
d’âge scolaire pour l'incidence globale de l’infection pendant l’automne 2020? La réponse à cette
question a une pertinence politique immédiate pour décider si, quand et comment rouvrir les écoles
alors que la pandémie se poursuit et que la couverture vaccinale reste faible.
Après le congé de Noël, en dépit de la forte croissance de cas, d'hospitalisations et de décès liés à
la COVID-19, le gouvernement du Québec a décidé de rouvrir en présentiel les écoles à partir du
11 janvier parce qu’il considère que la transmission de la COVID-19 dans ces milieux est une
conséquence, plutôt qu’un des déterminants, de la circulation « communautaire » du virus, c’est-
à-dire celle véhiculée par les adultes. Cette considération s’appuie sur l’évolution du nombre
absolu de cas de COVID-19, qui est plus élevé chez les adultes de 30-59 ans que chez les enfants
de 0-19 ans. Ceci est problématique pour deux raisons. D’abord, la taille de la population de ces
derniers est moins grande que celle des adultes. Deuxièmement, même si on compare le nombre
relatif de cas de COVID-19 dans les deux tranches d’âge on n’aurait qu’une mesure de la
prévalence de la maladie à un moment donné. Pour évaluer si la transmission de la COVID-19
chez les enfants d’âge scolaire est un déterminant plutôt que le résultat des niveaux de
transmission communautaire du virus, nous devons considérer l’incidence de la COVID-19,
c’est-à-dire le nombre des nouveaux cas confirmés par groupe d’âge sur une période donnée.
À partir de notre compilation inédite des données publiées par la Direction régionale de santé
publique de Montréal dans ses rapports hebdomadaires et des données recueillis par
CovidEcolesQuebec.org
1
, nous présentons les tendances selon l’âge de la COVID-19 dans 26
arrondissements
2
de l’île de Montréal, en relation avec l’évolution de l’infection dans les écoles
1
Nos sources de données sont décrites en détail dans l’annexe 1.
2
À cause des faibles nombres, la Direction régionale de santé publique de Montréal ne publie pas le profil selon l’âge des cas de
COVID-19 dans 7 de 34 arrondissements de l’île de Montréal (Montréal Est, Montréal West, Baie d’Urfé, Beaconsfield, Île Dorval,
de l’Île à chaque semaine entre le 25 août 2020 et le 5 janvier 2021. Nous nous intéressons à
l’évolution de nouveaux cas confirmés de COVID-19 chez les 0-9 et 10-19 ans vis-à-vis des
autres groupes d’âge, notamment le groupe des 30-49 ans. Notre interprétation de ces tendances
se base principalement sur l’évolution du nombre de cas confirmés dans les écoles montréalaises
ainsi que certaines caractéristiques contextuelles des arrondissements, tels que la proportion de
ménages avec enfants et le revenu moyen.
Tendances générales de la COVID-19 sur l’Île de Montréal et ses
arrondissements
Durant la semaine précédant la rentrée scolaire, entre le 18 et le 24 août 2020, la Direction
régionale de santé publique de Montréal documentait 156 nouveaux cas de COVID-19 dans 26
arrondissements (dont 12 enregistraient moins que 5 cas), ce qui correspond à un taux de 7,5 par
100 000 habitants. Au 5 janvier 2021, ce chiffre atteignait 5 839 cas, ou 282,7 cas par 100 000
habitants, pour la semaine du 29 décembre au 4 janvier.
Pour apprécier comment la COVID-19 a évolué sur l’Île, la carte de chaleur dans la figure 1
représente le nombre des nouveaux cas enregistrés chaque semaine par rapport à la taille de la
population de 26 arrondissements – ce qui correspond à l’incidence de la maladie.
3
Les
arrondissements sont regroupés selon les cinq régions socio-sanitaires (CIUSSS) de l’Île. Dans
presque tous les arrondissements (à l'exception de Kirkland, Sud-Ouest, Verdun et Westmount),
on observe une légère augmentation de nouveaux cas qui s’intensifie depuis la fin du mois de
novembre. Les arrondissements où l’incidence de la COVID-19 était la plus élevée au début du
mois de janvier se trouvent dans les régions socio-sanitaires du Nord (Montréal-Nord et Saint-
Laurent) et de l’Est de la ville (Anjou et Saint-Léonard). Ces arrondissements avaient déjà été
fortement frappés par la première vague de la pandémie au printemps 2020, ce qui avait été
Senneville et Saint-Anne de Bellevue); ceux-ci sont donc exclus de notre analyse. Hampstead est également exclu parce que les
données sont incomplètes.
3
Notre indicateur surestime un peu la ‘vrai’ incidence de la maladie parce que notre dénominateur n’exclut pas ces qui ont déjà
attrapé la maladie et donc ne sont plus à risque d’être infectés.
expliqué par leur densité de population plus élevée, ainsi que la forte proportion d'immigrants et
de travailleurs essentiels y résidant. Ces mêmes facteurs ont été soulignés dans le contexte de la
récente évolution de la pandémie. Cependant, au printemps, les écoles étaient fermées à
Montréal. Notre analyse vise donc à davantage éclairer la progression de la maladie, en
identifiant les groupes d’âge qui ont le plus contribué à ces tendances.
Figure 1 ici
Évolution de la COVID-19 chez les enfants d’âge scolaire sur l’île de Montréal
Entre le 25 août 2020 et le 5 janvier 2021, il y a eu 3 598 cas de COVID-19 confirmés chez les
0-9 ans et 5 853 chez les 10-19 ans à Montréal, qui représentaient, respectivement, le 8% et 13%
du total de cas enregistrés (tableau 1). Lorsque regroupés, les cas chez les 0-19 ans représentaient
le 21% des infections totales, en deuxième position après les 20-29 ans (avec 2 886 cas). Même
si le nombre absolu de cas de COVID-19 est plus élevé chez les adultes que chez les enfants, en
tenant compte de la taille respective de deux groupes, la prévalence de la maladie était plus
élevée chez les 10-19 ans (3 223 par 100 000) que chez les 30-49 ans (2 551 par 100 000).
Tableau 1. Proportion de cas et nombre de cas par 100 000 de COVID-19 par groupe
d’âge : Île de Montréal, 18 août 2020 - 5 janvier 2021
Groupe
d’âge
Proportion
de cas
Nombre de cas par
100 000
18 août – 24 août
25 août – 5 janvier
25 août – 5 janvier
0-9
14%
8%
1 717
10-19
8%
13%
3 223
20-29
27%
19%
2 886
30-49
24%
31%
2 551
50-69
18%
19%
1 893
70+
9%
10%
1 986
Total
156
44 609
2 351
Le tableau 1 montre aussi que la proportion de tous les cas de COVID-19 attribuable aux 0-19
ans sur le total a peu changé depuis la rentrée scolaire, même si le groupe de 10-19 ans est
devenu plus important que celui des 0-9 ans. C’est plutôt la proportion de cas âgés de 20-29 ans
qui a fortement diminué depuis la fin du mois d’août, en même temps que celle des 30-49 ans qui
a fortement augmenté.
Le changement dans la proportion de cas de COVID-19 par groupe d’âge entre le début et la fin
du trimestre d’automne est dû à l’évolution du nombre de nouveaux cas à Montréal chez les
enfants d’âge scolaire vis-à-vis les autres groupes d’âges. En effet, la figure 2a montre que
l’incidence de la COVID-19 chez les 20-29 ans était la plus élevée jusqu’à la fin du mois de
septembre, pour ensuite chuter après l’introduction des mesures du confinement partiel au début
du mois d’octobre et la fermeture des bars, des restaurants, et gymnases. Les mesures du
confinement partiel ont eu un effet plus limité sur l’incidence de la COVID-19 chez les 10-19
ans, même si elles ont comporté l’interruption des activités sportives et parascolaires qui avaient
été permises pendant le mois de septembre, ainsi que le port du masque obligatoire au secondaire
et l’enseignement hybride (en alternance) pour les élèves du 3e au 5e secondaire. L’incidence de
la COVID chez le 0-9 est très faible, mais du même ordre de grandeur que chez les 70+.
Figure 2a ici
La figure 2b présente la même information que la figure 2a sous forme de carte de chaleur, et
permet de mieux apprécier comment l’augmentation de nouveaux cas de COVID chez les 10-19
ans a précédé celle des 30-49 ans. Ceci est une forte indication que l’évolution de la COVID-19
chez les enfants d’âge scolaire n’est pas la conséquence de la transmission communautaire
véhiculée par les adultes. Un constat additionnel à support de cette conclusion est le fait que,
comme on peut voir dans la figure 2a, deux semaines après la fermeture des écoles pour le congé
des Fêtes (le 16 décembre 2020), l’incidence de la COVID-19 a baissé chez les 0-9 ans et les 10-
19 ans, même si celle-ci continuait d'augmenter à un rythme exponentiel pour les autres groupes
d’âge. Si la transmission de la COVID-19 chez les enfants était une conséquence de la
circulation communautaire du virus, on aurait dû s’attendre une augmentation de l’incidence
chez les 10-19 ans au même rythme que l’incidence chez les 30-49 ans spécialement après la
fermeture des écoles, quand cette dernière était devenue très élevée. La faible incidence de la
COVID-19 chez les 0-9 ans par rapport aux 10-19 ans dépend du fait qu’ils sont plus souvent
asymptomatiques et donc moins souvent dépistés. Néanmoins, on constate bien qu’à partir du
début décembre, quand le « cercle vicieux » de transmission entre le groupe de 10-19 ans et de
30-49 ans a pris de l'ampleur, l’incidence de la COVID chez les 0-9 ans a augmenté rapidement,
évoluant ensuite au même rythme que dans les autres groupes d’âge.
Figure 2b ici
Évolution de la COVID-19 chez les enfants d’âge scolaire dans 26
arrondissements de l’île de Montréal
La figure 1 avait permis d’observer que les arrondissements de l’Île de Montréal où l’incidence
de la COVID-19 était la plus élevée à la fin du mois de décembre se trouvent dans les régions
socio-sanitaires du Nord (Montréal-Nord et Saint-Laurent) et de l’Est de la ville (Anjou et Saint-
Léonard).
Les cartes de chaleurs dans la figure 3 montrent que les arrondissements les plus touchées dans
l’Est et le Nord de la ville sont localisés dans les régions socio-sanitaires où on observe la plus
forte incidence chez les 10-19 ans, suivie d'une augmentation importante des nouveaux cas chez
les adultes de 30-49 ans.
4
À l’autre extrême, la région socio-sanitaire du Centre-sud de la ville a
enregistré une faible incidence de la COVID-19 dans presque tous les groupes d’âge, mais
surtout chez les enfants, par rapport aux autres arrondissements.
Figure 3 ici
Le rôle des écoles pour l’évolution de la COVID-19 à Montréal
4
Les cartes de chaleurs pour chacun de 26 arrondissements sont présentées dans l’annexe 2.
L’école est le principal lieu d’interaction des 0-19 ans entre eux, et ceci devrait être encore plus
le cas après le début du confinement partiel au Québec au mois d’octobre et l’interruption des
activités sportives et parascolaire. Il est donc pertinent de vérifier l’association entre l’évolution
de la COVID-19 dans les écoles et l’incidence de la maladie à Montréal.
Pour démontrer que les écoles ne sont pas un vecteur important de transmission de la COVID-19,
l’argument le plus souvent cité par le gouvernement du Québec est que la plupart des écoles
touchées ont enregistré des cas isolés, plutôt que des éclosions impliquant plusieurs enfants de la
même école. Cependant, les statistiques officielles montrent que, parmi les presque 600
établissements éducatifs que compte Montréal (Ministère de l’éducation et des services sociaux,
2016), à la fin du trimestre d’automne 2020 presque 20% avaient connu une éclosion de cas de la
COVID-19 (figure 4). Par ailleurs, les éclosions en milieu scolaire ont été toujours plus
nombreuses que celles en milieu de travail ou même dans le milieu de la santé (incluant les
CHSLD) et elles ont été les seules en augmentation constante depuis la mi-novembre.
Figure 4 ici
Parmi les 339 écoles montréalaises dans les 26 arrondissement inclus dans notre analyse pour
lesquelles nous avons des informations sur le nombre de cas confirmées grâce à
CovidEcolesQuebec.org, 35% (118) ont enregistré seulement un cas depuis le début de l’année
scolaire, un tiers (110) entre 2 et 4 cas, et un tiers (111) plus que 5 cas. Le tableau 2 montre que
le plus grand nombre d’écoles et des cas documentés dans les écoles se trouve dans l’Est de
Montréal (en particulier à Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, Saint-Léonard et Rosemont) et
dans le Nord (notamment dans l’arrondissement de Ahuntsic-Cartierville). Tel qu’observé dans
la figure 3, on trouve dans ces deux régions les arrondissements caractérisés par la plus forte
incidence de la COVID-19, surtout chez les enfants. Par rapport aux autres régions de l’Île, les
ménages dans ces arrondissements ont un revenu plus faible, mais il y a surtout une plus grande
proportion avec enfants de moins de 18 ans.
Tableau 2. Caractéristiques démographiques et indicateurs pandémiques pour 26 arrondissements de l’île de Montréal, par région
sociosanitaire
Arrondissement
Population
totale1
%
0-19
ans1
%
30-49
ans1
%
ménages
avec
enfants
< 18 1
Revenu
médian de
ménages1
Nombre
total de
cas de
COVID2
Cas
totaux
par
100 0002
Cas
0-19 ans
par
100 0002
Nombre
d’écoles
déclarant
de cas
COVID3
Nombre
de cas
COVID
déclarés3
Ahuntsic-Cartierville
134240
22%
28%
29.1
42586
3238
2412.1
2412.6
66
326
Montréal-Nord
84240
24%
25%
25.3
51169
3006
3568.4
3428.0
66
326
Saint-Laurent
98835
26%
29%
33.8
57794
2870
2903.8
3067.0
66
326
Anjou
42800
22%
25%
24.5
43340
1161
2712.6
2823.5
107
734
Mercier-Hochel.-Maisonneuve
136035
18%
30%
18.7
48278
2616
1923.0
2253.8
107
734
Riv.-d.-Prair.-Pte-aux-Trembles
106740
22%
25%
19.2
48303
2952
2765.6
3138.0
107
734
Rosemont-Petite Patrie
139580
17%
34%
31.8
51734
2619
1876.3
2355.1
107
734
Saint-Léonard
78300
25%
28%
25.1
53930
2967
3789.3
3715.5
107
734
Villeray-St-Michel-Parc
143860
22%
31%
27.8
62868
3946
2742.9
2615.0
107
734
Cote-Saint-Luc
32445
22%
23%
24.5
45615
1084
3341.0
3484.2
59
271
te-des-Neiges-NDG
166540
22%
30%
26.6
59012
4220
2533.9
2349.7
59
271
Mont-Royal
20285
27%
25%
30.8
85204
386
1902.9
2094.7
59
271
Outremont
23955
30%
23%
24.6
100247
615
2567.3
1768.4
59
271
Westmount
20320
22%
20%
36.2
109813
293
1441.9
632.8
59
271
Plateau Mont-Royal
104005
15%
34%
9.2
41088
1630
1567.2
1793.4
45
309
Sud-Ouest
78165
18%
32%
13.8
47861
1410
1803.9
1790.1
45
309
Verdun
69230
17%
32%
18.6
48862
891
1287.0
1124.4
45
309
Ville-Marie
89160
11%
31%
20.1
55516
1814
2034.5
1969.5
45
309
Dollard-des-Ormeaux
48885
23%
23%
25.9
51793
1021
2088.6
1792.6
62
269
Dorval
18970
19%
26%
24.9
52722
264
1391.7
1464.8
62
269
Kirkland
20145
24%
21%
22
65091
301
1494.2
988.4
62
269
Île-Bizard-Ste-Genevieve
18410
23%
24%
33.1
70046
402
2183.6
1978.5
62
269
Lachine
44490
21%
27%
31.3
79485
971
2182.5
2510.6
62
269
LaSalle
76860
21%
27%
26.8
80444
1860
2420.0
2069.4
62
269
Pierrefonds-Roxboro
69290
25%
26%
29.9
81478
1636
2361.1
2103.4
62
269
Pointe-Claire
31380
21%
22%
33.7
114257
436
1389.4
1336.3
62
269
1897165
21%
29%
44609
2351.4
2416.4
339
1640
Sources : 1Recensement de la population de 2016 2 Rapports hebdomadaires de la Direction régionale de santé publique de Montréal. La période de référence est 25 août 2020 5
janvier 2021. 3 CovidEcolesQuebec.org
Les constats
En regardant l’évolution dans le temps des nouveaux cas de COVID-19 par groupe d’âge sur
l’île de Montréal pendant le trimestre d’automne 2020, notre premier constat est que, même aux
jeunes âges, les enfants contractent bien la COVID-19 et représentent une partie importante de
l’ensemble de cas confirmés.
Deuxièmement, notre analyse descriptive montre que l’incidence de la COVID-19 chez les
enfants de 10-19 ans n’a pas suivi, mais plutôt précédé, l’augmentation de cas chez les adultes
âgés de 30-49 ans. Découlant de cette tendance, au début de janvier 2021 les adultes de 30-49
ans et les enfants de 0-19 ans représentaient, respectivement, 31% et 21% du nombre total de cas
confirmés sur l’île de Montréal. Autrement dit, la transmission de la COVID chez les enfants
d’âge scolaire ne semble pas être la conséquence, mais plutôt un déterminant important, du
niveau général d’infection dans les communautés avoisinantes.
Le rôle de l’incidence de la COVID-19 chez les 0-9 pour le niveau général de transmission
communautaire est plus difficile à illustrer à partir de cette analyse descriptive. Cependant, nous
pouvons bien constater qu’à partir de la fin du mois de novembre, le nombre de nouvelles
infections par millions chez les enfants de 0-9 ans s'est accéléré au même rythme que tous les
autres groupes d’âge. Ceci suggère, en ligne avec les études existantes, qu’une fois que les
niveaux de transmission communautaire de la COVID-19 deviennent élevés, les jeunes enfants
n'en sont pas épargnés.
Les écoles s’avèrent un véhicule important de ces tendances. Les arrondissements de Montréal
ayant la plus forte incidence de la COVID-19 chez les enfants de 0-19 ans sont localisés dans les
régions avec le plus grand nombre d’écoles déclarant de cas de COVID-19 et le plus grand
nombre de cas de COVID-19 confirmés dans ces écoles.
Après la fermeture des écoles pour le congé des Fêtes, l’incidence de la COVID-19 a baissé chez
les 0-9 ans et les 10-19 ans au même temps qu’elle continuait à augmenter à un rythme
exponentiel pour les autres groupes d’âge. Notre analyse descriptive suggère qu’on peut
s’attendre une nouvelle augmentation de cas de COVID-19 une fois que les écoles seront
rouvertes en présentiel. En considérant que la prévalence de la maladie dans la population est
beaucoup plus élevée maintenant qu’au début de l’année scolaire, cette augmentation limitera
fortement l’efficacité des autres mesures de confinement adoptées par le gouvernement. Ceci
pourrait donc accélérer le dépassement des capacités hospitalières dédiées, que l'on projette déjà
atteindre d’ici trois semaines (INESSS, 2021).
La présence à l’école étant fondamentale pour le développement et la santé mentale des enfants
du primaire et du secondaire, il est essentiel d’assurer un retour en classe sécuritaire. En ce
moment, alors que l’incidence de la COVID-19 est encore élevée et en forte augmentation,
limiter le nombre d’enfants qui fréquentent l’école en présentiel devrait être la priori si l'on
désire aplanir la courbe et créer le contexte nécessaire à la réouverture permanente des écoles le
plus tôt possible. Une fois les écoles rouvertes, il est impératif de minimiser les risques de
transmission de la COVID-19 chez les enfants. D’abord, il est essentiel d'offrir la possibilité de
continuer l’école à distance en tout temps, pour tous les élèves dont les parents souhaiteraient en
faire la demande. À l’école, le port du masque devrait devenir obligatoire en tout temps pour tous
les élèves du primaire et du secondaire et tous les membres du personnel. Un protocole
d’aération précis devrait aussi être mis en place dans toutes les écoles. Enfin, on devrait
améliorer le protocole d’isolement des enfants en attente du résultat d’un test de dépistage, pour
éviter que les proches de ces enfants (surtout leurs parents et les membres de leur fratrie)
continuent à fréquenter l’école, diffusant potentiellement l’infection. Le dépistage rapide serait
un outil additionnel et important pour identifier et isoler les cas survenant à l’école dans des
délais réduits.
Remerciements
Nous aimerions remercier Ari Van Assche, Andrew Noymer et Pierre Vachon pour leur
commentaires et suggestions dans la rédaction de ce manuscrit.
Citations bibliographiques
Institut national d’excellence en santé et en services sociaux [INESSS]. 2021. Suivi de
l’évolution de l’épidémie de COVID-19 et des besoins hospitaliers au Québec – mis à jour du 7
janvier 2021. Disponible sur le site web : https://www.inesss.qc.ca/accueil/nouveaute/suivi-de-
levolution-de-lepidemie-de-covid-19-risques-dhospitalisation-et-projections-des-besoins-
hospitaliers-mise-a-jour-du-7-janvier-2021.html
Marchal, M. 2020. Les leçons à tirer des éclosions de COVID-19 dans les écoles montréalaises.
Radio Canada. Disponible sur le site web : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1756604/lecons-
ecole-eclosions-covid-19-etude-montreal.
Ministère de l’éducation et de services sociaux [MESS]. 2016. Statistiques de l’éducation –
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Direction régionale de santé publique de Montréal. 2020. Rapport hebdomadaire – Éclosions
actives sur l’île de Montréal. Disponible sur le site web :
https://santemontreal.qc.ca/fileadmin/fichiers/Campagnes/coronavirus/situation-
montreal/rapports-eclosions-actives/COVID19-Rapport-Hebdo-Eclosions-Actives-Montreal.pdf
FIGURES
Figure 1. Nombre de nouveaux cas par 100 000 habitants par semaine dans 26 arrondissements
de l’Île de Montréal : 25 août – 5 janvier 2021
Note : dans la légende de la carte de chaleur, 400 fait référence au 400 cas et plus par 100 000.
Figure 2a. Nombre de nouveaux cas par 100 000 habitants par semaine sur l’Île de Montréal,
selon le groupe d’âge : 25 août 2020 – 5 janvier 2021
Figure 2b. Nombre de nouveaux cas par 100 000 habitants par semaine sur l’Île de Montréal, selon
le groupe d’âge : 25 août 2020 – 5 janvier 2021
Note : dans la légende de la carte de chaleur, 400 fait référence au 400 cas et plus par 100 000.
Figure 3. Nombre de nouveaux cas par 100 000 habitants par semaine sur l’Île de Montréal, selon le groupe d’âge et la région sociosanitaire :
25 août 2020 – 5 janvier 2021
Figure 4. Évolution du nombre d’éclosions en cours, selon le milieu, 17 novembre – 29
décembre 2020
Source : Direction régionale de santé publique de Montréal, 2020.
Note : Nous ne présentons pas la semaine du 30 décembre 2020 au 4 janvier 2021 parce que, selon la définition de la
Direction régional de santé publique de Montréal, la fermeture de l’ensemble des milieux scolaires à partir du 17
décembre met fin aux éclosions en milieu scolaire.
ANNEXE 1
Description des sources des données
Les données sur le nombre hebdomadaire de cas confirmés de COVID selon le groupe d’âge et
l’arrondissement proviennent des rapports de la Diréction régionale de santé publique de
Montréal. Même si ces données sont publiées sous forme des graphiques à barre, Yacine Boujija
a développé un programme pour extraire les chiffres correspondants aux figures.
Les données sur les écoles déclarant de cas de COVID-19 ont été recueillis par l’initiative de
CovidEcolesQuebec.org. Le gouvernement divulgue une liste des écoles québécoises avec cas
actifs de COVID-19, mais la liste de CovidEcolesQuebec.org s’est révélée plus exhaustive. Par
ailleurs, les données de CovidEcolesQuebec.org sont les seules qui inclut le nombre de cas
confirmées dans chaque école.
ANNEXE 2
Figure A1. Nombre de nouveaux cas par 100 000 habitants par semaine dans la région sociosanitaire de l’Ouest de l’Île de Montréal,
selon le groupe d’âge et l’arrondissement : 25 août 2020 – 5 janvier 2021
Figure A2. Nombre de nouveaux cas par 100 000 habitants par semaine dans la région sociosanitaire du Nord de l’Île de Montréal, selon
le groupe d’âge et l’arrondissement : 25 août 2020 – 5 janvier 2021
Figure A3. Nombre de nouveaux cas par 100 000 habitants par semaine dans la région sociosanitaire de l’Est de l’Île de Montréal, selon
le groupe d’âge et l’arrondissement : 25 août 2020 – 5 janvier 2021
Figure A4. Nombre de nouveaux cas par 100 000 habitants par semaine dans la région sociosanitaire du Centre-Ouest de l’Île de
Montréal, selon le groupe d’âge et l’arrondissement : 25 août 2020 – 5 janvier 2021
Figure A5. Nombre de nouveaux cas par 100 000 habitants par semaine dans la région
sociosanitaire du Centre-Sud de l’Île de Montréal, selon le groupe d’âge et l’arrondissement : 25
août 2020 – 5 janvier 2021
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Les leçons à tirer des éclosions de COVID-19 dans les écoles montréalaises
  • M Marchal
Marchal, M. 2020. Les leçons à tirer des éclosions de COVID-19 dans les écoles montréalaises.