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Correspondance entre les formes de l’adjectif en croate et la détermination du nom en français

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Abstract

Although the Slavic languages, with the exception of Bulgarian and Macedonian, do not have the grammatical category of the article, they too have several means of expressing the determination of the noun. As for Croatian, these are jedan (one), word order, demonstratives, the use of the accusative or the genitive (especially in combination with the perfective or imperfective verbal aspect) and even the forms of the adjective. Croatian is one of the few Slavic languages that have retained the possibility of choosing between the two forms, indefinite and definite (Nov auto je skup / A new car is expensive; Novi auto je skup / The new car is expensive). However, this difference is far from perfectly matching that between definite and indefinite articles in French. In addition, the question of the actual use of the two forms of the adjective should be raised, since, in our view, a large number of native Croatian speakers tend to overlook this opposition. We would like to explore this theme by showing the role of the opposition between the definite and indefinite adjectives in Croatian, while comparing this system to that of the grammatical category of the article in French. Key words: French, Croatian, determination of the noun, article, definite and indefinite adjectives
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CONTACTS LINGUISTIQUES, LITTÉRAIRES, CULTURELS
C
Correspondance
entre les formes de
l’adjectif en croate et la
détermination du nom
en français
Gorana Bikić-Carić
Université de Zagreb
Abstract
Although the Slavic languages, with the exception of Bulgarian and Macedo-
nian, do not have the grammatical category of the article, they too have several
means of expressing the determination of the noun. As for Croatian, these are
jedan (one), word order, demonstratives, the use of the accusative or the genitive
(especially in combination with the perfective or imperfective verbal aspect) and
even the forms of the adjective. Croatian is one of the few Slavic languages that
have retained the possibility of choosing between the two forms, indefinite and
definite (Nov auto je skup / A new car is expensive; Novi auto je skup / The new car
is expensive). However, this difference is far from perfectly matching that between
definite and indefinite articles in French. In addition, the question of the actual
use of the two forms of the adjective should be raised, since, in our view, a large
number of native Croatian speakers tend to overlook this opposition. We would
like to explore this theme by showing the role of the opposition between the
definite and indefinite adjectives in Croatian, while comparing this system to
that of the grammatical category of the article in French.
Key words: French, Croatian, determination of the noun, article, definite and
indefinite adjectives
CORRESPONDANCE ENTRE LES FORMES DE LADJECTIF EN CROATE
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CONTACTS LINGUISTIQUES, LITTÉRAIRES, CULTURELS
1 INTRODUCTION
La détermination du nom est un concept qui trouve son expression morphosyn-
taxique de façons différentes dans les langues du monde. Les concepts qui sont,
dans une langue, focalisés, à savoir assez importants, obtiennent «leur» catégorie
grammaticale – pour la détermination du nom, c’est l’article, puisque, même si
ce n’est pas le seul, c’est le concept principal qu’il exprime.
Le français fait partie des langues qui ont cette catégorie grammaticale, à la dif-
férence du croate. Mais, comme nous essaierons de le montrer, ce n’est pas la
seule divergence à ce propos. Parmi plusieurs expressions morphosyntaxiques de
la détermination du nom en croate, nous nous concentrerons ici sur les formes
dites définie et indéfinie de l’adjectif, et les articles correspondants en français.
2 L’ARTICLE EN FRANÇAIS
Comme les adjectifs en croate ne distinguent la forme définie et indéfinie qu’au
singulier (simpatični – forme définie, simpatičan – forme indéfinie; nous revien-
drons sur leur formation plus loin), nous aborderons ici l’article au singulier en
français. Nous ne parlerons pas de l’article DU dit partitif, ou de l’article zéro,
puisque ces articles ne peuvent pas être mis en relation avec les formes de l’ad-
jectif en croate. Danielle Leeman souligne, en conclusion sur les propriétés sé-
mantiques des déterminants définis, qu’ils présentent le référent du nom d’une
part comme connu, d’autre part comme présupposé existant; de même, l’article
défini montre le référent dans son unicité ou son entièreté (Leeman 2004: 67).
Wilmet (1997: 121) apporte quelques précisions au sujet du référent représenté
comme connu. L’auteur distingue en contexte (situationnel) la situation visible
(Passe-moi le marteau), la situation contiguë (Va me chercher le marteau à la cave)
ou la situation générale (J’ai vu le président à la télé). En cotexte (discursif) c’est
la reprise littérale (Fred m’a parlé d’un livre et d’un film intéressants. J’avais lu le
livre), la reprise associative (Fred m’a parlé d’un livre intéressant. Je connaissais déjà
l’auteur), et la sous-phrase «partageant l’ensemble» durant l’élocution (La fille
que Bill a invitée hier soir me plaît). De plus, l’article défini s’emploie avec les
noms abstraits et exprime l’emploi générique. Riegel, Pellat et Rioul (1999: 154)
soulignent que l’article défini s’emploie aussi pour marquer la valeur générique
des noms dits massifs (le vin/la farine/le courage/la tendresse) dont les occurrences
particulières sont construites au moyen de l’article partitif.
Il ne faut pas oublier l’emploi de l’article qui, tout simplement, permet au nom
de fonctionner dans la phrase. Leeman (2004 : 33), qui appelle cet emploi
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CONTACTS LINGUISTIQUES, LITTÉRAIRES, CULTURELS
«intensionnel», l’explique par le fait que le déterminant n’actualise pas le nom
(ne lui fait pas désigner un référent), mais permet au nom d’apparaître gramma-
ticalement dans l’énoncé pour ne désigner que le concept (L’eau est indispensable
à la vie).
D’après Pavelin Lešić et Damić Bohač (2016: 13), l’article en français joue les
rôles de déterminant et d’actualisateur. L’actualisation consiste à faire passer la
langue dans le discours. L’article par sa présence, par son choix ou par son ab-
sence, assure la transition de la virtualité abstraite du lexème aux différents degrés
d’actualisation du substantif en tant que terme de l’énonciation. Les auteures
précisent que le concept désigné par le substantif peut être compris dans sa to-
talité ou partiellement, employé avec les substantifs comptables (dénombrables)
dans le nombre précis ou imprécis d’êtres ou d’objets, employé avec les substantifs
non-comptables (non dénombrables) pour indiquer une partie non précisée de la
matière, de la substance, etc. (ibid.: 14).
Les auteures donnent un exemple pour l’emploi de l’article LE: Le chien du voisin
joue dans le jardin, en expliquant le sens déterminé dans une réalité par le fait
qu’il y a un chien et non plusieurs dans le jardin, l’énonciateur et le coénonciateur
savent de quel chien et de quel jardin il s’agit (ibid.: 15). Nous verrons plus loin
l’importance de ce fait pour la comparaison avec les formes de l’adjectif en croate.
Quant à l’article UN (ibid.), les auteures précisent qu’il s’emploie devant un subs-
tantif dénombrable pour nous renseigner sur le nombre, mais non sur l’identité
de l’être, de la chose ou de la qualité désignés par ce substantif: J’entends aboyer un
chien. (Il s’agit d’un chien, je ne le connais pas, je suppose que mon interlocuteur
ne le connaît pas.)
Leeman, en parlant des indéfinis, explique qu’ils présentent le référent du nom
comme un individu (être ou chose) quelconque, non identifiable par l’interlocu-
teur – l’article un signifie que le locuteur soit ignore de qui précisément il s’agit,
soit sait ou suppose que l’interlocuteur l’ignore, soit ne juge pas utile de donner
l’information (Leeman 2004: 45).
Riegel, Pellat et Rioul (1999: 159) expliquent que, en emploi spécifique, l’article
indéfini extrait un élément particulier qui est uniquement identifié par l’apparte-
nance à la classe dénotée par le nom et qui n’a fait l’objet d’aucun repérage réfé-
rentiel préalable: Un enfant jouait dans la cour. On peut distinguer entre les cas
où l’indéfini renvoie à un particulier non identifié, mais identifiable: Un enfant
blond jouait /.../ – Qui était-ce? et ceux où le référent n’a qu’une existence vir-
tuelle: Je cherche un enfant blond pour tenir le rôle de Cupidon. L’emploi générique
de l’article indéfini au singulier s’explique par le fait que l’élément introduit par
un est considéré comme un exemplaire représentatif de toute sa classe: Autrefois,
un enfant ne parlait pas à table.
CORRESPONDANCE ENTRE LES FORMES DE L’ADJECTIF EN CROATE
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CONTACTS LINGUISTIQUES, LITTÉRAIRES, CULTURELS
Pour notre propos, il faut retenir l’opposition entre un référent connu (l’article
défini) et un référent non connu au moins de la part de l’interlocuteur (l’article
indéfini). Comme nous le verrons plus loin, cette opposition ne correspond que
partiellement à celle entre l’adjectif défini et indéfini en croate.
3 LES POSSIBLES ÉQUIVALENTS
DE L’ARTICLE EN CROATE
Comme nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises (par exemple, Bikić-Carić
2009), ce sont jedan (un), l’ordre des mots, les démonstratifs, l’emploi de l’ac-
cusatif ou du génitif (surtout en combinaison avec l’aspect verbal perfectif ou
imperfectif) et même les formes de l’adjectif. Parmi les éléments cités, c’est pro-
bablement jedan qui est le plus courant comme équivalent d’un article, à savoir
de l’article indéfini.
Jedan, tout en étant un numéral, peut s’employer en croate pour introduire un
nom dans le discours, surtout dans la langue quotidienne. Plusieurs auteurs le
soulignent: Marković (2002: 129) estime que jedan, en perdant son caractère
de numéral et en se vidant ainsi de son sémantisme lexical, devient un élément
grammatical. Marković y voit deux contenus sous une seule forme. Pranjković
(2000: 343) donne lui aussi un exemple (Sreo sam jučer jednu ženu/J’ai rencontré
hier une femme) où jedan fonctionne selon lui comme un vrai article indéfini.
Bajrić considère pour sa part jedan comme un article numéral (2006: 100).
L’ordre des mots est relativement souple en croate, et il peut exprimer la diffé-
rence entre la cataphore et l’anaphore. Dans un exemple comme Ušlo je dijete (Un
enfant est entré), le nouvel élément se trouve à la fin de la phrase. Par contre, Dijete
je ušlo peut se traduire par un nom précédé de l’article défini (L’enfant est entré).
Bien que Znika (2004: 51) cite les démonstratifs comme expression du caractère
défini du nom, d’autres auteurs, comme Silić et Marković, privilégient l’expres-
sion zéro au déterminant démonstratif. Il est vrai que le contexte joue un rôle
très important dans la compréhension de la détermination du nom: une phrase
comme Vidjela sam mačku peut signifier J’ai vu un chat ou J’ai vu le chat.
La différence entre le génitif partitif et l’accusatif peut, elle aussi, traduire une dif-
férence entre les articles partitifs et définis, surtout en combinaison avec l’aspect
perfectif et imperfectif du verbe. En effet, l’aspect perfectif souligne l’accomplis-
sement de l’action, ce qui en général veut dire que le résultat (nom à l’accusatif)
est défini. C’est la différence entre pojesti (PERF) kruh (ACC)/manger (tout) le
pain et jesti (IMP) kruha (GEN)/manger du pain. Nous avons traité ce point plus
en détail dans un autre article (Bikić-Carić 2017).
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CONTACTS LINGUISTIQUES, LITTÉRAIRES, CULTURELS
4 LES FORMES DE L’ADJECTIF
En vieux slave, il existait une différence entre les formes longues (définies) et
brèves (indéfinies) des adjectifs. Les formes brèves (blagъ, m. sg., blaga, f. sg.,
blago, n. sg.) se déclinaient comme les noms, tandis que les formes longues sont
le résultat d’une fusion de la forme brève de l’adjectif et du pronom anaphorique
correspondant (blagъ+i > blagyi, m. sg., blaga+ja > blagaja, f. sg., blago+je >
blagoje, n. sg.). Les formes longues s’utilisaient dans la fonction d’épithètes, expri-
mant une caractéristique du nom qui, selon l’opinion du locuteur, était connue
de l’interlocuteur (Damjanović 2005: 107).
Dans la plupart des langues slaves, la distinction entre les formes longues et les
formes brèves n’est plus productive: dans les langues slaves de l’Ouest et de l’Est,
en général ce sont les formes longues qui se sont fossilisées, tandis qu’en bulgare
et en macédonien (les seules langues slaves à posséder la catégorie grammaticale
de l’article), ce sont les formes brèves (Mihaljević 2014: 96). Dans les chapitres
sur la morphologie de l’adjectif d’un ouvrage sur les langues slaves (Comrie et
Corbett 2002), nous trouvons des exemples comme nový (tchèque), nowy (polo-
nais), mais nov (bulgare) et nov (macédonien), signifiant «nouveau». Par contre,
dans les grammaires du croate l’opposition entre les formes longues et brèves est
décrite comme celle qui exprime la différence entre la distinction d’un référent
des autres de la même espèce (koji?/lequel?) et la description d’un référent (kakav?/
de quelle sorte?).
Voici un exemple de la déclinaison de l’adjectif simpatičan/sympathique (toujours
au singulier, puisqu’au pluriel il n’y a pas de distinction entre les formes définies
et indéfinies). Nous donnons d’abord la forme indéfinie, puis la forme définie:
CAS MASCULIN FÉMININ NEUTRE
Nominatif simpatičan/
simpatični
simpatična simpatično
Génitif simpatična/
simpatičnog
simpatične simpatična/
simpatičnog
Datif simpatičnu/
simpatičnom
simpatičnoj simpatičnu/
simpatičnom
Accusatif simpatična/
simpatičnog
simpatičnu simpatično
Vocatif - /simpatični simpatična simpatično
Locatif simpatičnu/
simpatičnom
simpatičnoj simpatičnu/
simpatičnom
Instrumental simpatičnim simpatičnom simpatičnim
CORRESPONDANCE ENTRE LES FORMES DE L’ADJECTIF EN CROATE
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CONTACTS LINGUISTIQUES, LITTÉRAIRES, CULTURELS
Il est évident que la différence n’existe qu’au masculin et, dans une moindre me-
sure, au neutre. Mais, comme nous le montrerons, certains types d’adjectifs ne
différencient pas du tout, morphologiquement, la forme définie et indéfinie.
En croate, les adjectifs représentent une catégorie morphologiquement très riche
que différents auteurs classifient de différentes manières. D’après Silić et Pranj-
ković (2007: 133), on distingue les adjectifs qualitatifs (visoka kuća – maison
haute), les adjectifs possessifs (očeva kuća – maison du père) et les adjectifs ma-
tériels (drvena kuća – maison en bois). Les adjectifs possessifs incluent aussi les
adjectifs relationnels (gradska kuća – maison de ville). Silić et Pranjković (ibid.:
134) précisent que les adjectifs, entre autres, expriment la catégorie de l’indéfini
ou du défini. D’après les auteurs, un adjectif indéfini accompagne un objet indé-
fini exprimé par le nom, à savoir un objet qui est inconnu aux interlocuteurs dans
une communication, tandis qu’un adjectif défini accompagne un objet défini,
qui est connu aux interlocuteurs. Silić et Pranjković (ibid.) donnent des exemples
comme visok stol (une table haute), où visok répond à la question kakav? (de quelle
sorte?), opposé à visoki stol (la table haute), où visoki répond à la question koji?
(lequel?). Nous reviendrons sur cette explication en comparant l’expression de
la détermination du nom en français et en croate. Les adjectifs matériels, tout
comme les adjectifs qualitatifs, distinguent la forme définie et indéfinie (zlatan
sat/une montre en or; zlatni sat/la montre en or). Quant aux adjectifs possessifs et
relationnels, nous expliquerons leurs particularités un peu plus loin.
À la différence de Silić et Pranjković, Težak et Babić (1994: 99) distinguent les
adjectifs descriptifs et les adjectifs relationnels. Les adjectifs descriptifs expriment
les différentes caractéristiques du nom (dobar/bon, malen/petit, jasan/clair), tandis
que les adjectifs relationnels expriment les rapports d’un nom à un autre (pariški/
parisien, majčinski/maternel). Quant à la distinction entre le défini et l’indéfini,
Tafra (1988: 188), qui reprend la classification de Težak et Babić, appelle cette
caractéristique des adjectifs l’aspect adjectival. L’aspect adjectival est, d’après Tafra
(ibid.: 189), propice à tous les adjectifs, mais seuls les adjectifs descriptifs peuvent
l’exprimer morphologiquement. Quant aux adjectifs relationnels, cet aspect est
morphologiquement neutralisé (en reprenant l’exemple ci-dessus, il n’y a pas de
différence morphologique entre «une place parisienne» et «la place parisienne»:
les deux seraient traduits par la même forme de l’adjectif: pariški trg).
Il en résulte que tous les adjectifs en croate n’ont pas de formes définie et indé-
finie. Nous pourrions y voir une distinction entre la valeur et la forme, ce qui
signifierait que tous les adjectifs peuvent avoir une valeur définie ou indéfinie,
mais que seuls certains ont la forme définie ou indéfinie.
De plus, il y a des situations où la morphologie et la logique ne vont pas de pair:
par exemple, les règles prescrivent que les adjectifs qui expriment la possession
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CONTACTS LINGUISTIQUES, LITTÉRAIRES, CULTURELS
(Ivanov šešir – le chapeau d’Ivan) se déclinent d’après la déclinaison indéfinie,
bien que l’objet auquel ils se rapportent soit souvent défini par cet adjectif même
(la question qu’il faudrait poser pour avoir la réponse Ivanov šešir serait Koji?/
Lequel?, et non Kakav?/De quelle sorte?). Marković (2010: 86) souligne le côté
anaphorique des adjectifs exprimant la possession, ce qui est une caractéristique
des formes définies (en dépit de la déclinaison indéfinie de ce type d’adjectifs). La
situation inverse apparait dans un nombre d’adjectifs qui se reconnaissent d’après
certaines terminaisons, par exemple -ski (novinski članak/article de journal). Là
non plus, on ne peut pas toujours appliquer la règle des questions Kakav? ou
Koji?novinski članak peut, par son sens, très bien être un article de journal ou
l’article de journal.
Tout ce qui vient d’être présenté explique le fait que l’expression de la détermi-
nation du nom à l’aide de la forme appropriée de l’adjectif est très rare dans la
langue quotidienne. La forme indéfinie a presque disparu au profit de la forme
définie (excepté pour les adjectifs ayant la fonction d’attribut du sujet – Ivan je vi-
sok/Ivan est grand). Pranjković (2000: 344) affirme, lui aussi, que les formes indé-
finies de l’adjectif sont pratiquement disparues de la langue parlée, et même dans
la communication écrite elles ne sont pas très fréquentes. Une des conséquences
est le fait que, dans une communication naturelle, il est presque impossible de
trouver les formes indéfinies de l’adjectif (excepté dans la fonction de l’attribut
du sujet). De plus, très souvent on combine jedan (qui peut avoir la fonction de
l’article indéfini) et la forme définie de l’adjectif, comme dans l’exemple jedan
veliki problem (littéralement, un/le grand problème). Silić (2000: 404) y voit la
neutralisation de la catégorie de détermination/non-détermination.
Marković (2002: 131) conclut que l’aspect adjectival ne renseigne pas sur la
façon dont il faut comprendre le nom croate, tout au moins non comme le ferait
l’article dans les langues où il existe. Il va même plus loin et affirme que, dans le
fond, la forme définie de l’adjectif ne dit pratiquement rien sur la détermination
ou non-détermination de l’objet. Comme nous l’avons déjà souligné (Bikić-Ca-
rić 2009: 31), nous sommes encline à adhérer à cette opinion, non seulement
pour la raison de la neutralisation morphologique, mais aussi parce que nous
avons l’impression que, même là où les formes indéfinies s’utilisent dans la langue
spontanée (quand l’adjectif a la fonction d’attribut du sujet) ou bien dans les
textes soignés, les locuteurs natifs du croate ne sont pas conscients d’exprimer
la détermination ou la non-détermination. Si l’on s’efforce à utiliser la forme
indéfinie, c’est tout simplement parce que la règle le prescrit, et non parce qu’on
voudrait distinguer un homme grand et l’homme grand à l’aide de l’adjectif. Dans
une phrase comme Vidio sam visoka čovjeka/Vidio sam visokog čovjeka, seule la
deuxième variante est naturelle, celle à la forme définie, et elle couvre les deux
sens (J’ai vu un/l’homme grand). C’est le contexte qui nous permettra de trancher
pour l’un d’eux.
CORRESPONDANCE ENTRE LES FORMES DE L’ADJECTIF EN CROATE
51
CONTACTS LINGUISTIQUES, LITTÉRAIRES, CULTURELS
5 COMPARAISON: ARTICLE EN FRANÇAIS VS.
ASPECT ADJECTIVAL EN CROATE
Nous avons donc brièvement présenté ce que Tafra, comme mentionné ci-dessus,
appelle l’aspect adjectival, en concluant que, non seulement dans la langue quo-
tidienne la distinction entre la forme définie et indéfinie a pratiquement disparu,
mais aussi que les locuteurs croatophones, même s’ils s’efforcent à utiliser la forme
correcte, ne le font pas avec le but d’exprimer la détermination du nom, mais tout
simplement ont l’intention de suivre les règles grammaticales.
Maintenant nous voudrions aller un peu plus loin: comparer les usages corrects
de l’aspect adjectival en croate et de l’article en français et montrer les différences.
Nous voudrions souligner que même les usages corrects ne correspondent pas
toujours (et ne peuvent pas correspondre) à l’article respectif en français.
Le français et le croate se rejoignent dans l’expression de la détermination du nom
qui répond à la question Koji?/Lequel (parmi plusieurs)?: On nosi crni šešir/Il porte
le chapeau noir. De même, il existe une ressemblance entre les deux langues quand
il s’agit de décrire un référent introduit dans le discours (Kakav?/De quelle sorte?):
On nosi crn šešir/Il porte un chapeau noir (même si la phrase en croate est très peu
naturelle). On peut représenter ces rapports comme suit:
Correspondance avec l’aspect adjectival en croate:
Identification d’un référent connu article/adjectif défini (On nosi crni
šešir/Il porte le chapeau noir);
Description d’un référent qui vient d’être introduit article/adjectif
indéfini (On nosi crn šešir/Il porte un chapeau noir).
Mais, la comparaison entre le français et le croate se complique si le référent,
identifié par un complément, est en même temps décrit par un adjectif:
Susjedin velik pas šeće dvorištem./Le gros chien de ma voisine se promène
dans la cour.
Description ( adjectif indéfini) de quelque chose qui est identifié (
article défini).
D’après les règles, en croate, il faut employer un adjectif indéfini puisqu’il s’agit
d’une description (Kakav pas?). Il est évident que cet emploi ne peut pas être
expliqué par la précision de Silić et Pranjković, d’après laquelle l’adjectif indé-
fini s’emploie avec un objet inconnu aux interlocuteurs. Nous savons de quel
chien il s’agit, mais il ne faut pas employer l’adjectif défini (susjedin veliki pas)
parce que cela signifierait que la voisine a plusieurs chiens et que nous parlons
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CONTACTS LINGUISTIQUES, LITTÉRAIRES, CULTURELS
de celui qui est gros. Nous devrions ajouter, pourtant, que c’est une règle que les
croatophones, en général, ne respectent pas. Comme nous l’avons déjà expliqué,
l’emploi des adjectifs indéfinis est très réduit dans la langue spontanée.
Pour illustrer nos propos, nous avons trouvé quelques exemples dans une œuvre
littéraire écrite en croate (Muzej bezuvjetne predaje, par Dubravka Ugrešić) et
traduite en français (Le musée des redditions sans condition, traduit par Mireille
Robin). Nous les avons regroupés d’après les critères suivants:
1) exemples où la forme de l’adjectif en croate correspond à l’article respec-
tif en français;
2) exemples où la forme de l’adjectif en croate ne correspond pas à l’article
respectif en français
- parce qu’en croate la forme de l’adjectif correspondante n’est pas
employée;
- parce qu’en croate il ne serait pas correct d’employer la forme corres-
pondante de l’adjectif.
1) La forme de l’adjectif en croate correspond à l’article respectif en français
a) l’adjectif indéfini – l’article indéfini
Treći dio, desni, ima za sadržaj pust, nadrealan gradski prostor, u De Chi-
ricovoj maniri./Sur le volet de droite, on voit un paysage urbain, désert et
quelque peu surréaliste, peint à la manière de Chirico.
Osjećam trenutno ganuće, kao da iznutra udara o stijenke preplašen, zalutao
miš./L’espace d’un instant, je suis émue, j’ai l’impression qu’ une souris égarée
s’affole et se heurte aux parois de ma cage thoracique.
Nous voudrions souligner que, dans une conversation, il serait peu probable de
trouver ces formes indéfinies de l’adjectif. Mais, comme ici il s’agit d’une œuvre
littéraire, nous supposons que l’auteure a, pour des raisons stylistiques, utilisé les
formes indéfinies comme plus élégantes.
b) l’adjectif défini – l’article défini
Otkrivši da je u Njemačkoj uništeno 2.146 židovskih groblja, Gertz je sa stu-
dentima noću krao kamene kocke s glavnog trga u Saarbruckenu./Ayant appris
qu’on avait en Allemagne arasé 2 146 cimetières juifs, il a volé une nuit, avec
ses étudiants, une des dalles de pierre de la place principale de Saarbruck.
Ici il s’agit d’un référent connu, identifié parmi plusieurs autres (quelle place? – la
place principale). Glavnog est le génitif de la forme définie glavni; le génitif de la
forme indéfinie serait glavna.
CORRESPONDANCE ENTRE LES FORMES DE L’ADJECTIF EN CROATE
53
CONTACTS LINGUISTIQUES, LITTÉRAIRES, CULTURELS
2) La forme de l’adjectif en croate ne correspond pas à l’article respectif en
français
- parce qu’en croate la forme de l’adjectif correspondante n’est pas employée;
a) l’adjectif défini – l’article indéfini
Na Kottbusser Toru neljubazni vjetar liže plakate sa združenim profilima
Marxa, Lenjina i Mao Tze Tunga./À Kottbusser Tor, un vent désagréable
lèche les affiches où sont réunis les profils de Marx, de Lénine et de Mao.
Alaga, bezubi Ciganin iz zagrebačke Dubrave, nespretno prebire po dječjem
sintisajzeru ispred Europa Centra./Devant le centre Europa, Alaga, un Tsi-
gane édenté originaire du quartier de Dubrava à Zagreb, joue maladroite-
ment sur un petit synthétiseur d’enfant.
Na berlinskoj stanici ZOO mladi muškarac ulubljena lica sjedi na asfaltu
ogoljevši nožni patrljak i prosi./À la gare Zoo, un jeune homme au visage
cabossé mendie, exposant son moignon dénudé à la vue des passants.
Dans ces exemples, il est clair qu’il s’agit de la description et que la question posée
serait Kakav?/De quelle sorte?, ce qui exige la forme indéfinie de l’adjectif. Pour-
tant, ici l’auteure a suivi la langue spontanée, qui, comme nous l’avons indiqué
plus haut, très souvent n’obéit pas aux règles concernant l’emploi des formes
indéfinies de l’adjectif.
- parce qu’en croate il ne serait pas correct d’employer la forme correspondante
de l’adjectif;
a) l’adjectif indéfini – l’article défini
Bela ima na licu nedvosmislen pečat kapitulacije./Elle porte sur son front,
sans ambiguïté, le sceau de la capitulation.
Iz Muzeja bezuvjetne kapitulacije zapamtila sam težak, ustajao, slatkast
miris./Je me souvenais de l’odeur de renfermé douceâtre qui régnait dans le
musée de la Capitulation sans condition.
Na berlinskoj stanici ZOO mladi muškarac ulubljena lica sjedi na asfaltu
ogoljevši nožni patrljak i prosi./À la gare Zoo, un jeune homme au visage
cabossé mendie, exposant son moignon dénudé à la vue des passants.
C’est cette correspondance qui nous paraît la plus intéressante, puisqu’elle montre
une différence entre le français et le croate dans le concept de la détermination
du nom.
En français, c’est l’article défini qui s’impose puisque le nom est déterminé par
ses compléments. Pourtant, en croate l’adjectif est indéfini puisqu’il s’agit d’une
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description (Comment est le sceau de la capitulation? L’odeur est de quelle sorte?
Comment est le visage du jeune homme?)
6 CONCLUSION: L’ASPECT ADJECTIVAL EN
CROATE COMME ÉQUIVALENT DE L’ARTICLE
EN FRANÇAIS ?
Si nous voulons considérer l’aspect adjectival comme équivalent de l’article en
français, nous nous heurtons à quelques difficultés.
D’abord, il n’est pas facile de trouver des emplois corrects de l’aspect adjectival
chez les croatophones, puisque c’est la forme définie qui l’emporte même dans
les contextes où il faut poser la question Kakav? et non Koji? Il ne faut pas ou-
blier que, comme nous l’avons montré plus haut, la différence morphologique
ne se manifeste pas dans tous les genres ou même dans tous les types d’adjectifs,
ce qui contribue à l’effacement du rôle de l’aspect adjectival dans le groupe
nominal.
Mais, même si l’on s’efforce d’employer ces formes correctement, elles ne corres-
pondent que partiellement à l’expression de la détermination du nom en français.
Autrement dit, outre le fait (bien connu) que dans la langue spontanée la diffé-
rence entre les adjectifs définis et indéfinis s’est estompée au profit de la forme
définie, nous avons essayé de mettre en évidence les limites de l’expression de la
détermination du nom, et cela dans les situations où les formes correctes sont
employées (ce qui est beaucoup moins exploré).
Comme nous l’avons montré, dans les grammaires générales du croate, ces
formes, qui peuvent aussi être appelées longues ou brèves, sont présentées comme
celles qui expriment le caractère défini ou indéfini du nom. Pourtant, ces traits ne
couvrent, en croate, qu’une partie de la détermination du nom dans une langue
tel le français. Qui plus est, dans certains contextes, il n’y a pas et il ne peut pas y
avoir de correspondance.
À notre avis, il est important de distinguer plusieurs traits qui composent le
concept de détermination et qui, en comparant des langues, peuvent même pa-
raître contradictoires. Dans notre comparaison, c’est le cas où, en croate, la des-
cription l’emporte sur l’identification.
En effet, les questions Kakav? et Koji?, utilisées dans les grammaires du croate
comme moyen de distinguer les adjectifs indéfinis et définis, ne se rapportent
qu’à deux traits spécifiques. Kakav? présuppose la description d’un référent, mais
ce que les grammaires du croate omettent de préciser, c’est que ce référent n’est
CORRESPONDANCE ENTRE LES FORMES DE L’ADJECTIF EN CROATE
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pas nécessairement inconnu aux interlocuteurs et encore moins non identifié.
Un exemple qui corrobore cette conclusion est mladi muškarac ulubljena lica/un
jeune homme au visage cabossé. Quant à la question Koji?, pour l’adjectif défini, il
faut préciser que, outre le caractère défini qu’il exprime, c’est aussi l’idée d’avoir
plusieurs exemplaires parmi lesquels il est possible de choisir (s glavnog trga u
Saarbruckenu/de la place principale de Saarbruck). En français, ce n’est pas néces-
sairement le cas.
L’emploi de l’adjectif indéfini en croate met en lumière le trait commun entre
des exemples comme pust, nadrealan gradski prostor/un paysage urbain, désert et
quelque peu surréaliste d’un côté et muškarac ulubljena lica/homme au visage cabos-
de l’autre. Bien qu’en français les articles soient de nature différente, la même
forme de l’adjectif en croate souligne le fait qu’il s’agit d’une description dans les
deux cas.
À notre avis, les noms traditionnels qu’on donne, en croate, aux adjectifs à la
forme longue (définis) et à ceux à la forme brève (indéfinis) sont loin d’être précis
ou même, tout simplement, adéquats. Cela se remarque encore plus dans une
comparaison avec le français. Pourtant, ils sont ancrés dans la tradition et repris
dans les nouveaux ouvrages sur la grammaire du croate (avec quelques exceptions,
par exemple Marković (2010: 87), qui, tout en reprenant les classifications des
autres auteurs qui distinguent les adjectifs définis et indéfinis, propose plutôt une
classification d’après les critères sémantiques).
Pour répondre à la question posée plus haut, nous croyons que la correspondance
entre l’aspect adjectival en croate et l’article en français est très réduite, mais que
la comparaison entre le croate et le français permet de distinguer plus précisément
certains traits de la détermination du nom et leurs combinaisons, comme descrip-
tion avec identification vs. description sans identification, ou identification qui
présuppose (ou non) plusieurs entités de la même espèce.
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Article
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Dans cet article nous voudrions comparer l'expression de certaines catégories conceptuelles en croate et en français. D'après la linguistique cognitive, tout concept qui découpe la réalité telle que nous en faisons l'expérience, en plusieurs tranches constitue une catégorie conceptuelle (Delbecque 2010 : 34). Les catégories conceptuelles structurent notre façon de penser et, dans une certaine mesure, elles diffèrent d'une langue à l'autre. De même, elles peuvent prendre la forme de différentes catégories grammaticales dans deux langues comme le français et le croate. Notre but est de présenter les catégories conceptuelles exprimées par les cas (régimes ou indépendants) en croate et de les comparer avec leurs expressions en français. Nous nous servirons des analyses du groupe nominal en croate dans le cadre de la linguistique cognitive (Belaj, Tanacković Faletar 2014 et Silić, Pranjković 2007).
Article
Full-text available
Ce travail s’est inspiré de notre thèse de doctorat1, où nous comparons l’article en français et en roumain, ainsi que ses équivalents en croate dans un corpus électronique aligné. Après avoir présenté les éléments comparés, nous décrivons les résultats de la recherche sur notre corpus, composé de romans du 20ème siècle, où les textes originaux et les traductions sont représentés proportionnellement. Les résultats de la recherche nous montrent, outre quelques équivalences intéressantes, l’importance de la distinction entre la valeur et la forme du nom, qui ne coïncident pas toujours, non seulement en roumain et dans une moindre mesure en français, mais surtout en croate.
Nešto o neodređenosti/određenosti u hrvatskome. Rasprave Zavoda za hrvatski jezik 28
  • Ivan Marković
Marković, Ivan, 2002 : Nešto o neodređenosti/određenosti u hrvatskome. Rasprave Zavoda za hrvatski jezik 28. 103-150.
Slavenska poredbena gramatika, 2. dio. Zagreb : Školska knjiga
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Kategorija neodređenosti/određenosti i načini njezina izražavanja. Riječki filološki dani
  • Josip Silić
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Razgraničavanje opisnih i odnosnih pridjeva. Rasprave Zavoda za hrvatski jezik 14
  • Branka Tafra
Tafra, Branka, 1988 : Razgraničavanje opisnih i odnosnih pridjeva. Rasprave Zavoda za hrvatski jezik 14. 185-197.
Gramatika hrvatskoga jezika -priručnik za osnovno jezično obrazovanje. Zagreb : Školska knjiga
  • Stjepko Težak
  • Et Stjepan
  • Babić
Težak, Stjepko et Stjepan Babić, 1994 : Gramatika hrvatskoga jezika -priručnik za osnovno jezično obrazovanje. Zagreb : Školska knjiga.