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Dossier « L’économie circulaire : modes de gouvernance et développement territorial » – Introduction – L’économie circulaire : modes de gouvernance et développement territorial

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1
L’économie circulaire : modes de
gouvernance et développement
territorial
Introduction du dossier « Léconomie circulaire : modes
de gouvernance et développement territorial »
Sébastien Bourdin 1* et Muriel Maillefert2
1 Géographie économique, EM Normandie Business School, laboratoire Métis, Caen, France,
https://orcid.org/0000-0001-7669-705X
2 Aménagement et urbanisme, Université-Jean-Moulin-Lyon-3, UMR EVS-CRGA, Lyon,
France, https://orcid.org/0000-0002-8279-0047
*Auteur correspondant : sbourdin@em-normandie.fr
2
Léconomie circulaire comme réponse des acteurs économiques et politiques
aux limites de notre système actuel
Léconomie linéaire, telle quon la représente aujourdhui, repose sur un processus de
création de richesse fondé sur la conversion des ressources naturelles en déchets via la
production. Ce modèle traditionnel ou conventionnel (Buclet, 2011) dans lequel les biens sont
fabriqués, consommés et ensuite jetés a des conséquences négatives maintenant bien identifiées
sur lenvironnement (Garcés-Ayerbe et al., 2019) et contribue à lépuisement des ressources en
encourageant des processus productifs intensifs en matières premières et en capital. Ce modèle
productiviste, quelles que soient ses performances intrinsèques (par exemple, en matière de gain
defficacité permettant un découplage relatif entre ressources et production), constitue même,
comme le soulignaient déjà Gallopoulos et Frosch (1989), un modèle impossible à généraliser
à lensemble des habitants de la planète. Leur article, considéré comme un des actes fondateurs
de lécologie industrielle, qui a eu un grand retentissement chez les décideurs publics, illustre
clairement la capacité des démarches décologie industrielle que lon peut considérer comme
une déclinaison de léconomie circulaire (nous y reviendrons) à se fondre dans les contraintes
de soutenabilité faible chères au modèle économique traditionnel, sans en impacter les
déterminants fondamentaux. Les auteurs y montraient linsoutenabilité du modèle de
consommation de masse en supposant quil était désirable à léchelle planétaire et, en guise de
réponse, proposaient un scénario classique dinternalisation des externalités par des taxes
payées par les consommateurs.
Léconomie circulaire, apparue officiellement dans les années 2000, suite notamment aux
travaux de la fondation Ellen MacArthur (2015), na pas eu beaucoup de mal à se glisser dans
ces mêmes attentes de la durabilité faible. La circularisation des flux permet de minimiser les
prélèvements en ressources et les rejets en bout de chaîne, ce qui rejoint (en les affaiblissant)
certains des préceptes antérieurs de lécologie industrielle
1
. Cette approche par la circularité,
somme toute assez générique, peut convenir à tous les acteurs (ménages, entreprises,
administrations et acteurs financiers) et se décliner à différentes échelles, internationale,
nationale ou locale (Kirchherr et al., 2017). Elle peut être proposée comme une alternative
acceptable qui répond aux limites du concept qui la précédé, le développement durable. Ainsi
1
Lécologie industrielle est traversée par des controverses qui portent, entre autres, sur sa perspective
anthropocentrée ou écocentrée, le fait quelle doit être une démarche instrumentale portée par les sciences de
lingénieur ou une perspective politique portée par les sciences sociales, la nature des actions qui y sont menées,
les formes de coordination mises en œuvre, etc. (Beaurain, 2008 ; Brullot, 2009 ; Maillefert et Schalchli, 2010).
3
ce modèle se coule-t-il aisément dans les habits de léconomie. Cest loptique choisie, par
exemple, par l’Ademe fer de lance du domaine en France, au moins dans sa dimension
institutionnelle qui présente léconomie circulaire comme un modèle économique pouvant
concilier croissance et protection de lenvironnement (Ademe, 2014). De ce point de vue,
léconomie circulaire reprend les anciens arguments des partisans de la « croissance verte »
dans les instances internationales et les politiques publiques nationales dans la première
décennie de ce millénaire (OCDE, 2011). Léconomie circulaire est ainsi un mot-valise en
vogue aujourdhui, dont les définitions et acceptions sont larges et très floues (Korhonen et al.,
2018). En France, le paradigme de léconomie circulaire est porté par plusieurs institutions de
création récente (Institut de léconomie circulaire, réseau Synapse [réseau national des acteurs
de lécologie industrielle et territoriale]…), qui ont adopté comme socle commun la définition
proposée par lAdeme (2014, p. 14) : « un système économique déchange et de production qui,
à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter lefficacité
de lutilisation des ressources et à diminuer limpact sur lenvironnement tout en développant
le bien-être des individus ».
Cette définition, somme toute assez conventionnelle, est sans nul doute en retrait par
rapport aux ambitions antérieures de cette institution et des projets portés par elle, proposant
une approche plus radicale de la circularité, bâtie autour de principes de durabilité forte, ancrée
dans un champ spécifique ancré dans de principes transversaux, interdisciplinaires, mêlant
ambition analytique et opérationnalité. En témoignent les travaux des années 2000 sur
l’« écologie industrielle », requalifiés par leurs auteurs d’« écologie industrielle et territoriale »
(Adoue 2007 ; Brullot, 2009 ; Maillefert et Schalchli, 2012 ; Brullot et al., 2014 ; 2017 ; Buclet,
2015a) ou d’« écologie territoriale » (Barles, 2017). Cette approche, que nous proposons de
nommer « écologie industrielle et territoriale à la française » (Maillefert, 2019), sappuie sur un
corpus original, sans doute encore mal connu, qui a permis la réalisation de projets de recherche
et dexpérimentations qui se sont traduits par une série de publications académiques
2
ou des
expertises
3
. Ces travaux relevant de lécologie industrielle et territoriale à la française, qui
peuvent aujourdhui sélargir aux enjeux de léconomie circulaire, croisent le champ des
entreprises et des territoires. Fondés sur une ambition de transformation écologique,
2
On peut citer notamment le no spécial de la revue Développement durable & territoires en 2014, deux ouvrages
rendant compte des colloques interdisciplinaires sur lécologie industrielle et territoriale (EIT) organisés en 2014
et 2016 par lUniversité de technologie de Troyes, le no spécial de la Revue dÉconomie Régionale & Urbaine en
2017 et deux numéros de la revue Flux, publiés en 2016 et en 2019, qui ont souligné lappropriation du concept
de proximité dans le champ de léconomie circulaire.
3
Voir notamment les publications autour du réseau construit par lassociation OREE. www.oree.org
4
économique et sociale, ils sappuient sur une méthodologie ternaire : lanalyse des acteurs, des
flux et des territoires (Maillefert, 2019), tout en sinscrivant dans une démarche historique et
pluridisciplinaire
4
(Buclet, 2015b ; Barles, 2017).
Léconomie circulaire de lAdeme, dominante aujourdhui, peut peut-être redonner un
élan aux travaux de lécole française en ouvrant sur de nouvelles thématiques (comme les
nouveaux modèles économiques). Elle propose également un élargissement de la perspective
productive initiale de lécologie industrielle en mettant laccent sur la réduction, la récupération
et le recyclage des matériaux ou des déchets, impliquant ainsi lensemble des acteurs (Kirchherr
et al., 2017 ; Sauvé et al., 2016). La perspective entrepreneuriale a également permis
dactionner de nouveaux leviers pour linstitutionnalisation du champ en inscrivant léconomie
circulaire dans différents textes de loi et en attirant lattention sur de nouveaux espaces de
déploiement comme lespace maritime ou lespace terre-mer (Le Gouvello, 2019)
5
. Les
territoires sont donc maintenant engagés dans des démarches déconomie circulaire telles que
les TEPCV (territoires à énergie positive pour la croissance verte) ou les PCAET (plans climat
air énergie territoriaux). Des collectivités lancent des appels à projets spécifiquement dédiés à
léconomie circulaire, comme dans le cas de la métropole de Lyon (appel à manifestation
dintérêt en économie circulaire en 2018 et 2019). Face à ce nouvel élan pour des actions qui
veulent s’inscrire dans la durabilité, de nombreuses interrogations, évidemment, subsistent
quant à la capacité de léconomie circulaire conventionnelle à opérer un changement de
paradigme des systèmes de production, de consommation et des logiques habitantes,
quArnsperger et Bourg (2016) ont nommé « circularité authentique ».
Ce dossier consacré à léconomie circulaire ne se propose pas d’interroger lensemble de
ces dimensions, mais plutôt d’en montrer les potentialités transformatrices à travers certaines
pratiques, qui peuvent être innovantes, et qui sont analysées du point de vue des acteurs, des
flux et des territoires, dans des optiques statique (pratiques territoriales) ou dynamique (modèles
de développement).
Lorsque lon parle déconomie circulaire, il est souvent fait référence à un changement
de modèle de développement qui cherche à minimiser limpact négatif des activités humaines
en appliquant le principe des « 3 R » : réduire, réutiliser et recycler (Li et al., 2010) pour
4
Lécologie industrielle et territoriale et lécologie territoriale sont parvenues à se fédérer autour dun projet porté
par une école thématique organisée à Aussois en 2015. Linitiative a montré lintérêt de regrouper leurs
problématiques autour dun projet analytique fondé sur une approche historique et écosystémique à visée
transformatrice pour les territoires. La maturation vers une approche intégrée est engagée. On attend avec
impatience la prise de relais d’une nouvelle génération qui s’est emparée de certains enjeux épistémologiques
(Jambou et al., 2018).
5
Des travaux avaient été réalisés sur les ports (Cerceau et al., 2014).
5
maintenir en permanence la plus grande utilité et valeur des produits, composants et matériaux
(Ellen MacArthur Foundation, 2015). Léconomie circulaire donne la priorité aux actions qui
ont des répercussions évidentes sur lenvironnement, telles que lutilisation demballages
recyclables, la promotion de produits écologiques, la réduction des émissions de gaz à effet de
serre et des déchets, lévaluation des énergies renouvelables et alternatives, les économies
dénergie, lutilisation de biens de consommation à faible impact environnemental,
lécoconception, la récupération des déchets et la dématérialisation (Ghisellini et al., 2016). En
somme, léconomie circulaire se préoccupe de minimiser limpact environnemental sur un
territoire à travers une chaîne de pratiques, pas seulement productives mais orientées vers
lutilisation des produits ou services, des ressources, voire des usages (dans la dimension de
léconomie de la fonctionnalité et de la coopération).
Ainsi, face aux enjeux de raréfaction des ressources, les acteurs économiques, mais aussi
territoriaux (habitants, acteurs publics, associations, financeurs) sont amenés à explorer des
voies possibles pour la transition des modèles productifs et daffaire, mais aussi des usages,
vers davantage de durabilité en récupérant et en valorisant les déchets, en permettant de
réutiliser les matériaux dans la chaîne dapprovisionnement afin de découpler la croissance
économique de la consommation des ressources (Ghisellini et al., 2016). De ce point de vue,
léconomie circulaire a suivi la même logique que dautres pratiques développées
antérieurement sous la bannière du développement durable, mais dont lefficacité a été
finalement considérée comme insuffisante (Theys, 2014 ; Boissonade, 2015).
Néanmoins, à la différence de lécologie industrielle et territoriale, léconomie circulaire
a peu à peu été intégrée de manière active dans les politiques publiques et les stratégies de
transition socioécologique et énergétique dans différents pays (Perret, 2014) et à différentes
échelles. Par exemple, dans le cadre des nouvelles législations européennes sur une
transformation de léconomie linéaire en économie circulaire, les acteurs publics et privés sont
incités à sengager dans une logique de développement durable pour atteindre des objectifs
quantifiés. Le Premier ministre français a ainsi présenté, le 23 avril 2018, la feuille de route
Économie circulaire (FREC) qui concerne la réduction de consommation de ressources, de
production des déchets et de création demplois.
Ces objectifs ont ensuite été traduits dans un projet de loi qui a été adopté par lAssemblée
nationale puis promulgué en février 2020
6
. Le législateur a également, et de manière innovante,
6
Loi 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à léconomie circulaire, Journal
Officiel, 0035, 11 février 2020.
6
promulgué une loi donnant aux régions le chef de filât
7
sur le développement économique et
mentionnant explicitement la question de léconomie circulaire. Ainsi, pour la première fois
depuis le Grenelle de lenvironnement, les stratégies décologisation sont institutionnalisées à
plusieurs échelles, y compris dans leur mise en œuvre. La lutte contre les gaspillages et la
promotion de léconomie circulaire démontrent lintérêt pour les élus locaux et les collectivités
territoriales de mettre en œuvre des actions en termes de développement économique et
territorial en lien avec les pratiques de circularité. Cet appareil législatif est en lien avec dautres
dynamiques engagées antérieurement, notamment autour de lécologie industrielle et
territoriale. Ainsi, dans un contexte (i) de coupes budgétaires au sein des collectivités
territoriales, (ii) de politiques dattractivité territoriale et de recherche dune plus grande
compétitivité, (iii) de valorisation des initiatives locales pour la création demplois et lancrage
territorial de nouvelles entreprises, (iv) dexigence dun changement profond des modes de
consommation plus durables et (v) de transition énergétique, léconomie circulaire peut
constituer une solution crédible et pérenne pour répondre à des enjeux à la fois locaux et
globaux.
De ce point de vue, léconomie circulaire, dessence essentiellement pragmatique, a
bénéficié dune institutionnalisation progressive grâce à des programmes daction publique à
diverses échelles. Dune certaine façon, la malléabilité de la notion lui a ainsi permis, à linstar
de la notion de développement durable, elle-même épuisée (Theys, 2014), dinsuffler un nouvel
élan, venu cette fois du monde industriel vers des pratiques que lon espère moins impactantes
sur lenvironnement. Cette émergence par la pratique sest toutefois opérée dans un contexte de
développement limité des réflexions analytiques sur la notion elle-même.
Léconomie circulaire : un concept praxéologique encore insuffisamment
étudié par les chercheurs
Le concept déconomie circulaire a été presque exclusivement développé par des
praticiens, cest-à-dire des décideurs politiques, des entreprises, des consultants, des
associations, des fondations dentreprises, des agences (non) gouvernementales, etc. La
définition proposée initialement par la fondation Ellen MacArthur, qui semble avoir lancé une
7
Loi 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République, Journal Officiel,
0182, 8 août 2015.
7
vague dadhésion autour des pratiques déconomie circulaire, témoigne de cette dimension
empirique dans la naissance et lévolution de la notion. Parallèlement, la recherche scientifique,
jusqu’à une date récente, ne s’est que très peu intéressée à elle, tant d’un point de vue conceptuel
et théorique qu’empirique., jusquà récemment, très largement en retrait, aussi bien dun point
de vue conceptuel et théorique quempirique.
Les principales écoles de pensée liées à léconomie circulaire sont apparues dans les
années 1970 et ont pris de limportance dans les années 1990, grâce notamment à la
conceptualisation proposée par Pearce et Turner (1990). Elles s’intéressent à des objets
hétéroclites comme léconomie fonctionnelle des services, le « capitalisme naturel » ou les
principes du « berceau au berceau » (Urbinati et al., 2017). Certains auteurs voient dans
lécologie industrielle le fondement de léconomie circulaire (Li et al., 2010 ; Pitkänen et al.,
2016) dans un registre centré sur les dimensions productives et dans une visée opérationnelle.
En France, si lécologie industrielle et territoriale a effectivement proposé des démarches
opérationnelles, elle sest demblée positionnée dans un registre réflexif et transversal, voire
pragmatiste. Lécologie industrielle et territoriale « à la française », comme dit plus haut,
propose une vision qui se veut transformatrice, ancrant les systèmes productifs dans les jeux
dacteurs et les territoires (Maillefert et Robert, 2014 ; 2017 ; Maillefert, 2019). Le texte de
Nicolas Buclet et Myriam Donsinomi sur lécologie territoriale sinscrit dans ce même registre.
Il défend une vision originale de la transformation des territoires qui associe une composante
matérielle mais aussi anthropisée du métabolisme territorial. Conformément à lécologie
industrielle et territoriale, et maintenant circulaire « à la française », larticle propose darticuler
une vision quantitative des flux à une vision qualitative des relations entre acteurs. Cette
méthodologie permet de proposer, dans le contexte dun système productif territorial spécifique
(le fromage de Beaufort en Savoie), un nouvel élément explicatif du système de création de
richesse, fondé sur la construction de « capabilités » à léchelle des territoires. Tout lenjeu est
alors de faire évoluer la célèbre notion proposée par Amartya Sen et Martha Nussbaum dune
acception individuelle et a-spatiale à une acception collective et territoriale. La capabilité
territoriale devient ainsi à la fois un construit et une ressource pour le développement et la
transformation socioécologique des territoires.
8
De la nécessité dintégrer les enjeux de création de richesse et de
développement territorial dans létude de léconomie circulaire
Si léconomie circulaire structure aujourdhui le débat public autour des enjeux de
maîtrise des flux de matière dans le cadre de la transition socioécologique, l’interrogation
relative à sa territorialité reste encore largement posée (Gallaud et Laperche, 2016 ; Maillefert
et Robert, 2014 ; Maillefert et Robert, 2017). Dans la définition de léconomie circulaire, il
nest pas fait référence au territoire alors même que, du fait de la circularité, cette notion porte
en elle une dimension explicitement écologique et territorialisée (Carrière, 2018 ; Niang et al.,
2020).
On trouve encore une spécificité de l’approche française qui a mis au cœur de son
agenda de recherche la territorialité, laquelle est revisitée sous deux angles différents par les
contributeurs de ce dossier. La première contribution s’intéresse à la création de richesse par
des acteurs hétérogènes à léchelle des entreprises et des territoires. Cette approche défendue
par larticle de Muriel Maillefert et Isabelle Robert pose la question de la création de valeur à
travers lexploration de nouveaux modèles économiques (dont fait partie léconomie circulaire,
mais qui associe également lécologie industrielle et territoriale et léconomie de
fonctionnalité). Il sagit de proposer une lecture originale de la valeur territoriale comme un
processus résultant dune révélation dexternalités territoriales positives, non appropriables
individuellement, à travers une action collective. Le territoire devient ainsi une composante à
part entière de la création de valeur dans une optique de durabilité. Cette manière danalyser le
territoire constitue de fait une approche originale, dans la mesure où le territoire est une
composante de la circularité, alors que certaines activités déconomie circulaire engagent au
contraire des échelles territoriales vastes et parfois déconnectées de leur objet initial, comme le
montrent Bahers et al. (2017) dans le cas de la gestion des déchets.
À cette perspective statique sajoute une perspective dynamique, peu étudiée jusquici,
sauf dans des contextes spécifiques décologie industrielle et territoriale et denjeux de
redéploiement dactivités sur un territoire (Schalchli, 2011 ; Beaurain et al., 2017). La
contribution de Sabrina Brullot et dAndré Torre remet ainsi en perspective les enjeux de
développement durable des différentes composantes de léconomie circulaire. Les auteurs
montrent un lien faible avec les enjeux de développement durable territorial qui pourtant sont
bien présentes dans les approches de lécologie industrielle et territoriale « à la française »
(Niang et al., 2020).
9
Vers une gouvernance territoriale de léconomie circulaire
Si les recherches autour des enjeux de circularité ont beaucoup analysé les acteurs et
réseaux de coordination, certains dentre eux essaient dintégrer la questionspécifique de la
proximité qui a irrigué nombre d’interrogations sur les systèmes productifs locaux (Torre,
2019), comme lillustrait le dossier « Économie de la proximité » publié par NSS (Torre et
Zuindeau, 2009)
8
. Bahers et al. (2017) introduisent ainsi le principe de « proximité » dans le
débat et proposent une analyse en termes de logiques spatiales, déchelles et de modalités de
cette proximité. Ils mettent en évidence la manière dont les acteurs sapproprient les enjeux
territoriaux de léconomie circulaire dans le cas de la gestion des déchets ménagers. Lapproche
proximiste ainsi mobilisée, qui fait écho à dautres contributions marquantes dans le domaine
de lécologie industrielle et territoriale (Beaurain et Brullot, 2011 ; Beaurain et al., 2017), ouvre
la voie à dautres recherches davantage tournées vers les enjeux de gouvernance. Ces derniers
constituent un des volets importants des analyses en termes décologie industrielle et territoriale
dans la mesure la pérennité des expérimentations dépend en grande partie de facteurs liés
aux jeux dacteurs et à leurs manières de gouverner. Par exemple, le rôle de lintermédiation
auprès des entreprises ou des territoires, la qualité de lanimation et des outils
daccompagnement constituent des conditions nécessaires au démarrage des expérimentations,
à la pérennisation des échanges et à lancrage des démarches (Gobert et Brullot, 2017).
Cette approche de la gouvernance est enrichie par la réappropriation dune méthodologie
sur létude de la presse quotidienne régionale, outil un temps fétiche des approches proximistes
(Torre et Lefranc, 2006), mise au service dun enjeu spécifique qui montre également le lien
avec les politiques publiques. Une meilleure coordination des politiques publiques et des
stratégies des acteurs locaux semble essentielle à la diffusion des modèles associés à léconomie
circulaire. La mise en place dune gouvernance territoriale dynamique semble ainsi nécessaire
(Gallaud et Laperche, 2016) pour construire les leviers dune modification conjointe des
comportements dacteurs. Par ailleurs, comme Niang et al. (2020) le soulignent, même si la
gouvernance ne comporte pas de manière explicite dans sa définition une dimension territoriale,
il est devenu indispensable de prendre en compte cet aspect.
8
Léconomie de la proximité renvoie à lexistence de deux grands types de proximité qui peuvent expliquer
comment les acteurs dun territoire interagissent : la proximité organisationnelle qui traite de la séparation
économique et des relations en termes dorganisation de la production ; la proximité géographique qui traite de la
séparation dans lespace des relations en termes de distance.
10
De ce point de vue, la contribution de Sébastien Bourdin explore, à travers l’analyse d’un
corpus constitué par des articles de la presse quotidienne, les conditions d’acceptabilité d’une
unité de méthanisation et la formation d’un compromis autour de sa mise en place. Cette facette
de lanalyse de la gouvernance met en lumière les enjeux, les conflits et les compromis
territoriaux qui se nouent autour des démarches de transition énergétique.
Les quatre articles de ce dossier ajoutent un ensemble de contributions au corpus déjà
riche des travaux sur léconomie circulaire à la française. La dynamique collective amorcée
depuis une quinzaine d’années s’est traduite par des études diversifiées, complémentaires,
ouvrant des débats parfois passionnés, dans un esprit de pluridisciplinarité et un souci de
contribuer aux enjeux sur la transition, quelles qu’en soient les formulations.
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... Les pratiques sont d'une manière générale mises en place par des acteurs productifs à la recherche d'efficacité matières pour améliorer leur productivité et l'efficience des ressources (Urbinati et al., 2017). Ils les considèrent à la fois comme des nouvelles stratégies commerciales et de comportements de consommation responsable (Bourdin et Maillefert, 2020), ou comme un impératif stratégique majeur de mise en oeuvre opérationnelle du développement durable (Kirchherr et al., 2017). Hormis des actions en matière d'EIT et d'EF (Dermine-Brullot et al., 2017 ;Maillefert et Robert, 2014) et dans une très moindre mesure dans la gestion des déchet (Bahers et al., 2017), souvent portées par des collectivités locales, les autres approches de cycle de vie axées sur le produit ne semblent pas s'articuler à une dimension territoriale et spatiale de l'économie circulaire (Niang et al., 2020). ...
... L'économie circulaire a gagné en intérêt depuis quelque années, auprès du grand public, des associations ou des collectivités locales comme des entreprises (Urbinati et al., 2017), qui la considèrent comme l'un des impératifs stratégiques majeurs de mise en place opérationnelle du développement durable (Kirchherr et al., 2017) Maillefert, 2020). Déclinée par l'ADEME (2014) en stratégies d'application opérationnelle 12 , elle connait en France un développement assez fulgurant. ...
... L'EIT est aujourd'hui appréhendée, dans les politiques publiques de divers pays, comme un levier de changement et d'évolution des pratiques et des modèles techniques et organisationnels, intégrant à la fois des questions de coordination d'acteurs et d'externalités positives sur le territoire(Beaurain et Brullot, 2011 ; Asthon et Bain, 2012 ;Paquin et Howard-Grenville, 2009). L'EIT à la française s'est très tôt positionnés sur cette question(Bourdin et Maillefert, 2020). A partir d'une analyse des jeux d'acteurs, elle a abouti à un mode de construction du territoire et de développement typique de ces espaces d'activités industrielles et territoriales de pratique de l'écologie industrielleSchalchli et Maillefert, 2010 ;Hsu et Rohmer, 2010 ;Brullot et Maillefert, 2008).Notre recherche sur les réseaux sociaux d'acteurs de la méthanisation, en croisant l'analyse des flux de communication et des flux de matières, apporte une contribution majeure à la compréhension des processus de métabolisme territorial et circulaire. ...
Thesis
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L’économie circulaire se présente comme un nouveau modèle économique permettant de faire face aux défis actuels du système économique linéaire. Aujourd’hui reprise dans plusieurs pays comme un levier d’évolution des pratiques et des modèles de développement économique, ses démarches sont de plus en plus expérimentées dans les territoires, dans un contexte de transition socioécologique et énergétique. L’objectif de la thèse est de déterminer dans quelle mesure l’économie circulaire peut constituer, par son caractère innovant, une opportunité pour les territoires de mettre en oeuvre des processus de développement territorial. Le cadre d’analyse mobilise différentes théories et méthodes quantitatives et qualitatives dans le but de mieux comprendre les implications de l’ancrage territorial et l’importance des dispositifs de gouvernance pour la mise en place des stratégies d'économie circulaire sur les territoires. Les résultats montrent une croissance locale de l’économie circulaire, en phase avec les enjeux de plus en plus importants en termes de politiques publiques en faveur de l’emploi et de compétitivité de l’économie. Ils indiquent que le défi actuel n’est pas seulement une question d’innovations technologiques autour de l’efficience des ressources et de la création de valeur, mais aussi d’hybridation des actions et de capacité à faire coopérer des parties prenantes variées pour la mise en oeuvre d’externalités territoriales positives. L’exemple de la méthanisation permet de mettre en évidence le rôle du contexte local dans la capacité à générer ces activités nouvelles qui, par leurs vertus économiques et sociales contribuent à créer de nouveaux liens et des processus durables, grâce à l’activation ou au renforcement des proximités et de leurs potentiels.
... L'économie circulaire a gagné en intérêt depuis quelques années, auprès du grand public, des associations ou des collectivités locales comme des entreprises (Urbinati et al., 2017), qui la considèrent comme l'un des impératifs stratégiques majeurs de mise en place opérationnelle du développement durable (Kirchherr et al., 2017) ou un moyen d'ancrage local d'activités économiques et mettent en place de nouvelles stratégies commerciales et de comportements de consommation responsable (Bourdin et Maillefert, 2020). Elle connait en France un développement assez fulgurant ; en témoigne l'intérêt pour des activités comme les solutions de consommation collaborative (covoiturage…), de production écoconçue, de réparation, de vente d'occasion, de recyclage et de valorisation de déchets, ou d'autres activités servicielles de dématérialisation des processus. ...
Article
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Le modèle d'économie circulaire, envisagé comme une solution adaptée aux défis globaux des changements climatiques, est aujourd'hui souvent proposé pour la conception et la fabrication de produits à forte valeur ajoutée, générateurs de nouvelles activités économiques pourvoyeuses d'emplois et de valeur dans les territoires. Cet article contribue à analyser l'évolution et le degré de concentration spatiale des activités d'économie circulaire à l'échelle des zones d'emploi de la France métropolitaine sur la période 2008-2015. Nos résultats mettent en évidence une croissance de l'emploi circulaire supérieure à celle de l'emploi total. Par ailleurs, nous montrons à la fois que les activités circulaires sont davantage métropolitaines et qu'il existe, en France, une diagonale du vide de la localisation des activités d'économie circulaire. On observe également un effet régional marqué de la répartition spatiale des activités circulaires, suggérant une territorialisation des politiques publiques d'économie circulaire. Mots-clés : Économie circulaire, zones d'emploi, établissement, croissance de l'emploi, concentration spatiale.
Thesis
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L'économie circulaire (EC) émerge depuis les années 2000 dans le débat public, en opposition à l'économie linéaire, modèle dominant aux limites économiques et écologiques reconnues. Cette thèse constitue une première confrontation opérationnelle de l'EC à un système socio-écologique dépendant de la pêche, le Pays de la Cornouaille en Bretagne. Le système est délimité dans sa façade maritime avec la pêche côtière, seule considérée comme production locale.L'approche est systémique, multidimensionnelle et dynamique. L'analyse comporte trois volets : le premier sur l'amont du circuit en mer, le deuxième sur l'aval du système à terre et le dernier sur le système complet. Premièrement, le coût caché des rejets est visualisé via une analyse comptable de flux de matière ("Material Flow Cost Accounting" MFCA) adaptée à la pêche, proposé comme outil pertinent pour améliorer la performance économique et environnementale des pêcheurs. Deuxièmement, l’analyse de flux révèle une forte dépendance des activités à terre vis-à-vis des importations et exportations de bioressources halieutiques malgré un apport significatif de la pêche côtière à l'économie locale. Troisièmement, des scenarii sur le sous-système Sardine, du "business as usual" a l'EC, servent à proposer une trajectoire alternative de développement basée sur un "panier" de biens et services territorialises et la construction d'une valeur territoire à partir de ressources halieutiques locales. Pour atteindre cette EC durable, il s'agira d'optimiser l'utilisation des ressources locales et diminuer les externalités négatives, en plus d'aller vers une gouvernance partagée, adaptée à l'échelle du système socio-écologique considéré.
Article
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The Circular Economy is a paradigm shift attempting to replace the end-of-life concept with reducing, reusing, recycling and recovering materials and to slow down, close and narrow material and power loops. This concept is much discussed in the academic literature, but limited progress has been accomplished so far regarding its empirical analysis. The objective of this work is to study circular economy practices and analyze in depth the circular economy behavior in European firms. We find that firms’ circular economy behavior is a gradual process where measures are implemented gradually, starting with activities involving control measures and ending with putting preventive practices in place. We discovered also that the most proactive companies in implementing circular economy measures generally come across certain common barriers such as administrative processes, regulations and a lack of human resources to perform these practices, while firms that have not implemented circular economy measures view financing, investment and cost–benefit barriers as the most significant. Significant efforts need to be undertaken by firms to accomplished circular economy. Also circular economy regulation should be improved to make it easier for companies to implement strategies that will make them more sustainable.
Article
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Si l’économie circulaire structure aujourd’hui le débat public autour des questions de maîtrise des flux de matière dans le cadre de la transition socio-écologique, la question de sa territorialité n’est pas véritablement posée publiquement. L’une des façons de comprendre ces enjeux est de cibler l’un des trois grands domaines qui la composent, le plus ancien et le plus structuré : la gestion des déchets. En effet, les logiques spatiales se complexifient, avec comme cadre de référence l’application du « principe de proximité ». Pour autant, rien n’indique ni l’échelle ni les modalités de cette proximité. Elle semble être à géométrie très variable en fonction du type d’acteur qui la prend en charge, du type de déchets et de la structuration des filières. Cet article cherchera donc à comprendre l’opérationnalisation du principe de proximité en fonction des acteurs de la gestion des déchets, afin d’analyser comment ces acteurs s’approprient les enjeux territoriaux de l’économie circulaire. While the notion of a circular economy structures public debate regarding socio-ecological transitions of material flows, the issue of its territoriality has not been greatly discussed. One way to understand these issues is to focus the analysis on one of the main and oldest domains: waste management. Indeed, spatial approaches become more complex within the framework of a proximity principle. However, there is no definition of the geographical scale or modalities of this proximity. It is implemented in different ways according to the types of waste, the stakeholders in charge and the organisation of the industrial chain. This article analyses therefore the implementation of proximity, in order to understand how the territorial issues of a circular economy are appropriated.
Article
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The circular economy concept has gained momentum both among scholars and practitioners. However, critics claim that it means many different things to different people. This paper provides further evidence for these critics. The aim of this paper is to create transparency regarding the current understandings of the circular economy concept. For this purpose, we have gathered 114 circular economy definitions which were coded on 17 dimensions. Our findings indicate that the circular economy is most frequently depicted as a combination of reduce, reuse and recycle activities, whereas it is oftentimes not highlighted that CE necessitates a systemic shift. We further find that the definitions show few explicit linkages of the circular economy concept to sustainable development. The main aim of the circular economy is considered to be economic prosperity, followed by environmental quality; its impact on social equity and future generations is barely mentioned. Furthermore, neither business models nor consumers are frequently outlined as enablers of the circular economy. We critically discuss the various circular economy conceptualizations throughout this paper. Overall, we hope to contribute via this study towards the coherence of the circular economy concept; we presume that significantly varying circular economy definitions may eventually result in the collapse of the concept.
Article
Étroitement liés quant à leurs héritages mais se distinguant sur les questions épistémologiques et ontologiques, les champs de l’écologie industrielle, de l’écologie industrielle et territoriale et de l’écologie territoriale font face à un double enjeu : amorcer des réflexions sur l’interdisciplinarité qui les relie et structurer une communauté de chercheurs francophones. Cet article est une synthèse des interventions et débats qui ont animé les premières rencontres des jeunes chercheurs en écologie industrielle, écologie territoriale et écologie industrielle et territoriale, qui se sont tenues à l’Université de technologie de Troyes, les 13 et 14 avril 2017. Cet évènement a permis de questionner les fondements épistémologiques de ces champs ainsi que l’interdisciplinarité qui en découle, dans la perspective de fédérer un réseau de jeunes chercheurs.
Article
Territorial ecology and urban metabolism: some issues at stake in socioecological transition Territorial ecology is an interdisciplinary field of research that allows for understanding local socio-ecological regimes. The territorial metabolism, i.e. the energy and material flows involved in a particular territory, is the expression of its socio-ecological regime ; its analysis can contribute to discussions on the socio-ecological transition, knowing that dematerialisation can be considered as a key to such a transition. This paper addresses the main issues related to dematerialisation in the particular case of cities and urban metabolism. It treats notably: mineral materials, biogenic substances, inter-territorial links and relationships. The limits of recycling and, at the same time, the importance of urban mines are emphasised, together with the need for reinserting cities in global biogeochemical cycles and to take into account urban material externalities.
Article
New business models and territorial value about circular economy, functional economy and industrial ecology Standing from the point of view of the new sustainable business models such as circular economy, functional economy and industrial ecology, this article tries to analyze the way actors build news forms of wealth through collective action. We differentiate two forms of value creation: value for shareholders (for the firm or for insiders) and value for territorial stakeholders (for the territory). This value comes from the transformation of social externalities into different form of activities creating wealth. We then question the capacity for sustainable business models to redefine the territory through collective and coordinated action between firms and territorial stakeholders. Beyond the concepts of stakeholder value , extended customer value or shared value, based on a co-constructed value with stakeholders for the firm and for stakeholders, we investigate the concept of territorial value from business models. A typology of new territorial economic models is offered, illustrated by different case studies.
Article
Territorial and industrial ecology at the time of the socio-ecological transition of the economy Industrial and territorial ecology ( Ite ) give rise to numerous research issues in various disciplines ranging from engineering to human and social sciences. The works carried out in France in this field focus on the territory, its stakes and its actors, as an object of study or as dimensions to consider in the implementation of Ite initiatives. To facilitate the emergence of a multidisciplinary scientific community around the Ite and the development of interdisciplinary works, two symposia has been organized by the University of Technology of Troyes and the Imt Mines Alès in Troyes in 2012 and 2014. This article aims to introduce the special issues resulting from the second edition of the symposium ( Coleit 2014), dealing with the problem of the contribution of the Ite to the ecological and social transition of the economy.
Article
Analysis of industrial ecology experiments through the mobilization of territorial capitals Mostly industrial ecology has been studied from economic and technical perspectives. However the main difficulties encountered during the implementation of this kind of project are essentially human and organizational and deeply dependent on the territorial features. That is why it has been developed an analytical framework rest on (cultural, organizational, institutional…) territorial capitals. This article is based on the results of a research funded by the National Environmental Agency and dedicated to define and analyze the social, economic and anthropological factors influencing an eco-industrial project. Three case studies have been explored through a qualitative methodology.
Article
Proximity at the Centre of Eco-Industrial Synergies in Dunkirk Industrial ecology aims to highlight a circular functioning of the economy, to save raw materials and energy (substitution synergies) and to pool services between companies (pooling synergies). The analysis of two cases of substitution synergies in Dunkirk, made from a number of interviews with local actors, shows that a common variable - interdependence (economic, technical and intelligence) - structures the relationship between the different actors, and that forms of governance at work can be apprehended from proximities of different natures. The governance of industrial ecology initiatives is divided between operational governance, of a routine nature, based on trust and in which the contract is a political safeguard, and political governance, which is mobilized to arbitrate major conflicts between the parties and which requires intervention of a legitimate third-actor. We show that these two forms of governance rely on the articulation of different forms of proximity between actors involved in industrial ecology approaches.