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Abstract

Dans un contexte où les carrières scientifiques se sont diversifiées et précarisées, il est de plus en plus difficile pour les chercheures en début de parcours d’anticiper leur avenir professionnel et de s’y préparer. Si de nombreuses études ont été réalisées jusqu’ici afin de mieux comprendre les enjeux de la formation et de l’insertion professionnelle des doctorantes, peu de travaux s’attachent à comprendre les effets de cette diversification et précarisation sur la construction de leur identité professionnelle. Pourtant, c’est notamment à travers la construction d’une image de soi en adéquation avec le rôle professionnel qu’il anticipe que l’individu en arrive à maîtriser les compétences propres à son champ de pratique. C’est aussi en fonction de ce soi professionnel anticipé qu’il oriente ses actions et fait des choix (Ashforth et Schinoff, 2016). Afin d’examiner cette question dans le cadre des parcours en recherche, une analyse exploratoire a été réalisée auprès de 98 doctorantes et 37 postdoctorantes suisse romandes. À partir d’un devis mixte, il s’agissait plus particulièrement de comprendre comment les compétences développées tout au long de leur parcours en recherche participent de la construction de leur identité professionnelle. Cette analyse révèle, d’une part, que le soi professionnel idéal de la majorité des participantes demeure celui de professeure d’université, et ce, même pour les personnes qui n’envisagent pas une carrière universitaire. D’autre part, il apparaît que les participantes tendent à développer, au fil des années, une forme relativement inédite de compétences que l’on peut qualifier de « compétences de carrière » (Akkermans et al., 2013). Ces dernières renvoient à une capacité réflexive leur permettant d’anticiper et d’orienter les suites de leur parcours, en réponse à un contexte professionnel marqué par l’incertitude et l’ambiguïté.
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... Among them, an increasing number choose to study part-time or remotely and, based on the idea of lifelong learning, many experienced practitioners decide to develop professionally by completing a doctorate (Group of eight, 2013). With a diversity of backgrounds, profiles and paths comes a plurality of life goals and priorities but also diverse professional and work experiences (Holbrook et al., 2014), career intentions (Skakni, 2018a) and types of relationships with knowledge and education (Pearson et al., 2011). As an answer to this diversity, efforts to rethink the purpose of doctoral studies have notably led to alternative doctorate designs and programs such as Motivations for completing a PhD practice-based doctorates, professional doctorates and online doctorates (Lee, 2018;Wildy et al., 2015). ...
... While some doctoral students struggle to understand what is required of them (Gardner, 2010), others have expectations around supervision that tend to differ from those of their supervisors (Pyhältö et al., 2015). Moreover, some students report an existential crisis at some point in their doctoral studies (Skakni, 2018a), indicating that the whole process can be a destabilizing experience. Ultimately, realistic expectations regarding the thesis, the research environment and the supervision relationship seem to induce more positive experiences and a higher probability of completion (Lindén et al., 2013;Naylor et al., 2017). ...
... Switzerland) or expected to progress essentially by themselves in a unstructured process (e.g. some Scandinavian countries) (Naidoo, 2015;Skakni, 2018a). If certain students are awarded doctoral scholarships, then most work part-time (within or outside academia) while studying or remain self-funded. ...
Article
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Purpose This study aims to examine how PhD students with diverse profiles, intentions and expectations manage to navigate their doctoral paths within the same academic context under similar institutional conditions. Drawing on Giddens’ theory of structuration, this study explores how their primary reasons, motives and motivations for engaging in doctoral studies influence what they perceive as facilitating or constraining to progress, their strategies to face the challenges they encounter and their expectations regarding supervision. Design/methodology/approach Using a qualitative design, the analysis was conducted on a data subset from an instrumental case study (Stake, 2013) about PhD students’ persistence and progression. The focus is placed on semi-structured interviews carried out with 36 PhD students from six faculties in humanities and social sciences fields at a large Canadian university. Findings The analysis reveals three distinct scenarios regarding how these PhD students navigate their doctoral paths: the quest for the self; the intellectual quest; and the professional quest. Depending on their quest type, the nature and intensity of PhD students’ concerns and challenges, as well as their strategies and the support they expected, differed.
... Pourtant, nombreux aujourd'hui encore sont les doctorants à exclusivement envisager une carrière académique au terme de leurs études doctorales (Skakni, 2018a ;Wöhrer, 2014 (Yorke, 2006). Il importe toutefois de souligner qu'une formation, quelle que soit sa qualité, ne mènera pas systématiquement à l'obtention d'un emploi. ...
... Ainsi, nombre de doctorants choisissent de réaliser une thèse à temps partiel ou à distance, et de plus en plus de praticiens expérimentés envisagent la réalisation d'une thèse comme une opportunité de développement professionnel, dans une perspective de formation tout au long de la vie (Eight, 2013). On peut dès lors difficilement parler de profil de doctorant type, ce qui a des conséquences sur le rôle et la posture des encadrants(Skakni, 2018a). Ceux-ci doivent en effet faire preuve de plus en plus de flexibilité au regard d'attentes et de besoins d'encadrement qui varient considérablement d'un doctorant à l'autre. ...
... This paper draws on insights from three studies conducted with European ECRs. The first study-which drew our attention to career competencies-examined ECRs' training and work experiences in Switzerland (N=172) based on a mixed-methods design (online survey and semi-structured interviews) (Skakni, 2018;Skakni, Calatrava Moreno, Corcelles & McAlpine, 2019). Amongst insightful findings, beyond research competencies and generic skills 6 some respondents mentioned the importance of developing a sense of self-evaluation in professional contexts and a capacity to project themselves into the future professionally. ...
Thesis
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L’encadrement à la recherche occupe une large place dans les activités des enseignants universitaires, et ce, dans les établissements universitaires proposant des programmes de cycles supérieurs. Cette activité professorale donne lieu à une grande diversité de pratiques d’encadrement notamment dans le cadre d’études doctorales et elle se révèle déterminante pour la persévérance et la diplomation aux cycles supérieurs. Alors qu’au Canada, les taux d’inscription au doctorat ont augmenté de 57 % en un peu plus de 10 ans, les taux d’abandon continuent d’avoisiner 50 % selon les disciplines. Si l’encadrement est souvent pointé comme l’une des premières causes d’abandon, encore faut-il comprendre de quoi il est réellement question. En contexte francophone nord-américain, la définition même de l’encadrement comporte son lot d’ambigüités et de complexité donnant lieu à une grande variété de pratiques en fonction des représentations et des approches des intéressés. À cela s’ajoute que l’activité se déroule traditionnellement dans l’intimité d’une relation privée sans ou avec peu d’intervention extérieure. Compte tenu de ce constat, la question de recherche de cette thèse de doctorat est la suivante : Qu’est-ce que l’encadrement à la recherche au doctorat en contexte francophone nord-américain ? Où commence et se termine l’encadrement à la recherche ? Qui peut ou doit être impliqué ? Quel est le rôle des différentes personnes impliquées ? Comment départager les responsabilités ? Il n’existe pas de démarche à suivre, unique et uniforme. Pour la plupart des directeurs , la formation à l’encadrement se résume à « see one, do one », se basant, notamment, sur l’expérience personnelle à titre de doctorants. Force est de reconnaitre que les pratiques d’encadrement à la recherche restent à être formalisées et explicitées3. La présente thèse par articles se veut une réponse partielle à la demande d’esquisser un cadre conceptuel pour mieux appréhender la complexité des pratiques d’encadrement, ce qui inclut un langage commun et neutre. La thèse se distingue par son inscription dans le contexte francophone nord-américain où l’encadrement se définit par une double tâche d’accompagnement et d’évaluation. Si les écrits abondent du côté de la littérature anglophone, notamment en Angleterre et en Australie, du côté de la littérature francophone, l’encadrement est une préoccupation présente davantage dans les écrits professionnels. L’objectif général de la présente thèse par articles est de proposer, dans un premier temps, une mobilisation de la littérature francophone et anglophone afin de modéliser les pratiques d’encadrement à la recherche au doctorat en contexte francophone nord-américain. Dans un deuxième temps, la modélisation fait l’objet d’une validation. D’un point de vue méthodologique, la thèse propose une étude de cas multiples portant sur 20 doctorants et 20 directeurs de recherche. Les données proviennent d’entrevues individuelles semi-dirigées. L’analyse de contenu propose d’identifier les variants et les invariants et de faire ressortir les consensus et les divergences entre les définitions de l’encadrement ou les défis et les obstacles que les intervenants doivent relever. La thèse comprend trois articles répondant à différents objectifs de recherche. Le premier article, soumis et accepté dans la revue TransFormations - Recherches en éducation et formation des adultes, répond au premier objectif de recherche, c’est-à-dire la modélisation des pratiques d’encadrement à la recherche au doctorat à l’aide de la littérature internationale actuelle et disponible. Pour ce faire, 102 articles ont été recensés et analysés afin de mieux comprendre la nature même des pratiques d’encadrement, mais également de présenter une modélisation de la pratique pédagogique de l’encadrement. Chacun des articles a été examiné selon les composantes de l’encadrement aux cycles supérieurs soit selon les personnes impliquées (doctorant et directeur de recherche), la relation qu’ils constituent (alliance pédagogique) ayant un objectif précis (études doctorales), et ce, dans un contexte institutionnel. La limite du modèle proposé dans le cadre de cet article se présente par son caractère statique. Alors que la flexibilité s’impose comme un incontournable dans les écrits portant sur l’encadrement à la recherche, il semble pertinent de s’éloigner des styles d’encadrement dictés dans la littérature. Aussi, les recherches reconduites sur la thématique le sont principalement dans des contextes où l’encadrement n’inclut pas l’évaluation et donc la double posture liée à l’accompagnement et l’évaluation. Ce constat invite à la prudence et justifie le deuxième objectif de validation auprès des personnes impliquées. Le deuxième article, publié dans Higher Education Studies, se veut une réponse partielle à la validation de la modélisation des pratiques d’encadrement à la recherche au doctorat dans un contexte francophone nord-américain auprès de doctorants et de directeurs de recherche. Les données collectées et exposées dans l’article mettent en lumière quatre dimensions de l’encadrement : scientifique, personnelle, administrative et professionnelle. Cette organisation en quatre dimensions converge vers des modèles connus dans la littérature scientifique tandis que la dimension professionnelle se taille une place importante dans le cadre de cette thèse. L’encadrement à la recherche se définit comme une tâche professorale flexible au cours de laquelle se forme une alliance pédagogique entre les personnes impliquées pouvant être constituée de plus de deux personnes  doctorant et directeur de recherche  visant l’émancipation et l’enculturation du doctorant, chercheur novice, au travers d’un processus  les études doctorales  menant à l’élaboration d’un produit  la thèse  où un soutien est proposé autour de quatre principales dimensions : 1) scientifique, 2) personnelle, 3) administrative et 4) professionnelle. Cela commence avant l’entrée au doctorant et se poursuit au-delà de la diplomation. L’encadrement à la recherche au doctorat se veut une exploration perpétuelle d’un équilibre entre l’engagement et la distanciation dans le but d’aider le doctorant à devenir autonome. Les principaux défis mentionnés par les personnes impliquées se vivent autour du recrutement, de la rédaction scientifique ainsi que de l’insertion professionnelle. Les moyens décrits pour tenir compte de ces enjeux sont variés, mais ne semblent répondre qu’à une partie du problème. Ils sont explorés dans le cadre du dernier article. Le troisième article, soumis à la revue Questions vives, recherches en éducation, ouvre le dialogue et étudie spécifiquement la relation entre la persévérance au doctorat et les pratiques d’encadrement à la recherche. Les entrevues menées auprès des doctorants et des directeurs de recherche mettent en lumière trois moyens de soutenir la persévérance scolaire par un encadrement efficace : (1) un recrutement guidé, dès le début, permettant d’éviter certains abandons; (2) la communication transparente, notamment pour gérer les inévitables deuils, et soutenant favorablement la poursuite des études; (3) l’insertion professionnelle pensée tout au long du parcours permettant de cibler des objectifs concrets et de mieux préparer le doctorant à la poursuite d’une carrière. Par ses multiples questions, l’article ouvre le dialogue sur l’influence de l’encadrement quant aux taux de diplomation et le succès au doctorat. Est soulevée aussi la difficile question du partage des responsabilités, entre autres, avec l’institution. La thèse et les résultats qui en découlent tissent des ponts entre le savoir théorique, la formation et la pratique. Outre la contribution à la littérature scientifique, notamment par la publication de trois articles de recherche, les travaux réalisés dans le cadre de cette thèse ont mené à la création d’un cours  EPU979 - Encadrer et accompagner au supérieur  offert dans le cadre du Microprogramme de 3e cycle en pédagogie de l’enseignement supérieur. De plus, la structure ouverte des entrevues individuelles semi-dirigées a invité les répondants à se questionner sur leurs pratiques et à réfléchir à leurs besoins. Certaines limites ont été identifiées au moment de dresser le bilan de la thèse. En l’absence d’espaces de discussion formels autour des pratiques d’encadrement à la recherche, le dialogue en rassemblant des dyades dans le cadre d’une enquête appréciative aurait pu susciter d’autres résultats. Dans le cadre de recherches futures, un espace pourrait être offert aux doctorants et aux directeurs de recherche afin de discuter, ensemble, de l’encadrement. L’expérience cumulée dans le cadre de ce processus laisse croire que les interventions du chercheur seraient minimes et les résultats nombreux notamment sous la forme de retombées directes pour les participants. De plus, dans de futures recherches, il serait pertinent de dépasser les pratiques déclarées en y ajoutant des observations, par exemple, par le biais d’enregistrements visuels notamment afin de travailler les dimensions formatives à travers l’autoconfrontation, et ce, malgré le contexte spécifique de l’encadrement.
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Purpose In some fields, research group experiences gained in laboratories are more influential than the classroom in shaping graduate students’ research abilities, understandings of post-graduate careers and professional identities. However, little is known about what and how students learn from their research group experiences. This paper aims to explore the learning experiences of engineering graduate students in one chemical engineering research group to determine what students learned and to identify the practices and activities that facilitated their learning. Design/methodology/approach Ethnography was used to observe the experiences of one research group in chemical engineering. Fieldwork included 13 months of observations, 31 formal interviews (16 first-round and 15 second-round interviews) and informal interviews. Fieldnotes and transcriptions were analyzed using grounded theory techniques. Findings Research group members developed four dominant competencies: presenting research, receiving and responding to feedback, solving problems and troubleshooting problems. Students’ learning was facilitated by the practices and activities of the research group (e.g. weekly full group and subgroup meetings) and mediated through the interactions of others (i.e. peers, faculty supervisor and lab manager). Originality/value This study adds to the engineering education literature and contributes to the larger discourse on identifying promising practices and activities that improve student learning in graduate education.
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Individuals need a situated identity, or a clear sense of "who they are" in their local context, to function. Drawing largely on interpretivist research, we describe the process of identity construction in organizations. Organizations set the stage for members to construct their identities through sensebreaking, rendering individuals more receptive to organizational cues conveyed via sensegiving. Individuals utilize sensemaking to construe their situated identity as they progress toward a desired self. Affect (feeling "this is me"), behavior (acting as "me"), and cognition (thinking "this is me") are each viable and intertwined gateways to a situated identity that resonates with one’s desired self and a given context. Individuals formulate identity narratives that link their past and present to a desired future, providing direction. If their identity enactments and narratives receive social validation, individuals feel more assured, fortifying their emergent identities. The result of these dynamics is a visceral understanding of self in the local context, facilitating adjustment.
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Despite the growing number of studies exploring PhD students’ experiences and their social relationships with other researchers, there is a lack of research on the interaction between the type of experiences and the social agents involved, especially in relation to not only problems and challenges, but also to positive emotions and experiences. In this study, we addressed this gap exploring the relationship between four ecology doctoral students’ most significant experiences and their perceived position in the research community. Additionally, we aimed at exploring the utility of a methodological device with two instruments, Journey Plot and Community Plot. Results showed, in one hand, that both positive and negative experiences were significant in students’ trajectories, but the proportion varied greatly across participants. Supervisors were related to negative experiences, whereas the broader community was mostly source of positive experiences. Research writing and communication experiences were significant in relation to all the social agents, while other contents of experience were restricted to the smallest social layers (e.g. research motives were confined to the individual layer, and research organization to the individual and supervisor layers). Relationships between the type of experiences and participants’ position in the community were found and implications for doctoral education discussed.
Chapter
Doctoral supervisor and student identities are embodied and intricate. They are lived in the thick of human lives, in among other identities we simultaneously hold. Because of the high stakes attached to doctoral education, these identities often include heightened vulnerabilities, excitements, tensions, affects and uncertainties.
Chapter
In this chapter we discuss the formation of critical professional identity through practice-based education (PBE). We use PBE as the umbrella term to describe a set of educational work-integrated practices that emphasise a situated and contextualised approach to professional education in universities. We argue that it is imperative to explore identity when becoming a professional, because it enhances the professional socialisation process and strengthens agency in practice.
Article
Through an inductive, qualitative study, I developed a process model of how people deal with professional identities they have forgone by choice or constraint. I show that, when forgone professional identities are linked to unfulfilled values, people look for ways to enact them and retain them in the self-concept. I further identify three strategies that people use to enact foregone professional identities: (1) real enactment (i.e., enacting the forgone identity through real activities and social interactions either at work or during leisure time), (2) imagined enactment (i.e., enacting the forgone identity through imagined activities and interactions, either in an alternate present or in the future), and (3) vicarious enactment (i.e., enacting the forgone identity by observing and imagining close others enacting it and internalizing these experiences). These findings expand our conceptualization of professional identity beyond identities enacted through activities and interactions that are part of formal work roles, and illuminate the key role of imagination and vicarious experiences in identity construction and maintenance.
Article
Academic careers in Germany have been under debate for a while. We conduct a survey among postdocs in Germany to analyze the perceptions and attitudes of postdocs regarding their research incentives, their working conditions, and their career prospects. We conceptualize the career prospects of a postdoc in a life-cycle perspective of transitions from academic training to academic or non-academic jobs. Only about half of the postdocs sees strong incentives for academic research, but there is quite a strong confidence to succeed in an academic career. Furthermore, postdocs who attended a PhD program show better career prospects and higher research incentives compared to others. Academic career prospects and motivation are strongest for assistant professors. Apart from this small group, however, postdocs report only a small impact of the university reforms of the last decade. Female postdocs show significantly higher research incentives but otherwise we find little gender differences. Finally, good prospects in non-academic jobs are not associated with a reduction in the motivation for research.