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UN RÈSEAU NATIONAL DE SILOS ET GRENIERS EN ESPAGNE

Authors:
  • Colegio Oficial de Arquitectos de Malaga

Abstract

La construcción de espacios para el almacenamiento de cereal data entre las primeras cuestiones técnicas que el ser humano hubo de resolver con el fin de garantizar su alimento. Así, desde Mesopotamia hasta el siglo XVIII se ensayaron múltiples soluciones que sucumbieron ante los novedosos avances tecnológicos y constructivos que la revolución industrial trajo de la mano a finales del S.XIX en parte del continente americano y europeo. En escasas décadas, se pasó del almacenaje horizontal a los grandes depósitos verticales que exploraban los límites físicos de ladrillo, acero y hormigón armado. Arranca la era de los silos de almacenamiento vertical. No ocurrirá lo mismo en una España inestable política, económica y socialmente que, a la postre, sufrió lo que en este país ha venido a llamarse "industrialización tardía". El régimen dictatorial de corte autárquico instaurado en 1939 hizo frente al grave problema alimentario que arrastraba el país, para lo cual planificó un sistema de almacenamiento de cereal claramente condicionado por la realidad nacional: dispersión territorial y precariedad de recursos económicos y técnicos. Nace en 1945 la Red Nacional de Silos con una propuesta inicial de construir 437 unidades en un breve período de tiempo, cantidad que alcanzará finalmente las 667 unidades 1 entorno a 1990. La proyección y construcción seriada de la red se ha convertido a la postre en un hecho paradigmático, tal vez solo equiparable a las sociedades nacionales ferroviarias, afrontado desde la optimización de los recursos técnicos, económicos y humanos, desencadenando soluciones técnicas de prefabricación y seriación constructiva en sus estructuras, cerramiento, carpinterías, instalaciones y maquinarias. De este modo puede decirse que la Red supuso un pequeño laboratorio constructivo para los ingenieros españoles, que dejaron un legado de hasta 20 tipologías oficiales 2 que recogen la evolución sufrida a través de sus operatividad, costes de construcción, capacidad de almacenaje, mecanización, materiales, uso de patentes, aparejos, etc.
Les silos, un patrimoine à inventer
118
Silos de type A et H formant un ensemble industriel à Carrión de los Condes, Palencia, 1951 et 1965
(Luis Prieto, École d’Architecture de Pamplona).
119
Pour comprendre ce quont représenté pour
l’Espagne, lorigine, la construction, la gestion et la
décadence du réseau national de silos et greniers1, il
faut tout d’abord connaître le contexte historique,
politique, social, économique et technologique dans
lequel il se place et jeter quelques regards sur ces
pays occidentaux industrialisés qui ont marqué les
critères et les règles du développement global.
1. Brève approche historique du stockage du grain
S’intéresser à la culture du stockage des grains
en Espagne suppose remonter pour le moins à
l’époque romaine, bien que le système des impôts sur
les céréales ne semble pas être antérieur au Moyen
Âge. À cette époque, pour faire face à la perception
de l’imposition sur le grain, on construisit un réseau
de greniers d’abord sous le contrôle de l’Église, puis,
à partir du XVIesiècle, sous contrôle municipal2. Les
greniers urbains avaient le rôle d’un grenier public ;
ils assuraient l’approvisionnement et régulaient
les prix3, une fonction semblable à celle qui, plus
1 À partir de maintenant RNSG.
2 GIL M-D., TORRES M., Pósitos, cillas y tercias de Andalucía :
catálogo de antiguas edicaciones para almacenamiento de
granos, Junta de Andalucía, Sevilla, 1991.
3 LAMPEREZ Y ROMEA V., Arquitectura civil española de los
siglos I al XVIII, Saturnino Calleja, Madrid, 1922.
tard fut exercée par le Réseau National de Silos et
Greniers (RNSG).
Beaucoup de ces constructions sont parvenues
jusqu’à nous, probablement moins par leur activité
que par la rigidité des structures qui les régissaient,
un caractère commun qu’elles partagent avec les
silos, construits quelquessiècles plus tard. Des silos
dont le principe ne fut adopté que tardivement en
Espagne. En eet, bien que l’invention de l’élévateur
à grain, par Joseph Dart, date de 1843, et malgré
son expérimentation technologique aux États-Unis,
il n’existe pas de témoignage de leur construction
Un réseaU national de silos et greniers en espagne
Carlos Mateo CaBallos, david salaManCa CasCos, antonio alarCon gordo
grUpo de investigaCión silosygra neros.es (espagne)
Chronologie comparée (source personnelle).
Les silos, un patrimoine à inventer
120
en Espagne antérieure à 1924, lorsque les Grands
Moulins Basques, œuvre de l’architecte Federico
de Ugalde y Echevarria, s’élevèrent sur la Ria de
Bilbao4. Peu d’exemples connus sont antérieurs à la
gestation du RNSG, due à la situation critique du
pays dans le premier tiers du XXesiècle.
2. Le problème du blé dans le contexte politique
Alors que certains pays d’Europe et
d’Amérique connaissaient des systèmes relativement
stables qui s’appuyaient sur une industrialisation
sans précédent, l’Espagne restait engloutie dans
une réalité politique d’une grande instabilité, qui,
de 1873 à 1975, vit se succéder des changements
politiques importants, y compris une guerre civile
(1936-1939). Celle-ci laissa la place à une dictature,
sans laquelle il serait impossible de comprendre le
pourquoi de la conception et de la mise en marche
du RNSG.
Cependant, ce que l’on a appelé la « question
du blé » a son origine bien avant la guerre civile,
lorsque la Première Guerre mondiale (1914-1918),
avec ses lourdes répercussions inationnistes5,
provoqua l’intervention de l’État, avec l’objectif
de réguler les marchés et de stabiliser les prix et les
rentes. Cette situation est aggravée par une suite de
récoltes très irrégulières, responsables d’une forte
dépréciation du produit et conduisant au déclin les
petits producteurs qui, jusqu’alors, avaient supporté
le poids de l’économie agricole nationale. De tous
côtés, on proposait des solutions, et à plusieurs
reprises, les uns et les autres se retrouvèrent sur
l’idée de prendre des mesures qui régulariseraient
le marché et garantiraient l’approvisionnement de
4 Patrimonio Industrial de Bizcaia. Diputación Foral de Bizcaia.
Grandes Molinos Vascos SA. Coordina Asociación Vasca de
Patrimonio Industrial y Obra Pública.
5 BARCIELA LÓPEZ C., « Ni un español sin pan » : La Red
Nacional de Silos y Graneros, Prensas Universitarias de Zaragoza,
Zaragoza, 2007.
la population. De cette manière, petit à petit, se
forgeaient les bases de la construction d’un réseau
de stockage à travers les régions productrices, bien
qu’en 1935, il n’était pas encore décidé si l’État, une
compagnie mixte, ou encore une initiative privée
allaient créer et prendre en charge un tel réseau6.
La question frumentaire franchit la dimension
économique pour devenir une arme politique avant
et pendant la guerre civile espagnole. La victoire
de Francisco Franco sur la République en 1939
t place à un après-guerre caractérisé par la crise
6 Ibid.
alimentaire, la destruction du tissu industriel et le
retour à une économie essentiellement agricole.
Cependant, le projet de régulation des marchés à
travers la construction d’un réseau de stockage ne
fut pas abandonné, bien au contraire, il fut rendu
encore plus nécessaire par la politique autarcique
caractéristique et en accord total avec le nouveau
régime totalitaire. Dans ce contexte, la construction
du RNSG devint une priorité7, au point quen 1937,
en pleine guerre civile, est publié à Burgos le décret-
7 D’où le slogan du chef de l’État dans un de ses discours : « Nul
Espagnol sans pain ».
FDx / UDS-LLS
0200 km
100
silo de transit
silo de réception
La Coroña
Santander
Zamora Valladolid
Salamanca
Palencia
Burgos
Madrid
Valencia
Albacete
Alagón
Malaga
Córdoba
Badajoz
Proposition d’un réseau national de silos approuvé en 1946
(Ministère de l’agriculture, 1947, Réseau national des silos, Service National du Blé, Madrid).
Un réseau national de silos et greniers en Espagne
121
loi d’ordonnancement céréalier, qui, entre autres
lignes directrices, prévoit la création du Service
National du Blé8. Cet organisme fut le seul autorisé
à acheter le blé aux agriculteurs et à vendre ensuite
les farines sur tout l’espace national. De même, il
fut chargé de la construction du RNSG, à partir des
cinq principes suivants9 :
Créer une réserve nationale à la n de chaque
campagne, dune quantité susante pour
compenser les possibles déciences de la
récolte suivante ;
Faciliter l’achat des récoltes aux agriculteurs et
leur stockage dans des lieux stratégiques de la
région productric e ;
Rendre possible la réception dans les ports de
céréales d’importation les années décitaires,
ou de les exporter les années de récoltes
supérieures aux nécessités de la consommation.
Obtenir la sélection et le traitement du grain
pour orir à l’agriculteur des semences de
meilleur rendement.
Réduire l’énorme marché noir que la situation
de l’après-guerre avait généré.
En 1945, le SNT élabora le premier Plan
Général du Réseau National de Silos et Greniers,
avec une grande ambition, celle de répartir 437silos
et 631 greniers10 sur tout le territoire national.
Des modications successives du Plan portèrent
nalement les chires, cinq ans plus tard, à
672 silos et 277 greniers11 alors que le monopole
8 À partir de maintenant SNT. Cet organisme adopte, au l
des années, diérents noms : Service National des Céréales
ou SNC (1956), Service National de Produits Agricoles ou
SENPA (1971), Fonds Espagnol de Garantie Agricole ou
FEGA (actuellement).
9 Certains de ces príncipes proviennent de CAVERO BLECUA
M., Ponencia sobre la Red Nacional de Silos en España. Los
diversos tipos de silos y su construcción, Ministerio de Agricultura,
Ma drid , 1959.
10 Ibid .
11 Les données sont en constante évolution, et généralement à la
baisse. Le chire provient de AZCÁRATE GÓMEZ C-A.,
céréalier touchait à sa n. Il ne fait pas de doute
que l’entreprise fournit un eort gigantesque,
comparable seulement à d’autres infrastructures de
base que nous mentionnerons après.
3. La construction du RNSG, un dé pour les
ingénieurs et les architectes
La nécessité de remettre sur pied une
économie agraire en bien mauvais état supposa un
travail technique ardu pour l’État, qui entreprit dans
un bref laps de temps et en parallèle, d’importants
travaux d’infrastructures hydrauliques, ferroviaires,
de transport et de stockage. Tout cela, en favorisant
le repeuplement des campagnes à travers l’Institut
national du Logement, créé en 1939.
Une de ces infrastructures est sans doute
le RNSG, dont les unités furent distribuées
territorialement sur la base de 150 cantons
céréaliers désignés suivant les distances maximales
entre producteurs, consommateurs et centres
de commerce12. Si au début on a établi une
classication fonctionnelle en silos de collecte, de
transit et portuaires13, très rapidement, comme on le
verra, il fut nécessaire de refaire constamment cette
classication, et ceci jusqu’à la n du Réseau.
Catedrales Olvidadas. La Red de Silos en España, 1949-1990,
T6 Ediciones, Pamplona, 2009.
12 MINISTERIO DE AGRICULTURA, Servicio Nacional del
Trigo. Veinte años de actuación, Madrid, 1958.
13 MINISTERIO DE AGRICULTURA, Red Nacional de Silos,
Servicio Nacional del Trigo, Madrid, 1947.
Le niveau et la complexité du RNSG
obligèrent à ce qu’en une décade seulement on
reclassie les unités de base par leurs caractéristiques
constructives, formelles et fonctionnelles. Le RNSG
en vint à aligner jusqu’à 26 types architecturaux14
qui concentrent toute la casuistique en vigueur,
incluant les unités construites, louées ou aménagées
pour le stockage des céréales.
Il existe de nombreuses analogies dans les
évolutions des types architecturaux espagnol et
étatsunien, mais avec un décalage d’une soixantaine
14 MINISTERIO DE AGRICULTURA, PESCA Y
ALIMENTACIÓN, Reordenación y redimensionamiento de la
red de silos del SENPA, Gabinete Técnico del Servicio Nacional
de Productos Agrarios, Madrid, 1994.
Les silos, un patrimoine à inventer
122
d’années. Cela est peut-être dû à la précarité du
pays15, qui a conduit les ingénieurs espagnols à utiliser
au maximum les maigres ressources économiques,
techniques et humaines disponibles.
Dès les premières unités construites de façon
expérimentale, tant pour le contenant que pour
les machines, avec des patentes étrangères, on
évolua vers des constructions en série, sur plans-
types, qui étaient utilisées dans diérents endroits
et garantissaient le succès, même en cas de main-
d’œuvre peu qualiée. Les matériaux furent améliorés
grâce à l’expérimentation, tout comme aux États-
Unis. Ainsi est-on passé de la cellule préfabriquée
15 Dans la bibliographie du Ministère (1947), on reconnaît
explicitement « le manque de ciment, de fer et le manque de
subsides pour acquérir les machines ».
en brique-céramique16, à la fabrication de blocs de
béton, puis d’acier, et nalement de béton armé
avec corage glissant, cette dernière solution étant
perçue comme la solution idéale pour les grandes
installations de stockage du grain17.
16 Dans la bibliographie du Ministère (1947), on fait référence à
l’usage de la patente allemande « Schultz y Kling ». Même dans
les conversations avec la direction FEGA on reconnaît que des
techniciens allemands vinrent collaborer dans la rédaction des
projets, les premières années.
17 Notons que cette conclusion était déjà une évidence même
avant la construction du RNSG, puisque l’expérience
étrangère l’avait démontrée dans de nombreuses occasions.
Il faut donc penser que les facteurs qui comptèrent dans la
décision de l’utilisation d’autres technologies plus primaires
pour la construction des cellules étaient davantage de caractère
économique et compte tenu de la disponibilité des moyens
techniques et humains.
Cependant, la politique agraire adoptée par le
régime opta pour une distribution sur le territoire
à partir d’unités d’une capacité moyenne de
3 000tonnes/ud18 , ce qui favorisa la construction de
silos et de greniers de petite taille faciles à construire
en série et modulables par la suite, de sorte que là
où l’extension fut nécessaire, on modia le principe
de base, suivant toute une typologie : extension,
duplication, voire ajouts de compléments issus
d’autres types de silos ou de greniers19. Ceci donna
18 MINISTERIO DE AGRICULTURA, PESCA Y
ALIMENTACIÓN, 1994, op.cit.
19 Voir l’analyse plus profonde sur ce sujet dans AZCÁR ATE
(2009), ou SALAMANCA CASCOS, MATEO CABALLOS,
Red Nacional de Silos. Integración en la realidad urbana
andaluza y su reutilización para nueva tipologías, Junta de
An d a l ucía, 2011.
Planimétrie originale du silo portuaire de Malaga (Archives historiques FEGA, Ministère de l’Agriculture).
Un réseau national de silos et greniers en Espagne
123
lieu à la mise en place d’ensembles industriels inscrits
dans des paysages industriels d’une grande richesse.
La numérisation, en 2011, des archives
historiques du FEGA20 révéla l’existence d’une vaste
documentation graphique concernant une grande
partie des unités construites, mais aussi celles qui
avaient été seulement projetées et nalement pas
exécutées. L’inventaire des archives révéla en outre
l’existence de plus de 1 500 plans de modèles qui
furent utilisés pour la construction en série de
nombreuses unités sur tout le territoire national. Il
est surprenant de voir que les machines n’entraient
pas dans ce processus de sériation, du fait que la
réalisation était conée à des entreprises spécialisées21
à travers un processus de prescriptions techniques.
Seule une puissante standardisation à caractère
exible pouvait couvrir tous les cas de gure de la
campagne espagnole, avec un investissement réduit
en moyens économiques, humains, technologiques
et en temps. Le rôle de propagande au bénéce du
régime a été aussi un facteur important pour le
RNSG, au moment d’embaucher les architectes22 qui
étaient chargés dattribuer une charge symbolique et
monumentale à un ouvrage civil au départ purement
fonctionnel. Suivant le témoignage oral d’un des
ingénieurs en chef du RNSG : « on leur fournissait,
disons, le squelette, on leur donna it le silo fonctionnel,
et eux, ils ajoutaient la décoration… C’est-à-dire
qu’ils avaient un rôle de conseiller esthétique, face
aux ingénieurs auteurs des projets »23.
Au départ, on choisit une esthétique
régionaliste, plutôt néo-historiciste, une architecture
20 Actuellement, on a numérisé approximativement 13 000
plans originaux. Dans les archives on dispose aussi de plus de
1 000 caisses de projets du RNSG, avec toute l’information
graphique et administrative.
21 D’abord des entreprises étrangères (Buhler, etc.) et ensuite
nationales (Montaña, IMAD, etc.).
22 Souligner le rôle de l’architecte Ignacio Fiter, qui durant bien
des années conseilla l’équipe des ingénieurs du SNT.
23 Conversations avec José María Soroa et Ángel Arrue. Dans
AZCÁR ATE, 2009, op.cit.
Tableau résumant les typologies du RNSG (source personnelle à partir de l’information de la SNT)
De réception exclusive ou prédominante
Stockage
vertical
En brique
Cellules de coupe
quadrangulaire
Toutes ou la plus
grande partie
des cellules
élevées
Étage de manœuvre sous cellules
élevées
Tou r
intérieure
Sans train
vertical de
sélection A
Avec train
vertical de
sélection F
Tour en
coin
Sans train
vertical de
sélection B
La plus grande
partie de cellules
appuyées
Un couloir de manœuvre sous
cellules élevées
Tou r
frontale
Sans train
vertical de
sélection D
Deux couloirs de manœuvre
parallèles sous rang de cellules
élevées (2 type “D” unis
latéralement, éliminant un rang
de cellules appuyées)
Tou r
frontale
Sans train
vertical de
sélection E
Deux couloirs de manœuvre, un
dans chaque aile, sous rang de
cellules élevées (deux types “D”
reliés par la tour)
Tou r
intérieure
Sans train
vertical de
sélection H
Sans couloir de manœuvre,
seulement une zone dans le
l´environnement de la tour sous
deux cellules élevées
Tou r
frontale
Sans train
vertical de
sélection GV
Ce sont des châteaux restaurés et aménagés pour stockage Z
Cellules de coupe
circulaire
Toutes les
cellules appuyées
Zone de manœuvre, dans le
périmètre intérieur des cellules
Tou r
frontale
Sans train
vertical de
sélection C
Métalliques Cellules de coupe circulaire MC
Cellules de coupe quadrangulaire MR
Unités de caractéristiques diverses (acquises par le SNT) X
Stockage
horizontal
Sans mécanisation xe G
Caractéristiques diverses (acquises par le SNT) GA
De transit
Stockage
vertical
En brique Cellules de coupe quadrangulaire élevées TR
Cellules de coupe quadrangulaire
élevées Sans accès de véhicules sous les
cellules
Reliées longitudinalement
par les sommets TE
En béton
armé à
corage
glissant
Cellules de coupe hexagonale élevées Unies longitudinalement
par les faces TH
Cellules cylindriques élevées et
intercalées en étoile
Avec accès de véhicules sous les cellules pour une charge
directe TC
Cellules de coupe trapézoïdale élevées
ou appuyées TV
Cellules de coupe hexagonale élevées ou
appuyées TF
Portuaire
Stockage
vertical
En brique ou
en béton ar Spéciaux, grande capacité, important équipement industriel et fortement mécanisé P
Les silos, un patrimoine à inventer
124
représentative du moment de fermeture culturelle
dans lequel l’Espagne était alors immergée. Les
épidermes des silos s’adaptèrent aux architectures
autochtones des trois régions (centrale, du nord et
sud), qui se distinguaient par les toitures inclinées, les
encadrements des portes et fenêtres, les revêtements
des bases, les moulures, les contreforts, les pinacles…
et par un chromatisme issu des pigments locaux, liés
à la terre. Des exemples de cette tendance se voient
nettement dans les types A, B, D, F, G, GA, P, T, X
et Z. On en compte plus de cent.
Cette tendance s’est maintenue jusqu’à la
n des années 1950, alors que le concept des silos
évoluait vers des réalisations plus économiques tant
sur le plan structurel que sur le plan fonctionnel
comme on le voit sur le type D, ou sur les types
E, GV, H, J, MC, MR, SA, SV, entre autres. Les
nouvelles unités se sont rapprochées petit à petit de
l’« International Style », dont la pureté des lignes les
libérait de toute contrainte formelle et où la plénitude
esthétique était obtenue par la construction elle-
même. Pour les ingénieurs du RNSG, pouvoir
réaliser totalement la relation forme-fonction,
dans leurs constructions était une opportunité
exceptionnelle. À partir de ce moment-là, on conçut
et on construisit suivant une ligne plus rationnelle,
et on implanta des édices décontextualisés, colorés
de pigments gris et blancs, marqués d’ouvertures
stylisées, sans éléments décoratifs, aux toits plats.
Cette tendance acquit sa plus grande expressivité
avec le changement d’échelle, c’est-à-dire l’abandon,
à la n des années 1960, des unités de capacité
moyenne ou petite, pour des grandes installations de
stockage, stratégiquement situées dans le territoire,
et pour de grandes infrastructures essentielles pour
la distribution. Ces types, connus sous le nom de
« macro-silos », ont leur précédent dans les silos
de transit antérieurs et ont été classés de façon
indépendante comme TH, TR, TE, TC, TV et TF,
en fonction de la forme de leur cellule, hexagonale,
rectangulaire, circulaire ou trapézoïdale.
Les choix stylistiques du RNSG, en Espagne,
peuvent se comprendre comme un décalage dans
un contexte autarcique, par rapport aux images des
grandes installations industrielles et de stockage des
États-Unis qui avaient profondément marqué les
penseurs et les architectes de la dimension de Gropius,
de Le Corbusier, de Mendelsohn ou de Poelzig24,
tant du côté occidental que du côté communiste.
Cependant, cette architecture n’est pas à rejeter. Elle
nous permet d’établir une échelle de valorisation sur
ce qui était en train de se produire à l’intérieur des
frontières, fruit d’une réalité éclectique, de rythmes
locaux, et de pesanteurs transversales.
4. Obsolescence et situation actuelle du RNSG
Le processus dexpansion du RNSG,
commencé en 1945, entre en décélération rapide
jusque vers 1970 pour deux raisons : l’ouverture
partielle du régime au commerce international et
la construction des macro-silos, chaque fois plus
nombreux, au lieu des nombreuses petites unités
de faible capacité dispersées dans le territoire. Les
vieilles installations à faible rendement sont fermées.
Le RNSG, identié toutes ces années-là comme un
outil de contrôle du territoire agricole, en évolution
depuis des décades, voit sa n arriver quand la loi
du 16mai 1984 déclare, à travers son seul et unique
article, la n du monopole de l’État pour le blé. Elle
instaure la liberté de commerce pour les producteurs
et les intermédiaires, dans la ligne de travail que
la Communauté économique européenne impose
pour pouvoir accéder au Marché Commun, ce qui
se réalise deux ans plus tard seulement25.
Bien que la création d’un réseau public de
stockage pour réguler le marché du blé ait été l’un des
dés les plus importants du régime, ses détracteurs
ont été nombreux, au long de son existence
24 AZRATE GÓMEZ C-A., 2009, op.cit.
25 BARCIELA LÓPEZ C., 2007, op.cit, p. 86.
L’esthétique associée aux silos suivant les trois régions, de gauche à droite (Ministère de l’agriculture,
1947, Réseau national des silos, Service National du Blé, Madrid).
Un réseau national de silos et greniers en Espagne
125
notamment l’Organisation des Nations Unies pour
l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Ce nest que
vers la n que le FEGA lui-même a commencé à
détecter le grave problème qui consistait à maintenir
en activité un patrimoine immense, qui, au vu des
nouvelles politiques agraires internationales, était
devenu inutile et inadéquat. Seules les unités de
grande taille aux cellules de béton armé de grande
capacité furent sélectionnées au titre du « Réseau
de base », dont la fonction était et est toujours de
constituer une réserve nationale qui garantisse
l’approvisionnement et la stabilité du marché. Le
reste, à savoir plus de 80 % des unités, constitua le
« Réseau non basique ». Il se caractérise par :
Une capacité de stockage moyenne-basse26.
Une localisation dans le territoire dont la
tendance à la culture du blé avait chuté, dès
l’instant que les dispositions autarciques
avaient disparu27.
Une localisation, à l’origine, dans les
périphéries industrielles28 des localités. La
croissance urbaine les a englobés ; l’accès
des camions ou du chemin de fer, l’activité
poussiéreuse et bruyante, de même que l’usage
de produits chimiques pendant le stockage
ont rendu cette activité incompatible avec un
voisinage résidentiel.
Des situations de faible rendement ou de
ruine technique, dicilement adaptables aux
contraintes techniques actuelles. Comme
exemple extrême, nous pouvons citer le « Type
Z » qui rassemble cinq anciens châteaux du
Moyen Âge aménagés en silos pendant les
années 1950.
26 MINISTERIO DE AGRICULTUR A, PESCA Y
ALIMENTACIÓN, 1994, op.cit, p. 7.
27 BARCIELA LÓPEZ C., 2007, op.cit., p. 88.
28 MATEO CABALLOS C., Integración en la realidad urbana
contemporánea, Departamento Urbanística y Ordenación del
Territorio, Universidad de Sevilla, Sevilla, 2005, p. 8.
Pour soulager la charge économique que
supposait le réseau non ba sique, le FEGA a commencé
à chercher des solutions de rechange pour des unités
obsolètes, en recourant à des mesures légales29 telles
que la désaection du FEGA (par laquelle la qualité
de service public était retirée à un bien donné), la
réversion aux municipalités et aux particuliers qui,
des années auparavant avaient cédé leur terrain pour
la construction (puisque désormais l’intérêt public
qui avait poussé à l’expropriation n’existait plus) ou
encore la cession gratuite aux municipalités. Mais la
solution la plus ecace pour le FEGA est trouvée
en 1996, lorsque diérentes conventions transfèrent
aux Communautés autonomes la gestion du réseau
de base et la propriété et la gestion du réseau non
basique. La dévolution des responsabilités est
clairement établie, mais pas les moyens économiques
ou matériels pour aronter l’obsolescence de ce
patrimoine. Plus de dix ans après la n du monopole
du blé, le problème n’avait fait que passer d’une seule
main à de multiples, ce qui compliquait énormément
le travail d’inventaire, protection et mise en valeur
du RNSG, avant tout parce que fondamentalement
chaque autonomie avait des intérêts diérents en la
matière.
Cependant, le poids des démarches
administratives entraînées par les cas de gure
mentionnés ci-dessus, ont en fait joué en faveur de
ce patrimoine et ont permis qu’il ne soit pas englouti
dans des processus de spéculation du sol, comme cela
s’est produit pour des usines chargées d’histoire telle
la brasserie Cruzcampo de Séville. Parallèlement, les
structures publiques locales (mairies, coopératives)
qui avaient demandé de récupérer les unités situées
sur leur territoire municipal n’ont pas su proposer des
projets globaux d’intervention sur les silos, du fait
de leur ignorance de la potentialité qui résidait en
eux et du manque de ressources économiques. Ces
29 MINISTERIO DE AGRICULTURA, PESCA Y
ALIMENTACIÓN, 1994, op.cit, p. 6.
projets se sont limités en fait à maintenir un usage
agricole ou à utiliser uniquement les espaces résiduels
(espaces libres en parcelles ou espaces couverts pour
installer des antennes). Assez vite, les greniers et les
nefs auxiliaires des silos ont été appréciés pour leurs
vastes espaces réutilisables à diérentes ns, mais
généralement sans mettre en avant des critères de
patrimoine30.
Exceptionnellement, nous avons rencontré
des initiatives de réhabilitation intégrale, dans des
cas précis dignes d’être soulignés pour leur analyse
du bien et la proposition de son aménagement.
Certaines sont réalisées, comme le théâtre de
Pozoblanco31 (Cordoue) ou le Centre Culturel de
Fuentes de Andalucía32 (Séville), d’autres attendent
le soutien des institutions, comme la Bibliothèque
publique de Carmona (Séville), la future mairie de
La Albuera (Badajoz), ou le silo de Almagro (Ciudad
Real), qui deviendrait l’École des Techniques et Arts
du Spectacle.
Cette situation a permis que ces dernières
années, des chercheurs et des structures publiques
se soient engagés parallèlement dans l’étude,
l’inventaire, la diusion et la protection du RNSG.
Ainsi, des Communautés comme l’Andalousie33 et le
Pays Basque ont inventorié leur patrimoine, amélioré
leurs moyens de diusion34 à travers des ouvrages
30 Réexion faite à partir de l’expérience acquise par
SALAMANCA et Al. durant l’inventaire du RNSG en
Andalousie (2010-2011) fruit de la recherche « Réseau National
des silos. Intégration dans la réalité urbaine andalouse et sa
réutili sation pour de nouvelles typologies », Junta de And alucía.
31 Oeuvre des architectes J-L. Amor Trucios et J. Salamanca
Cabrera.
32 Œuvre des architectes J-M. Romero Cordero, F-J. López
Córdoba et C. Mateo Caballos (www.fabricadearquitectura.
es).
33 Nous fa isons référence à la recherche déjà citée, SA LAMA NCA
CASCOS, MATEO CABALLOS (2011).
34 Voir la www.silosygraneros.es ou encore l’émergence de cette
thématique dans les congrès sur le patrimoine industriel, sans
parler de la qualité de quelques-unes des publications citées
précédemment.
Les silos, un patrimoine à inventer
126
imprimés, la création de pages web, l’organisation
de congrès, etc. À la suite, on a pu constater
l’amélioration de la sensibilisation à ce patrimoine en
danger et des initiatives de valorisation proches de ce
que l’on observe dans le panorama international sur
ce type de patrimoine agroalimentaire.
Par contre, on a relevé des démolitions
d’unités, dont certaines très emblématiques
comme le silo de Malaga, irrémédiablement
détruit, d’autres relevant de séries davantage
présentes sur le territoire, mais de toutes façons
uniques quant à leur localisation et leur relation
au paysage anthropique ainsi que pour leur
héritage immatériel. Leur arasement s’est fait sans
autorisation, sans étude d’impact sur le territoire
et sur l’objet lui-même. On n’a pas fait l’étude du
site d’un point de vue archéologique et aucune
consultation de la population locale n’a été menée.
Conclusions pour un futur
Le RNSG se trouve actuellement à un tournant
décisif et les Communautés autonomes doivent
prendre parti soit en faveur de sa disparition, soit
en faveur de sa conservation et de sa protection. Le
facteur temps a été épuisé et même il est rendu plus
urgent devant la précarité des nances publiques.
Les procédures pour sa cession, réversion ou vente,
s’accélèrent avec l’objectif de faire disparaître une telle
charge économique. Aussi, avant que nous n’ayons
à déplorer de plus grandes pertes, des politiques de
protection d’un spectre le plus large possible (au
niveau national et des communautés autonomes)
sont nécessaires, de même que l’appui à la recherche,
l’aide à la réutilisation et à la diusion des résultats.
Porter ce débat sur le plan politique suppose de
dépasser le cadre des Autonomies ou le cadre local,
très éloignés de la conception unitaire qui sous-
tend le RNSG, dépasser les limites bureaucratiques
imposées par une administration surdimensionnée
et chercher des formules légales où les initiatives
publiques et privées puissent trouver le moyen d’agir
de façon rentable.
Même dans les lois récentes35, le patrimoine
industriel agroalimentaire dont fait partie le
RNSG ne présente pas les garanties nécessaires sur
les méthodologies de la protection et la valorisation
des grandes infrastructures où l’on traite sur le
même plan ce qui est minuscule (les machines),
ce qui est grand ou très grand (greniers et silos)
35 Ce ne sera pas avant 2003 avec la Charte de Nizhny Tagil sur
le patrimoine industriel.
Réhabilitation du silo de Fuentes de Andalucía, comme Centre Culturel (www.fabricadearquitectura.es).
Un réseau national de silos et greniers en Espagne
127
et ce qui est illimité (le paysage anthropique qui
contient ce qui précède).
Peut-être sommes-nous en train de rêver ?
Rêver que de multiples disciplines, depuis les
sciences jusqu’aux humanités, du plus petit au plus
grand, participent, orant un regard transversal
dont bénécie le RNSG, toujours debout, pour le
plus grand plaisir et la connaissance de nouvelles
générations ? Un élément de ce rêve a déjà été réalisé,
avec la mise en route, en 2009, de la page web www.
silosygraneros.es, qui aspire à devenir le point de
conuence de toutes ces personnes et organismes
en relation avec le RNSG, et en même temps, le
point de départ pour une vision de son futur. Pour
y arriver, nous sommes en train de travailler suivant
trois axes :
· Mettre à disposition du public un grand
nombre de documents des archives historiques
du SNT (planimétrie et publications internes),
les conférences des congrès, les documents
que nous avons élaborés nous-mêmes, en
particulier en planimétrie, etc.
· Compléter et améliorer l’inventaire du RNSG
en accès libre.
· Élargir les contenus existants, approfondir les
lignes de recherches qui sont peu présentes
dans la bibliographie de référence36.
Et je mets à prot cette publication pour orir
notre page web, votre maison, comme point de
rencontre des expériences internationales qui nous
permettent d’enrichir notre regard, jusquà présent
fractionné ou biaisé.
36 Parmi les thèmes qui actuellement nous intéressent, notons les
machines, qui donnent leur sens aux constructions ; analyser
plus nement les séries les plus présentes dans le territoire et
établir des stratégies d’intervention dans les constructions de
stockage vertical, ou localiser des situations similaires comme
la JNG d’Argentine.
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