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Acceptation des « voix » chez les personnes avec ou sans troubles psychiatriques : validation francophone de l’échelle VAAS à 9 items

Authors:

Abstract and Figures

Résumé Objectifs Cette recherche a pour objectif de valider et d’adapter l’échelle d’acceptation des voix Voices Acceptance and Actions Scale (VAAS) sur un échantillon d’une population francophone (n = 386) composée de patients atteints de schizophrénie et d’entendeur de voix issus de la population générale, et d’explorer le niveau d’acceptation des voix entre ces deux populations. Méthode Pour la population clinique, 65 patients souffrant de schizophrénie avec hallucinations auditives ont été évalués à l’aide des échelles de psychopathologie (BPRS) et de l’échelle des croyances à propos des voix (BAVQ-R). Pour les entendeurs de voix (population non-clinique), 321 personnes ont répondu à un bref questionnaire sociodémographique et ont rempli l’échelle VAAS en ligne, pour rendre compte de leur vécu et de l’acceptation de leurs voix. Résultats L’échelle VAAS, traduite à 9 items, montre des propriétés psychométriques similaires à l’outil original. Chez les personnes avec une schizophrénie (population clinique), le niveau d’acceptation des voix était faible, et fortement corrélé à la dépression contrairement aux personnes entendant des voix issues de la population générale (population non-clinique) qui semblaient mieux les vivre et les accepter. Conclusion L’intérêt d’une évaluation régulière du niveau d’acceptation des voix dans le cadre de la pratique clinique en santé mentale y est discuté, du fait de la puissance prédictive de l’acceptation sur la dépression, et de son utilité pour l’évaluation des thérapeutiques et des recherches cliniques mesurant leurs effets sur le niveau d’acceptation des voix chez les sujets.
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Pour
citer
cet
article
:
Langlois
T,
et
al.
Acceptation
des
«
voix
»
chez
les
personnes
avec
ou
sans
troubles
psychiatriques
:
validation
francophone
de
l’échelle
VAAS
à
9
items.
Encéphale
(2020),
https://doi.org/10.1016/j.encep.2020.01.009
ARTICLE IN PRESS
G Model
ENCEP-1240;
No.
of
Pages
7
L’Encéphale
xxx
(2020)
xxx–xxx
Disponible
en
ligne
sur
ScienceDirect
www.sciencedirect.com
Article
de
recherche
Acceptation
des
«
voix
»
chez
les
personnes
avec
ou
sans
troubles
psychiatriques
:
validation
francophone
de
l’échelle
VAAS
à
9
items
Acceptance
of
“voices”
in
people
with
or
without
psychiatric
disorders:
Francophone
validation
of
the
9-item
VAAS
scale
T.
Langloisa,,
R.
Sanchez-Rodrigueza,
R.
Kleinb,
P.
Lamyc,
S.
Callahana,
T.
Lecomted
aCentre
d’études
et
de
recherches
en
psychopathologie
et
psychopathologie
de
la
Santé,
université
de
Toulouse,
UT2J,
Toulouse,
France
bUnion
sanitaire
et
sociale
Aude
Pyrénées
(USSAP),
Limoux,
France
cCentre
médical
la
Villanelle,
Cornebarrieu,
France
dUniversité
de
Montréal,
Montréal,
Canada
i
n
f
o
a
r
t
i
c
l
e
Historique
de
l’article
:
Rec¸u
le
23
septembre
2019
Accepté
le
23
janvier
2020
Disponible
sur
Internet
le
xxx
Mots
clés
:
Voix
Acceptation
TCC
3evague
Évaluation
Psychométrie
r
é
s
u
m
é
Objectifs.
Cette
recherche
a
pour
objectif
de
valider
et
d’adapter
l’échelle
d’acceptation
des
voix
Voices
Acceptance
and
Actions
Scale
(VAAS)
sur
un
échantillon
d’une
population
francophone
(n
=
386)
composée
de
patients
atteints
de
schizophrénie
et
d’entendeur
de
voix
issus
de
la
population
générale,
et
d’explorer
le
niveau
d’acceptation
des
voix
entre
ces
deux
populations.
Méthode.
Pour
la
population
clinique,
65
patients
souffrant
de
schizophrénie
avec
hallucinations
audi-
tives
ont
été
évalués
à
l’aide
des
échelles
de
psychopathologie
(BPRS)
et
de
l’échelle
des
croyances
à
propos
des
voix
(BAVQ-R).
Pour
les
entendeurs
de
voix
(population
non-clinique),
321
personnes
ont
répondu
à
un
bref
questionnaire
sociodémographique
et
ont
rempli
l’échelle
VAAS
en
ligne,
pour
rendre
compte
de
leur
vécu
et
de
l’acceptation
de
leurs
voix.
Résultats.
L’échelle
VAAS,
traduite
à
9
items,
montre
des
propriétés
psychométriques
similaires
à
l’outil
original.
Chez
les
personnes
avec
une
schizophrénie
(population
clinique),
le
niveau
d’acceptation
des
voix
était
faible,
et
fortement
corrélé
à
la
dépression
contrairement
aux
personnes
entendant
des
voix
issues
de
la
population
générale
(population
non-clinique)
qui
semblaient
mieux
les
vivre
et
les
accepter.
Conclusion.
L’intérêt
d’une
évaluation
régulière
du
niveau
d’acceptation
des
voix
dans
le
cadre
de
la
pratique
clinique
en
santé
mentale
y
est
discuté,
du
fait
de
la
puissance
prédictive
de
l’acceptation
sur
la
dépression,
et
de
son
utilité
pour
l’évaluation
des
thérapeutiques
et
des
recherches
cliniques
mesurant
leurs
effets
sur
le
niveau
d’acceptation
des
voix
chez
les
sujets.
©
2020
L’Enc´
ephale,
Paris.
Keywords:
Voice
Acceptance
3rd
wave
CBT
Assessment
Psychometrics
a
b
s
t
r
a
c
t
Objectives.
Hearing
voices
is
a
common
experience
for
people
with
schizophrenia.
Perceived
voices
are
in
most
cases
a
source
of
great
distress
for
patients.
This
experience
also
exists
in
the
general
population
and
is
considered
as
“non-clinical”.
Much
research
has
focused
on
the
psychological
and
neuropsychological
mechanisms
behind
the
emergence
of
voices.
With
regard
to
voice
persistence
factors,
the
acceptance
of
the
voice-hearing
phenomenon
is
still
relatively
unexplored.
In
addition,
there
are
few
standardized
tools
that
specifically
assess
this
dimension
of
voice
experience.
The
Voices
Acceptance
and
Actions
Scale
(VAAS)
is
the
only
validated
tool
to
address
voice
acceptance
in
individuals
with
schizophrenia.
However,
to
date,
there
is
no
French
version.
The
objective
of
this
research
was
to
validate
the
VAAS
in
a
French
speaking
population.
Cette
étude
pour
les
populations
cliniques
et
non-cliniques
a
rec¸
u
un
avis
favorable
du
comité
d’éthique
pour
les
études
non-interventionnelles
de
l’Université
de
Fédérale
de
Toulouse
(node
l’avis
:
CERNI-Université
fédérale
de
Toulouse-2018-071)
et
a
fait
l’objet
d’une
déclaration
normale
à
la
CNIL
(sous
le
numéro
d’enregistrement
Z7g2386648F).
Auteur
correspondant.
Adresse
e-mail
:
thomas.langlois@univ-tlse2.fr
(T.
Langlois).
https://doi.org/10.1016/j.encep.2020.01.009
0013-7006/©
2020
L’Enc´
ephale,
Paris.
Pour
citer
cet
article
:
Langlois
T,
et
al.
Acceptation
des
«
voix
»
chez
les
personnes
avec
ou
sans
troubles
psychiatriques
:
validation
francophone
de
l’échelle
VAAS
à
9
items.
Encéphale
(2020),
https://doi.org/10.1016/j.encep.2020.01.009
ARTICLE IN PRESS
G Model
ENCEP-1240;
No.
of
Pages
7
2
T.
Langlois
et
al.
/
L’Encéphale
xxx
(2020)
xxx–xxx
Method.
Our
sample
consisted
of
individuals
with
schizophrenia
(N
=
65)
and
voice
hearers
from
the
general
population
(N
=
321).
For
the
clinical
population,
individuals
with
schizophrenia
and
auditory
hallucinations
were
assessed
using
the
VAAS
scale
in
its
two
abbreviated
versions
(9
and
12
items).
In
order
to
validate
the
measure
in
French,
we
administered
psychopathology
scales
(BPRS)
and
voice
belief
scales
(BAVQ-R)
for
convergent
and
divergent
validity.
For
the
non-clinical
population,
we
administered
the
VAAS
scale
online
(via
LimeSurvey),
accompanied
by
a
brief
sociodemographic
questionnaire
(age,
sex,
country
of
origin,
existence
of
medical
or
psychological
follow-up).
Results.
The
psychometric
properties
of
the
VAAS
scale
were
satisfactory
and
similar
to
the
original
English-language
tool
for
both
versions,
with
a
slight
advantage
for
the
one
with
9-items.
The
convergent
validity
measured
with
the
BAVQ-R
scale,
and
the
divergent
one
measured
with
the
BPRS
depression
subscale,
were
found
to
be
satisfactory.
In
addition,
the
re-test
performed
6
weeks
after
the
first
test
(N
=
30)
was
satisfactory
for
both
scales,
with
a
Pearson
correlation
index
greater
than
70
(r
=
0.70;
P
<
0.001
for
the
VAAS
9
items)
and
(r
=
0.79;
P
<
0.001
for
the
12
item
version).
In
individuals
with
schizophrenia
(clinical
population),
the
level
of
voice
acceptance
was
low
and
strongly
correlated
with
depression.
This
point
seems
to
corroborate
the
current
data
in
the
field
suggesting
that
voice
hearing
in
this
population
is
associated
with
significant
distress
and
has
a
significant
impact
on
their
lives.
Conversely,
the
level
of
acceptance
obtained
from
the
non-clinical
population
was
much
higher,
reflecting
a
higher
level
of
acceptance
in
this
population.
People
from
the
non-clinical
population
seemed
to
accept
and
experience
their
voices
with
less
distress
than
people
from
the
clinical
population
in
this
study.
Conclusion.
To
date,
a
paucity
of
studies
have
investigated
the
acceptance
of
auditory
hallucinations.
Our
results
support
the
psychometric
validity
of
the
French
version
of
the
VAAS,
particularly
the
9-item
version.
Furthermore,
our
study
supports
the
need
to
continue
studying
voice
acceptance,
as
it
appears
to
be
strongly
linked
to
depression
in
people
with
psychiatric
disorders
such
as
schizophrenia.
In
addition,
our
study
is
novel
in
that
it
also
explored,
with
a
standardized
tool,
the
level
of
voice
acceptance
in
a
non-clinical
population
and
found
people
to
be
more
accepting
of
the
voices
they
hear
and
better
at
living
with
them.
These
data
provide
new
evidence
to
better
understand
the
links
between
the
level
of
acceptance
of
voices,
their
experiences,
and
depression.
Clinically,
it
seems
essential
to
conduct
more
systematic
and
regular
evaluations
of
the
level
of
voice
acceptance
in
those
hearing
voices.
Finally,
in
terms
of
rehabilitation,
voice
acceptance
can
become
a
therapeutic
target
in
order
to
improve
the
psychological
and
behavioral
functioning
of
the
person.
©
2020
L’Enc´
ephale,
Paris.
1.
Introduction
Entendre
des
«
voix
»
est
une
expérience
fréquente
chez
les
per-
sonnes
souffrant
de
schizophrénie.
Selon
les
études,
entre
40
et
80
%
de
patients
souffrant
de
cette
maladie
perc¸
oivent
des
Hallucina-
tions
Acoustico-Verbales
(HAVs)
[1–5],
et
celles-ci
sont
résistantes
aux
traitements
médicamenteux
dans
plus
de
30
%
des
cas
[6].
Chez
ces
patients,
les
HAVs
provoquent
très
souvent
une
grande
détresse,
les
«
voix
»
étant
le
plus
souvent
perc¸
ues
comme
malveillantes
et
toutes-puissantes
[7].
Ces
croyances
amènent
le
patient
à
dévelop-
per
des
comportements
et
des
attitudes
d’opposition,
de
résistances
ou
de
soumission
à
ses
«
voix
»
qui
sont
de
plus
fortement
corrélés
à
la
dépression
[7,8]
et
source
d’anxiété
[9].
Depuis
les
travaux
de
Romme
et
Escher
[10],
nous
savons
qu’entendre
des
«
voix
»
n’est
pas
un
phénomène
exclusivement
relié
à
un
trouble
mental.
En
effet,
de
nombreuses
études
ont
mis
en
évidence
dans
la
population
générale
qu’entendre
des
«
voix
»
était
une
expérience
relativement
fréquente,
sans
qu’elle
ne
signe
néces-
sairement
la
présence
d’un
trouble
psychiatrique
[11,12].
Ainsi,
les
personnes
sans
troubles
psychiatriques
et
qui
rapportent
des
expériences
d’entente
de
«
voix
»
déclarent
dans
l’ensemble
assez
bien
vivre
avec
et
les
accepter,
alors
que
les
personnes
souffrant
de
troubles
psychiatriques
les
subissent
et
les
vivent
difficilement.
Dans
la
pratique
en
santé
mentale,
afin
de
compléter
la
thé-
rapeutique
médicamenteuse
pour
soigner
les
HAVs,
les
thérapies
comportementales
et
cognitives
(TCC)
sont
fortement
recomman-
dées
pour
surmonter
les
«
voix
»
et
réduire
la
souffrance
qui
y
est
associée
[13–15].
Plus
récemment,
la
troisième
vague
des
TCC
a
permis
d’apporter
de
nouvelles
réponses
thérapeutiques
pour
l’entente
de
«
voix
»
chez
ces
patients
[16,17].
En
effet,
au
lieu
de
chercher
à
supprimer
ou
diminuer
l’intensité
des
HAVs,
comme
c’est
le
cas
pour
les
TCC
classiques,
ces
nouveaux
modèles
théra-
peutiques,
tels
que
la
pleine
conscience
(Mindfulness)
et
la
Thérapie
d’Acceptation
et
d’Engagement
(ACT),
visent
à
aider
le
patient
à
modifier
ses
attitudes
et
son
rapport
aux
«
voix
»
[18].
En
outre,
ces
principes
thérapeutiques
de
modification
d’attitudes
et
de
ses
rap-
ports
aux
voix
sont
également
utilisés
dans
de
nouvelles
approches
thérapeutiques
qui
se
sont
fortement
développées
ces
dernières
années
[19],
notamment
avec
l’utilisation
de
la
réalité
virtuelle,
comme
la
thérapie
par
avatar
pour
les
voix
[20].
Ainsi,
dans
cette
3evague
des
TCC,
une
meilleure
acceptation
des
«
voix
»
serait
par
conséquent
possible
grâce,
d’une
part,
à
des
processus
de
défusion
vis-à-vis
du
contenu
des
«
voix
»
(prendre
un
recul
et
les
écou-
ter
sans
croire
littéralement
ce
qu’elles
disent),
et
des
processus
d’accueil
des
croyances
et
des
émotions
qui
leur
sont
associées
d’autre
part
(accueillir
sans
juger
les
expériences
cognitives
et
émo-
tionnelles
associées
aux
«
voix
»)
[21,22].
Toutefois,
il
n’existe
que
très
peu
d’outils
standardisés
et
validés
pour
mesurer
précisément
l’acceptation
des
«
voix
»
chez
ces
patients.
L’échelle
VAAS
«
Voices
Acceptance
and
Action
Scale
»
a
été
spécialement
conc¸
ue
pour
mesu-
rer
les
expériences
d’acceptation
des
«
voix
».
Sa
version
initiale
à
31
items
a
été
élaborée
à
partir
d’un
échantillon
de
patients
avec
des
HAVs
avec
syndrome
d’influence
dites
de
«
commandement
»
(qui
contraignent
le
patient
à
obéir
aux
ordres)
d’intensité
sévère
[23].
Afin
de
pouvoir
utiliser
cette
échelle
dans
une
pratique
cli-
nique
routinière
en
santé
mentale
avec
des
patients
moins
invalidés
par
leurs
HAVs,
la
version
initiale
de
la
VAAS
a
été
remaniée.
Cela
a
permis
d’obtenir
deux
versions
plus
courtes
de
9
et
de
12
items
qui
présentent
des
propriétés
psychométriques
satisfaisantes,
pour
mesurer
l’expérience
d’acceptation
des
«
voix
»
chez
des
patients
psychotiques
[24].
À
ce
jour,
il
n’existe
pas,
à
notre
connaissance,
d’étude
de
validation
de
cette
échelle
pour
une
population
franc¸
aise.
Alors
que
la
3evague
des
TCC
pour
traiter
les
troubles
psychotiques
se
développe
de
plus
en
plus
en
France
dans
la
pratique
théra-
peutique
psychiatrique,
il
nous
a
semblé
pertinent
d’étudier
les
Pour
citer
cet
article
:
Langlois
T,
et
al.
Acceptation
des
«
voix
»
chez
les
personnes
avec
ou
sans
troubles
psychiatriques
:
validation
francophone
de
l’échelle
VAAS
à
9
items.
Encéphale
(2020),
https://doi.org/10.1016/j.encep.2020.01.009
ARTICLE IN PRESS
G Model
ENCEP-1240;
No.
of
Pages
7
T.
Langlois
et
al.
/
L’Encéphale
xxx
(2020)
xxx–xxx
3
propriétés
psychométriques
de
l’échelle
VAAS
à
partir
d’un
échantillon
de
patients
psychiatriques
francophones
atteints
de
schizophrénie,
afin
de
permettre
aux
cliniciens
franc¸
ais
de
dispo-
ser
d’un
outil
fiable
et
rapide
d’utilisation
pour
mesurer
le
niveau
d’acceptation
des
«
voix
».
L’objectif
de
la
présente
étude
est
double
:
valider
l’échelle
VAAS
auprès
d’une
population
franc¸
aise
com-
posée
de
patients
atteints
de
schizophrénie
avec
des
HAVs
(population
clinique)
et
de
personnes
entendant
des
«
voix
»
(population
non-clinique),
ce
qui
permettrait
de
mettre
à
la
dis-
position
des
cliniciens
un
outil
fiable
pour
mesurer
l’acceptation
des
«
voix
»
par
le
patient
;
explorer
avec
cette
même
échelle
VAAS,
le
niveau
d’acceptation
de
l’expérience
des
«
voix
»
sur
ces
deux
populations
(clinique
et
non-clinique),
ce
qui
à
ce
jour
a
été
très
peu
exploré.
Les
données
obtenues
permettraient
dans
ce
cas
de
contribuer
à
une
meilleure
compréhension
des
processus
d’acceptation
des
«
voix
»
entre
ces
deux
populations.
2.
Méthode
2.1.
Participants
Pour
la
population
clinique,
notre
échantillon
était
composé
de
65
patients
suivis
en
secteur
psychiatrique
en
ambulatoire,
ou
hospitalisés
dans
une
unité
d’admission
et
répondait
aux
critères
de
troubles
schizophréniques
(schizophrénie
et
trouble
schizo-
affectif).
Pour
la
population
non-clinique,
notre
échantillon
pour
cette
population
était
composé
de
321
personnes
francophones
(dont
315
Franc¸
ais
et
6
Canadiens
francophones).
L’existence
ou
non
de
troubles
psychiatriques
n’a
pas
été
vérifiée
à
l’aide
d’outils
standar-
disés,
et
reposait
uniquement
sur
le
«
self-report
»
des
participants
qui
répondaient
à
un
questionnaire
en
ligne.
Les
données
descriptives
de
ces
deux
populations
sont
synthé-
tisées
dans
le
Tableau
1.
2.2.
Procédure
Pour
la
population
clinique,
les
évaluations
ont
été
réalisées
lors
d’un
entretien
unique,
par
des
cliniciens
(psychologues
et
psy-
chiatres)
expérimentés
dans
la
clinique
des
patients
souffrant
de
troubles
psychotiques.
L’entretien
pouvait
se
dérouler
sur
les
uni-
tés
d’admission
lors
d’hospitalisation
ou
bien
sur
les
unités
tels
que
les
centres
médico-psychologiques
et
les
hôpitaux
de
jour
de
la
région
Occitanie.
Après
avoir
été
informé
de
l’étude
et
de
ses
buts,
le
consentement
de
chaque
sujet
pour
leur
participation
à
l’étude
était
recueilli.
S’en
suivait
un
entretien
semi-directif
visant
à
déterminer
la
psychopathologie
générale
et
évaluer
les
dimen-
sions
symptomatiques
à
l’aide
de
l’hétéro-questionnaire
BPRS.
Les
auto-questionnaires
VAAS
et
BAVQ-R
étaient
administrés
à
la
fin
de
cet
entretien
en
présence
du
thérapeute.
Pour
la
population
non-clinique,
le
recrutement
des
sujets
a
été
effectué
par
internet,
en
diffusant
un
lien
via
les
réseaux
sociaux
et
les
sites
spécialisés
ayant
pour
centres
d’intérêt
les
troubles
psychiatriques
et
le
phénomène
d’entente
de
«
voix
».
Cette
dif-
fusion
permettait
de
faire
connaître
l’étude
à
une
large
population,
donnant
la
possibilité
aux
sujets
majeurs
volontaires
d’accéder
au
protocole
en
ligne.
Le
protocole
était
composé
d’une
première
par-
tie
permettant
de
relever
des
données
sociodémographiques,
et
relatives
à
la
situation
médicale
du
sujet
(sexe,
âge,
catégorie
socio-
professionnelle,
niveau
d’études,
pays
de
résidence,
existence
d’un
ou
plusieurs
diagnostics
psychiatrique
et
médical,
existence
d’un
suivi
psychologique
actuel
pour
l’entente
de
«
voix
»,
prise
ou
non
d’un
traitement
médicamenteux
pour
les
«
voix
»).
La
deuxième
partie
du
protocole
était
composée
de
l’échelle
VAAS
dans
sa
ver-
sion
12
items.
Le
protocole
en
ligne
a
été
opérationnalisé
et
géré
grâce
au
logiciel
d’enquête
«
Limesurvey
».
2.3.
Traduction
et
rétrotraduction
de
l’échelle
VAAS
L’échelle
Voices
Acceptance
and
Action
Scale
a
fait
l’objet
d’un
pro-
cessus
de
traduction
et
rétrotraduction
dans
sa
version
12
items
par
trois
des
auteurs
(TLa,
RK,
PL),
dont
la
langue
maternelle
est
le
franc¸
ais.
La
rétrotraduction
a
quant
à
elle
était
effectuée
par
deux
enseignantes-chercheuses
universitaires
en
psychologie
(SC
et
TLe),
dont
une
ayant
l’anglais
comme
langue
maternelle,
et
la
deuxième
qui
était
bilingue.
La
comparaison
des
deux
versions
obtenues
a
fait
l’objet
de
corrections
et
d’ajustements
mineurs,
aboutissant
à
un
consensus
pour
la
traduction
des
items.
2.4.
Mesures
2.4.1.
Psychopathologie
La
Brief
Psychiatric
Rating
Scale
«
BPRS
»
a
été
utilisée
dans
sa
version
élargie
à
24
items
[25].
Il
s’agit
d’une
hétéro-évaluation
en
24
items.
La
cotation
de
chaque
item
va
de
1
«
absent
»
à
7
«
extrê-
mement
sévère
»
répartis
en
quatre
sous-échelles
:
dépression,
symptômes
positifs,
symptômes
négatifs
et
manie
(cette
dernière
dimension
n’a
pas
été
utilisée
dans
notre
analyse).
2.4.2.
Croyances
à
propos
des
«
voix
»
La
Beliefs
About
Voices
Questionnaire
forme
révisée
«
BAVQ-R
»
[26]
est
une
échelle
permettant
de
mesurer
les
croyances
que
les
patients
entretiennent
à
propos
de
leurs
«
voix
».
C’est
un
auto-
questionnaire
de
35
affirmations,
avec
réponses
sur
une
échelle
de
Likert
en
4
points
(de
0
=
«
pas
d’accord
»,
à
3
=
«
pleinement
d’accord
»).
Elle
se
décompose
en
cinq
sous-échelles
:
«
malveillance
»,
«
bienveillance
»,
et
«
omnipotence
»
qui
explorent
les
significations
données
aux
hallucinations
auditives.
Les
réactions
émotionnelles
et
comportementales
sont
évaluées
quant
à
elles
par
les
sous-
échelles
«
résistance
»
qui
évaluent
la
résistance
aux
«
voix
»,
et
par
la
sous-échelle
«
engagement
»
lorsque
les
sujets
les
écoutent
activement.
2.4.3.
Acceptation
des
«
voix
»
La
Voices
Acceptance
and
Action
Scale
«
VAAS
»
[23]
est
une
échelle
qui
permet
de
mesurer
le
degré
d’acceptation
des
«
voix
».
C’est
un
auto-questionnaire
qui
a
fait
l’objet
d’une
étude
psychométrique
en
version
abrégée
[24].
Elle
est
composée
de
12
affirmations
avec
une
échelle
de
Likert
en
5
points
(1
=
«
pas
du
tout
d’accord
»
à
5
=
«
tout
à
fait
d’accord
»),
ainsi
que
de
4
questions
à
choix
unique
sur
la
période
les
«
voix
»
ont
été
entendues
chez
le
sujet
(au
cours
de
la
dernière
semaine,
entre
une
semaine
et
un
mois,
entre
1
et
3
mois,
entre
4
et
6
mois).
2.5.
Démarche
statistique
La
structure
de
la
VAAS
a
été
évaluée
au
moyen
d’une
analyse
factorielle
confirmatoire.
Une
analyse
de
groupe
multiple
a
permis
de
comparer
le
modèle
entre
les
deux
sous-échantillons.
Étant
donné
que
l’échantillon
clinique
présentait
une
distri-
bution
univariée
normale
[27],
la
validité
a
été
testée
à
l’aide
de
corrélations
bivariées
de
Pearson
entre
les
échelles
du
BAVQ-R,
BPRS
et
la
VAAS.
La
contribution
de
ces
dimensions
sur
la
dépression
a
été
estimée
par
des
régressions
linéaires
multiples.
Le
test-re-test
a
été
effectué
sur
la
population
clinique
par
un
test
de
corrélation
de
Pearson
6
semaines
après
sur
un
échantillon
de
30
sujets,
et
la
Pour
citer
cet
article
:
Langlois
T,
et
al.
Acceptation
des
«
voix
»
chez
les
personnes
avec
ou
sans
troubles
psychiatriques
:
validation
francophone
de
l’échelle
VAAS
à
9
items.
Encéphale
(2020),
https://doi.org/10.1016/j.encep.2020.01.009
ARTICLE IN PRESS
G Model
ENCEP-1240;
No.
of
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7
4
T.
Langlois
et
al.
/
L’Encéphale
xxx
(2020)
xxx–xxx
Tableau
1
Données
descriptives
des
populations
clinique
et
non-clinique.
Population
clinique
(n
=
65)
Population
non-clinique
(n
=
321)
Âge
41,82
±
9,49
42,17
±
12,41
Genre
60
%
hommes
(n
=
39)
25,2
%
hommes
(n
=
81)
Niveau
d’étude
(Bac
+
2
ou
plus)
17
%
(n
=
11)
55,1
%
(n
=
177)
Sans
activité
professionnelle
80
%
(n
=
52)
10,6
%
(n
=
34)
Traitements
médicamenteux 98
%
(n
=
64)
(neuroleptique
ou
antipsychotique) 17,6
%
(n
=
56)
(Traitements
non-précisés)
Suivi
ou
soutien
psychothérapique
100
%
(n
=
65)
23,1
%
(n
=
74)
Fig.
1.
Structure
factorielle
de
la
version
francophone
de
la
VAAS-9
sur
l’ensemble
de
la
population
(n
=
386),
présentant
les
coefficients
de
saturation
des
items.
concordance
entre
les
deux
temps
de
mesure
a
été
effectuée
par
une
analyse
du
coefficient
inter-classe,
et
un
test
de
Bland–Altman.
Les
analyses
statistiques
ont
été
réalisées
avec
le
logiciel
R.
3.
Résultats
3.1.
Analyse
factorielle
confirmatoire
La
structure
factorielle
de
la
VAAS
a
été
évaluée
sur
la
popu-
lation
clinique
et
non-clinique
(n
=
386).
Le
Tableau
2
présente
les
indices
d’ajustement
pour
les
deux
modèles
testés.
Comme
montre
le
tableau,
même
si
les
deux
modèles
semblent
satisfaisants,
la
ver-
sion
VAAS-9
représente
mieux
les
données
que
la
version
complète
du
questionnaire.
De
ce
fait,
les
indices
de
qualité
d’ajustement
se
sont
améliorés
lorsque
les
items
1,
11
et
12
ont
été
supprimés
pour
la
version
9
(Tableau
2).
Les
analyses
exploratoires
ont
permis
de
confirmer
la
structure
de
l’échelle
à
9
items
proposée
par
Brockman
et
ses
collaborateurs
[24].
Des
analyses
multi-groupes
ont
été
ensuite
réalisées
sur
la
ver-
sion
à
9
items.
Deux
preuves
d’invariance
ont
été
ainsi
testées
:
le
modèle
de
la
variance
«
faible
»
(CFI1<
0,01)
et
le
modèle
de
la
variance
«
forte
»
(CFI2
=
0,015).
Selon
Meade
et
ses
collabora-
teurs
[28],
si
CFI
entre
les
deux
groupes
est
inférieur
à
0,01
;
il
est
possible
de
considérer
une
invariance
entre
les
groupes
et
ils
peuvent
être
donc
comparés.
Au
vu
des
résultats,
la
VAAS-9
a
été
retenue
pour
la
population
clinique
et
non
clinique
(Fig
1).
3.2.
Consistance
interne
La
version
VAAS-9
retenue
pour
l’ensemble
de
la
population
francophone
présente
un
alpha
de
Cronbach
ordinale
satisfaisant
de
0,89.
L’alpha
pour
la
population
non
clinique
est
de
0,87
et
pour
la
population
clinique
est
de
0,71
(Tableau
3).
3.3.
Validité
concourante
et
divergente
La
VAAS-9
est
corrélée
avec
toutes
les
sous-échelles
de
la
BAVQ-R
(Tableau
4).
Plus
concrètement,
l’acceptation
des
«
voix
»
est
positivement
et
modérément
corrélée
avec
la
bienveillance
et
l’engagement.
En
outre,
l’acceptation
des
voix
est
inverse-
ment
et
modérément
corrélée
aux
croyances
de
malveillance
et
d’omnipotence
des
voix.
De
plus,
le
score
de
la
VAAS
9
est
inver-
sement
et
fortement
corrélée
avec
la
résistance
et
la
dépression.
Il
n’existe
pas
de
corrélation
entre
la
VAAS-9
et
la
symptomatologie
négative
et
positive.
3.4.
Fidélité
test-re-test
Les
résultats
montrent
une
bonne
fidélité
test-re-test
pour
les
deux
échelles
pour
la
VAAS
à
9
items
(r
=
0,70
;
p
<
0,001)
et
VAAS
à
12
items
(r
=
0,79
;
p
<
0,001).
Le
coefficient
intra-classe
pour
la
consistance
est
de
0,82
(p
<
0,000).
L’intervalle
de
confiance
à
95
%
vaut
[0,628
;
0,916]
indiquant
une
bonne
fiabilité.
Le
test
de
Bland–Altman
(pour
l’«
agreement
»)
a
également
permis
de
confir-
mer
la
concordance
entre
les
deux
temps
de
mesure.
La
moyenne
des
différences
entre
les
deux
temps
de
mesure
est
de
0,27
(limite
de
concordance
supérieure
=
11,02
;
limite
de
concordance
infé-
rieur
=
10,75).
Comme
le
montre
le
graphique
sur
la
Fig.
2,
la
plupart
des
points
se
situent
dans
l’intervalle
donné
par
les
limites.
Pour
citer
cet
article
:
Langlois
T,
et
al.
Acceptation
des
«
voix
»
chez
les
personnes
avec
ou
sans
troubles
psychiatriques
:
validation
francophone
de
l’échelle
VAAS
à
9
items.
Encéphale
(2020),
https://doi.org/10.1016/j.encep.2020.01.009
ARTICLE IN PRESS
G Model
ENCEP-1240;
No.
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7
T.
Langlois
et
al.
/
L’Encéphale
xxx
(2020)
xxx–xxx
5
Tableau
2
Indices
d’ajustement
pour
les
différents
modèles
de
la
VAAS.
Modèle
2df
2/df
CFI
TLI
RMSEA
[90
%
C.I.]
VAAS
12
items
Population
clinique 138,25
102
1,36**
0,94
0,96
0,07
[0,04–0,09]
Population
non
clinique
288,01
102
2,82**
0,97
0,98
0,07
[0,06–0,08]
VAAS
9
items
(sans
items
1,
11
et
12)
Population
clinique
64,43
63
1,00**
0,99
0,99
0,02
[0,00–0,07]
Population
non
clinique
88,35
63
1,40**
0,99
0,99
0,03
[0,01–0,05]
**p
<
0,001.
Tableau
3
Propriétés
psychométriques
par
item
de
la
version
VAAS-9
(n
=
386).
M
(ET)
Corrélation
total-item
Alpha
ordinal
si
item
éliminé
Item
2
4,22
(1,07)
0,67
0,88
Item
3
3,60
(1,15)
0,56
0,89
Item
4
4,19
(1,23)
0,89
0,86
Item
5
3,82
(1,10)
0,45
0,90
Item
6
4,12
(1,27)
0,87
0,86
Item
7
4,18
(1,22)
0,86
0,86
Item
8 4,12
(1,20) 0,76
0,88
Item
9
4,10
(1,01)
0,69
0,88
Item
10
4,02
(1,33)
0,83
0,87
Tableau
4
Coefficients
de
corrélation
entre
la
VAAS-9,
les
sous-échelles
de
la
BAVQ-R,
l’échelle
totale
de
la
BAVQ-R
et
la
sous-échelle
de
dépression
de
la
BPRS
(n
=
65).
Sous-échelles
de
la
BAVQ-R
VAAS-9
Bienveillance
Malveillance
Omnipotence
Résistance
Engagement
BAVQ-R
Total
BPRS-Dépression
Bienveillance
0,31*
Malveillance
0,32*
0,29*
Omnipotence
0,32**
0,16
0,49**
Résistance
0,45**
0,38** 0,49**
0,31*
Engagement
0,40**
0,75**
0,17
0,12
0,39**
BAVQ-R
Total
0,09
0,72**
0,19
0,55**
0,11
0,80**
BPRS
Dépression
0,55**
0,28*
0,31*
0,18
0,24
0,38**
0,19
BPRS
Symptômes
négatifs
0,20
0,17
0,14
0,06
0,25
0,18
0,20
0,46**
BPRS
Symptômes
positifs
0,07
0,22
0,07
0,32**
0,06
0,23
0,27*
0,30*
**p
<
0,001
;
*p
<
0,05.
Fig.
2.
Graphique
des
données
issues
du
test
de
Bland-Altman.
3.5.
Contribution
de
l’acceptation
des
voix
Une
analyse
de
régression
linéaire
multiple
avec
entrée
for-
cée
en
trois
étapes
a
été
menée
afin
de
déterminer
l’influence
de
l’acceptation
des
voix
de
la
population
clinique
sur
la
dépres-
sion
en
comparaison
aux
sous-échelles
de
la
BAVQ-R.
Les
résultats
ont
montré
que
l’acceptation
des
voix
à
elle
seule
contribue
à
expliquer
9
%
de
la
variance
de
la
dépression
(Tableau
5).
Le
modèle
qui
tient
compte
des
sous-échelles
de
la
BAVQ-R,
de
la
symptoma-
tologie
positive
et
négative
ainsi
que
de
la
VAAS-9,
explique
52
%
de
la
variance
totale.
Ainsi,
dans
ce
modèle
final,
trois
variables
contri-
buent
significativement
à
la
variation
de
scores
de
la
dépression,
la
symptomatologie
négative
(
=
0,26
;
p
=
0,017),
symptomatologie
positive
(
=
0,26
;
p
=
0,017)
et
l’acceptation
(
=
0,39
;
p
=
0,001).
3.6.
Niveau
d’acceptation
de
l’expérience
des
«
voix
»
Le
niveau
d’acceptation
de
l’expérience
des
«
voix
»
a
été
évalué
pour
les
participants
issus
de
la
population
non-clinique
ainsi
que
pour
les
participants
issus
de
la
population
clinique.
Les
résultats
montrent
que
les
participants
issus
de
la
population
non-clinique
présentent
un
niveau
d’acceptation
de
l’expérience
des
«
voix
»
significativement
plus
important
(ET
5,38)
que
les
participants
ayant
un
profil
clinique
(ET
6,59)
;
t
(82,14)
=
14,39
;
p
<
0,000).
De
plus,
l’indice
de
Hedges’
g
[28]
montre
que
la
taille
de
l’effet
de
cette
différence
est
très
importante
(Hedges’
g
=
2,24)1.
Cet
indice
a
été
priorisé
étant
donné
la
différence
de
taille
existant
entre
les
deux
échantillons
évalués
[29].
10,2
représente
une
taille
d’effet
«petite»,
0,5
représente
une
taille
d’effet
«moyenne»,
0,8
un
effet
d’effet
«grand»
;
1,2
un
effet
«
très
grand
»
et
2
un
effet
«
extrêmement
important
»
(Sawilowsky,
2009).
Pour
citer
cet
article
:
Langlois
T,
et
al.
Acceptation
des
«
voix
»
chez
les
personnes
avec
ou
sans
troubles
psychiatriques
:
validation
francophone
de
l’échelle
VAAS
à
9
items.
Encéphale
(2020),
https://doi.org/10.1016/j.encep.2020.01.009
ARTICLE IN PRESS
G Model
ENCEP-1240;
No.
of
Pages
7
6
T.
Langlois
et
al.
/
L’Encéphale
xxx
(2020)
xxx–xxx
Tableau
5
Régressions
multiples
permettant
de
déterminer
la
contribution
des
sous-échelles
de
la
BAVQ-R,
de
la
VAAS-9
et
de
la
BPRS
symptomatologie
positive
et
négative
au
score
de
dépression
(n
=
65).
Sous-échelles
de
la
BAVQ-R Symptomatologie
positive
et
négative
VAAS-9
Variable
dépendante
R2F
(ddl)
R2(variation)
F
(ddl)
R2(variation)
F
(ddl)
BPRS-Dépression
0,221*
3,34
(5,59)
0,42**
(0,20)
9,60
(2,57)
0,52**
(0,09)
11,43
(1,52)
**p
<
0,001
;
*p
<
0,05.
4.
Discussion
Cette
étude
avait
pour
objectifs
:
de
définir
les
propriétés
psychométriques
de
l’échelle
dans
sa
version
francophone,
pour
les
deux
versions
(9
et
12
items)
;
d’évaluer
le
niveau
d’acceptation
des
voix
sur
une
population
clinique
et
non-clinique.
D’une
part,
il
est
ressorti
de
notre
analyse
que,
comparées
entre
elles,
les
deux
versions
de
l’échelle
VAAS
présentaient
des
indices
de
qualité
d’ajustement
satisfaisants
pour
la
structure
factorielle.
Un
avantage
a
été
observé
pour
la
version
à
9
items,
ce
qui
confirme
l’étude
de
validité
réalisée
par
Brockman
et
ses
collaborateurs
[24].
D’autre
part,
on
constate
que
les
scores
à
l’échelle
VAAS
9
sont
fortement
corrélés
à
ceux
de
la
dépression
chez
les
patients
atteints
de
schizophrénie,
ce
qui
est
congruent
avec
les
données
de
la
litté-
rature
qui
suggèrent
qu’un
faible
niveau
d’acceptation
des
voix,
est
associé
à
un
niveau
de
dépression
important
chez
ces
patients
[30].
En
outre,
comparés
aux
croyances
des
voix,
nos
résultats
montrent
également
que
la
version
francophone
de
la
VAAS
9
explique
une
part
plus
élevée
de
la
dépression
que
dans
de
précédentes
études
(9
%
de
la
variance
de
la
dépression,
comparé
à
8
%
de
la
variance
dans
l’étude
précédente)
[24].
Par
ailleurs,
nous
constatons
que
l’acceptation
des
voix
ne
semble
pas
être
reliée
à
une
symptomatologie
spécifique
de
la
schi-
zophrénie
sur
notre
population
clinique.
En
effet,
quels
que
soient
les
symptômes
positifs
ou
négatifs,
il
n’existe
pas
de
corrélations
significatives
entre
ces
deux
types
de
symptômes
et
l’acceptation.
Ce
point
suggère
que
l’acceptation
des
voix
pourrait
être
dépen-
dante
des
croyances
des
patients
à
propos
de
leurs
voix
et
de
l’expérience
émotionnelle
qui
en
résulte
[8,31],
plutôt
que
liée
à
un
type
et
une
intensité
de
symptôme
de
la
schizophrénie.
Cette
hypothèse
semblerait
plausible
puisque
le
niveau
d’acceptation
des
voix
est
corrélé
positivement
à
la
bienveillance
et
l’engagement
par
rapport
aux
voix,
et
corrélé
négativement
à
la
malveillance,
l’omnipotence
et
la
résistance
des
voix.
En
d’autres
termes,
plus
les
voix
sont
perc¸
ues
comme
bienveillantes
et
engageantes,
plus
leur
acceptation
est
élevée.
Ces
résultats
vont
dans
le
sens
des
travaux
de
Romme
&
Escher
[10]
qui
suggèrent
que
les
personnes
n’ayant
pas
de
troubles
psychiatriques
et
qui
entendent
des
voix,
semblent
mieux
les
vivre.
En
effet,
le
score
d’acceptation
des
voix
obtenu
pour
cette
population
non-clinique
était
significativement
supérieur
à
celui
de
notre
échantillon
de
patients
souffrant
de
schizophrénie.
En
revanche,
plus
les
voix
sont
perc¸
ues
comme
puissantes,
mal-
veillantes
et
source
de
résistance,
et
moins
elles
sont
acceptées
en
tant
qu’expérience,
ce
qui
est
le
cas
pour
les
patients
atteints
de
schizophrénie.
Un
premier
facteur
qui
pourrait
expliquer
cette
différence
serait
celui
d’une
meilleure
flexibilité
psychologique
qui
pourrait
rendre
compte
de
cette
capacité
d’acceptation
des
voix
chez
les
entendeurs
de
voix
sans
troubles
psychiatriques,
comparés
aux
patients
souffrant
de
schizophrénie
entendant
des
voix
qui
manquent
très
souvent
de
cette
flexibilité
[18].
Un
autre
facteur
qui
influencerait
ce
niveau
d’acceptation
dans
la
popu-
lation
non-clinique
pourrait
être
également
celui
des
croyances
qu’ont
les
personnes
au
sujet
de
leurs
voix.
Malheureusement
à
ce
niveau,
il
ne
nous
est
pas
possible
de
supporter
cette
hypothèse
car
notre
étude
n’avait
pas
prévu
d’introduire
un
outil
d’évaluation
des
croyances
qu’ont
les
personnes
à
propos
de
leurs
voix
pour
l’échantillon
non-clinique.
Néanmoins,
si
nous
considérons
dans
notre
échantillon
non-clinique
le
faible
taux
de
recours
à
des
soins
psychothérapiques
ou
médicamenteux
rapporté
par
les
partici-
pants
(seulement
23,1
%
d’entre
eux
déclaraient
suivre
ou
bénéficier
d’une
aide
psychothérapique,
et
17,6
%
déclaraient
prendre
un
trai-
tement
médicamenteux
pour
les
voix),
alors
il
est
probable
que
les
croyances
associées
aux
voix
soient
de
nature
positive.
Cette
idée
semblerait
même
possible
si
l’on
considère
qu’un
bon
niveau
d’acceptation
des
voix
est
une
condition
nécessaire
pour
mieux
vivre
avec,
et
parvenir
à
s’engager
dans
une
vie
pleine
de
sens
pour
soi
[10].
En
outre,
nos
résultats
indiquent
que
la
symptomatologie
dépressive
est
expliquée
par
la
présence
de
symptôme
positif,
néga-
tif,
et
l’acceptation.
Dans
ces
résultats,
c’est
à
nouveau
le
niveau
d’acceptation
des
voix
qui
explique
le
mieux
la
dépression.
Par
conséquent,
le
niveau
d’acceptation
des
voix
semble
être
un
indica-
teur
clinique
puissant
pour
mesurer
la
détresse
des
personnes
qui
entendent
des
voix,
atteintes
ou
non
de
schizophrénie.
Ces
résultats
seraient
donc
d’une
grande
portée
dans
la
pratique
psychiatrique,
car
lors
de
l’évaluation
clinique
des
patients
souffrant
de
schizo-
phrénie,
associée
à
l’évaluation
de
la
symptomatologie
positive
et
négative,
l’évaluation
de
l’acceptation
des
voix
permettrait
dans
ce
cas
de
mieux
objectiver
la
dépression
lorsqu’elle
est
présente,
tout
en
en
précisant
sa
source.
Cela
donnerait
également
la
possibilité
d’engager
un
échange
avec
les
personnes
entendant
des
voix
pour
explorer
leurs
«
attitudes
psychologiques
»
vis-à-vis
de
leurs
voix.
Enfin,
à
ce
niveau
d’évaluation,
connaître
le
niveau
d’acceptation
des
voix
pourrait
également
permettre
de
définir
avec
plus
de
précision
les
cibles
thérapeutiques
pour
la
prise
en
charge
des
patients
souffrant
de
schizophrénie
entendant
des
voix.
Concrète-
ment,
cela
aiderait
à
orienter
les
patients
en
fonction
de
leur
niveau
d’acceptation
de
leurs
voix
vers
des
thérapeutiques
adaptées
à
chaque
cas
(comme
les
TCC,
les
approches
basées
sur
l’acceptation
et
la
compassion
ou
des
remédiations
cognitives
spécifiques)
pour
mieux
gérer
et
vivre
avec
les
voix.
Enfin,
cet
outil
permettrait
de
dif-
férencier
avec
précision
ce
qui
relève
de
l’acceptation
des
voix
suite
à
des
interventions
thérapeutiques
ciblées
sur
ces
phénomènes,
ce
qui
faisait
défaut
jusqu’à
présent.
En
effet,
jusqu’ici
les
études
mesurant
l’efficacité
des
interventions
basées
sur
la
Mindfulness
et
ACT
n’utilisaient
que
des
échelles
de
pleine
conscience
pour
mesu-
rer
les
capacités
d’accueil
des
voix
[32].
Dans
la
majorité
des
cas,
elles
ne
prenaient
en
compte
que
des
scores
issus
d’échelles
de
Likert
pour
mesurer
la
crédibilité
accordée
aux
voix
[17],
ou
le
taux
de
ré-hospitalisation
des
patients
comme
indicateur
pour
justifier
l’efficacité
des
approches
de
3evague
sur
les
voix.
L’utilisation
sys-
tématique
d’un
outil
spécifique
pour
l’évaluation
de
l’acceptation
des
voix
permettra
de
répondre
à
ce
problème.
Notre
étude
présente
toutefois
des
limites
puisque
nous
n’avons
pas
pu
appliquer
le
même
protocole
complet
pour
la
popula-
tion
non-clinique.
L’étude
de
régression
n’a
été
réalisée
que
sur
un
échantillon
clinique
de
petite
taille.
De
plus,
pour
la
popu-
lation
non-clinique,
nous
n’avions
pas
de
certitude
quant
aux
tableaux
cliniques
éventuels
qu’ils
pouvaient
présenter.
En
effet,
ces
données
ont
été
recueillies
en
«
self-report
»,
aucun
examen
médical
n’a
pu
être
effectué,
et
il
est
possible
qu’une
évaluation
Pour
citer
cet
article
:
Langlois
T,
et
al.
Acceptation
des
«
voix
»
chez
les
personnes
avec
ou
sans
troubles
psychiatriques
:
validation
francophone
de
l’échelle
VAAS
à
9
items.
Encéphale
(2020),
https://doi.org/10.1016/j.encep.2020.01.009
ARTICLE IN PRESS
G Model
ENCEP-1240;
No.
of
Pages
7
T.
Langlois
et
al.
/
L’Encéphale
xxx
(2020)
xxx–xxx
7
psychiatrique
ait
soulevé
des
problèmes
psychiatriques
non
men-
tionnés.
Par
ailleurs,
l’idée
que
l’acceptation
soit
dépendante
des
croyances
et
de
l’expérience
émotionnelle
qui
en
résulte
est
à
considérer
avec
beaucoup
de
précautions.
En
effet,
l’absence
de
corrélations
entre
l’acceptation
et
la
symptomatologie
spécifique
de
la
schizophrénie
n’est
pas
suffisante
pour
valider
cette
hypo-
thèse.
De
plus,
dans
notre
population
non-clinique,
aucune
mesure
des
croyances
par
rapport
aux
voix
n’a
pu
être
effectuée
avec
un
outil
spécifique.
Enfin,
la
qualité
de
vie
n’a
pas
été
mesurée
dans
les
deux
populations,
ce
qui
nous
amène
à
relativiser
l’idée
que
les
sujets
vivent
relativement
bien
avec
leurs
voix
si
elles
sont
perc¸
ues
comme
bienveillantes.
Ces
limites
devront
être
précisées
lors
de
futures
études
et
nous
obligent
à
considérer
nos
hypothèses
avec
prudences.
En
conclusion,
l’échelle
VAAS
9
représente
un
outil
fiable
et
indispensable
pour
évaluer
l’acceptation
des
voix
chez
les
patients
atteints
de
schizophrénie.
Désormais,
il
sera
possible
pour
les
cli-
niciens
et
les
chercheurs
francophones
d’utiliser
un
outil
pertinent
pour
mesurer
l’acceptation
des
voix
lors
d’interventions
thérapeu-
tiques,
d’essais
cliniques
ou
de
recherches
futures.
Financement
Cette
étude
a
rec¸
u
le
soutien
de
l’AFTCC
«
Association
Franc¸
aise
de
Thérapie
Comportementale
et
Cognitive
»
et
de
la
FERREPSY
«
Fédération
de
Recherche
en
Psychiatrie
Occitanie
».
Déclaration
de
liens
d’intérêts
Les
auteurs
déclarent
ne
pas
avoir
de
liens
d’intérêts.
Remerciement
Isabelle
Cheval,
traductrice
pour
ses
relectures
de
nos
traduc-
tions
et
ses
suggestions
éclairées.
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