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François baron de Tott (1733-1793) et ses mémoires

Authors:
Annuaire de l'École pratique des hautes
études (EPHE), Section des sciences
historiques et philologiques
Résumés des conférences et travaux
141 | 2011
2008-2009
Histoire des doctrines stratégiques
François baron de Tott (1733-1793) et ses mémoires
FerencTóth
Éditionélectronique
URL : https://journals.openedition.org/ashp/1043
DOI : 10.4000/ashp.1043
ISSN : 1969-6310
Éditeur
Publications de l’École Pratique des Hautes Études
Éditionimprimée
Date de publication : 2 février 2011
Pagination : 298-299
ISSN : 0766-0677
Référenceélectronique
Ferenc Tóth, « François baron de Tott (1733-1793) et ses mémoires », Annuaire de l'École pratique des
hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [En ligne], 141 | 2011, mis en ligne
le 24 février 2011, consulté le 06 juillet 2021. URL : http://journals.openedition.org/ashp/1043 ; DOI :
https://doi.org/10.4000/ashp.1043
Tous droits réservés : EPHE
298 Annuaire – EPHE, SHP — 141e année (2008-2009)
F R A NÇ OI S BA RON D E TO T T (173 3 -179 3)
ET SES MÉMOIRES
Conférences de M. Ferenc Tóth,
École supérieure Daniel Berzsenyi,
université protestante réformée Gaspar Karoli (Hongrie),
directeur d’études invité
La vie du baron de Tott passe pour une histoire extrêmement passionnante de l’époque
des Lumières. Fils d’un ancien combattant de la guerre d’indépendance hongroise du
début du xviiie siècle, François baron de Tott naquit le 18 août 1733 à Chamigny. Il
entra dans le régiment de hussards Berchény en tant que cornette en 1742, à l’âge de
neuf ans. Il participa aux campagnes de 1743-1748 et fut blessé à la bataille de Law-
feld. Son père, André Tóth, travailla sur le territoire de l’Empire ottoman comme
diplomate au service de la France. Pour remplacer son père, le gouvernement envoya
François en 1755 à Constantinople pour apprendre la langue turque. Il raconta ses
impressions sur la capitale turque d’une manière pittoresque et avec beaucoup d’anec-
dotes dans le premier livre de ses mémoires. Après les années d’études, il retourna en
France (1763) où il voulait faire une carrière diplomatique. Une grande possibilité
s’offrit à lui en 1767, date à laquelle il fut envoyé en Crimée an de faciliter un conit
militaire entre la Russie et l’Empire ottoman. Il remplit sa mission avec beaucoup
de succès et t même la campagne avec le khan des Tartares en 1768-1769, dont il
rendit compte dans le deuxième livre de ses mémoires. Ensuite, il se rendit à Constan-
tinople où il se distingua dans sa fortication. Après avoir vaillamment défendu le
détroit des Dardanelles contre l’offensive navale de l’amiral Orlov, Tott fut chargé
d’organiser une école d’artillerie à tir rapide (diligents ou « süratchis » en turc). Il
y construisit d’autre part une fonderie de canons, dont le bâtiment existe toujours à
Istanbul. Cet épisode de sa vie est raconté d’une manière détaillée dans le troisième
livre de ses mémoires. Finalement, sa dernière mission diplomatique eut lieu en 1776-
1777 lorsqu’il fut envoyé en tant qu’inspecteur des Échelles du Levant. En outre, il
avait aussi une mission secrète : examiner la possibilité d’une éventuelle expédition
en Égypte dont il fut le plus ardent propagateur. Ce projet fut rejeté par le comte de
Vergennes, alors ministre des affaires étrangères, et fut différé jusqu’à l’entreprise de
Napoléon Bonaparte. La description de ce voyage constitue d’ailleurs le quatrième
livre de ses mémoires. Le baron quitta la France sous la Révolution et émigra en Hon-
grie où il termina ses jours en 1793.
Les mémoires en question se composent de cinq parties : un discours prélimi-
naire et quatre livres. Dans le discours préliminaire l’auteur présente sa théorie sur la
philosophie de l’histoire et récuse l’opinion de Montesquieu concernant l’inuence
du climat sur les habitants d’un pays. Dans son premier livre, consacré à Constanti-
nople et au système politique turc, il se révèle un partisan de la théorie du despotisme
oriental dont il critique sévèrement la tyrannie. Néanmoins, ses remarques apportent
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beaucoup d’informations sur la société contemporaine turque qu’il connaissait vrai-
ment bien. Ses anecdotes rendent son style agréable à lire et contribuent grandement
à la célébrité de cet ouvrage. Le deuxième livre est un témoignage précieux de la vie
quotidienne des Tartares de Crimée avant l’occupation russe. On y voit non seulement
l’histoire de son voyage en 1768-1769 mais également une description géographique
de la ore et de la faune ainsi qu’une analyse sociale du pays des Tartares. Son point
de vue est très proche de celui de Montesquieu dans les Lettres persanes : critique de
la société française à travers le verdict des Tartares. La partie suivante est consacrée à
son activité militaire à Constantinople pendant la guerre russo-turque à partir de 1769
jusqu’en 1774. Malgré ses ambitions d’augmenter l’importance de son rôle pendant
cette période, cette partie est également riche en informations intéressantes et passe
pour une source historique able. Enn, la dernière partie de son ouvrage présente
surtout la province la plus convoitée de l’Empire ottoman : l’Égypte. Hormis la des-
cription des vestiges de l’Antiquité il y préconise, entre autres, l’ouverture du canal à
Suez, projet dont Napoléon Bonaparte s’inspira également.
Le livre eut un très grand succès à sa parution. La première édition date de 1784.
Mais, durant les deux années suivantes, les mémoires connurent encore quatre édi-
tions en français. Un véritable best-seller de l’époque ! Les versions en langues étran-
gères (anglaise, allemande, danoise et néerlandaise) des mémoires remportèrent éga-
lement un grand succès. La traduction anglaise des Mémoires du baron de Tott sur
les Turcs et les Tartares fut un des ouvrages les plus empruntés par les membres de
la New York Society Library en 1789. Parmi les lecteurs célèbres contemporains des
mémoires il faut mentionner la famille royale, l’orientaliste Volney, le révolutionnaire
Brissot et le jeune Napoléon Bonaparte. Voici l’opinion de l’ancien ambassadeur de
France, le chevalier de Saint-Priest sur la qualité des mémoires du baron de Tott : « Ses
Mémoires, dont je viens de parler, sont exacts à quelques jactances près ; ils font assez
bien connaître le gouvernement turc de notre temps. »
En conclusion, l’œuvre du baron de Tott devint un ouvrage de référence pour
les historiens, orientalistes, géographes et écrivains. Pour illustrer l’inuence des
mémoires sur la littérature je ne cite que l’exemple de l’écrivain allemand Burger,
qui emprunta beaucoup aux mémoires du baron de Tott pour former le personnage du
légendaire baron de Münchhausen. Par ailleurs, cet ouvrage ne cesse d’être une source
historique utilisé, car il est abondamment cité par des historiens aussi éminents que
F. Braudel, H. Laurens, R. Mantran, O. T. Murphy.
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