ArticlePDF Available

Le NIMBY ne suffit plus ! Étude de l’acceptabilité sociale des projets de méthanisation

Authors:

Abstract

Les projets d’énergies renouvelables sont loin de faire l’unanimité au niveau local alors qu’ils sont en général soutenus dans l’opinion publique comme moyens de lutter contre le changement climatique. L’attitude NIMBYiste est souvent relevée comme un facteur expliquant ces oppositions locales. Or, nous pensons qu’il existe d’autres déterminants plus importants et que l’acceptabilité sociale est un phénomène bien plus complexe. L’objectif de l’étude est donc d’identifier les facteurs expliquant les différences en termes d’acceptabilité sociale. Pour cela, nous nous appuyons sur le cas du déploiement de la méthanisation en France, au travers de l’analyse d’entretiens semi-directifs menés auprès de 49 parties prenantes de projets. Nous mettons en évidence le rôle de la gouvernance territoriale mais aussi de l’attachement au lieu comme paramètres majeurs permettant d’expliquer une plus ou moins grande acceptabilité locale. Loin d’être perçues comme freinant un projet, les oppositions citoyennes doivent être appréhendées comme faisant partie intégrante de la gouvernance territoriale, appelant la mise en place de démarches plus participatives.
Article accepté dans la revue Lespace politique
Le NIMBY ne suffit plus ! Etude
de lacceptabilité sociale des
projets de méthanisation
Sébastien BOURDIN, Enseignant-Chercheur, EM
Normandie Business School, Département
Economie, Territoires et Développement durable,
Métis Lab
sbourdin@em-normandie.fr
Résumé :
Les projets dénergies renouvelables sont loin de faire lunanimité au niveau local alors quils
sont en général soutenus dans lopinion publique comme moyens de lutter contre le changement
climatique. Lattitude NIMBYiste est souvent relevée comme un facteur expliquant ces
oppositions locales. Or, nous pensons quil existe dautres déterminants plus importants et que
lacceptabilité sociale est un phénomène bien plus complexe. Lobjectif de létude est donc
didentifier les facteurs expliquant les différences en termes dacceptabilité sociale. Pour cela,
nous nous appuyons sur le cas du déploiement de la méthanisation en France, au travers de
lanalyse dentretiens semi-directifs menés auprès de 49 parties prenantes de projets. Nous
mettons en évidence le rôle de la gouvernance territoriale mais aussi de lattachement au lieu
comme paramètres majeurs permettant dexpliquer une plus ou moins grande acceptabilité
locale. Loin dêtre perçues comme freinant un projet, les oppositions citoyennes doivent être
appréhendées comme faisant partie intégrante de la gouvernance territoriale, appelant la mise
en place de démarches plus participatives.
Mots clefs : NIMBY, acceptabilité sociale, attachement au lieu, méthanisation, débat public,
gouvernance territoriale
English title : The NIMBY is no longer enough! Study of the social acceptability of
methanization projects
Abstract :
Renewable energy projects are far from being unanimously accepted at local level, while they
are often supported by public opinion as a mean of combating climate change. Most of the time,
the NIMBYist attitude is invocated as a factor explaining these local oppositions. However, we
believe that social acceptability is a much more complex phenomenon. The objective of the
study is therefore to identify the factors that explain the differences in terms of social
acceptability. To do this, we rely on the case of the deployment of methanization in France,
through the analysis of semi-directive interviews conducted with 49 project stakeholders. Our
results suggest that NIMBYism is not the main factor explaining the difficulties of social
Article accepté dans la revue Lespace politique
acceptability in renewable energy projects. This principle only very rarely explains the
behaviour of local residents (opposition and support) towards methanization units. Other much
more important parameters come into play. For example, methanization units are more easily
accepted when they are accompanied by an overall policy of territorial governance based on
the creation of trust, a systematic integration of all stakeholders, including those who might be
opposed to them. Relationship-based management at an early stage of the project considerably
increases social acceptability. Our paper put forward the role of territorial governance but also
of place-attachment as major parameters to explain a greater or lesser degree of local
acceptability. Far from being perceived as a hindrance to a project, citizen opposition must be
understood as an integral part of territorial governance, calling for the implementation of more
participatory approaches.
Keywords: NIMBY, social acceptability, place-attachment, methanization, public debate,
territorial governance
Cet article sinscrit dans le cadre du projet de recherche DETECTE (Développement
Economique & Territorial, Economie Circulaire et Transition Energétique) financé dans le
cadre du programme PSDR.
Introduction
Depuis le début de la transition énergétique en France, les débats se sont fortement concentrés
sur les perspectives techniques (Lejoux et Ortar, 2014). Le déploiement de nouvelles énergies
renouvelables repose en particulier sur des approches technico-économiques. Or, comme Jan
Zoellner et al. (2008) laffirment, la politique et lindustrie se sont trop longtemps concentrés
sur la faisabilité économique alors que les questions sociales ont été complètement exclues. Par
conséquent, de nombreux conflits locaux sont apparus au cours des processus de planification
des projets énergétiques locaux. Douglas Aitken (2010) en particulier critique ce point de vue
technico-économique et appelle donc à une réflexion critique intégrant la dimension sociale.
Par conséquent, Richard Cowell (2010) souligne que des approches ne couvrant que les facteurs
technico-économiques sont de facto incomplètes. Jan Zoellner et al. (2008) assurent même que
les caractéristiques technologiques des énergies renouvelables peuvent être négligées et quil
faudrait se concentrer exclusivement sur les processus de négociation entre les parties prenantes
des projets.
Cette approche représente un défi de taille car de nombreux nouveaux acteurs sont impliqués
dans la transition énergétique. Ainsi, non seulement les entreprises fournisseuses en électricité,
mais aussi les collectivités, les entreprises, les associations, les agriculteurs et les particuliers
peuvent participer à la planification et à lexploitation de centrales locales dénergies
renouvelables. Les motivations qui sous-tendent les actions de ces acteurs sont donc aussi
diverses que contradictoires et conduisent à une complexité sociotechnique beaucoup plus
grande dans le développement des systèmes énergétiques verts que ce nétait le cas dans le
contexte des systèmes dénergie purement fossiles-nucléaires. De plus, la complexité des
projets énergétiques territoriaux est accrue en raison de la diversité des contextes locaux qui
Article accepté dans la revue Lespace politique
font inévitablement partie de lélaboration de chaque projet (Oiry, 2015 ; Fournis et Fortin,
2015 ; Bourdin et al., 2019b). Par conséquent, il manque encore des approches scientifiques
prenant en compte les spécificités locales et les ressources territoriales à disposition et de
déterminer la technologie la plus appropriée pour un site donné en conséquence.
Lorsque lon étudie de développement des énergies renouvelables, il peut paraître à première
vue surprenant qualors que ces énergies sont largement considérées comme plus respectueuses
de lenvironnement que les combustibles fossiles ou lénergie nucléaire, elles ne sont guère
moins sujettes à lopposition que les installations plus classiques (Devine-Wright, 2005 ;
Upham et Shackley, 2006). Parmi les énergies renouvelables dont le déploiement sur les
territoires fait débat, on compte la méthanisation. Le biogaz est une source dénergie verte
produite par digestion anaérobie de matières premières organiques biodégradables (déchets
municipaux et industriels, résidus animaux et agricoles). Le biogaz valorisé peut être injecté
dans un réseau de gaz naturel ou encore être transformé en électricité et en chaleur lorsquil est
produit en cogénération. Par ailleurs, le digestat le résidu du processus de méthanisation
peut être utilisé en agriculture comme engrais organique compte-tenu de sa forte teneur en
azote. En plus de fournir de lénergie et du fumier, le biogaz contribue à réduire les externalités
négatives associées aux déchets organiques comme la contamination des eaux souterraines et
du sol, les émissions de polluants atmosphériques locaux comme les dioxines et le méthane,
des puissants gaz à effet de serre (Wellinger et al., 2013). Pourtant, bien que la production de
biogaz soit communément reconnue dans les domaines environnementaux et sociétaux
(Bourdin et al., 2019b), il existe plusieurs obstacles au déploiement de la méthanisation,
principalement relevant de problèmes dacceptabilité sociale. Cette dernière peut être définie
comme un processus au cours duquel une pluralité dacteurs impliqués va interagir au fur et
à mesure des arrangements et des règles institutionnels dans le but de faire émerger un projet
sociotechnique qui tient compte des spécificités du territoire (Fournis et Fortin, 2013 ; Fortin et
Fournis, 2014)
Dans de nombreux cas, les conflits émergent car il existe un sentiment dinjustice des initiateurs
de ces oppositions locales, notamment sur la répartition inégale des externalités des projets
énergétiques territoriaux (Bourdin et al., 2019b). Dans le cadre de la méthanisation, les
principales externalités négatives recensées dans la littérature sont les odeurs désagréables,
limpact négatif sur le paysage, les contraintes/changements sur la qualité de vie (y compris
laugmentation du trafic local), la baisse des prix de limmobilier pour les habitations localisées
à proximité (Capodaglio et al., 2016). Dans son article portant sur lanalyse de lacceptabilité
sociale dun projet de décharge, Léa Sebastien (2013) souligne que lexplication NIMBYiste
1
(motifs égoïstes des résidents locaux) nest pas suffisante pour expliquer lémergence de
contestations de projets daménagement, et que les raisons invoquées ne font pas forcément
référence à une attitude de défense des intérêts personnels. Elle va même plus loin en parlant
de « résistance éclairée » (Sébastien, 2013 et 2018) et met en évidence que le front de refus des
habitants peut se transformer en une force de proposition pour des projets alternatifs. Ainsi,
nous faisons lhypothèse que la mobilisation citoyenne ne doit pas être stigmatisée et réduite
comme bien trop souvent à un effet NIMBY. Au contraire, elle répond à des logiques multiples,
et en particulier à celles de lattachement au lieu et de linjustice perçue (voire réelle).
1
« Not in my backyard »
Article accepté dans la revue Lespace politique
Aussi, afin daller plus loin que lexplication NIMBYiste (Burningham, 2000), nous proposons
de mobiliser la théorie du lieu dans les études sur le déploiement des énergies renouvelables
(Devine-Wright, 2009 et 2013) pour analyser les problèmes dacceptabilité sociale. Nous
retenons ici la logique des géographies énergétiques (Calvert, 2016) en combinant les sciences
sociales avec une approche géographique (Sovacool, 2014) pour analyser les dimensions
géographiques des injustices sociales et des tensions politiques liées aux projets qui peuvent
expliquer les problèmes dacceptabilité sociale.
Comme lexpansion des projets énergétiques territoriaux au cours des dernières années a surtout
échoué en raison de conflits sociaux et quune forte diminution de lacceptabilité a été observée
(Gaede et Rowlands, 2018), notre étude vise à identifier les facteurs qui peuvent expliquer les
problèmes dacceptabilité sociale et qui constituent un frein au développement des énergies
renouvelables sur le territoire. Notre problématique sarticule donc comme suit : dans quelle
mesure la compréhension des ressorts de lacceptabilité sociale permettrait-elle de faciliter le
déploiement de la méthanisation sur les territoires ? Nous nous focaliserons sur les unités de
biogaz, compte-tenu du fait que la littérature sur lacceptabilité sociale de cette énergie verte
est très peu développée, contrairement à celle des énergies éoliennes. Notre étude de cas portera
sur une analyse de plusieurs projets dunités qui ont soit été arrêtés voire abandonnés, soit qui
ont vu le jour. Lobjectif ainsi est de comprendre comment les dynamiques dacceptabilité
sociale se sont construites et ont pu aboutir à léchec ou au succès du déploiement de la
méthanisation sur les territoires en question.
Notre article sorganise comme suit : après avoir présenté le cadre théorique mobilisé pour
expliquer les difficultés dacceptabilité sociale, nous présenterons la méthodologie utilisée puis
analyserons les résultats issus du traitement qualitatif des entretiens. Enfin, nous concluons en
proposant une discussion de nos résultats ouvrant sur de futures recherches.
1. Expliquer les problèmes dacceptabilité sociale, au-delà du
NIMBY
Plusieurs travaux ont mis en évidence lexistence dun « fossé social » (Bell et al., 2005 et 2013)
caractérisé par lécart entre le fort soutien du public aux énergies renouvelables exprimé dans
les sondages dopinion en général et le faible taux de réussite des processus de planification de
projets de développement dénergies vertes lié à des oppositions au niveau local. Les raisons
sous-jacentes de ces protestations actives sont complexes et la recherche en sciences sociales
ne sest pas entendue autour dune explication généralement acceptée. Nous avons fait le choix
de dépasser lapproche NIMBYiste (première sous-partie) pour proposer dautres cadres
théoriques et conceptuels (deuxième sous-partie) permettant dexpliquer les problèmes
dacceptabilité sociale. En particulier, nous mettons en évidence plusieurs autres facteurs
explicatifs tels que les problèmes de gouvernance territoriale des projets (déficit démocratique
et manque de confiance notamment), le manque de justice distributive ou encore lattachement
au lieu.
1.1. Les limites dune explication NIMBYste
Le NIMBY est un argument souvent avancé pour expliquer les problèmes dacceptabilité
sociale. Selon ce principe, les personnes soutiennent lénergie renouvelable en général, mais
Article accepté dans la revue Lespace politique
sopposent activement à tout développement dans leur propre environnement pour des raisons
dintérêt personnel. On peut le définir comme étant le fait que « des personnes combinent une
attitude positive et une résistance motivée par des coûts et des avantages personnels calculés »
(Wolsink, 2000, p. 5). Dans le dilemme du prisonnier, il est collectivement rationnel que le bien
public (lénergie issue de la méthanisation) soit produit, mais il est individuellement rationnel
que chaque individu profite des contributions des autres (ne pas avoir une usine de biogaz prêt
de chez soi). La contribution de lindividu au bien public (quelques mégawatts dénergie issue
de la biomasse provenant de lunité de méthanisation locale) est négligeable, tandis que le coût
de cette contribution peut être considérable. Chaque individu fait le même calcul individuel et
choisit de faire du resquillage (ne pas avoir dunité de méthanisation proche de chez soi). Par
conséquent, le bien public nest pas fourni (le projet de développement dune unité de biogaz
échoue). De plus, ce concept de « NIMBY » est utilisé pour décrire de façon péjorative toute
opposition : une communauté locale entendue comme lensemble des acteurs dun territoire
donné , ou des individus spécifiques au sein dune communauté, sopposeraient à un projet
dénergie renouvelable en raison de la protection égoïste de leur « arrière-cour ». Il en
découlerait que les opposants à un tel projet sont en quelque sorte irrationnels, obstructifs et
contraires au bien commun. Or, dans les faits, cela peut détourner lattention dune approche
plus réfléchie de la possibilité de défauts dans (i) le processus de concertation, (ii) la conception
même du projet, (iii) son emplacement.
Dans la littérature, le concept de NIMBY a fait lobjet dun large éventail de critiques portant
sur sa faiblesse conceptuelle, son imprécision et sa façon contre-productive de décrire
lopposition aux projets dénergie verte (Wolsink, 2000 et 2006 ; Devine-Wright, 2005, 2009
et 2013 ; Van der Horst, 2007 ; Aitken, 2010, Sébastien, 2018 ; etc.). Bien que certains
chercheurs continuent de reconnaître la valeur de lutilisation du NIMBY comme concept
opérationnel (Cohen et al., 2014), il existe un fort et large consensus selon lequel la réalité
sociale de lopposition locale est plus complexe. Malgré cela, le terme est durablement ancré et
continue dêtre utilisé, en particulier dans les médias et dans le discours politique. Maarten
Wolsink (2012) explique même que le terme est utilisé comme « une vérité qui va de soi ».
Lorsque lon se penche sur les principales limites du NIMBY, on dénombre une pluralité
darguments. Premièrement, Thomas Blaschke et al. (2013) notent quil est difficile de
comprendre les soutiens ou les oppositions à légard des projets dénergie renouvelable car ils
sont fondés sur des valeurs personnelles. Par conséquent, lévaluation individuelle et collective
de lintérêt dun projet et de ses externalités ne fait pas uniquement référence à des
comportements rationnels tels que le phénomène NIMBY, mais aussi à des significations
symboliques et émotionnelles (Fast, 2013). Deuxièmement, ces phénomènes de soutien ou
dopposition sont spatialement limités, car ils dépendent des circonstances locales (Bell et al.,
2005), et donc, lopposition aux unités de production de biogaz ou à toute installation
dénergie renouvelable telles que les éoliennes est souvent associée à tort à largument
NIMBY (Bertsch et al., 2017). Troisièmement, Maarten Wolsink (2007) soutient que
lopposition locale à lénergie renouvelable ne peut sexpliquer par des motifs égoïstes des
résidents locaux mais plutôt par un manque d’équité des décisions dans la mise en œuvre des
projets. Quatrièmement, dautres auteurs expliquent que lengagement de la population locale
à lencontre des installations dénergie verte diminue avec la distance spatiale (Warren et al.,
2005 ; Van der Horst, 2007). Ils constatent également un syndrome « NIMBY spatialement
inversé », selon lequel les résidents vivant à proximité des parcs éoliens ont tendance à avoir
une attitude plus positive que ceux vivant plus loin. Quelques études ont même montré quil
Article accepté dans la revue Lespace politique
existait un phénomène « Please in My Backyard » (PIMBY) à légard des éoliennes (Sowers,
2006 ; Brinkman et Hirsh, 2017). Dans le cas du biogaz, certains travaux à partir denquêtes
ont documenté un fort appui de la population locale aux unités de méthanisation (Soland et al.,
2013 ; Kortsch et al., 2015).
1.2. Des explications alternatives aux oppositions locales
Les principaux facteurs qui sont mentionnés la plupart du temps comme moteurs de
lacceptabilité sociale des projets dénergie renouvelable font référence à (i) la gouvernance
territoriale (implication des parties prenantes tout au long du processus, confiance entre les
acteurs) et (ii) léquilibre entre les avantages perçus (emploi, environnement, gestion des
déchets, sécurité énergétique) et les coûts (émission dodeurs, pollution visuelle, pollution
sonore) du projet du point de vue personnel, culturel, social, psychologique (Devine Wright,
2005 ; Wolsink, 2007 ; Soland et al, 2013 ; Schumacher et Schultmann, 2017).
1.2.1. Des défauts dans la mise en œuvre de la gouvernance territoriale
La gouvernance territoriale peut être définie comme un processus portant sur la construction de
cadres communs permettant de coordonner les représentations et stratégies (individuelles et
collectives) présentes sur un territoire. Tout au long du processus, les acteurs interagissent de
manière conflictuelle et/ou coopérative (Torre et al., 2006) et font des choix pour mettre en
œuvre un projet de développement territorial. Selon André Torre et Jean-Eudes Beuret (2012),
ces choix opérés impliquent bien souvent une asymétrie de pouvoir entre les parties prenantes
pouvant être le fruit dun rejet fort du projet. Etudier la gouvernance territoriale revient donc à
la fois à analyser la dynamique des jeux dacteurs (Beuret, 2016 ; Fortin et al., 2019) mais aussi
les dispositifs et instruments pour la mettre en œuvre (Chia et al., 2008).
Concernant lorganisation de cette gouvernance territoriale, plusieurs auteurs ont mis en
évidence le problème de déficit démocratique. Compte-tenu du fait que le résultat du processus
dautorisation dune installation dénergie renouvelable ne reflète pas la volonté de la majorité
de la population locale (Toke, 2002), il peut en résulter un rejet du projet. Ce dernier peut aussi
être dû en partie à la conception du processus de planification selon lequel les décisions initiales
sont prises par les promoteurs, annoncées aux citoyens et ensuite défendues contre les critiques
du public qui déplore bien souvent un manque dinformation sur le projet et un réel déficit
démocratique (Fortin et Fournis, 2014 ; Burningham et al., 2015).
La littérature sur les questions de gouvernance territoriale mobilise notamment le concept de
justice procédurale pour expliquer cela. Il fait référence à léquité et la transparence du
processus de prise de décision à travers des possibilités dinformation et de participation des
acteurs locaux dans la construction du projet (Zoellner et al., 2008 ; Soland, 2013). La justice
procédurale sétudie au travers de lanalyse de quatre niveaux dimplication des acteurs : la
réception de linformation, la consultation, la coopération et le contrôle des citoyens. Plus le
niveau dimplication est élevé, plus la responsabilité est assumée par les participants et plus la
contribution active des citoyens au processus est importante. Bien souvent, il est nécessaire de
faire appel à un acteur intermédiaire territorial pour favoriser limplication des acteurs et
lacceptabilité sociale. Dans le cadre de la méthanisation, les collectivités territoriales semblent
jouer ce rôle (Bourdin et al., 2019a ; Bourdin et Nadou, 2020).
Dans leurs études sur la gouvernance territoriale de projets à vocation énergétique, André Torre
(2010) ou encore Gavin Bridge (2018) soulignent que lobjectif de lintégration du citoyen au
Article accepté dans la revue Lespace politique
processus de planification des projets ne doit pas être déviter les conflits et les controverses.
Ces phénomènes sont plutôt lexpression dun processus de négociation politique démocratique
vital qui remet constamment en question les structures des systèmes énergétiques et contrôle
les processus décisionnels sous-jacents. Ainsi, le rôle des initiatives citoyennes et du débat
public dans les processus de planification sont déterminants. Philippe Subra (2003) nous
explique quant à lui que le débat public ne relève pas dun processus de codécision, mais bien
dun objectif dextension et damélioration de la concertation. De ce point de vue, il est supposé
que les projets qui contiennent une forte dimension dimplication des parties prenantes et qui
permettent ainsi lécoute et la participation des résidents locaux génèrent une approbation plus
importante. En effet, si le projet est démocratiquement légitimé, il est admis quil ne connaîtra
pas dopposition et que, par conséquent, il y aura ce que nous appelons une « compatibilité
sociale ». A linverse, à proximité dinstallations initiées par des porteurs de projets
norganisant pas de participation citoyenne, on sattend à une moindre compatibilité sociale des
projets pouvant entraîner des problèmes dacceptabilité sociale.
Une autre explication des oppositions locales réside en la confiance dans les parties prenantes
des projets. Elle est étroitement liée aux concepts de justice procédurale car la confiance permet
la coopération et la participation, cette dernière aidant à créer des relations de confiance.
Benjamin Walker et al. (2010) décrivent la confiance comme un concept qui se renforce de lui-
même et qui est à la fois une caractéristique nécessaire et un résultat potentiel des
comportements coopératifs. Bishnu Raj Upretia et Dan van der Horst (2004) décrivent la
méfiance comme un obstacle majeur à la promotion de lénergie issue de la biomasse et
soulignent limportance dun dialogue ouvert pour instaurer la confiance dès le début du projet.
Dans le contexte des énergies renouvelables, un certain nombre détudes mettent en avant que
les citoyens recherchent la confiance dans la compétence et la neutralité des porteurs de projets,
des exploitants dinstallations ou des autorités locales (Zoellner et al., 2008 ; Upham et
Shackley, 2007 ; Beuret, 2016). La littérature sur lacceptabilité sociale des installations
dénergie renouvelable indique que la confiance dans les propriétaires dinstallations dénergie
renouvelable augmente lacceptabilité sociale des résidents locaux (Upreti et van der Horst,
2004 ; Devine-Wright, 2007 ; Zelem, 2012). Les grandes unités de méthanisation appartiennent
bien souvent à des investisseurs externes, à des sociétés énergétiques ou à des coopératives
agricoles, tandis que les unités de biogaz à la ferme relèvent dinitiatives individuelles
dagriculteurs. Ainsi, un agriculteur propriétaire dune installation de méthanisation fait partie
de la communauté et les voisins pourraient être plus ouverts à son entreprise quaux
investisseurs externes dune grande unité de biogaz. Ceci est conforme à Charles R. Warren et
Malcolm McFadyen (2010) qui affirment que lacceptabilité locale de la technologie des
énergies renouvelables est plus positive si elle est exploitée par la collectivité locale.
1.2.2. Lattachement au lieu et le manque de justice distributive comme explications des
oppositions locales
Dans les recherches sur lacceptabilité sociale des énergies renouvelables, la dimension
géographique des injustices est déterminante. La théorie du lieu, en particulier lattachement au
lieu, a souvent été utilisée pour comprendre les réactions des personnes au développement des
énergies vertes (Devine-Wright, 2009 et 2013 ; Sébastien, 2016 ; Perlaviciute et al., 2018).
Comme Patrick Devine-Wright (2013) lexplique, ladéquation entre les perceptions de ce que
la technologie et le lieu représentent est un indicateur clé de lacceptation du public. Les
Article accepté dans la revue Lespace politique
résidents de longue date ont souvent un attachement plus fort à leur territoire (Devine-Wright,
2012). Ces problèmes dattachement au lieu sont accentués si une personne vit près du site de
développement et si elle nest pas familière avec la technologie (Bidwell, 2013), ce qui est
probable dans le cas de la méthanisation.
Certains chercheurs ont attribué la réaction la plus forte aux projets dénergie renouvelable à
des changements dans les paysages locaux et des craintes de perturbation visuelle qui en
résultent (Pasqueletti, 2011). Cependant, la façon dont un individu exprime une affinité pour
un lieu particulier est médiée par une relation plus complexe et plus profonde quune simple
appréciation esthétique dun paysage. Cette relation a été expliquée par les concepts
dattachement au lieu et didentité de lieu (Devine-Wright, 2009). Il définit lattachement au
lieu comme « [...] un lien affectif positif avec des lieux familiaux tels que la maison ou le
quartier, comportant des sous-dimensions sociales et physiques dont limportance relative peut
varier et menant à laction, tant au niveau individuel que collectif » (Devine-Wright, 2009, p.
427) et lidentité du lieu comme « la façon dont les attributs physiques et symboliques de
certains lieux contribuent au sentiment de soi ou didentité dun individu » (Devine-Wright,
2009, p. 428). Cela donne à penser que la réaction dune personne à un projet proposé peut être
principalement une réaction dordre émotionnel de vouloir protéger le lieu où elle réside, parce
quelle pressent une perturbation des lieux pour lesquels elle a développé une affinité étroite.
Dans leur étude de cas dune municipalité allemande accueillant une unité de méthanisation et
des éoliennes, Süsser et al. (2017) constatent que les significations individuelles et partagées
des individus concernant leur attachement au lieu faisaient partie des éléments importants qui
ont eu un impact significatif sur les processus dadoption ou de rejet des énergies renouvelables
sur le territoire.
Au-delà des explications relatives à lattachement au lieu, on retrouve également dans la
littérature la justice distributive. Elle fait référence à la répartition des coûts, des bénéfices et
des risques entre les parties concernées. Les coûts perçus et les avantages perçus sont supposés
faire lobjet dun rapport coûts-avantages subjectif, qui détermine léquité perçue du projet
(Soland et al., 2013). Dans le contexte de lacceptabilité, la signification des coûts et des
avantages ne se limite pas aux résultats monétaires, mais comprend un large éventail de
facteurs. Dans le cas des installations de biogaz, les avantages perçus comprennent également
la création de valeur à léchelle régionale (par exemple, la création demplois dans les régions
rurales), les avantages financiers individuels (par exemple, lutilisation de la chaleur pour le
chauffage urbain local ou le chauffage de la piscine municipale), et la contribution des énergies
renouvelables à la protection du climat par rapport aux énergies fossiles (Upham et Shackley,
2007 ; Kortsch et al., 2015). Les coûts perçus font référence aux impacts locaux directs des
unités de méthanisation, à limpact visuel de lusine et des activités connexes ainsi quaux
autres coûts financiers pour les résidents locaux (par exemple, perte de valeur des maisons ou
propriétés voisines). En ce qui concerne les installations de biogaz, les émissions dodeurs font
partie des principaux freins à lacceptabilité locale (Soland et al., 2013 ; Capodaglio, 2016 ;
Schumacher et Schultmann, 2017). Ainsi, lorsque la justice distributive nest pas pensée dans
la gouvernance territoriale, il en résulte lémergence dune opposition locale pouvant aboutir à
labandon dun projet.
Article accepté dans la revue Lespace politique
2. Méthodologie
Notre analyse dappuie sur une large étude menée dans le Grand-Ouest de la France
2
sur neuf
projets de méthanisation qui ont connu un succès ou qui ont été abandonnés au cours des quinze
dernières années (voir carte 1). Au total, 49 entretiens semi-directifs ont été réalisés entre juillet
2016 et février 2018 (voir tableau en annexe) auprès de plusieurs parties prenantes : 14 points
de contact territoriaux (chambre dagriculture, ADEME, conseil régional) (A), 7 personnes
vivant à proximité de projets de méthanisation (B), 6 associations pour et contre la
méthanisation (C), 8 entreprises porteuses de projets (D), 7 élus politiques (E) et 7 agriculteurs
(F).
Carte 1. Les terrains détude
Image 1 voir en bas du document
Les entrevues semi-structurées nous ont permis de recueillir des idées approfondies tout en
donnant aux intervenants la liberté daborder des sujets quils estimaient importants. Les
entretiens en face-à-face ont duré entre 45 minutes et deux heures, et les entrevues
téléphoniques (réalisées uniquement lorsque les visites sur place nétaient pas possibles) ont
généralement duré entre 30 et 45 minutes. Notre guide dentretien sarticulait autour de la
construction et la planification du projet, les freins et les leviers au développement de la
méthanisation, la perception du projet et son avenir. Nous souhaitions également capter les
dynamiques dacceptabilité sociale. Malgré le fait que nous navons pas réalisé à proprement
parler une étude longitudinale sur les points de vue des parties prenantes, nous avons interrogé
les acteurs de sorte à pouvoir retracer lévolution de la perception du/des projets qui les
concernait. Les entretiens semi-directifs ont été complétés par la participation à des réunions
publiques en tant quobservateur.
Lanalyse des données a été itérative, passant du codage initial à la détection des concepts
émergents et inversement. Cela sest déroulé en trois phases. Tout dabord, nous avons
interviewé des spécialistes dans laccompagnement de la méthanisation tels que du personnel
de lADEME ou de chambres dagriculture. Nous avons tenu un journal dans lequel il était noté
les impressions et les observations des entrevues, ainsi que des réflexions analytiques au regard
du fil conducteur théorique mobilisé et des thèmes émergents. Par exemple, la question de la
confiance que nous navions pas envisagé au début de notre étude est ressortie à de multiples
reprises. Dans la seconde phase, les notes de notre journal ont orienté le choix des entrevues et
des nouveaux terrains détude. Nous avons donc commencé à interroger les porteurs de projets.
À ce stade, les questions sont devenues plus étroites à mesure que nous cherchions à
comprendre quels étaient les facteurs déterminants de lacceptabilité sociale des projets de
méthanisation. Durant la phase trois, nous nous sommes replongés dans la littérature pour en
apprendre davantage sur la coordination des acteurs et les questions de gouvernance territoriale.
En utilisant le logiciel NVivo, nous avons ensuite procédé à un codage ouvert pour identifier
les facteurs expliquant les problèmes dacceptabilité et faire émerger des thèmes généraux.
2
la Normandie, la Bretagne et les Pays de la Loire
Article accepté dans la revue Lespace politique
3. Expliquer les problèmes dacceptabilité sociale, au-delà du
NIMBY
3.1. Les dynamiques de lacceptabilité sociale
Lacceptabilité sociale doit être vue comme un processus dynamique (Fortin et Fournis, 2014)
au cours duquel les acteurs impliqués évaluent les conditions dacceptation dun projet sur leur
territoire. De fait, dans notre recherche, il semblait important de comprendre la nature
dynamique de la façon dont les parties prenantes comprennent et réagissent aux projets de
méthanisation. La mise en œuvre dune unité de biogaz doit être vue comme un processus de
changement social sinscrivant dans un projet de territoire. Il faut donc aller au-delà dune
analyse des décisions relatives à lemplacement de linstallation pour comprendre les
mécanismes inhérents aux dynamiques dacceptabilité sociale. Il existe un processus cognitif
par lequel les personnes et les collectivités peuvent donner un sens à une proposition
dimplantation dune unité de méthanisation. Il sajoute aux processus de conception du projet,
dobtention du consentement et de participation du public, de construction et dexploitation du
projet. Lorsque lon sattarde sur les projets de méthanisation qui sont aujourdhui en
fonctionnement, notre étude suggère que lacceptabilité de la communauté locale est moins
forte au stade de la proposition (en raison des craintes et des impacts négatifs perçus ou réels
tels que laugmentation du trafic routier, les odeurs, la dépréciation immobilière) et augmente
ensuite après limplantation (en raison du degré de connaissance et de la levée de craintes).
« Cétait pas gagné, il a fallu que je retrousse mes manches pour expliquer le projet » (porteur de projet ; D4)
« On mavait dit que ça risquait dexploser, jen voulais pas moi ! […] Après la visite de l’usine, ça ma rassuré
finalement » (riverain ; B2)
Il semble ainsi que la connaissance sur les mécanismes de la méthanisation aide à surmonter
les craintes initiales, mais notre étude nappuie pas lidée quune communauté locale
deviendrait encline et aurait systématiquement une idée très positive une fois le projet de
méthanisation bien installé dans le paysage. Dailleurs, pour lun de nos terrains détude, étant
donné que linstallation était localisée dans une zone industrielle, les riverains ne se sont pas
rendu compte lors de la planification du projet quil y aurait une future unité de méthanisation
qui serait construite proche de chez eux. Lorsquils lont découvert, la plupart se sont résignés
tandis quune partie a interpellé le maire quant au choix dimplanter le projet ici. La question
des odeurs était lun des arguments principaux des citoyens mobilisés. Loin dêtre infondé, cet
argument a obligé les porteurs de projets à proposer une solution pour atténuer les gênes
olfactives.
Lorsque lon étudie de manière dynamique lévolution de la perception et de lengagement des
parties prenantes, il nest pas rare de voir des positions dacteurs-clés évoluer, si bien quelles
peuvent faire aboutir ou au contraire échouer le projet. Pour lun de nos cas détude, on a même
assisté à un phénomène « Not in my electoral year » (NIMEY). En dautres termes, le maire de
la commune qui a été pendant très longtemps un soutien important pour le développement du
projet sest ravisé en prenant finalement en compte lhostilité de lopinion publique locale à
légard de lunité de méthanisation proposée.
Au total, la prise en compte de la dynamique dacceptabilité met en lumière un certain nombre
de questions clés. Premièrement, il suggère que lexplication du procédé de méthanisation et de
ses implications joue un rôle dans lélaboration des réponses individuelles voire
Article accepté dans la revue Lespace politique
communautaires aux projets. Il attire également lattention sur le fait que lopinion publique à
légard de la méthanisation continuera de changer, stimulée non seulement par lexpérience
directe des habitants, mais aussi par les forces sociales et politiques plus larges et les impacts
cumulatifs des projets mis en œuvre.
3.2. La participation du public au processus de planification comme levier
Lanalyse des entretiens auprès des riverains met très souvent en lumière leur frustration à
légard de leur participation à des décisions quils auraient voulu plus « consensuelles ». Dans
les projets analysés nayant pas abouti, on soulève une double incompréhension. Dune part,
les porteurs de projets ne comprennent pas toujours lutilité dorganiser des réunions publiques
si ce nest que pour satisfaire à la procédure administrative dautorisation dune installation
classée pour la protection de lenvironnement (ICPE). Ils se contentent bien souvent de ces
moments pour descendre de linformation et laissent peu de place au débat public et à la
controverse. Or, comme plusieurs lauteurs lont déjà souligné (Torre, 2010 ; Bridge et al.,
2018), ces moments déchanges et de négociations sont vitaux dans le débat démocratique
locale et une clé de succès de lacceptabilité sociale. Dautre part, les habitants ne comprennent
pas pourquoi ils ne sont pas impliqués davantage dans la planification du projet, voire
découvrent que des réunions publiques ont été organisées.
« je serai bien venu mais visiblement jai pas été convié ! Pourtant, il me semble que je suis concerné, jhabite
dans cette ville non ? » (Riverain ; B1)
Linsatisfaction à légard des processus décisionnels peut être la principale raison dopposition
à un projet de méthanisation, tandis que nous soulignons lintérêt de la participation du public
lorsque celle-ci est considérée comme juste et transparente. De plus, il nest pas rare dans nos
terrains détude de retrouver un problème quant au timing du processus de participation, qui
arrive souvent bien trop tard. En conséquence, la communauté locale découvre le projet une
fois que celui-ci a reçu toutes les autorisations administratives et que la construction peut
commencer.
Lanalyse de nos entretiens montre que lefficacité des processus participatifs joue également
un rôle clé dans létablissement de relations de confiance. Pour autant, les porteurs de projets
sont rarement des professionnels de lorganisation de la gouvernance territoriale et nont pas
nécessairement une connaissance fine des (jeux d) acteurs présents sur le territoire. Plusieurs
porteurs interrogés reconnaissent quun engagement citoyen plus efficace peut être assuré par
le recours à des acteurs intermédiaires, notamment via les collectivités territoriales. Il nest donc
pas surprenant que lélu local joue un rôle central pour rassurer les citoyens, faire le lien entre
les porteurs de projets, les habitants et les éventuels partenaires de lunité de méthanisation,
créer de la confiance entre les parties prenantes. Cependant, nous verrons plus loin que, pour
certains, les représentants du pouvoir politique ne sont pas toujours perçus comme neutres et
facilitateurs du projet.
La participation du public est donc un principe central dans la gouvernance territoriale des
projets de développement dénergies renouvelables. Elle sappuie sur lidée normative selon
laquelle les membres du public devraient être associés aux décisions qui déterminent les lieux
dans lesquels ils vivent. Cependant, comme notre analyse des entretiens et des réunions
publiques le montre, cette idée dune simplicité trompeuse se heurte à une multitude de défis
pour les décideurs politiques et les porteurs de projets dans la justification et la conception des
processus participatifs. Les organismes gouvernementaux et les promoteurs ont eu tendance à
Article accepté dans la revue Lespace politique
se concentrer sur les difficultés opérationnelles plutôt que sur les questions plus profondes liées
à la portée et au but de la participation. Aussi, nous remettons en question lidée reçue selon
laquelle lobjectif de la participation en matière de projets territoriaux dénergies renouvelables
est de susciter un consensus, que nous considérons comme irréaliste et irréalisable. Ainsi, à
linstar de Mouat et al., (2013) nous suggérons plutôt de considérer cela comme une pratique
agnostique car elle est rarement à la hauteur de ses aspirations normatives et ne répond que très
rarement aux attentes des personnes concernées, créant alors de la frustration.
« Mes agriculteurs espèrent convaincre du bien-fondé de leur projet. Même si sur le papier il parait recevable,
cela ne veut pas dire que les résidents à proximité vont dire OK Banco on y va. […] De par mon expérience, je
peux vous dire quon attend trop de ces réunions. Une personne qui arrive en croyant quelle va faire bouger les
lignes en un claquement doigts, cest délirant. » (un chargé de mission méthanisation à la Chambre
départementale dagriculture ; A4)
« Les gens repartent frustrés, et forcément, ça nengage rien de bon pour la suite du projet. » (Un ingénieur
ADEME ; A9)
Pourtant, dans nos différents terrains détude, nous avons recensé une grande diversité de
méthodes utilisées pour interagir avec les communautés locales, y compris celles liées à la
sensibilisation (bulletins dinformation, expositions), à la consultation (réunions, enquêtes) et à
une certaine autonomisation communautaire (création dune organisation énergétique locale),
avec quelques innovations, en particulier dans lutilisation des réseaux sociaux et des méthodes
de planification électronique avec des sites en ligne interactifs. Malgré tout, nous avons
remarqué quil sagissait de méthodes de sensibilisation ou de consultation à sens unique, qui
tendent à limiter la capacité du public à sengager plus efficacement et à façonner des
propositions de développement alternatives dans le cadre dune « résistance éclairée »
(Sébastien 2013 ; 2018).
« Il nen nest rien sorti, rien du tout. Javais limpression dêtre invité à écouter une inconnue qui nous
présentait un beau projet mais qui était sourde. A quoi bon nous faire venir si on ne peut pas dire les choses. »
(Riverain ; B5)
« Pour quil y ait un débat, encore aurait-il fallu quon nous donne la parole, quon nous entende ! […] En fait
les mecs ils décident de tout en catimini, et nous on est là, juste pour faire beau ? » (Riverain ; B7)
Une autre difficulté identifiée pouvant entraîner une certaine méfiance à légard du rôle de la
participation, en particulier dans les débats publics locaux est une approche qui a déjà été
identifiée dans la littérature, à savoir la politique du « annoncer et défendre » (Pepermans et
Loots, 2013). Elle remet en question la capacité des individus et des communautés à influencer
efficacement les décisions politiques et de développement, même lorsquils ont la possibilité
de participer. Ces difficultés rencontrées dans lapproche participative sont exacerbées par des
processus qui sont imprégnés dune distribution complexe du pouvoir en faveur du
développement du projet, avec un accent qui est mis sur le savoir « expert » plutôt que
« profane » (cest-à-dire les rationalités « calculatoires » plutôt que « communicationnelles »).
Souvent, les opposants ont limpression que lÉtat et ses organismes de réglementation mais
aussi les élus locaux ne sont pas des facilitateurs neutres dans la prise de décisions
consensuelles, ce qui peut accroître la méfiance et le scepticisme à légard de léquilibre et de
la répartition des coûts et des avantages découlant du développement des projets de
méthanisation.
Article accepté dans la revue Lespace politique
« On nous a demandé de plancher sur le projet. Ils nous lont présenté mais le souci cest quils ont fait que
jargonner. […] Ah on en a bouffé du juridique ! à croire quils ne voulaient pas faire defforts pour que lon
comprenne. Le problème, vous connaissez lexpression ? quand cest flou, il y a un loup ! » (Riverain ; B6)
La justice distributive et procédurale sont alors toutes deux remises en cause dans le processus
de gouvernance territoriale. Ces difficultés reflètent la tension entre, dune part, le maintien et
le renforcement de la base démocratique du processus de planification et, dautre part,
loptimisation de lefficacité du processus réglementaire, en particulier dans un secteur aussi
important que lénergie, et plus spécifiquement pour la méthanisation où les unités de biogaz
sont considérées comme des ICPE. Or, laccélération du processus décisionnel et la volonté de
vouloir supprimer à tout prix les conflits peuvent engendrer du ressentiment et miner la
légitimité à long terme du secteur émergent du biogaz.
3.3. Mon territoire, jy tiens ! La prise en compte de lattachement
au lieu
Nos données qualitatives indiquent que lattachement à un lieu éclaire les postures des parties
prenantes face au développement des projets. La plupart de nos terrains détude sont localisés
à la campagne. Or, les communautés rurales ont connu des changements sociaux qui ont apporté
un certain nombre de défis concernant les modes de vie des résidents (Jean et al., 2018). Parmi
les personnes interrogées, certaines considèrent que leurs collectivités sont menacées en raison
de la diminution des possibilités demploi, du coût élevé de la vie, de la fermeture dentreprises
locales (menaces à lattachement fonctionnel) et des changements démographiques connexes
(menaces concernant les liens sociaux). Les projets de méthanisation sont alors perçus comme
une menace supplémentaire (liées aux externalités négatives que cela peut engendrer)
concernant leur lieu de vie. A linverse, dautres voient ces projets comme une opportunité,
notamment en termes de développement économique pour le territoire. Un argument souvent
utilisé concerne justement le potentiel de maintien dactivités en milieu rural, en particulier
liées à lagriculture. Lors dune réunion publique, le maire dune commune faisait témoigner
un agriculteur pour justifier lintérêt dun projet de méthanisation afin de soutenir et maintenir
lactivité du monde agricole sur la commune :
« La méthanisation cest une vraie chance. Vous savez quand vous travaillez dans le blé et que le cours fait un
coup ci, un coup ça [dessine du doigt des courbes], vous ne savez pas ce que vous allez avoir dans votre assiette
à la fin du mois. Au moins, avec le biogaz, jai un revenu stable avec Engie qui me rachète mon électricité. »
(agriculteur ; F4)
Dans ce cas, bien que certaines personnes interrogées aient souligné le désir de développer les
énergies renouvelables dun point de vue environnemental, en fin de compte, la décision de
sengager en faveur du projet de méthanisation était basée sur son potentiel à fournir un flux de
revenus à long terme relativement stable, qui pourrait à son tour être utilisé pour créer de
nouvelles opportunités, en particulier pour le monde agricole. Toutefois, dans ce projet, lappui
aux projets nétait pas unanime, et les opposants sappuyaient aussi souvent sur des facteurs
liés au milieu pour expliquer leur opposition. Lattachement au lieu a déterminé les perceptions
de lintégration du projet dans le paysage et des éventuels problèmes dodeurs ou
daugmentation du trafic ; et les perceptions de cet attachement étaient souvent plus importantes
que limpact environnemental « réel ». Par ailleurs, dans lun de nos terrains, lassociation anti-
méthanisation était essentiellement composée de néo-ruraux. Ces derniers revendiquaient un
Article accepté dans la revue Lespace politique
attachement au lieu (bien que plus récent), et défendaient en particulier leur relation
émotionnelle quils avaient avec « la campagne ».
« Je ne suis pas venu ici pour ces odeurs nauséabondes. » […] « en plus, il parait quil va y avoir plein de
camions qui vont passer devant chez nous pour apporter la matière première » (riverain ; B2)
Il est ressorti clairement de nos entretiens que les opposants locaux à la méthanisation
ressentaient un fort attachement à un paysage, quils considéraient comme « naturel ». En
conséquence, sil est modifié, lattachement émotionnel au territoire peut engendrer une
opposition car lunité est vue comme une menace de lidentité du lieu. Dans certains cas, alors
quil existait une association de riverains contre le projet dont les revendications faisaient
référence aux changements préjudiciables perçus vis-à-vis du lieu , on saperçoit quune vraie
réflexion lors de la démarche participative avec la possibilité de proposer le développement de
visions alternatives pour lavenir étaient dimportants facteurs de succès des projets in fine.
Comme ces visions alternatives ont été élaborées par des membres de la communauté plutôt
que par des personnes venant de lextérieur du territoire, laction locale nétait pas tant un acte
de résistance quun moyen de construire un avenir alternatif.
Conclusion et discussion
Notre étude visait à analyser quels étaient les principaux motifs de la plus ou moins grande
acceptabilité sociale des énergies renouvelables. Pour cela, nous nous sommes appuyés sur le
cas du déploiement de la méthanisation sur le territoire du Grand-Ouest français. Bien que ces
travaux appuient largement les questions soulevées par les chercheurs dans le cadre détudes
antérieures, la principale contribution ici est la compréhension de lopposition locale, de la
résistance et du soutien potentiel dans le cadre de la méthanisation mais aussi la discussion
critique des théories mobilisées au regard de ce que nous avons rencontré dans les différents
terrains. En menant une étude approfondie des ressorts de lacceptabilité sociale, nous avons
identifié quels étaient les principaux freins aux oppositions locales qui, sils étaient considérés
de manière systématique dans les projets, permettraient de faciliter limplantation de nouveaux
projets.
Nos résultats suggèrent que le NIMBYisme nest pas le principal facteur explicatif des
difficultés dacceptabilité sociale dans les projets relatifs aux énergies renouvelables. Ce
principe nexplique que très rarement le comportement des riverains (opposition et soutien)
face aux unités de méthanisation. L’opposition aux grandes installations de biogaz ne reflète
pas nécessairement un phénomène NIMBY, cest-à-dire un comportement égoïste visant à
protéger son « chez soi ». De même, le soutien de la population locale aux installations de
biogaz nest pas expliqué non plus par leffet PIMBY, cest-à-dire quil ne découle pas dun
pur altruisme.
Dautres paramètres bien plus importants entrent en jeu. Par exemple, les unités de
méthanisation sont plus facilement acceptées lorsquelles saccompagnent dune politique
globale de gouvernance territoriale basée sur la création de la confiance, une intégration
systématique de toutes les parties prenantes, y compris celles qui pourraient y être opposées.
Une gestion axée sur les relations à un stade précoce du projet augmente considérablement
lacceptabilité sociale. Cela doit impliquer le plus haut niveau dengagement du public dès les
prémices du projet et un échange bidirectionnel dinformations peut transformer les opinions
Article accepté dans la revue Lespace politique
des deux parties. Pour surmonter les résistances, la confiance doit être établie grâce à une
communication transparente.
De plus, nous montrons que linteraction entre politique, parties prenantes et acceptation du
public ne doit pas être ignorée. Le changement de comportement nétant pas rare, il faut prêter
beaucoup dattention aussi bien aux intérêts singuliers des acteurs et leur évolution, quà
lintérêt général de la communauté locale qui peut également évoluer dans la mise en œuvre de
la gouvernance territoriale. Il faut noter que les centres dintérêt et les objectifs au sein même
des catégories dacteurs peuvent diverger. Ces différences devraient être prises en compte afin
de permettre une communication multilatérale mutuellement bénéfique et un transfert de
connaissances entre les parties concernées. Cest pour cette raison que Chia et al. (2008)
appelaient à un plaidoyer pour une « technologie » de la gouvernance territoriale qui est par
nature complexe et qui nécessite des instruments et des dispositifs adaptés aux spécificités
locales.
Par ailleurs, étant donné les réactions mitigées du public (et, dans certains cas, des parties
prenantes) à la méthanisation, les décideurs doivent se demander si le public réagira
positivement aux gains incertains (voire pour certains marginaux) découlant du développement
de cette énergie renouvelable. Aussi, on retrouve ici un problème de justice distributive. En
effet, pour les différents cas détude, les bénéfices locaux pour la communauté locale restent
minimes et sont confinés à un nombre restreint dacteurs économiques. Pour favoriser
lacceptabilité sociale des projets et éviter toute objection aux projets, il parait indispensable
dassurer une « équité locale », cest-à-dire une situation toutes les parties prenantes dun
projet de développement territorial sont daccord pour compenser les externalités identifiées
collectivement comme injustes. Lors de nos études de terrain, nous avons assisté à des réunions
publiques où lon a retrouvé lidée de « résistance éclairée » développée par Sebastien (2013 et
2018). Parmi les propositions évoquées pour assurer une « équité locale » on retrouve par
exemple (i) une réduction des taxes locales liée à laugmentation des recettes fiscales des
autorités municipales, (ii) une réduction du coût dachat de lélectricité pour les citoyens, (iii)
des dédommagements pour les propriétaires de maisons à proximité de linstallation, (iv) la
propriété partielle ou totale dun projet par des citoyens, (v) un renforcement de la loi pour
éviter que ces installations écologiques soient trop proches des logements. En même temps, ces
avantages financiers ne doivent pas être utilisés pour atténuer les externalités négatives générées
par les usines de biogaz. Ces questions doivent être discutées indépendamment des avantages
financiers. Les enjeux autour du déploiement des projets de méthanisation sont donc complexes
et nécessitent en conséquence des réponses locales adaptées à chaque territoire.
Article accepté dans la revue Lespace politique
BIBLIOGRAPHIE
AITKEN, M., 2010, Why we still dont understand the social aspects of wind power: A
critique of key assumptions within the literature, Energy Policy, vol. 38 (4), pp. 1834-1841.
BELL, D.; GRAY, T.; HAGGETT, C., 2005, The social gap in wind farm siting decisions:
explanations and policy responses, Environmental politics, vol. 14 (4), pp. 460-477.
BELL, D.; GRAY, T.; HAGGETT, C., et SWAFFIELD, J., 2013, Re-visiting the social gap:
public opinion and relations of power in the local politics of wind energy, Environmental
Politics, vol. 22 (1), pp. 115-135.
BERTSCH, V.; HYLAND, M.; MAHONY, M., 2017, What drives peoples opinions of
electricity infrastructure? Empirical evidence from Ireland, Energy Policy, vol. 106, pp. 472-
497.
BEURET, J. E., 2016, « La confiance est-elle négociable ? La construction dun intérêt général
territorialisé pour lacceptation des parcs éoliens offshore de Saint Brieuc et Saint Nazaire »,
Géographie, économie, société, vol. 18 (3), pp. 335-358.
BIDWELL, D., 2013, The role of values in public beliefs and attitudes towards commercial
wind energy, Energy Policy, vol. 58, pp. 189-199.
BOURDIN, S. ; NADOU, F. ; RAULIN, F., 2019a, « Les collectivités locales comme acteurs
intermédiaires de la territorialisation de la transition énergétique : lexemple de la
methanisation », Géographie, Economie, Société, vol. 21 (4), pp. 273-293
BOURDIN, S.; COLAS, M.; RAULIN, F., 2019b, Understanding the problems of biogas
production deployment in different regions: territorial governance matters too, Journal of
Environmental Planning and Management, DOI: 10.1080/09640568.2019.1680158
BOURDIN S.; NADOU S., 2020, “The role of a local authority as a stakeholder encouraging
the development of biogas: a study on territorial intermediation”, Journal of Environmental
Management, vol. 58.
BRIDGE G., 2018, “The map is not the territory: A sympathetic critique of energy researchs
spatial turn”, Energy Research & Social Science, vol. 36, pp. 11-20.
BRINKMAN, J. T.; HIRSH, R. F., 2017, Welcoming wind turbines and the PIMBY, "Please
in My Backyard" phenomenon: the culture of the machine in the rural American Midwest”,
Technology and culture, vol. 58 (2), pp. 335-367.
BURNINGHAM, K., (2000). Using the language of NIMBY: a topic for research, not an
activity for researchers, Local environment, vol. 5 (1), pp. 55-67.
BURNINGHAM, K.; BARNETT, J.; WALKER, G., 2015, An array of deficits: unpacking
NIMBY discourses in wind energy developers conceptualizations of their local opponents,
Society & Natural Resources, vol. 28 (3), pp. 246-260.
Article accepté dans la revue Lespace politique
CALVERT, K., 2016, From energy geography to energy geographies Perspectives on a
fertile academic borderland, Progress in Human Geography, vol. 40 (1), pp. 105-125.
CAPODAGLIO, A., CALLEGARI, A., & LOPEZ, M., 2016, European framework for the
diffusion of biogas uses: emerging technologies, acceptance, incentive strategies, and
institutional-regulatory support, Sustainability, vol. 8 (4), article No. 298.
CHIA, E. ; TORRE, A. ; REY-VALETTE, H., 2008. « Conclusion : Vers une « technologie »
de la gouvernance territoriale ! Plaidoyer pour un programme de recherche sur les instruments
et dispositifs de la gouvernance des territoires », Norois, vol. 209, pp. 167-177.
COWELL, R., 2010, Wind power, landscape and strategic, spatial planningthe construction
of acceptable locations in Wales, Land use policy, vol. 27 (2), pp. 222-232.
DEVINE‐WRIGHT, P., 2005, Beyond NIMBYism: towards an integrated framework for
understanding public perceptions of wind energy, Wind Energy, vol. 8 (2), pp. 125-139.
DEVINE‐WRIGHT, P., 2009, Rethinking NIMBYism: The role of place attachment and place
identity in explaining place‐protective action”, Journal of community & applied social
psychology, vol. 19 (6), pp. 426-441.
DEVINE-WRIGHT, P., 2011, Place attachment and public acceptance of renewable energy:
A tidal energy case study. Journal of Environmental Psychology, vol. 31 (4), pp. 336-343.
DEVINE-WRIGHT, P., 2012, Energy Citoyenship: psychological aspects of evolution in
sustainable energy technologies, in J. Murphy, Governing technology for sustainability,
Londres, Routledge, pp. 74-97.
DEVINE-WRIGHT, P., 2013, “Explaining “NIMBY” objections to a power line: The role of
personal, place attachment and project-related factors, Environment and behavior, vol. 45 (6),
pp. 761-781.
FORTIN, M. J. ; SGARD, A. ; FRANCHOMME, M., 2019. « La gouvernance territoriale du
et par le paysage : observations, retours dexpériences, regards critiques », Développement
durable et territoires, vol. 10 (2) [En ligne]
http://journals.openedition.org/developpementdurable/14631
FORTIN, M. J. ; FOURNIS, Y., 2014, « Vers une définition ascendante de l’acceptabilité
sociale : les dynamiques territoriales face aux projets énergétiques au Québec », Natures
Sciences Sociétés, vol. 22 (3), pp. 231-239.
FOURNIS, Y. ; FORTIN, M.-J., 2013. « Lacceptabilité sociale de lénergie éolienne : une
définition », Document de travail 131017, Grideq-Uqar
FOURNIS, Y. ; FORTIN, M. J., 2015, « Une définition territoriale de lacceptabilité sociale :
pièges et défis conceptuels », [VertigO] La revue électronique en sciences de lenvironnement,
vol. 15 (3) [En ligne] https://journals.openedition.org/vertigo/16682
GAEDE, J.; ROWLANDS, I. H., 2018, Visualizing social acceptance research: A bibliometric
review of the social acceptance literature for energy technology and fuels, Energy research &
social science, vol. 40, pp. 142-158.
Article accepté dans la revue Lespace politique
GOEDKOOP, F.; DEVINE-WRIGHT, P., 2016, Partnership or placation? The role of trust
and justice in the shared ownership of renewable energy projects, Energy Research & Social
Science, vol. 17, pp. 135-146.
JEAN, Y. ; RIEUTORD, L., 2018, Les espaces ruraux en France, Paris, Armand Colin, coll.
« Capes/Agrégation Histoire-Géographie ».
KORTSCH, T., HILDEBRAND, J., et SCHWEIZER-RIES, P., 2015, Acceptance of biomass
plantsResults of a longitudinal study in the bioenergy-region Altmark, Renewable energy,
vol. 83, pp. 690-697.
LEJOUX, P. ; ORTAR, N., 2014, « La transition énergétique : vrais enjeux, faux départs ? ».
SHS Web of Conferences, vol. 9 [En ligne] https://www.shs-
conferences.org/articles/shsconf/abs/2014/06/shsconf_trans2013_01001/shsconf_trans2013_0
1001.html
MOUAT, C.; LEGACY, C.; MARCH, A., 2013, The problem is the solution: Testing agonistic
theorys potential to recast intractable planning disputes, Urban Policy and Research, vol. 31
(2), pp. 150-166.
OIRY, A., 2015, « Conflits et stratégies dacceptabilité sociale autour des énergies marines
renouvelables sur le littoral français », [VertigO] La revue électronique en sciences de
lenvironnement, vol.15 (3).
PASQUALETTI, M. J., 2011, « Opposing wind energy landscapes: a search for common
cause », Annals of the Association of American Geographers, vol. 101 (4), pp. 907-917.
PEPERMANS, Y.; LOOTS, I., 2013, Wind farm struggles in Flanders fields: A sociological
perspective, Energy Policy, vol. 59, pp. 321-328.
PERLAVICIUTE, G.; STEG, L.; CONTZEN, N.; ROESER, S.; HUIJTS, N., 2018, Emotional
responses to energy projects: Insights for responsible decision making in a sustainable energy
transition, Sustainability, vol.10 (7), article No.2526.
SCHUMACHER, K.; SCHULTMANN, F., 2017, Local acceptance of biogas plants: a
comparative study in the Trinational Upper Rhine Region, Waste and biomass valorization,
vol. 8 (7), pp. 2393-2412.
SEBASTIEN, L. 2013. « Le Nimby est mort. Vive la résistance éclairée : le cas de lopposition
à un projet de décharge, Essonne, France », Sociologies pratiques, vol. 2, 145-165.
SEBASTIEN, L., 2016, « Lattachement au lieu, vecteur de mobilisation collective ? Étude de
cinq territoires ruraux », Norois, n°238-239, 23-41.
SEBASTIEN, L., 2018, « Résistance aux grands projets et émergence dun capital politique, le
cas des déchets. », LEspace Politique, n°34 (2018-1) [En ligne]
https://journals.openedition.org/espacepolitique/4774
SOLAND, M.; STEIMER, N.; WALTER, G., 2013, Local acceptance of existing biogas plants
in Switzerland, Energy Policy, vol. 61 (C), pp. 802-810.
SOWERS, J., 2006, Fields of opportunity: Wind machines return to the plains, Great Plains
Quarterly, vol. 26 (2), pp. 99-112.
Article accepté dans la revue Lespace politique
SUBRA, P., 2003, « À quoi et à qui sert le débat public ? », Hérodote, n°110, pp. 149-170.
SÜSSER, D., DÖRING, M., et RATTER, B. M., 2017, Harvesting energy: Place and local
entrepreneurship in community-based renewable energy transition, Energy Policy, vol. 101,
pp. 332-341.
TOKE, D., 2002, Wind power in UK and Denmark: can rational choice help explain dierent
outcomes?, Environmental Politics, vol. 11, pp. 83100.
TORRE, A., 2010, Conflits environnementaux et territoires., in B. Zuindeau (ed.) in in
Zuindeau B. (ed) Développement Durable et Territoire, Villeneuve-d'Ascq, Presses
Universitaires du Septentrion.
TORRE, A. ; AZNAR, O. ; BONIN, M. ; CARON, A., CHIA ; E., GALMAN ; M.,
LEFRANC ; C., MELOT ; R., GUERIN ; M., JEANNEAUX, P. ; PAOLI, J.C. ; SALAZAR,
M.I. ; THINON, P. ; KIRAT, T., 2006, « Conflits et tensions autour des usages de lespace dans
les territoires ruraux et périurbains. Le cas de six zones géographiques françaises », Revue
dEconomie Régionale Urbaine, vol. 3, pp. 415-453
TORRE, A. ; BEURET, J. E., 2012, Proximités territoriales, Paris, Economica.
UPHAM, P., et SHACKLEY, S., 2006, The case of a proposed 21.5 MWe biomass gasifier in
Winkleigh, Devon: Implications for governance of renewable energy planning, Energy Policy,
vol. 34 (15), pp. 2161-2172.
UPHAM, P., et SHACKLEY, S., 2007, Local public opinion of a proposed 21.5MW(e)
biomass gasifier in Devon: Questionnaire survey results, Biomass and Bioenergy, vol. 31 (6),
pp. 433-441.
UPRETI, B. R., et VAN DER HORST, D., 2004, National renewable energy policy and local
opposition in the UK: the failed development of a biomass electricity plant, Biomass and
bioenergy, vol. 26 (1), pp. 61-69.
WALKER, G., DEVINE-WRIGHT, P., HUNTER, S., HIGH, H., et EVANS, B., 2010, Trust
and community: Exploring the meanings, contexts and dynamics of community renewable
energy, Energy Policy, vol. 38 (6), pp. 2655-2663.
WARREN, C. R., et MCFADYEN, M., 2010, Does community ownership affect public
attitudes to wind energy? A case study from south-west Scotland, Land use policy, vol. 27 (2),
pp. 204-213.
WELLINGER, A.; MURPHY, J.D.; BAXTER, D., (Eds.), 2013, The Biogas Handbook:
science, production and applications, Londres, Elsevier.
WOLSINK, M., 2000, Wind power and the NIMBY-myth: institutional capacity and the
limited significance of public support, Renewable energy, vol. 21 (1), pp. 49-64.
WOLSINK, M., 2007, Planning of renewables schemes: Deliberative and fair decision-
making on landscape issues instead of reproachful accusations of non-cooperation, Energy
policy, vol. 35, (5), pp. 2692-2704.
ZELEM, M. C., 2012, « Les énergies renouvelables en transition: de leur acceptabilité sociale
à leur faisabilité sociotechnique », Revue de lEnergie, n°610 [En ligne]
Article accepté dans la revue Lespace politique
https://www.larevuedelenergie.com/les-energies-renouvelables-en-transition-de-leur-
acceptabilite-sociale-a-leur-faisabilite-sociotechnique/
ZEMO, K. H., PANDURO, T. E., et TERMANSEN, M., 2019, Impact of biogas plants on
rural residential property values and implications for local acceptance, Energy policy, vol.129,
pp. 1121-1131.
ZOELLNER, J., SCHWEIZER-RIES, P., et WEMHEUER, C., 2008, Public acceptance of
renewable energies: Results from case studies in Germany, Energy policy, vol. 36 (11), pp.
4136-4141.
Image 1 :
Annexe : Tableau. Liste des interviewés
Ref.
Position
Sexe
Date de
linterview
Ref.
Structure
Position
Sexe
Date de
linterview
Article accepté dans la revue Lespace politique
A1
Chef de
département
M
12/05/2017
C1
Association contre
la méthanisation
President
M
03/02/2019
A2
Directeur
M
10/25/2018
C2
Association contre
la méthanisation
President
M
09/12/2017
A3
Chef de projet
F
02/21/2017
C3
Association contre
la méthanisation
Membre actif
M
11/19/2017
A4
Chef de projet
F
12/10/2017
C4
Association contre
la méthanisation
President
F
12/11/2017
A5
Chef de projet
F
10/11/2017
C5
Association
soutenant la
méthanisation
President
M
09/08/2017
A6
Chef de projet
M
10/08/2018
C6
Association
soutenant la
méthanisation
Vice
President
F
09/12/2017
A7
Chef de projet
M
01/15/2018
D1
Entreprise
agroindustrielle
Directeur
M
09/15/2017
A8
Ingénieur
M
06/25/2018
D2
Entreprise
agroalimentaire
Directeur
M
05/19/2018
A9
Directeur
régional
M
05/02/2017
D3
Entreprise énergies
renouvelables
Directeur
adjoint
M
09/17/2018
A10
Chef de projet
M
08/06/2017
D4
Entreprise énergies
renouvelables
Directeur
M
03/14/2017
A11
Chef de service
F
09/09/2018
D5
Banque
Responsible
de service
F
11/12/2018
A12
Chef de projet
F
04/03/2018
D6
Bureau détudes
Co-fondateur
M
05/03/2017
A13
Chef de projet
M
01/09/2019
D7
Entreprise de
biogaz
Responsible
de secteur
M
07/09/2017
A14
Chef de service
M
11/12/2017
D8
Entreprise de
biogaz
Chef de
service
M
05/12/2017
B1
Ouvrier
M
08/19/2017
E1
Commune
Maire
M
10/09/2018
B2
Ouvrier
M
08/14/2018
E2
Commune
Maire
M
05/20/2017
B3
Ouvrier
F
11/13/2017
E3
Communauté de
communes
President
M
12/20/2018
B4
Docteur
M
12/08/2018
E4
Commune
Maire
M
09/04/2017
B5
Enseignant
F
03/01/2017
E5
Commune
Maire
M
03/09/2018
B6
Cadre
M
03/03/2017
E6
Assemblée
nationale
Député
F
08/02/2017
B7
Sans activité
M
03/03/2017
E7
Conseil régional
Vice-
président
M
02/12/2017
F1
Ferme
Agriculteur
M
02/14/2018
F2
Ferme
Agriculteur
M
05/02/2017
F3
Ferme
Agriculteur
M
05/15/2018
F4
Ferme
Agriculteur
F
07/12/2017
F5
Ferme
Agriculteur
M
06/16/2017
F6
Ferme
Agriculteur
M
05/13/2017
F7
CUMA
President
M
09/18/2017
... D'une part, la rentabilité actuelle des unités de méthanisation est fragile et limitée (Couturier, 2013) et les coûts de construction et d'implantation des digesteurs sont élevés (Ferreira et al., 2012). D'autre part, les projets manquent souvent d'acceptation sociale et doivent faire face à une opposition (Zoellner, 2008 ;Bourdin, 2020). Dans le cas de la bioénergie, l'opposition locale est devenue un enjeu central pour de nombreux projets, pouvant entraîner des retards et interrompre les opérations (Upreti, 2004 ;Soland et al., 2013 ;Schumacher et Schultmann, 2017). ...
... emploi, environnement, gestion des déchets, sécurité énergétique) et les coûts (ie. émissions d'odeurs, pollution visuelle, risque perçu d'explosion, hausse du trafic par des camions de transport de déchets, dépréciation de la valeur immobilière) du projet du point de vue personnel et social, et d'autres facteurs culturels, sociaux et psychologiques (Soland et al., 2013 ;Kortsch et al., 2015 ;Schumacher et Schultmann, 2017 ;Mittal et al., 2018 ;Zemo et al., 2019 ;Bourdin, 2020). ...
Article
Full-text available
La filière méthanisation se trouve au croisement de plusieurs enjeux : l'énergie par le traitement de la biomasse, la gestion des déchets par valorisation des sous-produits, le climat par la diminution des gaz à effet de serre, l'agriculture en permettant une diversification et un complément du revenu agricole. Pourtant, la méthanisation peine à de déployer sur le territoire français. Il semble important de s'interroger sur les facteurs de réussite ou d'échec liés aux projets de biogaz. Une étude quantitative (modèle logit sur 91 projets d'unités de méthanisation) et qualitative (49 entretiens semi-directifs et 6 enregistrements d'ateliers de concertation) a été réalisée pour identifier et comprendre par quels processus les projets d'usines de biogaz pouvaient réussir ou au contraire échouer. Les résultats montrent que l'abandon ou l'arrêt d'un projet est fortement lié à la présence d'un collectif d'opposants, ces derniers étant souvent méfiants vis-à-vis des projets et ayant un manque de confiance envers le porteur de projet. Par ailleurs, l'acceptation sociale semble corrélée à la proximité aux unités de méthanisation. Enfin, on identifie un effet positif et significatif des subventions d'exploitation et/ou d'investissement sur le succès des projets. Abstract: The methanisation process is at the crossroads of several issues: energy through biomass treatment, waste management through by-product recovery, climate through the reduction of greenhouse gases, and agriculture through diversification and supplementing agricultural income. However, methanisation is struggling to spread on French territory. It seems important to consider the success or failure factors related to biogas projects. A quantitative study (logit model used on 91 anaerobic digestion projects) and a qualitative study (49 semi-structured interviews) were carried out, to identify and understand the processes that anaerobic digestion projects went through to succeed, or conversely, to fail. Our findings show that the abandon or stopping of a project is strongly related to the presence of a group of objectors, who are often wary of these projects and do not trust the project leaders. Furthermore, social acceptance seems to be correlated to the proximity of the plant to biogas plants. To end, operating and/or investment subsidies have been identified as having a positive and significant effect on the success of these projects.
... » (Un agriculteur, Caroux et al., 2018) Ensuite certains agriculteurs ne se sont pas engagés dans le projet par manque d'intérêt ou opposition de principe à l'égard de la méthanisation. Nous retrouvons ici une problématique d'acceptabilité, mise en évidence dans de nombreux travaux consacrés à la méthanisation (Axelos et al., 2020 ;Bourdin, 2020). ...
Chapter
Full-text available
This chapter aims to discuss how the rapid evolution of digital technologies is creating opportunities for new agricultural business models. First, it provides an overview of what the authors consider to be part of the digitalization in agriculture. Then it addresses the emergence of a community of practice based upon the data exchange and interconnections across the agricultural sector. Following, new business opportunities are presented first through an overview of emerging start-ups, then discussing how the inventor farmer profile could create opportunities for new business model through the appropriation of technologies, eventually highlighting the limits of some classic farm business models. Finally, the chapter presents an example of farmer-centred open innovation based on the internet of things, then discussing the related business model. The conclusions provide some perspectives on the use of agricultural digitalisation to increase the share kept by farmers in the value chain of agricultural productions.
Article
Participatory practices in the environment and planning fields are tending to become more widespread (Alban et al., 2005). In France, citizen participation has been encouraged by a significant legislative trend since the 1980s and 1990s, which has led to the implementation of various types of public consultation processes (Raymond, 2009), some permanent, others temporary and most of which now have to include the participation of residents (Blondiaux, 2008; Muller, 2005). This development in participatory democracy, however, has come in for much criticism (Gourgues et al., 2013): some see the risk of it weakening representative democracy; others, on the contrary, deplore the lack of ambition of participatory processes, which rarely lead to co-decisions and often fail to secure equal expression for all points of view. In France, the Public Debate process was established by law under Act n°95-101 of February 2, 1995 on protection of the environment. The aim was to find a solution to address the strong opposition to major infrastructure projects, particularly high-speed railway lines (Lolive, 1999), observed in the early 1990s, the causes of which were considered to be a lack of information and a lack of consideration for the local populations affected (Dziedzicki, 2001). This consultation process is open to all citizens and was designed for major development projects with a high environmental impact. It aims to build up the social acceptability of a project through exchanges of different points of view (Gaudin, 2007; Doury et al., 2006; Blondiaux, 2008; Oiry, 2015). In reality, this public sphere for consultation does not always succeed in building consensus. How far are contentious positions taken into account in a participatory process that aims to avoid conflict in order to bring about a negotiated agreement on a project? How real is citizen empowerment in such public debates?This article aims to answer these questions by assessing the quality of participation in the case of a public debate process organized in 2011-2012 in south-western France (Landes département). This debate concerned an industrial gas storage project which, according to the project leader, would contribute to the energy transition. The research method was based on analysis of a textual corpus made up of verbatim transcriptions of the nine public meetings organized by the local committee in charge of organizing the public debate (CPDP) and on participant observation (the author being a member of this committee).The following results can be highlighted: - During this public debate, possibilities for citizens' expression of their views were very restrictive. - However, citizen participation in the public debate was very high.- During and outside the public debate process, a well-structured and cogently argued opposition movement to the project was gradually set up.- The emergence of this conflict has multiple causes and can be explained in particular by the specific characteristics of the area affected by the project.- The citizens mobilizing against the project never boycotted or obstructed the public debate process, but diverted it from its original purpose to turn it into a forum for protest.- While some researchers have emphasized the instrumentalization of mobilized citizens (Neveu, 2011) or their depoliticization (Gourgues, 2018) in public debates, the opposite was observed in the case studied here.
Article
Full-text available
Alors que les politiques publiques appellent à un développement de la méthanisation sur les territoires, les projets de dimension industrielle peinent à voir le jour. Plusieurs arguments sont souvent soulevés tels que la complexité dans les procédures administratives ou encore la question de l'acceptabilité sociale et des conflits d'usage. Dans ce cadre, les collectivités territoriales (notamment les communes et établissements publics de coopération intercommunale) doivent mettre tout en oeuvre pour favoriser les différents types de proximités entre acteurs (géographique et organisée). A partir d'entretiens semi-directifs réalisés auprès des parties prenantes de la méthanisation, nous avons dégagé les principales fonctions d'intermédiation que pouvaient jouer les collectivités pour favoriser le déploiement des projets et leur adhésion et leur ancrage local. Abstract While public policies call for the development of biogas plants on territories, industrial projects are struggling to be built. Besides the complexity of administrative procedures, the issue of social acceptability and associated conflicts of land use is often discussed. In this context, local authorities (especially municipalities and public institutions of inter-municipal cooperation) must make every effort to promote different types of proximies between stakeholders (geographical and organized). Based on semi-structured interviews with biogas plant project's stakeholders, we identified the main intermediation functions that local territories could play to promote the deployment of projects and their local anchoring.
Article
Full-text available
In a context where anaerobic digestion is a controversial subject, it is not surprising to see that between 20% and 30% of anaerobic digestion projects are abandoned, mainly for reasons of local opposition, problems of coordination between stakeholders and the implementation of real territorial governance capable of facing the challenges encountered during the setting up of the project. We can consequently question the role that local territorial authorities could play to encourage the development of biogas in France. We used semi-structured interviews conducted with anaerobic digestion stakeholders to identify the main functions of territorial intermediation (and their specific elements) that local authorities could have to encourage the deployment and success of these projects. Local authorities play the role of intermediation by (i) ensuring spatial and cognitive proximities between actors, (ii) mobilizing territorial resources and favoring local anchorage (iii) installing trust among the local stakeholders and (iv) having a role of instigator by participating in the supply (inputs) of biogas plants and the purchase of the energy produced (outputs).
Article
Full-text available
Despite the climate emergency, there is still no consensus on renewable energies, which have to confront forms of social opposition that may well affect the success of any project (especially wind energy and biogas). We propose an original analytical framework to go beyond the nimbyist approach, combining the proximity theory and the exit-voice model. This enables us to examine the thinking adopted by biogas production stakeholders and the ensuing associations in order to identify and understand the obstacles to the development of joint biogas production projects. Taking further other theories that highlight the importance of place attachment and place identity, we show that the challenges linked to a project's territorial governance can explain conflicts that may lead the project initiators to abandon a biogas plant's construction. We show that considering the local residents' interests and including them in the participative procedures are not the only factors that count, but also, more generally, coordination between all of the stakeholders. Our paper also highlights the need for an intermediary actor to play the role of facilitator in organising different types of proximity.
Article
Full-text available
Looking at considering landscape as an object or a tool for governance allows us to set a milestone in recent trends where observation and critical analysis of territorial governance modalities are refined. It also confirms the extension of the landscape field beyond remarkable and heritage landscapes in order to analyse management of the everyday landscape in public policies. When approached from a governance perspective, landscape is part of a political questioning regarding : actors, power relations, decision-making processes and management logics. Confronting governance and landscape therefore encourages us to focus attention on a set of epistemological, political and methodological issues. The dossier "Landscape as an instrument of territorial governance : between experimentation, criticism and institutional capacities" brings together eleven texts that have responded to this invitation, all based on case studies, at different scales, to observe, decipher and test forms of governance of, by or for landscape.
Article
Full-text available
In this paper, we investigate the impact of large- and farm-scale biogas plants on the rural residential property values. We use data from 11,279 rural housing transactions in the period 2007–2015 and trace spatial effects of biogas plants on the local property market. Our results show that large biogas plants have a significant negative impact on rural residential property values while farm-scale biogas plants have a significant positive impact. The findings suggest that preferences for or against biogas plants cannot be explained by either a NIMBY or a PIMBY phenomenon and the paper explores potential reasons for the observed disparity in valuation of farm- and large-scale biogas plants. An economic impact assessment of the choice of facility type, based on a concrete case study, indicates that the impact on residential property values may tip the scale in favor of farm-scale biogas plants. Based on these results, policy implications for planning and expansion of biogas production are discussed.
Article
Full-text available
Energy projects aimed at a sustainable energy transition can trigger strong negative emotions and resistance from the public. While practitioners are increasingly realising that they cannot simply ignore public emotions, they struggle with how to deal with people’s emotional responses and how to secure public acceptability of sustainable energy projects. We argue that a first critical step in order to adequately address emotional responses to energy projects is to understand where these emotional responses come from. We introduce a value-based approach, which entails that different characteristics of energy projects may violate or support people’s core values, which evokes emotions in people. We present a theoretical framework of the relationship between people’s values, the (perceived) implications of energy projects for these values, and people’s emotional responses to energy projects. We give examples from case studies in the literature to substantiate our reasoning, and we offer directions for future research. Our novel approach provides critical insights for project developers, decision makers, engineers, and scientists who aim to better understand the human dimension of a sustainable energy transition.
Article
Full-text available
Among contemporary environmental conflicts, those associated with waste are the most virulent as they arouse four types of simultaneous feelings among local actors: injustice, fear, mistrust, disgust. The announcement of the creation of a waste management facility on a territory then gives rise to strong opposition movements associated with the NIMBY phenomenon by industry, the media and part of the scientific community, presented as favoring individual interests against common good. However, is the story always so simple? Our case study is a landfill project in the village of St-Escobille, Essonne. From the analysis of the construction, the organization and the evolution of the opposition movement, we test the hypothesis that resistance to waste infrastructures can develop among opponents a political capital. We argue that it is the interweaving of the four feelings and their evolution throughout time that allow the movement to go beyond NIMBY towards what we call "enlightened resistance". Our results show that mistrust transforms into social capital; fear into cognitive capital; disgust into affective capital and injustice into political capital. Some local disputes, especially on the issue of waste, make it possible to enrich democracy by endowing it with new values and questioning the notion of general interest.
Article
Energy research in the social sciences has embarked on a spatial adventure. Those setting out on this journey have started from different disciplinary and theoretical locations, yet a "map" of sorts has begun to emerge. Made up of epistemological positions, conceptual vantage points and lines of enquiry, this map demarcates and structures the growing field of energy geography providing a more-or-less agreed guide to the territory. In the paper's first half I reflect on the scope and significance of the spatial turn in energy research. I describe the map now guiding much spatial research on energy, identifying core ideas around which spatially-sensitive social science energy research has come to cohere, notwithstanding its heterogeneity and internal diversity. I offer a supportive reading. In the second half, I offer a more critical reading of the adventure so far, arguing that it is unnecessarily limited in its reading of space. The full potential of a spatial perspective for social science research on energy has yet to be realised. I outline three pathways for realising some of this potential - geographies of knowledge production, differentiation and disassembly - and show how each takes energy research's spatial adventure in new directions.
Article
This article argues that the welcoming of wind turbines in midwestern farming communities, the so-called PIMBY (“Please in My Backyard”) phenomenon, constitutes only the most recent expression of a historical process of farmers forming an ultramodern identity, one that still goes largely unappreciated by relatively backward city residents. We conclude that farmers undertook a two-step process to develop a modern identity that incorporated rural values. In the first step, beginning early in the twentieth century, agrarians employed a discourse of rural capitalistic modernity to combat urban yokel stereotypes within the context of a broader rural-urban conflict. This rural capitalistic modernity strengthened during the cold war until it transformed, in the second step, into the current ultramodern discourse. Wind turbines, in addition to providing economic benefits, function ontologically to maintain an identity of rural citizens as savvy producers and users of technology, and to deflect stereotypes imposed by their urban cousins. ©2017 by the Society for the History of Technology. All rights reserved.