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Les archives sans repos: enjeux d’une édition électronique

Authors:
Research
How to Cite: Pono, Nathanaël, and Jacinthe Martel. 2019. “Les archives
sans repos: enjeux d’une édition électronique.”
Digital Studies/Le champ
numérique
9(1): 15, pp. 1–14. DOI: https://doi.org/10.16995/dscn.351
Published: 12 August 2019
Peer Review:
This is a peer-reviewed article in
Digital Studies/Le champ numérique
, a journal published by the Open
Library of Humanities.
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© 2019 The Author(s). This is an open-access article distributed under the terms of the Creative
Commons Attribution 4.0 International License (CC-BY 4.0), which permits unrestricted use,
distribution, and reproduction in any medium, provided the original author and source are credited.
See http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/.
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Pono, Nathanaël, and Jacinthe Martel. 2019. “Les
archives sans repos: enjeux d’une édition électronique.”
Digital Studies/Le champ numérique
9(1): 15, pp. 1–14.
DOI: https://doi.org/10.16995/dscn.351
RESEARCH
Les archives sans repos: enjeux d’une
édition électronique
Nathanaël Pono and Jacinthe Martel
Université du Québec à Montréal, CA
Corresponding author: Nathanaël Pono (pono.nathanael@courrier.uqam.ca)
En 1970, Gabrielle Roy publie
La Rivière sans repos
, un court roman précédé
de trois « Nouvelles Esquimaudes ». Les archives, conservées dans le fonds
Gabrielle Roy à Bibliothèques et Archives Canada, comportent de nombreux
manuscrits, dactylogrammes et jeux d’épreuves, véritables témoins
du travail eectué par la romancière. Dans le cadre de cet article, les
chercheurs proposent une étude génétique minutieuse des trois « Nouvelles
Esquimaudes » qui prend pour point de départ « Voyage en Ungava »,
journal d’un séjour eectué par Gabrielle Roy à Fort-Chimo en 1961. Ils
mettent en lumière les méthodes de travail de la romancière, notamment ses
réécritures horizontales et verticales. L’édition électronique des archives
de
La Rivière sans repos
permet quant à elle l’utilisation d’un appareil
critique augmenté, mais elle comporte aussi de nombreux enjeux spéciques
et soulève donc plusieurs dés.
Mots-clés: Gabrielle Roy; La Rivière sans repos; Nouvelles Esquimaudes;
roman; Canada; Fort-Chimo; génétique; archives; manuscrits; L’édition
électronique; HyperRoy; XXe siècle
In 1970, Gabrielle Roy published
Windower (La Rivière sans repos)
, a short
novel preceded by three short stories “
Nouvelles Esquimaudes
.” Conserved
in the Gabrielle Roy collection of Library and Archives Canada, the archives
contain a myriad of manuscripts, dactylograms and sets of proofs, genuine
evidence of word done by this author. In this article, the researchers put
forward a meticulous genetic study of the three “
Nouvelles Esquimaudes
,”
which takes the “
Voyage en Ungava
,” a travel journal written by Gabrielle
Roy in 1961 in Fort Chimo, as its starting point. The authors highlight the
novelist’s work methods, notably her horizontal and vertical rewriting. The
digital publishing of the
Windower
archives allows in itself the usage of
an enlarged critical apparatus, but it also contains several specic concerns,
thus raising several challenges.
Keywords: Gabrielle Roy; Windower; Nouvelles Esquimaudes; novel; Canad
Pono and Martel: Les archives sans reposArt. 15, page 2 of 14
Introduction
Le titre de notre article, qui permet d’associer le terme d’archives à l’intitulé du
recueil publié en 1970 par Gabrielle Roy ([1970] 2011),1 désigne à la fois notre
corpus et notre matériau d’étude, les archives de La Rivière sans repos, mais il permet
également d’évoquer la portée et la nature du travail qu’exige toute étude génétique,
en particulier lorsque celle-ci conduit à une édition électronique dont les nombreux
enjeux et les défis spécifiques soulèvent diverses difficultés. Le recueil La Rivière sans
repos s’ouvre sur trois « Nouvelles Esquimaudes », « Les Satellites », « Le téléphone »,
et « Le Fauteuil roulant », suivies du court roman « La Rivière sans repos », d’abord
intitulé « Le roman d’Elsa », qui donnera son titre au livre. Les archives du recueil
(Ricard 1991), conservées dans le fonds Gabrielle Roy,2 comportent, outre les cahiers
dans lesquels l’écrivaine rédige le manuscrit (à l’encre bleue), des dactylogrammes,
complets ou non, issus de la frappe des cahiers exécutée par sa secrétaire, ainsi que
plusieurs jeux d’épreuves du recueil, parfois partiels, mais dont plusieurs comportent
des corrections manuscrites. À cet ensemble s’ajoutent plusieurs dactylogrammes
relatifs à la traduction du recueil réalisée par Joyce Marshall (à ce sujet, voir les
travaux de Jane Everett), dont plusieurs ont été corrigés et annotés par G. Roy.
« Voyage en Ungava »
La genèse du recueil est pour ainsi dire antérieure à la rédaction des quatre textes
qui tirent leur origine d’un voyage à Fort-Chimo, dans la baie d’Ungava (le reportage
rend compte des «conditions de vie des Esquimaux» [Roy 2000, 153]), que Gabrielle
Roy a effectué en juillet 1961 à l’invitation d’un ami géologue; à la suite de ce séjour,
elle a consigné ses réflexions dans un cahier intitulé « Voyage en Ungava », qui n’a pas
été conservé, mais dont les archives contiennent cependant deux dactylographies
corrigées qui totalisent 32 feuillets.3
1 La Rivière sans repos a fait l’objet de 2 éditions revues par Gabrielle Roy. C’est l’Édition du Centenaire
qui sert ici de texte de référence. Les travaux présentés s’inscrivent dans le cadre du projet HyperRoy
(CRSH 2012–2016).
2 Bibliothèque et Archives Canada, 1982–11/1986–11, boîtes 47–52. Publié sous la responsabilité de
François Ricard (1991), l’inventaire décrit le contenu de chacune des chemises conservées dans ces six
boîtes (36–38).
3 Fonds Gabrielle Roy (B69-C12-13). Des extraits de ce cahier, qui ont été publiés par Marc Gagné
Pono and Martel: Les archives sans repos Art. 15, page 3 of 14
À partir de l’été 1940 et jusqu’en novembre 1945, Gabrielle Roy a réalisé et publié
une série de reportages ainsi que des nouvelles dans le Bulletin des agriculteurs; dans
ces articles, qui visent à informer le lecteur et qui reposent sur des enquêtes faites
sur le terrain, elle adopte une « écriture de type littéraire, où le plus grand soin est
accordé à l’invention verbale, à l’image, à la composition » (Ricard [1996] 2000, 219;
407).4 Le voyage en Ungava sera l’occasion de renouer avec le genre du reportage,
mais Gabrielle Roy renoncera à une éventuelle publication (Ricard [1996] 2000, 407).
Six années séparent la tenue du « journal » de voyage et l’écriture des nouvelles.
En effet, c’est au cours de l’été 1967, alors qu’elle réside, comme tous les étés, à son
chalet de Petite-Rivière-Saint-François, que Gabrielle Roy entreprend la rédaction des
textes qu’elle rassemblera dans La Rivière sans repos. Il existe donc de nombreuses
similitudes entre le contenu du journal et les thèmes ou les lieux évoqués dans les
nouvelles qui ont toutes la baie d’Ungava pour cadre; il en va par exemple ainsi
de la dichotomie entre la tradition inuit et la modernité occidentale, qui y occupe
une place prépondérante. « Voyage en Ungava » n’est cependant ni un avant-texte
proprement dit, ni une sorte d’aide-mémoire pour les « Nouvelles Esquimaudes »;
Gabrielle Roy précise en effet: « Je m’efforçais d’oublier les quelques détails de ce
texte qui pouvaient encore me rester à l’esprit. Je voulais être attentive à la puissance
de mon Fort-Chimo actuel, et non à l’ancien du reportage » (Gagné 1976).
Les matériaux accumulés dans le journal de voyage constituent en revanche la
source proprement dite d’un travail de fictionnalisation qui alimentera la rédaction
des nouvelles: « Réinvestis et transformés par l’imagination », les éléments tirés du
journal forment en effet « le décor et la trame » (Ricard [1996] 2000, 407) des quatre
textes du recueil (par exemple, quatre passages de ce journal de voyage ont été repris
dans « Les satellites »). La réécriture d’un court passage que Gabrielle Roy insèrera
dans «les Satellites» permet d’illustrer ce phénomène: purement descriptif, le texte
du journal, qui évoque le comportement des femmes qui font un séjour à l’hôpital,
(1976), sont accompagnés d’une entrevue avec Gabrielle Roy: « La Rivière sans repos de Gabrielle
Roy ». Le texte intégral a paru dans Le Pays de Bonheur d’occasion (Roy 2000, 101–128).
4 Gabrielle Roy parcourra différentes régions du Québec et se rendra par exemple sur la Côte Nord et
en Abitibi; elle effectuera également un voyage dans l’ouest canadien.
Pono and Martel: Les archives sans reposArt. 15, page 4 of 14
conduit au récit d’un moment plutôt intime mettant en scène le personnage de
Deborah. L’ancrage autobiographique du journal relatant l’expérience partagée par
Gabrielle Roy ainsi que le caractère plus linéaire propre au reportage s’effacent au
profit du récit.
On m’a raconté qu’à l’hôpital de Roberval où on les envoie se faire soigner,
les patients esquimaux font une si extraordinaire consommation de savon
que les sœurs n’en reviennent pas. Lorsque capables de se lever, les femmes
sont constamment à la salle de bains à se laver les cheveux, jusqu’à deux fois
par jour. (Roy [1970] 2011, 110)
Heureusement il lui restait encore deux excellentes distractions pour
l’aider à passer le temps. D’abord la douche! Dès qu’elle eut découvert cette
source, apparemment intarissable, d’eau chaude et de savon, ce fut chez elle
comme une passion […] Pendant près d’une demi-heure à la fois, Deborah,
sans remarquer que l’on venait quelquefois essayer de tourner la poignée
de la porte, savonnait puis rinçait ses magnifiques cheveux sombres drapés
sur elle jusqu’à ses hanches comme un châle. De retour dans son lit, elle
les brossait et les brossait avec l’idée, peut-être, de les faire reluire […] Après
quoi, elle retournait laver encore ses cheveux. (Roy [1970] 2011, 32–33)
Genèse des « Nouvelles esquimaudes »
L’analyse des documents conservés dans le fonds Gabrielle-Roy a d’abord reposé sur
un important travail, aussi minutieux que rigoureux, qui avait pour but d’établir un
inventaire précis, puis de procéder au classement chronologique de l’ensemble des
pièces afin de constituer le dossier génétique de chacun des textes du recueil. Bien
que les deux premières nouvelles esquimaudes aient été rédigées à l’été 19675, elles
n’ont été retravaillées que plusieurs mois plus tard, de janvier à février 1968, lors
d’un séjour en Floride; Gabrielle Roy les regroupera ensuite, selon l’ordre de leur
rédaction, vraisemblablement en vue d’un recueil.
5 Selon François Ricard, les nouvelles ont plutôt été rédigées en 1968. Or les cahiers semblent plutôt
suggérer 1967.
Pono and Martel: Les archives sans repos Art. 15, page 5 of 14
Exclusion faite des nombreux jeux d’épreuves, les dossiers génétiques des trois
nouvelles, qui totalisent 450 feuillets, dont aucun n’est daté, rassemblent vingt états,
complets ou partiels. Les cinq états manuscrits ont été rédigés dans des cahiers à spirale;6
ils comprennent un grand nombre de variantes d’écriture résultant de corrections
faites au fil de la plume, mais également des variantes de lecture, consignées dans
l’après-coup, directement dans les interlignes et dans les marges (Figures 1 et 2).
Pour les corrections de grande ampleur, Gabrielle Roy peut procéder par substitutions
et collages; si l’écrivaine biffe un passage entier du cahier, alors elle le réécrit sur un
feuillet mobile qu’elle colle ensuite par-dessus le texte corrigé. À plusieurs reprises, le
collage n’est que partiel; le feuillet peut alors être soulevé, révélant ainsi la rédaction
antérieure que l’écrivaine peut donc comparer au texte réécrit.
Les traces laissées sur les dactylogrammes par le travail de réécriture sont
souvent nombreuses, du moins au début du processus, et elles révèlent une pratique
récurrente dans la méthode utilisée de Gabrielle Roy: quand un cahier est confié à sa
secrétaire pour qu’elle le dactylographie et qu’elle en effectue une mise au net, celle-ci
lui remet ensuite deux copies du texte: un original et un double au carbone. Après
une relecture minutieuse, Gabrielle Roy effectue des corrections supplémentaires,
puis elle remet le dactylogramme annoté à sa secrétaire qui en fait alors une nouvelle
frappe qui inclura toutes les corrections notées par l’écrivaine; à cette étape, elle remet
encore une fois deux copies du texte à Gabrielle Roy. Ce procédé se répètera jusqu’à ce
que l’écrivaine soit satisfaite du résultat obtenu; cependant, après un certain temps,
le nombre de corrections allant en diminuant, l’écrivaine ne fera dactylographier
que les pages qu’elle a corrigées afin de pouvoir substituer les nouvelles pages aux
anciennes dans la copie du texte qu’elle a conservée. De la même manière, quand
le nombre de corrections consigné sur un feuillet est trop élevé et que le texte frôle
l’illisibilité, Gabrielle Roy y inscrit la mention « refaire » (en haut, à droite du feuillet);
elle remet ensuite ce seul feuillet à sa secrétaire, pour qu’elle en effectue une autre
mise au net. Pour ces feuillets isolés, la secrétaire remet également un original et
6 « Les satellites »: 1 état dans 2 cahiers; « Le téléphone »: 1 état dans 1 cahier; « Le fauteuil roulant », 3
états dans 2 cahiers. Pour le seul « Roman d’Elsa »: 7 cahiers.
Pono and Martel: Les archives sans reposArt. 15, page 6 of 14
un double au carbone à l’écrivaine. Si un passage du texte est repris plusieurs fois,
Gabrielle Roy n’hésitera pas à le faire taper aussi souvent que nécessaire. Il en va ainsi
pour l’état 5 des « Satellites » (B48C1, Figure 3), pourtant incomplet, mais dont au
moins huit feuillets ont été retapés à deux ou trois reprises; l’incipit a par ailleurs été
repris quatre fois. La multiplication des doubles au carbone, dont le repérage n’était
pas toujours aisé et dont le classement a souvent dû être rétabli, a soulevé certaines
difficultés, notamment pour établir la chronologie de rédaction des feuillets, mais
également pour leur transcription qui devait rendre compte du phénomène tout en
restituant sa lisibilité au texte.
Figure 1: « Les satellites », classement des états rédactionnels.
Pono and Martel: Les archives sans repos Art. 15, page 7 of 14
L’étude des dossiers génétiques des nouvelles esquimaudes a permis d’identifier
un phénomène génétique particulièrement intéressant et qui est sans doute
étroitement lié à l’utilisation des doubles au carbone grâce auxquels Gabrielle Roy
peut conserver la mémoire de son travail; ainsi, pour un passage donné, elle effectue
d’abord des corrections sur l’original, puis elle les reporte sur le double au carbone,
sans s’interdire, parfois, de faire de nouvelles retouches directement sur le double
au carbone. L’analyse minutieuse des divers états conservés révèle que la réécriture
des textes peut reposer sur deux processus complémentaires. Quand l’écrivaine fait
des corrections en passant d’un état à l’autre et en suivant le fil du récit, elle effectue
ce qu’on peut appeler une réécriture horizontale. En revanche, quand, au sein d’un
Figure 2: « Les Satellites », collage dans le cahier manuscrit.
Figure 3: « Les Satellites », état 5.
Pono and Martel: Les archives sans reposArt. 15, page 8 of 14
même état, l’auteure s’attarde à un passage particulier qu’elle réécrit plusieurs fois,
éliminant à chaque reprise la rédaction précédente, on parle alors de réécriture
verticale7. Ici encore, elle peut utiliser la méthode du collage pour corriger (une ou
plusieurs fois) de longs passages.
Enjeux de l’édition électronique
L’analyse génétique a donné lieu à la transcription des pièces selon un système
d’encodage XML dont le but ultime vise à diffuser, exception faite des épreuves
corrigées, l’ensemble du dossier de La Rivière sans repos sur le site HyperRoy
(Figures 4, 5 et 6). L’édition électronique des documents génétiques des Nouvelles
7 Pour supprimer un passage déjà réécrit mais qui sera repris, Gabrielle Roy utilise une croix de
Saint-André. Voir Figure 7: « Le fauteuil roulant ».
Figure 4: « Les Satellites », fac-similé.
Pono and Martel: Les archives sans repos Art. 15, page 9 of 14
esquimaudes permettra, outre un relevé complet des variantes, d’accompagner les
documents « d’un appareil critique beaucoup plus volumineux » que dans le cadre
d’un « livre traditionnel » (Marcotte 2009, 123).
L’encodage permet d’emmagasiner une grande quantité d’informations.
Les premières balises, celles de l’en-tête, servent à encoder les noms de l’auteur
(<publicationStmt>) et des transcripteurs (<sourceDesc>) ainsi qu’à indiquer
s’il s’agit d’un manuscrit ou d’un dactylogramme (<textype>). L’ouverture d’une
balise appelle la plupart du temps sa fermeture.8 Ainsi, le début d’un paragraphe
est toujours signalé par la balise <p> et sa fin par la balise </p>, sans quoi il
y aura une erreur lors de l’affichage. Dans l’exemple ci-dessus, l’incipit de la
nouvelle est très travaillé, ce qui se traduit par un balisage complexe, qui permet
une transcription détaillé et précise du phénomène. Dans ce travail de réécriture,
les balises les plus fréquentes sont <add>, qui indique les ajouts, et <del>
(pour « delete »), qui signale les suppressions d’éléments textuels.
Plusieurs compléments d’information peuvent être ajoutés à l’intérieur
même de ces balises de base afin de préciser la transcription. Ainsi, la balise
<add place="margin-top" rend="pencil"> signale l’ajout: « Dans la nuit d’été
à peine sombre de l’Arctique, au bord d’un petit lac de l’immense pays nu,
brillait »; la balise permet également d’indiquer que ce fragment textuel a
été ajouté dans la marge, en haut du feuillet (place="margin-top")9 et qu’il
a été écrit au crayon à papier (rend="pencil"). De même, <del type="legible"
rend="overstrike">, qui précède l’ajout marginal, permet de préciser que le
texte auquel il se substitue a été raturé (rend="overstrike"), mais qu’il est
toujours lisible (type="legible").
8 Il existe quelques exceptions; en effet, certaines balises n’ont pas besoin d’être fermées, comme la
balise <lb/> qui indique un passage à la ligne suivante.
9 Ce contenu varie en fonction de l’endroit, si le texte avait été ajouté entre deux lignes, “margin top
aurait alors été remplacé par “interlinear”.
Pono and Martel: Les archives sans reposArt. 15, page 10 of 14
La précision du langage XML permet donc de situer les ajouts et les suppressions
dans l’espace de la page et d’indiquer si ces derniers ont été faits au crayon10 à papier
ou à l’encre (la balise (rend="otherbluepen") permet de préciser la sorte11 d’encre
utilisée). Le transcripteur peut également, grâce aux balises, indiquer les éléments
10 La transcription XML a été réalisée par Maude Courtemanche et Nathanaël Pono, membres du groupe
de recherche HyperRoy à l’Université du Québec à Montréal.
11 Les renseignements contenus jusqu’à là sont l’en-tête du fichier. Aussi, ils ne sont pas visibles dans le
texte qui découle du balisage.
Figure 5: « Les Satellites », encodage XML.
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<!-- New document created with EditiX at Wed Jun 04 14:28:12 EDT 2014 -->
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<title>Les satellites-B48C1 p.e011053985-v8</title>
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<p>Gabrielle Roy</p>
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<p>Maude Courtemanche et Nathanaël Pono</p>10
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<text type="typescript">
<body>
<seg>I</seg>
<p rend="indent"><add place="margin-right">
<hirend="surrounded">refaire</hi></add>
<del type="legible" rend="overstrike">Au bord du petit lac, au loin de l'immense pays
nu, sans
<lb/>
arbre, dans la nuit d'été, à peine sombre, de l'Arctique, brillait</del>
<lb/>
<add place="margin-top" rend="pencil">Dans la
<lb/>
nuit d'été à
<lb/>
peine sombre de l'<placeName xml:id="Arctique">Arctique</placeName>,
<lb/>
au bord d'un petit lac de
<lb/>
l'immense pays nu, brillait</add>
le feu allupour guider l'hydravion qui n'allait sans doute plus
<lb/>
tarder <add rend="pencil">.</add>
<del type="legible" rend="overstrike"> à venir.</del>
Autour, des ombres trapues
<del type="legible" rend="overstrike">, quelques hommes, </del> ali-
<lb/>
mentaient <del type="legible" rend="overstrike">le feu</del>
<add place="interlinear" rend="pencil">la flamme</add>
de poignées de mousse de caribou arrachées
<add place="interlinear" rend="pencil">au</add>
<del type="legible" rend="overstrike">à même
<lb/>
le</del> sol.
</p>
Pono and Martel: Les archives sans repos Art. 15, page 11 of 14
supprimés, les mots ou les passages illisibles ou encore ceux dont la lecture est
incertaine, les mots soulignés, encadrés, etc. Il est également possible d’encoder
par exemple des noms de lieux (par exemple, <placeName xml:id="Arctique">), de
personnes ou de personnages, des titres d’œuvres ou encore des thèmes ou sujets
récurrents dans les textes.
Si le langage XML permet une transcription très détaillée des phénomènes
scripturaux présents dans les manuscrits et dactylogrammes, en revanche certains
éléments échappent à l’encodage qui ne permet pas de représenter graphiquement
l’espace de la marge; les éléments qui s’y trouvent sont donc encadrés. Quant aux
croix de Saint-André, elles sont représentées par une barre verticale située à gauche
ou à droite du passage raturé.
Au-delà de l’encodage de certains phénomènes scripturaux complexes présente
également des difficultés particulières; il en va ainsi des réécritures verticales dont la
Figure 6: « Les Satellites », transcription diplomatique.
Pono and Martel: Les archives sans reposArt. 15, page 12 of 14
succession et la chronologie échappent en partie au balisage. Il est en effet difficile
de rendre compte à la fois de la succession des feuillets au cours de la genèse d’un
texte et des différentes réécritures ponctuelles dont un passage peut faire l’objet. Dès
lors, dans l’état actuel des choses, deux choix s’offrent au transcripteur: (1) respecter
la dynamique de succession et par conséquent choisir une seule des multiples
rédactions dont un même feuillet a fait l’objet, c’est-à-dire l’état final ou encore
celui qui présente les phénomènes génétiques les plus intéressants. Les autres
feuillets feront l’objet d’une note de bas de page où seront présentées les variantes;
(1) présenter toutes les rédactions d’un même feuillet, brisant ainsi la linéarité de
l’état auquel il appartient; cette solution rend cependant la comparaison avec les
autres états plus difficile.
La nouvelle « Le Fauteuil roulant » constitue un cas particulier, car elle a été
écrite alors que Gabrielle Roy était en Floride et qu’elle ne pouvait confier les mises
au net à sa secrétaire; aucune dactylographie des manuscrits n’a donc été effectuée.
En revanche, trois états manuscrits (Figure 7), qui sont autant de réécritures, ont
été conservés. L’encodage de ces trois états comporte donc un grand nombre de
difficultés, notamment lorsqu’il s’agit de baliser les nombreuses variantes dont la
portée et l’étendue sont très importantes.
Figure 7: « Le Fauteuil roulant », manuscrit.
Pono and Martel: Les archives sans repos Art. 15, page 13 of 14
Patience et longueur de temps
Nombreux sont encore les défis qu’il faudra relever pour aboutir à une édition
satisfaisante des nouvelles esquimaudes dont les dossiers génétiques soulèvent des
problèmes d’identification et de classement, en raison notamment de la présence
de nombreux doubles au carbone (complets ou non, disloqués ou non), dont
il fallait comprendre le rôle qu’ils ont joué au sein de l’écriture et, surtout, de la
réécriture des textes. En l’absence de repères chronologiques, c’est également la
compréhension des différents mouvements qui traversent la genèse du recueil qu’il
fallait parvenir à identifier. Le langage XML met certes à la disposition du chercheur
et du transcripteur des outils variés et raffinés pour rendre compte des phénomènes
scripturaux qui traversent un dossier génétique, mais il reste que chaque corpus
soulève des difficultés particulières qui demandent que se développe encore
davantage la panoplie de ses outils.
Remerciements
Nous tenons à remercier Catherine Paul pour sa collaboration aux travaux de
recherche et aux transcriptions des manuscrits.
Déclaration de conflit d’intérêts
Les auteurs déclarent l’absence d’un conflit d’intérêts.
Contributions des auteurs
Conceptualisation: jm, np;
Méthodologie: jm, np;
Enquête: jm, np;
Rédaction – Préparation du brouillon d’origine: jm, np;
Rédaction – Passage en revue et Edition: jm, np;
Supervision: jm;
Direction de projet: jm
Références
Gagné, Marc. 1976. “La Rivière sans repos de Gabrielle Roy.” Dans Revue de l’Université
d’Ottawa, janvier–mars, 83–107, avril–juin, 180–99, juillet–septembre, 364–90.
Pono and Martel: Les archives sans reposArt. 15, page 14 of 14
Marcotte, Sophie. 2009. “L’édition électronique de La détresse et l’enchantement de
Gabrielle Roy.Tangence 91: 113–36.
Ricard, François, éditeur. 1991. Inventaire des archives personnelles de Gabrielle Roy
conservées à la Bibliothèque nationale du Canada. Montréal: Éditions du Boréal.
Ricard, François, éditeur. (1996) 2000. Gabrielle Roy. Une vie. Montréal: Éditions du
Boréal, coll. “Boréal Compact.”
Roy, Gabrielle. (1970) 2011. La Rivière sans repos. Montréal: Éditions du Boréal.
Roy, Gabrielle. 2000. Le Pays de Bonheur d’occasion et autres récits autobiographiques
épars et inédits. Rédigé par François Ricard, Sophie Marcotte et Jane Everett.
Montréal: Éditions du Boréal, coll. “Cahiers Gabrielle Roy.
How to cite this article: Pono, Nathanaël, and Jacinthe Martel. 2019. “Les archives sans
repos: enjeux d’une édition électronique.”
Digital Studies/Le champ numérique
9(1): 15, pp.
1–14. DOI: https://doi.org/10.16995/dscn.351
Submitted: 04 April 2019 Accepted: 03 June 2019 Published: 12 August 2019
Copyright: © 2019 The Author(s). This is an open-access article distributed under the
terms of the Creative Commons Attribution 4.0 International License (CC-BY 4.0), which
permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the
original author and source are credited. See http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/.
OPEN ACCESS
Digital Studies/Le champ numérique
is a peer-reviewed open
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