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Info respiration 150 Avril 2019

Authors:
  • Fondation du soufflé contre les maladies respiratoires
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In f o Re s p I R a t I o n n u m é R o 150 • a v R I l 2019 • www.splf.fr
Santé publique Entretien avec Gilles Dixsaut
Constater un décalage entre la réglementation et la « vraie vie » est chose courante dans bien des
domaines. Mais si nos sociétés roulent plus vite que les législateurs, ce n’est pas un hasard.
Gilles dixsaut
Fondation du souffle contre les maladies
respiratoires
@ : gilles.dixsaut@free.fr
Pollution atmosphérique : les normes réglementaires ne prennent pas bien
en compte l’évolution des sources ni les facteurs déterminants sur la santé
cours des deux premiers mois de l’année 2019
dans la majorité des grandes villes françaises.
IR : Ces normes sont-elles en
adéquation avec les changements de
sources polluantes ?
GD : Les PM 10 étaient représentatives de
la pollution atmosphérique ancienne : chauffage
au charbon ou au bois dans une cheminée, diesel
qui fume. L’évolution technologique des systèmes
de chauffage et des moteurs a fait en grande partie
disparaître cette forme de pollution. Elle a été rem-
placée par une pollution particulaire beaucoup plus
fine de dimension nanométrique. Les moteurs die-
sels récents émettent des particules élémentaires de
l’ordre de 100 nanomètres et non plus des agrégats
de particules qui, eux, sont filtrés par les filtres à
particules. En outre, ils émettent des hydrocarbures
semi-volatils qui, en se refroidissant, se condensent
en particules d’hydrocarbures aromatiques. Les
moteurs à essence modernes émettent des particules
Info Respiration (IR) : Actuellement,
quels sont les paramètres de la pollu-
tion atmosphérique surveillés suivant
les termes de la réglementation ?
Gilles Dixsaut (GD) : Au sein de l’Union
européenne, la mesure de la pollution atmosphé-
rique est fondée sur le sixième programme d’action
pour l’environnement (6e PAE), qui vise à atteindre
des niveaux de qualité de l’air qui ne soient pas
de nature à entraîner des effets inacceptables et
des risques pour la santé humaine et l’environne-
ment.
1
Remarquons que ces dispositions sont très
éloignées des recommandations de l’OMS qui
retiennent des valeurs généralement beaucoup plus
contraignantes.
IR : Donc moins d’alertes sont
déclenchées en France ?
GD : Le droit français est fondé pour les
alertes sur la pollution particulaire uniquement
sur les particules PM 10, avec des dispositions
beaucoup plus laxistes que les recommandations
OMS. Dans le monde entier, la pollution atmos-
phérique particulaire est jugée sur la concentration
de PM 2,5, ainsi que le recommande l’OMS, sauf
en Europe. Il existe par ailleurs des lignes directrices
OMS, en termes de durée d’exposition et de
concentration, pour de nombreux polluants qui
ne font l’objet d’aucune réglementation en Europe.
Ainsi, pour les particules PM 2,5, celles
que l’on doit prendre en compte en priorité,
il n’existe pas de valeurs limites journalières
en droit français, ce qui permet de ne jamais
déclencher d’alerte alors que l’OMS fixe à 25 µg/
m3 la concentration à ne pas dépasser plus de
trois jours par an (voir tableau). Cette limite de
concentration est déjà largement dépassée au
de l’ordre de 80 nanomètres (sans hydrocarbures
aromatiques polycycliques classés cancérogènes).
En conséquence, toute cette pollution particulaire
liée à l’évolution des techniques n’est pas prise en
compte dans les mesures en masse de PM 10, car
les nanoparticules se comportent plutôt comme des
gaz et n’ont pas de masse. Le paramètre à mesurer
serait donc le nombre total de particules, par classes
de taille et de composition.
IR : Compte tenu des nouvelles
formes de pollution, que devrait-on
surveiller ?
GD : On devrait surveiller les polluants
primaires qui conduisent à la formation de pol-
lution secondaire, notamment l’ammoniac qui
est émis à la fois par l’agriculture et par le trafic et
qui, en se combinant au NO2 des diesels, produit
des particules secondaires. Le N2O est émis par
les véhicules diesels, notamment en circulation
urbaine : c’est un gaz à effet de serre 298 fois plus
Polluants
Ligne
directrice
OMS
(µg/m3)
Durée
d’exposition
Valeur limite UE
(µg/m
3
)
Particules
PM10
20
50
Année
Jour (maximum 3 j/an)
40
50
Année
Jour (maximum 35 j/an)
Particules
PM2.5
10
25
Année
Jour (maximum 3 j/an)
25
pas de valeur limite
Année
Jour
Dioxyde
d’azote
(NO2)
40
200
Année
Heure
40
200
Année
Heure
(maximum 18 h/an)
Ozone
100 8 heures Voir valeur cible
Dioxyde
de soufre
(SO2)
20
500
Jour
10 minutes
125
350
J
our (maximum 3 j/an)
Heure
(maximum 24 h/an)
Monoxyde
de carbone
7 000
10 000
30 000
100 000
Jour
8 heures
Heure
15 minutes
10 000 8 heures
Plomb
0,5 Année 0,5 Année
Tableau
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Santé publique Entretien avec Gilles Dixsaut
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IR : Le programme Pollutrak va-t-il
dans le bon sens ?
GD : Le programme Pollutrak est issu d’un
partenariat entre plusieurs acteurs : une startup,
« Planet Watch 24 », qui a conçu des appareils de
mesure de la pollution particulaire autonomes et
miniaturisés, la Fondation du souffle en tant que
support scientifique, Enedis et les taxis Marcel en
tant que supports mobiles de ces capteurs auto-
nomes sur leurs véhicules électriques, Airparif en
tant qu’organisme de référence de la mesure de la
pollution de l’air et enfin la Mairie de Paris.
2
Les capteurs utilisés sont des capteurs laser
mesurant la concentration des particules PM 2,5,
avec une possibilité de descendre jusqu’à PM 0,3.
Ils sont autonomes et fixés sur le toit des véhicules
électriques des partenaires (300 pour Enedis et 100
pour Marcel), transmettant lors de leurs déplace-
ments la concentration particulaire plusieurs fois
par minutes. L’information est centralisée et traitée
pour en extraire des cartes à l’échelle des rues. La
sommation des informations permet de faire des
comparaisons horaires, mensuelles…
Initialement, le dispositif a été développé
à Paris. Les capteurs ont fait l’objet d’une valida-
tion par comparaison aux appareils fixes d’AirParif.
Chaque capteur est comparé lors de la sortie du
garage chaque matin afin d’avoir des résultats simi-
laires de plusieurs dizaines de milliers de mesures
quotidiennes.
puissant que le CO2 et un précurseur de réactions
chimiques. Et bien entendu, les particules fines
et ultrafines devraient faire l’objet d’une surveil-
lance permanente : PM 2,5, PM 1, PM 0,1, car
ce sont les polluants particulaires ayant les effets
avérés les plus importants sur la santé. Pourtant,
Airparif organisme de surveillance de la qualité
de l’air pour la région Île-de-France, n’a que deux
appareils de mesure des PM 2,5 sur Paris : un Porte
d’Auteuil, l’autre en zone piétonne dans le quartier
Beaubourg. Quelques organismes de surveillance
de la qualité de l’air ont développé des réseaux de
mesures de particules fines ou ultrafines, notam-
ment dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes ou
PACA, mais leur utilisation reste à usage interne, en
l’absence de référence réglementaire.
IR : Il existe donc un décalage entre
métrologie et réglementation ?
GD : Mieux, il y a un monde entre métro-
logie et réglementation ! Cette dernière reste fondée
sur la pollution d’il y a 50 ans, alors que la métro-
logie démontre que la pollution actuelle n’a plus
qu’un lointain rapport avec celle-là. La métrologie
tend actuellement à développer des instruments
de mesure portables et miniaturisés en réseau, alors
que la réglementation se fonde sur des capteurs
fixes à partir desquels on fait des modélisations, qui
— remarquons-le — ne sortent comme résultats
que ce que l’on a mis dans le modèle.
(www.actu-environnement.com/ae/news/Pollu-
tion-air-micro-capteurs-32372.php4)
Le dispositif a été ensuite étendu à la
métropole de Lille et à la vallée de l’Arve avec
d’autres développements à l’étranger. L’objectif
n’est pas de réaliser une métrologie concurrente
des organismes de surveillance de la qualité de
l’air, mais d’identifier des points chauds de
pollution particulaire fine, sur lesquels des mesures
correctives peuvent être mises en œuvre (exutoires
des ventilations du métro, stationnement des cars
étrangers moteur tournant pendant des heures, sites
de travaux urbains, mauvaise gestion du trafic…).
À terme, après la phase de développement, le
dispositif devrait déboucher sur une information
grand public en temps réel. Donc, oui, cette
initiative va dans le bon sens.
n
1.
Le texte de référence est la directive 2008/50/
CE du Parlement et du Conseil du 21 mai
2008 sur la qualité de l’air. https://eur-lex.
europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=O-
J:L:2008:152:0001:0044:EN:PDF
Les dispositions de cette directive sont traduites
en droit français :
www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/
files/01_Tableau-Normes-Seuils%20r%C3%A-
9glementaires.pdf
2.
www.usinenouvelle.com/article/la-mairie-de-pa-
ris-et-enedis-officialisent-pollutrack-et-la-chasse-
aux-particules-fines.N653684
©Josef Mo hyla — Istock .com
IR150>Y-14-4.indd 26 14/04/2019 17:54
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