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Etude pluridisciplinaire de chapelles funéraires thébaines de l'époque ramesside

Authors:
MEMNONIA
BULLETIN ÉDITÉ PAR L’ASSOCIATION POUR LA SAUVEGARDE DU RAMESSEUM
Le Bulletin MEMNONIA traite, en priorité, des études et recherches effectuées sur le temple de
Ramsès II longtemps désigné sous l’appellation de Memnonium. Périodique annuel d’archéologie et
d’histoire régionales, il contient également des études spéciquement consacrées à Thèbes-Ouest,
aire géographique connue sous le nom de Memnonia à l’époque gréco-romaine. Financé et édité par
l’Association pour la Sauvegarde du Ramesseum, il est adressé gratuitement aux Membres d’honneur,
aux Membres donateurs, bienfaiteurs et titulaires.
Fondateur et directeur de la publication : Christian LEBLANC
Comité de Lecture : Christophe Barbotin (égyptologue, conservateur en chef, Musée du Louvre) ;
Jean-Claude Goyon (égyptologue, professeur émérite à l’Université de Lyon II) ; Hélène Guichard
(égyptologue, conservateur en chef, Musée du Louvre) ; Christian Leblanc (égyptologue, directeur
de recherche émérite au CNRS) ; Guy Lecuyot (architecte-archéologue, ingénieur de recherche au
CNRS) ; André Macke (médecin-radiologue et anthropologue, Université de Lille) ; Philippe Martinez
(égyptologue, ingénieur de recherche au CNRS) ; Monique Nelson (égyptologue, CNRS) ; Angelo
Sesana (égyptologue, directeur de la mission archéologique du temple d’Amenhotep II à Thèbes-Ouest,
CFE) ; Gihane Zaki (égyptologue, professeur à l’Université de Helouan, Le Caire).
Les manuscrits des contributions au Bulletin doivent être envoyés directement au siège social de
l’Association, avant le 1er mars de l’année en cours. Les articles publiés n’engagent que la responsabilité
de leurs auteurs.
Adresse du site web du Ministère de la Culture [Les monuments d’éternité de Ramsès II] :
http://www.culture.fr/culture/arcnat/thebes/fr/index.html
Adresse du site web de l’Association pour la Sauvegarde du Ramesseum : http://www.asramesseum.org/
Adresse du site web de la MAFTO : http://www.mafto.fr
Le volume XXVIII des Memnonia [2017] a été imprimé au Caire par PRINTOGRAPH
29 Al-Moarekh Mohamed Refaat – El-Nozha el Gedida, Le Caire.
ISSN 1110-4910. Dépôt légal no 796/1994
Dar El-Kûtub. Le Caire. République Arabe d’Égypte.
© Toute reproduction intégrale ou partielle destinée à une utilisation collective et faite par quelque
procédé que ce soit, est interdite. Elle constituerait une contre-façon sanctionnée par les articles 425 et
suivants du Code pénal.
ÉTUDE PLURIDISCIPLINAIRE DE CHAPELLES FUNÉRAIRES
THÉBAINES DE L’ÉPOQUE RAMESSIDE [Pl. XVI-XIX]
Matthias ALFELD, Kevin CAIN, Catherine DEFEYT,
Pauline MARTINETTO, Philippe MARTINEZ,
Jared MURNAN, Silvia PEDETTI, Philippe WALTER *
La concession de la Mission Archéologique Française de Thèbes-Ouest
embrasse, outre le Ramesseum et la tombe de Ramsès II dans la Vallée des
Rois, une quinzaine de chapelles funéraires remontant à l’époque ramesside.
Ces tombes ont été choisies avant tout pour leur relation plus ou moins étroite
avec le Ramesseum et son personnel. Si elles sont censées dater précisément
du règne de Ramsès II, ce fait ne peut pas toujours être démontré sur la base
de la seule critique interne de chacun des monuments. Ces tombes remontent
donc sans doute plutôt à la période plus largement ramesside, recouvrant les
XIXe et XXe dynasties.
Si ces chapelles ont été mentionnées à plusieurs reprises (1), rares sont
celles à avoir été scientiquement publiées de façon exhaustive à ce jour.
L’intégration de la MAFTO au Laboratoire d’Archéologie Moléculaire
et Structurale de Sorbonne-Université (LAMS), a offert l’opportunité de
lancer véritablement le programme de recherche suivant une perspective
toute nouvelle, envisageant une approche non plus purement égyptologique,
mais aussi liée à la matérialité des œuvres et des décors grâce à l’application
d’une série de techniques non invasives d’analyse physico-chimique
regroupées dans un laboratoire mobile. Cette approche pluridisciplinaire
s’inscrit dans la suite des travaux menés il y a quelques années dans la tombe
* Matthias ALFELD, Philippe MARTINEZ et Philippe WALTER (Laboratoire d’Archéologie
Moléculaire et Structurale [LAMS], UMR 8220 CNRS Sorbonne Université) ; Kevin CAIN et Jared
MURNAN (Institute for the Study and Integration of Heritage Techniques : insightdigital.org) ;
Catherine DEFEYT (Université de Liège UR interfacultaire Art, Archéologie, Patrimoine [AAP]) ;
Pauline MARTINETTO (Université Grenoble Alpes Institut Neel, UPR 2940 CNRS UGA) ; Silvia
PEDETTI (Universita “La Sapienza”, Roma / UMR 8220 CNRS Sorbonne Université).
(1) Voir par exemple M. Nelson, «Les fonctionnaires connus du temple de Ramsès II. Enquête à partir
des tombes thébaines», dans Memnonia I, 1990/1991, pp. 127-133. Article disponible en ligne sur
www.mafto.fr.
150 MEMNONIA XXVIII
de Menna (2), auxquels le LAMS avait d’ailleurs déjà participé, mais aussi
dans le cadre d’un projet visant à mieux cerner les méthodes et techniques de
l’artisan peintre à l’époque pharaonique.
Pour des raisons pratiques, mais aussi un questionnement plus
théorique portant sur les modalités de publication d’une série de tombes
thébaines dans un temps relativement court, il fut opté pour des périodes de
mission relativement courtes et intenses. Les deux premières en janvier et
décembre 2016, se sont focalisées sur les chapelles de Nakhtamon (TT341)
et d’Amenouahsou (TT111). En janvier 2018, il fut possible d’élargir notre
intervention aux tombes de Nedjemger (TT138) et de Neferrenpet (TT133).
Documentation égyptologique
La tombe de Nakhtamon (TT341), découverte par Sir Robert Mond en
1925 (3), avait déjà été publiée par Norman de Garis Davies en 1948 (4). En outre,
au moment du début de notre programme, une nouvelle étude documentaire
était menée par le Centre d’Étude et de Documentation sur l’Ancienne Égypte
du Caire (CEDAE), avec lequel nous collaborons depuis de longues années.
En ce contexte, il ne parut pas nécessaire de recommencer cette opération.
En revanche, il était intéressant de saisir cette opportunité
pour rassembler une documentation complémentaire tirant parti des
développements récents des technologies de photographie numérique.
C’est ainsi que furent effectuées d’une part des photographies de détails à
fort grossissement et, d’autre part, une saisie complète de l’ensemble des
espaces et surfaces décorées de la chapelle funéraire dans le but d’aboutir
à l’élaboration d’un modèle tridimensionnel texturé. Cette restitution est
obtenue grâce à l’application d’algorithmes de photogrammétrie numérique
sur une couverture photographique exhaustive, de haute résolution et à fort
taux de recouvrement.
(2) M. Hartwig (éd.), The Tomb Chapel of Menna (TT 69). The art, culture and science of painting in an
Egyptian tomb, ARCE conservation Series 5, American University in Cairo Press, Cairo, 2013.
(3) R. Mond and W. B. Emery, «Excavations at Sheikh Abd El Gurneh 1925-26», in Annals of
Archaeology and Anthropology 14, 1927, pp. 31-32 et pls. 23-24.
(4) N. De Garis Davies and A. H. Gardiner, Seven Private Tombs at Kurnah, Mond Excavations at
Thebes II, EES, London, 1948, pp. 31-41 and pls. XXII-XXX.
ÉTUDE PLURIDISCIPLINAIRE DE CHAPELLES 151
La première couverture photographique fut réalisée par Kevin Cain et
Jared Murnan d’Insightdigital. Une couverture complémentaire fut réalisée
en décembre 2016 par Philippe Martinez. L’ensemble des clichés est traité à
l’aide du logiciel Plexus, écrit par Kevin Cain et installé sur le serveur Mesu
de Sorbonne Université, géré par l’Institut des Sciences du Calcul et des
Données (5). L’intérêt de cette démarche est d’obtenir un modèle tridimensionnel
de chacune des chapelles, modèle qu’il est possible de visiter virtuellement et
qui peut devenir le support d’informations aussi bien textuelles que visuelles.
Ce modèle permet aussi la création d’orthophotographies métriquement
valides de très haute résolution, permettant en laboratoire un examen visuel
des décors plus aisé que sur l’original lui-même.
En outre, les prises de vue photographiques, si elles demandent
d’être réalisées de façon systématique et soigneuse, ne nécessitent pas un
niveau technique préalable élevé. Elles peuvent être réalisées dans de bonnes
conditions avec un équipement relativement bon marché.
La même approche put être appliquée avec succès à la chapelle
d’Amenouahsou (TT111) qui demeure pour sa part totalement inédite. Une
fois la méthode de prise de vue clairement dénie, le relevé d’une chapelle
peut être effectué en quelques heures, en tenant compte des difcultés
inhérentes à ces monuments fermés au public, envahis par la poussière et
au sol souvent percé de puits funéraires béants. En revanche, la création du
modèle tridimensionnel, des textures avenantes et des orthophotographies en
découlant demande une importante puissance de calcul et de longues heures
de process. Il convient alors de dénir la résolution utile en fonction des buts
que se donne l’étude en cours et des moyens de médiation disponibles.
Cette approche purement photographique a été complétée par des
prises de vue en fort grossissement (macrophotographie), en microscopie
numérique, des prises de vue en lumière rasante et sous éclairage ultraviolet
mettant en évidence des matériaux spéciques réagissant à ces longueurs
d’onde. L’ensemble de ces méthodes, tout en permettant l’établissement
d’un premier dossier résultant de l’auscultation visuelle, riche de ses propres
résultats, rend possible la mise en place d’une stratégie en vue de prises de
mesures complémentaires demandant une mise en œuvre plus contraignante,
surtout en termes de durée.
(5) Nous tenons tout particulièrement à remercier Pascal Frey, Professeur de mathématiques à Sorbonne
Université et membre du Laboratoire Jacques-Louis Lions, qui nous a généreusement donné accès à ces
moyens de calcul extrêmement puissants.
152 MEMNONIA XXVIII
Analyses non invasives de la couche picturale
Depuis quelques années, l’étude de la peinture ancienne peut se
tourner vers de nouvelles techniques d’analyse et d’imagerie chimiques
qui ont l’intérêt d’être non invasives, ne nécessitant pas de prélèvement et
ne remettant aucunement en cause l’intégrité physique du monument. Ces
technologies ont bien entendu connu un nombre important d’applications pour
des œuvres conservées en musée, elles bénécient d’un environnement
stable et relativement confortable. Mais elles peuvent aussi être appliquées
à des objets archéologiques et des monuments tout entiers dans des cas où
il est impossible de déplacer les œuvres dans un laboratoire. Forte de son
expérience en laboratoire, l’équipe du Laboratoire d’Archéologie Moléculaire
et Structurale de Sorbonne Université a fait le choix de mettre en place un
laboratoire mobile, rassemblant les technologies les mieux adaptées à une
recherche s’intéressant principalement à la couche picturale et aux matériaux,
techniques et processus utilisés par les peintres anciens.
Depuis plus de cinquante ans, la lumière rasante et les rayons X
ont été utilisés pour révéler d’une part l’état de surface des œuvres et
d’autre part des phénomènes s’exerçant plus en profondeur, sous la couche
picturale apparente, tels que des repeints, surpeints ou, au contraire, des
dessins préparatoires. Les progrès techniques quantitatifs et qualitatifs de
la photographie numérique ont été plus que marquants dans cette approche,
facilitant l’établissement d’un dossier préalable à l’étude ou la restauration de
l’œuvre picturale. En revanche, l’utilisation de la radiographie classique n’est
pas toujours facile et pose le problème de la sécurité physique des utilisateurs.
Cette technologie peut en tout cas difcilement s’appliquer dans le cas de nos
chapelles thébaines, où la couche picturale est relativement ne, et posée sur
un support inerte et opaque à ce type de rayonnement.
En revanche, il est aujourd’hui possible d’appliquer des rayonnements
moins énergétiques tels que ceux révélés par la réectographie infrarouge ou
la photographie de la uorescence induite par les rayons ultraviolets. Cette
utilisation des différentes longueurs d’onde couvrant l’ensemble du spectre
de la lumière visible (380 nm à 700 nm) et invisible (infrarouge à partir de
700 nm ; ultraviolet A : 315 nm à 380 nm), permet l’établissement d’une
imagerie hyperspectrale. La mesure de la réexion de la lumière par les
matériaux de la peinture met en lumière leur composition chimique en chaque
point de l’œuvre. Il est ainsi possible de distinguer des pigments de natures
chimiques différentes ayant pourtant une couleur très proche dans le spectre
de la lumière visible.
ÉTUDE PLURIDISCIPLINAIRE DE CHAPELLES 153
Cette méthode permet donc la représentation d’une scène suivant
plusieurs centaines de bandes spectrales étroites (≤ 10 nm) et contiguës par le
biais de l’acquisition d’un spectre continu. L’imagerie hyperspectrale permet
de reconnaître dans le pixel la «signature spectrale» des constituants que le
matériau contient et de de les identier. À chaque pixel de l’image ainsi
générée correspond en effet un spectre de réectance de la lumière caractérisant
le pourcentage de lumière rééchie en fonction de la longueur d’onde de
la lumière incidente. La position en longueur d’onde des pics d’absorption
spéciques dépend dès lors de la composition chimique du matériau alors que
leur amplitude peut donner des indications sur la concentration des constituants
présents. La forme générale du spectre dépend aussi des propriétés physiques
de surface (granulométrie, rugosité, humidité, etc.).
Il devient ainsi possible d’identier des zones de compositions
différentes, de souligner la dégradation des matériaux ou la présence de
dessins préparatoires, mais aussi les différents matériaux présents, en en
déterminant les concentrations et les caractéristiques physiques, ajoutant ainsi
une dimension quantitative à la cartographie. Le spectre de réectance n’est
donc pas juste une indication de la couleur observée, mais bien une signature
du phénomène qui se trouve à l’origine de ladite couleur.
Le laboratoire du LAMS intègre une caméra d’imagerie hyperspectrale
qui couvre le domaine du visible et du proche infrarouge (400-1000nm).
Elle permet d’obtenir rapidement une cartographie d’une zone d’environ
50 x 50 cm, permettant l’acquisition de millions de spectres en un seul scan.
La plupart des pigments égyptiens peuvent ainsi être reconnus, comme le
bleu égyptien, les terres jaunes et rouges à base respectivement de goethite et
d’hématite, les pigments à base d’arsenic, le réalgar et l’orpiment (cf. Pl. XVI).
Les matières blanches comme la calcite, le gypse, l’anhydrite et la huntite,
comme le noir de carbone sont plus difciles à caractériser par cette méthode.
Des traitements statistiques effectuées sur ces données hyperspectrales
dans le domaine infrarouge peuvent de façon intéressante aider à la lecture
de hiéroglyphes peints autrefois en noir et aujourd’hui presque effacés
(cf. Pl. XVII) : les présences de faibles traces de pigments peuvent être
plus facilement détectée pour générer des documents utiles à la réalisation
de relevés. Cette méthode d’imagerie scientique est très rapide à mettre en
œuvre et aide à mettre en lumière les zones d’intérêt principales, menant ainsi
à l’élaboration d’une stratégie de prises de mesure plus précises à l’aide par
exemple de l’imagerie par uorescence des rayons X (XRF).
154 MEMNONIA XXVIII
La spectrométrie de uorescence des rayons X (XRF) est une technique
d’analyse élémentaire quantitative fondée sur l’émission de rayons X, dits
secondaires, consécutive à une excitation des couches atomiques profondes
par un faisceau de rayons X, dit primaire. Il est ainsi possible de réaliser des
mesures ponctuelles de zones dénies ou bien une cartographie élémentaire
sur une surface d’environ 30 x 30 cm. Tubes et détecteurs sont alors montés
sur des translations motorisées et se déplacent devant la couche picturale.
C’est de fait la taille des translations motorisées qui vient limiter l’ampleur
de la prise de mesure. La notion de portabilité des moyens d’analyses,
centrale pour notre projet, vient donc entraver quelque peu une approche
systématique du monument. Mais il convient de noter que ces prises de
mesures demeurent lentes (environ 4 h pour 30 x 30 cm2), d’où l’importance
d’une stratégie sensible permettant de dénir au préalable les zones d’intérêt
les plus remarquables. Cette imagerie à l’intérêt de mesurer non seulement
la distribution des éléments chimiques présents à la surface, mais aussi
dans les couches sous-jacentes invisibles à l’œil nu, suivant la profondeur
de pénétration des rayons X. Il est ainsi possible de mettre en lumière des
modications que l’artiste ou des restaurations postérieures ont apportées,
ouvrant des possibilités d’explorer plus en détail les œuvres, leur histoire et
leur processus de création.
Mais l’interprétation des images et spectres obtenus demeure difcile
de par la nature même, relativement complexe, des objets analysés, réalisés
par superposition d’un certain nombre de couches (les différentes couches
de peinture éventuellement superposées ainsi que les enduits et le mortier)
souvent peu homogènes en termes de concentration et épaisseur. Toute
interprétation doit donc tenir compte des phénomènes d’absorption des
couches supercielles et ce fait rend difcile toute généralisation des résultats
qui ne concernent le plus souvent que les 50 à 100 premiers micromètres de
la couche décorative de surface. Il est ainsi cependant possible de déterminer
la nature des pigments et leurs proportions lorsqu’ils sont mélangés pour
réaliser la représentation de carnation ou dénir la couleur de fond des
différents registres (cf. Pl. XIX). En outre, si l’identication des pigments
est relativement acquise, nourrissant la connaissance de la palette limitée
des peintres de l’Égypte ancienne, l’identication des liants, généralement
d’origine organique, pose encore de nombreux problèmes qui ne peuvent
espérer d’être résolus que par prélèvement. Cependant la spectroscopie en
proche et moyen infrarouge semble en ce sens prometteuse.
ÉTUDE PLURIDISCIPLINAIRE DE CHAPELLES 155
Résultats préliminaires
Les premières saisons du programme de recherche portant sur un
groupe de chapelles peintes thébaines remontant à l’époque ramesside ont
surtout servi à démontrer la validité de la démarche et l’applicabilité de la
mise en œuvre de méthodes d’imagerie in situ. Les techniques purement
photographiques ont permis de générer de façon rapide et able un dossier
documentaire novateur, unique par sa densité (cf. Pl. XVIII). Les méthodes
d’imagerie chimique ont permis de façon complémentaire d’obtenir des
données inédites sur la nature chimique des produits employés par les
scribes décorateurs. Rapides et relativement faciles à mettre en œuvre au
sein d’un laboratoire mobile, elles permettent de parvenir à une meilleure
compréhension des divers aspects du processus créatif, tout en aidant à
préciser les phénomènes d’altération qui ont pu induire des modications des
couleurs, voire la disparition pure et simple de certains pigments. Des textes
presque totalement invisibles à l’examen visuel, ont ainsi pu être remis en
lumière. D’ores et déjà, ces approches ont en outre permis de démontrer la
présence de repeints importants et signicatifs, dans un art pourtant perçu en
général comme laissant peu de place à l’improvisation ou à l’individualisme.
Il reste à mieux les comprendre pour envisager de cerner leur portée réelle.
Le dossier documentaire complet doit d’ores et déjà nous permettre de
travailler sur certains aspects plus difciles à dénir de façon indiscutable, tels
que la présence de plusieurs méthodes artistiques ou celles de plusieurs mains
durant une même tranche chronologique. La présence de plusieurs mains
dans la tombe d’Amenouahsou par exemple, semble d’ores et déjà acquise.
Mais elle pourrait découler d’une récupération de parties inachevées de la
chapelle par le ls et héritier du propriétaire. En outre, le même monument
nous met face à une mise en œuvre technique extrêmement libre où il semble
possible de suivre pas à pas la démarche créative du peintre. Mais cette
liberté apparente n’est ici nullement synonyme de limitations techniques
qui pourraient transformer l’auteur en peintre du dimanche. L’utilisation
des matériaux est systématique et sans doute sémantiquement signicative.
Il nous reste à tenter de mieux déterminer si nous sommes en présence de ce
qui pourrait être l’expression unique de l’esprit créatif d’un individu isolé,
peignant son propre monument selon ses propres goûts et envies, ou si au
contraire, nous sommes face à des phénomènes non seulement inédits, mais
surtout jusque-là non décelés et dont la prise en compte pourrait remettre
en question notre compréhension de pans entiers de l’histoire de la peinture
égyptienne en particulier et de l’art égyptien de façon plus globale.
Pl. XVI ÉTUDE PLURIDISCIPLINAIRE DE CHAPELLES
En haut : instrument d’imagerie de uorescence des rayons X dans la tombe TT111 de Amenouahsou.
En bas : observations de quelques éléments chimiques caractéristiques de pigments employés pour
la représentation d’Horus. Usages, sur un enduit riche en calcium (Ca) et en soufre (S), des pigments
rouges à base de fer (Fe), du bleu égyptien contenant du cuivre (Cu), et de pigments jaunes à base de
fer (goethite/terre jaune). En ce cas, la présence limitée d’arsenic (As) ne correspond pas à l’usage
d’orpiment, souvent employé pour représenter l’or, mais à des impuretés présentes dans le bleu
égyptien. [Clichés © LAMS/MAFTO 2018].
Pl. XVIIÉTUDE PLURIDISCIPLINAIRE DE CHAPELLES
Image normale (en haut) et retraitée à partir des données hyperspectrales ; (en bas) d’une zone de texte
hiéroglyphique très fortement effacée dans la tombe TT341. [Clichés © LAMS/MAFTO 2018].
Pl. XVIII ÉTUDE PLURIDISCIPLINAIRE DE CHAPELLES
(a) Modèle en trois dimensions de la tombe TT341 obtenu par photogrammétrie ; (b) image reconstituée
d’une scène de la seconde chambre à partir du modèle complet à la résolution exceptionnelle ; (c)
potentialité de visite virtuelle du modèle 3D de la tombe de Naktamon par le biais d’un avatar. [Clichés
© LAMS/MAFTO 2018].
Pl. XIXÉTUDE PLURIDISCIPLINAIRE DE CHAPELLES
(a) Observation en lumière rasante ; (b) observation en microscopie numérique des grains de bleu
égyptien ; (c et d) outils d’imagerie hyperspectrale en batterie dans la tombe TT341 ; (e) utilisation
d’imagerie sous rayonnement ultra-violet dans la tombe TT111 d’Amenouahsou. [Clichés © LAMS/
MAFTO 2018].
TABLE DES MATIÈRES
Rapport moral. Nouvelles et Activités
de l’Association pour la Sauvegarde du Ramesseum
— Composition du Conseil d’Administration et du Bureau de
l’Association pour la Sauvegarde du Ramesseum. ........................................... 5
— Liste des nouveaux membres de l’ASR. ........................................................... 6-14
— Assemblée Générale Élective et Assemblée Générale Ordinaire
de l’Association pour la Sauvegarde du Ramesseum du 24 mars 2017.
Rapport moral. Nouvelles et activités, par Christian Leblanc. ......................... 15-24
Recherches et Travaux de restauration
— Christian Leblanc. Recherches et travaux de restauration effectués
au Ramesseum et dans la tombe de Ramsès II durant la mission
d’octobre à décembre 2016 (XXVIIIe campagne) [Pl. I-XII]. ........................... 25-54
Rapport nancier
— Jean-Claude Blondeau. Rapport nancier de l’exercice 2016. ......................... 55-61
Études
— Jean-François Carlotti. La nouvelle nomenclature du Ramesseum. .................. 65-129
— Alain Delattre et Paul Heilporn. Trois ostraca grecs d’époque romaine
au Ramesseum [Pl. XIII]. .................................................................................. 131-135
— Guy Lecuyot. Les céramiques associées aux voûtes des annexes STA et STI
du Ramesseum. [Pl. XIV-XV]. .......................................................................... 137-145
Varia thebaïca
— Matthias Alfeld, Kevin Cain, Catherine Defeyt, Pauline Martinetto,
Philippe Martinez, Jared Murnan, Sylvia Pedetti et Philippe Walter.
Étude pluridisciplinaire de chapelles funéraires thébaines de l’époque
ramesside. [Pl. XVI-XIX]. ................................................................................. 149-155
— Hisham Elleithy. The Center of Studies and Documentation
on Ancient Egypt (CEDAE). Activities 2017-2018. Final Report
(from 26th September 2017 to 31th March 2018). [Pl. XX-XXI]. ...................... 157-169
222 MEMNONIA XXVIII
— Shaimaa Magdi Eid. The Tomb of Paser (TT367). Preliminary Report
on the First Season of Excavation (2017). [Pl. XXII-XXIII]. .......................... 171-178
Varia Aegyptiaca
— Wazier Abdel Whab and Rabee Eissa.
Remarks on Four Unusual Adoration Scenes from Abydos. ............................. 181-193
— Henri Charles Loffet. À propos d’une statuette d’Ouadjet
et de la présence du culte de la déesse à Memphis
et sa région proche. [Pl. XXIV-XXVII]. .......................................................... 195-219
Table des Matières. ................................................................................... 221-222
Planches photographiques I-XXVII.
ResearchGate has not been able to resolve any citations for this publication.
181-193 -Henri Charles Loffet. À propos d'une statuette d'Ouadjet et de la présence du culte de la déesse à Memphis et sa région proche
  • Abdel Varia Aegyptiaca -Wazier
  • Rabee Whab
  • Eissa
Varia Aegyptiaca -Wazier Abdel Whab and Rabee Eissa. Remarks on Four Unusual Adoration Scenes from Abydos.............................. 181-193 -Henri Charles Loffet. À propos d'une statuette d'Ouadjet et de la présence du culte de la déesse à Memphis et sa région proche. [Pl. XXIV-XXVII]........................................................... 195-219