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Abstract and Figures

The article analyses the issue of the independence of the Central Bank of Brazil (BACEN) from the financial market it is supposed to regulate. The objective is to test the hypothesis of the existence of a so-called “revolving door” phenomenon amongst its former presidents. To do so, we elaborated a prosopography of its 25 past presidents from 1965 to 2016. From this data, we developed a typology of the professional trajectories of these agents aroudn four types : scholars, financiers, bureaucrats and insiders. The data shows that presidents who fit with the first two types (scholars and financiers) are more likely to enter the financial market after leaving the position. These results make it possible to discuss the problem of the BACEN’s independence beyond the legalistic and formalist perspectives that predominate in the literature on the subject, which is largely rooted in economics.
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LA CONNEXION FINANCIÈRE
La porte tournante de la Banque centrale du Brésil
Adriano Codato, Renato Perissinotto, Eric Gil Dantas et Marco Cavalieri
Presses de Sciences Po | « Gouvernement et action publique »
2019/1 N° 1 | pages 137 à 155
ISSN 2260-0965
ISBN 9782724635874
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-gouvernement-et-action-publique-2019-1-page-137.htm
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LA CONNEXION FINANCIÈRE
La porte tournante de la Banque centrale du Brésil1
Adriano Codato, Renato Perissinotto, Eric Gil Dantas et Marco Cavalieri
Résumé : L’article analyse la question de l’indépendance de la Banque centrale du
Brésil par rapport au marché financier qu’elle est censée réguler. L’objectif est de savoir
s’il est possible de détecter l’existence d’un phénomène dit de la « porte tournante »
parmi ses présidents. Pour ce faire, nous réalisons une prosopographie de ses 25 pré-
sidents entre 1965 et 2016. À partir de ces données, nous élaborons une typologie des
trajectoires professionnelles de ces agents composée de quatre types : enseignants,
financiers, bureaucrates et insiders. Les données montrent que les présidents qui cor-
respondent aux deux premiers types (enseignants et financiers) sont plus susceptibles
de s’engager sur le marché financier quand ils quittent le poste de président de la
Banque centrale du Brésil. Ces résultats permettent de discuter le problème de l’indé-
pendance de la BCB au-delà des perspectives légalistes et formalistes qui prédominent
dans la littérature sur la question, largement ancrée en économie.
MOTS-CLÉS : BANQUE CENTRALE DU BRÉSIL – CAPTURE ÉCONOMIQUE – ÉLITE D’ÉTAT – PORTE
TOURNANTE – PROSOPOGRAPHIE
THE FINANCIAL CONNECTION: THE REVOLVING DOOR OF THE CENTRAL
BANK OF BRAZIL
Abstract: The article analyses the issue of the independence of the Central Bank of Brazil (BCB)
from the financial market it is supposed to regulate. The objective is to test the hypothesis of the
existence of a so-called “revolving door” phenomenon amongst its former presidents. To do so,
we elaborated a prosopography of its 25 past presidents from 1965 to 2016. From this data, we
developed a typology of the professional trajectories of these agents aroudn four types: scholars,
financiers, bureaucrats and insiders. The data shows that presidents who fit with the first two
types (scholars and financiers) are more likely to enter the financial market after leaving the position.
These results make it possible to discuss the problem of the BCB’s independence beyond the
legalistic and formalist perspectives that predominate in the literature on the subject, which is
largely rooted in economics.
KEYWORDS: CENTRAL BANK OF BRAZIL – ECONOMIC CAPTURE – PROSOPOGRAPHY – REVOLVING
DOOR – STATE ELITE
1. Traduit du portugais par Walter Nique-Franz.
volume 8/numéro 1 Janvier-mars 2019 L’ACTION PUBLIQUE AUX FRONTIÈRES DE L’ÉTAT...
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Une large part de la littérature spécialisée sur les banques centrales se demande si la
banque centrale d’un pays donné est « indépendante », c’est-à-dire si elle dispose des
moyens pour poursuivre des objectifs propres afin de garantir la « bonne santé » de la devise
nationale et des taux faibles d’inflation (Rogoff, 1985) à l’égard du secteur régulé, le marché
financier et ses intérêts à court terme (Panico, Rizza, 2004).
L’un des modes typiques de cette influence potentielle est la « porte tournante » (
revol-
ving door
), c’est-à-dire la circulation de personnes employées tantôt dans les institutions
chargées de la régulation, tantôt dans les secteurs régulés (Cohen, 1986 ; Cornaggia
et al.
,
2016 ; Etzion, Davis, 2008 ; Shive, Forster, 2016 ; France, Vauchez, 2017). Ces passages
encouragent les agents publics à agir pour complaire aux institutions ou aux secteurs qu’ils
devraient surveiller afin d’obtenir de futures opportunités de carrières ou des rétributions
salariales dans les secteurs qu’ils régulent (Adolph, 2013).
Il s’agit donc de se pencher sur les types de carrières professionnelles et sur les espaces
sociaux de recrutement des hauts fonctionnaires qui dirigent une agence publique essentielle
comme la Banque centrale. Cette démarche peut faire la lumière sur la façon dont de grandes
organisations financières et de puissants groupes d’intérêt parviennent à façonner des pré-
férences concernant des décisions politiques et à interférer, indirectement, avec des insti-
tutions formellement autonomes2. Compte tenu de cette problématique, notre question de
recherche peut être ainsi résumée : Quelle est la trajectoire des présidents de BCB avant et
après d’avoir pris la direction de l’institution ? Pour y répondre, cet article analyse les profils
des présidents de la Banque centrale du Brésil (BACEN) afin de mettre en évidence l’exis-
tence empirique d’un pantouflage entre le secteur public et privé et, donc, du phénomène
de la « porte tournante » (
revolving door
).
Ces deux concepts sont analytiquement distincts. Il est utile de diviser la littérature sur
le pantouflage en trois blocs thématiques : 1) ceux qui définissent le pantouflage comme un
simple mouvement entre le secteur public et le monde des affaires privées (Birnbaum, Badie,
1976 ; Rouban, 2010) ; 2) ceux qui entendent le
pantouflage
comme une circulation orientée
vers des gains de carrière (Adolph, 2013) ou qui produit des apprentissages (Shive, Foster,
2016) ; 3) ceux qui voient une différence entre une définition large (circulation entre la fonction
publique et le secteur privé) et une définition restreinte (le passage du secteur régulateur
de
l’État vers le même secteur régulé
par
l’État). C’est à cette dernière situation que le concept
de « porte tournante » (
revolving door
) fait référence (Maillet
et al.
, 2016). Dorénavant, nous
travaillerons avec ces deux concepts et utiliserons les différences qu’ils permettent d’établir.
En nous appuyant sur cette discussion, nous voulons décrire les milieux dont sont issus
les vingt-cinq présidents de la BACEN ayant occupé le poste entre 1965 et 2016 et vers où
ils se sont dirigés après avoir quitté la Banque centrale du Brésil. Notre base de données a
2. Notre étude peut contribuer à l’analyse des politiques économiques à partir d’un diagnostic porté sur les
profils sociaux et les trajectoires professionnelles des décideurs. Cependant, l’analyse d’éventuelles
connexions entre le profil des agents et leurs prises de décisions exigerait de nous des preuves et une stratégie
d’enquête différentes de celles présentées dans ce texte. Pour cette raison, notre but n’est pas d’approfondir
cette question. On se contente de
suggérer
, sans avoir la prétention d’avancer dans une démonstration,
que
les décisions économiques peuvent, dans une mesure qui doit encore être empiriquement déterminée,
exprimer les caractéristiques professionnelles et cognitives des décideurs
.
GOUVERNEMENT & action publique
138 Adriano Codato, Renato Perissinotto, Eric Gil Dantas et Marco Cavalieri
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été construite à partir du codage des
curriculum vitae
de chacun des vingt-cinq présidents
de la BACEN. Une partie des sources était disponible dans les archives de la Commission
d’affaires économiques du Sénat fédéral du Brésil. Pour les présidents nommés avant 1970,
nous avons consulté le
Dictionnaire historique-biographique brésilien
, une sorte de
Who’s
Who
des personnalités brésiliennes. Les données biographiques concernant les présidents
des décennies 2000 et 2010 sont disponibles sur la page web de la Banque centrale. L’ana-
lyse faite ici est essentiellement prosopographique, au sens de Stone : il s’agit de la biogra-
phie collective d’un groupe à travers la recherche de ses traits communs, mettant en
évidence les caractéristiques significatives et mutuellement corrélées (Stone, 1971).
L’article est organisé en trois parties. Dans la première partie, nous présentons les don-
nées sur les carrières des présidents de la BACEN et nous discutons leurs particularités à
partir de quatre profils « typiques ». Dans la deuxième partie, nous décrivons les trajectoires
des présidents avant et après avoir occupé le poste. Parallèlement, nous testerons l’exis-
tence de connexions entre les profils types de carrières et le fait de se reconvertir (ou non)
dans le secteur régulé après leur départ de la présidence de la Banque centrale. Dans les
conclusions, nous suggérons que l’étude empirique du phénomène du « pantouflage » peut
fournir des arguments théoriques pour une discussion moins formaliste du problème de
l’indépendance des banques centrales et de l’autonomie de leurs dirigeants.
L’unité dans la diversité : le profil collectif des présidents
de la Banque centrale brésilienne
Avant de rentrer dans l’analyse du phénomène de
pantouflage
des présidents de la
BACEN, il est primordial de faire une prosopographie de leurs attributs. Loin de se réduire
à un rôle purement informatif, cette démarche nous procure le socle à partir duquel a été
élaborée une typologie des carrières des agents. Par la suite, cette typologie sera utilisée
(notamment dans la quatrième partie) pour approfondir l’analyse du phénomène qui nous
intéresse prioritairement à savoir, rappelons-le, la circulation des présidents de la Banque
centrale entre le secteur public et le secteur privé, comprise aussi bien au sens large qu’au
sens strict attribué à ce concept.
Qui sont les présidents de la Banque centrale du Brésil ? Dans cette partie nous pré-
senterons les trajectoires professionnelles de ces agents dans le but de saisir leurs attributs
sociaux et d’en dégager des profils de carrière typiques. Ensuite, nous analyserons le flux
des présidents de la BACEN entre 1965 et 2016 (inclus) vers le secteur privé pour évaluer
la magnitude du phénomène de pantouflage de ces hauts fonctionnaires. L’intérêt spécifique
ici est de vérifier s’il existe une connexion entre les profils de carrière des présidents et leur
passage (ou non) par la porte tournante (
revolving door
).
Tableau de groupe et parcours des individus
À bien des égards le profil technique et spécialisé des fonctionnaires de la BACEN
contraste avec la réalité du corps bureaucratique brésilien qui relève d’un certain degré
d’informalité et d’un faible niveau de professionnalisation (Ross Schneider, 1991). Dans un
volume 8/numéro 1 Janvier-mars 2019 L’ACTION PUBLIQUE AUX FRONTIÈRES DE L’ÉTAT...
LA CONNEXION FINANCIÈRE 139
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tel contexte, une donnée du tableau 1 qui attire l’attention, par-delà le fait que la totalité des
individus soient des hommes3, est la forte adéquation entre la formation universitaire de ces
présidents et les impératifs techniques de la gestion de l’institution. On note d’abord la
prédominance de diplômés en Économie dont beaucoup d’entre eux ont poursuivi des
études après la licence : 68 % si l’on additionne les titulaires de master et de doctorat. Par
ailleurs, leurs expériences préalables dans la finance, tantôt du secteur public (40 %) tantôt
du secteur privé (52 %), témoignent de la grande affinité entre la fonction prioritaire de l’ins-
titution (soit, administrer la monnaie) et l’expérience procurée par ce milieu aux futurs ban-
quiers centraux du Brésil.
Cette proximité entre le système financier et la direction de la BACEN peut être pensée
de deux façons différentes. D’un côté, cette connexion financière peut être appréhendée
sous le prisme des exigences professionnelles de haute qualification qui sont demandées
dans une Banque centrale. Il est raisonnable de supposer que les attributions de l’institution
exigent de l’expérience et une connaissance professionnelle du monde de la finance (Peris-
sinotto
et al.
, 2017). Cela concerne également la fonction de président de la Banque centrale
qui requiert une grande maîtrise des rôles et des routines du système financier en général
quand bien même elle pourrait avoir un caractère plus politique que technique (d’autant plus
que le poste bénéficie du statut de ministre d’État). Une donnée qui n’a rien d’anodin – et
qui renforce cet aspect d’une
expertise
souhaitée – est la proportion de ceux qui, à un
moment donné de leurs carrières, ont occupé un poste à la BACEN avant d’en devenir
président : 48 %.
Une analyse attentive des carrières de vingt-cinq présidents de la BACEN et de leurs
similitudes permet de proposer une
typologie empirique
pour regrouper l’expérience de ces
policy makers
. Il est utile de classer les individus étudiés par types professionnels, dans la
lignée des travaux de Lebaron et Dogan (2016, p. 8). Ceux-ci ont départagé les banquiers
centraux en trois catégories : 1) « les universitaires », dont la trajectoire s’est principalement
effectuée dans des universités ou des instituts de recherche ; 2) les « financiers », qui ont
travaillé essentiellement dans des établissements financiers et des banques privées ; 3) les
insiders
, qui ont suivi une carrière régulière dans les banques centrales comme fonctionnaires
ou directeurs avant d’être investis comme présidents. Pour les besoins de notre étude, nous
avons ajouté à ces trois types empiriques celui des «
bureaucrates
» (4), soit des individus
qui ont occupé des postes dans des institutions gouvernementales (cabinets ministériels,
entreprises publiques, départements de gouvernement régionaux ou municipaux) et dans
des instances internationales dont la nomination est faite par le gouvernement national. Ce
ne sont pas des fonctionnaires réguliers du service public fédéral, mais des dirigeants, géné-
ralement à des postes de commandement dans les banques publiques. Le tableau 2 montre
la fréquence de ces quatre types de carrières. On y découvre la prédominance des bureau-
crates et des financiers, et en troisième lieu des universitaires.
3. Lebaron a enregistré la forte masculinisation de ce milieu dans l’étude qu’il a menée sur 308 banquiers
centraux autour du monde pour la période 1995-2009. Dans cet univers, il y avait 276 hommes (89,6 %) et
seulement 32 femmes (10,4 %). Voir Lebaron (2010, p. 316). Farvaque
et al.
notent que «
Among the 175
decision makers who were in charge of monetary policy in the 9 surveyed OECD central banks, only 20 were
women (11.4%)
» (Farvaque
et al.
, 2009, p. 105).
GOUVERNEMENT & action publique
140 Adriano Codato, Renato Perissinotto, Eric Gil Dantas et Marco Cavalieri
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Tableau 1. Attributs socio-professionnels des présidents de la Banque cen-
trale du Brésil (1965-2016)
Variables N %
Sexe Homme 25 100
Femme 0 0
Filière de formation
universitaire
Économie Oui 17 68
Non 8 32
Niveau d’éducation
supérieure
Titres universitaires Doctorat 11 44
Enseignement
technique
28
Spécialisation 4 16
Licence 2 8
Master 6 24
Expérience
professionnelle
A travaillé dans des agences
financières internationales
Oui 7 28
Non 18 72
A travaillé dans la finance
privée
Oui 13 52
Non 12 48
A travaillé dans la finance
publique
Oui 10 40
Non 15 60
Expérience préalable
dans la BACEN
A travaillé dans la Banque
centrale du Brésil
Oui 12 48
Non 13 52
Source : Observatoire des élites politiques et sociales du Brésil (UFPR).
Tableau 2. Carrières professionnelles : types des
présidents de la Banque centrale du Brésil
(1965-2016)
Fréquence Pourcentage
Insider
312
Professeur 4 16
Bureaucrate 9 36
Financier 9 36
Total 25 100
Source : Observatoire des élites politiques et sociales du Brésil (UFPR).
volume 8/numéro 1 Janvier-mars 2019 L’ACTION PUBLIQUE AUX FRONTIÈRES DE L’ÉTAT...
LA CONNEXION FINANCIÈRE 141
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Certes, la population de cette étude est assez réduite (N = 25 individus). Néanmoins, la
période couverte est assez large (51 ans) et comprend deux régimes politiques différents :
le régime dictatorial (1965-1985) et le régime démocratique (1986-2016). Parmi les quatre
universitaires, trois ont été nommés pendant la dictature militaire, tout comme cinq des neuf
bureaucrates. Le règne des financiers, neuf au total, ne commence qu’à la période démo-
cratique alors que le premier
insider
ne sera recruté qu’en 1992. Il faut savoir que les
« bureaucrates » ont aussi travaillé dans la finance privée, tandis que les universitaires ont
dirigé des entreprises dans le secteur productif. Cette typologie correspond ici à l’occupation
prédominante
dans leurs trajectoires professionnelles, et non pas à une occupation exclu-
sive. Comme on le sait, les individus qui occupent des positions au sein de l’élite présentent,
en général, un parcours large et hétérogène, ayant expérimenté différentes occupations,
parfois pendant plusieurs périodes courtes.
Les quatre universitaires de cette population ont exercé dans des universités et des
instituts de recherches proches du
mainstream
4dans l’enseignement de l’économie, comme
la Pontifícia Universidade Católica (PUC) de Rio de Janeiro (Gustavo Franco) et la Fondation
Getúlio Vargas, elle aussi à Rio de Janeiro (Carlos Langoni)5. Deux autres sont passés par
l’Université de São Paulo (Pastores et Ruy Leme), une institution plus pluraliste mais qui
affiche un grand contingent de professeurs et de chercheurs très liés au
mainstream
de la
discipline (en particulier ceux qui ont un rapport avec la finance). Avant d’être nommés à la
présidence de la BACEN, les professeurs ont occupé des postes aussi bien dans le secteur
public que dans le privé, comme dans la société Fibra SA6, dans la Banque centrale elle-
même et au secrétariat des Finances du gouvernement de São Paulo. Enfin, on décèle un
tout petit groupe (trois présidents seulement) qui constitue le dernier type. Il s’agit de ceux
dont les carrières se sont déroulées préférentiellement à l’intérieur de la Banque centrale.
Deux d’entre eux – Gustavo Loyola et Alexandre Tombini – ont été promus présidents direc-
tement à partir du poste de directeur de la BACEN.
Le tableau 3 répertorie les présidents de la BACEN en apportant des éléments factuels
comme leurs dates d’investiture et en associant leur nom à leur respective catégorie typo-
logique. Il y est transcrit seulement la dernière position occupée avant la prise de fonctions
à la présidence de la BACEN, ce qui ne donne pas une idée complète du parcours profes-
sionnel des banquiers centraux. Comme nous l’avons déjà souligné, il est fréquent que ces
agents alternent au long de leurs carrières des emplois dans différents types d’institutions
(publique, privée, financière, internationale, etc.).
4. Les écoles
mainstream
au Brésil sont celles dont le modèle d’enseignement et de recherches suit essentiel-
lement les canons de contenus et de méthodes adoptés dans les principales universités nord-américaines. Il
existe également plusieurs écoles que l’on peut dire pluralistes du fait qu’elles délivrent des formations et
mènent des recherches aussi bien selon l’approche
mainstream
que dans l’hétérodoxie, en plus de celles qui
sont complètement hétérodoxes. Dans un paysage aussi diversifié, la prédominance des universitaires
mains-
tream
à la BACEN est une caractéristique remarquable qui indique que les sièges cruciaux de l’autorité
monétaire brésilienne sont réservés à un certain profil théorique-méthodologique.
5. Ruy Leme a donné des cours à l’École polytechnique de l’Université de São Paulo et Langoni a également
exercé comme enseignant à l’USP.
6. Le groupe Fibra est la branche financière du Groupe Vicunha, propriétaire de la plus grande usine textile de
l’Amérique latine et du Groupe CSN (Companhia Siderúrgica Nacional) un géant de l’acier.
GOUVERNEMENT & action publique
142 Adriano Codato, Renato Perissinotto, Eric Gil Dantas et Marco Cavalieri
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Tableau 3. Mouvements des présidents de la Banque centrale du Brésil
Président Année
d’entrée
Année de
sortie
Profil Institution immédiatement
antérieure à la Banque
centrale
Pantouflage Institution financière
d’arrivée après avoir
traversé la porte tournante
Dênio Nogueira 1965 1967 bureaucrate Superintendência da Moeda e
do Crédito
oui Banco Geral do Brasil
Ruy Leme 1967 1968 professeur FIBRA SA oui Companhia de Credito e
Financiamento e Investimento
Ernane Galvêas (1)* 1968 1974 bureaucrate Banco do Brasil non -
Paulo Lira 1974 1979 bureaucrate Banco Central do Brasil non -
Carlos Brandao 1979 1979 bureaucrate Banco do Brasil oui Banco Econômico
Ernane Galvêas (2) 1979 1980 bureaucrate Aracruz Celulose non -
Carlos Langoni 1980 1983 professeur Banco Central do Brasil non -
Afonso Celso Pastore 1983 1985 professeur Secretaria da Fazenda do
governo de São Paulo
oui AC Pastore & Associados
Antonio Carlos Lemgruber 1985 1985 financier Banco Boavista oui Banco Boavista
Fernão Bracher 1985 1987 financier Bradesco oui CA-BB Banco de Investimentos
SA/Creditanstalt Bankverein
Francisco Gros (1) 1987 1987 financier Banco Nacional de
Desenvolvimento Econômico e
Social
oui BFC Banco SA
Fernando Milliet 1987 1988 bureaucrate Soma Clube de Seguros oui Grupo Soma
Elmo Camões 1988 1989 financier Société Générale oui Seomac Participações
Investimentos e
Representações Ltda.
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LA CONNEXION FINANCIÈRE 143
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Tableau 3. Suite
Président Année
d’entrée
Année de
sortie
Profil Institution immédiatement
antérieure à la Banque
centrale
Pantouflage Institution financière
d’arrivée après avoir
traversé la porte tournante
Wadico Bucchi 1989 1990 bureaucrate Banco Central do Brasil oui Previplan Consultoria &
Planejamento Ltda.
Ibrahim Eris 1990 1991 financier Patente Consultoria oui Linear Investimentos
Francisco Gros (2) 1991 1992 financier BFC Banco SA oui Banco Morgan Stanley SA
Gustavo Loyola (1) 1992 1993
insider
Banco Central do Brasil oui MCM Consultores Associados
Paulo Cesar Ximenes 1993 1993
insider
Banco Interamericano de
Desenvolvimento
oui Banco do Brasil
Pedro Malan 1993 1994 bureaucrate Banco Mundial non -
Pérsio Arida 1995 1995 bureaucrate Banco Nacional de
Desenvolvimento Econômico e
Social
oui Opportunity Asset Management
Ltda.
Gustavo Loyola (2) 1995 1987 financier MCM Consultores oui Gustavo Loiola Consultoria S/C
Ltda.
Gustavo Franco 1997 1999 professeur Banco Central do
Brasil/Diretoria de Política
Econômica
oui Rio Bravo Investimentos
Armínio Fraga 1999 2002 financier Soros Fund Management LLC oui Gávea Investimentos
Henrique Meirelles 2003 2010 financier Global Banking do FleetBoston
Financial
oui J&F Investimentos SA
Alexandre Tombini 2011 2016
insider
Banco Central do Brasil non -
* Les chiffres entre parenthèses indiquent que ces individus ont occupé la présidence de la Banque centrale du Brésil à plusieurs reprises.
Source : Observatoire des élites politiques et sociales du Brésil (UFPR).
GOUVERNEMENT & action publique
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Les filières de recrutement
Nous allons maintenant considérer quatre cas exemplaires pour illustrer concrètement
chacun de ces types empiriques. Ce sont des « profils dominants » et non mutuellement
exclusifs, car ils partagent beaucoup de caractéristiques. Nous présentons les profils typi-
ques de
Gustavo Franco
,
Pedro Malan
,
Francisco Gros
et
Alexandre Tombini
. À travers cette
systématisation de leurs trajectoires professionnelles, nous avons identifié les différentes
positions occupées tout au long de leurs carrières jusqu’au moment où ils ont assumé la
présidence de la BACEN. Nous avons employé toute l’information disponible dans leurs
curriculums personnels et dans la littérature secondaire. Ensuite, nous avons établi un modèle
pour élaborer une typologie des CV des présidents. Pour ce faire, un score de 0,05 point a
été attribué pour chaque année passée dans l’exercice d’une fonction au sein d’un secteur
d’activité (administration publique, administration privée, banque publique, banque privée,
université, agence financière internationale, politique représentative, et dans la Banque cen-
trale elle-même). De cette démarche se dégage une échelle de 0 à 1 pour chaque type
d’expérience professionnelle, où le zéro représente le décalage total à l’égard d’un profil
donné et le 1 une coïncidence complète. Ainsi, le profil de carrière prédominant est indiqué
par le score le plus élevé. Il s’agit d’une procédure plus fine que celle qui ne tient compte
que de la nature de la dernière position occupée avant le recrutement.
Le cas le plus représentatif de profil universitaire est celui de Gustavo Franco. Sa tra-
jectoire peut être représentée graphiquement par la figure 1.
Figure 1. Profil de carrière de Gustavo Franco
d’après le score d’expérience professionnelle
Source : Élaboration des auteurs à partir du CV/Commission des affaires économiques du Sénat fédéral
et
Dictionnaire historique-biographique brésilien.
volume 8/numéro 1 Janvier-mars 2019 L’ACTION PUBLIQUE AUX FRONTIÈRES DE L’ÉTAT...
LA CONNEXION FINANCIÈRE 145
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Gustavo Franco est l’une des figures les plus emblématiques de la communauté des éco-
nomistes brésiliens. Il a fait sa licence et son master en économie à la PUC de Rio de Janeiro
(1979) et a obtenu son doctorat en économie à l’Université Harvard (1986). Ce parcours est
couronné par l’obtention de deux prix, de mémoire de master et de thèse, les plus importants
dansledomainedeléconomieauBrésil.Sathèsededoctorat
Aspects of Economics of
Hyperinflation
, dirigée par l’économiste Jeffrey Sachs, est l’un des principaux travaux sur le
problème de l’inflation au Brésil. Après avoir achevé son doctorat, il revient à la PUC de Rio en
tant que professeur-chercheur avant d’être nommé à un poste au deuxième échelon du minis-
tère des Finances en 1993. Franco a intégré l’équipe d’experts qui, sous la direction du ministre
des Finances Fernando Henrique Cardoso7,aformulélePlan
Real
(D’Araujo
et al.
, 2005, p. 67).
Il s’agit du plan économique le plus réussi de l’histoire brésilienne, ayant permis d’endiguer
l’hyperinflation de la fin du XXesiècle (Lacerda, 2010 ; Giambiagi, 2011). C’est cette participation
dans l’équipe du Plan
Real
quiapermisàceprofesseurdeseprojeterversdespostesplus
importants dans l’appareil étatique. Avant de devenir président de la BACEN (1997), il a été
directeur de la politique économique de la Banque. Dans un texte qui constitue une sorte
d’autobiographie intellectuelle, et qui restitue aussi l’histoire du département d’économie de la
PUC de Rio de Janeiro, on s’aperçoit que Franco a toujours été impliqué dans des débats
académiques de pointe jusqu’à son ascension au poste de banquier central (Franco, 2007).
Pedro Malan est quant à lui un bureaucrate typique qui a accumulé une expérience dans
l’administration publique et dans des agences internationales (figure 2).
Figure 2. Profil de carrière de Pedro Malan
d’après le score d’expérience professionnelle
Source : Élaboration des auteurs à partir du CV/Commission des affaires économiques du Sénat fédéral
et
Dictionnaire historique-biographique brésilien.
7. Fernando Henrique Cardoso a occupé le portefeuille ministériel, des Finances pendant le gouvernement
d’Itamar Franco (1992-1995). L’essor du Plan
Real
a servi de levier au triomphe de sa candidature à la
présidence de la République (1995-2002).
GOUVERNEMENT & action publique
146 Adriano Codato, Renato Perissinotto, Eric Gil Dantas et Marco Cavalieri
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Malan est diplômé en Ingénierie de la PUC de Rio de Janeiro et reçoit le titre de docteur
à l’Université de Berkeley (1973). Bien qu’il ait participé à la création des prestigieux deuxième
et troisième cycles universitaires du département d’économie de la PUC à la fin des
années 1970, Malan a fini par mener une carrière tournée vers le secteur public. Lui-même
atteste que son travail universitaire n’a jamais eu la même intensité que celui de ses collègues
du département (D’Araujo
et al.
, 2005, p. 65). Fonctionnaire depuis 1966 à l’Institut de
recherche économique appliquée (IPEA), un institut public qui fournit une assistance tech-
nique au gouvernement fédéral, la trajectoire de Malan s’est partagée entre le monde uni-
versitaire et le gouvernement, avec une prédominance du second. Issu d’une génération un
peu plus ancienne que celle de Gustavo Franco, Malan considère que le parcours d’éco-
nomistes qui, comme lui, ont traversé différents secteurs d’activité, fut dû à un manque de
personnel spécialisé qui fut en mesure de conseiller et de piloter des politiques économiques
dans les années 1970 et 1980. Selon lui, même si un économiste souhaitait se consacrer
exclusivement à l’université, lorsqu’il se faisait remarquer professionnellement, son nom était
inévitablement évoqué pour rejoindre le gouvernement. En ce sens, il compare avec la situa-
tion aux États-Unis où ses homologues étaient devenus des universitaires par excellence,
tandis qu’au Brésil se développaient des carrières plus diversifiées (Biderman
et al.
, 1996,
p. 9). En outre, Malan a occupé plusieurs postes dans des organismes internationaux comme
l’ONU, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID). Pendant
le gouvernement Collor de Mello (1990-1992) il a été nommé négociateur en chef de la dette
extérieure brésilienne. C’est avec une grande expérience acquise aussi bien dans l’adminis-
tration publique que dans des organismes internationaux, à laquelle s’ajoute le prestige
accumulé dans la recherche universitaire brésilienne, qu’il est nommé président de la BACEN
en 1993. Par la suite, Malan dirigera le ministère des Finances au sein du gouvernement de
Fernando Henrique Cardoso, restant à ce poste pendant près de huit ans (soit pratiquement
la totalité des deux mandats de Cardoso).
Francisco Gros est l’exemple d’une carrière type qui se déroule intégralement dans le
secteur financier. Sa trajectoire est marquée par une intense circulation entre le marché
financier national et étranger, notamment nord-américain (figure 3). Il a été deux fois président
de la Banque centrale (en 1987, puis en 1991-1992).
Issu d’une famille aisée, Gros a fréquenté uniquement des universités aux États-Unis, à
Princeton (Woodrow Wilson School of Public and International Affairs) et Columbia où il a
obtenu son master en 1967. S’il commence sa carrière au Brésil, dans la banque d’inves-
tissements Metropolitana, il repart aux États-Unis en 1972, recruté par la société Kidder,
Peabody & Co., à New York, où il travaille jusqu’en 1975. En plus d’avoir occupé des postes
dans des banques et des sociétés de courtage, Gros a eu deux expériences au sein de
l’État brésilien. Il a d’abord été directeur général d’entreprises à la Commission des valeurs
mobilières (CVM), un organe rattaché au ministère des Finances et qui est responsable de
la fiscalisation, de la normalisation, de la discipline et du développement du marché des
valeurs mobilières dans le pays. La deuxième expérience s’est déroulée à la direction des
marchés de capitaux de la Banque nationale de développement économique et social
(BNDES), la principale banque publique d’investissement. Ainsi, avant d’intégrer la BACEN
Francisco Gros avait acquis une fine connaissance du monde de la finance, aussi bien sur
le marché privé (Kidder, Peabody & Co., et Unibanco) que dans des entités publiques du
volume 8/numéro 1 Janvier-mars 2019 L’ACTION PUBLIQUE AUX FRONTIÈRES DE L’ÉTAT...
LA CONNEXION FINANCIÈRE 147
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Figure 3. Profil de carrière de Francisco Gros
d’après le score d’expérience professionnelle
Source : Élaboration des auteurs à partir du CV/Commission des affaires économiques du Sénat fédéral
et
Dictionnaire historique-biographique brésilien.
Figure 4. Profil de carrière de Alexandre Tombini
d’après le score d’expérience professionnelle
Source : Élaboration des auteurs à partir du CV/Commission des affaires économiques du Sénat fédéral
et
Dictionnaire historique-biographique brésilien.
GOUVERNEMENT & action publique
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secteur de capitaux (soit dans la régulation, soit dans la distribution de crédit). Peu de temps
après son premier départ de la BACEN, survenu en mai 1987, il a acquis 33 % des actions
de la BFC Banque SA et est devenu son président en novembre.
Alexandre Tombini est un
insider
typique, comme le montre la figure 4. Il s’agit d’un
président qui a fait carrière au sein de la BACEN.
Économiste diplômé de l’Université Brasília et docteur de l’Université de l’Illinois à
Urbana-Champaign (1991), Tombini a débuté dans l’administration publique avant de se
déplacer vers la Banque centrale. Il est d’abord intervenu comme expert technique au sein
des ministères de la Planification et des Finances (1991-1995), puis comme conseiller auprès
du chef de cabinet de la présidence de la République (1995-1998). Dans l’intervalle, il a
enseigné à l’Université de Brasília durant deux ans (1993-1994) sans pour autant devenir un
universitaire à part entière
.
En 1998, Tombini a réussi le concours de la BACEN et est devenu
fonctionnaire de carrière. Il gravit les échelons en partant de la gestion exécutive jusqu’à
parvenir à des postes de direction. Son premier poste à la Banque centrale, à la direction
de la surveillance, lui a ouvert des opportunités de contact avec des instances analogues
dans des institutions internationales, telles que la Banque mondiale et la Banque internatio-
nale de paiements (BIS). Il a dirigé le département d’études et de recherches de la BACEN,
responsable de l’élaboration et de la présentation des scénarios économiques, des projec-
tions d’inflation et des simulations de l’économie. En outre, entre 2001 et 2005 il a travaillé
dans le cabinet de la représentation brésilienne auprès du Fonds monétaire international
(FMI) à Washington (D. C.). Après son retour au Brésil, en 2006, il est affecté comme direc-
teur des normes et de l’Organisation du système financier de la Banque centrale. Ainsi le
parcours professionnel de Tombini s’est déployé exclusivement à l’intérieur d’organes gou-
vernementaux ou dans des délégations brésiliennes auprès d’organismes internationaux. Il
relève d’un profil complètement déconnecté du marché financier privé.
La circulation entre deux mondes
Comme nous l’avons annoncé dans la section précédente, la question qui se pose
maintenant est de savoir comment ces quatre profils de carrières –
insider
, professeur,
bureaucrate, financier – circulent entre la sphère étatique et le monde du marché. Plus
important encore pour notre analyse, de quel genre de flux s’agit-il ? Est-ce un simple pas-
sage du secteur public vers le secteur privé (indépendamment de la branche dans laquelle
ils s’insèrent : commerciale, industrielle, etc.) ? Ou plutôt d’un mouvement vers le secteur
financier, régulé par la Banque centrale du Brésil, configurant donc un cas classique de
pantouflage
?
Il semble d’abord approprié d’analyser la circulation entre les deux mondes à travers
une perspective élargie. En effet, quand nous nous demandons si les banquiers centraux
brésiliens ont trouvé un emploi dans une institution quelconque du marché (financière ou
non) jusqu’à cinq ans après leur départ de la présidence de la Banque centrale, la réponse
est positive pour 84 % du corpus (21 individus) et négative pour les autres 16 % (4 individus).
volume 8/numéro 1 Janvier-mars 2019 L’ACTION PUBLIQUE AUX FRONTIÈRES DE L’ÉTAT...
LA CONNEXION FINANCIÈRE 149
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Le tableau 4 montre que ces mouvements, comme nous pouvions nous y attendre, sont
particulièrement accentués parmi les agents dont la carrière préalable a été construite pré-
férentiellement en dehors de la BACEN, surtout ceux venus des milieux financiers et univer-
sitaires. En contrepartie, les
insiders
apparaissent moins susceptibles de s’engager dans ce
genre de déplacement.
Tableau 4. La circulation publique-privée
(après cinq ans) par profil professionnel
Oui Non Total
Professeur 4 0 4
Bureaucrate 7 2 9
Financier 9 0 9
Insider 1 2 3
Total 21 4 25
Source : Observatoire des élites politiques et sociales du Brésil (UFPR).
Les « bureaucrates » et les «
insiders
» issus du secteur public sont les seuls types qui
reviennent à la BACEN après leur congé de la présidence de celle-ci (bien que dans le cas
des bureaucrates ce soit une fraction minimale, deux des neuf cas). Les banquiers centraux
« financiers » viennent du secteur financier et reviennent au marché après leur passage par
l’autorité monétaire. Les présidents dont la carrière-type est celle d’« universitaires » ont
tendance à profiter du cadre plus flexible, de moindre engagement envers leurs organisations
d’origine et, dans le même temps, du savoir-faire accumulé lors de leur passage par la
Banque centrale pour se reconvertir dans le monde des finances. Parfois, il ne s’agit même
pas d’une reconversion au sens strict. Aussi bien au Brésil qu’aux États-Unis, les enseignants
universitaires travaillent parallèlement comme consultants, gestionnaires de fonds d’inves-
tissement ou administrateurs d’institutions financières. Cette transition est alors plus ou
moins prévue, s’agissant davantage d’une redistribution du temps de travail entre une ins-
titution et l’autre.
Nous pouvons légitimement supposer que les fonctionnaires de carrière (nous pensons
ici aux
insiders
et aux bureaucrates) ont une grande propension à circuler seulement dans
le secteur public, précisément parce qu’ils possèdent un type de connaissances spécialisées
dérivées de leur expérience au sein de l’État et qui peuvent être réinvesties dans le fonc-
tionnement de l’État lui-même. Certes, la rémunération dans le secteur public peut ne pas
être très attirante pour d’ex-présidents de la BACEN, mais s’ils parviennent à se faire nommer
au ministère des Finances, par exemple, ils sont susceptibles de percevoir, en plus de leur
rémunération basique de ministre d’État, toute une série de compléments financiers sous la
forme de paiements pour la participation au conseil d’entreprises publiques. Ceci peut mul-
tiplier significativement les revenus d’un ministre. En ce sens, nos données montrent quelque
chose de différent de ce qu’ont identifié Lucca
et al.
(2014) pour les flux d’individus entre le
public et le privé dans la régulation financière nord-américaine. Ils ont trouvé que la circulation
dépendait de facteurs contextuels, tel un accroissement de la rentabilité des banques privées
GOUVERNEMENT & action publique
150 Adriano Codato, Renato Perissinotto, Eric Gil Dantas et Marco Cavalieri
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qui incite à ce que les régulateurs quittent l’État en quête d’avantages et de salaires plus
élevés dans le secteur privé. Cela engendre des problèmes pour maintenir des cadres hau-
tement spécialisés dans le corps étatique. Le contraste est d’autant plus expressif du fait
que les auteurs vérifient aux États-Unis ce comportement pour l’ensemble des régulateurs
de premier et de deuxième échelons. Nos données, en revanche, concernent les banquiers
centraux du Brésil, des individus qui devraient être encore davantage attirés par les hautes
rémunérations du secteur privé, une fois que leur poste à la tête de l’institution leur a permis
d’accumuler des connaissances, des informations, des
statuts
et un vaste réseau de
contacts dans le monde de la finance.
Par ailleurs, si nous considérons l’idée qui pose le savoir-faire accumulé comme un
facteur crucial pour la permanence de l’individu dans un secteur, la même chose peut être
dite de ceux qui opèrent dans le secteur financier, qui vont et viennent au sein du marché
bancaire et dans les sociétés de gestion de fortunes, car dans ce cadre ils peuvent valoriser
leurs connaissances en gestion d’actifs financiers. Comme l’a noté Zingales (2013), les com-
pétences développées à travers l’éducation et au cours de la carrière sont très spécifiques
et doivent l’être encore davantage quand il s’agit de professionnels hautement qualifiés
comme c’est le cas des banquiers centraux. De surcroît, la connexion financière apparaît
d’autant plus « naturelle » qu’elle s’inscrit dans une logique d’entretien de capital social des
agents. Les présidents de la BACEN issus du milieu financier ont préalablement constitué
leurs relations professionnelles au sein du secteur qu’ils doivent réguler. Ils ont donc tout
intérêt à ne pas diminuer leur capital social parmi leurs pairs du secteur financier, en main-
tenant le
statut
qu’ils avaient avant d’assumer la fonction de régulateur. Ces transactions
symboliques s’opèrent en amont et en aval de l’activation des cadres cognitifs partagés
entre ces présidents de la BACEN et les acteurs du marché (l’alignent sur ce qui consiste
les bons choix économiques). Prendre en compte ces éléments permet de mieux com-
prendre pourquoi les agents peuvent prendre des décisions favorables au marché et pour-
quoi décident-ils d’y retourner après l’achèvement de leurs mandats, en dehors de songer
exclusivement à des avantages matériels. Au-delà de la circulation public-privé, cette donnée
est encore plus importante pour saisir les cas de
pantouflage
.
La généralisation du pantouflage
Des agents publics qui s’attendent à retourner dans le même secteur que celui qu’ils
ont régulé durant leur passage par le gouvernement sont potentiellement incités à être bien-
veillants dans le processus de surveillance. Dans un intervalle de temps qui va jusqu’à cinq
ans après avoir quitté leur poste, les présidents de la Banque centrale du Brésil trouvent-ils
un emploi dans une institution
du secteur financier
régulé par l’agence qu’ils dirigeaient ?
Nos données montrent que 19 individus (76 %) sont passés par la porte tournante (
revolving
door
) contre 6 présidents (24 %) qui ne l’ont pas traversée. Si le
pantouflage
survient avec
cette fréquence, quels sont les types professionnels les plus concernés ?
volume 8/numéro 1 Janvier-mars 2019 L’ACTION PUBLIQUE AUX FRONTIÈRES DE L’ÉTAT...
LA CONNEXION FINANCIÈRE 151
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Dans cette partie, nous décrivons les résultats de l’analyse des correspondances mul-
tiples (ACM)8. Nous avons combiné les
profils professionnels
– professeur, bureaucrate,
financier et
insider
–, les
individus
– chaque banquier central du Brésil – et
le type d’institution
du pantouflage – banques commerciales, banques publiques, banques d’investissement et
le service financier de compagnies privées. La proximité entre les points du graphe, mesurée
par la distance du khi-deux, indique la similitude entre les catégories d’une variable et les
associations entre les catégories et les individus ou les groupes d’individus (Greenacre,
2007). De manière équivalente, la distance indique la dissimilitude.
Figure 5. Analyse des correspondances multiples
des trajectoires des présidents de la Banque centrale du Brésil
entre 1965-2016 (N = 25) (projection des variables et des individus,
échelles des axes maximales)
Source : Observatoire des élites politiques et sociales du Brésil (UFPR).
8. L’ACM est une analyse multivariée qui cartographie les relations entre les données catégorielles issues de
l’analyse géométrique des tableaux de contingence (Le Roux, Rouanet, 2010), en transformant les données
non métriques en métriques et en fournissant une représentation spatiale de l’interdépendance entre elles.
L’ACM conçoit dans un espace euclidien des lignes et des colonnes d’une table multidimensionnelle de
données nominales. Le résultat est un nuage de points d’objets de tous les croisements possibles entre les
variables choisies pour l’analyse. C’est donc une méthode de visualisation de données (Beaudouin, 2016),
mais pas un test de théorie. Il ne pose pas de causalité ; le but de ce type de tableau est, avant tout, descriptif.
GOUVERNEMENT & action publique
152 Adriano Codato, Renato Perissinotto, Eric Gil Dantas et Marco Cavalieri
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Le but de cette technique est d’identifier l’association entre des catégories de lignes
types de présidents ») et les catégories de colonnes (la nature des portes de sortie) par
le biais de leurs distances sur le plan multidimensionnel. Les associations entre les catégories
de ces variables et la formation de
clusters
ayant des caractéristiques similaires peuvent être
évaluées par l’analyse de la proximité entre les points de la figure 5.
Sur le côté négatif du facteur 1 se trouvent les « bureaucrates ». Ils ne migrent pas de
la BACEN vers le secteur régulé et forment clairement un cluster. Les caractéristiques oppo-
sées sont placées dans le côté positif du facteur. Des financiers et des professeurs ont
tendance à passer par la porte tournante (
revolving door
) en direction des banques com-
merciales, des banques d’investissement et le service financier d’entreprises privées. Il y a
un troisième cluster, isolé dans la partie négative du facteur 2 qui contient un président
(Paulo Cesar Ximenes) et associe sa sortie à une banque publique (
Banco do Brasil)
qui, au
Brésil, a une activité strictement commerciale, faisant donc l’objet d’une régulation par la
Banque centrale. Le coefficient alpha de Cronbach (0,905) est très élevé (malgré le nombre
réduit de variables de ligne et de colonne) et suggère que le modèle a une forte consistance
interne. Ainsi donc, il y a effectivement des
différences socioprofessionnelles
quand on consi-
dère les
attributs individuels
de ces agents.
Discussion et conclusion
À partir de la littérature qui discute la circulation des agents étatiques entre le secteur
public et privé, nous avons adopté une définition à la fois plus restreinte et analytiquement
plus productive du
pantouflage
. Précisément, ce phénomène apparaît lorsqu’un agent, après
avoir quitté son poste au sein de l’État, s’intègre, dans l’espace d’un délai qui va jusqu’à
cinq ans, à une firme privée dont le secteur d’intervention est régulé par l’institution qu’il
dirigeait auparavant.
Nous avons montré qu’il existait une forte connexion entre les profils de carrière des
présidents de la Banque centrale du Brésil et leurs devenirs professionnels. Des présidents
affichant une carrière bureaucratique ou ayant fait partie des cadres internes du BACEN
(
insiders
) ont tendance à retourner à des postes dans la fonction publique après avoir quitté
le poste concerné. À leur tour, les présidents issus du milieu académique ou financier ont
tendance à aller vers le marché après avoir démissionné ou avoir été licenciés de l’institution.
Les universitaires liés à l’enseignement dans le domaine des finances agissent rarement
comme des chercheurs ou des professeurs « purs ». Ils connaissent la même acculturation
que les présidents-financeurs puisqu’ils partagent souvent les mêmes réseaux de sociabilité
et, principalement, la même vision de l’Économie (la discipline) et de l’économie (la politique
publique). En outre, nous avons découvert que dans cet univers de trajectoires qui n’ont
rien d’aléatoire ce sont les financeurs qui traversent le plus la porte tournante (
revolving
door
) entre la Banque et le marché. Ces présidents sont issus du marché financier et y
reviennent après avoir tenu les rênes de la Banque centrale. Ils en viennent à travailler pour
des entreprises (voire créent leurs propres entreprises de conseil) qui ont été la cible de
l’autorité monétaire.
volume 8/numéro 1 Janvier-mars 2019 L’ACTION PUBLIQUE AUX FRONTIÈRES DE L’ÉTAT...
LA CONNEXION FINANCIÈRE 153
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Du point de vue théorique, il faut souligner l’homologie entre la fonction de la Banque
centrale dans les structures étatiques et son lien avec des types préférentiels de carrière
professionnelle. Les routines internes et les attributions économiques d’un appareil au
sommet de la bureaucratie étatique exigent des professionnels ayant une formation et une
expérience très spécialisées. La Banque centrale du Brésil est, d’un côté, une institution
organisée selon les principes de la bureaucratie gouvernementale (le recrutement par
concours, l’universalisme des procédures, la rationalité décisionnelle, etc.). En tant que telle,
elle se place comme l’un des pôles les plus disputés par les hauts fonctionnaires de carrière.
Ce sont des agents dont la trajectoire professionnelle se déroule aussi bien au-dedans qu’en
dehors de la Banque, comme le révèlent les profils des bureaucrates et des
insiders
. D’un
autre côté, la Banque centrale du Brésil est aussi l’institution fonctionnellement responsable
de la gestion du système monétaire et financier. Dans cette condition, le BACEN ne peut
pas se passer du concours d’individus disposant d’une expertise confirmée dans un domaine
extrêmement complexe comme celui qu’ils doivent réguler. Sous ce prisme, il convient de
recruter préférentiellement soit des universitaires, soir des financeurs pour occuper ce poste
stratégique au sein de l’État. Cependant, ils importent non seulement des connaissances
spécifiques nécessaires pour diriger une Banque centrale mais également une propension
cognitive à adopter des positions attendues et approuvées au sujet de la « bonne » théorie
économique devant être utilisée dans l’exercice de la fonction.
C’est précisément du fait d’une telle homologie entre la
fonction
spécialisée des banques
centrales et les
types de carrière
ici analysés que le débat sur l’indépendance des banques
centrales ne peut rester circonscrit à sa dimension strictement formaliste, c’est-à-dire à la pré-
sence ou à l’absence d’une législation qui statue, en termes uniquement bureaucratiques, sur
la liberté d’action sur les instruments de politique économique. De par leur mode d’action, ces
agents connectés au marché financier par la porte tournante (
revolving door
) et ses flux d’aller-
retour, constituent une voie très efficace pour garantir que le régulateur du système opère, en
général, selon les « attentes du marché ». Cela se fait en amont, sans que les intéressés du
monde des affaires agissent comme des groupes d’influence ou de pression sur l’agence.
Notre analyse des profils professionnels indique que la capture des agents est loin d’être
un détail mineur ou une conséquence inattendue. C’est ce que révèle la circulation public-
privé et, tout particulièrement, le phénomène du pantouflage constaté ici. L’existence d’une
porte tournante (
revolving door
), particulièrement active entre les présidents financeurs et
universitaires, suggère que la capture se produit d’une façon plus subtile et dissimulée que
celle motivée par des intérêts matériels.
Adriano Codato
adriano@ufpr.br
Renato Perissinotto
monseff@gmail.com
Eric Gil Dantas
ericgildantas@gmail.com
Marco Cavalieri
cavaga@uol.com.br
Université fédérale du Paraná, Brésil
GOUVERNEMENT & action publique
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volume 8/numéro 1 Janvier-mars 2019 L’ACTION PUBLIQUE AUX FRONTIÈRES DE L’ÉTAT...
LA CONNEXION FINANCIÈRE 155
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Article
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In this article, we try to show in which way central bankers' biographies matter, by emphasizing a relationship between individual trajectories and decision-making inside institutions. With this purpose we present an analysis of the social characteristics of central bank governors, based on a prosopographical and quantitative inquiry. We construct a typology of central bank leaders according to their social and professional profiles (using an Ascending Hierarchical Classification). We then discuss the recent trends as regards central bankers' recruitments and profiles in the world. In the following section, we compare the profiles of central bank governors in the world to those of ECB governors since the creation of the institution (1999). It allows us to assess how specific Eurozone central bankers' characteristics are inside the global field of central banking, in a dynamic perspective. Then, we isolate the members of the Governing Council of the ECB, in order to test empirically the hypothesis of a statistical relationship between social trajectories and position-takings, using various indicators and a Geometric Data Analysis methodology, including inductive data analysis and logistic regression as part of a more general perspective. We find that there exists a notable and significant impact arising from the biographical backgrounds.
Article
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This article analyzes the movement of personnel among elite positions in business and government, contrasting the staffing patterns at higher rungs of the executive branch during the Clinton and G. W. Bush administrations. We find that the Bush administration recruited far more heavily from among corporate officers and directors than did the Clinton administration, particularly when staffing ambassadorships. We also find that both administrations served as springboards for subsequent corporate board appointments. There were relatively few patterns with respect to industry or geography, with the exception of the military: All but one of the Joint Chiefs of Staff at the turn of the millennium ended up serving on the board of a military contractor after completing their government service.
Article
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In this article, we analyse the space of the world's central bankers since the second half of the 1990s on the basis of a collection of public biographical data. The world's central bankers compose a global ‘reference space’ for the study of ECB leaders. ECB leaders are distinctive in certain dimensions of this space, especially in relation to the Asian (Japanese and Chinese) central bankers and, although to lesser extent, in relation to the US Federal Open Market Committee members. These distinctions relate to the properties of two different sub-groups of ECB members of the Governing Council: one group composed of the members of the executive board, and another comprising the governors of the national central banks. This article stresses the methodological use of Geometric Data Analysis when applying a multi-level and sociological perspective to the central bank's decisions and discourses: in the process of examining the relevant social space, this approach allows us to study the inter-individual social variations between agents at a micro-level and to analyse institutional differences in behaviour as a probable consequence of these variations. Monetary strategies and economic discourses of central banks are analysed as the probabilistic products of a combination of individuals’ orientations, which in turn are the results of variations in their biographical experiences, based on different cultural and cognitive dispositions.
Article
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This paper examines the influence of the biographical experience of monetary policy committee members on their inflation performance. Our sample covers major OECD countries in the 1999 to 2008 period. The results show that policy makers' backgrounds influence inflation. The professional background of monetary policy committees' members proves important, private sector members, academics and central banks' insiders being better in controlling inflation. Gender also reveals important, with women appearing more hawkish than male central bankers. Finally, the size of the monetary policy committees matters and non-linear effects are found.
Article
We investigate the motivations and effects of financial firms’ hiring of former US financial regulatory employees. The number of top executives with regulatory experience per firm has increased 24% over 2001–15, and hiring is associated with positive average announcement returns and a salary premium. In the quarter after hire, market and balance sheet measures of firm risk decrease significantly and measures of risk management activity increase, especially for hires from prudential regulators, who directly monitor financial firm risk. The absence of this result for unregulated firms and for exogenous shocks to regulatory experience suggests that firms hire ex-employees of their regulators when they perceive a need to reduce risk, consistent with a schooling hypothesis. We find little direct evidence of quid pro quo behavior in regulatory event frequency and fines.
Article
Credit analysts often leave rating agencies to work at firms they rate. We use benchmark rating agencies as counterfactuals to measure rating inflation in a difference-in-differences framework and find that transitioning analysts award inflated ratings to their future employers before switching jobs. We find no evidence that analysts inflate ratings of other firms they rate. Market based measures of hiring firms' credit quality further indicate that transitioning analysts' inflated ratings become less informative. We conclude that conflicts of interest at the analyst level distort credit ratings. More broadly, our results shed light on the economic consequences of revolving doors.
Article
The General Inspection of Finance, 1958-2008: « pantouflage » (term describing the move of a higher civil servant into the business sector) and the revival of elitist strategies The development of the French elitist system can be examined by considering the new professional paths taken by Finance inspectors for whom a departure towards the private sector (pantouflage) has become more frequent and riskier, even though the groundwork is better prepared. The new model of « pantouflage » is analysed from prosopographical datasets that cover the period 1958 to 2008.
Article
This paper traces career transitions of federal and state U.S. banking regulators from a large sample of publicly available curricula vitae, and provides basic facts on worker flows between the regulatory and private sector resulting from the revolving door. We find strong countercyclical net worker flows into regulatory jobs, driven largely by higher gross outflows into the private sector during booms. These worker flows are also driven by state-specific banking conditions as measured by local banks' profitability, asset quality and failure rates. The regulatory sector seems to experience a retention challenge over time, with shorter regulatory spells for workers, and especially those with higher education. Evidence from cross-state enforcement actions of regulators shows gross inflows into regulation and gross outflows from regulation are both higher during periods of intense enforcement, though gross outflows are significantly smaller in magnitude. These results appear inconsistent with a “quid-pro-quo” explanation of the revolving door, but consistent with a “regulatory schooling” hypothesis.
Article
The electronic version of this book has been prepared by scanning TIFF 600 dpi bitonal images of the pages of the text. Original source: Politics within the state : elite bureaucrats and industrial policy in authoritarian Brazil / Ben Ross Schneider.; Schneider, Ben Ross.; xxii, 337 p. : ill., map ; 24 cm.; Pittsburgh, Pa. :; This electronic text file was created by Optical Character Recognition (OCR). No corrections have been made to the OCR-ed text and no editing has been done to the content of the original document. Encoding has been done through an automated process using the recommendations for Level 2 of the TEI in Libraries Guidelines. Digital page images are linked to the text file.