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Abstract

After 25 years of research, we ask the question of the sustainability of the proximity approach, and of its recognition and its renewal capacity in the world of regional sciences, considering its impact on various disciplines of social sciences. This article aims to make an overview over 25 years of analyses, to shed light on the reasons of the success of the research program, and to make an assessment of its outputs but also its failures. We come back to the scientific pathway, its avenues and main bifurcations. We start with the main theoretical, societal and academic stakes at the birth of the Proximity School (I), before presenting the main analytical results, with their limits and their surprises (II). Then we assess about the final gains in academic and societal terms (III), to approach finally the dead angles of the research program and the work still remaining (IV). We conclude by some questioning on the future of the proximity analysis and its capacity to be renewed in an environment subjected to profound transformation, be there in the real world or in the world of ideas. Après 25 années de recherche, la question se pose de la pérennité de l'approche de la proximité, mais aussi de sa banalisation et de sa capacité à se renouveler dans le monde des sciences régionales, compte tenu de son impact dans différentes disciplines des sciences sociales. Cet article a pour objet de faire un retour sur ces 25 années d'analyses, afin d'éclairer les raisons de la réussite de ce programme de recherche, de faire le bilan de ses acquis mais aussi de ses échecs et de revenir sur le chemin parcouru, ses avenues et ses bifurcations. Nous commençons par expliciter les enjeux théoriques, sociétaux et académiques à la base de la naissance de l'École de la Proximité (I), avant de présenter les principaux résultats d'ordre analytique, avec leurs limites et leurs surprises (II), puis les acquis en termes académiques et sociétaux (III), pour aborder enfin les angles morts du programme de recherche et le travail restant encore à réaliser (IV). Nous concluons par quelques interrogations sur l'avenir de ce courant de pensée et sa capacité à se renouveler dans un environnement soumis à de profondes mutations dans le monde réel comme dans le monde des idées.
&
Proximités : retour sur 25 années d’analyse
Proximities: return over 25 years of
analysis
André TORRE
UMR SAD-APT, INR A, Agroparistech, Université Paris-Saclay
torre@agroparistech.fr
Damien TALBOT
CRCGM, IAE, Université Clermont Auvergne
damien.talbot@uca.fr
Mots-clés : proximité, sciences régionales
Keywords : proximity, regional science
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2018 - N°5-6 - pp. 917-936 Revue d’Économie Régionale & Urbaine 917
Proximités : retour sur 25 années d’analyse
Résumé
Après 25 années de recherche, la question se pose de la pérennité de l’approche de la proximité, mais
aussi de sa banalisation et de sa capacité à se renouveler dans le monde des sciences régionales, compte
tenu de son impact dans différentes disciplines des sciences sociales. Cet article a pour objet de faire
un retour sur ces 25 années d’analyses, afin d’éclairer les raisons de la réussite de ce programme
de recherche, de faire le bilan de ses acquis mais aussi de ses échecs et de revenir sur le chemin
parcouru, ses avenues et ses bifurcations. Nous commençons par expliciter les enjeux théoriques,
sociétaux et académiques à la base de la naissance de l’École de la Proximité (I), avant de présenter
les principaux résultats d’ordre analytique, avec leurs limites et leurs surprises (II), puis les acquis en
termes académiques et sociétaux (III), pour aborder enfin les angles morts du programme de recherche
et le travail restant encore à réaliser (IV). Nous concluons par quelques interrogations sur l’avenir
de ce courant de pensée et sa capacité à se renouveler dans un environnement soumis à de profondes
mutations dans le monde réel comme dans le monde des idées.
Abstract
After 25 years of research, we ask the question of the sustainability of the proximity approach, and of
its recognition and its renewal capacity in the world of regional sciences, considering its impact on
various disciplines of social sciences. This article aims to make an overview over 25 years of analyses,
to shed light on the reasons of the success of the research program, and to make an assessment of its
outputs but also its failures. We come back to the scientific pathway, its avenues and main bifurcations.
We start with the main theoretical, societal and academic stakes at the birth of the Proximity School
(I), before presenting the main analytical results, with their limits and their surprises (II). Then we
assess about the final gains in academic and societal terms (III), to approach finally the dead angles
of the research program and the work still remaining (IV). We conclude by some questioning on
the future of the proximity analysis and its capacity to be renewed in an environment subjected to
profound transformation, be there in the real world or in the world of ideas.
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André TORRE, Damien TALBOT
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Introduction
Débouchez les bouteilles et lancez les cotillons, la proximité a 25 ans ! L’entreprise
confidentielle, lancée par six économistes en mal d’ouverture et de reconnaissance,
s’est transformée en aventure collective intense, puis en un champ de recherche
aujourd’hui internationalement reconnu, avec ses principes analytiques, son itiné-
raire méthodologique, ses domaines d’application privilégiés et ses auteurs phares.
25 ans plus tard, après les poussées de croissance et la crise d’adolescence, la question
se pose de la pérennité de cette approche, mais aussi de sa banalisation et de sa
capacité à se renouveler dans le monde des sciences régionales.
De la première réunion dans une petite salle de l’Université Paris-Dauphine à la
reconnaissance internationale, il est long le chemin. Difficile de prédire le succès dès
cette époque, mais l’aventure humaine émergeait déjà : la convivialité, le plaisir de
se retrouver plusieurs fois par an dans différents lieux, ont fondé le fonctionnement
du groupe Dynamiques de Proximité, permettant à chacun d’investir pleinement le
collectif en toute confiance. Car c’est bien un groupe informel de chercheurs amis
qui se constitue et se lance rapidement dans la publication de nombreux ouvrages
collectifs (RALLET et TORRE, 1995 ; BELLET et al., 1998 ; GILLY et TORRE, 2000 ; DUPUY
et BURMEISTER, 2003 ; PECQUEUR et ZIMMERMANN, 2004, etc.), et qui très tôt s’ouvre à
de jeunes doctorantes et doctorants, dont beaucoup aujourd’hui sont eux aussi des
universitaires.
La succession de trois numéros spéciaux de la RERU (BELLET et al., 1993 ; BOUBA-
OLGA et al., 2008 et celui-ci) consacrés aux développements du programme de
recherche démontre cet attachement à l’idée de groupe constitué autour de deux
ou trois générations de chercheurs. Cette bienveillance a facilité la production de
nombreuses avancées scientifiques, car la prise de risque y était possible, voire
souhaitée. Et les débats intellectuels qui en découlaient vifs et profonds. Aujourd’hui,
les relations sont probablement plus interindividuelles, au gré des publications
communes. Surtout, ce que l’on a rapidement qualifié d’École de la Proximité échappe
largement à ses fondateurs, ce qui signe son profond succès. Les publications de ses
membres sont maintenant minoritaires comparées à celles provenant de différentes
disciplines ou champs d’investigation, souvent distincts de ceux visés au départ, et
majoritairement hors de France.
Cet article a pour objet de faire un retour sur 25 années d’analyses de la proximité,
afin d’éclairer les raisons de la réussite de ce programme de recherche, de faire le
bilan de ses acquis mais aussi de ses échecs et de revenir sur le chemin parcouru, ses
avenues et ses bifurcations. Nous commençons par expliciter les enjeux théoriques,
sociétaux et académiques à la base de la naissance de l’École de la Proximité (I),
avant de présenter les principaux résultats d’ordre analytique, avec leurs limites et
leurs surprises (II), puis les acquis en termes académiques et sociétaux (III), pour
aborder enfin les angles morts du programme de recherche et le travail restant
encore à réaliser (IV). Nous concluons par quelques interrogations sur l’avenir de ce
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Proximités : retour sur 25 années d’analyse
courant de pensée et sa capacité à se renouveler dans un environnement soumis à
de profondes mutations dans le monde réel comme dans celui des idées.
- 2 -
Pourquoi l’École de la Proximité est-elle née ?
Établir un bilan appelle un préalable essentiel : rappeler quelle « feuille de route »
ont tracée les chercheurs du groupe Dynamiques de Proximité, qui ont pris l’initiative
de créer cette École dans les années 1990. Dès le début, en effet, cette dernière a
cherché à se positionner en répondant à différents enjeux. On peut les diviser suivant
trois principales catégories de questionnements, de natures théoriques, empiriques
et sociétales et, enfin, académiques.
2.1. Des enjeux théoriques et analytiques
Sur le plan théorique, le premier enjeu a consisté à établir des ponts solides
entre l’économie industrielle et l’économie spatiale/régionale, en considérant à juste
titre qu’un croisement d’approches qui s’ignoraient encore serait fertile (RALLET et
TORRE, 1995 ; KRUGMAN, 1995). C’est d’ailleurs le principe même de constitution
du groupe de départ : trois économistes régionaux et trois économistes industriels.
Du côté industriel, l’objectif est d’intégrer le rôle de l’espace très tôt dans l’analyse,
et non a posteriori comme un simple facteur explicatif résiduel des modalités de
l’innovation, de l’organisation de la production ou encore des configurations
industrielles observables (DUPUY et GILLY, 1995). Il s’agit d’affirmer l’intuition
première : au même titre par exemple que le temps, l’espace compte. Du côté
régional ou spatial, l’objectif est de prendre en compte de manière explicite les
dimensions d’innovation et les changements productifs importants en cours dans
les territoires (KIRAT et LUNG, 1999 ; ZIMMERMANN, 1998).
Dès lors, les travaux initiaux indiquent vouloir s’attacher à l’examen des processus
de création de ressources pour dépasser l’approche statique de dotations des facteurs
(BELLET et KIRAT, 1998). La compréhension de tels processus suppose de faire appel
à divers concepts issus des sciences sociales : le pouvoir, la confiance (DUPUY et
TORRE, 2004) ou encore les institutions en sont des exemples paradigmatiques.
L’établissement de tels liens théoriques suppose d’introduire des approches hétéro-
doxes qui dépassent le seul traitement de la relation marchande (comme les travaux
régulationniste, conventionnaliste, old institutionalism,etc.) (cf. par exemple, KIRAT,
1993 et GILLY et PECQUEUR, 1997, sur ce point).
Les chercheurs du groupe Dynamiques de Proximité font en outre de l’interaction
située l’unité d’analyse essentielle (RALLET, 2002), qui permet de contextualiser l’act eur
et ses relations dans son environnement. Les comportements de ce dernier doivent
en effet toujours être analysés en fonction de sa place dans l’espace, et donc de sa
situation par rapport à différents autres acteurs, groupes ou organisations. Ainsi
conceptuellement dotée, l’approche proximiste est en mesure de s’attaquer à la
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André TORRE, Damien TALBOT
compréhension du succès ou de l’échec des clusters (KIRAT et LUNG, 1999), mais
aussi de s’inquiéter de la multiplication des relations à distance et de s’interroger sur
leur développement et leur pérennité.
2.2. Des enjeux empiriques et sociétaux
D’emblée, l’École de la Proximité s’est donnée pour objectif de se saisir des enjeux
sociétaux et empiriques du moment. À sa création, l’après Trente Glorieuses s’amorce
déjà, questionnant l’efficacité du fordisme, du toyotisme et du rapport de l’industrie
aux territoires. L’État centralisateur s’interroge sur sa politique d’aménagement du
territoire, plus « top down » que « bottom up », et sur l’utilité même d’une intervention.
On annonce la « mort de la distance » (CAIRNCROSS, 1997) avec l’arrivée des « indivi-
dus connectés » et des TIC qui semblent la supprimer, accélérant un mouvement très
profond de délocalisations, même dans les industries de hautes technologies.
L’ancrage local ou territorial des firmes apparaît alors comme la solution, avec
la vogue des technopoles et des parcs scientifiques. La création de ressources
locales et spécifiques (COLLETIS et PECQUEUR, 2005), par nature non redéployables,
empêcherait non seulement le départ des entreprises mais en attirerait de nouvelles.
Les connaissances spécifiques apparaissent tout naturellement comme des exemples
typiques de telles ressources du fait de leur caractère tacite, qui appelle une proximité
géographique entre acteurs (ZIMMERMANN, 1998). Aux côtés de l’économie fordiste
plus traditionnelle émerge progressivement une économie de la connaissance sur
laquelle se fondent les pays riches pour maintenir une avance technologique :
l’innovation permanente devient une nécessité, et son caractère localisé semble
inéluctable.
Dès lors il s’agit de répondre à une question centrale pour les décideurs politiques,
qui cèdent facilement à la mode des clusters et science parks : faut-il être proche pour
innover ? Ainsi que son corollaire : de la même façon qu’il existerait une « bonne
gouvernance », existe-il une « bonne distance », « une bonne proximité » ? Au-delà,
même, on peut se demander si cette interrogation a du sens. D’ailleurs de quelles
proximités parle-t-on ? Géographiques, sociales, cognitives ?
À ces questionnements, qui visent à maintenir et améliorer la compétitivité
du pays, s’additionnent des préoccupations concernant la vie quotidienne des
citoyens. Dès le début, de nombreux chercheurs du groupe Dynamiques de Proximité
se vivent comme des acteurs de la société, bien conscients de la nécessité de
remplir leur devoir d’utilité sociale. Dès lors, les thématiques de déplacements
pendulaires dans les villes par tous moyens de transport, en particulier, et du
développement des mobilités, en général, sont naturellement mises à l’agenda du
groupe (BURMEISTER et COLLETIS-WAHL, 1997). La question du travail et du salariat
et leurs transformations dans un monde post-fordiste sont également à l’étude, les
chercheurs analysant notamment quels rôles jouent les modifications du rapport
salarial dans le développement territorial (PERRAT 2018 et RODET-KROICHVILI, 2018,
dans ce numéro).
2018 - N°5-6 Revue d’Économie Régionale & Urbaine 921
Proximités : retour sur 25 années d’analyse
2.3. Des enjeux académiques
S’ajoutent enfin aux enjeux théoriques et « socio-empiriques » immédiats, des
enjeux académiques de long terme qui visent à affirmer la place de la pensée française
dans les sciences régionales européennes ainsi qu’à faire dialoguer des courants intra
et interdisciplinaires. Cette approche va se révéler féconde et produire de nombreux
résultats.
L’article de FILIPPI et al. (2018), dans ce numéro, qui analyse le groupe Dynamiques
de Proximité comme une communauté de connaissance, montre que ces enjeux
sont très présents dans l’esprit des fondateurs. L’idée déjà soulignée de construire
des liens forts entre économies industrielle et régionale est une façon d’occuper un
espace encore vierge académiquement et ainsi d’offrir une lisibilité aux chercheurs
qui ont pris le risque de quitter le mainstream, dans une période où les incitations à
la publication se font plus intenses (CARRINCAZEAUX et al., 2008).
Il s’agit aussi souvent de pratiquer et de démontrer l’intérêt de l’interdisciplinarité
(BELLET et al., 1998), toujours publiquement louée mais généralement académique-
ment sanctionnée. Là encore, on retrouve une forme assumée de prise de risque, en
vue de proposer une alternative à une pensée dominante manquant de diversité,
manquement dont on sait qu’il est l’une des causes des lock in institutionnels. Cette
ouverture intellectuelle se traduira rapidement par l’intégration de chercheurs issus
d’autres disciplines, comme la sociologie ou l’aménagement du territoire, ainsi que
par une capacité d’intégration de méthodes ou corpus analytiques provenant d’autres
champs (cf. récemment les emprunts à HIRSCHMAN en matière de sciences politiques
par exemple).
- 3 -
Les principaux résultats analytiques
Vingt-cinq ans plus tard, peut-on dire que les objectifs initiaux ont été atteints ?
Et si oui, dans quelle mesure ? Une autre manière de poser la question consiste à
s’interroger sur les principaux résultats atteints par le programme de recherche de
la proximité et à s’essayer à un premier bilan des succès, des échecs et aussi des
surprises et des développements inattendus, après ces années de t ravail. Commençons
par apporter une réponse en nous concentrant sur les enjeux théoriques, les plus
importants dans le cadre du travail entrepris et de ses ambitions.
3.1. Une réussite incontestable en matière de contributions
analytiques et d’approches théoriques
Sans conteste, une grande partie des objectifs analytiques de départ a été remplie,
en particulier au niveau de la prise en compte des dimensions spatiales. L’ambition
d’intégration de l’espace et des territoires dans l’étude des relations industrielles et
d’innovation, ou, plus largement, au sein de l’analyse économique, partagée avec
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André TORRE, Damien TALBOT
d’autres courants de pensée comme les milieux innovateurs ou les SPL (Systèmes
Productifs Locaux) puis avec une partie restreinte des approches évolutionnistes,
a été réalisée en plusieurs étapes, qui n’ont pas exclues les surprises ou quelques
limites persistantes.
Dans un premier temps, une explication de la possible conjonction entre les
approches spatiales et industrielles par incorporation et assimilation des attendus et
questionnements portés par l’autre camp, a été proposée (RALLET et TORRE, 1995).
Pour les analyses industrielles et de l’innovation, ce fut la démonstration qu’il n’est
pas indifférent d’être situé plus ou moins près de ses concurrents, de ses fournisseurs
ou des participants d’un réseau de collaboration par exemple. Pour les approches
spatiales, la prise en compte des dimensions industrielles et d’innovation permettait
de s’émanciper d’un tropisme souvent centré sur l’étude des modes d’aménagement
ou des villes, sans réelle considération de la question entrepreneuriale. Preuve
était ainsi faite que l’espace compte (« space matters ») car il impacte de manière
conséquente les relations économiques et les interactions entre acteurs dans les
approches d’économie industrielle et de l’innovation. Ainsi, des firmes en situation
de proximité géographique, situées dans le même périmètre, ou partageant les mêmes
approches ou les mêmes ressources cognitives sont-elles davantage en mesure de
collaborer ou de travailler ensemble.
Rapidement, cette idée a débordé le cadre économique productif pour s’étendre
et s’imposer dans deux directions. Premièrement vers d’autres disciplines, et en
particulier la sociologie et les sciences de gestion (un peu plus tard). L’analyse
des réseaux d’acteurs et de leur positionnement social s’est avérée indispensable,
par exemple à travers les études menées au sein des technopoles ou des firmes
high tech, où les liens de connaissance, familiaux ou culturels, continuent à jouer
un rôle essentiel en dépit du caractère innovant des activités (GROSSETTI et BES,
2001 ; GROSSETTI, 2008). Et si l’espace est longtemps resté « un impensé de la gestion »
(LAURIOL et al., 2008, p. 92), les travaux de l’École de la Proximité ont proposé une
grille conceptuelle utile à la compréhension des diverses stratégies de localisation des
organisations (GOMEZ et al., 2011 ; TALBOT, 2013 ; GAHINET, 2018, dans ce numéro),
ainsi que des avancées par rapport à certaines approches classiques de prise en
compte de l’espace en science régionale : l’espace comme coûts de transport, ou
comme rente foncière en fonction de la distance au centre.
Deuxièmement, les développements thématiques se sont révélés tout aussi
importants, la plasticité de l’approche en termes de proximités devenant évidente
avec son application à des domaines de plus en plus étendus. C’est le cas des
approches d’aménagement du territoire (cf. les articles de NADOU et DEMAZIÈRE,
2018, et d’ARAGAU et al., 2018, dans ce numéro), et en particulier des procédures
de négociation environnementales qui mobilisent utilement les proximités non-
géographiques (TORRE et BEURET, 2012). Il faut citer l’importante de la littérature
sur les conflits d’usage et de l’espace, et leurs liens aux dimensions négatives et
subies de la proximité géographique (MAGSI et TORRE, 2014 ; TORRE, 2011 ; cf.
aussi l’article de MERY et MATHIAS-MENDES, 2018, dans ce numéro). On retrouve
également des analyses en termes de proximité dans les recherches sur le travail
2018 - N°5-6 Revue d’Économie Régionale & Urbaine 923
Proximités : retour sur 25 années d’analyse
ou les rapports salariaux, ainsi qu’à la base d’une bonne partie des approches
d’écologie industrielle et territoriale dans lesquelles la conjonction et la dialectique
des proximités géographiques et non-géographiques permet d’éclairer le lien des
processus de recyclage et d’économie circulaire aux territoires où ils s’incarnent et
prennent appui (BEAURAIN et BRULLOT, 2011). Plus récemment, enfin, c’est l’ouverture
aux problématiques de développement territorial qui marque une nouvelle extension
du champ de l’analyse.
Il en découle une clarification d’ensemble des liens entre les concepts d’espace et
de proximité dans leurs différentes déclinaisons. Par exemple, alors que proximité
et localisation sont fréquemment confondues (TORRE et RALLET, 2005), on montre
que la proximité est plurifactorielle et s’abolit souvent des localisations : on peut
être proche à distance, par l’intermédiaire des communications, ou rester proche de
sa famille habitant dans un autre pays. L’espace n’est donc pas un simple support,
mais un assemblage de ressources, auquel les proximités donnent accès (COLLETIS et
PECQUEUR, 2005 ; ZIMMERMANN, 1998). Par ailleurs, il est également un vecteur de
leur processus de constructionvoire de spécification. En partie créé par les acteurs, sa
maîtrise ainsi que sa puissance de contrainte sur ces derniers dépendent largement
du jeu des proximités ainsi que de leurs mobilisations par des groupes d’acteurs
certes situés, mais qui agissent localement ou à distance. Une vraie complexité des
rapports s’installe ainsi, qui nécessite une analyse fine et une batterie de concepts et
d’indicateurs sans cesse plus sophistiqués.
Cette conception repensée du lien entre espace et proximité, qui s’impose en
économie spatiale et dans les sciences régionales, ainsi que l’intégration d’éléments
provenant des approches organisationnelles et institutionnelles, ont permis l’ouver-
ture de la boîte noire des externalités de proximité. Alors que les premiers travaux
posaient comme un challenge la compréhension des relations de proximités au sein
des systèmes productifs par exemple, le chercheur qui désire aujourd’hui étudier des
relations interentreprises, mais aussi tout autre type d’interactions entre différentes
catégories d’acteurs au niveau local, dispose d’un ensemble théorique et analytique
qui lui permet d’utiliser les outils de la proximité comme autant de clés de lecture et
de compréhension du réel.
Elle a également ouvert la porte à des apports importants sur la question territo-
riale. Les recherches sur les relations firmes-territoires ont montré que ces derniers ne
sont pas des entités closes. Puisque les acteurs économiques sont parties prenantes
de circuits qui dépassent leur localisation, les territoires ne peuvent prétendre se
développer sur des principes autarciques mais ont besoin d
articulations externes
pour assurer l
accès à des intrants et à des marchés, et pour rester en connexion avec
des dynamiques externes, technologiques, organisationnelles, voire sociales. Ces
connexions/coordinations externes reposent sur des proximités non-géographiques
ou organisées, maîtrisées en général par un nombre réduit d
agents, publics ou privés
qui jouent un rôle de gatekeepers, assurant l
articulation entre des ensembles locaux,
et faisant système autour de l
activation de proximités géographiques avec des entités
ou des circuits globaux (RYCHEN et ZIMMERMANN, 2008). Du coup, le territoire est
envisagé comme un construit, susceptible d
effondrement, de fractionnement ou
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André TORRE, Damien TALBOT
d
éclatement, mais aussi de reconfiguration de résurgence et de renouveau selon les
proximités qui pourront y être activées (TORRE et BEURET, 2012). Ceci questionne
bien entendu l
action publique, trop souvent limitée à des zones sur lesquelles
s
exercent les prérogatives des collectivités publiques. Les proximités ne peuvent
s
enfermer dans ces découpages administratifs et doivent s
en affranchir pour pouvoir
se déployer en termes de systèmes économiques et faire la part belle aux initiatives
des acteurs locaux.
Il en résulte une variété de définitions des dimensions de la proximité, qui
n’est pas un désordre théorique mais bien le fondement d’une heuristique capable
de capter la complexité du monde social et de ses relations à l’espace. Certes, les
définitions ont fleuri, et la tentation d’ajouter une proximité de plus à une liste déjà
longue est souvent irrésistible. Mais deux grandes familles ont émergé et se sont
imposées dans la littérature depuis une dizaine d’années. D’une part, la définition
des cinq grandes catégories de proximités définies par BOSCHMA (2005), pour l’École
Hollandaise, et qui constitue la base de l’essentiel des recherches appliquées, de
loin les plus nombreuses, menées dans le domaine des relations d’innovation et de
technologie. De l’autre, celle retenue par différents auteurs (en particulier TORRE et
RALLET, 2005, et PECQUEUR et ZIMMERMANN, 2004), qui domine largement dans le
monde francophone, avec deux grandes proximités, géographiques et organisées,
elles-mêmes divisées en sous catégories.
Ces déclinaisons de proximités se combinent ou s’opposent plus ou moins
harmonieusement selon les actions des acteurs humains, qu’ils agissent en groupe
ou à titre individuel. En dépit de leur apparente diversité, elles se fondent toutes
sur un principe de franchissement des distances de différentes natures (spatiales
ou non) entre êtres humains, ou avec des acteurs non humains (être vivants ou
lieux). L’action des individus, par le biais de la mobilisation des proximités, vise
à résoudre la question, en tentant de recréer ou de briser le lien qui s’impose
ainsi. Par exemple, un système local de production ne sera efficace que par la
combinaison de relations de proximités géographiques et organisées, alors qu’un
conflit de voisinage provoqué par la proximité subie de voisins pourra trouver un
certain apaisement par mobilisation de liens de proximités organisées. Ce que l’on
a tendance à appeler aujourd’hui la « grammaire des proximités » offre ainsi une
capacité d’explication importante des problématiques spatiales par mobilisation de
ses différentes déclinaisons. Ce pouvoir explicatif provient de la capacité d’un cadre
conceptuel devenu « agile » à tenir compte de la complexité et de la diversité du réel,
à s’adapter aux faits sans les dénaturer. Mais cette agilité semble toutefois avoir un
prix.
3.2. Des limites et des échecs
À côté de ces succès, il faut en effet pointer quelques limites ou échecs récurrents,
qui correspondent à des objectifs non atteints, bien qu’identifiés dans l’agenda de
départ. Ils concernent en particulier la définition d’une formalisation et d’une mesure
solide des proximités, qui ne semble pas près d’émerger en dépit de tentatives allant
dans ce sens (BOUBA-OLGA et ZIMMERMANN, 2004). Ce point pose question car il
2018 - N°5-6 Revue d’Économie Régionale & Urbaine 925
Proximités : retour sur 25 années d’analyse
interroge la possibilité d’aboutir à une modélisation précise et de la fixation définitive
des contours de la notion de proximité, ainsi que de son statut analytique : théorie
ou heuristique ? Au vu du développement des instruments de mesure empirique des
proximités de toutes natures mesures de distances géographiques de différentes
sortes, corrélations économétriques, analyse des réseaux sociaux, analyse formalisée
des discours, cartes mentales... il semble plus raisonnable de tabler sur la possibilité
de rendre compte de la variété et de la multiplicité des formes prises par les proximités
dans la réalité, et d’en faire éventuellement usage pour des interventions dans le cadre
de l’action publique, plutôt que d’attendre une hypothétique définition canonique
de la proximité. Elle supposerait de mettre en œuvre un arsenal conceptuel centré
à la fois sur l’espace, la distance et le lien social, qui ne garantirait pas l’obtention
d’une telle définition.
Un autre échec historique concerne l’incapacité à s’articuler avec les programmes
de recherche d’autres approches pointées à l’origine comme voisines ou nourricières,
et en particulier les analyses régulationnistes et conventionnalistes de l’économie.
L’article de DORÉ (2018), dans ce numéro, propose d’ailleurs une analyse précise
des tentatives plus ou moins réussies d’introduction des travaux régulationnistes et
conventionnalistes dans la pensée de l’École de la Proximité. Cet objectif semble s’être
éloigné et la disjonction ou le désintérêt deviennent parfois forts. À cela deux raisons :
d’une part l’élargissement disciplinaire des approches de la proximité au-delà du
seul cadre de l’économie et les emprunts ainsi faits à d’autres sciences, indifférentes
à ces débats ; d’autre part des tiraillements internes assez forts, avec en particulier le
développement de nombreuses approches plus mainstream de la proximité, chemin
faisant avec les analyses interactionnistes, l’économétrie des variables qualitatives,
l’étude des volumes de R&D ou de la course aux brevets, l’étude des réseaux sociaux...
3.3. Des réussites et extensions inattendues
On constate enfin que de nombreux développements importants des analyses de
la proximité ne correspondent pas à des objectifs fixés dans l’agenda de départ. Cela
n’a sans doute rien d’étonnant pour une approche qui se déploie sur une période de
25 ans, mais traduit la vitalité et la plasticité du programme de recherche et des choix
analytiques opérés. Retenons trois illustrations emblématiques de ces évolutions.
Tout d’abord, les dimensions temporaires de la proximité géographique. Il est
apparu, après une dizaine d’années, que limiter la proximité géographique à un cadre
permanent, que l’on trouve dans les approches des clusters ou de l’ancrage des firmes
par exemple, ne suffit pas à expliquer les évolutions contemporaines des relations
entre acteurs industriels et de l’innovation, et au-delà. En effet, le développement des
technologies de l’information et de la communication (TIC) a permis la naissance de
relations à distance, en particulier par le biais des terminaux ou des réseaux sociaux,
qui signent à la fois une forte remise en cause de l’importance de la géographie et
l’apparition d’individus doués du don d’ubiquité pouvant éventuellement agir à
deux endroits en même temps (RALLET, 2002 ; TORRE, 2008). Mais loin d’en conclure
à la mort de la distance, les approches de la proximité, s’appuyant sur de nombreuses
études empiriques, ont montré que la proximité géographique continue à compter,
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André TORRE, Damien TALBOT
mais souvent de manière temporaire (TORRE, 2010). C’est le cas des firmes engagées
dans des programmes de collaboration, qui doivent se réunir au début du projet
puis de manière régulière pour fixer les éléments de travail, élaborer la confiance
et rapprocher les cartes cognitives (à l’instar des équipes plateaux dans l’industrie
aéronautique, GILLY et al., 2011) mais aussi pour les chercheurs qui se retrouvent dans
des colloques ou des foires, ainsi que pour les membres de diasporas se retrouvant à
intervalles réguliers pour reconfirmer leurs liens d’appartenance (TORRE, 2011).
Ensuite, la caractérisation des proximités selon qu’elles sont souhaitées ou subies.
Les premières approches s’intéressaient avant tout à des processus ou stratégies
de recherche de proximités, géographiques ou non-spatiales, par exemple par des
firmes cherchant à se localiser à faible distance les unes des autres, ou par la
construction de proximités organisées au sein de réseaux de collaboration ou de
co-construction de connaissances (cf. JACQUIER-ROUX, 2018, dans ce numéro). Mais,
avec l’élargissement à d’autres types d’acteurs et de situations est apparue l’idée que
les proximités pouvaient présenter des dimensions plus négatives ou être subies
(TORRE et BEURET, 2012). À commencer par les approches des conflits d’usage ou de
voisinage, qui reposent sur la constatation que des acteurs subissent la proximi
géographique d’autres acteurs ou de leurs activités, génératrices de nuisances telles
que le bruit, la pollution, l’occupation des sols, la destruction des paysages... Le
parallèle avec les proximités organisées s’est ensuite imposé, avec les inconvénients
de type imitation ou espionnage industriel causés par les excès de ressemblances en
termes de technologies entre firmes d’un même réseau, ou l’incapacité à différencier
les productions de firmes concurrentes.
Enfin, les proximités permettent tout autant un partage (par exemple de connais-
sance) qu’une régulation des relations (LEVY et TALBOT, 2015). De nombreuses
relations économiques ne sont pérennes que parce qu’elles autorisent un échange
qu’il est nécessaire de contrôler. Si les proximités entre acteurs favorisent le par-
tage (une proximité géographique facilite l’échange de connaissances tacites via
le face-à-face par exemple), elles sont aussi l’occasion de contrôler les conditions
et les résultats du dit partage effectué le face-à-face offrant un accès rapide aux
informations en fluidifiant les relations tout en réduisant l’incertitude et les risques
d’opportunisme (cf. TALBOT, 2018, dans ce numéro, pour une proposition d’un cadre
théorique qui analyse les effets de contrôle des proximités). Finalement, c’est une
façon de réintroduire dans l’analyse des proximités les effets du pouvoir, ce « banni
récalcitrant » cher à François PERROUX.
- 4 -
Les acquis académiques et sociétaux
L’ambition de départ du groupe Dynamiques de Proximité était avant tout
de nature analytique et théorique, et présentait donc des enjeux académiques,
à la croisée des disciplines et des programmes de recherche. Ancrées dans le
réel, ces recherches s’avéraient également porteuses d’enjeux de société, qu’elles
2018 - N°5-6 Revue d’Économie Régionale & Urbaine 927
Proximités : retour sur 25 années d’analyse
prétendent décrire la réalité des relations économiques et sociales ou désirent
apporter des recommandations en matière d’actions ou de politiques publiques.
Essayons d’évaluer et de préciser la réussite de ce programme, ainsi que son impact,
dans les paragraphes qui suivent.
4.1. La proximité au cœur des interactions avec la société
Nées dans un contexte particulier de découvertes des dimensions spatiales
de l’innovation et de fin du fordisme triomphant et a-territorial piloté par des
multinationales hors-sol, les approches de la proximité renvoyaient à une prise
en considération, souvent confuse, de valeurs spatiales et territoriales, qui n’a fait
que s’affirmer depuis avec l’apparition de nouvelles problématiques concernant
la traçabilité des produits, les circuits courts, les tiers-lieux, les open lab, l’analyse
des politiques publiques locales, la e-santé et le parcours patient... Il n’est pas très
étonnant que le succès sociétal ait été au rendez-vous, et que l’expression même ait
provoqué un vif engouement, loin d’être attribuable au seul groupe Dynamiques
de Proximité bien sûr. On parle de justice de proximité, de police de proximité,
de magasins de proximité..., et les hommes politiques se veulent proches de leurs
concitoyens.
Au-delà de cette reconnaissance un peu artificielle, c’est avant tout la possibilité
de faire usage des différentes proximités comme des composantes d’une boîte à
outils dans le cadre d’actions ou de politique publiques qui doit attirer l’attention.
À partir du moment où leurs potentiels sont mis en évidence, il apparaît que
ces proximités peuvent être mobilisées et utilisées comme un trousseau de clés
permettant d’instrumentaliser l’action publique. Les pouvoirs publics vont agir
pour renforcer les proximités dans le but de légitimer et de renforcer l’efficacité de
leur action. Mais, dans le même temps, des acteurs des territoires mobilisent les
proximités pour se constituer en communautés, en groupes de contestation ou en
réseaux d’expérimentation sociale. Par exemple, l’organisation de groupes locaux
de citoyens dans le cas d’oppositions ou de conflits virulents, ou l’installation de
tiers-lieux dans des zones en déficit de lien social, la mise en place de moyens de
transport ou de lieux dédiés dans des territoires isolés ou en difficultés de transports
publics, etc. apparaissent comme des solutions mises en œuvre par les acteurs publics
ou par des acteurs des territoires et faisant appel aux effets positifs des proximités.
On comprend alors que le concept de proximité voisine et cousine avec d’autres
termes apparus dans le débat public comme les mobilités de toutes natures, le
numérique et les TIC, les circuits courts... sans se confondre pour autant avec ces
derniers. Sans entrer dans des débats oiseux, la robustesse de l’approche analytique
permet d’éviter certains pièges : les proximités ne sont pas toujours positives,
elles peuvent avoir des influences diverses sur les individus ou la société, elles
ne s’imposent pas mais doivent être construites et mobilisées par les acteurs... En
somme, une subtilité qui vient contrecarrer l’idée simple suivant laquelle la proximité
(géographique) est bonne pour les firmes d’un cluster et donc qu’il faut favoriser la
concentration spatiale d’entreprises.
928
André TORRE, Damien TALBOT
4.2. Des objectifs académiques atteints ou dépassés
On peut affirmer sans peine que l’objectif académique de départ a été atteint,
voire largement dépassé. Les analyses de la proximité font aujourd’hui partie de la
boîte à outils de la Science Régionale, qu’elles ont contribué à fortement élargir, et
ont tout à fait perdu le caractère hétérodoxe ou exotique des premières tentatives,
comme le prouve le nombre impressionnant d’articles publiés sur la question et de
travaux utilisant les méthodologies proposées, ainsi que les ouvrages et manuels qui
y font référence comme à une approche reconnue, voire banalisée maintenant.
Le succès ne s’est pas limité à la France, grâce une internationalisation réussie,
qui a reposé sur les efforts des membres du groupe, mais avant tout sur la reprise
des éléments de base de l’approche et la définition de catégories très opérationnelles
et souvent mesurables par BOSCHMA, puis par d’autres chercheurs non francophones
après lui (citons, de façon non exhaustive, BOSCHMA et IAMMARINO, 2009 ; BOSCHMA
et FRENKEN, 2010 ; BASILE et al., 2012). Aujourd’hui coexistent deux grandes écoles
de la Proximité, qui intègrent les dimensions industrielles et spatiales, dans des
proportions parfois très variables selon les auteurs, mais vont bien au-delà aux niveaux
disciplinaires et thématiques. L’école hollandaise, largement liée à la géographie
économique évolutionniste, se distingue par sa capacité à mesurer différents types
de proximités, le plus souvent non-spatiales, la mise en évidence du principe de
variété reliée et des études ciblées sur les relations industrielles et d’innovation,
souvent au sein de systèmes localisés (cf. l’article de BRUNELLE et DUBÉ, 2018, dans
ce numéro). L’école française est plus diversifiée car elle s’est développée en paliers
successifs, d’abord autour des relations industrielles et d’innovation et tout en
explorant différentes architectures de proximités, puis en s’ouvrant à des approches
pluridisciplinaires et à des sujets nouveaux comme l’environnement (TORRE et
ZUINDEAU, 2009) ou l’aménagement, enfin en inférant une grammaire élargie qui
intègre des déclinaisons comme les proximités temporaires ou recherchées/subies.
C’est l’occasion d’affirmer internationalement une sensibilité francophone en
matière de sciences régionales et/ou de sciences du territoire et d’inscrire ces
recherches dans la tradition de la recherche française en sciences sociales. Le travail
se situe dans la filiation des grands auteurs en économie régionale comme PERROUX,
BOUDEVILLE, AYDALOT, MAILLAT..., avec lesquels un subtil ballet d’attirance et de
répulsion va se dérouler, y compris en termes de rejet ou d’adhésion aux institutions
académiques. Mais une tradition plus large des sciences sociales est également
convoquée. BOURDIEU (avec la reproduction et la définition des relations sociales et
des séparations qu’elles imposent), FOUCAULT (avec les dispositifs de gouvernance
et leur déclinaison territoriale ou les hétérotopies), DELEUZE (avec la dimension
ryzomique des réseaux et la déterritorialisation), MORIN (avec la complexité et le
caractère systémique des relations), souvent cités et aux influences revendiquées,
voisinent avec d’autres références étrangères comme celles de GIDDENS, VEBLEN, WHITE
ou HIRSCHMAN.
2018 - N°5-6 Revue d’Économie Régionale & Urbaine 929
Proximités : retour sur 25 années d’analyse
- 5 -
Les angles morts, le travail restant à réaliser
Aujourd’hui, pour l’anniversaire des 25 ans du programme de recherche sur les
proximités, la question se pose : comment prolonger le travail et les analyses, et
surtout quelles sont les questions qui n’ont pas encore été couvertes et réclament un
traitement par les approches de la proximité, voire quelles sont les dimensions de la
proximité qui n’ont pas encore été explorées et mériteraient que l’on s’y attache ou
que l’on s’y attaque maintenant ?
5.1. Définitions et mesures de la proximité
Une première voie de recherche concerne la définition de la proximité elle-même,
qui n’est jamais caractérisée autrement qu’à travers ses diverses dimensions. Signe
d’immaturité d’une approche encore jeune ?
Une façon immédiate d’aborder cette difficile question est de différencier la
proximité d’autres concepts. Une partie du chemin a d’ores et déjà été accomplie :
comme souligné plus haut, la distinction entre proximité et espace ou localisation est
opérée. Mais la démarche peut encore être poursuivie. L’espace offreur de ressources
accessibles via la proximité peut par exemple être saisi comme une production
sociale au sens de LEFEBVRE (1974). Il devient manipulable par certains acteurs
dans le sens de leurs intérêts et peut être utilisé pour exercer un pouvoir : l’espace
devient alors un outil de domination des détenteurs du pouvoir, ou un dispositif de
résistance mobilisé par les acteurs qui subissent ce même pouvoir (TAYLOR et SPICER,
2007). Cette conception ouvre de nouvelles perspectives sur les effets de proximité.
C’est aussi une façon de redynamiser une lecture institutionnaliste des rapports de
proximité en introduisant frontalement la question du pouvoir. Dans une perspective
plus interindividuelle cette fois, l’espace permet d’induire des comportements par
les proximités créées : l’architecture d’un bâtiment oriente ainsi les déplacements
de ses occupants, en créant par exemple des lieux de rencontre, tandis que les open
space, s’ils visent à favoriser les échanges spontanés entre les individus, les incitent
aussi à s’autoréguler puisqu’ils travaillent au vu de tous : les face-à-face permanents
provoquent ici des comportements d’échanges et d’autocontrôle et modifient bien
entendu les proximités organisées. La structure urbaine ou l’enchevêtrement des
routes et voies ferrées sont également à l’origine de bien des proximités géographiques
et organisées.
De fait, la question de la proximité (des proximités) et de son rapport à la distance
(aux distances) n’est pas vraiment élucidée. Certes, il est depuis longtemps acquis
que les distances en question ne sont pas seulement spatiales, ou géographiques, et
que même quand c’est le cas, elles s’assortissent d’un certain nombre de conditions
sociales comme les moyens d’accès ou le prix. Il est clair également que si les distances
existent toujours, ce n’est pas le cas des proximités. Ces dernières sont en effet
latentes et doivent être activées pour prendre consistance et devenir éventuellement
des outils au service de l’action. Il s’agit de réponses construites par les acteurs
au problème de l’éloignement et de son comblement, par mobilisation de leurs
930
André TORRE, Damien TALBOT
caractéristiques géographiques ou sociales. Plusieurs questions restent alors non
résolues. Par exemple, comment se réalise le franchissement de cette distance ? Entre
la coupure et la frontière, s’agit-il d’un continuum, ou existe-t-il des phénomènes
de rupture ? (La question doit être posée aux niveaux spatial et non-spatial). Est-il
possible de sortir d’une logique binaire des proximités (je suis proche de, ou pas
proche de), et d’imaginer des degrés de proximités, comme il y a des échelles de
distance, ou est-ce que cela n’a aucun sens ?
En fait, les approches de la proximité n’ont pas signé la mort de la distance mais
elles l’ont salement amochée quand même, en expliquant pourquoi on pouvait
réaliser un grand nombre d’activités en dehors de la coprésence. La proximité
géographique temporaire (TORRE, 2008), caractéristique de l’époque post-moderne,
est-elle en mesure de résister au développement du numérique, aux progrès de la
réalité virtuelle et à la montée des big data ? Par ailleurs, comment s’accommoder
du fait que les proximités, en raison de leur caractère social, incorporent une part
importante de perception ? Comment expliquer des perceptions différenciées des
proximités par des acteurs interagissant pourtant ensemble : l’un se sent proche,
l’autre loin ; l’un souhaite la proximité, l’autre la subit ? Comment intégrer cette
dimension essentielle dans l’approche et la grammaire même des proximités ? Par
une lecture en termes de rapports de pouvoir, comme rappelé plus haut, mais est-ce
la seule approche possible ? Et comment la rendre compatible avec certaines formes
de modélisation ou de mesure ?
La question récurrente de la mesure demeure ainsi toujours d’actualité. D’autant
que nous savons que la proximité, fait largement social, ne s’accorde pas avec
l’idée d’optimalité, ce qui en faciliterait la quantification. Il ne faut pas en effet
confondre le paradoxe apparent de la proximité qui veut que trop près, on subit des
effets négatifs (entassement spatial, manque de complémentarité de connaissances
trop similaires...) et que trop loin on ne peut pas interagir car la distance devient
infranchissable avec l’idée fausse qu’il y aurait une proximité optimale, et donc
idéale. Ce piège évité, des progrès ont été accomplis dans l’idée d’une quantification
objective des proximités en utilisant des méthodologies issues de l’analyse des réseaux
(VICENTE et al., 2018, dans ce numéro), des échelles de mesures (GELDES et al., 2015),
de la comparaison des classes internationales des brevets (BOSCHMA et IAMMARINO,
2009), des analyses des correspondances multiples et autres classification ascendante
hiérarchique (LETHIAIS, 2018, dans ce numéro), etc. Mais beaucoup reste à faire.
Une façon de contourner le problème est peut-être de mesurer les effets des
proximités et non ces dernières directement, et de recourir à des concepts comme la
densité, pour étalonner les possibilités de connexion, et la diversité qui apporte de
la richesse à la qualité des interactions. Cela sans verser dans une trop forte dérive
objectiviste, soulignée par AGUILERA et al. (2015), qui conduit à délaisser toute idée
d’évaluation de la dimension subjective des proximités au-delà des seules études
de cas. C’est peut-être à ce niveau que des progrès plus rapides sont à espérer, la
confrontation à cet enjeu appelant le développement des méthodes basées sur les
analyses de contenu thématique d’entretiens (HAMOUDA et TALBOT, 2018) ou les
cartes mentales (CARIOU et al., 2018, dans ce numéro) par exemple.
2018 - N°5-6 Revue d’Économie Régionale & Urbaine 931
Proximités : retour sur 25 années d’analyse
5.2. Dynamiques et dimension géographique
Une autre limite, presque un paradoxe au regard du nom du groupe, consiste
dans la prise en compte limitée des processus dynamiques de proximité. Certes, cette
dimension n’est pas absente de l’analyse et aucun auteur proximiste ne prétendra
que la question de la dynamique ne soit pas importante, ni que l’approche proposée
ne puisse avoir des conséquences en termes de dynamiques, et plusieurs se sont
clairement inscrits dans une approche évolutionniste. Mais force est de constater
que les modélisations (au sens large) dynamiques existent peu. La prise en compte
des effets successifs des dynamiques de proximités sur leur environnement, ou des
impacts de ce dernier sur les proximités à moyen et long terme et des transformations
ainsi subies, ainsi que l’influence croisée des proximités dans le temps ne sont que
rarement envisagées. Deux exceptions à cela toutefois. L’approche de BALLAND et
al. (2015), qui proposent un modèle de dynamique centré sur la coévolution des
réseaux de connaissances pour innover et sur différentes formes de proximités. Et la
modélisation des séquences de proximités géographiques temporaire ou permanente
et de proximités organisées présentée par TORRE (2010) (cf. à ce sujet la reformulation
et l’extension de ce modèle proposées par GALLAUD, 2018, dans ce numéro). Toutefois,
beaucoup reste encore à faire pour démêler l’écheveau des influences réciproques et
des effets croisés des proximités, ainsi que de leur impact dans le temps.
Enfin, on ne peut qu’être frappé par une certaine légèreté générale sur la question
de la proximité géographique, trop souvent perdue de vue dans l’analyse. On
constate en effet une tendance massive à un oubli de cette dimension, souvent
revendiquée mais aussi généralement négligée dans l’analyse alors que sa dialectique
avec les autres formes de proximités (organisées) est à la base même des approches
de la proximité (TORRE, 2009 ; TALANDIER et PECQUEUR, 2018). Il est paradoxal
qu’un programme de recherche qui s’est construit sur l’intégration de l’espace dans
l’approche économique en vienne à minimiser la place de la variable spatiale.
D’aucuns pourraient simplement y voir un retour des forces favorables à une
séparation des disciplines et à une prise en compte minimaliste de l’espace, sous ses
formes les plus proches de l’espace point ou de la donnée mathématique. Il faut
également sans doute pointer ici la difficulté de contact avec la géographie, par des
jeux de concurrence académique qui ont empêché la réelle émergence de travaux
communs (PUMAIN, 2006).
De grandes possibilités restent pourtant ouvertes à l’analyse dans ce domaine,
en particulier au niveau de l’approche des territoires, un peu négligée pendant un
temps mais qui revient maintenant en force avec l’intégration des dimensions de
développement territorial (cf. l’article de TORRE, 2018, dans ce numéro). Se poser
des questions de développement, de gouvernance des territoires, mais également
de construction, de mobilisation et de révélation des ressources locales revient à
mettre la proximité géographique au cœur de l’analyse, à lui redonner un rôle clé et
à s’interroger à la fois sur son rôle, ses caractéristiques, ses fonctions, ses limites et
ses possibilités d’activation dans le cadre des dialectiques complexes de localisation
et de globalisation (cf. l’article de COLLETIS et PECQUEUR, 2018, dans ce numéro).
932
André TORRE, Damien TALBOT
- 6 -
Conclusion
Les approches de la proximité peuvent-elles encore se développer et prendre de
l’ampleur ou sont-elles maintenant condamnées à un ronronnement institutionnel ?
Et surtout, sont-elles encore en mesure de conserver un caractère innovant ? Comment
lutter contre l’institutionnalisation et la perte de fraîcheur qui l’accompagne ? La
question reste posée, et si l’on ne peut évidemment faire de pronostics raisonnables,
il n’en demeure pas moins que cette possibilité dépend de nombreux facteurs, de
différentes natures. Essayons de l’examiner à l’aune de nos trois grandes catégories,
analytiques, académiques et sociétales.
D’un point de vue analytique des champs s’ouvrent encore, comme indiqué
précédemment, dans différentes directions. Il s’agit en particulier des modalités de
dynamisation des proximités et de la manière dont elles interagissent et interfèrent
les unes avec les autres dans le temps : quel est l’impact d’une mutation des relations
de proximité géographique sur l’organisation des échanges ou des interactions par
exemple, ou quelles sont les conséquences de la multiplication des interactions à
distance sur les modalités d’organisation de la production et de l’occupation de
l’espace sur un territoire ? Mais aussi, du rôle de l’espace et des territoires, où le
programme de départ n’a été qu’imparfaitement réalisé, probablement par manque
d’intérêt et d’éclairage des spécialistes en géographie en particulier. La question de la
proximité géographique reste encore largement une énigme : est-ce une banalité ou
l’expression d’un apport social complexe à l’espace ?
D’un point de vue académique, il s’agit essentiellement de l’extension à de nou-
veaux champs ou de nouvelles disciplines. À l’heure actuelle, ce sont les sciences de
gestion qui manifestent le plus grand intérêt, sans doute parce que cette discipline,
friande de cadres conceptuels nouveaux, a besoin de comprendre le rôle de l’espace
dans le fonctionnement des organisations, alors même que les théories des organisa-
tions sur laquelle elle s’appuie traditionnellement sont muettes sur ce point. Elles
peuvent à leur tour contribuer au développement de l’École de la Proximité en pro-
posant des avancées théoriques et méthodologiques. D’un point de vue thématique,
c’est avant tout l’écologie industrielle et territoriale ou l’économie circulaire qui
doivent attirer l’attention, car elles combinent les dimensions d’ancrage territorial
avec les problématiques technologiques et la mobilisation de réseaux d’acteurs.
Enfin, d’un point de vue sociétal, l’intérêt pour les proximités ne se dément pas
dans le débat public et le terme reste indéniablement à la fois terriblement vague
et facteur de modernité et de participation. Reste toutefois à lui donner un contenu
plus ferme en termes d’action publique et à définir ce que pourraient être des actions
ou politiques locales de proximité qui ne se limitent pas à une déclinaison des
avantages de la proximité géographique ou des relations de voisinage, mais intègrent
les modalités de mobilisation des différents types de proximités et leurs interférences
dans un cadre territorial ouvert aux courants de la globalisation.
2018 - N°5-6 Revue d’Économie Régionale & Urbaine 933
Proximités : retour sur 25 années d’analyse
Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier Maryline FILIPPI et Frédéric WALLET pour leur
relecture attentive et constructive de cette introduction. Nous restons totalement
responsables des imperfections et toujours possibles erreurs que pourrait comporter
ce travail.
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936
&
Relectures des concepts de la proximité
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2018 - N°5-6 - pp. 937 Revue d’Économie Régionale & Urbaine 937
... Est qualifiée de Proximité géographique recherchée, l'initiative volontaire des acteurs de se rapprocher dans l'espace en vue de satisfaire leurs besoins. Autrement dit, la proximité géographique recherchée correspond à « la quête d'acteurs cherchant à se rapprocher d'autres acteurs économiques ou sociaux, à des ressources naturelles ou artificielles, à des lieux ou à des objets techniques » (Torre, 2018). Elle est jugée suffisante pour un acteur donné lorsque son aire d'implantation économique lui permet de satisfaire les besoins de ses activités. ...
... En guise de conclusion générale sur ce cadrage théorique de la proximité, sa conceptualisation a créé une communauté de chercheurs (réunissant les Ecoles française et hollandaise) appelée l'Ecole de la Proximité (Torre et Gallaud, 2022). Au-delà des controverses théoriques qui ont contribué à son enrichissement au fil des recherches, la proximité a donné lieu à différentes approches analytiques mobilisées dans de nombreux champs d'étude en sciences sociales Yacoubou Issaka | Thèse de doctorat | Université de Limoges | 2022 49 Licence CC BY-NC-ND 3.0 (Torre et Talbot, 2018). A notre époque aujourd'hui marquée par des changements majeurs (climatiques, sanitaires, économiques, sociales, …), cette notion de proximité apparaît de plus en plus comme une valeur refuge (Torre et Gallaud, 2022 (Fourcade, 2008) qui contribue au remodelage continu de l'espace et du paysage (Marie et al, 2009). ...
Thesis
A partir d’un postulat qui considère les collectifs (groupes) comme acteurs du changement, la thèse a interrogé les modalités de construction et de fonctionnement des initiatives collectives en circuits agroalimentaires de proximité d’une part. Elle a d’autre part questionné la place et le rôle des collectivités territoriales dans l’émergence et la coordination de ces initiatives dans les territoires. En mobilisant «l’économie des proximités » et la « sociologie économique », l’analyse s’est appuyée sur les données qualitatives issues d’enquêtes auprès des membres de cinq initiatives en Nouvelle-Aquitaine. Les principaux résultats notre analyse sont regroupés en quatre points. Le premier point montre que l’inertie interne des collectifs étudiés repose fortement sur des réalités sociales autres que les cadres formels de régulation, la conséquence étant une coexistence des modes de gouvernance formels et informels qui s’auto-renforcent dans le temps. Plutôt que d’appréhender la place et le rôle des collectivités à partir de leurs compétences comme ce qui est fait jusqu’ici, nous avons fait le choix de donner directement la parole aux porteurs de ces initiatives. A partir de cette approche, le deuxième point montre que les collectivités bénéficient d’une perception globalement positive de la part de tous les acteurs. Ces derniers ont identifié une diversité de rôles que jouent (ou peuvent jouer) les collectivités territoriales que nous avons résumés en deux types : (i) mettre au tour d’une même table tous les acteurs gravitant autour des questions agricoles dans une perspective de gouvernance alimentaire territoriale ; (ii) soutenir financièrement les initiatives collectives afin qu’elles contribuent à structurer l’offre agricole locale pour la faire correspondre à la demande alimentaire du territoire(troisième point). Cependant, si les collectivités parviennent à jouer le premier rôle en mettant les acteurs autour de la table, le quatrième point montre qu’elles n’arrivent pas à créer de valeurs communes permettant de concilier les différentes normes et valeurs poursuivies par les initiatives collectives selon qu’elles s’inscrivent dans des modèles agricoles différents. Partant du constat que ces divergences de valeurs conduisent à des inefficacités dans les tentatives de coordination, l’une de nos recommandations pour les collectivités est de prioriser des actions permettant de concilier ces divergences, en fléchant par exemple certaines de leurs interventions.
... Proximity also facilitates understanding of how integration is supported in complex contexts such as cancer networks and how it is sustained as context changes over time. Proximity is interested in relationships and the role of perceived space in enabling coordination in innovative sectors [16]. The proximity literature generally reports five dimensions of proximity [17], with some adding a sixth dimension of technological proximity [14] -reflecting the growing importance of eHealth and the COVID-19 pandemic. ...
Article
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Introduction: This study empirically explores how dimensions of proximity that support integrated care emerge from deliberate actions within a cancer network in Quebec (Canada). Methods: We conduct a supplementary analysis of qualitative data from a primary multi-case study focused on collaborative governance and cancer care integration. Data from semi-structured interviews, documents and observation are analysed to find out how relationships take shape through actions that create different dimensions of proximity, and how these contribute to integrated practices. Results: Deliberate actions at different levels within the network create dimensions of proximity. The creation of committees and communities of practice at national and local level establish geographic proximity. Relational proximity among actors emerges to different degrees in these venues. Cognitive proximity is generated by consistent promotion of the national cancer plan and person-centred care. The priority of cancer care at policy level and prescription of common standards enhance organizational proximity. Synergy between dimensions of proximity appears essential to the emergence of integrated practices. Insufficient efforts to create technological and institutional proximity contribute to inconsistent clinical and professional integration. Conclusion: The concept of proximity appears a promising complement to existing models of integration, especially in complex contexts such as cancer networks. Highlights: Deliberate actions at different levels within the cancer network create a number of dimensions of proximityGeographic proximity, be it objective or subjective, facilitates relational, cognitive and institutional proximityA national cancer plan sustained by shared leadership enhances organizational proximity, facilitating integrated practicesActivation of different dimensions of proximity among network actors likely underpins and sustains functional, normative and organizational integrationInsufficient efforts to create technological and institutional proximity contribute to inconsistent clinical and professional integrationThe multiple dimensions of proximity appear a promising complement to existing models of integration, especially in complex contexts such as cancer networks.
Article
In France, from 2009 to 2018, nine university mergers were enacted, potentially bringing the actors closer together. These unprecedented management situations raised questions for the leaders of public organizations about how to coordinate these actors to improve performance. The debate focuses, in particular, on the degree of decentralization to be adopted, which we relate in this article to the three dimensions of performance enshrined in the French law “Loi Organique relative aux Lois de Finances”(2001) – socio-economic effectiveness, quality of service and management efficiency –. The objective of this research is then to circumscribe and better define the elements of this relationship from the analytical opportunities offered by the five dimensions of proximity formalized by Boschma (2005) – geographical proximity, organizational proximity, institutional proximity, cognitive proximity and social proximity –. Thus, through a case study of a French university via fourteen semi-directive interviews, our exploratory research draws the contours of a model for analyzing the relationship between the degree of decentralization and the performance of a university based on the heuristic of proximity.
Article
Les pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), sont des réseaux locaux de production de biens et services centrés sur une ou plusieurs entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS). Ces pôles regroupent des acteurs dont les logiques spatiales diverses, voire contradictoires, peuvent compromettre la réussite et la pérennité de la coopération. L’analyse montre que le lien à l’espace est porteur de valeurs et en ce sens qu’il est susceptible de consolider les PTCE. Le concept de formation sociospatiale permet de mieux appréhender et comprendre cette capacité éventuelle des PTCE à territorialiser l’espace sur les plans économique, géographique, politique et idéologique. Opérationnalisé, au travers de trois études de cas, le concept s’avère pertinent pour dévoiler les conditions permettant, ou pas, aux PTCE de coconstruire et d’institutionnaliser des modèles de développement local originaux, particulièrement adaptés aux territoires fragiles, en s’appuyant sur la mise en cohérence d’une identité territoriale multifacette et locale.
Article
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This article analyses the role of intermediary actors in the food system in terms of proximity in Guadeloupe. Three main food circuits are studied: open-air markets, farmers' markets and supermarkets. The results show that, depending on the circuit, the dimensions of proximity are differently mobilized. In the three cases studied, the intermediary actors play a pivotal role, but do not contribute similarly to the relocalization of food. Despite the existing windows of opportunity, no real territorial project has emerged that could engage all the stakeholders of the food system.
Article
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Research on the dimensions of proximity draws on the measurement and the characteristics of these dimensions of proximity though the institutional proximity lacks clarity. This paper tries to fill this gap. Indeed, we propose to analyze the institutional proximity by the observation of shared representations. To meet this target, we realize a thematic content analysis. To provide a comprehensive view, we interviewed 11 aeronautical actors on their perception of this proximity. Through the analysis of their verbatims, the research highlighted the components and the effects of institutional proximity on their inter-organizational relations. The study reveals a positive and a negative shared perception of the sector which is a new finding despite an unexpected effect of lock-in came under light.
Article
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Towards a geographical devolution of knowledge production? Numerous works propose the idea of a production of knowledge made in knowledge networks. In an approach centered on the sharing knowledge devices within the networks, we examine the Human Resources strengths of these devices. Among them, the mobility of the researchers and their external cooperation are considered as having to be articulated, according to actors’ diverse logics which lead to the production of new social standards. A trend appears then, that of the growing importance of the temporary mobility of the researchers, associated with external cooperation. This evolution, which asks to be measured with solid data, can lead to the hypothesis of a geographical devolution of the production of knowledge, against the consensus on the importance of the geographical proximity in the collective cognitive processes.
Article
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Perceptions of place and subjective proximity: an analysis of Paris Region’ creative dynamics The present contribution suggests a renewal of the studies related to proximities by taking into account their subjective dimension. Among all the possible approaches to introduce the perception of proximity, we proposed to integrate it by the representation of places, the analysis of these being rather little taken into account in the work on proximity. This approach is then applied to places of cultural intermediation in a geographical area (Île-de-France with the 93 department and the north of Paris at its heart). The empirical analysis allows, thanks to mental maps, to quantify subjective phenomena through different measures of the perceived proximity of artists to places, of artists to artists and of places to artists. The main result is to shift the look we can have on the proximity of artists and places and places between them.
Article
Proximity through the debate between « conventionalists » and « regulationists » The « French School of Proximity » (EP) was formed, parallel to the assertion in France of two heterodox economic currents, once confused: the Theory of Regulation (TR) and the Economics of Conventions (EC). Thus, some members of the « French School of Proximity » affirmed their kinship with one and / or the other of these currents, and a confrontation persisted in the « French School of Proximity » about the non-geographical proximity, declined in organized proximity (interactionist approach), or in institutional and organizational proximity (institutionalist approach). In some texts of proximist authors, there is a tendency to evacuate the notion of institution while claiming to be institutionalist. After a presentation of the different approaches to proximity, we will then examine the relationship between TR and EC. In conclusion, the primacy of institutional proximity should lead the School of Proximity to be placed rather on the side of the institutionalism carried, particularly, by the TR.
Article
An analysis of locally undesirable facilities in terms of proximity economics The geographical and organized proximities constitute useful grids for the analysis of local environmental conflicts, in particular, those related to land use such as the ones caused by the "Locally Undesirable Land Use" (Lulu) of the North American literature of the 1980s. We suggest an application to sanitary landfills for non-hazardous waste in metropolitan France, based on an exhaustive geographical knowledge of these facilities (with original data in terms of geographical proximity) and a field survey conducted on nine different sites. Beyond classical results in terms of geographical and organized proximities, this survey shows how the stakeholders apprehend and use the notion of proximity, which is itself framed by environmental legislation whose territorial and planning aspects are in full evolution, putting in scalar tension different general interests at the local level.
Article
Proximity dynamics: propositions for enriching models Scholars of the proximity school have first analyzed static combinations of proximities. However, since the beginning of the years 2000, the French school and the Dutch school have created new models to improve the analysis of the dynamics of proximity. The Dutch school proposed a model that uses the industry life cycle, whereas the French school developed first a micro economic model of proximity dynamics. The aim of the paper is to contribute to the development of these models especially the micro economic one. We add two dynamics to the model of Torre (2010), a dynamic of “failure” of the cooperation before the end of the project, and a dynamic including the all set of projects of organizations. The case study of the food supply of collective catering in schools illustrates these different dynamics.