ArticlePDF Available

Une petite pièce du Dieu Bès découverte à Tell el-Maskhouta

Authors:

Abstract

Une petite pièce du Dieu Bès découverte à Tell el-Maskhouta
Faten El-Elimi
Maître de conférences à la faculté du tourisme et d’hôtellerie,
Université du Canal de Suez
Une petite pièce, du Dieu Bès, découverte à Tell el-Maskhouta
Introduction :
Tell el Maskhouta, est une petite colline de l’ouadi Toumilat, qui se trouve à une
quinzaine de kilomètres environ de la moderne Ismaïlia. C’est le site de Pithôm
(pr-itm, domaine d’Atoum)1.
Le site a été fouillé par Naville en 1883. Naville a dégagé une enceinte, en
brique, de 210 m de côté ainsi que les restes d'un temple dédié à Atoum, outre que
quelques structures en briques crues. C'est grâce à ces briques et au temple trouvés
sur le site, que Naville a identifié que Tell el-Mashkouta retourne au XIX ème
siècle
comme étant Pithôm, une des deux cités pharaoniques dans lesquelles les Hébreux
furent, selon l'Exode, obligés de fabriquer des briques.
Les découvertes les plus récentes identifient ce site comme étant Tjekou, ou Per-
Atoum, en hébreu Pithôm, en grec Heroonpolis, et aujourd'hui Tell el Maskhouta
dans l'ouadi Toumilat. Tell el Maskhouta qui était comme un site sur la route
commerciale reliant les lacs Amers et l'isthme de Suez à la ville de Péluse, sur la
pointe Est du Delta du Nil2, était la capitale du huitième Nome de Basse-Égypte3.
Quoi qu'il en soit, de nombreux vestiges de l'époque Ramesside ont été découverts
à Tell el-Maskhouta. Les fouilles menées sur le site révélèrent la présence de
nombreux monuments au nom de Ramsès II (des statues, des stèles et des sphinx
datant du règne de ce grand pharaon. Ces monuments ont été mis au jour par un
agent de Ferdinand de Lesseps, et ils sont exposés actuellement au jardin des
1 F.Nera, Egypte guide historique et culturel, Paris, 1986, p. 189.
2 G.Posener, S.Sauneron et J.Yoyotte, Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Paris, 1988, p. 224.
3 J.Holladay, « Pithom », The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt 3 ,Cairo, 2001, p. 50; D.Redford, « Pithom »,
4, 1983, p. 1055-1056.
1
Stèles à Ismaïlia)4. Des traces d'occupation plus anciennes ont été également
retrouvées sur place. En 1860, Auguste Mariette y a notamment exhumé
l'inscription d'une personne nommée Ouni, personnage officiel, sous le règne de
Mérenrê (VI ème
dynastie), chargé de protéger cette région frontalière des incursions
des « habitants des sables ».
L'importance variable de la ville peut-être dûe à sa position dans Ouadi Toumilat
où un canal à travers l’ ouadi a donné accès à des navires à voile du Nil à la mer
Rouge au cours de la Basse Epoque. De récentes fouilles du site ont découvert des
preuves d'occupation Hyksos d'un niveau dessous de la ville, fondée plus tard par
Nékao II de la XXVIème dynastie5.
Tell el-Maskhouta est le deuxième site de deux sites de Delta qui ont été
suffisamment creusés pour être identifiés en tant que centres d'occupation Hyksos
(l'autre site est Avaris à Tell el-Dab'a)6.
L’importance de la ville a quelque peu diminué après le temps de Nékao, jusqu'à la
période Romaine, après avoir été repris par Ptolémée II Philadelphe avec la
réouverture du canal et la mise en place d'un culte funéraire pour son épouse,
Arsinoé II 7.
Découverte :
Cette pièce présentée ici fut découverte lors des travaux effectués par la mission de
fouilles du Tell el Maskhouta. Ces travaux ont commencé le 20/12/2009 jusqu’à le
4/3/2010, sous la direction du président général de fouilles, et grand inspecteur
d’archéologie à Ismaïlia, Moustafa Nour el-din.
Le travail de fouilles a commencé par l’excavation de ce site sous forme de cinq
secteurs pour savoir fouiller, à cause de la présence de deux écoles et un hôpital à
côté du site (fig.2,3). Dans les secteurs 3 et 5, la mission a trouvé 54 pièces,
enregistrées dans le site archéologique d’Ismaïlia. La pièce présentée ici fut
trouvée dans le secteur cinq (fig.1); ce secteur qui se trouve au sud (45 m de
longueur et 3 m de profondeur) est en brique crues. Dans ce secteur, la mission a
4 G.Posener, S.Sauneron et J.Yoyotte ,op.cit, p.224 ; J.Holladay, op.cit, p. 51.
5 J.Holladay, op.cit, p. 51; D.Redford, « Pithom », 4, 1983, p. 1055-1056.
6 Ibid.
7 J.Holladay, op.cit, p. 51-52.
2
découvert plusieurs pièces des amulettes, des manches de poteries, des statues en
Tracotta, des couvercles des vases, et parmi ces pièces, c’est cette pièce, no 476,
(fig.1) du dieu Bès.
Le dieu Bès ( ), dieu à l’apparence d’un nain difforme et jovial, vêtu de
peau de lion, à la barbe hirsute, à la langue pendante, au ventre ballonné, aux
jambes torses, à la queue de léopard, jouait le rôle de protéger les femmes
enceintes, et était un garde efficace contre les mauvais esprits (fig.4).
Les lits étaient parfois décorés des figures grotesques du dieu Bès, pour éloigner
les mauvais génies, pendant l’abandon au sommeil8.
Son effigie ornait les amulettes magiques, les stèles, les vases, et parfois le corps
de la femme sous la forme d’un tatouage (fig.5). Les danseuses égyptiennes ont
considéré Bès comme leur patron car il était assimilé à la bonne humeur, la fête et
la danse. C'est pourquoi, pour lui témoigner leur affection et invoquer sa
protection, la plupart d’entre elles se font tatouer son effigie sur la cuisse (fig.6).
On a aussi fréquemment présenté ce dieu sur les têtes ou les pieds de lit car il veille
sur les cauchemars des hommes et leurs évitait même les « pannes » sexuelles. Ce
dieu se trouvait à la toilette des femmes, on le représentait donc souvent sur des
objets tels que des vases à parfums, des boites à fard mais c’était surtout sur des
miroirs qui représenté le dieu nain. On le représentait enfin, sur des coussins que
l’on glissait sous la tête des momies pour apporter la paix9.
Aussi, il ornait les monuments sacrés qui ont une relation avec la naissance
(mammisi)10 (fig.7). L'image de Dieu protégeait le mammisi pendant la période
Greco-romaine et peut-être plus tôt. La figure de Bès a aussi été trouvée peinte
dans les chambres diffèrentes du palais d'Amenophis III à Malqata aux maisons
des ouvriers à Deir el Medina, (peut-être toutes étant des pièces associés à
l'accouchement ou aux enfants)11.
8 E.Drioton, J.Vandier, L’Egypte des origines à la conquête d’Alexandre, Paris, 1989, p. 77, 492.
9 N. Guilhou, La mythologie égyptienne, Paris, 2005 ; I. Franco, Nouveau dictionnaire de mythologie égyptienne,
Paris, 1999.
10 L. Manniche, L’art Égyptien, Paris, 1994, p.375 ; G.Posener, S.Sauneron et J.Yoyotte, op.cit, p. 34.
11 R.Wilkinson, The complete Gods and Goddesses of Ancient Egypt, Cairo, 2005, p. 104.
3
Ce dieu était habituellement représenté de face contrairement à un grand nombre
de divinités égyptiennes qui étaient représentées de profil (fig.8). Il portait souvent
une coiffure de plumes et une peau de panthère. Il n'a pas l'air d'être égyptien, il
ressemble aux dieux trouvés dans l'Afrique centrale et l’Afrique du sud et sa
fonction ressemble beaucoup à ce du sorcier idiot. Bès était essentiellement le
protecteur d'accouchement. Pendant la naissance, Bès dansait dans la chambre, en
tremblant son cliquetis et en criant pour effaroucher les démons qui mettaient
autrement un juron sur l'enfant. Après que l'enfant est né, Bès, restait près du
berceau divertissant l'enfant. Quand un bébé riait ou souriait pour n’aucune raison
apparente, on croyait que Bès était quelque part dans la chambre faisant des
visages bizarres12.
Il était vénéré dans toute l’Egypte comme une sorte de génie du foyer, de divini
domestique et de dieu de la fertilité, du mariage et de la grossesse. C’était aussi le
dieu de la musique et de la danse. Sans doute était-il vénéré dans des tabernacles
locaux car aucun temple ne lui est dédié. Le dieu traversa toute lépoque
pharaonique. Durant la période ptolémaïque, on le représentait sur des bas-reliefs
et certains éléments architecturaux. Le peuple égyptien lui resta fidèle en dépit que
le christianisme devenait la religion dominante.
À partir de la Troisième Période Intermédiaire, il y a un certain nombre d'amulettes
et images de Bès qui montrent seulement sa tête (toujours le revêtement au front),
pour les buts protecteurs13.
Étude descriptive :
Secteur : secteur 5
Année : 2009/2010
Couche stratigraphique : première couche
Numéro : 476
Matériel : faïence bleue
Dimension : la pièce mesure 2,9cm long, 0,9cm large .
État de conservation : bien conservé, la partie supérieure est cassé
Couleur : bleue (éclat)
Provenance : Tell el Maskhoutah
Étude de la pièce :
12 B.Watterson, Gods of Ancient Egypt, Hong Kong, 1996, p. 118.
13 R.Wilkinson, op.cit, p. 103.
4
Fig.1: La pièce découverte du dieu Bès
Facsimilé :
5
Étude de contenu :
Cette pièce représente la partie inférieure d’une amulette du dieu Bès, avec un
trou sous la tête de l’arrière, qui permettait de passer une corde et de porter la
figurine.
En comparant les différentes statues du dieu Bès avec cette petite pièce d’amulette,
c’est surement la statue du dieu Bès.
Fig.2: Image satellite de Tell el Maskhouta (Google Earth)
6
Fig.3 : Image satellite du site de travail à Tell el Maskhouta (Google Earth)
Fig.4 : Amulette sous la forme du dieu Bès
7
Fig.5 : Exemples variés de Bès tatou
Fig.6 : le musicien avec un tatouage de Dieu Bès sur leur cuisse droit supérieure
8
Fig.7: Image protective de Bès, surmonté les colonnes du mammisi romaine
au temple de Dendera
Fig.8 : Représentation du Dieu Bès
9
ResearchGate has not been able to resolve any citations for this publication.
ResearchGate has not been able to resolve any references for this publication.