ArticlePDF Available

Les cas du Sénégal

Authors:
Chapitre
15
Les
cas
du
Sénégal
(1960-1980)
Michel
GARENNE
Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer (ORSTOM)
Dakar, Sénégal
Pierre
CANTRELLE
Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer (ORSTOM)
Paris, France
lbrahima
L.
DIOP
Direction de la Statistique,
Dakar, Sénégal
INTRODUCTION
Le Sénégal
fait
figure, en Afrique de l'ouest, de pionnier en matière de
santé. Les hôpitaux de Dakar
:
Principal
(1890),
Le Dantec
(1907),
Fann
(1956)
sont parmi les premiers établissements modernes installés en Afrique tropicale.
L'Institut Pasteur de Dakar a été
à
la
pointe de
la
recherche pour les vaccina-
tions contre les maladies tropicales. A I'Ecole des médecins africains
(1916)
a
succédé
la
Faculté de médecine
(1962)
qui
a
formé nombre des praticiens
exerçant actuellement dans les pays de l'Afrique francophone. Le Sénégal est
aussi l'un des pôles d'action de l'organisation de coopération et de coordination
de
la
lutte contre les grandes endémies (OCCGE) et Dakar
le
siège de
l'organisme de recherche pour l'alimentation et
la
nutrition en Afrique
(ORANA). Le Sénégal
a
été choisi par
l'OMS
et l'UNICEF pour un projet
d'éradication du paludisme dans
la
région de Thiès (voir plus bas
§
1I.B).
C'est
encore dans ce même pays que furent testés les premiers vaccins contre
la
rougeole (ROUVAX,
1964)
et plus récemment le vaccin contre l'hépatite
B
(1
979).
Cependant, en raison de l'immensité des problèmes
à
résoudre simulta-
nément, le Sénégal connaÎt encore une forte mortalité, marquée par une
profonde dichotomie entre le milieu urbain relativement favorisé et le milieu
rural encore largement démuni.
L'estimation des tendances récentes de
la
mortalité est difficile. Les seules
données continues proviennent de I'état civil de Dakar, de celui de Saint-Louis
et
d'une enquête suivie portant sur deux petites zones rurales (Enquête
demographique du Siné-Saloum). Pour l'ensemble du territoire national on ne
dispose que d'observations ponctuelles. Les enquêtes
à
passages répétés de
1970-71
et
1978-79
fournissent les décès entre deux passages
à
1
an d'intervalle.
308
LA
LUTTE CONTRE
LA
MORT
L'enquête rétrospective de
1960-61,
fondée sur les décès des
12
derniers mois
et sur
la
parité des femmes (enfants nés vivants et survivants) se prête
à
l'estimation indirecte par
la
méthode de Brass tandis que l'enquête sénégalaise
sur
la
fécondité
(ESF)
de
1978,
retraçant l'histoire des maternités permet
en
outre une analyse longitudinale.
Les enquêtes
à
passages répétés donnent une assez bonne estimation de
la
mortalité
et
de
la
natalité au cours de l'année d'enquête, car les risques
d'omission sont faibles. Cependant l'estimation de
la
mortalité par âge
est
influencée par les erreurs sur I'âge, qui peuvent être très importantes. L'analyse
indirecte des résultats des enquêtes rétrospectives donne une approximation
du niveau de mortalité juvénile ainsi qu'une idée sur
la
tendance de
la
mortalité
infantile
(1).
On peut résumer comme suit les résultats concernant l'ensemble du pays
(tableaux
1
et 2).
a)
L'enquête retrospective de
1960-61
ayant probablement omis un certain
nombre de naissances, la natalité ne semble pas avoir varié au cours de
la
période
60-80
:
le taux brut de natalité s'élève
à
46/1
000,
approximativement.
Une analyse plus détaillée montre qu'il en est de même pour chacune des
huit
régions du Sénégal. On peut donc escompter une structure par âge
a
peu près
constante.
b) Compte tenu de
la
qualité des données, on peut en dire
à
peu près
autant du taux brut de mortalité. La comparaison des deux dernières obser-
vations, toutes deux fondées sur des enquêtes
à
passages répétés, suggère.
cependant une baisse récente de
la
mortalité.
c) D'après les résultats de
la
méthode de Finney, le taux de mortalité
infantile ne semble pas avoir baissé entre
1962
et
1977
(tableau
2).
II
est
vraisemblable que
la
mortalité infantile estimée par les méthodes de Brass
et
de Finney soit surestimée. Le suivi des cohortes de naissances dans l'enquête
rétrospective de
1978
(ESF) fournit un quotient de mortalité infantile
140
beaucoup plus faible. Cette estimation est peut-être elle aussi biaisée
du
fail
de l'erreur sur I'âge au décès car
91
O/o
des décès de
moins
d'un an n'ont
pa
de mois spécifié.
d) La mortalité infanto-juvénile est assez élevée.
A
partir de l'analyse
indirecte des questions rétrospectives de
1978
on estime le quotient
de
mortalité de
O
à
5
ans
(5q0)
à
248
pour
1
O00
en
1971
(tableau
2),
ce
qui
correspond assez bien aux observations directes de l'enquête
à
passages
répétés de
1970-71 (281
pour
1
000)
et de I'ESF de
1978
elle-même
(278
p.
1
OM)
pour les générations
1967-72).
II
est vraisemblable que cette mortalite
ait
sensiblement baissé au cours de
la
décennie
70-80,
car l'enquête
1978-79
donne
229
pour
1
O00
pour le même quotient.
(1)
Brass
(W.).
-
Methods
for
estimating fertility and mortality
from
limited and
defec/d
Finney
(G.).
-
Estimating infant mortality trends from child survivorship data.
fopul8fiOn
data.
Laboratories for Population Studies, Université de Caroline du Nord, 1975.
Studies,34,
1,
1980.
pp. 109-128.
TABLEAU
2.
-
QUOTIENTS DE
MORTALITÉ
INFANTILE ET
JUVÉNILE
(40)
ESTIMÉS
A
PARTIR DE L'ENQUETE
SÉNÉGALAISE
SUR
LA
FÉCONDITE
DE
1978
(MÉTHODES DE BRASS ET DE FINNEY)
Nombre
d'enfants
par femme
A
Nombre
de
naissances
Ni
Age
de
la mere
15-19
20-24
25-29
30-34
35-39
40-44
45-49
401
1
277
2 253
2 635
2 936
2
719
1841
0,451
1,687
3,393
5,281
5,943
6,798
7,163
Proportion
de dêcédés
Di
0,1820
0,2138
0,2441
0,2524
0,291
6
0,3240
0,3199
Estimation
de Brass'')
0,9815
0,9794
0,9409
0,9839
0,961
1
0,9560
1,0033
4
O
178,6
209,4
229,7
248.3
280,3
309,8
320.9
(p.
1
000)
(1)
Les multiplicateurs
K,
sont ceux du modele de Garenne
(1982).
Estimation
de FinneyL2)
l9O
I
t
(p.1000)
179.0
I
1
977,23
169,l
1
97579
172,4
1
973,87
197,5
1
971,56
179,6
1
968,83
184,5 1965.64
1M,4
1
962.61
(2)
Les valeurs de
(q0
dépassant la table de Finney ont été extrapolées sur la base d'un âge
de début de fecondité de
14,4
ans,
t
est
la
date
I
laquelle s'applique l'estimation de
190.
TABLEAU
3.
-1
MORTALITÉ
À
NGAYOKHÈME
1963-1971
ET
1972-1980.
QUOTIENT DE MORTALITÉ SELON L'ÂGE
(LES NOMBRES ABSOLUS DE
DÉC&
SONT
MENTIONNÉS
ENTRE PARENTHÈSES)
1972-1981
1963-1971
Taux brut de mortalité
0,03543 (1 450)
I
0.02662 (1 160)
I
Quotient de mortalité infantile
:
19a
0,21901
(
370) 0,15676
(
301)
Taux
de mortalité
1
:
O-
5
mois
0,19882
(
172) 0,20099
(
199)
NS
6-17
mois
0,24420
(
319) 0,11377
(
199)
18-35
mois
0,17807
(
216) 0,09473
(
193)
36-59
mois
0,04544
(
44)
0,04457
(
91)
NS
Source:
Garenne, op. cit.
(2).
p.
90-110.
La mention
NS
indique que
la
différence n'est pas significative au seuil
5%.
N.B. Au-delà de
5
ans la mortalité n'a pas changé de maniere significative.
TABLEAU
4.
-
ÉTAT
CIVIL DE DAKAR
:
TAUX BRUT DE
MORTALITÉ,
SELON
LA
PERIODE (POPULATION AFRICAINE)
Taux brut de Taux de mortalité Taux de
Période mortalité infantile mortinatalité
(pour
1000)
(pour
1000)
(pour
1000)
TAUX DE MORTALITÉ !NFANTILE("ET TAUX DE MORTINATALITÉ
1942-44
1945-49
1950-54
1955-59
1960~64
1965-69
1970-73
1975-78
42
21
13
11
12
11
11
10
I
201
139
107
79
86
79
69
84
-
-
I
48
39
40
36
34
40
Source:
Bulletin du Service de la Statistique du Sénégal.
(1)
Déces de moins d'un an/naissances de la période
(2)
Mort-nes/naissances de
la
pbriode
N.B.
:
-
de
1942
à
1964
:
le'
et
2"
circonscription seulement;
-
de
1965
A
1978
:
ensemble du Cap Vert
(V.C.
la
3"
circonscription).
5 PLANS QUADRIENNAUX. SENEGAL 1961-1981 (EN MILLION DE
FRS
CFA)
~ ~ ~ ~ ~~ ~~
Investissements prevus Part des
Plan dont hôpitaux
Total hôpitaux (en
%)
1
O'
(1961-1964) 2 650 1460 55.1
2O (1965-1969) 3 089 1915 62,O
3" (1969-1973) 2 729 1445 52,9
4"
(1 973-1 977) 3 594 1847 51.4
5'
(1 977-1 981
)
9 400
5
100 54.3
Hôpitaux
21
Legende
Total
Sénéaal
H
HSoitaux
Figure
1.
-
Infrastructures sanitaires
au
Senegal en
1976
rs
,U
It
!e
?S
TABLEAU
6.
-
RÉPARTITION
DES
INVESTISSEMENTS EN MATIERE
DE
SANTÉ
DANS LE
5n
PLAN (EN MILLION DE FRANCS CFA)
Programme
Entretien, réfection, équipement
Développement des services de santé
dont
-
prophylaxie vaccinale
-
soins de sante primaire
-
protection nutritionnelle et sanitaire
-
complexes médico-sanitaires
Développement des ressources humaines
dont
:
Bcoles personnel paramédical
Actions ponctuelles
dont
:
-
complexes médico-sanitaires
-
centres d'hémodyalise
-
action sociale
Total
Sources
:
Plans auadriennaux du Sénéaal.
3
200
2
050
450
250
250
2
050
3
420 2
400
1020
1380
250
350
250
650
9
400
5
100
N.B.
100
francs CFA valent
2
francs franpais, soit, au cours de la période environ
0.36
dollars
américains.
Le
constat effectué Dour
le
4"
Dlan est révélateur des problèmes sui
se
-
I
r'
I
I
;
?
!
!
I
t
!
t
t
!
i
i
1
!
I
LE
CAS
DU
SÉNEGAL
(1960-1980)
31
5
fait
les contraintes économiques, les pesanteurs sociologiques
et,
dans une
certaine mesure, l'orientation des investissements venant de l'étranger ont fait
que l'effort principal
a
porté sur l'infrastructure hospitalière.
II
semble cepen-
dant qu'une nouvelle orientation se dessine,
à
partir du développement des
soins de santé primaires en milieu rural.
II.
LA LUTTE CONTRE LE PALUDISME
A.
L'endémie palustre au
Sénégal
Le paludisme est
la
principale endémie du Sénégal, touchant virtuellement
toute la population.
II
se présente en général sous
la
forme
Plasmodium
falciparum
(87
O/O
des personnes infestées), souvent sous
la
forme
P. Malariae
(23
YO)
et
rarement sous
la
forme
P. ovale
(0,5
YO).
Les cas de double infestation
ne sont pas rares
:
environ
11
%
de
la
population
(IO).
Les taux d'infestation et
le
type de parasite varient sensiblement d'une
région
à
l'autre et selon
la
saison
:
ils
sont en général plus forts dans les régions
a
forte pluviométrie (sud du pays) et pendant
la
saison des pluies.
II
y
a
évidemment de fortes variations locales, spécialement le long des cours d'eau
(Saloum, Casamance) et dans les régions humides (Niayes). L'hivernage (saison
des pluies) est une période d'intense reproduction des anophèles, du
fait
des
conditions de température très favorables et de
la
multiplication des gîtes
larvaires. Pendant
la
saison des pluies le niveau de
la
nappe phréatique remonte
et
les séanes, affleurements de
la
nappe phréatique, émergent
à
nouveau et
constituent des gîtes très favorables
à
la reproduction des vecteurs. C'est
la
période de transmission active du paludisme. Le début de
la
saison sèche
(décembre, janvier) voit au contraire la température diminuer considérablement
et
les écarts entre
le
jour
et
la
nuit
se
creuser fortement. Ces conditions
stoppent en grande partie
la
reproduction des anophèles, dont
le
cycle larvaire
aquatique nécessite une température supérieure
à
16°C.
Ceci
a
pour effet de
diminuer considérablement les densités anophéliennes. C'est la période de
transmission réduite du paludisme. La densité anophélienne varie de
O
à
700
moustiques par case; au cours de l'hivernage de
1967,
dans
la
région de
Fatik, elle atteignait
385
moustiques par case. On trouve de nombreux types
d'anophèles au Sénégal principalement
A.
Gambiae
en saison des pluies
et
A.
Funestus
en saison sèche.
La parasitémie varie selon I'âge. Elle augmente très rapidement lors des
deux premières années de
la
vie, pour atteindre un maximum vers
2
ans. L'indice
plasmodique reste
à
un plateau entre
2
et
14
ans, puis diminue rapidement pour
(10) Voir la carte de I'endemie palustre dans
:
(Service de lutte anti-paludiqoe. Rapport
final.
Thiès,
SLAP,
1961.
318
LA LUTTE CONTRE LA MORT
into
"",AI
V
Nivaquine
600
ng
2
prises
:
(Juin
et
Octobre)
ZONEF
Figure 3.
-
Essai d'éradication du paludisme
:
zones d'essai de pulvérisation domiciliaire de DDT
et de chimio-prophilaxie, zone-pilote de Thihs
1957-1961
TABLEAU
7.
-
LA
ZONE-PILOTE DE THIES
DE
LUTTE CONTRE LE PALUDISME EN
1959
Zone Habitants Traitement
A
ai
212
Malocide, bimensuel pendant
6
mois
B
a2 775
DDT
et
malocide, bimensuel pendant
6
mois
C
41 312
Nivaquine bimensuel en août
et
septembre
D
31
463
DDT et malocide hebdomadaire pendant
12
semaines
E
23 063
DDT seulement
F
Ile de Mar
57 261
269
Total
324 455
1
Nivaquine en
2
prises
:
juin et octobre
N.B.
en
1958
la
zone
C
reçoit de
la
nivaquine en
2
prises (juin et octobre).
a
Y
i
LE CAS DU
SÉNÉGAL
(1960-1980)
319
TABLEAU
8.
-
RESULTATS DE LA CAMPAGNE D'ÉRADICATION DU PALUDISME
DANS LA ZONE-PILOTE DE THIES, 1953-1957 (PULVERISATION DOMICILIAIRE DE DDT)
:
INDICE PLASMODIQUE SELON CÂGE, AVANT ET APRES
PULVÉRISATION
Age
I
0-5 mois
I
6-11 mois
1
1 an
I
2-4 ans
I
5-9 ans
I
10-14 ans
1) Région hyper-endémique
:
zone-pilote centrale 1953-1957
(5
pulvérisations domiciliaires de DDT. 1 Dar an)
Avant (1952) 29,5 25.6 36.8 38,5 34,2
'
22'7
2) Région méso-endémique 1955-1957 (3 pulvérisations de DDT, 1 par an)
Avant (1955)
WO
13.0 16,O 9,o 93 16,6
3) Région holo-endémique 1955-1957 (3 pulvérisations de DDT, 1 par an)
Après (1957) 9,7 45,O 67,5 68.5 58.0 46,5
Après (1957) 4,6 8.5 6.6 17,8 28,O 22,8
Après (1957) 3,7 7,5 6.0 10,4 19,o 22,o
Avant (1955) 10,o 33,3 13.5 23,9 21,5
8,8
Source:
Rapport final du SLAP, op. cit (10). Les mesures sont prises
au
2" semestre de chaque
année.
TABLEAU 9.
-
RÉSULTATS
DE LA CAMPAGNE
D'ÉRADIATION
DU PALUDISME
DANS LA ZONE-PILOTE DE
THIÈS,
1957-1961 (PULVÉRISATION DE DDT
ET CHIMIO-PROPHYLAXIE)
:
INDICE PLASMODIQUE SELON
CAGE
ET LA ZONE (PHASE DE CONSOLIDATION)
Zone
0-5
mois
I
6-11 mois
I
1 an
Avant Après
483 4,3
0.0
9,1
oto
0.0
44,4 15.0
483 46.6
Avant Après Avant Après
(1957)' (1961) (1 957) (1961)
8,4 43.1 73 47.5
22 7,4 35 9.8
18.7 20.0 15.0 14.0
8.3 2,s 2,7 4,4
35,7 12,5 40.0 28.3
15,O 56,6 13,7 50.0
Source:
Rapport final du SLAP, op. cit. (10).
N.B.
:
Les mesures sont prises au cours du 2" semestre de 1957 et de 1961. La lutte imagocide
avait commencé
dès
1953. Dans les zones A, C et
F
:
chimio-prophylaxie seulement; dans
les zones
B.
D et
E
:
DDT et chimio-prophylaxie.
o
la
résistance de certains parasites aux insecticides (tolerance partielle
de
A.
Gambiae
au
DDT
en
1961)
ou aux médicaments (résistance
à la
pyriméthamine lorsqu'elle est prise tous les
15
jours, mais pas dans le cas des
prises hebdomadaires);
0
l'insuffisance des protocoles (dans les zones holo-endémiques
il
aurait
fallu des traitements plus énergiques pour parvenir
à
I'éradication; en particulier
il
aurait éte souhaitable de poursuivre les pulvérisations de DDT pendant
la
saison des pluies; de plus les constructions nouvelles entre deux pulvérisations
constituent de véritables refuges pour les vecteurs (jusqu'à
10%
des cons-
tructions).
320
LA LUTTE CONTRE LA
MORT
C.
La campagne de ehloroquinisation préventive
(1963-1979)
Devant I'échec de I'éradication dans
la
zone-pilote
il
a
été dlécidé une
campagne de pré-éradication, dont l'essentiel
a
consisté en une distribution de
chloroquine auprès des populations rurales. Parallèlement
à
cette action
le
SLAP
a
poursuivi ses travaux de recherche sur l'endémie palustre
:
enquêtes
paludologique et entomologiques (carte de l'endémie palustre, 1966); essais de
traitement du paludisme par prise unique de chloroquine, dans
la
zone de
recherches opérationnelles
(ZOROP)
et les circonscriptions médicales pilotes;
essais d'insecticides et de nouveaux produits anti-paludiques. La plupart de ces
essais ont été conduits dans l'ancienne zone-pilote, principalement dans
le
département de Fatik.
La campagne de chloroquinisation préventive
a
consisté
à
doter
les
coopératives de paysans en antipaludiques, chaque année en début d'hivernage.
Les paysans achètent les comprimés
a
prix coútant
(1
franc CFA dans
les
premières années,
1,20
en 1975,1,50 en 1976 et
2
à
partir de 1978). La campagne
vise les enfants de
O
a
14
ans. Ceux-ci doivent absorber chaaue semaine
un
TABLEAU
10.
-
DISTRIBUTION DE CHLOROQUINE
PRÉVENTIVE
AUX COOPÉRATIVES
:
NOMBRE DE COMPRIMES DE
100
MG
DISTRIBUÉS
SELON C'ANNEE ET LA
RÉGION
DE
1963
À
1979
(EN MILLIERS)
-
inn&
1963
1964
1965
1966
1967
1968
1969
1970
1971
1972
1973
1974
1975
1976
1977
1978
1979
N.B.
-
-
Total
9 226
5
500
10
022
13
520
8
384"'
6
565"
13 213
5 674"
7 156'
5 520"
6
428'
5 568
7
661
6
336
5 979"
3 759
-
Thiès
Cap- Casa- Diourbel Sénégal Siné-
Vert mance Louga oriental Saloum
Fleuve
1349 813 1126
1341
1912 121 1703 1488
777 2
266
2402 1916 1721
3
301 1930
nombre de comprimés correspondantà leur âge (de
1
comprimé de
100
mg pour
les moins de
1
an
à
5
pour les
10-14
ans) pendant toute
la
durée de l'hivernage.
Le nombre de comprimés distribués
a
varié selon les années entre
5
et
13
millions (tableau
lo),
ce qui est très insuffisant puisqu'une bonne couverture
aurait demandé 50 millions de comprimés par an et une couverture complete
environ
100
millions. ~
1674
2 450
1
200
BOO
755 1130 698 595
110 1012 1188
684 344
249 2 030 1460 780 563
361 1583
1
001 670 370
485 2
056
1241
196 773 882
2 414
3 106
2 210
2 052
1536
1677
1753
1655
1
562
1586
1600
1210
998
694
902
598
542
346
le
1963
a
1967
il
s'agit de comprimés de Nivaquine.
(1)
Baisse due
a
un mauvais remboursement en
1966
Donnees incomplètes.
Source
:
Archives
du
SLAP et du Bureau d'education sanitaire.
$1
I
l
i
b
C'
t
r,
P
I
!
I
1
I
i
PAR UN MEDECIN
:
NOMBRE DE CAS DE PALUDISME SELON
L'ANNÉE
ET L'ÂGE, 1963-1978
Année
1963
1964
1966
1967
1968
1969
1970
1971
1973
1974
1975
1976
1977
1978
Moyennes
quinquennales
1963-67
1968-71
1973-78
0-14 ans 15 ans
120 268 106 753
182 753
'
78 503
244 671 130 198
325 41
O
114795
149 588 92
384
168 277 92 443
179 048 97 963
162 291 88 917
127 921 98 242
151 375 93 618
122 756 157 779
143
330
63 489
142 O98 106 361
185512 96 071
21 8 278 107 557
164 789 92 927
137 496 103 898
Total
227 O01
261 266
374 869
440
205
241 972
260 670
277 O1 1
251 208
226 163
244 993
280 535
206 81 9
248 459
281 583
325 835
257 716
241
394
N.B.
:
les
données pour
les
années non mentionnées sont manquantes.
Source
:
Statistiques sanitaires
du
Sénégal, rapports annuels.
1963-71
I
1972-1981
1
6-17
mois
18-35
mois
6-17
mois
18-35
rnois
52 69 32
43
144 73 39
28
36 16 22 11
14
11
16
37
36
23
20
26
37 24 70
48
31 9 216
I
199 193
324
LA LU'ITE
CONTRE
LA
MORT
maternelle, périnatale et infanto-juvénile. Mais les comptages manuels effec-
tués chaque mois par
le
Service de
la
statistique depuis
1962
ne nous
renseignent que sur
la
mortalité infantile
et
sur
la
mortinatalité.
Au Sénégal, si
la
création des maternités est ancienne, celle des Centres
de PMI, date du début des années
50,
comme complément du service de
pédiatrie, d'abord dans ce service, puis en Médina et dans les divers secteurs
de
la
capitale ainsi que dans les principales villes du Sénégal.
A.
Les accouchements
Le nombre de
lits
de maternité
a
suivi
à
peu près la progression
démographique de
la
ville, se maintenant autour de
12
lits pour
1
O00
naissances
de
1962
à
1973,
ce qui correspondrait
à
une capacité de séjour en naternité de
4
jours par accouchement.
A
partir de
1974,
cette capacité s'est blevée
à
15
lits
pour
1
O00
naissances grâce
à
la
création de petites maternités en banlieue. Le
nombre des sages-femmes du secteur public s'est accru un peu plus vite que
la
croissance démographique notamment au cours des dernières annees,
passant d'une sage-femme pour
274
naissances .annuelles en
1962-69
à
1
pour
230
en
1970-73
et
à
1
pour
178
en
1975-79.
La grande majorité des accouchements
a
lieu en maternité publique
(85
%
des naissances enregistrées
à
I'état civil en
1975
et même davantage depuis),
sans compter les quelques accouchements survenus
à
domicile sous le contrôle
d'une sage-femme.
B.
La prévention prénatale
Le nombre de centres de PMI de l'ensemble de
la
région de Dakar n'a pas
augmenté au cours des vingt dernières années. Leur couverture, estimée
à
50
O/O,
a
augmenté au cours de
la
période
1960-79,
mais leur fréquentation qui est
passée par un maximum vers
1970
avec
3,4
visites pénatales par consultante
est retombée depuis
a
2.
Surveillance prénatale et contrôle médical de I'accou-
chement devraient avoir un effet direct sur
la
morti-natalité. Ces deux facteurs
sont restés
a
peu près stables, au total, au cours de
la
période étudiée.
Cela
peut expliquer en partie le maintien de
la
morti-natalité au même niveau
(34
à
40
p.
1
O00
naissances vivantes) pendant cette période, après avoir atteint près
de
50
p.
1
O00
au cours des années
1951-56
(tableau
4).
C.
La prévention post-natale
Le contrôle médical de l'accouchement devrait également avoir un effet
direct sur
la
mortalité donatale, de même que
la
surveillance post-néonatale
sur
la
mortalité post-néonatale. Le pourcentage d'enfants qui bénéficient de
la
prévention post-natale est tombé d'environ
50
%
au cours de
la
période
1960-64
à
environ
30%
après
1970.
De plus, le nombre moyen de visites post-natales
a
lui aussi baissé de
5
vers
1970
à
3
après
1974.
Cette désaffection des femmes
pour les activités de prévention
a
peut-être contrebalancé l'effet de I'augmenta-
tion du nombre d'accouchements en maternité expliquant,
encore,
la
stagnation
de
la
mortalité infantile (tableau
4).
I
!
z-
i
LE CAS DU SÉNÉGAL (1960-1980)
325
IV.
LES
VACCINATIONS
Au Sénégal, certaines vaccinations ont été faites par des équipes mobiles
lors de campagnes de masse comme celles contre
la
variole, dans le cadre de
I'éradication mondiale achevée en 1976, ou
la
fièvre jaune et depuis 1968,
la
rougeole. Cette dernière, en raison de .son importance particulière en Afrique,
D'autres on't éte confiées principalement aux centres de PMI dès leur
création
:
le vaccin BCG conre
la
tuberculose et
la
vaccination associée contre
la
diphtérie le tétanos et
la
coqueluche (DTCoq).
A
cela s'ajoute
la
vaccination
antitétanique pour les femmes enceintes, destinée
à
éviter le tétanos ombilical
du nouveau-né. A
la
fin des année 60 le vaccin contre
la
poliomyélite
a
eté
associé aux précédents (Tetracoq). Ce dernier représentait en 1972 4,9% de
l'ensemble, mais sa proportion augmente rapidement pour atteindre
50,O
%
en
1976 et 63,2
O/O
en 1979.
Mais les centres PMI n'étant implantés qu'en milieu urbain,
à
l'exception
de
la
zone pilote de Khombole, créée en 1958, c'est surtout
la
population
citadine qui
a
bénéficié de
la
protection contre ces cinq maladies. C'est
pourquoi un programme élargi de vaccination en zone rurale est en préparation,
en liaison avec les soins de santé primaires.
est traitée au point
V.
I
TABLEAU 13.
-
POURCENTAGE DE DÉCÈS PAR COQUELUCHE PARMI LES DECÈS
DÉCLARÉS
,A
L'ÉTAT
CIVIL, DAKAR 1964-1971, SELON L'ÂGE
(NOMBRE DE DÉCÈS ENTRE PARENTHÉSES)
O
an 1-4 ans
TOUS
ines,
I
Dakar 1964-1971 1 ,O9 (163) 2,OO (271) 0,87 (452)
m
TABLEAU 14.
-
POURCENTAGE DE DÉCÈS PAR COQUELUCHE PARMI LE$ DÉCÉS
DÉCLARES, SELON L'ÂGE AU DÉCÉS EN MILIEU RURAL
:
VALLÉE
DU SÉNÉGAL
ET SINÉ-SALOUM (NOMBRES DE DECÈS ENTRE PARENTHÈSES)
O
an 1-4 ans Tous âges
Vallée
du
Sénégal 1957 1,oo (1) 3,33 (4) 157 (6)
Sin6 1963-65 2,26 (14) 0,81 (11) 0.80 (25)
Saloum 1963-65 0,65
(2)
1.44 (9) 0.86 (12)
Source
:
Cantrelle 11967)
TABLEAU 15.
-
POURCENTAGE DE DÉCÈS PAR TÉTANOS PARMI LES DÉCÈS
DÉCLARÉS
A
L'ÉTAT CIVIL, DAKAR ET ST-LOUIS, SELON LA PERIODE
ET. L'ÂGE
(NOMBRE
DE DÉCÈS ENTRE PARENTHÈSES)
I
I
O
an
I
1-4 ans
I
5-14 ans
Dakar 1973-80 1,8 (175)
I
1.5 (126) 6,6 (155)
N.B.
Pour Dakar 1973-1980 dépouillement partiel
(les
2" et 3" circonscriptions sont incompletes).
Saint-Louis 1973-80 3.7 (92) 0.7 (20)
53
(39)
326
LA
LUTE
CONTRE
LA
MORT
La couverture vaccinale contre
la
coqueluche est estimée
à
environ 60
%
à
Dakar pour
la
période 1965-1979.
Cette
couverture
a
probablement eu un effet
sur
la
mortalité par coqueluche, relativement importante
(2%
des décès de
1-4 ans en 1964-71) mais
elle
n'a pas suffi
à
la supprimer. Le pourcentage de
décès par coqueluche n'est guère différent
à
Dakar (tableau
13)
de celui des
zones rurales (tableau 14). Ceci suggère que la vaccination
a
peut-être protégé
les enfants
à
faible risque, mais que
la
couverture
a
été insuffisante pour
supprimer
la
cause de décès chez les enfants
à
haut risque. De plus
il
n'est pas
exclu que
la
vaccination nécessitant plusieurs injections ait été incomplète.
Ces remarques sont également valables pour
la
diphtérie et le tétanos dont
la
part dans
le
total des décès reste non négligeable (tableau 15).
,
o
V.
LA PRÉVENTION
CONTRE
LA
ROUGEOLE
La gravité de
la
rougeole
était
connue de longue date des médecins des
services de santé d'Afrique occidentale, mais
la
dimension du problème n'avait
pas été établie, d'autant moins que
la
proportion d'enfants rougeoleux amenés
dans les consultations des dispensaires et hôpitaux
était
peu importante, alors
que pratiquement tous les enfants contractent
la
maladie. Phénomène curieux,
cette proportion s'est progressivement accrue depuis les années
50
avant même
que
la
populaton ne soit informée de l'existence de moyens de lutte efficace.
Pour
la
première fois, en 1957, l'enquête démographique de
la
vallée du
Sénégal montrait qu'à I'échelle d'une vaste région, la rougeole causait
la
moitié
des décès de 1-4 ans.
Cette
proportion
a
surpris, mais l'enquête démographique
nationale du Burkina de 1960-61,
a
confirmé
la
gravité du phénomène avec un
tiers des décès du même groupe d'âges.
A
la
même époque un vaccin vivant, souche Edmonston
E,
avait
été
produit aux Etats-Unis
à la
suite de
la
découverte du virus par Enders. Après
un essai au Burkina,
dès
1961, une campagne de masse fut réalisée dans ce
pays. Le même vaccin fut essayé au Sénégal en 1963 dans
la
région du
Siné-Saloum,
à
Niakhar et Tattaguine. Mais l'innocuité de ce vaccin n'ayant pas
été
jugée suffisante, le ministère de
la
Santé
y
renonça au moment
ou
un autre
vaccin, Schwartz, venait d'être mis au point.
II
fut essayé dès 1965 dans
la
zone-pilote de Kombole; puis en 1966 la zone d'enquête démographique du
Siné-Saloum en bénéficia, et en 1967 Pikine, banlieue de Dakar, précédant
la
première campagne de masse au Sénégal dont
la
phase d'attaque s'est
déroulée de fin 1967
à
1969 et
la
phase d'entretien
à
partir de 1970.
L'effet
de ces premières campagnes
a
été spectaculaire, arrêtant
les
épidémies en cours et réduisant
le
taux de consultation par rougeole
(ta-
bleau 16); effet aussi sur les taux de mortalité par rougeole et
la
proportion de
décès
:
dans l'enquête du Siné-Saloum,
la
proportion est passée de 11 et
22
%
à
2
et 1
Oh
(tableau
17)
de même
à
Dakar (tableau 18). Par
la
suite,
la
proportion
de décès par rougeole est revenue
à
son niveau antérieur dans
le
Siné-Saloum
c.
,f
a
Oh
et
le
le
es
36
ur
as
nt
es
ait.
éS
Irs
1%
ne
:e.
du
tié
ue
un
!té
èS
ce
du
as
:re
la
du
la
?St
es
ta-
de
!
o/o
on
im
'
LE CAS DU SÉNÉGAL
(1960-1980)
327
TABLEAU
16.
-
LA ROUGEOLE AU
SÉNÉGAL
-
COUVERTURE DE
LA
POPULATION
PAR LE VACCIN ET TAUX DE CONSULTATION
Année
1960
1961
1962
1963
1964
1965
1966
1967
1968
1969
1970
1971
1972
1973
1974
1975
1976
1977
1978
1979
1980
Sources
:
Taux de
consultation
déclarés rougeole
11
527
15,3
Nombre
d'enfants
vaccinés
(1
1
Population Couverture Nombre
de cas
%
vacciner
(2)
11
)/(2)
(1)
p.1000
(3)
-
15 617 20.3
20 637 26,l
21 446 26,5
22 262 26,9
24 281 28,6
34
o99 39.2
27 148 30,5
358 790 174.8 16 354 17,9
15 405 16,5
94576
1913499
229 535
109 215 178
548
61,2 16 458 16.7
176 473 183 193 96,3 31 185 30,9
157 435 192 799 81.7
'
35 069 33,O
175 498 197
800
88,7 26 567 24,3
150 159 202 960 74,O 46 309 41.4
247 4.48
208
201 118,9
44844
39,O
183 424 213 837 85,9 30 795 26,l
29
144
23.4
66 598 174 063 38.3
8
036 8,4
75
O40
187 956 39'9 36 788 35.5
275 684 21 9 592 125,5 39 188 33.3
(1)
Ministere de la Santé, Statistiques sanitaires, Rapport annuel.
(2)
Phase d'attaque
:
effectif
1-7
ans, estimée
A
21.9
%
de
la
population ajustée;
(3)
Nombre de cas déclarés rapportés
à
la
population de
1-7
ans.
Phase d'entretien
:
nombre estimé de naissances diminué de
15
%
de mortalité.
TABLEAU
17.
-
POURCENTAGE DE DÉCÈS PAR ROUGEOLE, PARMI LES
DÉCÈS
DÉCLARÉS
LORS
DE DIVERSES ENQUCTES EN MILIEU RURAL, SELON L'ÂGE
(NOMBRES
DE
DÉCES
ENTRE PARENTHÈSES)
Enquête
Vallée du Sénégal
1957
Siné
1963-65
Saloum
1963-65
Ngayokhème (Siné)
1963-65
1967-71
1972-77
Ndemène (Saloum)
1964-65
1967-71
1972-78
O
an
1-4
ans
5-14
ans
3P (21) 15,l (205) 17,2 (39)
16.0 (16) 52.5
(
63) 33.3 (12)
8.2 (25) 27.9 (174) 39,7
(54)
11.2
(
251
1.8
(
3)
20.1
(
55)
22,l
(
21)
.1,3
(
3)
12,7
(
32)
22
330
LA
LUTTE
CONTRE
LA
MORT
La mortalité infantile est restée
à
peu près constante au cours de
la
période
1960-1980,
à
la
fois
à
Dakar et dans l'ensemble du pays. Dans une petite zone rurale,
lieu d'une enquête démographique suivie depuis
1962,
Ngayokhème, la, 'mortalité
a
cependant baissé
à
partir de
1971
dans le groupe d'âge de
6
à
36
mois. Au plan national
le taux brut de mortalité ne semble pas avoir diminué malgré une légère régression de
la mortalité juvénile depuis
1970.
La part de la santé dans les dépenses publiques est tombée de
9
Oh
en
1962
à
6
%
en
1979.
Bien que le plan préconise d'investir en priorité dans les zones rurales, l'essentiel
a
été affecté aux hôpitaux de Dakar.
Le nombre de médecins par habitant a augmenté entre
1966
et
1976
mais
73%
d'entre eux exercent
à
Dakar. L'infrastructure médicale
a à
peine suivi l'augmentation
de
la
population, un tiers seulement des investissements prévus par le plan ayant pu être
réalisés.
Plusieurs campagnes de santé publique de grande envergure
se
sont succédé au
Sénégal. La première en date, qui est aussi la plus importante, s'est attaquée au
paludisme. Le Sénégal
a
été choisi en
1953
pour un essai d'éradication du paludisme
en Afrique de l'ouest. Le projet a échoué, faute d'avoir pu atteindre I'éradication
complète, pour plusieurs raisons
:
problèmes spécifiques dus
à
l'environnement local
(exophilie des anophèles), faible participation de
la
population
à
la
chimio-prophylaxie,
résistance des moustiques aux insecticides, insuffisance du traitement des zones
les
plus
touchées (zones holo-endémiques). Cependant le paludisme
a
considérablement reculé
dans les zones
on a combiné les pulvérisations domestiques et
la
chimio-prophylaxie.
A
partir de
1963
le Sénégal organise
la
distribution préventive d'antipaludiques (chlo-
roquine) en zones rurales. La couverture de cette action est restée assez faible mais
celle-ci
a
pu avoir un effet sur la mortalité par paludisme car une partie des médicaments
a
été utilisée pour le traitement des crises de paludisme.
II
semble d'ailleurs que
la
baisse
de
la
mortalité
à
Ngayokhème est en grande partie due
à
une baisse de
la
mortalité par
((
fièvres et paludisme
s;
de plus les statistiques de santé publique indiquent que
la
morbidité par paludisme
a
diminué au cours de la période.
Dans le domaine de la Protection Maternelle
et
Infantile, l'infrastructure
a
augmenté plus rapidement que
la
population mais s'est trouvée concentrée pour
l'essentiel dans les grandes villes.
II
semble en outre que le nombre de visite prénatales
et
post-natales
ait
diminué, bien que
la
proportion de naissances en maternité ait
augmenté. La mortinatalité et
la
mortalité infantile n'ont d'ailleurs guère changé
à
Dakar
au cours de
la
période.
Les vaccinations contre
la
rougeole, le tétanos,
la
coqueluche n'ont été que
partielles, même
à
Dakar, et elles n'ont eu aucun effet visible sur
la
mortalité
:
la
rougeole
cause le tiers des décès de
1
a
4
ans dans
la
capitale
(1973-1980).
Finalement, les progrsmmes de santé publique n'ont pas eu d'effet notable sur
la
mortalité parce qu'ils n'ont
p2s
couvert l'ensemble de la population et ont laissé
B
I'écart
les groupes
à
haut risque. La campagne antipaludique n'a pu avoir d'effet que
elle
a fourni des médicaments efficaces aux populations rurales
à
haut risque.
... C'est pourquoi, à partir de 1963, un nouveau programme de lutte, fondé sur la chimioprophylaxie à base de chloroquine, nommé pour cela "chloroquinisation", a été engagé sur l'ensemble du pays. Mais ses résultats sur la morbidité et la mortalité par paludisme sont mitigés (Garenne et al., 1985). C e programme a touché les différentes régions de façon inégale, a manqué de suivi et n'a pas été bien évalué. ...
Article
Anthropologists usually describe the village as a place of tradition, and the town as a place of modernity. In order to question this opposition, a study was carried out among 100 Haalpulaaren mothers (Tukulors and Fulas), 50 from a village in the Sahelian area along the Senegal River and 50 from an underpriviledged suburb of Dakar. They were asked about their representations and practices related to measles, which is the first cause of mortality under 5 years of age in the urban group, and second in rural group.Although fatality rates were equivalent in both groups and even higher among village children who had been staying in town at the time of the illness, measles seems much more feared in the village where it comes by epidemics than in town where it is endemic. Moreover, causal interpretations seem to be changed by the different environment of the city where the mechanistic explanation by winds has lost its material basis and is changed into the metaphoric and magical interpretation of wind-spirits.As for therapeutic practices, the study reveals a more traditional behaviour (judged on use of local remedies and immunization coverage) in the urban group than in the rural group. This paradoxical result can be explained by the existence of a subgroup of migrant women (seen in town more than in the village) who appear to resist to change and reinforce their traditional behaviours. Finally influence of castes seems to disappear in town, where therapeutic practices vary according to the level of integration into urban society (measured by use of the vehicular language). Thus, the passage from village to town appears as a complex and discontinuous process, with a break in social practices which corresponds to the transient and precarious period of migration.
Article
Résumé Les recherches menées sur les villes du Tiers-Monde montrent que l'état de santé de la population est très hétérogène. Parmi les indicateurs de l'état de santé, les taux de mortalité et de natalité sont les plus courants. Le problème des sources documentaires prive cependant les chercheurs et les planificateurs de ces indicateurs et les méthodes démographiques classiques ne permettent pas la localisation des populations à risques. Les registres d'Etat-Civil constituent une source de données trop peu exploitée, notamment par les géographes. L'auteur analyse l'intérêt et les limites de ces données dans une perspective géographique, i.e. spatialisée, notamment pour le calcul de taux bruts apparents de mortalité et de natalité, des volumes de décès et naissances, des variations saisonnières de mortalité et des relations mortalité/morbidité diagnostiquée dans les structures sanitaires. L'auteur conclut à la nécessité d'intégrer ces données au système d'information sanitaire de routine après approfondissement des causes de biais possibles. Research conducted in Third World towns show the heterogeneity of health population status. Among the indicators, mortality and natality are the most frequent, but the quantity of data and the classical methods in demography make the localisation of high-risk population difficult. Civil Registration Data Base are under studied, especially by geographers. The author analyses the interest and limits of these data in a spatial perspective, i.e. mortality and natality volumes, seasonal variations of mortality, and relations between seasonal variations and health system activities. The author's conclusion is on the necessity to include these indicators in the health information system after complementary research on possible bias.
Article
In rural Senegal where mortality among children aged under 5 years is 28/1000 the Diola a group of 220000 people living in Casamance in Southern Senegal perform a special ritual whenever a woman is in any of the following 3 circumstances: when 2 of her children have died early; when she has had 2 miscarriages and when she has primary or secondary infertility. The ritual termed "Kanaalen" is the only collective feminine ritual. It is commonly performed in villages and means and extended period of exile in an adoptive village. Thus it is important among Diola women and makes an important impact on female migration. Yet its social and demographic implications have not been fully appreciated in ethnological literature except partially in 1 instance. In rural areas a woman in any 1 of the 3 circumstances noted that threaten continuation of the lineage has no way and probably no desire to avoid the ritual since social pressure is extremely compelling and to refuse would prove her own responsibility in the misfortune. The 1st step towards healing is the official attribution by a diviner ("ajuuberew") of the cause to an etiological agent. The death of a child could be due to the ghost of an ancestor a soul-devouring witch or a malign spirit. For miscarriages only the last 2 agents can be incriminated. For infertility witches and spirits can be responsible but suspicion focuses mostly on the evil-doing of another individual corresponding to the classical description of a sorcerer and the "witch" or sorcerer is generally a very close relative possibly even the husband and sometimes the woman herself especially when the ritual fails. Having decided what the cause is by traditional means the diviner treats it with specific herbal and magic remedies. Whatever the cause he asks the woman to prepare herself for "kanaalen." The woman usually leaves her house at nightfall without telling her husband and goes to her adoptive village. The choice of the adoptive village -- usually where the woman has relatives and which has a reputation for effectiveness in Preventing infant death or miscarriage or restoring fertility -- is made by village consensus. A common situation is described in which a woman goes to her adoptive village with her newborn baby. During the years of "kanaalen" she becomes the community buffoon who always has to play the clown. Also she must do any ridiculous task requested of her. The group also has obligations towards her: she is the guest in every house and her child is under their protection. She is punished for all wrongdoing. If the villagers fail to respect the social code by not using her new name or by reminding her of her indignity they have to perform a reparative ritual at which a goat is sacrificed. When the child is ill he is treated with herbal remedies and a ceremony is held to ward off the evil forces. When the mother is ill there is no protecting ritual. After the child is weaned between ages 3-5 a final ceremony is held a final ceremony is held to untie the threads symbolizing her attachment to the altar and now symbolizing her return to a normal life. She will maintain some constraints all her life. Knowledge of how these societies try to prevent and cure illness and misfortune would be a preliminary condition for public health programs.
ResearchGate has not been able to resolve any references for this publication.