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Abstract

The drivers of territorial development This article copes with the two drivers of territorial development – namely the production and governance processes. It examines their characteristics, their functioning, and the role they play in the implementation of territorial development mechanisms. Their link with territorial innovations of various natures (technological, organizational, social and institutional) is also examined. The text starts with a survey of literature and experiences on the notions of governance and production at the territorial level, followed by an analysis of the black box of fabrication of territorial innovation. To finish, the mechanisms of territorial development are described, based on three possible options of (non) development: loyalty or cooperation, voice or competition, spatial exit or relocation.
LES MOTEURS DU DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL
André Torre
Armand Colin | « Revue d’Économie Régionale & Urbaine »
2018/4 Octobre | pages 711 à 736
ISSN 0180-7307
ISBN 9782200931926
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-d-economie-regionale-et-urbaine-2018-4-page-711.htm
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Pour citer cet article :
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André Torre, « Les moteurs du développement territorial », Revue d’Économie
Régionale & Urbaine 2018/4 (Octobre), p. 711-736.
DOI 10.3917/reru.184.0711
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&
Les moteurs du développement territorial
The drivers of territorial development
André TORRE
UMR SAD-APT
Université Paris Saclay, INRA AgroParistech
torre@agroparistech.fr
Mots-clés : Développement territorial, gouvernance, production, innovations
Keywords : territorial development, governance, production, innovations
Codes JEL: O01, O18, O31, O35
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2018 - N°4 - pp. 711-736 Revue d’Économie Régionale & Urbaine 711
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Les moteurs du développement territorial
Résumé
Cet article propose une analyse des deux moteurs du développement territorial : les processus de
production et de gouvernance. Il examine leurs caractéristiques, leur fonctionnement et le rôle
qu’ils jouent dans la mise en place des mécanismes de développement. Les modalités de création
des innovations territoriales de différentes natures (technologiques, organisationnelles, sociales et
institutionnelles) sont également étudiées. Le texte commence par un bilan de littérature et d’expériences
sur les notions de gouvernance et de production au niveau territorial, suivi par une analyse de leurs
modalités de fabrication des innovations territoriales. Pour finir, les mécanismes du développement
territorial sont décrits sous forme de schémas, en s’appuyant sur trois options possibles : la loyauté ou
la coopération, la prise de parole ou la concurrence, l’exit spatial ou la délocalisation.
Abstract
This article copes with the two drivers of territorial development namely the production and
governance processes. It examines their characteristics, their functioning, and the role they play in
the implementation of territorial development mechanisms. Their link with territorial innovations of
various natures (technological, organizational, social and institutional) is also examined. The text
starts with a survey of literature and experiences on the notions of governance and production at the
territorial level, followed by an analysis of the black box of fabrication of territorial innovation. To
finish, the mechanisms of territorial development are described, based on three possible options of
(non) development: loyalty or cooperation, voice or competition, spatial exit or relocation.
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André TORRE
Le processus de Destruction Créatrice représente la donnée fondamentale du capitalisme.
C’est en elle que consiste, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise capitaliste
doit, bon gré mal gré, s’y adapter.
Joseph Schumpeter, Capitalisme, Socialisme et Démocratie. Petite bibliothèque
Payot, 1942
Je n’avais, en ce temps-là, aucune idée du rôle considérable et d’une incontestable utilité
que joue le bla-bla-bla dans la vie sociale des grands peuples vivant dans un état de liberté
démocratique.
Winston Churchill, Mes jeunes années. Texto, Éditions Tallandier, 2007
- 1 -
Introduction
Dans un article un peu oublié aujourd’hui, Walter ISARD, le père de la Science
Régionale, décrit le lien de l’homme au territoire à partir de la parabole d’un
cosmonaute revenant de l’espace et rentrant sur terre (ISARD, 1956). A mesure que
son vaisseau se rapproche de la surface de la planète, notre explorateur observe des
paysages sans cesse plus détaillés, et passe d’un point de vue très global à l’observation
des composantes des territoires. Il parcourt ainsi la gamme des échelles spatiales et
économiques, des macro-systèmes aux processus de développement territorial, pour
se trouver finalement, avant l’atterrissage, en mesure d’observer aussi bien l’activité
et la vie quotidienne des populations que les mobilités des acteurs ou les réseaux
qui les attachent ou les relient.
Cette fable illustre l’importance de la dimension territoriale, avec la diversité
des parties prenantes locales, le rôle essentiel des questions d’occupation des sols
et la prise en compte des processus sociaux et économiques dans les interactions
entre personnes, entreprises ou institutions. Elle pose également l’ensemble des
enjeux du développement territorial, de l’intérêt de se pencher sur les caractéristiques
mêmes de la vie des territoires à la nécessité de comprendre leurs modalités de
fonctionnement et de décrire les comportements et préoccupations des acteurs, au
plus près du terrain.
Dans un précédent travail (TORRE, 2015), j’ai montré que la problématique du
développement territorial, de retour dans les discours des chercheurs comme des
politiques, se nourrit du lien concret au sol et de l’implication des différentes parties
prenantes, mais également de la prise en considération des désirs et attentes des
populations, toujours plus attentives et éduquées. A rebours du caractère macro ou
top-down souvent inapproprié des interventions et incitations publiques, elle repose
sur la légitimité des processus de gouvernance territoriale, qui impliquent les acteurs
locaux dans la définition des enjeux et chemins de développement pour le futur.
Cette évolution, qui signe la montée des attentes et de la participation des parties
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Les moteurs du développement territorial
prenantes des territoires, se confronte aujourd’hui aux politiques généralistes vouées
au « big is beautiful » et à la recherche d’économies par la suppression des échelons
de démocratie représentative.
Mais cette préoccupation pour l’action publique et les idiosyncrasies territoriales
ne doit pas conduire à négliger l’autre dimension des processus de développement. La
production de biens et services, ainsi que la création, la multiplication et l’utilisation
des ressources offertes par les territoires constituent en effet la seconde finalité du
développement territorial. La mise en œuvre des chemins de développement ne peut
reposer sur le seul transfert de richesses ; elle s’appuie avant tout sur la mobilisation,
l’exploitation, et parfois l’exportation des ressources territoriales. Comme l’ont
montré de nombreux chercheurs, le rôle joué par les systèmes de production, leurs
ressources, leurs innovations, leurs réseaux et leurs interactions multiples, s’avère
essentiel, sans négliger les relations entretenues avec d’autres territoires ou la place
des consommateurs dans le choix des produits et de leurs caractéristiques.
Le développement territorial repose sur ses deux grands moteurs : la produc-
tion et la gouvernance. C’est de leur genèse et de leur renouvellement permanent
que naissent les processus de développement, déconstruisant et recréant des ter-
ritoires sans cesse mouvants (LACOUR, 1996 ; MOINE, 2006), sous l’influence des
dynamiques d’innovations technologiques, organisationnelles, sociales et institu-
tionnelles, qu’elles soient endogènes ou provenant de l’extérieur (STORPER, 1997).
Processus de gouvernance et de production donnent naissance à des innovations
territoriales, qui accompagnent les mutations créatrices de nouveauté ou destructrices
des anciens modèles de croissance et de gouvernement. Ainsi, le développement
territorial peut marcher sur ses deux jambes, en intégrant à la fois l’accroissement des
richesses et l’amélioration des caractéristiques socio-économiques des populations.
Le présent article propose une investigation des caractéristiques des deux moteurs
du développement des territoires, de leur fonctionnement et du rôle qu’ils jouent
dans les mécanismes de développement. Il commence par un bilan de littérature
et de retours d’expériences sur les processus de production et de gouvernance,
et se poursuit par une analyse de leurs modalités de fabrication des innovations
territoriales. Pour finir, les mécanismes du développement territorial sont décrits
sous forme de schémas, en s’appuyant sur trois options possibles : la loyauté ou
la coopération, la prise de parole ou la concurrence, ainsi que l’exit spatial ou
la délocalisation. Le lien avec les innovations territoriales de différentes natures
(technologiques, organisationnelles, sociales et institutionnelles) est considéré tout
au long du texte.
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André TORRE
- 2 -
Le développement territorial : une question de
gouvernance et de production
L’évolution parallèle des analyses de la production et de la gouvernance, des
injonctions macro aux dimensions locales, interroge leur rapport au développement
des territoir es. Les problématiques de d éveloppement reposent souvent sur l’intuition
fondatrice de SCHUMPETER (1911), pour qui l’innovation permet de briser la routine
des processus de production et de donner naissance à des phénomènes de destruction
créatrice, avec l’apparition de nouveaux produits ou méthodes qui déclassent
les anciens modes de faire et de penser. Elle est reprise et amplifiée par les
déclinaisons territoriales, qui mettent l’accent sur la dimension technologique, alors
que l’émergence des approches de la gouvernance territoriale s’effectue avant tout par
la contestation des conceptions hiérarchiques du gouvernement et la reconnaissance
de la multiplicité des parties prenantes des territoires.
2.1. Le développement territorial porté par les processus de
production
Se développer, c’est d’abord produire : davantage, peut-être mieux, parfois moins...
Des économistes classiques aux réflexions sur les pays émergents, la définition du
développement est inséparable de celle de la production. La littérature sur les
processus de développement des territoires ne fait pas exception, concentrée sur les
activités productives et leur ancrage territorial (ZIMMERMANN, 2005). La production y
est considérée comme le moteur principal du développement, avec une insistance sur
deux dimensions centrales : l’innovation technologique et le caractère systémique des
relations locales. Il s’agit ainsi avant tout d’une affaire de réseaux et de technologie.
Cette approche affirme le caractère situé et singulier du développement selon les
territoires. Sa vision des systèmes locaux de production repose sur une double filiation.
D’une part les systèmes nationaux d’innovation (NELSON, 1993), qui révèlent les
idiosyncrasies des structures productives, institutionnelles et organisationnelles : les
processus de production ne peuvent être identiques à Hong Kong et à Los Angeles
en raison de particularismes locaux, de règles, de lois et de politiques économiques
différentes. De l’autre, l’approche des pôles de croissance (PERROUX, 1964), qui
favorise les grandes entreprises et industries susceptibles d’entraîner la croissance
d’un territoire par le biais d’effets d’entraînement au sein de la structure économique
locale.
L’analyse repose sur la dimension systémique des relations entre acteurs, au sein
d’un territoire coproduit par leurs collaborations et projets communs. Interactions
verticales et horizontales, corpus social homogène ou relations basées sur la répétition
des échanges, l’important est la création d’un tissu local. Le développement territorial
retrouve le focus infrarégional et la dimension productive du développement par le
bas (STÖHR, 1986), mais l’élargit par les réseaux d’alliance et de coopération et la
capacité à se renouveler et se transformer en réponse aux chocs exogènes. Il inspire
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Les moteurs du développement territorial
ainsi de nombreuses politiques locales ou conduites par les pouvoirs publics, comme
celles des pôles de compétitivité, des SPL ou des grappes technologiques en France.
2.1.1. De l’importance de l’innovation technologique...
Une importante littérature s’est attachée à la figure de l’entrepreneur (CASSON,
1982), innovateur audacieux, mais SCHUMPETER souligne également le caractère
systémique des groupes de firmes innovantes et des grappes d’innovations. Pour
les historiens des techniques (GILLES, 1978 ; ROSENBERG, 1982) une innovation
n’apparaît jamais seule. L’idée d’une rupture issue du génie d’un homme est tempérée
par l’existence de relations de collaboration et de coopération entre entreprises ou
ingénieurs, et de complémentarités techniques : le développement du chemin de
fer est dû à la découverte de la machine à vapeur mais aussi aux progrès réalisés
dans la solidité des rails, le perfectionnement des aiguillages ou l’amélioration des
techniques de transmission.
Remises à l’honneur par les philosophes des techniques et des organisations
(SIMONDON, 1958), puis par les économistes évolutionnistes, ces approches montrent
comment la transformation des connaissances et des inventions en innovations se
traduit par des trajectoires technologiques (NELSON et WINTER, 1982), résultant des
fortes opportunités offertes par certaines combinaisons techniques et économiques
(la mécanisation plus facile de la fabrication du coton par rapport à la laine).
Les innovations se diffusent, passent d’une entreprise ou d’un secteur à l’autre,
puis deviennent incrémentales et routinières, produisant des effets de verrouillage.
L’accumulation des connaissances, la stabilité institutionnelle et la forte inertie du
modèle technologique dominant (DOSI, 1988) rendent difficile tout bouleversement,
car la dépendance au sentier bloque les possibilités d’innovations non compatibles
avec ce paradigme (DAVID, 1985). Ajoutons-y la transformation des produits de base
en biens à fort contenu technologique, par une main-d’œuvre qualifiée ou des robots
incorporant connaissances et innovations (LUNDVALL et MASKELL, 2000).
Les théoriciens de la transition (GEELS, 2002) expliquent la rupture de ce modèle
routinier par le passage à un nouveau régime sociotechnique (AKRICH, 1994), fruit
d’une ou plusieurs innovations radicales. Portées par des outsiders et protégées du
système dominant par des subventions publiques ou des investissements stratégiques
privés (VAN DE POEL, 2000), ces dernières incubent et se développent dans des niches
qui permettent l’apprentissage de la technologie et la naissance d’une alternative
sociotechnique de plus en plus stable et prometteuse. Quand apparaissent des limites
technologiques ou des changements géopolitiques, culturels, démographiques dans
le paysage d’ensemble, des « fenêtres d’opportunité » s’ouvrent, dans lesquelles
s’engouffrent les innovations de niche les plus veloppées. Certaines vont percer,
s’imposer, et donner naissance à leur tour à un nouveau régime sociotechnique.
2.1.2. ... aux systèmes productifs locaux
Ces approches en termes d’innovations systémiques, qui font le constat du
caractère spatialement concentré des connaissances, trouvent un écho au niveau
territorial avec l’analyse des systèmes productifs localisés, dont le modèle canonique
s’est imposé en trois temps.
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André TORRE
Le mythe des districts industriels, déjà présents chez MARSHALL (1919), naît en
Italie dans les années 1970 (BRUSCO, 1982). Il s’agit du regroupement localisé de
personnes et d’entreprises compétitives sur le marché mondial en dépit de leur
(très) petite taille, comme la production textile du Prato, emblématique d’une
forme de développement endogène à faible contenu technologique. Sociologues et
économistes insistent sur les dynamiques sociales et le caractère très répandu de ces
communautés de firmes historiquement liées par une division du travail au sein
d’un même secteur (BECATTINI, 1990), qui échangent produits et main-d
œuvre dans
un mélange de relations de concurrence et de coopération.
Rapidement, cette approche s’étend à d’autres types de regroupements localisés de
producteurs, impliquant des laboratoires de R&D et des firmes de tailles différentes,
qui n’appartiennent pas toujours au même secteur (MARKUSEN, 1996). Les approches
des milieux et des SPL (Systèmes Productifs Locaux) mettent ainsi l’accent sur un
modèle plus générique, davantage axé sur les relations formelles et les échanges, dans
lequel la production de connaissances est essentielle au développement territorial
(CAMAGNI et MAILLAT, 2006). Les entreprises, liées par des relations de coopération,
partagent des activités complémentaires au sein d’un ensemble spécialisé (COURLET,
2008), de plus en plus souvent marqué par une dimension technologique forte.
Enfin, PORTER (1985, 2003) impose, par sa souplesse analytique et son sens du
marketing, le terme canonique de clusters. On retrouve l’idée d’un regroupement
de firmes et de laboratoires travaillant dans des industries liées, au sein d’un
environnement proche, et dont les interactions en termes de technologies et de
savoir-faire permettent d’augmenter les performances, la compétitivité et le niveau
d’innovation. Positionnée à l’origine du côté du management, l’approche dépasse
rapidement ce champ, en dépit ou peut-être grâce à son flou analytique (VICENTE,
2016), avec une extension vers des systèmes moins axés sur les activités high tech ou
au degré de performance plus faible (GIULIANI et BELL, 2005), puis comme un outil
des politiques de développement, au niveau local ou national (OCDE, 2001).
2.1.3. Approfondissements et extrapolations
L’analyse des systèmes productifs localisés est prolongée par l’apparition de
nouveaux avatars, comme les écosystèmes d’affaires, avec le débordement du
périmètre de la firme par son insertion dans des réseaux de coévolution et de
coopétition (BRANDENBURGER et NALEBUFF, 1996) caractérisés par la multiplication
des acteurs (entreprises, laboratoires, centres divers) (MIRA-BONNARDEL et al., 2012).
D’autres approches extrapolent davantage le modèle initial, en sortant des espaces
urbains et de la technologie, comme les APL (Arrangements Productifs Locaux), qui
renvoient au caractère parfois incomplet ou naissant des interactions productives
dans les pays émergents (CASSIOLATO et al., 2003 ; JOYAL, 2008), ou les SYAL (Systèmes
Agroalimentaires Localisés) (MUCHNIK et DE SAINTE MARIE, 2010), dont l’organisation
résiliaire, entre producteurs et consommateurs, et la mise en commun de techniques
et de savoir-faire locaux, s’avèrent essentielles dans les zones rurales.
La prise en compte des dimensions environnementales apporte une rupture plus
radicale encore, avec la conscience que le développement se réalise aux dépens
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Les moteurs du développement territorial
des ressources limitées de la planète. L’approche des Systèmes Socio-Écologiques
(ANDERIES et al., 2004 ; OSTROM, 1990) approfondit les relations entre acteurs locaux
et entités biop hysiques et biologiques non-humaines, ainsi que les usages et la gestion
collective des ressources et les exclusions qui en découlent. L’analyse des écosystèmes
industriels va plus loin en intégrant le recyclage des outputs (DECOUZON et MAILLEFERT,
2012) et propose de substituer, à la succession d’opérations de transformation allant
de l’utilisation des matières premières à la vente des produits, un modèle circulaire
plus économe en ressources, qui réincorpore les déchets dans le cycle de production
(JACOBSEN, 2006).
2.2. Le rôle central des processus de gouvernance territoriale
On sait que le développement ne concerne pas seulement l’augmentation,
l’amélioration ou la diversification des productions ; il recouvre bien d’autres
dimensions, comme les changements mentaux et sociaux des populations, ainsi que
les évolutions des structures institutionnelles (PERROUX, 1969 ; RIST, 2013). Pour
décider de leur avenir et tenter de maitriser leur devenir, nations et territoires
ont intérêt à prendre en main leur futur et à initier leurs propres projets de
développement. Pour cette raison, le développement territorial ne peut s’appréhender
indépendamment des processus de gouvernement et de gouvernance de la chose
publique.
L’idée que le développement territorial doit prêter attention aux structures et
modalités de gouvernance de l’action publique comme aux volontés des populations
a mis du temps à s’affirmer, pour deux raisons. 1) Une vision du développement
en termes de seules structures productives ou de degrés d’innovation, avec un
intérêt marqué pour la compétitivité des territoires, horizon indépassable des
politiques publiques locales ou déconcentrées. 2) Des approches du développement
par le bas qui s’appuient souvent sur le mythe d’une organisation spontanée ou
« naturelle » des acteurs locaux, s’exprimant ou agissant en dehors des problématiques
organisationnelles ou de structuration des opinions (LAFONTAINE, 2005).
Paradoxalement, la remise en question est venue des débats sur les questions
de gouvernance de l’entreprise, en particulier les modalités d’organisation interne
des firmes et les formes d’externalisation des activités (MÉNARD, 1997). Ces préoc-
cupations ont rapidement débordé sur le niveau territorial, avec le souci de gestion
des sous-traitants et fournisseurs d’un même écosystème, puis la considération des
modalités de gouvernance des systèmes locaux. Le succès de certaines technopoles
ou zones d’activités high tech (Sophia Antipolis) renvoie logiquement à leurs modes
de gouvernance. Il ne repose pas seulement sur la compétitivité des entreprises ou la
qualité de leur mise en réseau, mais également sur la capacité des instances locales à
manager et piloter des systèmes socio-économiques complexes et à faire respecter
des règles admises par l’ensemble des participants. Ne dit-on pas souvent que c’est
la vertu principale des pôles de compétitivité (GRANDCLEMENT, 2016) ?
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André TORRE
2.2.1. De l’émergence des problématiques de gouvernance...
Gouverner. Le mot peut sembler fort et réservé à un niveau élevé d’action des
Etats et des nations. Pourtant, c’est tout simplement prendre des décisions, arbitrer
des oppositions et des conflits, gérer des modes et des processus de production, et
contribuer à la régulation des activités économiques et sociales (quand c’est possible).
L’idée de gouvernement a longtemps dominé, hiérarchique, descendante et
contraignante, avec ses lois et ses politiques publiques. Puis, progressivement, a
émergé le concept de gouvernance, parfois polysémique et flou, qui désigne des
formes plus souples de pouvoir, reposant sur la coordination d’acteurs, de groupes
sociaux et d’institutions en vue d’atteindre des objectifs communs (LEGALÉS, 2014).
Cette évolution, qui s’inscrit dans un contexte d’innovations institutionnelles liées
aux processus de décentralisation et de contractualisation, renvoie aux limites des
politiques publiques, contestées par des populations aux attentes frustrées et impa-
tientes de participer à leur élaboration. Elle fait également écho au mouvement de
différentiation et d’autonomisation des composantes de la société, de multiplica-
tion des parties prenantes (PASQUIER et al., 2007) et à l’affirmation d’exigences de
démocratie, au-delà de la seule représentation élective.
La gouvernance possède un versant normatif, avec ses préceptes et méthodes :
la « bonne gouvernance », prônée par la Banque Mondiale ou le FMI, propose
des recettes censées garantir la compétitivité des pays ou des territoires. Mais le
terme fait également référence à l’expérimentation de nouvelles modalités d’action
publique et de participation des acteurs aux décisions, en rupture avec l’approche
du gouvernement, dont l’organisation pyramidale est remise en question au profit
de formes plus souples et proches des hommes et des organisations. Les réseaux
d’acteurs économiques et sociaux voient ainsi leurs volontés et capacités d’expertise
et d’innovation prises en considération dans la « fabrique » des politiques et de
l’action publique (KOOIMAN, 2000) : intégration des partenariats public-privé à
la définition des objectifs de développement (WETTENHAL, 2003), participation
d’organisations diverses (associations, entreprises, ONG...) à l’élaboration des lois,
règles et réglementations (PIERRE, 2000), dispositifs facilitant la participation de
parties prenantes aux processus de décision. La question de la gouvernance devient
une préoccupation majeure des responsables politiques et cristallise les réflexions sur
les questions d’interactions, d’action collective et de participation, d’intérêt général
et de concertation.
2.2.2. ... à la gouvernance territoriale
Comme pour les processus de production, la focale, d’abord très globale, s’est
déplacée vers les territoires, avec l’intégration des acteurs et de leurs problématiques
de proximité dans la définition des objectifs et la mise en œuvre des décisions
publiques (SUBRA, 2016). À l’intérêt pour les caractéristiques territoriales a répondu
l’évolution des politiques des équilibres macro au principe de subsidiarité puis la
montée de l’action publique (COMMAILLE, 2014). Les modèles de rapports au pouvoir
central se sont multipliés, dans leurs dimensions institutionnelles, territoriales,
d’identification, politiques... (PASQUIER, 2012), en intégrant progressivement les
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Les moteurs du développement territorial
niveaux économiques et sociaux comme les fonctions régaliennes (LASCOUMES et Le
GALES, 2007).
La tension des territoires avec un Etat gouvernant à distance par des dispositifs
publics et des instruments (EPSTEIN, 2005) a alimenté la réflexion et le développement
des problématiques de gouvernance territoriale. Elle repose sur l’idée que les
différentes parties prenantes des territoires contribuent ensemble à leur pilotage,
qu’il s’agisse des pouvoirs publics, des collectivités, des entreprises ou de différents
groupes d’habitants (LELOUP et al., 2005). Longtemps tournées vers la contestation
de la décision publique, les associations deviennent alors des parties prenantes de la
discussion publique et de l’élaboration concertée (LASCOUMES, 1995), ainsi que de
la mise en place de protocoles de négociation des normes au niveau local.
Les mécanismes de gouvernance territoriale sont à l’origine de changements de
toutes natures dans les modes d’organisation et de fonctionnement des acteurs.
Jamais stabilisés, ils suscitent débats et controverses, mais le consensus s’établit
autour du caractère central de la participation des parties prenantes aux débats ou à
la décision concernant l’avenir des territoires. La concertation permet de construire
des objets communs pouvant faciliter une prise de décisions conjointes, présentes
ou futures, en tenant compte des différentes contraintes et visions (TOUZARD, 2006).
Créer les conditions de coopération, par exemple autour de la conception collective
d’un projet ou de la planification des usages d’une ressource ou d’un espace (BEURET
et CADORET, 2010), contribue à l’élaboration de projets partagés, sur la base de
relations de coordinations plus ou moins équilibrées et hiérarchisées.
Enfin, le territoire est le lieu d’application par excellence de la gouvernance
multi-niveaux (HOOGHE et MARKS 2001 ; BACHE et FLINDERS, 2004), dont les échelons
territoriaux renvoient au fait que les décisions dépendent non seulement des directives
et prescriptions des pouvoirs publics, mais également de Bruxelles, des services
déconcentrés de l’Etat et des collectivités territoriales. Au-delà de la déclinaison des
lois, règlements, politiques publiques ou instruments financiers, la gouvernance des
territoires s’appuie en effet sur des instruments d’aménagement, qui déterminent
l’occupation de l’espace, comme les Plans locaux d’urbanisme (PLUs) ou les Schémas
de Cohérence Territoriale (SCoTs)... ainsi que sur des outils de gestion, comme les
Communautés de Communes et d’Agglomérations, ou les Syndicats de bassins
versants. Ils constituent autant d’outils dans les mains des acteurs.
- 3 -
À la source des innovations territoriales
Il convient de montrer comment les processus de production et de gouvernance
que nous venons de présenter donnent naissance, au niveau des territoires, aux inno-
vations et aux chemins de développement. Pénétrer la boite noire du développement
territorial en explorant le fonctionnement et les causalités majeures de ses deux
moteurs permet d’en préciser ou d’en définir les éléments constitutifs et les principes
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André TORRE
de base, dont certains restent négligés ou relégués au second plan par les approches
territoriales exposées plus haut. C’est ainsi que l’on peut comprendre, en particulier,
comment l’innovation territoriale est fabriquée par les processus de gouvernance et
de production.
3.1. Au cœur des relations de production : des innovations de
différentes natures
Produits agricoles, énergie, minéraux et minerais occupent une place déterminante
dans le développement économique comme dans la production des innovations
technologiques (CATIN, 1995). Il s’agit d’abord d’utiliser les ressources primaires,
afin de mettre en marche l’appareil productif et nourrir une force de travail efficace
et performante. Mais leur exploitation effrénée peut conduire à des modèles de
développement fortement déséquilibrés, aux bénéfices territoriaux incertains comme
l’approche des staples (INNIS, 1930). Utilisant successivement différentes matières
premières (WATKINS, 1977), elle conduit à l’enchainement de phases d’accélération
et d’étapes de récession fortes, accompagnées de pics de création et de destruction
du tissu entrepreneurial et des filières.
Au-delà des dotations factorielles, les territoires leaders dans la course à l’indus-
trialisation font longtemps la course du développement en tête (KRUGMAN, 1991).
L’exploitation des ressources agricoles et naturelles et leur transformation par des
travailleurs / consommateurs réclamant une diversité toujours plus grande de pro-
duits engendrent des phénomènes cumulatifs, qui profitent aux économies les plus
précoces dans le passage au secteur secondaire. Les autres territoires en sont souvent
réduits à exporter leurs ressources ou leurs productions intermédiaires (KRUGMAN
et VENABLES, 1995). Même la variable démographique leur est défavorable. Formé
et éduqué, le capital humain s’avère un puissant ferment territorial, par son poten-
tiel en matière d’apprentissage et de production de connaissances, si bien que la
rareté des compétences et des savoir-faire provoque une incitation forte en termes
d’agglomération des personnes et des activités (LUCAS, 1988).
Les ressources spécifiques jouent ainsi un rôle décisif en matière de développement
territorial (GUMUCHIAN et PECQUEUR, 2007), qu’il s’agisse de Capital, de matières
premières, de travail ou de connaissance. Minerais bruts, main d’œuvre non qualifiée,
produits agricoles de base... constituent autant de ressources génériques, aisément
redéployables au-delà de leur territoire d’origine, et posent maintenant la question
de leur caractère recyclable ou réutilisable. Alors que des ressources spécifiques
comme une compétence artisanale, un fromage de terroir, un paysage remarquable,
ne peuvent se reproduire ailleurs, car leur spécificité est liée au lieu d’origine. En
générant de l’innovation territoriale par leur consommation sur place (tourisme...)
ou leur transport (produits d’origine, avec forte spécification...) elles contribuent aux
processus de développement (CAMPAGNE et PECQUEUR, 2014).
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Les moteurs du développement territorial
3.1.1. Retour sur les trajectoires d’innovation
L’approche des trajectoires technologiques, convaincante en matière de genèse
ou de diffusion des innovations, présente la limite de ne pas considérer la dimension
sociale ou institutionnelle comme une source d’innovation et de la traiter comme un
simple accompagnement de l’innovation technologique. L’analyse des niches et de
leurs transformations en opportunités technologiques (GEELS, 2002) ne s’applique
en effet 1) qu’à des innovations fortes, ou de rupture... ; 2) certes portées par
un paradigme dénommé socio-technique, mais qui s’avère avant tout de nature
technologique.
Or une part importante des innovations territoriales est clairement 1) modeste
(ALTER, 2010) ou frugale ; 2) avant tout de nature sociale et organisationnelle ou
institutionnelle. Du coup cette approche, bien que cohérente, révèle une validité
limitée au niveau des territoires. En effet, les innovations technologiques, qui
impactent les structures productives pour s’y diffuser et y être adoptées, loin d’en être
originaires s’avèrent souvent importées de l’extérieur. Bien qu’essentielles au progrès
technique et aux dynamiques de croissance de l’Économie dans son ensemble par
leur fonction d’induction, leur rôle au niveau du développement des territoires
se révèle de facto bien plus limité. En témoigne l’échec de nombreux systèmes
locaux d’innovation, qui peinent à faire émerger un réseau de conception locale
des innovations technologiques. Les lieux de production de la technologie restent
extrêmement limités sur la planète : quelques clusters, dans quelques régions, au
sein d’un très petit nombre de pays, excluant de facto l’essentiel des territoires
3.1.2. La multiplication des formes d’innovations territoriales
L’analyse des systèmes localisés de production identifie le principe industriel des
processus de développement. Mais elle n’embrasse pas l’ensemble de la question de
l’innovation. Essentiellement technologique, cette conception doit être relativisée.
En effet, tout pousse à un élargissement.
Tout d’abord, les consommateurs industriels jouent un rôle moteur dans la
définition des produits et dans l’amélioration de leurs caractéristiques, avant leur
mise sur le marché. Une position qui contraste avec celles des innovateurs de
rupture, soucieux avant tout des questions de propriété intellectuelle. Les lead users,
« utilisateurs pilotes » ou compétents, entretiennent ainsi des liens étroits avec le
monde industriel et les fabricants de produits finals, en permettant d’améliorer leurs
créations et de de peaufiner les innovations technologiques, le plus souvent dans
une logique de partage et d’échange (VON HIPPEL, 1988).
Par ailleurs, de nouvelles modalités d’interactions innovantes émergent dans
les territoires. Parfois qualifiées de « micro clusters », les plateformes de services
intégrés se multiplient. Espaces de démonstration, de co-working,fab labs,living
labs, pépinières, centres de ressources... représentent des moyens de se rencontrer,
d’échanger, d’interagir, voire d’élaborer des projets ou de construire ensemble des
objets techniques. Ces tiers lieux présentent deux originalités : leur caractère hybride
entre travail et loisir, mélangeant professionnels, citoyens et utilisateurs (OLDENBURG,
1991), et l’interaction épisodique entre participants, où se fabriquent des actifs
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André TORRE
relationnels. Loin d’être toutes high tech ces innovations, qui mêlent savoirs savants
et profanes, s’avèrent ainsi de nature essentiellement organisationnelle ou sociale.
Enfin, l’approche des systèmes de production néglige les innovations modestes,
qui reposent souvent sur la valorisation ou la spécification des ressources par les
acteurs locaux (TORRE, 2015). On pense aux innovations sociales comme les crèches
ou épiceries solidaires, les banques alimentaires, les aides aux personnes handicapées
... ou aux innovations organisationnelles faisant appel à une modification des modes
de production, comme les circuits courts, la vente directe, le Micro crédit... C’est
aussi le cas du mouvement des communs, avec la gestion collective de certains
espaces fonciers ou l’accès à des biens locaux. Loin d’être anecdotiques, ces activités
représentent aujourd’hui un volume d’emplois important et un axe de développement
majeur des territoires.
Ainsi, les innovations territoriales ne se limitent pas aux seules dimensions
technologiques et aux innovations de rupture. Il importe d’intégrer les innovations
sociales (KLEIN et al., 2014), institutionnelles (BUREAU et CORSANI, 2015) et organi-
sationnelles, ainsi que les nouveautés plus modestes et incrémentales (LORETO et
al., 2017), dans le processus de développement territorial. Cette approche permet
de comprendre par quels mécanismes sont produites les innovations territoriales et
aussi d’estimer leur impact en termes de développement des territoires.
3.2. Le caractère innovant des relations de gouvernance
Les processus de coopération et de négociation facilitent la production de
projets communs et l’introduction de nouveautés dans les modes d’organisation
des territoires. Une fois pris ce tournant citoyen, il importe toutefois de ne pas
verser dans une vision purement collaborative et délibérative de la gouvernance
territoriale, et d’admettre que son fonctionnement peut être difficile et heurté, car
il repose sur des relations dissymétriques, des oppositions, du pouvoir. Dispositifs,
instruments et structur esde gouvernance jouent le rôle de facilitateurs des interactions
et contribuent à sa mise en action par l’édiction de règles tangibles, d’outils et de
mécanismes innovants. Mais des obstacles subsistent : c’est de l’expression des
conflits et du dépassement de ces laboratoires de l’action publique que naissent une
partie des innovations territoriales et des projets de développement.
3.2.1. Des instruments et mécanismes innovants...
Nous définissons la gouvernance territoriale comme un processus de coordina-
tion entre des parties prenantes ou des acteurs de différentes natures (productifs,
associatifs, particuliers, pouvoirs publics ou collectivités territoriales), aux ressources
asymétriques, réunis autour d’enjeux territorialisés et contribuant avec l’aide d’outils
et de structures appropriés à l’élaboration, parfois concertée, parfois conflictuelle,
de projets communs pour le développement des territoires (TORRE et TRAVERSAC,
2011). Cette vision pragmatique, qui acte la dimension citoyenne du développement
territorial (CHIA et al., 2008), renvoie à la construction d’outils et de représentations
partagées (LEROUX, 2006 ; BEURET, 2010) et de territoires lieux de projets communs
(REY-VALETTE et al., 2014). Elle répond à quelques objectifs simples :
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Les moteurs du développement territorial
contribuer à l’élaboration ou favoriser la mise en œuvre des projets de développe-
ment ;
faciliter la coordination entre les parties prenantes hétérogènes au sein des
territoires ;
éviter que certains acteurs ne quittent le territoire (processus de désertification ou
d’abandon) ;
empêcher les affrontements bloquants ;
décider des chemins de développement.
La coordination entre parties prenantes de natures très diverses ne constitue pas
une évidence, ni le résultat d’arrangements spontanés. Pour fonctionner ensemble,
les acteurs des territoires doivent utiliser ou fabriquer des dispositifs hétérogènes
composés de personnes, d’institutions, d’aménagements, mais aussi de discours, de
règles et de lois... (FOUCAULT, 1975). La mise en action d’éléments verbaux, d’outils,
de modes de fonctionnement et de structures d’organisation permet de développer
un langage commun nécessaire au travail et aux actions concertées et d’initier des
projets partagés. De la répétition des interactions et des apprentissages nait alors la
pérennité des processus de développement territorial.
Outils et instruments occupent ainsi une place centrale dans les dispositifs de
gouvernance, qu’il s’agisse de systèmes sociaux-économiques complexes, de structures
de gouvernance, d’instruments techniques comme des textes, des documents de
programmation, des contrats ou des chartes. Structurant les comportements des
acteurs, qui occupent beaucoup de temps à les construire ou les approprier, ils
font l’objet de batailles de pouvoir en termes de représentation (VITRY et CHIA,
2016). Leurs dimensions techniques et leurs principes de gestion, qui facilitent les
interactions, cristallisent les rôles et positions au sein des organisations (HATCHUEL
et WEIL 1992) au niveau territorial.
3.2.2. ... aux obstacles et difficultés du processus de gouvernance
Les dispositifs d’ingénierie de gouvernance en termes de modes de désignation
de représentants ou de délibération jouent un rôle central dans la construction
des chemins de développement. En effet, en dépit de la multiplication d’outils et
d’instruments, la négociation territoriale ne va pas de soi et certains obstacles peuvent
en entraver le déroulement, ou entacher les décisions de graves suspicions.
La réussite du processus de gouvernance dépend de deux conditions préalables :
L’acceptation des règles du jeu. Les parties prenantes peuvent refuser d’entrer
dans le processus de définition d’un projet commun et quitter la partie. Le vote
avec les pieds, c’est-à-dire le départ du territoire (TIEBOUT, 1956), s’avérant souvent
impossible, le cas le plus courant est celui dans lequel un certain nombre d’acteurs,
rétifs aux choix ou aux méthodes mises en œuvre pour y parvenir, abandonne la
scène du développement territorial et choisit de ne pas s’exprimer ou d’agir en
dehors des dispositifs de gouvernance, parfois en usant d’un pouvoir d’influence et
de rapports de force ;
La désignation des acteurs autour de la table, qui vont discuter et mettre en
œuvre les projets de territoires et le processus de développement, puis en partager
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André TORRE
les bénéfices éventuels. L’assemblage suppose une phase arbitrale, de sélection et
d’exclusion de certains acteurs (LEROUX, 2006), qui peuvent entrer en opposition. La
taille nécessairement réduite de ces instances conduit à la désignation de groupes
particuliers, représentés par des délégués portant leurs idées et leurs avis, et pose
ainsi des questions de représentativité et de relais des opinions.
3.2.3. Le conflit, mère de l’innovation territoriale
L’arsenal de la gouvernance induit des réactions contrastées de la part des
populations, qui tendent parfois à réagir et à s’opposer aux initiatives publiques ou
privées. La contestation s’exprime par des recours aux tribunaux, des manifestations
médiatiques ou des démonstrations de violence et se porte tout particulièrement
sur les grands projets d’infrastructures (transport, production d’énergie, traitements
des déchets) ainsi que sur les modes d’occupation de l’espace (PLUs, permis de
construire...) (TORRE et al., 2016). Ces conflits correspondent aux résistances à des
décisions qui laissent insatisfaits certains acteurs locaux (DARLY et TORRE, 2013),
ou à la remise en cause de la composition et de la représentativité des instances
de décision. À côté de la coopération, ils représentent l’autre manière d’entrer en
discussion sur les enjeux et les chemins du développement territorial, car leurs
protagonistes peuvent espérer infléchir les décisions en prenant part au processus
dont ils avaient été exclus (DOWDING et al., 2000), voire en imposant un changement
ou un refus des modalités techniques.
Le conflit fait partie intégrante du processus de délibération territoriale. Certaines
innovations infrastructures, choix d’occupation des sols, structures de gouver-
nance donnent naissance à des oppositions plus ou moins importantes selon les
changements proposés. Au cours du conflit apparaissent à leur tour de nombreuses
innovations, sociales et organisationnelles (constitution de nouveaux groupes d’ac-
teurs), institutionnelles (nouvelles normes ou règlements) ou techniques (nouvelles
solutions). Un processus d’apprentissage collectif, fait d’essais et d’erreurs, se met
en place, qui permet de refuser, d’amender ou d’améliorer certaines propositions,
de définir de nouveaux éléments de décision publique et de réintégrer des parties
prenantes oubliées ou lésées dans des étapes antérieures. Il contribue également à
faire renoncer l’adversaire ou à infléchir sa décision en incorporant une partie de ses
arguments, tout en maintenant le dialogue, y compris durant les phases d’opposition
les plus tendues.
- 4 -
Les mécanismes du développement territorial
Abordons maintenant les mécanismes de mise en action des deux moteurs du
développement des territoires et leurs modalités de production des innovations
territoriales. Afin de décrire le processus de développement, nous reprenons et
étendons l’analyse du triptyque exit,voice et loyalty de HIRSCHMAN (1970), qui
propose une puissante explication des modalités de coordination au sein d’un
collectif d’acteurs. Les liens aux situations et processus d’innovation territoriale
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Les moteurs du développement territorial
s’expriment ici à travers trois options possibles : la loyauté ou la coopération, la prise
de parole ou la concurrence, l’exit spatial ou la délocalisation.
4.1. Les deux catégories d’Innovations territoriales
Notre référence à l’innovation territoriale ne renvoie à aucun jugement de valeur. Il
s’agit, au sens de SCHUMPETER, d’une nouveauté, importée ou produite par différentes
composantes du tissu économique et social en réponse à des impacts exogènes ou à
des initiatives locales. Jugée positive par les uns ou défavorable par d’autres (exemple
d’une centrale nucléaire ou d’une prison), elle induit des changements dans les modes
de fonctionnement antérieurs. Qu’il s’agisse d’innovations technologiques ou de
rupture, ou de formes plus communes de nouveautés (au sens de LORETO et al., 2017)
organisationnelles, sociales ou institutionnelles, elles reposent sur des inventions,
ensuite validées par le marché, ou de nouveaux projets, qui recevront une validation
de la société pour acquérir le statut d’innovations (Tableau 1, lecture verticale). Elles
se décomposent également en deux catégories essentielles à la compréhension des
processus de développement des territoires (lecture horizontale).
Tableau 1 – Les formes d’innovations territoriales
Innovations
technologiques
et organisationnelles
Innovations sociales
et institutionnelles
Origine : inventions Origine : nouveaux
projets
Coopératives/concertatives Produites par la
coopération
Produites par la
concertation
Concurrentielles/conflictuelles Produites par la
concurrence Produites par le conflit
Les innovations coopératives ou concertatives résultent de l’acceptation par le
marché ou par la société de propositions d’innovation ou de nouveautés venues
de l’extérieur, ainsi que de la mise en œuvre de projets communs, de relations de
coopération et parfois de confiance, entre différentes catégories de parties prenantes
ou d’entreprises, qui produisent des formes nouvelles d’interactions et d’action
collective. Il s’agit :
d’innovations technologiques, avec les nouveaux processus de production au sein
des filières...
d’innovations organisationnelles, avec le développement de circuits courts ou de
process de recyclage, de SCOPs ou de chartes locales...
d’innovations institutionnelles, avec la création de structures de gouvernance,
Conseils d’arrondissement, Commission du Débat public, Schémas Régionaux de
Cohérence Écologique...
d’innovations sociales, avec les crèches partagées, les épiceries solidaires, la
microfinance solidaire ou les laboratoires d’idées...
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André TORRE
Les innovations conflictuelles ou concurrentielles émergent en réaction à des
initiatives prises par des acteurs publics ou privés, locaux ou extérieurs, qui conduisent
à des processus de mise en concurrence de différentes solutions, ou à des réactions
et oppositions à l’issue desquelles une solution est sélectionnée par la société ou le
marché. Une bonne partie des innovations technologiques met en jeu des processus
de concurrence entre firmes et/ou laboratoires, mais toutes les nouveautés ne sont
pas bien reçues ou appropriées. Elles peuvent provoquer des résistances, voire des
conflits, et être rejetées par tout ou partie des acteurs locaux. Ce constat, valide pour
les innovations techniques (cf. le cas classique de l’introduction des métiers à tisser),
l’est encore davantage pour les innovations sociales et institutionnelles, souvent
sujettes à des oppositions irréductibles. Il s’agit :
d’innovations technologiques, avec les nouveaux processus de production ou de
recyclage...
d’innovations organisationnelles, avec les nouveaux tours de tables ou les restruc-
turations des groupes de pression ;
d’innovations institutionnelles, avec les nouvelles modalités de débat public,
l’organisation de groupes de négociation...
d’innovations sociales, avec les changements de rapports de force entre groupes
d’opposants.
4.2. Fabrication des innovations territoriales par les processus
de gouvernance
La gouvernance des territoires ne se réduit pas aux formes de coopération et de
constructions communes (TORRE et TRAVERSAC, 2011). Il s ’agit plutôt d’une interaction
entre des forces qui poussent à la coopération et d’autres au conflit. Les processus de
développement territorial sont faits de phases de négociations, de collaboration ou
d’apaisement, mais également de périodes beaucoup plus animées, ou conflictuelles,
au cours desquelles certains groupes ou catégories d’acteurs s’opposent, parfois avec
virulence, pour définir la marche à suivre et les options à retenir (MELÉ, 2013). Ils
présentent ainsi deux faces complémentaires, qui contribuent à la production des
innovations territoriales et dont l’importance réciproque varie selon les périodes et
les situations (GLAZER et KONRAD, 2005).
Élaborée à l’origine pour rendre compte des réactions des consommateurs
face à une détérioration de qualité de la production d’une entreprise, l’approche
d’HIRSCHMAN peut être transposée à d’autres situations, comme celles du dévelop-
pement des territoires. L’extrapolation au cas des relations territoriales révèle que
les acteurs peuvent développer, en réaction à une initiative initiale, trois grands
types de comportements, qui donnent naissance à autant de chemins de (non)
développement (TORRE et BEURET, 2012)1.
La loyauté consiste à accepter la décision prise et à « jouer le jeu » en silence
ou à co-construire l’innovation territoriale de nature coopérative. C’est l’adhésion
aux décisions en cours, par une participation aux dynamiques et projets, voire par
l’absence d’opposition publique ou l’attente d’une sanction éventuelle par un passage
ultérieur par les urnes. Elle correspond à l’acceptation sans opposition d’un projet
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Les moteurs du développement territorial
de développement, ou à sa mise en œuvre à la suite d’un processus de concertation
réussi, voire dans lequel les opposants renoncent et préfèrent se plier à la décision
majoritaire ou des organisations les plus puissantes.
La prise de parole, ou voice, consiste à s’opposer, de manière légale ou non, à une
décision et à la contester publiquement. Les conflits sont une expression du voice,
quand tout ou partie de la population est insatisfaite des décisions ou des projets,
se sent négligée dans les négociations ou non représentée dans les structures de
gouvernance. Il peut prendre une expression individuelle, plutôt réservée aux petits
conflits, ou collective, avec élargissement de l’espace de concernement et mobilisation
contre des projets de taille importante ou impliquant une reconfiguration forte des
modalités de gouvernance territoriale (DOWDING et al., 2000). L’opposition est alors
souvent dirigée vers les pouvoirs publics, dans l’objectif de remettre en question
leurs décisions et d’influencer le processus de gouvernance (MARTINAIS, 2015).
L’exit revient à voter avec les pieds (TIEBOUT, 1956) ou à sortir du jeu, et en
particulier du territoire. Il va sans dire que cette solution de non développement
n’est pas toujours praticable ; par exemple, pour des raisons de coûts ou de prix
du foncier (il est difficile de revendre à bon prix des terrains pollués ou proches
d’une source importante de nuisances) ou d’opportunités de relocalisation. Nous
la qualifions d’exit spatial, patent dans des territoires touchés par la désertification,
l’atonie ou l’isolement économique et institutionnel, comme certains espaces ruraux
ou périphériques. Ou dans des zones de conflits si violents que toute régulation
semble impossible et recommande l’exil. Dans de telles situations, les liens ont
tendance à se déliter au niveau territorial, où à se révéler insuffisants pour contenir
la montée des tensions.
La Figure 1, dans laquelle le territoire est représenté par un ovale, illustre le mode
de production des innovations territoriales à partir de ces trois options. Les solutions,
qui correspondent à autant d’idéaux-types de comportements des acteurs, sont
conditionnées par les mécanismes coopératifs et conflictuels ou les processus d’exit
spatial. Les nouveautés peuvent être endogènes ou importées de l’extérieur, se révéler
modestes ou importantes ; les innovations seront qualifiées à l’issue du processus,
en fonction de leur réception par la société. Les chemins de développement qui
en découlent ne s’excluent pas mutuellement et peuvent cohabiter dans le temps
(TORRE, 2015). Il arrive que certains prennent le dessus et impriment un « esprit
local », plus ou moins collaboratif, atone ou conflictuel.
La situation de coopération fait reposer la dynamique des projets sur la conjonc-
tion des volontés des parties prenantes (concertation/loyauté), conduisant à la
production d’innovations concertatives. Dans le cas des dynamiques d’opposition
et de séparation (conflits/voice, exclusion) c’est l’absence d’adhésion générale à un
projet qui domine, en multipliant les options contraires et les espoirs de reconfigu-
rations. Les processus conflictuels font alors naitre des innovations conflictuelles et
de nouveaux chemins de développement suite à la révision des plans initiaux des
acteurs privés ou publics. Les mécanismes d’exclusion compartimentent des groupes
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André TORRE
particuliers et peuvent conduire à une ségrégation spatiale contribuant au morcelle-
ment des territoires. Enfin, l’impuissance à générer ou maintenir des solidarités et
des échanges - fussent-ils conflictuels peut provoquer le départ du territoire d’une
partie des acteurs (exit spatial), et l’apparition de processus d’atonie et de déprise. Le
non développement prend alors le dessus, sans production d’innovations.
4.3. Fabrication des innovations territoriales par les processus
de production
Le même exercice peut être réalisé pour illustrer le rôle joué par les relations de
production dans les processus de développement territorial, en étendant le tripode
initial aux comportements productifs. La logique de base, identique, repose sur trois
grandes figures. Les rapports de coopération entre acteurs prennent la forme du
travail réalisé en commun, des alliances et réseaux. Aux relations de concurrence entre
entreprises ou sur le marché du travail répondent les processus de délocalisation des
firmes.
La coopération entre entreprises relève avant tout d’une stratégie de mise en
commun ou d’échange de compétences et de connaissances, dans l’objectif d’un
gain productif ou la fabrication de produits communs. Les formes possibles, qui
vont du réseau d’échange technologique à l’entreprise conjointe ou à la coopérative,
en passant par les accords et alliances de différents types, font avant tout appel à
la recherche d’économies d’échelle ou à la réduction des coûts de transaction. La
coopération s’appuie généralement sur la répétition des relations et sur une défiance
réciproque et bien comprise, validée par des contrats et des accords formels, ou
sur des relations tacites. Elle peut également naitre des relations de confiance entre
acteurs appartenant à une même communauté par exemple.
Les rapports de concurrence, l’un des moteurs majeurs du capitalisme, ne sont
pas toujours exacerbés au niveau territorial, où dominent souvent les situations
d’oligopole et de monopole, excepté pour les activités de services et de commer-
cialisation, où la compétition fait rage entre différentes enseignes ou commerçants.
En revanche, les entreprises y combinent souvent relations de concurrence et de
coopération, stratégies d’alliance ou d’opposition selon les fonctions concernées
(R&D, production, commercialisation...), comme souvent relevé au sein des systèmes
localisés de production.
Les délocalisations représentent une sortie du territoire pouvant concerner l’en-
semble des fonctions d’un établissement ou seulement une partie (transfert d’un
volet de la production, d’une étape de fabrication, d’un process industriel ou d’un
service) (MESSAOUDI, 2014). Longtemps limitées à des mouvements intra-nationaux,
elles ont pris de l’ampleur avec la globalisation, en s’étendant à d’autres pays. Qu’il
s’agisse d’une cessation complète d’activité ou d’allers-retours des produits engen-
drés par la décomposition internationale des processus productifs (JENNEQUIN et
al., 2017), elles provoquent un déficit d’emplois net pour le territoire d’origine, en
particulier quand elles touchent des bassins d’emplois déjà fragiles ou spécialisés,
2018 - N°4Revue d’Économie Régionale & Urbaine 729
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Les moteurs du développement territorial
Figure 1 – Relations de gouvernance et modalités de fabrication des innovations territoriales
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André TORRE
accentuant la perte de lien au territoire et la déconnexion des relations industrielles
locales.
La Figure 2 illustre la mise en action de ces trois options dans des situations de
production. Elle présente les différentes voies de développement possibles, ainsi que
la production d’innovations technologiques et organisationnelles, qualifiées par le
marché et résultant de processus internes ou importés de l’extérieur. Ici encore ces
différents chemins ne sont pas exclusifs, voire même cohabitent comme le montre
l’exemple de la coopétition. Toutefois, la dominante de l’une ou l’autre option
va déterminer l’esprit d’un territoire, plutôt concurrentiel (une zone commerciale
avec différentes enseignes), coopératif (une grappe d’entreprises), voire franchement
déprimé (une zone industrielle soumise à des fermetures d’usines).
- 5 -
Conclusion
CHURCHILL avait raison ; la discussion, surtout quand elle prend une expression
publique, est essentielle aux sociétés démocratiques et constitue la matrice des
processus de gouvernance. Les échanges et la communication, avec les accords qu’ils
construisent, les oppositions qu’ils portent et permettent de clarifier ou de résoudre,
sont au fondement du fonctionnement des sociétés humaines. Les territoires ne
font pas exception. Discuter, élaborer, contester, y compris par l’intermédiaire des
nouveaux moyens de communication comme les réseaux sociaux, représente une
part essentielle des processus de développement territorial, et permet d’exprimer la
diversité des intentions humaines. C’est à ce prix que peut émerger et s’entretenir
le processus de destruction créatrice, avec sa dynamique, ses ambiguïtés et ses
contradictions, et que les innovations territoriales naissent des conflits et des
coopérations.
L’autre moteur du développement des territoires, l’activité productive, repose
sur les entreprises, les services privés et publics et les exploitations agricoles, qui
exploitent et génèrent les ressources territoriales. Les innovations technologiques et
organisationnelles, élaborées localement ou transférées et adaptées de l’extérieur,
induisent des modifications des structures de production, en favorisant l’apparition
de nouveaux produits, de nouvelles méthodes de fabrication ou de nouvelles
entreprises, de nouveaux rapports économiques, rendant obsolètes les anciennes
manières de faire et menaçant les emplois et structures existants. Les irréversibilités
auxquelles elles donnent naissance signent l’importance de la dimension technique
et contribuent à la réorganisation et à l’évolution des tissus socio-économiques
locaux.
Le processus de dé veloppement des territoires nait ainsi de l’entrelacs inces sant des
dimensions productives et de gouvernance, du ronron et parfois du rugissement de
ses deux moteurs. Ses dynamiques résultent de la conjonction de nombreux chemins
de développement, avec leurs avancées rapides, leurs blocages, ou leurs retours
2018 - N°4Revue d’Économie Régionale & Urbaine 731
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Les moteurs du développement territorial
Figure 2 – Relations de production et modalités de fabrication des innovations territoriales
732
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André TORRE
en arrière. Elles se révèlent propices à des mécanismes de destruction créatrice
plus ou moins puissants, qui provoquent des changements économiques, des
évolutions des mentalités, des bouleversements des structures institutionnelles et
des reconfigurations des réseaux sociaux. La complexité des processus d’innovation
impose le recours à des expérimentations locales qui, en cas de succès, pourront se
diffuser ou se reproduire ailleurs. Reste à définir jusqu’où peuvent se projeter les
dynamiques ainsi envisagée s, aux dépends des ressour ces naturelles, de la biodiversité
et de la disponibilité des sols, dans une période de changement climatique avérée.
Remerciements
L’auteur tient à remercier Claude LACOUR pour une relecture rigoureuse et
affectueuse, Danielle LAFONTAINE pour la révélation de l’article de Walter ISARD,
inspirant de nombreuses réflexions ultérieures, ainsi que trois rapporteurs anonymes
pour leurs remarques aiguisées et déstabilisantes.
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Notes
1 -
Nous leur accordons une importance équivalente, contrairement à l’approche initiale
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736
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... Territories are most often defined as social constructions based on meanings shared among social networks (e.g., through representations and rules) by interdependent individuals (Sack 1986;d'Aquino 2002). Shared representations and rules facilitate economic actors coordination and enable an alignment of individual interests (Mollard et al. 2007;Torre 2018). The dynamic integration of individual interests in shared projects contributes to a continuous evolution of territorial social networks and, consequently, of the underlying representations and rules at play within networks. ...
... In territorial approaches, the emergence of governance structure is the result of actors interactions (Torre 2015(Torre , 2018. This institutionalization process can lead to the emergence of both formal and informal governance structures that enable territorial stakeholders to overcome the uncertainty of the world they live in by facilitating sensemaking of one another's actions. ...
Article
Despite commonalities, the development of a broad range of approaches to rural development has sometimes produced hermetic language and values which is exacerbated by siloed scientific orientations. In this article, we provide a critical analysis of three popular approaches to rural development among Global North rural researchers, practitioners, and decision-makers: the community-based approach, the place-based approach, and the territorial approach. By locating the disciplinary origins and pragmatic boundaries of each approach as well as the interfaces between them, we argue that working across a potential conceptual nexus could foster collaboration among policy-makers, practitioners, and researchers alike. Our analysis points to shared interests in issues of governance, actors agency and geographical embeddedness; it highlights a shared emphasis on rural defined interests. We conclude future rural development research and practice could be rejuvenated by working at the nexus of these interfaces to achieve the goals of contemporary rural development initiatives.
... Cette intelligence se caractérise par des outils, des compétences et des capacités du territoire, parfois gérés au sein d'un observatoire de territoire dont la mission est, notamment, d'aider les acteurs à agir, à prendre des décisions et à déployer des projets (Lenormand, 2011). Tout comme ce que nous prônons depuis le début de cette revue de littérature, la notion de territoire apprenant sacralise l'intégration des acteurs et de leurs interactions comme moteur de développement (Torre, 2018). Comme le dit si bien (Bier, 2010) Historiquement, la littérature sur le champ touristique s'est, dans un premier temps appliquée aux destinations touristiques apprenantes, avant de traiter des smart destination, puis de la smart specialisation ( Figure 7). ...
Thesis
Dans un contexte de changements globaux, notamment climatiques, les territoires de moyenne montagne structurés par le tourisme des sports d’hiver sont jugés particulièrement vulnérables, et ce, depuis les années 1980. Sommés de s’adapter, ces territoires ont mis en place plusieurs stratégies, dont la diversification de leur offre touristique. Caractérisée par le développement d’activités touristiques hors ski alpin ou par l’intégration d’activités relevant de secteurs économiques autres que le tourisme, la diversification de l’offre touristique est un processus multi-acteurs et de long terme. Mais, face au poids de l’économie du tourisme des sports d’hiver sur ces territoires, des doutes persistent quant aux retombées, principalement économiques, d’une diversification de l’offre touristique. De plus, par rapport à d’autres modes d’adaptation, qui visent surtout une fiabilisation de l’enneigement afin de perpétuer l’économie du ski alpin, la diversification est plus complexe, et a peu fait l’objet d’évaluations permettant de comprendre ses contributions. La thèse se positionne dans cette problématique d’évaluation des contributions de la diversification de l’offre touristique et propose un autre référentiel d’étude, qui ne se concentre pas sur des critères essentiellement économiques et de performance des opérateurs de remontées mécaniques. En effet, nous considérons que, dans cette optique d’adaptation, notamment transformative, ce n’est pas le seul résultat économique qui importe, mais plutôt les processus de changements, les reconfigurations d’acteurs et les apprentissages collectifs et situés, liés à la diversification, qui permettent de comprendre comment sont révélées les capacités adaptatives des territoires concernés. Dans une démarche ancrée, cette thèse se base sur deux terrains d’études de moyenne montagne en Région Auvergne-Rhône-Alpes, à savoir le massif du Sancy, dans le Massif central, et le Haut-Chablais, dans les Alpes. Empruntant aux champs de la géographie économique évolutionniste, de l’économie territoriale et des sciences de gestion, cette thèse interdisciplinaire mobilise une diversité d’outils d’analyse qui donnent corps à deux grands types de résultats imbriqués. Tout d’abord, l’analyse de la diversification de l’offre touristique des deux terrains d’étude sur le long terme révèle qu’une diversité de formes de trajectoires de diversification peut coexister sur un même territoire. La recherche montre que ces différentes formes de trajectoires conditionnent la structure et le fonctionnement de systèmes touristiques diversifiés (STD), avec un STD plus abouti et fonctionnel dans le massif du Sancy que dans le Haut-Chablais. Ensuite, centrée sur les réseaux d’acteurs et leur évolution, notre recherche permet de caractériser les reconfigurations et processus qui favorisent l’émergence de territoires touristiques apprenants, évoluant le long de trajectoires plastiques. Le diagnostic de ces conditions d’émergence de territoires apprenants illustre que le massif du Sancy est le tableau de dynamiques d’apprentissages plus prononcées que sur le Haut-Chablais, et est par conséquent plus en capacité de s’adapter. Nos résultats contribuent à une plus grande compréhension des mécanismes d’évolution des territoires touristiques de moyenne montagne et apportent ainsi des éléments de réflexions dans la conduite de transitions territoriales.
... Le territoire est une autre dimension permettant de mieux comprendre le rôle et les fonctions des espaces d'innovations. La notion d'espace ne renvoie pas seulement à la spatialisation d'un processus d'innovation, mais également à un processus de territorialisation de l'innovation (Torre, 2018) qui contribue à la rendre sociale (Fontan, Klein et Tremblay, 2004). En somme, les living labs seraient ces lieux où l'innovation se fait sociale parce qu'elle s'ancre dans un territoire muni de ses dynamiques propres, de ses ressources spécifiques, et d'une potentialité d'amélioration des conditions de vie. ...
Article
The community of Hawkesbury, located in Eastern Ontario, is facing many social and economic issues. In order to find solutions to those multiple challenges, the strategic and community development officer set up a Living Lab bringing together fifteen stakeholders from different backgrounds. This co-construction process, which took place from September 2020 to November 2021, allowed the actors to identify local problems, build a common vision and imagine projects to respond to these challenges. This study, based on a participatory observation method, seeks to analyze the practices of the Living Lab through a specific dimension: the need to build a collective legitimacy in order to motivate private, citizen and public actors to implement community development projects.
Article
Territorial social innovation (IST) aims to provide innovative systemic and transformative solutions to existing and emerging complex social issues in a given territory. One of the strategies increasingly implemented by public authorities and social actors to achieve this is the establishment of public policy instruments (PPI) focused on innovation in real conditions such as Livings labs (LL). This article sheds light on the contribution of LL designed as PPI to territorial social innovation and to propose a conceptual framework to analyze and evaluate it. From an exploratory review of the literature, we first identified the characteristics of LL as PPI and then we examined the relevance of existing conceptual frameworks. Belley and Saint-Pierre’ s framework (2017b) was thus identified as a relevant guide to assess the contribution of LLs in a territory. It makes it possible to analyze the LL as a PPI and highlights the underlying logic of intervention in a territory. By combining this framework with a developmental evaluation approach, professionals will be better equipped.
Article
Port communities in the North-West of France: territorials restructuring and governance. The cases of Dunkirk, Le Havre and Nantes-Saint-Nazaire Following the 2008 port reform, the three autonomous ports on the western coast of France (Dunkirk, Le Havre and Nantes-Saint-Nazaire) became “Grands ports maritimes” (GPM). While their institutional governance subscribes to a general model, we nevertheless observe local specificities. More than the institutional dimension, the paper will analyse the decision-making mechanism and the structuring of local leaderships according to the representations of the main involved stakeholders of the three port cities. To this end, their representatives were interviewed in a serie of consultations aiming at comparing the port-city governance processes in each territory. It thus appears that the high degree of dependence on the state seems common to all three configurations. In this context, the elected leaders lead a multiscalar governance where central, deconcentrated and decentralized powers intermingle. While their games and strategies vary in the three studied case, this dynamic encourages a relationship between local power and port authority that remains unstable. Likewise, while the context of port decentralisation increases the power of the Region, it is still poorly identified by all the interviewed stakeholders. For their part, the industrial and port companies manage, more or less depending on the context, to be recognised by the institutional partners. Tensions between port authorities and port workers’ unions are added to this public/private mistrust. They vary in form and intensity according to the places studied. Finally, “away” from this governance, shipping companies seem to play a relatively solitary role.
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Given the shortcomings of decentralization in terms of the transfer of skills and resources in countries where it was introduced, innovations, especially institutional ones, can be a way out for the development of territories. Considering the relationship between urban and rural areas, we can ask ourselves how territories that seize such an opportunity can influence the course of their development. With the advances in urban-rural development, could it be possible that these innovations improve the conditions found in the countryside while strengthening those of the cities? We assume that institutional innovations based on inclusive governance promote better production of goods and services in a territory. Thanks to proximity, these institutional innovations promote economic development of several territories. In this logic, we present the case of a rural commune in southern Benin that, based on innovative inclusive governance mechanisms, has introduced other innovations as part of a project on climate change resilience. Thanks to its proximity to two urban areas, Sô-Ava has laid the foundations for its development. Through a review of literature, the article draws on the territorial innovation and proximity theories to analyse the case of Sô-Ava, highlighting innovations implemented and how they contribute to its development and beyond.
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The local structuring of an unsold product recovery sector is triggered by the networking of actors around a territorial project to Nantes. By working with project leaders, the researchers have been working for 2 years on the analysis of cooperation and the mechanisms of this local food network. Through the monograph of the SoliFoodWaste project, we develop the issues raised by the fight against food waste. The complexity of this subject invites us to understand the interactions and cooperations between actors. Through qualitative analysis and mapping, we propose to this paper on the capacity of actors to transform society.
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Cet article analyse les dimensions coopératives des processus de développement territorial et montre comment la mise en œuvre de relations de coopération contribue à leur réussite. On insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de coordination entre entreprises ou organisations productives mais plus fondamentalement de l’implication des populations et des différentes parties locales. Après une présentation de la notion de développement territorial et du rôle joué par les relations de coopération dans les systèmes localisés de production et l’Économie Sociale et Solidaire, est étudiée leur contribution à la production des innovations territoriales et des dynamiques de développement territorial.
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Résumé On a souvent le sentiment diffus d’une montée de la conflictualité liée aux usages de l’espace, laissant à penser que ces conflits occupent un rôle important dans la société française et qu’ils viennent s’immiscer dans les processus de développement en marquant une opposition déclarée à certains projets décidés par l’État, des entreprises ou des particuliers. Différentes explications sont alors avancées, parmi lesquelles la judiciarisation de la société, l’implication et le niveau d’information croissant des populations, l’égoïsme de certains groupes de riverains, la complexité croissante des actes techniques ou le manque d’espace dans certaines zones particulières du territoire comme le périurbain. Cet article a pour objectif de faire un bilan sur l’état de la conflictualité liée aux usages de l’espace en France et de porter un jugement sur les caractéristiques de ces conflits, à partir des résultats d’un programme de recherche mis en place depuis plusieurs années. La première partie est consacrée à la présentation des principales hypothèses et de la méthodologie d’étude mise en action, alors que la deuxième présente les principaux résultats appliqués et les grands invariants de la conflictualité. La dernière partie analyse l’impact de ces conflits sur les processus de gouvernance et de développement des territoires. Abstract One can often have the diffuse feeling of a rise of land use conflicts in France. It might appear that they occupy an important role and that they come to interfere in the development processes by expressing an opposition to certain projects, be there decided by the State, private companies or various citizens. Various explanations of this key position are then moved forward: the judicialization of the society, the implication of local populations and their ever increasing level of information, the selfishness of peculiar groups of local residents, the increasing complexity of the technical production actions or the lack of space in several particular territories like peri-urban areas. The goal of this article is to make an assessment about the state of land use conflicts in France and their main characteristics, based on the results of a research program set up for several years. The first part is devoted to the presentation of the main hypotheses and the methodology of the study, while the second presents the main applied results and the main features of conflict relations. The last part investigates the impact of these conflicts on the governance and territorial development processes
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This paper considers the prospects for constructing a neoclassical theory of growth and international trade that is consistent with some of the main features of economic development. Three models are considered and compared to evidence: a model emphasizing physical capital accumulation and technological change, a model emphasizing human capital accumulation through schooling, and a model emphasizing specialized human capital accumulation through learning-by-doing.
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Economists and political scientists have recently begun to study formally how conftict and the possibility of conftict affects resource allocation and economic performance.! For example, an extensive empiricalliterature suggests that conftict and political instability adversely affects economic development and that higher 2 inequality causes poor economic performance by inducing increased conftict. In this paper I argue that a serious ftaw in this research has taken too individu­ 3 alistic a view of conftict. While the approach of methodological individualism is attractive, in reality individuals act not purely in isolation, but also as part of larger social groupings and networks. I therefore try to consider how these models of conftict may be extended to this type of situation and thus attempt to place individuals within a larger social setting to see how this alters our intuitions about conftict and its economic and political determinants and implications. But what groups are relevant? Individuals belong to many overlapping and cross cutting groups in society. While traditional Marxist analysis stressed dass groupings so that workers associated with workers and capitalists with capitalists, more recent literature (see Wright, 1985) has stressed the diversity of social groupings. Rather than associate along dass lines one might associate along gender, religious, or perhaps ethnic lines. Many strands of research have show how thinking of groups in this heterogeneous way can iIluminate both economic 4 and political behavior.
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On a souvent le sentiment diffus d’une montée de la conflictualité liée aux usages de l’espace, laissant à penser que ces conflits occupent un rôle important dans la société française et qu’ils viennent s’immiscer dans les processus de développement en marquant une opposition déclarée à certains projets décidés par l’État, des entreprises ou des particuliers. Différentes explications sont alors avancées, parmi lesquelles la judiciarisation de la société, l’implication et le niveau d’information croissant des populations, l’égoïsme de certains groupes de riverains, la complexité croissante des actes techniques ou le manque d’espace dans certaines zones particulières du territoire comme le périurbain. Cet article a pour objectif de faire un bilan sur l’état de la conflictualité liée aux usages de l’espace en France et de porter un jugement sur les caractéristiques de ces conflits, à partir des résultats d’un programme de recherche mis en place depuis plusieurs années. La première partie est consacrée à la présentation des principales hypothèses et de la méthodologie d’étude mise en action, alors que la deuxième présente les principaux résultats appliqués et les grands invariants de la conflictualité. La dernière partie analyse l’impact de ces conflits sur les processus de gouvernance et de développement des territoires.
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The focus on cooperation networks between industrial and scientific actors has renewed the literature on clusters and innovation processes. This relational approach tough deserves further enquiry insofar as it has led to a somehow binary global/local approach of the spatial dynamics of innovation networks. This paper combines a relational and spatial approach of networks to study the case of the French competitiveness cluster policy. Combining social network analysis and conventional mapping of networks enables to better understand the links between the ongoing structuration of actor networks and their spatial dynamics. Through the comparative and diachronic analysis of 7 competitiveness clusters of the Provence-Alpes-Cote d’Azur region this paper enlightens the territorialization of innovation networks anchored in the same region but embedded in various industrial fields.