ArticlePDF Available

Une enquête sociolinguistique à finalité institutionnelle sur les pratiques, les représentations et la demande sociale à propos de la langue régionale en Bretagne Gallo

Authors:
UNE ENQUÊTE SOCIOLINGUISTIQUE À FINALITÉ
INSTITUTIONNELLE SUR LES PRATIQUES, LES
REPRÉSENTATIONS ET LA DEMANDE SOCIALE À PROPOS DE LA
LANGUE RÉGIONALE EN BRETAGNE GALLO
Alexandrine Mignerot et Philippe Blanchet
L'Harmattan | « Cahiers internationaux de sociolinguistique »
2018/1 N° 13 | pages 113 à 136
ISSN 2257-6517
ISBN 9782343152127
Article disponible en ligne à l'adresse :
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
https://www.cairn.info/revue-cahiers-internationaux-de-
sociolinguistique-2018-1-page-113.htm
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Distribution électronique Cairn.info pour L'Harmattan.
© L'Harmattan. Tous droits réservés pour tous pays.
La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les
limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la
licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie,
sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de
l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage
dans une base de données est également interdit.
Powered by TCPDF (www.tcpdf.org)
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
113
UNE ENQUÊTE SOCIOLINGUISTIQUE À FINALITÉ
INSTITUTIONNELLE SUR LES PRATIQUES, LES
REPRÉSENTATIONS ET LA DEMANDE SOCIALE À
PROPOS DE LA LANGUE RÉGIONALE EN BRETAGNE
GALLO1
1. DE QUOI PARLE-T-ON ?
On entend par Bretagne gallo ou Haute Bretagne2 l’ensemble de la zone
linguistique romane et non celtique de la Bretagne historique qui comprend,
à l’est de la Bretagne historique, les départements actuels que sont l’Ille-et-
Vilaine, la Loire-Atlantique, les moitiés est des Côtes-d’Armor et du
Morbihan. Le gallo est une langue romane issue du latin populaire en contact
avec le gaulois (langue celtique) puis le breton (autre langue celtique),
relevant de l’ensemble gallo-roman septentrional aussi appelé « d’oïl ». Dans
cet ensemble, si l’on veut se représenter la « physionomie » du gallo, on
trouve d’autres langues, comme le picard, le chtimi, le poitevin, ou le
français, qui ressemblent plus ou moins au gallo3. La plupart des gens, y
compris des locuteurs et locutrices, comme le gallo par le terme patois,
comme dans de nombreuses situations françaises. Le terme gallo, emprunté
au breton où il sert à désigner ce qui relève de la Bretagne non bretonnante,
est connu dans la zone de contact avec le breton, utilisé par les institutions et
les promoteurs de cette langue pour éviter les connotations potentiellement
très péjoratives du terme patois, et, on le verra, progressivement plus
répandu et compris.
1 Alexandrine Mignerot et Philippe Blanchet, PREFICS EA 7469, université
Rennes 2 Haute Bretagne, alexmignerot@gmail.com / philippe.blanchet@univ-
rennes2.fr
2 Dans l’Ouest de la France, on désigne traditionnellement l’ouest par la notion de
haut et l’est par la notion de bas, en se fondant sur le mouvement apparent du soleil,
au point qu’en Bretagne, autrefois, les cartes étaient positionnées avec l’est en haut
et l’ouest en bas. Le sud et la droite d’une part, le nord et la gauche d’autre part,
étant associés dans diverses dénominations et croyances (Diaz, 2018).
3 On peut consulter aussi, par exemple, http://www.cndp.fr/crdp-
rennes/crdp/crdp_dossiers/dossiers/gallo/langue/accueil.htm et
http://institutdugalo.bzh/fr/accueil/
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
114
Carte 1 : aires géolinguistiques de Bretagne (Walter, 1994, 95).
Dans la carte ci-dessus, les diverses lignes indiquent les limites orientales
d’extension d’usages collectifs de la langue bretonne (dont la toponymie
porte une trace forte). La zone hachurée représente une zone où ces usages
du breton ont été finalement presqu’entièrement remplacés par des usages du
gallo. La zone comprise entre la ligne en pointillés la plus à l’ouest et la
frontière politique historique de la Bretagne à l’est, est celle où le gallo est
principalement en usage. La zone de transition bordée par les lignes établies
en 1886 par Sébillot à l’est et en 1941 par Panier à l’ouest, reste caractérisée
jusqu’à aujourd’hui par des usages bilingues breton-gallo. Il y a d’ailleurs
toujours eu des usages ponctuels de chacune des langues de Bretagne dans la
zone d’usage principal de l’autre langue (d’où des emprunts au gallo en
breton et en français de Basse Bretagne et des emprunts au breton en gallo et
en français de Haute Bretagne). La diffusion du français comme langue
dominante entre le XVIe et le XXe siècle, d’abord à l’écrit puis à l’oral,
d’abord dans les villes et les classes dominantes puis beaucoup plus tard
dans le monde rural et les classes populaires, a transformé l’organisation
sociolinguistique de la Bretagne et ceci de façon radicale au cours du XXe
siècle.
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
115
2. UNE COMMANDE INSTITUTIONNELLE
En 2006, le laboratoire PREFICS de l’université Rennes 2 a réalisé, à son
initiative et avec le soutien de la région Bretagne ainsi que de l’Observatoire
des Pratiques Linguistiques de la Délégation Générale à la Langue Française
et aux Langues de France (ministère de la Culture), une première enquête sur
les pratiques et les représentations de la langue régionale en Haute Bretagne.
Cette enquête pionnière faisait, pour la première fois, et selon une méthode à
dominante qualitative adaptée à son sujet, un point sur la situation du gallo.
Ses résultats, qui montraient une situation du gallo beaucoup plus complexe
et beaucoup moins déliquescente que présupposé par les discours circulants,
ont été, depuis, confirmés sur plusieurs points par d’autres enquêtes réalisées
selon une méthode différente, quantitative et beaucoup moins détaillée1. Les
résultats de cette enquête ont fait l’objet de publications diverses à
destination de divers publics2, en plus du rapport de recherche remis à la
Région. Ils ont ainsi constitué l’un des diagnostics sur lesquels ont été
construites des actions de politique linguistique, éducative et culturelle,
associative ou institutionnelle, en relation avec le gallo. Cette enquête a
également posé des principes méthodologiques spécifiques pour l’évaluation
par enquête de la situation d’une variété linguistique en situation de forte
minoration, qui, depuis, ont été plusieurs fois repris. On retrouve des choix
similaires par exemple dans l’étude FORA (« Francoprovençal et Occitan en
Rhône-Alpes »), réalisée en 2009 pour la Région en question par un
groupement de laboratoires universitaires de Lyon (Bert et Costa, 2009).
A partir de 2013, la Région Bretagne a plusieurs fois émis le souhait de
commander une nouvelle enquête sur la situation du gallo pour éclairer ses
projets de politique linguistique incluant de plus en plus le gallo (jusque là
globalement délaissé) aux côtés du breton, langue fortement soutenue pour
son caractère emblématique par la Région et de nombreuses autres
collectivités territoriales de Bretagne. À partir de 2014, la Région a
développé une inclusion explicite et accrue du gallo dans sa politique
linguistique désormais trilingue (breton-gallo-français), notamment par un
projet d’affichage trilingue dans ses locaux et documents. Une commission
1 Enquête 2013 de l’Observatoire sur les stratégies d'information des jeunes
Bretons du CRIJ Bretagne (en ligne sur http://www.ij-
bretagne.com/img_bzh/enquete2013.pdf) et enquête TMO-Ouest pour Bretagne
Culture Diversité de 2014 en ligne sur http://www.bcd.bzh/fr/les-resultats-du-
sondage-bcd-en-ligne/.
2 Blanchet, Ph. et Le Coq, A., 2008 « en est le gallo ? Résultats d’enquêtes
réalisées à l’université de Haute Bretagne », dans Autour du gallo : état des lieux,
analyses et perspectives, Cahiers de Sociolinguistique n° 12, Rennes, Presses
Universitaires de Rennes, p. 11-29 ; Blanchet Ph. et Le Coq, A., 2008, « Où en est
aujourd’hui la pratique du gallo ? », revue Bretagnes n° 11, p. 72-75.
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
116
terminologique y a travaillé, et le PREFICS y a été associé, notamment pour
la réalisation en 2015 d’une enquête de réception de la terminologie élaborée
(Marchadour et Blanchet, 2015). Le Conseil Culturel de Bretagne (2015)
s’est saisi de l’ensemble de ces informations pour élaborer des
préconisations de politique linguistique, dans la cadre de la politique
linguistique de la Région1.
Suite à cette enquête, la Région a décidé fin 2015 de confier au PREFICS
et de financer la réalisation en 2016 d’une grande enquête sur le modèle de
celle de 2006, afin de comparer la situation du gallo dix ans plus tard et
d’évaluer ses évolutions, en y ajoutant un volet sur la demande sociale afin
d’éclairer la Région sur sa politique linguistique en faveur du gallo.
L’enquête a été élaborée et réalisée au cours du printemps 2016, sous la
direction de Philippe Blanchet. L’équipe d’enquêteurs et enquêtrices a été
pilotée par Clément Ferré, diplômé en sociolinguistique et doctorant au
PREFICS. Le dépouillement des enquêtes a été effectué par Alexandrine
Mignerot, titulaire d’un master de sociolinguistique, recrutée comme
ingénieure d’études pour ce projet par le PREFICS. Les analyses ont été
réalisées par A. Mignerot et Ph. Blanchet2.
3. MÉTHODE DENQUÊTE ET DE RESTITUTION
Les principes méthodologiques, posés dès la première enquête réalisée en
2006 (Blanchet Ph. et Le Coq A., 2006), permettent d’articuler l’analyse des
attitudes et des représentations au regard de la demande sociale (nouvel
aspect de cette enquête). En effet, l’étude de l’aire gallésante s’envisage à
l’aune des processus de minoration (qualitatifs) et de minorisation
(quantitatifs) qui la caractérisent (Blanchet Ph., 2005 et 2012). Les
différentes pratiques langagières de la Haute Bretagne sont inégalement
considérées (Manzano F., 1996 ; Angoujard et Manzano, 2008), c’est
pourquoi leur examen implique de prendre en compte la potentielle
stigmatisation perçue par les locuteurs les conduisant à sous déclarer, voire
taire leurs pratiques. Par conséquent, la trame d’entretien interroge très
progressivement les pratiques locales perçues, les discours métalinguistiques
et pour finir explore, de façon méthodique, une demande sociale elle-même
travaillée par la triglossie bretonne dans laquelle le gallo est doublement
minoré par le français et par le breton.
1 http://www.bretagne.bzh/jcms/JB080117_6202/fr/langues-de-bretagne
2 La Région Bretagne a commandé en 2018 une enquête quantitative sur les
pratiques du breton et, pour la première fois, du gallo, à un institut de sondage
(TMO Ouest). Le PREFICS participe aux comités technique et de pilotage de cette
enquête avec le CRBC (Centre de Recherche Bretonne et Celtique des universités
Rennes 2 et de Brest).
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
117
Un questionnaire semi-directif a été proposé aux participant·e·s sous
forme d’entretiens individuels, ou en petits groupes et/ou par écrit, à la
préférence des témoins1. Des tranches d’âges ont été constituées en fonction
de grandes périodes du contexte sociolinguistique : né·e·s avant 1960
(pratiques linguistiques régionales attestées et prédominance du monde
rural), né·e·s entre 1960 et 1980 (transition vers davantage d’urbanisation,
forte chute de la transmission des parlers locaux et forte réduction de la
pratique des langues régionales en Bretagne), né·e·s de 1980 à 2002,
(réduction accrue de la pratique des langues régionales, forte prédominance
du monde urbain et début de reconnaissance relative de ces langues), et
né·e·s après 2002 (témoins mineurs, développement de la politique
linguistique régionale en Bretagne, relégitimation du breton, progression
vers une meilleure reconnaissance des langues régionales et minoritaires en
Bretagne et en Europe, légitimation du « patrimoine immatériel », brouillage
des clivages rural / urbain).
Les questionnaires ont été diffusés de façon aléatoire par l’équipe de
recherche, par les principales associations qui travaillent à la promotion
sociale et culturelle du gallo, ainsi qu’en en ciblant particulièrement un
public venu assister à la « Fête de la Gallésie » en juin 2016 à Monterfil
(public ayant un intérêt potentiel pour le gallo) et un lycée agricole du nord
de Loire-Atlantique (public de jeunes ruraux). Au final, 149 questionnaires
ont été retenus selon le principe de saturation de l’information, soit
sensiblement le même nombre qu’en 2006 (138 témoins). L’ensemble des
classes d’âges et des milieux sociaux y est représenté.
Les résultats de l’enquête ont été présentés oralement dans deux vastes
réunions au Conseil régional de Bretagne réunissant des élu·e·s, des
responsables administratifs et des représentant·e·s du monde associatif. Ils
ont également été remis sous la forme d’un long rapport écrit. Dans les trois
cas, nous avons utilisé de nombreux graphes quantitatifs commentés. Il y a
en effet une attente forte d’informations sous une forme quantitative de la
part de l’institution et du grand public. Il n’en demeure pas moins que, pour
nous, l’essentiel de l’information est qualitative. C’est d’ailleurs le choix que
nous avons fait ici, en réduisant le quantitatif, qui souvent peu significatif, et
en développant le qualitatif qui l’est beaucoup plus.
1 Le protocole d’enquête est donné en annexe.
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
118
4. COMMENT ENQUÊTER SUR LA « DEMANDE SOCIALE » EN CONTEXTE
DHÉGÉMONIE SOCIOLINGUISTIQUE ?
Un aspect spécifique de cette nouvelle enquête mérite d’être présenté de
façon plus détaillée : la question de la demande sociale. Nous avons élaboré
pour la traiter deux points de méthode adaptés au contexte sociolinguistique
tel que nous le connaissons. L’un a consisté à viser, parmi l’ensemble des
témoins, des témoins déjà sensibilisés à la question du gallo et des
expressions culturelles gallésantes ou apparentées en Haute Bretagne, afin de
prendre en compte une partie de la population qui a potentiellement des
demandes spécifiques à propos du gallo. Il s’agit de mettre en relief les
demandes légitimes d’une minorité à la fois minorée (qualitativement) et
minorisée (quantitativement) que le jeu habituel d’une sorte de
« démocratie » réduite, exclusivement quantitative, prive mécaniquement de
l’expression de ses droits linguistiques et culturels.
Pour cela nous avons diffusé le questionnaire au sein des principales
associations qui travaillent à la promotion sociale et culturelle du gallo. Nous
avons également distribué des questionnaires aux personnes, pour la plupart
non militantes et souvent plus intéressées par la musique et la danse que par
la langue, venues assister à la fête de la Gallésie en juin 2016 à Monterfil.
L’autre élément de méthode a consisté à faire précéder les questions portant
sur la demande sociale par un texte bref affirmant un point de vue original
sur les droits linguistiques, afin de fissurer l’hégémonie de l’idéologie
linguistique monolingue vouée à la survalorisation du français et de rendre
possible l’expression de demandes alternatives. Il s’agissait effectivement
que les témoins puissent éventuellement exprimer des avis divergents ou
contraires par rapport au discours hégémonique qui, parce qu’il est
hégémonique, exclut a priori toute alternative et se trouve massivement
repris par les dominés eux-mêmes à qui les instances dominantes (l’école,
les médias, les politiques, les détenteurs du pouvoir) ont inculqué
l’acceptation de cette domination. Sous le schéma « il y a des gens qui disent
que... » ont ainsi été présentées aux témoins deux déclarations, l’une de
l’UNESCO (issue de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle),
l’autre de discours ordinaires ou militants affirmant un statut
sociolinguistique valorisant du gallo (voir protocole d’enquête en annexe).
5. NOMMER LA LANGUE : « GALLO » ET « PATOIS »
Afin d’éviter, tant que possible, les sous déclarations provenant des
hésitations entre les termes gallo et patois dans les désignations du parler
local par les témoins, les questions n’induisent pas une dénomination et sont
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
119
volontairement ouvertes : on y recueille la dénomination utilisée par le
témoin et on la reprend tout au long de l’enquête individuelle1. À l’instar de
l’enquête de 2006, c’est le terme patois qui est le plus répandu avec 75
occurrences récoltées (soit 50% des répondants) dont 4 seulement précisent
les patois ou des patois (52,8% en 2006). Ce sont les femmes citadines de
+56 ans qui utilisent le plus le terme patois, voire l’opposent au terme gallo
(qui, pour elles, désignerait autre chose de façon floue) ou ne l’évoquent pas,
tandis que dans ce groupe d’âge, les hommes citadins et ruraux utilisent
sensiblement les deux termes dans les mêmes proportions et pour désigner la
même chose. La dénomination gallo apparait davantage mobilisée que
durant l’enquête de 2006 mais reste moins utilisée que le terme patois. Dans
60% des réponses, les deux termes sont cités indépendamment et la moitié
du temps ils sont distingués.
- « le patois et le gallo se sont deux choses tellement différentes » (témoin
F, 62 ans),
- « le patois [...] appelé aujourd’hui gallo » (témoin H, 56 ans).
Le terme patois est davantage utilisé dans le Morbihan, la Loire-
Atlantique et l’Ille-et-Vilaine où il est parfois explicitement valorisé, par
exemple à Fougère (à l’est de la Haute Bretagne). Contrairement aux jeunes
témoins de 2006, les enquêtés les plus jeunes ne vivent pas tous en Haute
Bretagne et n’ont pas de cours de gallo sur leur lieu de formation en Loire-
Atlantique. Ils déclarent être en contact avec une pratique qu’ils nomment
patois dans le cadre de leur établissement de formation agricole (le terme
gallo n’est pas ou que très rarement utilisé en Loire-Atlantique).
Les témoins qui distinguent les termes gallo et patois opposent plusieurs
caractéristiques qui seraient propres à chacun : le gallo serait une langue
tandis que le patois serait un dialecte, le patois ne se lirait ni ne s’écrirait
tandis que le gallo pourrait s’écrire et se lire, le gallo serait le patois des
villes, le patois ne se parlerait que dans l’entre-soi, etc.
Les deux dénominations ne sont pas investies de la même valeur affective
ou linguistique. Le terme gallo est très peu souvent connoté affectivement,
patois semble l’être davantage. En revanche, patois n’est jamais accompagné
du terme « langue » tandis que les termes gallo, breton et français le sont. Et
lorsqu’un statut linguistique est refusé au breton, il l’est aussi au gallo « non
ils parlent bien français, non, pas de breton ici ni de gallo » (témoin H, 71
ans). Comme dans l’enquête de 2006, seuls les témoins qui déclarent des
compétences actives ou passives en gallo attribuent à ce dernier le statut de
langue. Par ailleurs, les témoins et les informatrices qui utilisent
1 Dans ce texte, nous avons choisi d’utiliser gallo plutôt que gallo / patois, sauf
bien sûr dans les citations des témoins.
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
120
préférentiellement la dénomination gallo, citent le cadre associatif comme
contexte d’acquisition de la langue de Haute-Bretagne, qui est un contexte
de transformation méliorative des représentations.
Le contexte le plus favorable à l’utilisation du terme patois est clairement
situé en milieu rural. Néanmoins le terme gallo n’y est pas systématiquement
absent ou rejeté. Les témoins qui vivent dans une zone rurale mais dont
l’activité professionnelle se déroule dans une zone urbaine ou suburbaine
utilisent presque autant le terme gallo que le terme patois. Le « parler local »
reste en majorité associé au monde rural mais la distinction rural / urbain a
beaucoup perdu de sa pertinence, puisque les liens quasi permanents avec les
deux espaces sont très fréquents pour une grande majorité de nos témoins.
6. LANGUE DE LA CONVIVIALITÉ, DU MONDE RURAL ET DES « ANCIENS »
Le protocole d’enquête suit une progression qui n’interroge pas
frontalement la personne sur ses propres pratiques linguistiques pour
contourner les effets de la honte potentielle d’admettre utiliser une variété
linguistique fortement péjorée et péjorante : on interroge ainsi d’abord sur
l’environnement sociolinguistique du témoin.
98 témoins répartis de façon égale dans l’ensemble des groupes d’âge,
soit 65%, déclarent entendre parler gallo près de chez eux, dans leur famille
ou sur le lieu de travail/formation. Le gallo reste donc relativement bien
présent dans l’environnement sociolinguistique de nos témoins. Il est lié au
monde agricole pour 60% d’entre eux. 15% des témoins rencontrent aussi le
gallo dans le monde associatif et éducatif. Les « conteurs » (cités par 25%
des témoins) sont mentionnés comme intermédiaires entre monde rural et
monde associatif-éducatif. Ce sont toujours les « anciens » qui sont les plus
cités comme locuteurs de gallo (75%). Mais les jeunes sont également
mentionnés, notamment par des témoins qui travaillent en zones rurales et
qui sont probablement davantage en contact avec des pratiques langagières
que d’autres ne soupçonnent pas. On note que l’appellation patois, refusée et
très peu usitée par les militants, est majoritaire de loin dans les propos tenus
sur cette question, ce qui tend à montrer que ce n’est pas un discours à
dominante militante qui affirme que le gallo est parlé dans l’environnement
des témoins.
La majorité des personnes interrogées note que la pratique du gallo relève
de connivences et de proximités dans les relations humaines (famille, amis,
voisins). Chez les plus jeunes notamment, qui n’apprennent pas le gallo dans
leur lycée de formation, le gallo ne se parle qu’entre camarades,
essentiellement pour rire et plaisanter. Pour les témoins et informatrices du
groupe des -34 ans, le gallo s’entend autour d’une histoire racontée par leurs
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
121
grands-parents ou d’une chanson mais très peu avec leurs parents. La
majorité des témoins ne déclarent pas de différences dans l’utilisation du
gallo entre les hommes et les femmes. Ceux qui déclarent une différence
disent que les hommes utilisent plus souvent le gallo que les femmes.
Lorsque les témoins déclarent avoir des compétences de compréhension
ou de production ainsi que pour leurs parents et leurs grands-parents,
entendre l’idiome local est particulièrement un plaisir « on se sent mieux
d’entendre parler sa langue pour moi toujours » (témoin, 78 ans, Acigné).
Ils/elles expriment une appartenance familiale, culturelle et territoriale. En
revanche c’est un sentiment de gêne, de frustration ou d’ostracisme qui est
évoqué par les personnes qui ne déclarent aucune pratique active ou passive.
7. AFFECTS ET EMBLÈMES
Entendre parler gallo est particulièrement un plaisir pour les témoins qui
déclarent leurs compétences passives et actives et celles de leurs parents et
de leurs grands-parents :
« on se sent mieux d’entendre parler sa langue pour moi toujours »
(témoin F, 78 ans, Acigné)
Autant de témoins du groupe a (-18 ans) disent ressentir du plaisir que de
la gêne. Moins de témoins qui se réfèrent au terme gallo disent ressentir de
la gêne ou un sentiment d’exclusion lorsqu’ils entendent parler gallo que
ceux qui se réfèrent à la dénomination patois. Presque deux fois plus
d’hommes que de femmes disent ressentir du plaisir à l’écoute du gallo,
l’une d’elles, qui vit en territoire rural, se dit « émue ». Le sentiment d’une
appartenance culturelle ou territoriale est évoqué par la même proportion
d’hommes et de femmes. Ce sont les témoins les plus âgés qui sont les plus
nombreux à dire aimer entendre le gallo. Dans ce groupe, les témoins qui ne
déclarent aucune pratique active ou passive ressentent tous une gêne ou un
sentiment gênant d’incompréhension excepté une informatrice qui dit être
« attentive » à l’écoute du parler. C’est dans le groupe b (19-36 ans) que les
sentiments négatifs sont les plus explicités, uniquement par les témoins qui
disent ne pas comprendre la langue, en évoquant le sentiment d’un manque
culturel lié à leur méconnaissance de la langue, un sentiment d’exclusion, de
frustration ou bien encore d’étrangeté.
8. LE GALLO À LÉCOLE ?
La majorité des participant-e-s (71%) déclare savoir que le gallo est
étudié à l’école et 23% pensent qu’il ne l’est pas assez. Les plus âgés
l’ignorent le plus souvent. Ce sont les témoins du groupe b (19-36 ans) qui
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
122
résident dans les zones urbaines qui disent le plus souvent que le gallo est
parlé à l’école. Aucun des témoins qui ont transmis des compétences actives
en parler local à au moins un de leurs enfants ne déclare que ses enfants ont
étudié le gallo à l’école. Pour les témoins qui distinguent le gallo du patois,
l’un serait étudié (le gallo) mais pas l’autre (le patois). Pour deux témoins, le
gallo serait étudié dans des « écoles spécialisées » uniquement et l’un d’eux
cite les « Écoles Diwan » (écoles associatives immersives en breton). Les
occurrences « secondaire » ou « collège » sont accompagnées du terme
« option » dans trois quarts des cas environ. La perception de la place du
gallo dans l’éducation, très faible, reste floue.
9. LE GALLO À LA RADIO ?
Ce sont les plus anciens et les adultes d’âge mûr qui écoutent le plus les
programmes en gallo à la radio. Ce sont davantage les témoins qui vivent en
zones urbaines et suburbaines qui évoquent les quelques radios ou
programmes en gallo : ils citent le plus souvent « Plum’FM » et « Radio
France Armorique », des « chaînes spécialisées », « Internet » et surtout les
humoristes comme « Roger le Contou et Fred le Disou » qui ont tenu très
longtemps une chronique en gallo sur France Bleu Armorique (aujourd’hui
reprise par Thiophile et la Boudette1).
10. LES PRATIQUES DÉCLARÉES, VARIABLES ET EN DIMINUTION
CONSTANTE
Les témoins qui déclarent des compétences déclarent davantage de
compétences de compréhension (56%) que de compétences d’expression
(44%), de même pour les compétences de leurs parents et de leurs grands-
parents. 80% des personnes qui déclarent une pratique du gallo citent le
contexte familial comme contexte principal d’acquisition du parler local et
40% citent la sociabilité proche (amis, voisins) comme contexte secondaire.
En famille, la transmission se fait plus souvent avec les grands-parents
qu’avec les parents pour l’ensemble des groupes d’âge enquêtés. Pour
l’ensemble des catégories socio professionnelles, on observe une chute des
pratiques déclarées des parents des témoins. Ce sont les étudiants et les
lycéens qui évoquent le moins les pratiques de leurs parents par rapport à
celles de leurs grands-parents (et les leurs !). Les 37-55 ans déclarent
d’ailleurs avoir très peu transmis le parler local à leurs enfants même
lorsqu’ils/elles déclarent des compétences actives en gallo. La moitié des
1 On peut écouter ces sketches sur https://www.francebleu.fr/emissions/tiophile-et-
la-boudette/armorique
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
123
témoins les plus âgés déclarent que les locuteurs les plus vieux ont appris la
variété locale dans leur famille mais que les plus jeunes l’ont appris à
l’école, cependant les plus jeunes ne citent que peu ou pas l’école comme
contexte d’apprentissage du gallo.
Les pratiques déclarées par les témoins et les informatrices sont très
majoritairement orales. En ce qui concerne l’expression, le spectre se déploie
de « jamais » à « tous les jours » et de « quelques mots » ou « quelques
expressions » à « couramment ». L’ensemble des témoins dont au moins un
des grands-parents et un des parents parle ou parlait gallo déclare des
compétences d’expression et de compréhension en gallo, seulement deux
informatrices dont les parents et grands-parents parlaient gallo disent
connaitre et comprendre quelques mots sans jamais les utiliser (informatrice,
34 ans, Saint-Brieuc) ou « ne plus le parler » (informatrice, 50 ans, Bain-de-
Bretagne). On constate une chute importante de la pratique « dans la vie de
tous les jours », « ils parlaient plus gallo que français », « tout le temps » (2
témoins, 2 parents, 8 grands-parents) au profit de pratiques plus ponctuelles :
« plaisanter », « expressions », « quelques mots », dont on trouve une
majorité d’occurrences, 20 pour les témoins, 19 pour les parents, 13 pour les
grands-parents.
« C’est leur langue maternelle » (témoin H, 67 ans, Rennes) ; « ma
grand-mère paternelle, un peu mon père (quand il acceptait…) » (témoin H,
60 ans, Messac, 35) ; « Ils [parents] ne parlent pas, […] mal vu donc ils
évitent » (témoin F, 48 ans, Rennes) ; « Ils [grands-parents] essayaient de
pas le faire [parler gallo] » (témoin F, 30 ans, Gévezé, 35) ; « ils parlent
entre eux […] c’était interdit » (témoin H, 56 ans, Lusanger, 44).
Il apparait ainsi que le discours largement dominant affirme une chute
massive mais qu’il n’y a pas un arrêt total de la transmission de compétences
en gallo aux jeunes, y compris en termes de compétences de réception. En
effet, une forme ponctuelle et spontanée de maintien des pratiques est bien
présente, et de façon inattendue chez les jeunes, sur leur lieu de formation en
Loire-Atlantique, essentiellement « pour rire et plaisanter ».
On met ainsi le doigt sur des contradictions intéressantes entre les
déclarations des un·e·s et des autres :
- Alors que les témoins ont majoritairement déclaré constater une absence
ou quasi absence des pratiques langagières de variétés locales chez les jeunes
(aucun témoin du groupe des plus de 57 ans, par exemple, ne cite « jeunes »
comme locuteurs possibles), les résultats montrent une forme de maintien
des pratiques chez les jeunes.
- Alors que ce sont surtout les grands-parents des témoins qui sont
déclarés utilisateurs de la langue locale, ce sont les 37-56 ans qui déclarent le
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
124
plus eux-mêmes et elles-mêmes parler gallo quotidiennement même
s’ils/elles déclarent des compétences actives peu variées.
Le chant est l’occasion la plus souvent citée d’entendre le parler local
juste avant les contes (pratiques perçues comme à la fois familiales et
événementielles) et les anecdotes, spécifiquement attachées aux pratiques
des parents ainsi que les « histoires du passé » quant à elles associées aux
pratiques des grands-parents.
Une minorité des témoins (30% de ceux qui déclarent une compétence
active en gallo, soit 20% du total des témoins, beaucoup plus que dans la
population en général1) déclarent lire et/ou écrire en gallo. L’écriture est
essentiellement utilisée afin de rédiger des courriers électroniques (qui
s’apparent à des formes d’oralité) ou afin d’élaborer des supports militants,
associatifs ou culturels. Les ouvriers et les employés déclarent très peu écrire
le gallo. Ce sont les professions intellectuelles où l’on trouve le plus de
scripteurs (surtout des enseignant·e·s) et les professions intermédiaires parmi
lesquelles on trouve le plus de lecteurs et de lectrices. Il s’agit bien sûr de
tendances analogues à ce qu’on trouve à propos du français, renforcées ici
par la rareté de l’écriture du gallo. C’est le groupe d (+ de 57 ans) qui
comporte le plus grand nombre de lecteurs et de scripteurs. Ceci est à mettre
en relation avec la part des militant-e-s de la vie associative (souvent des
retraité·e·s) dans cette classe d’âge et donc parmi ceux et celles qui lisent et
qui écrivent en gallo. Les habitudes de lecture du type de supports publics où
l’on trouve du gallo écrit (presse locale, plutôt fréquentée par les classes
d’âge adulte et vieillissantes) renforcent probablement cette tendance.
11. TRANSFORMATION PERÇUE DES PRATIQUES
L’exode rural, l’urbanisation, les carences de la transmission familiale, le
vieillissement de la population (donc du vivier principal des locuteurs et
locutrices), l’école par sa politique glottophobe et la concurrence d’autres
langues économiquement ou culturellement plus valorisées (français,
anglais, breton) sont les raisons pour lesquelles plus de la moitié des témoins
et des informatrices pensent que le gallo est parlé « moins qu’avant ». Cette
diminution perçue des pratiques est accompagnée d’un sentiment de perte
culturelle et patrimoniale dommageable dont la préservation est nécessaire
voire urgente. Un très petit nombre seulement pense que la disparition du
gallo est « utile » ou « une bonne chose ».
1 Notre enquête de 2006, confirmée par des enquêtes quantitatives (cf. supra),
donnait environ 5% de locuteurs et locutrices dans la population bretonne, soit
200.000 personnes et 10 fois moins que dans la population ciblée ici.
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
125
Les témoins qui distinguent les termes patois et gallo déclarent que le
patois (qu’ils/elles perçoivent comme rural et/ou populaire) est moins parlé
qu’avant tandis que le gallo (qui serait parlé et enseigné en ville) l’est
davantage qu’avant.
Pour 77% des participants à l’enquête qui ont déclaré des compétences
actives en gallo, connaître l’idiome régional aide à apprendre d’autres langues.
Le gallo est ici perçu comme permettant des enrichissements plurilingues.
12. CONTACTS DE LANGUES ET FRANÇAIS LOCAL
Un des éléments importants de la problématique d’identification et
d’individuation du gallo est, depuis la francisation de la Bretagne, la
présence d’un continuum allant, pour reprendre la terminologie créoliste tout
à fait adaptée ici, d’un gallo basilectal à un français acrolectal à peine
marqué régionalement (chez les jeunes urbains surtout), en passant des
formes mixtes (mésolectales) sur tous les plans (phonétique, lexical,
morphologique, syntaxique...). Certaines de ces formes sont suffisamment
stables et répandues chez les non gallésant·e·s pour être envisagées comme
constituant un français régional (Blanchet et Walter, 1999). C’est un
phénomène bien attesté et qui a déjà été étudié en domaine d’oïl (une
référence est le travail de M. Auzanneau (1995) sur le poitevin).
77% des témoins déclarent la présence de la variété locale dans le
français usuel dans l’ensemble des catégories sociolinguistiques. Un seul
témoin (groupe d, 44) relève la présence du gallo dans les conjugaisons en
français (qui est pourtant un trait stéréotypique, notamment les passés
simples usuels en -i comme i couri, a coupi « il couru, elle coupa). La
majorité de ces témoins parle d’un « mélange ». Ils sont autant de témoins à
évoquer des pratiques quotidiennes que ponctuelles. Tous les témoins qui
priorisent la dénomination gallo à celle de patois déclarent la présence et
l’utilisation de mots de gallo dans le français usuel à l’exception d’un. Ce
sont tendanciellement les témoins qui priorisent la dénomination patois qui
répondent davantage par la négative à la question 2.8. portant sur les
contacts de langues.
Les exemples de ces mélanges, hors contextes, sont difficiles à faire
émerger. Ils sont de toute façon peu identifiés par les locuteurs et les
locutrices, par exemple :
« Je sais pas si c'est du patois / quand je rencontre des gens d'autres
régions je me rends compte qu'eux ne l'utilisent pas donc je me demande si
c'est du patois / du français régional ou autre dans le sens où c'est toujours
en rencontrant des gens d'ailleurs qu'on se rend compte des différences /
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
126
déjà te donner une définition précise de la langue que je parle... »
(informatrice, 23 ans, Saint-Herblain, 44).
Une autre locutrice n’en donne pas, au motif de « ne pas savoir les
orthographier » (témoin F, 30 ans, Rennes).
Les témoins sont peu nombreux à donner des exemples de prononciations
venues du gallo/patois. Quand ils et elles en proposent, c’est presque
toujours le son [œ] (voir ci-dessous), des diphtongues (coutiao [kutiaw]
« couteau »), le r présenté comme « inversé »1 (Bërtègne = « Bretagne »). Ce
Ce sont surtout des exemples lexicaux qui sont donnés. Dans les tableaux
suivants nous avons rassemblé les exemples lexicaux cités plus de 3 fois par
les témoins (mais on observe que ces exemples comportent également des
particularités phonétiques emblématiques). Nous avons conservé les
graphies proposées ou utilisées par les témoins.
1 Les formulations employées révèlent souvent une comparaison implicite avec le
français posé comme référence (ainsi tourjou présenté comme « une inversion » par
rapport au français toujour(s), alors que bien sûr on pourrait tout à fait dire les
choses en sens inverse ou ne pas comparer)
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
127
1 Mot de renforcement, réputé localement être emprunté au breton.
2 Astour = « maintenant »
3 Ya, Yan = « oui », emprunt au breton.
4 Nenni, nounna = « non » ( Forme proche nann en breton).
5 Fermer (une porte).
6 « tout à l’heure », « une autre fois », sert aussi à dire « au revoir ».
7 Vantië, vantié = « peut-être ». NB : le ë gallo (proche du [œ] français mais peu
labialisé) est un des emblèmes phonétiques du gallo, notamment dans les
équivalences avec les mots français similaires prononcés en [e], comme dans caosë
[kawzœ] correspondant aux mots français causer [koze] et parler (sens et usages).
8 « sieste »
9 « aujourd’hui »
Exemples Nb de
mentions
Dame1 / dam / dam’ / Bin dam’ oui / dam oui / dam astour2 /
dam’ Ya3 / Am vai / Am mouais
14
Ya / Ja / Ian / yan / 9
nenni / nounna4
Asteur / asstour / a c’heure / assteur / aster / astour 7
Crouiller / clancher / clencheu / clencher5
Clancher la porte / crouiller la porte
7
Tantot / a tato / tantôt / tanto6 6
Vantië ben / Ventié7 / Vantié / Vantié ben / Vantié pas 6
Merienne / faire une merienne / faire merienne / meriane8 5
Pochon / pouche 5
Anet / Aneut / Anë / fè chao anë !9 4
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
128
13. PRATIQUES LINGUISTIQUES ET IDENTITÉS LOCALES OU RÉGIONALES
La langue bretonne reste l’emblème linguistique majeur de la Bretagne.
Pour un tiers des témoins, la référence principale de l’identité de la Bretagne
est la langue bretonne et la zone déclarée la plus emblématique de la
Bretagne est le département du Finistère (le seul entièrement bretonnant).
10% des témoins pourtant tous et toutes ancré·e·s en Bretagne gallo accorde
au seul breton la qualité de marqueur linguistique principal voire unique de
la Bretagne1. Le prestige du breton comme « langue », opposé à la
dévalorisation du gallo comme « patois », contribue à cette identification. On
nous dit par exemple :
« la langue bretonne d’une part et les différents patois d’autre part »
(témoin F, 37 ans, Loire-Atlantique)
En revanche, le gallo a désormais une fonction d’identification régionale
et plus seulement locale (comme c’était encore le cas dans notre enquête
2006) car il apparait majoritairement attaché à la région par l’ensemble des
témoins (mais un peu moins par les plus jeunes). Il n’y est pas rattaché seul :
lorsque les témoins citent le gallo comme marqueur linguistique de la
Bretagne, ils et elles y ajoutent toujours « et le breton » (une seule exception
dans notre corpus).
Les témoins incluent la situation sociolinguistique de la Haute-Bretagne
dans celle de la Bretagne en général et la rapprochent souvent d’ensembles
linguistiques perçus comme similaires en France ou dans un autre pays
celtique (Pays Basque, Corse, Normandie, Provence, Alsace, Nord-Pas de
Calais, occitan, langues d’oc, écossais, gaëlique sont cités). Ces
rapprochements témoignent d’une perception de la diglossie et de l’inclusion
du gallo, non pas du côté du français (dans l’orbite duquel il a été fortement
satellisé, présenté comme « du français déformé, du vieux français, du
mauvais français » à l’instar de l’ensemble des langues dites d’oïl), mais de
langues dites « régionales ou minoritaires » distinctes du français.
1 Dans les représentations circulantes, fréquemment entendues dans l’ensemble de
la Bretagne, les Breton·ne·s de la zone bretonnante sont perçu·e·s comme « les
vrai·e·s Breton·ne·s », ceux de la zone gallo comme des « faux/fausses
Breton·ne·s » voire, expression plus rare, comme des « sots Bretons » (la forme
féminine n’est pas attestée à notre connaissance). On rencontre toutefois des
affirmations identitaires fortes en Haute Bretagne, dont la formulation la plus
célèbre est celles relative à St. Malo « Malouin, d’abord, Breton ensuite, Français
s’il en reste ».
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
129
14. QUELLE DEMANDE SOCIALE ?
L’ajout de cette question par rapport à notre enquête de 2006 répond à
une demande explicite et pressante de la Région d’évaluation d’une
éventuelle demande sociale provenant d’acteurs familiers du gallo voire
engagés dans la promotion du gallo en Haute-Bretagne (environ 50% des
personnes interrogées). Comme nous l’avons dit plus haut, cette question a
fait l’objet d’une réflexion et d’une phase exploratoire particulière pour
déjouer les effets de l’idéologie linguistique hégémonique.
Les personnes enquêtées ont été d’abord invitées à commenter un extrait
relatif à la Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle du 2
novembre 2001 (voir annexe questions 8.0 et suivantes). La grande majorité
des personnes donne des réponses favorables au contenu du texte, en termes
de principes. En l’occurrence, il s’agit surtout d’un principe de sauvegarde
du gallo et d’un encouragement à la diversité linguistique incluant le gallo.
Néanmoins, le texte est également critiqué par certains témoins pour son
absence d’opérabilité et sa nature non contraignante. Ces témoins sont deux
fois plus nombreux à désigner le parler local par le terme gallo que par le
terme patois. Ce document de l’UNESCO suscite ainsi autant de réactions
soulignant son importance de principe que sa non-application effective.
Seulement cinq témoins (sur 149) se positionnent négativement ou
partiellement défavorablement face aux principes évoqués dans la
déclaration de l’UNESCO. Il est intéressant de voir quels sont leurs
arguments, rares ici mais finalement très répandus en France. Il y en a 3 du
groupe d (+56 ans), un du groupe c (37-55 ans) et une informatrice du
groupe b (19-36 ans). Les deux premiers témoins et la plus jeune vivent dans
le département d’Ille-et-Vilaine, les deux suivants dans la Loire-Atlantique.
Concernant le groupe d, le témoin le plus opposé, originaire du Finistère,
déclare ne pas entendre d’autres variétés que le français qui est « la langue
maternelle en France ». Les deux autres témoins de ce groupe sont
enseignant·e·s, l’une est opposée au texte et l’autre partiellement. Pour la
première, c’est l’apprentissage du plurilinguisme qui est perçu comme un
problème et pas la défense de la langue locale. Elle explique que la « langue
de la maison » n’a pas velléité à être enseignée car elle s’oppose à la langue
« de l’extérieur, publique ». Pour le dernier témoin de ce groupe, toutes les
variétés ne peuvent bénéficier de la même protection. Pour lui, qui
témoignait auparavant d’interdictions pluri générationnelles de parler une
autre langue que le français, le gallo a disparu (même s’il déclare l’entendre
à la radio), par conséquent les efforts doivent être investis au profit du breton
uniquement. Le témoin du groupe c (37-55 ans) déclare être favorable à la
diversité des langues mais s’inquiète d’un déficit : « il faut déjà maitriser la
nôtre » (il veut dire « le français »), vision monolingue en accord avec ses
réponses précédentes (il déclare en effet que le gallo ne serait « pas du tout
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
130
utilisé en Bretagne »). La plus jeune informatrice n’avait apparemment pas
connaissance du gallo avant l’enquête. Elle est originaire du Gard comme un
de ses parents et y a vécu au moins durant son enfance, elle témoigne de
cours d’occitan à l’école primaire. Son discours suggère qu’elle considère la
variété locale comme une langue morte, elle déclare être favorable au
contenu du texte s’il concerne l’apprentissage des « langues vivantes comme
l’anglais, l’espagnol ». Par ailleurs, pour elle c’est le breton qui est la langue
de la Bretagne.
On a ensuite soumis aux témoins une autre question, précédée par cet
énoncé d’une position alternative aux représentations les plus courantes : « il
y a des gens qui disent que le patois (qu’on appelle aussi gallo) est une
langue comme les autres. Si on admet que c’est une vraie langue, par
exemple comme le breton, qu’est-ce que vous identifieriez comme action
allant dans le sens de la Déclaration de l’Unesco vis-à-vis du breton et du
gallo (8.1) ?
D’après les réponses à cette question, une demande sociale de soutien au
gallo en complémentarité adaptée avec le breton apparait clairement et
s’articule autour de trois points clés :
- Une reconnaissance d’un statut de langue pour affirmer la dignité
linguistique,
- Un accroissement de la visibilité dans l’espace public par l’affichage,
les médias et le soutien éditorial,
- Une relance de la transmission par l’école et hors de l’école.
La transmission occupe à elle seule la moitié des réponses des témoins.
C’est le seul principe d’action déclaré par le groupe a (-18 ans). Les témoins
proposent d’intégrer le gallo à l’école sous forme d’initiations grâce aux
chansons, aux textes et aux histoires aussi bien sur le gallo qu’en gallo. Ce
principe d’action regroupe également la formation des enseignants, la mise
en place d’options au collège et au lycée, notamment au baccalauréat, voire
pour certains témoins une formation pour tous les niveaux à la faculté et
même la création d’écoles bilingues gallo-français sur le modèle des écoles
bilingues de langue bretonne.
Quant à la diffusion publique du gallo, les témoins signalent un manque
de visibilité dans l’espace public et dans les médias. Ils suggèrent de
promouvoir la diversité linguistique bretonne par l’investissement dans
l’affichage public, la communication publique et la signalétique, par
exemple en nommant des lieux en gallo en Haute-Bretagne (nouveaux ou
existants), à l’instar de ce qui est fait en breton (surtout mais pas uniquement
en Basse Bretagne). Ils et elles suggèrent aussi la création d’un média public
en gallo et le soutien de programmes audiovisuels et d’édition de supports
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
131
pédagogiques et informatifs en breton pour la Basse-Bretagne et en gallo
pour la Haute-Bretagne. Enfin, les témoins évoquent une meilleure
promotion d’évènements culturels notamment en gallo et davantage de
soutiens financiers aux associations.
On observe très peu de variations dans l’énonciation des trois critères
d’action, ce qui indique qu’ils sont globalement partagés et répartis
également suivant la génération sociolinguistique des témoins, excepté pour
les plus jeunes (qui ciblent surtout la transmission), mais aussi selon l’habitat
rural ou urbain et le département de résidence. Mais les témoins qui utilisent
le terme patois afin de désigner le parler local convoquent deux fois plus
souvent le critère de transmission que ceux qui utilise le terme gallo, ce qui
confirme une différence partielle de positionnement sociolinguistique qu’on
retrouve tout au long de l’enquête.
Comme on le voit, nombre de témoins proposent une action commune au
breton et au gallo. Près des trois quarts des témoins qui privilégient une
action spécifique pour le gallo précisent malgré tout que les deux langues ne
doivent pas être opposées, doivent être défendues ensemble et qu’il ne s’agit
pas de reproduire les politiques linguistiques qui ont conduit à la minoration
d’une ou plusieurs langues par le passé. Ils et elles déclarent que le gallo a
tout intérêt à ce que le breton se maintienne en bonne situation de
valorisation et que les politiques linguistiques doivent être inclusives. Pour
une informatrice (29 ans), qui privilégie par ailleurs le vecteur culturel
autour des loisirs (des chants et des danses), grâce aux différences
notamment linguistiques, le gallo possède le même potentiel commercial que
le breton sans être concurrent. Pour ces témoins qui associent le gallo et le
breton dans une valorisation associée, le pôle principal d’investissement des
efforts est l’enseignement, notamment via l’initiation à l’école, puis vient la
création ou le développement d’activités culturelles ou d’évènements
existants et enfin un affichage public trilingue français/gallo/breton dans
toute la région Bretagne.
Les témoins qui proposent une action spécifique pour le breton et une
autre, spécifique, pour le gallo, donnent des informations plus hétérogènes
mais insistent en majorité sur la nécessité de travailler l’image du gallo
prioritairement et sur l’inégale répartition des financements alloués au gallo
et au breton. Le décalage dans les représentations des deux langues est
également perçu comme justifiant des axes d’actions spécifiques au gallo.
Par exemple, selon ces témoins, le gallo est en général considéré de façon
stigmatisante comme du « français déformé », alors que le breton ne l’est
pas. Pour les 75% de témoins ayant déclaré observer une différence
significative de traitement entre le gallo et le breton par les institutions, le
breton est davantage considéré, médiatisé, valorisé tandis que le gallo est
stigmatisé, déconsidéré, pas reconnu et bénéficie de moins de moyens
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
132
matériels et humains. Pour ces témoins, l’essor du breton, devenu
emblématique de la région Bretagne, a certes contribué à encourager les
Bretons et Bretonnes dont la langue régionale est le gallo à revaloriser leur
langue, mais il a aussi produit des mécanismes de distinction parfois perçus
comme menaçants ou exclusifs, renforçant la triglossie régionale bretonne.
Ainsi, les témoins sont partagé·e·s entre des actions spécifiques en faveur
du gallo avec pour objectif de combler les différences et de bénéficier de
manière équitable de la revalorisation des deux langues régionales de
Bretagne, et des actions communes aux deux langues qui partagent une
même fragilité face au français.
BIBLIOGRAPHIE
ANGOUJARD, J.-P. et MANZANO, F. (Dir.), 2008, Autour du gallo : état
des lieux, analyses et perspectives, Cahiers de Sociolinguistique n° 12,
Rennes, Presses Universitaires de Rennes. En ligne sur
http://www.cairn.info/revue-cahiers-de-sociolinguistique-2007-1.htm
AUZANNEAU, M., 1995, « Français, patois, mélange... ou variétés de
discours en Poitou », dans Langage et Société n° 71, p. 35-64,
BERT, M. et COSTA, J., 2009, Francoprovençal et Occitan en Rhône-
Alpes, rapport de recherche disponible sur http://icar.univ-
lyon2.fr/projets/ledra/documents/Etude_FORA_rapport_définitif.pdf
BLANCHET, Ph. et WALTER, H., (1999), Dictionnaire du français
régional de Haute-Bretagne, Paris, Bonneton.
BLANCHET, Ph., 2005, « Minorations, minorisations, minorités : Essai de
théorisation d’un processus complexe », dans HUCK et BLANCHET (Dir.),
Minorations, minorisations, minorités. Etudes exploratoires. Cahiers de
Sociolinguistique n°10, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 17-47.
BLANCHET, Ph., 2012, Linguistique de terrain, méthode et théorie. Une
approche ethno-sociolinguistique de la complexité, édition revue et complétée,
Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
BLANCHET, Ph., et LE COQ, A., 2006, Pratiques et représentations de la
langue et de la culture régionale en Haute Bretagne, rapport de recherche
réalisée sous convention avec le Ministère de la Culture (Observatoire des
Pratiques Linguistiques de la DGLFLF), le Conseil régional de Bretagne et
l’Association des enseignants de gallo, CREDILIF Rennes 2 (publié dans
Blanchet et Le Coq, 2008).
BLANCHET, Ph., et LE COQ, A., 2008, « en est le gallo ? résultats
d’enquêtes réalisées à l’université de Haute Bretagne, dans ANGOUJARD et
MANZANO (Dir.), Autour du gallo : état des lieux, analyses et perspectives,
Cahiers de Sociolinguistique n°12, Rennes, Presses Universitaires de Rennes,
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
133
11-29, En ligne sur http://www.cairn.info/revue-cahiers-de-sociolinguistique-
2007-1-page-11.htm
BULOT, T., 2008, « Le gallo, une langue urbaine ? Ou les discours sur
l’espace et les langues bretonnes à Rennes », Cahiers de Sociolinguistique
n°12, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 51-74.
[Conseil Culturel de Bretagne], 2015, Gallo : étude et préconisations, en
ligne sur http://www.bretagne.bzh/upload/docs/binary/octet-stream/2015-
10/rapport_gallo_octobre2015.pdf
DIAZ, A., 2018, « Gallos » et « Bretons » : Représentations de l’autre et
mobilisation de la frontière linguistique dans les processus de construction
identitaire. Une approche anthropologique de la limite entre Haute et Basse-
Bretagne. Thèse de Doctorat de Langue, littérature et culture bretonnes, sous
la direction de Ronan LE COADIC et Philippe PESTEIL, université Rennes 2.
HUCK, D. et BLANCHET, Ph. (Dir.), 2005, Minorations, minorisations,
minorités. Études exploratoires. Cahiers de Sociolinguistique n°10, Rennes,
Presses Universitaires de Rennes, 276p.
MANZANO, F., (Dir.), 1996, Langues et parlers de l’Ouest, Rennes,
Presses Universitaires de Rennes.
MARCHADOUR, M. et BLANCHET, Ph., 2015, Enquête de réception
sur la terminologie en gallo pour l’affichage du Conseil Régional de
Bretagne, rapport de recherche PREFICS pour la Région Bretagne, 36 p.
MIGNEROT, A. et BLANCHET, Ph., 2016, Bretons et Gallo : Enquête sur
les pratiques, les représentations et la demande sociale de langue régionale en
Bretagne gallo, rapport de recherche PREFICS pour la Région Bretagne, 75 p.
TRÉHEL, N. et BLANCHET, Ph., 2003, « Pratiques linguistiques
régionales d’élèves du primaire et de collège en zones suburbaines de
Bretagne gallo. Premiers résultats d’enquêtes », dans J. Billiez (Dir.), Contacts
de langues, modèles, typologies, interventions, Paris, L’Harmattan, p. 61-78.
WALTER, H., 1994, L’aventure des langues en Occident, Paris, Laffont.
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
134
ANNEXE : PROTOCOLE DENQUÊTE
Enquête sur la langue régionale en Bretagne gallo, réalisée par le
laboratoire PREFics de Rennes 2 pour le Conseil Régional de Bretagne
Sexe :
Age :
Lieu de naissance :
Commune où vous résidez :
Profession (Si retraité-e, précisez de quelle profession) :
A quel âge avez-vous commencé à travailler ? :
Lieu de naissance des parents ? :
Profession des parents ? :
Avez-vous vécu ou séjourné ailleurs ? :
Si oui, où ? :
Commune où vous travaillez :
Profession :
Enquête :
1.0. Qu'est-ce qu'on parle par ici ?
1.1. Est-ce qu'il y a différents parlers locaux ?
Comment les appelle-t-on ?
2.0. Dans quel(s) autre(s) secteur(s) / coin(s) est-ce qu'on l' (les) utilise?
3.0. Entendez-vous parler gallo/patois près de chez vous ?
3.1. Dans quelles circonstances l’emploie-t-on autour de vous ?
3.2. Qui le parle ?
3.3. Entendez-vous parler gallo/patois à la radio ?
3.4. Vos parents s’expriment-ils en gallo/patois ?
3.5. Le comprennent-ils ?
3.6. Dans quelles circonstances l’emploient-ils ou l’employaient-ils ?
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
135
3.7. Vos grands-parents s’expriment-ils ou s'exprimaient-ils en
gallo/patois ?
3.8. Le comprennent-ils ?
3.10. Est-ce que vous-mêmes vous comprenez / parlez le gallo/patois ?
3. 12. Vos enfants le comprennent-ils ?
Le parlent-ils ?
3.13. Est-ce qu'il vous arrive de lire des textes écrits en gallo/patois ?
3.14. Est-ce qu'il vous arrive d'écrire en gallo/patois ?
4.0. Autour de vous le gallo/patois est-il utilisé comme avant, plus ou
moins ?
4.1. A votre avis pourquoi ?
4.2. Qu’en pensez-vous ?
4.3. Que pensez-vous de ce qui est fait pour défendre le gallo/patois ?
4.4. Observez-vous une différence dans son utilisation entre les hommes
et les femmes ?
4.6. Vous-même, quand vous parlez gallo/patois, que ressentez-vous ?
4.7. Est-ce que les gens qui parlent gallo/patois connaissent souvent
d’autres langues ?
Lesquelles ?
4.8. Selon vous, est-ce que le fait de connaitre, comprendre ou parler le
gallo/patois peut aider à apprendre d’autres langues ?
5.0 Selon vous, ceux qui parlent gallo/patois l’ont-ils appris avec leurs
parents, leurs grands-parents, d’autres personnes ?
5.1. Et vous-même, l’avez-vous appris avec vos parents, vos grands-
parents, d’autres personnes ?
5.2. Savez-vous si le gallo/patois est étudié à l'école ?
6.0. Est-ce que les gens d’ici utilisent parfois des mots gallo/patois dans
leur français usuel ?
Exemples ?
6.1. Et des prononciations venues du gallo/patois ? Exemples ?
7.0. A quoi reconnait-on un Breton quand il parle ?
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
136
7.1. Est-ce que la Bretagne est représentée par des langues, dialectes,
patois particuliers ?
Lesquels ?
7.2. Est-ce que le gallo/patois est associé à la Bretagne ?
7.3. Est-ce qu’il y a des façons de parler qui ressemblent à celui d’ici ?
Lesquels ?
7.4. Est-ce qu’il y a en France d’autres régions où on rencontre une
situation comme ici ?
Exemples ?
8.0. Qu’en pensez-vous ? (du texte ci-dessous)
Les États membres s’engagent à prendre les mesures appropriées pour
diffuser largement la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité
culturelle et pour encourager son application effective, en coopérant
notamment à la réalisation des objectifs suivants
- Sauvegarder le patrimoine linguistique de l’humanité et soutenir
l’expression, la création, et la diffusion dans le plus grand nombre possible
de langues ;
- Encourager la diversité linguistique – dans le respect de la langue
maternelle – à tous les niveaux de l’éducation, partout où c’est possible, et
stimuler l’apprentissage du plurilinguisme dès le plus jeune âge
8.1. Il y a des gens qui disent que le patois (qu'on appelle aussi gallo) est
une langue comme les autres. Si on admet que c'est une vraie langue, par
exemple comme le breton qu'est ce que vous identifieriez comme action
allant dans le sens de la Déclaration de l’Unesco vis-à-vis du breton et du
gallo ?
8.3. Percevez-vous une différence de traitement dans le gallo et le breton
en Bretagne ?
8.4. Qu’en pensez-vous ?
8.5. Quelles actions communes ou spécifiques à chacune d’elles mettriez-
vous en place pour valoriser
9. Avez-vous quelque chose à préciser ?
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université Rennes 2 - Haute Bretagne - - 193.52.64.243 - 29/12/2018 18h15. © L'Harmattan
ResearchGate has not been able to resolve any citations for this publication.
Enquête de réception sur la terminologie en gallo pour l'affichage du Conseil Régional de Bretagne, rapport de recherche PREFICS pour la Région Bretagne
  • T Bulot
  • Le Gallo
  • A Diaz
  • N Tréhel
  • Ph Blanchet
-29, En ligne sur http://www.cairn.info/revue-cahiers-de-sociolinguistique-2007-1-page-11.htm BULOT, T., 2008, « Le gallo, une langue urbaine ? Ou les discours sur l'espace et les langues bretonnes à Rennes », Cahiers de Sociolinguistique n°12, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 51-74. [Conseil Culturel de Bretagne], 2015, Gallo : étude et préconisations, en ligne sur http://www.bretagne.bzh/upload/docs/binary/octet-stream/2015-10/rapport_gallo_octobre2015.pdf DIAZ, A., 2018, « Gallos » et « Bretons » : Représentations de l'autre et mobilisation de la frontière linguistique dans les processus de construction identitaire. Une approche anthropologique de la limite entre Haute et Basse-Bretagne. Thèse de Doctorat de Langue, littérature et culture bretonnes, sous la direction de Ronan LE COADIC et Philippe PESTEIL, université Rennes 2. HUCK, D. et BLANCHET, Ph. (Dir.), 2005, Minorations, minorisations, minorités. Études exploratoires. Cahiers de Sociolinguistique n°10, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 276p. MANZANO, F., (Dir.), 1996, Langues et parlers de l'Ouest, Rennes, Presses Universitaires de Rennes. MARCHADOUR, M. et BLANCHET, Ph., 2015, Enquête de réception sur la terminologie en gallo pour l'affichage du Conseil Régional de Bretagne, rapport de recherche PREFICS pour la Région Bretagne, 36 p. MIGNEROT, A. et BLANCHET, Ph., 2016, Bretons et Gallo : Enquête sur les pratiques, les représentations et la demande sociale de langue régionale en Bretagne gallo, rapport de recherche PREFICS pour la Région Bretagne, 75 p. TRÉHEL, N. et BLANCHET, Ph., 2003, « Pratiques linguistiques régionales d'élèves du primaire et de collège en zones suburbaines de Bretagne gallo. Premiers résultats d'enquêtes », dans J. Billiez (Dir.), Contacts de langues, modèles, typologies, interventions, Paris, L'Harmattan, p. 61-78.
L'aventure des langues en Occident
  • H Walter
WALTER, H., 1994, L'aventure des langues en Occident, Paris, Laffont. ANNEXE : PROTOCOLE D'ENQUÊTE