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La French Tech : une nouvelle forme de mobilisation des territoires pour faire face à la compétition mondiale ?

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Abstract

Pour que les entreprises puissent exister dans la mondialisation, les politiques publiques de développement économique ont mis l’accent sur l’innovation, la compétitivité et la structuration territoriale des processus les conduisant à innover. Nombre d’agences locales de développement se sont tournées vers le soutien et la mise en place de dispositifs d’appui et de facilitation. De ce point de vue, l’initiative French Tech lancée en France en 2013 pose la question de la valorisation et des effets d’entrainement que pourraient apporter ce type de politique publique sur le renforcement du lien entreprises-territoires d’une part, et sur leur résistance à une compétition internationale accrue. Entre outil de communication et de visibilité vers l’extérieur, et alibi pour fédérer les acteurs du territoire en (re)constituant l’écosystème des startups françaises, les résultats d’une telle politique récente sont ici interrogés à partir de la grille de lecture des proximités.
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
La French Tech : une nouvelle forme de mobilisation des
territoires pour faire face à la compétition mondiale ?
The French Tech : a new pattern of territorial dynamics to
face global competition ?
Sébastien Bourdin,
Professeur Associé, Ecole de Management de Normandie,
Métis Lab et UMR IDEES 6266
sbourdin@em-normandie.fr
Fabien Nadou,
Professeur Associé, Ecole de Management de Normandie,
Métis Lab et UMR CITERES 7324
Résumé : Pour que les entreprises puissent exister dans la mondialisation,
les politiques publiques de développement économique ont mis l’accent sur
l’innovation, la compétitivité et la structuration territoriale des processus les
conduisant à innover. Nombre d’agences locales de développement se sont
tournées vers le soutien et la mise en place de dispositifs d’appui et de
facilitation. De ce point de vue, l’initiative French Tech lancée en France en
2013 pose la question de la valorisation et des effets d’entrainement que
pourraient apporter ce type de politique publique sur le renforcement du lien
entreprises-territoires d’une part, et sur leur résistance à une compétition
internationale accrue. Entre outil de communication et de visibilité vers
l’extérieur, et alibi pour fédérer les acteurs du territoire en (re)constituant
l’écosystème des startups françaises, les résultats d’une telle politique
récente sont ici interrogés à partir de la grille de lecture des proximités.
Abstract: For the companies, in order to exist in the globalization, public
policies of economic development focus on innovation, competitiveness and
the territorial structuring of the processes leading them to innovate. Many
local development agencies have turned to support and implement
facilitation mechanisms for companies. From this point of view, the French
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Tech initiative launched in France in 2013 raises the question of the
valuation and the spillover effects that this type of public policy could bring
on the reinforcement of the link between companies and territories from one
hand, and on their resistance to increased international competition on the
other hand. Between communication tool and visibility to the outside, and
alibi for federating the actors of the territory by (re)constituting the French
ecosystem of startups, the results of such a recent policy are here questioned
from the grid of proximities and local perceptions.
Mots-clés: French Tech, startups, proximités, intermédiation,
mondialisation, attractivité, politique publique de développement
économique 
Keywords: French Tech, startups, proximities, intermediation,
globalization, attractiveness, public policy of economic development
1. Introduction
Les startups françaises sont de plus en plus incitées par les politiques
publiques à se projeter dans une stratégie de développement à l’échelle
mondiale. Néanmoins, elles se retrouvent très vite confrontées à une
compétition accrue dans une économie globalisée et libéralisée qui les
concerne aussi bien que les territoires. Cette compétition est à l’origine d’un
double processus : elle renforce à la fois la mondialisation, et en même
temps elle est à l’origine d’une démondialisation (Bello, 2002), c’est-à-dire
d’un processus qui vise notamment à relocaliser la création de richesse par
la mise en place de mesures protectionnistes à l’encontre des échanges de
marchandises (barrières douanières, régulation des flux de matière et
d’énergie). De fait, depuis de nombreuses années, les territoires s’organisent
afin d’accompagner leurs entreprises dans ce double processus pour (i)
favoriser leur ancrage local et donc éviter leurs délocalisations (car les
conditions d’accompagnement du secteur privé et l’environnement
entrepreneurial seraient meilleurs ailleurs), (ii) lutter contre les éventuelles
barrières de pays tiers qui viseraient à favoriser leurs entreprises au
détriment de celles d’autres pays et (iii) participer à leur rayonnement et leur
attractivité. Les dispositifs d’accompagnement sont nombreux et prennent
de multiples formes. A ce jour, en France, la forme la plus aboutie d’une
politique publique allant dans ce sens est celle des pôles de compétitivité.
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Créée en 2004, cette politique de l’Etat visait à créer des effets de
proximités à la fois géographique (Gilly et Torre, 1995), mais aussi
organisée (Bouba-Olga et Grossetti, 2008) afin d’améliorer, dans un triple
jeu, (i) la mise en relation des entreprises d’une même filière, (ii) le
renforcement de l’innovation par les entreprises et (iii) l’attractivité des
territoires concernés. Pourtant, la machine est lourde et n’enregistre pas
toujours les effets escomptés (Perrat, 2007 ; Weil, 2009 ; Duranton et al.,
2008 ; Hussler et al., 2013). Par ailleurs, comme le soulignent certains
auteurs (Suire et Vicente, 2008 ; Balland et al., 2013 ; Arauzo-Carod et al.,
2018) faire reposer le potentiel de l’innovation en France sur la proximité
géographique entre les firmes innovantes est loin d’être une garantie de
réussite. De ce point de vue, les auteurs argumentent que le succès des
coopérations entre entreprises pour innover et améliorer leur compétitivité
réside davantage dans la capacité des acteurs publics et privés à organiser
les réseaux.
C’est dans ce contexte qu’en novembre 2013, la French Tech
1
a été mise en
place. Les équipes pilotes de la démarche sont parties du constat,
qu’aujourd’hui, la France occupe seulement la quinzième place du
classement mondial de l’innovation
2
et possède donc une marge de progrès
importante. Ce dispositif prend la forme d’un label dont le but est de
mobiliser les écosystèmes métropolitains pour faire émerger des startups à
succès, susceptibles de nérer du développement économique et de
l’emploi (voir les métropoles sélectionnées, tableau 1 ci-dessous).
La première vague de labellisation a consacré les neuf plus grandes
métropoles régionales françaises, à l’exception de Strasbourg qui est inscrit
dans une labellisation thématique et inclus dans une seconde vague de
labellisation deux ans après la première. A l’exception de Nice (6e
agglomération par sa taille et qui incorpore Grasse et Cannes dans le Label),
cette deuxième vague de labellisation concerne des grandes villes moyennes
françaises (Caen-Rouen-Le Havre pour la Normandie ; Quimper-Brest-
1
La French Tech est composée d’une entité nationale et d’entités locales. La French Tech
nationale a pour objectif d’assurer la cohésion et la coordination des métropoles sur le
territoire français. Elle joue un rôle de coordination et crée les conditions d’une proximité
géographique temporaire avec tous les deux mois des réunions réunissant les FT locales
pour réaliser des points d’étapes, monitorer les projets et faire du partage d’expérience. Au
niveau international, elle s’est fixée comme objectif de promouvoir l’écosystème des
startups françaises et de réaliser des opérations d’influence.
2
Source : Indice mondial de l’innovation (2017) par l’Université Cornell,
l’INSEAD et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI).
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Morlaix pour la Bretagne ouest ; Nancy-Metz-Epinal-Thionville), pour la
plupart regroupées pour l’occasion et qui ont du mal à former des
métropoles fonctionnelles. On voit également dans cette liste une
prédominance des espaces métropolitains d’envergure et économiquement
dynamiques (les métropoles des littoraux et des grandes vallées) alors que
les villes du centre, les villes moyennes et celles des régions plus en
difficulté économiquement sont absentes de la French Tech. On assiste à
une sélection par le haut en supposant que ces villes et territoires labellisés
soient les plus à même de s’inscrire dans la compétition mondiale.
Tableau 1. Labellisation des métropoles French Tech… la diagonale du
vide
The labeling of French Tech’s cities … « empty diagonal »
Les territoires de la French Tech
Première vague de labellisation
Deuxième vague de labellisation
Métropole French Tech
Aix-Marseille
(e-commerce et
e-tourisme)
Lyon
(robotique et big data)
Brest
(expertise maritime)
Bordeaux
(transports
intelligents
et commerce
connecté)
Montpellier
(image numérique,
smart cities, objets
connectés)
Normandie
(smart cities, smart port &
logistic, smart industries)
Grenoble
(objets
connectés,
logiciels
et systèmes
embarqués)
Nantes
(culture, santé,
matériaux)
Nice
(image numérique, smart
cities)
Lille
(Cht’ilicon
valley)
Rennes
(traitement de l’image
et télécom)
Lorraine
(e-commerce, matériaux,
santé, énergie)
Toulouse
(aéronautique et Internet de l’objet)
Source : Fiche Futuris, 2016 ; d’après www.lafrenchtech.com
Cette initiative est dotée d’un budget de 200 millions d’euros investis par
l’Etat dans les accélérateurs
3
. L’objectif est de financer des structures
3
Il s’agit de programmes qui offrent aux entreprises en démarrage l’accès à du mentorat, à
des investisseurs et à d’autres formes de soutien pour les aider à devenir stables et
autonomes. Plusieurs établissements viennent compléter les financements/investissements
avec, entre autres, Bpifrance, Business France, la Caisse des Dépôts et Consignations ou
encore la Direction Générale des Entreprises. Notons que ceci montre d’ores et dé
l’implication de nombreux acteurs du territoire national pour faciliter l’internationalisation
des entreprises.
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privées d’accompagnement de l’entrepreneuriat proposant des services à
haute valeur ajoutée aux startups, leur apportant des moyens « industriels »
et parfois financiers pour leur permettre de croître plus rapidement. A cela
viennent s’ajouter 15 autres millions pour renforcer le rayonnement de la
France à l’international sur les questions numériques (outils de
communication et d'influence au service des startups). Le label se veut plus
flexible que les pôles de compétitivité, ancré localement et a pour objectif
principal d’améliorer la visibilité internationale des jeunes entreprises
françaises qui souhaitent conquérir le marché mondial, en rassemblant sous
une même entité (i) les startups françaises, (ii) l’écosystème des grands
groupes et (iii) les acteurs publics selon une logique collective initiée et
poussée par l’Etat. Le sens de la démarche fait écho à celle des pôles de
compétitivité mais se veut plus souple. Au moment de son lancement, la
French Tech semble avoir réussi à mobiliser les acteurs si l’on en croit
l'ampleur de la délégation française lors des grands rendez-vous à
l'international dédiés à l'innovation. Ceci s’est confirmé lors du dernier
CES
4
de Las Vegas elle comptait par exemple 275 entreprises et
structures exposantes (dont 233 startups). L'initiative, pilotée au sein de
l'Agence du numérique et rattachée au ministère de l'Économie, vise à
fédérer l’écosystème français du numérique. On dénombre actuellement
treize métropoles French Tech en dehors de la capitale qui ont dû candidater
pour obtenir la reconnaissance. En 2018, un nouvel appel à projets ouvrira
les demandes de (re)labellisation, chaque métropole souhaitant être
reconnue y compris celles qui le sont déjà devra déposer un nouveau
dossier.
A ce jour, nous n’avons pas recensé dans la littérature académique de
travaux analysant ce nouveau dispositif. Aussi, cet article propose
d’analyser, à partir de la grille des Proximités (Rallet et Torre, 1993 et
2001 ; Torre et Rallet, 2005) quels sont les intérêts à la fois pour les
entreprises et les territoires labélisés d’intégrer la French Tech, et ce, à partir
d’entretiens semi-directifs auprès des différentes parties prenantes. A notre
connaissance, ce cadre théorique ici mobilisé n’a été que très peu utilisé par
les géographes alors que les économistes en font largement usage. Or, nous
4
Le CES (Consumer Electronics Show) est le salon international sur les hautes et nouvelles
technologies qui se tient chaque année à Las Vegas.
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pensons que cette grille peut trouver de nombreuses applications dans de
futures recherches en géographie, et notamment sur le volet du management
territorial de l’innovation, les relations entre les acteurs et organismes
territoriaux, en particuliers publics, et les entreprises sont devenues plus
intenses, reconfigurant localement les systèmes productifs.
Plus spécifiquement, alors que la mondialisation a été présentée comme une
force inéluctable qui signerait la « mort de la géographie » (O’Brien, 1992 ;
Cairncross, 2001 ; Friedman, 2005), nous pensons qu’au contraire les
territoires et les acteurs qui les composent s’organisent et se mobilisent pour
faire valoir leurs avantages compétitifs (Saxenian, 1994 ; Porter, 1995),
voire différenciatifs
5
(Pecqueur, 2006 et 2007), dans un contexte de
compétition mondiale. Aussi, dans cet article, nous poursuivons l'argument
selon lequel « la géographie compte » en faisant l’hypothèse que la French
Tech constitue un outil d’adaptation et de réaction pour les territoires et
pour les entreprises, aux prises à une mondialisation exigeant des
comportements agiles. Ces derniers nécessitent davantage d’intermédiation
(Nadou, 2013), de processus disruptifs et font naître des économies de
transition et d’innovation (Pecqueur et Nadou, 2018). Le label French Tech
s’inscrit dans cette perspective et des tentatives de (re)structuration et
d’appropriation à la fois des dynamiques entrepreneuriales sur les territoires,
et du rapport du global au local.
Nous reviendrons en premier lieu sur une approche théorique des liens
formalisés dans la littérature entre territoires et entreprises dans un contexte
d’économie mondialisée, et nous présenterons spécifiquement l’appareillage
des proximités qui permet d’avoir une lecture interactionniste des
dynamiques territoriales à l’œuvre. Puis, au travers de celle-ci, nous ferons
un premier état des lieux et présenterons les enjeux posés par la French Tech
pour les territoires qui s’y sont engagés à partir de l’exploitation d’entretiens
semi-directifs.
2. S’adapter à la compétition internationale : les formes de proximités
entre entreprises et territoires
5
Nous reprenons ici l’idée de Bernard Pecqueur selon laquelle dans un monde globalisé, il
ne s'agit plus pour les territoires de se spécialiser dans un schéma comparatif, mais plutôt
d'échapper aux lois de la concurrence lorsqu'elles sont impossibles à suivre, en visant la
production pour laquelle ils seraient (dans l'idéal) en situation de monopole.
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2.1. Retours sur les différentes formes d’organisations spatiales liant les
territoires aux entreprises face à la compétition internationale
La création d’un cluster a toujours suscité un grand intérêt de la part des
décideurs depuis les success stories, entre autres, de la Silicon Valley et de
la Route 128 aux Etats-Unis, de Sophia-Antipolis en France et des clusters
japonais (Yokohama, Sapporo, Nagoya), d’autant plus que, l’impact des
entreprises de haute technologie sur la croissance a largement été prouvé
(Van Stel et al., 2005 ; Hartog et al., 2012 ; Keeble et Wilkinson, 2017). Ces
clusters ont souvent été mis en exergue comme des formes territoriales
ancrées dans la mondialisation et favorisant la compétitivité des
organisations qui en faisaient partie. Ces formes d’organisations spatiales
qui visaient à mettre en relation le territoire, les entreprises et les
innovations ont attiré également l’attention d’un grand nombre de
chercheurs. Ils ont notamment tenté de comprendre les configurations
locales à l’origine de ces regroupements et la nature des interactions.
L'évolution dans ce domaine revient d’abord aux travaux des géographes sur
la « localisation des activités économiques ». Leurs contributions remontent
premièrement à « L'État isolé » de von Thünen (von Thünen, 1826). Son
analyse portait alors sur la location et l'utilisation des terres autour d'une
ville isolée et était quasiment contemporaine de la théorie des avantages
comparatifs de Ricardo. Ce travail a ensuite été suivi dans le cadre des
districts industriels de Marshall (1890), qui met en lien les localisations des
entreprises à leur performance économique, avec des firmes qui choisissent
de se regrouper en raison dexternalités qui peuvent en découler. Il a donné
trois raisons pour lesquelles les entreprises de la même industrie auraient
tendance à s'installer les unes près des autres : (i) la mise en commun du
marché du travail, (ii) les infrastructures communes (les entreprises du
même secteur ont généralement besoin d'infrastructures spécialisées
similaires, comme l'accès à l'eau, aux réseaux ferroviaires, aux universités,
etc.) (iii) les retombées en termes d’innovation et de création de valeur
(l'apprentissage interentreprises est plus facile entre firmes de la même
industrie/d’une même filière). Des travaux plus récents dans le domaine de
la géographie économique ont étendu la notion de « forces d'agglomération
» pour inclure les rendements croissants, les coûts de transport et la
demande (Krugman, 1993) pour expliquer la concentration géographique
des activités économiques dans l’espace.
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Cette littérature issue de la géographie économique documente l'impact de
la proximité sur la performance économique régionale et la compétitivité
des entreprises. Peut-être plus important encore est le contraste que relèvent
les géographes avec les régions économiquement moins veloppées.
Christaller (1933) a observé que les lieux très dynamiques étaient entourés
de zones où l'activité du marché était souvent très faible. Il explique cela par
le fait que les retombées économiques de la région-centre diminuent avec la
distance. Losch (1940) quant à lui suggère que les activités économiques ne
peuvent être entreprises que dans un certain nombre de lieux, en fonction de
la disponibilité des ressources économiques sur place. Parmi les autres
facteurs explicatifs des activités industrielles géographiquement
concentrées, citons les économies d'échelle telles que la réduction des coûts
de production et de livraison (Weber, 1909 ; Krugman, 1993) ou encore la
capacité à innover pour rester dans la compétition internationale (Becattini,
1990 ; Dei Ottati, 1994).
Dans les années 1980, les études ont noté le fort développement
économique dans les régions du nord-est et du centre de l'Italie, en
comparaison avec la région la moins performante du sud et du nord-ouest de
l'Italie, la deuxième Italie, qui subissait alors un ralentissement économique.
Les développements importants dans la « Troisième Italie » ont été
caractérisés par une concentration ou un regroupement d'entreprises dans
des endroits spécifiques selon les secteurs industriels. Les travaux pionniers
de Becattini (1987) sur les districts industriels ont ouvert la voie à de
multiples analyses des formes organisées de grappes d’entreprises. On
retrouve dans la littérature de nombreuses déclinaisons d’études sur les
colocalisations d’entreprises dans l’espace pour collaborer telles que les
technopôles (Scott, 1990 ; Benko, 1991), les milieux innovateurs (Aydalot,
1986 ; Camagni, 1991 ; Crevoisier, 2001 ; Camagni et Maillat, 2006), les
systèmes productifs locaux (Courlet et Pecqueur, 1992 et 1993) ou encore
les lieux aimants (Markusen, 1996).
Poussé par sa volonté de mieux cerner si les concentrations spatiales
d’entreprises sur un territoire leur permettaient de s’adapter à la compétition
mondiale, Porter a mené de nombreux travaux (1990, 1995 et 1998) qui ont
marqué un pas important dans les réflexions à la fois théoriques et
conceptuelles sur les colocalisations d’entreprises en interrogeant plus
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spécifiquement les comportements des organisations au sein des clusters.
Tout comme Saxenian (1994), il développe l’idée selon laquelle chaque
région dispose d’avantages compétitifs sur lesquelles elle s’appuie pour
améliorer leur compétitivité. Porter (1990) met en évidence le puissant
potentiel des clusters avec le « modèle du diamant » en expliquant les
dynamiques à l’origine de la performance et de la compétitivité des
territoires. Il identifie ainsi plusieurs explications parmi lesquelles on
retrouve notamment les facteurs de production, les ressources du territoire,
la compétition entre les firmes.
Ainsi, toutes ces formes d’organisations des territoires et des entreprises
coopérant entre elles pour être plus compétitives recherchent à la fois de la
proximité géographique et de la proximité cognitive. Selon Porter, c’est
cette conjugaison de proximités qui est à l’origine de leur performance. Il
affirme que les entreprises localisées au même endroit interagissent
davantage entre elles, et cette colocalisation des firmes produit à la fois de la
coopération et de la compétition coopétition aboutissant, au final, à un
succès de ces organisations. Malgré tout, si les entreprises souhaitent
toujours être localisées à proximité de leurs partenaires dans la chaîne de
valeur, elles éprouvent également le besoin de pouvoir coopérer avec leurs
parties prenantes situées, pour certaines, du fait de la mondialisation, à
l’étranger. De plus, l’internationalisation des entreprises exige qu’elles
puissent, à certains moments, pouvoir rencontrer de nouveaux partenaires
localisés à l’autre bout de la planète, voire de délocaliser une partie de leur
production dans des pays tiers. Or, dans un contexte où plusieurs pays
réinstaurent des formes de protectionnisme à l’origine d’une
démondialisation, les entreprises étrangères ne sont plus systématiquement
accueillies à bras ouverts (ie. le programme America First, avec l’arrivée de
Donald Trump à la présidence des Etats-Unis). Ainsi, force est de constater
que les entreprises tout comme les organisations territoriales (notamment les
agences de développement économique et les incubateurs) doivent être de
plus en plus agiles et souples pour être plus compétitives (Dove, 1999 ;
Almahamid et al., 2010). Nous souhaitons donc tester ici l’hypothèse selon
laquelle la French Tech est un dispositif plus agile et plus souple, et donc en
mesure de permettre aux entreprises qui y participent de s’adapter à cette
double dynamique de mondialisation/démondialisation. Plus précisément, il
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
s’agit donc de comprendre en quoi la French Tech constitue un dispositif
d’intermédiation pour organiser les proximités entre les entreprises et les
territoires, et donc pour leur permettre une meilleure adaptation face à la
mondialisation/démondialisation.
2.2. La théorie des Proximités comme grille de lecture des formes
organisées d’adaptation à la mondialisation/démondialisation
La littérature sur les clusters a largement montré que la proximité entre les
entreprises (organisées sous forme de clusters par exemple) leur permettait
d’améliorer leur compétitivité au niveau international. Afin d’analyser dans
quelle mesure la French Tech joue ce rôle d’intermédiaire pour améliorer les
proximités, et donc favoriser l’adaptation des entreprises face à la
mondialisation/démondialisation, nous avons mobilisé le courant de pensée
développé au cours des années 1990 par des chercheurs français du groupe
« Dynamiques de Proximité », regroupant d’abord des économistes, puis des
sociologues, des géographes, des aménageurs et des gestionnaires. La
structure et l’appareillage théoriques qui en découlent permettent de
considérer à la fois la dimension géographique et les processus de
coordination entre acteurs (Gilly et Torre, 2000 ; Carrincazeaux et al.,
2008). On part alors du principe que l’espace joue un rôle dans la
coordination des activités socio-économiques générées par les acteurs. Deux
courants majeurs traversent l’École de la Proximité. L’approche
interactionniste identifie les proximités géographique et organisée, et
l’approche institutionnaliste identifie les proximités géographique,
organisationnelle et institutionnelle considérant que les institutions sont
créatrices de proximités en tant que telles (Kirat et Lung, 1999; Talbot et
Kirat, 2005 ; Talbot, 2008). Nous présenterons donc d’abord cette théorie et
grille de lecture des interactions entre acteurs, puis nous la mobiliserons
dans l’analyse des entretiens semi-directifs pour étudier la French Tech
comme forme organisée agile d’adaptation à la compétition mondiale.
2.2.1. La proximité géographique
La proximité géographique est une notion qui se réfère à la séparation dans
l’espace des liens sociaux en termes de distance (Gilly et Torre, 2000). Elle
renvoie à la distance entre acteurs, qu’il s’agisse du nombre de mètres ou de
kilomètres, en tenant compte des coûts monétaires et temporels qui les
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
séparent. Cette forme de proximité est toutefois relative. Premièrement, elle
l’est par rapport « aux caractéristiques morphologiques des espaces au sein
desquels se déroulent les activités » (Torre et Beuret, 2012). Il peut s’agir
d’une proximité « à vol d’oiseau » courte mais avec un relief telle qu’une
montagne, rendant de facto la distance relative plus longue pour se rendre
d’un point à un autre. Elle l’est au regard de l’accessibilité même des lieux.
En fonction des installations existantes telles que des routes, des
autoroutes, des lignes de train ou de métro ou des voies maritimes le
temps d’accès pour se rencontrer est plus ou moins important.
Troisièmement, elle l’est au regard des capacités financières dont disposent
les personnes pour se déplacer. De plus, cette forme de proximité est de
nature subjective.
La proximité géographique est par définition neutre et dépend des fonctions
des relations sociales. Par exemple, deux entreprises localisées à une faible
distance peuvent œuvrer chacune à leurs activités sans jamais interagir entre
elles. Dans ce cas, le potentiel de la proximité géographique est non
mobilisé (Torre, 2009). Lorsque ce potentiel est activé, on parle alors de
proximité géographique recherchée ou subie (Torre et Beuret, 2012). Cette
dernière correspond à une imposition de proximité géographique de
personnes, d’activités, de lieux ou d’objets sans avoir le loisir de se déplacer
et de bénéficier d’un changement de localisation. Pour notre étude, nous
nous intéresserons davantage à la proximité géographique recherchée, qui
est mobilisée par des acteurs pour satisfaire leurs besoins de liens
économiques ou sociaux, de ressources naturelles ou artificielles, de lieux
ou encore d’objets. Celle-ci peut être temporaire ou permanente. La
demande de proximité temporaire incite l’individu à effectuer des
déplacements ponctuels sans se délocaliser. Dans notre étude, les entreprises
souhaitent se déplacer à l’occasion d’un salon international des startups pour
échanger des connaissances dans le cadre de leurs activités. La demande de
proximité permanente implique une localisation durable dans un lieu pour
répondre à la satisfaction de ses besoins ou à la réalisation de ses activités.
C’est notamment le cas des entreprises localisées dans les clusters qui se
sont installées ici pour être situées à proximité de leurs parties prenantes et
interagir plus rapidement et efficacement avec l’écosystème. Il peut aussi
s’agir de startups qui souhaitent délocaliser une partie de leurs activités pour
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
se rapprocher de leurs partenaires (logique de mondialisation), mais qui
peuvent être aussi freinées si le pays hôte (de leurs partenaires) a une
politique protectionniste (logique de démondialisation).
2.2.2. Les formes de proximité cognitive
Selon l’approche interactionniste ou institutionnaliste, on distingue une ou
deux formes (voire d’autres déclinaisons encore) de proximité cognitive : on
retiendra ici la proximité (i) organisée ou (ii) institutionnelle et
organisationnelle.
Tout d’abord, la proximité organisée correspond à la capacité d’interaction
entre acteurs. Dans le cas de la logique d’appartenance, les coordinations
dépendent de l’appartenance à un même ensemble alors que dans le cas de
la logique de similitude, les représentations et les modes de fonctionnement
permettent la relation de proximité (Torre, 2000). Lorsqu’elles se concilient,
ces logiques participent à la construction de futurs communs (Torre, 2010).
Comme la proximité géographique, la proximité organisée est neutre par
essence et peut être activée grâce au potentiel de mobilisation de ces acteurs.
Elle fait référence à l’agencement des activités humaines selon deux
logiques, qualifiées d’appartenance et de similitude (Torre, 2009). Selon la
logique d’appartenance, les relations entre acteurs sont facilitées parce
qu’ils appartiennent à une même organisation ou institution, avec parfois
des valeurs communes. Par exemple, la coopération entre les entreprises
membres de la French Tech est, a priori, plus facile à développer que s’ils
appartiennent à des structures d’accompagnement différentes. L’objectif du
dispositif est alors de renforcer cette appartenance pour favoriser les
coopérations. La logique de similitude quant à elle se réfère à l’adhésion
mentale à des catégories communes. La similitude vécue est créée autour de
projets partagés, de valeurs identiques, de connaissances communes
échangées en réseau, etc., dans le cadre d’une relation réciproque. C’est par
exemple le cas des startupers qui sont confrontés aux mêmes problèmes et
qui sont susceptibles de collaborer plus facilement entre eux pour échanger
sur des bonnes pratiques. Il peut s’agir également d’entrepreneurs qui auront
plus d’aisance à travailler ensemble car leur entreprise respective est dans le
même domaine d’activité, la distance cognitive qui les sépare est très faible,
car les systèmes de référence sont analogues.
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
D’autre part, la proximité institutionnelle est à l’origine de regroupements
d’acteurs autour de règles d’action communes, qu’elles soient explicites ou
implicites, et parfois, autour d’un système commun de représentations ou de
valeurs partagées. Par exemple, une coutume locale peut être considérée
comme une forme de proximité institutionnelle. Elle attribue une
importance à la dimension politique des institutions et à leurs rôles, sachant
qu’elles constituent à la fois des contraintes et des ressources de l’action
individuelle par des règles collectives plus ou moins formelles. La proximité
organisationnelle quant à elle est une forme de proximité institutionnelle
(Talbot, 2008). Elle se caractérise souvent par une organisation formalisée
et aboutie comme un réseau de coopération ou un secteur d’activités (Kirat
et Lung, 1995). La French Tech correspond à ce dernier cas, puisqu’elle est
une organisation avec des objectifs définis et ayant vocation à permettre une
action collective complexe en coordonnant les actions individuelles.
3. La French Tech comme forme institutionnelle agile organisant les
proximités entre acteurs face à la mondialisation/démondialisation
Afin de comprendre en quoi la French Tech constituait un dispositif agile
d’intermédiation pour organiser les proximités entre les acteurs afin de
permettre une meilleure adaptation des territoires et des entreprises face à la
mondialisation, nous avons privilégié une approche qualitative en menant
des entretiens semi-directifs auprès de responsables (ou associés) des
écosystèmes métropolitains French Tech et d’entreprises faisant partie du
dispositif. Au total, nous avons mené 27 entrevues représentant 5 French
Tech et 22 entreprises (des startups uniquement) différentes. Pour des
raisons de confidentialité, les interrogés ont souhaité garder l’anonymat.
Concernant les French Tech locales, notre guide d’entretien s’articulait
comme suit : (i) la construction de la French Tech locale (qui est à
l’initiative ?, quelles parties prenantes ?, quel timing ?, quelle
gouvernance ?), (ii) ses objectifs, (iii) ses collaborations avec les autres
French Tech locales et la French Tech nationale, (iv) sa vision critique du
dispositif et son rôle face à la mondialisation/démondialisation. Pour les
entreprises, le guide a été construit de la manière suivante : (i) le profil de
l’entreprise et du dirigeant, (ii) son intégration/adhésion à la French Tech,
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
(iii) ses collaborations (locales et mondiales) et le rôle joué par le label, (iii)
son internationalisation et sa compétitivité et la place qu’il donne au label
dans ce cadre, (iv) les types d’accompagnement proposés par la French
Tech, (v) leur vision critique du dispositif et leur rôle face à la
mondialisation/démondialisation. L’intérêt d’une telle double lecture
entreprises d’une part, et acteurs du développement économique local
d’autre part – nous a permis d’identifier le rôle d’acteur intermédiaire joué
par la French Tech et comment elle organisait les différentes formes de
proximité au service d’une meilleure adaptation face à la compétition
internationale.
3.1. Les French Tech locales : des acteurs intermédiaires, leviers
d’adaptation face à la compétition mondiale
La (dé)mondialisation a accru le rôle des régions dans l'économie nationale
et mondiale. Aujourd'hui, les régions deviennent des acteurs indépendants
capables de faire face à la compétition internationale (Enright, 2000 ;
Pecqueur, 2006 et 2007 ; Porter, 2012). De plus, les Etats auxquels elles
appartiennent accentuent bien souvent cette dynamique soit par des mesures
protectionnistes, soit en ouvrant leurs frontières pour accueillir davantage
d’investissements directs à l’étranger. La compétitivité régionale est souvent
basée sur le concept de cluster, donnant une importance primordiale à lier le
capital humain, le savoir et la technologie en un lieu donné. L'efficacité des
stratégies régionales mises en place dépend de la capacité des clusters à
évoluer et à s'intégrer dans des créneaux utiles dans des chaînes de valeur
mondiales (OCDE, 2007). Cette thèse est confirmée par les études de l'UE
(Zu Köcker et Buhl, 2007 ; Zu Köcker et al., 2010), affirmant que les
clusters n’ont pas les capacités de durer sur le long terme à moins que leurs
membres opèrent sur les marchés mondiaux et participent au transfert de
connaissances au niveau mondial. Puisque les entreprises internationalisent
leurs activités, il est important également que les initiatives de clusters et les
organisations qui les soutiennent s'internationalisent aussi. De ce point de
vue, il semble que la French Tech envisage de fédérer les acteurs du
territoire (hors entreprises). Dès lors, il n’est pas étonnant de voir que le
Président de la République, Emmanuel Macron, et de nombreux élus de
l’exécutif au niveau métropolitain ou régional aient fait le déplacement au
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
CES de Las Vegas. En montrant le soutien que les élus portent à leurs
entreprises « pépites », les institutions nationales et locales participent à
favoriser les formes de proximités. Les discours de ceux-ci rapportés dans la
presse régionale et nationale confirment l’approche adoptée consistant à
« jouer collectif » (proximité organisée logique d’appartenance) pour
faciliter et accélérer l'internationalisation de l'innovation dans les PME high-
tech en réduisant les difficultés évidentes d'internationalisation telles que
des ressources limitées, le manque de masse critique, l'expertise
internationale, etc. (Falize et Coeurderoy, 2012). Avec la French Tech,
l’idée est donc de créer une culture commune et de « chasser en meute » à
l’international tout en n’excluant pas pour autant, à d’autres niveaux, d’être
en concurrence sur les marchés. En outre, la combinaison de la coopération
et de la concurrence permet aux entreprises de produire une qualité
supérieure à un prix inférieur, et donc gagner en compétitivité (Porter,
1998).
Dans le même temps, même si les élus politiques montrent leur soutien aux
entreprises à l’échelle internationale, la plupart des personnes interrogées
regrettaient le manque de moyens financiers dédiés à leurs French Tech
locales. Ces dotations limitées engendrent localement des démarches que
nous qualifions de frugales. Elles obligent les dispositifs locaux à être
inventifs et à faire le plus possible avec peu de moyens. La baisse des
dotations de l’Etat aux collectivités territoriales (Torre et Bourdin, 2016)
explique probablement en partie les aides limitées accordées aux French
Tech locales. Or, selon les personnes interviewées, les élus devraient ne pas
oublier les retours sur investissement (développement économique,
attractivité territoriale) que peuvent générer les entreprises du digital. Les
responsables de French Tech limitent donc l’organisation de déplacements à
l’étranger accompagnés par des startups locales, privilégiant notamment les
grands évènements tels que le CES à Las Vegas. Pourtant, selon les chefs
d’entreprises entrevus, cette proximité géographique temporaire est
nécessaire pour les PME si elles veulent trouver de nouveaux partenaires
(proximité organisée) et développer leur marché à l’international. Lors de
ces déplacements à l’étranger sur des forums high tech, les objectifs sont
concordants entre les interviewés. Il semblerait qu’ils permettent des
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
échanges d’expérience, la conquête de nouveaux marchés et le
développement de l’attractivité des régions.
On retrouve également des logiques d’accompagnement similaires sur la
préparation des startups à leur pleine intégration dans la mondialisation. Il
existe une démarche préalable de formation et de sélection des PME qui
feront le déplacement afin de s’assurer qu’elles seront prêtes à
s’internationaliser.
« Ce déplacement à Las Vegas est stratégique pour nos startups
et va leur permettre de gagner en visibilité et en crédibilité, de
nouer des partenariats commerciaux, stratégiques et financiers
et de confronter leur innovation à la réalité du marché. Pour
nous c’est la 4ème année consécutive ! Avec l’agence de
développement économique, d'innovation et d'export, on a
préparé et accompagné nos pépites pour ce grand rendez-vous
international. […] Elles veulent voir le Monde entier, mais le
Monde entier aussi les voit. […] On les a faites pitcher, on a
réfléchi avec elles à leur design de stand. Ah oui et pas mal de
relations presse aussi » Resp. FT locale 3
De plus, les collectivités territoriales mettent en place des logiques
d’apprentissage. Certaines se sont déplacées avec de nombreuses personnes
des agences de développement économique et de l’innovation régionales et
locales pour effectuer du parangonnage sur les logiques de financement et
d’aides diverses pour innover. Pour les régions et autres collectivités
territoriales, grâce à des logiques de similitude (proximité organisée), la
participation à des évènements tels que le CES leur permet d’échanger avec
d’autres structures étrangères d’accompagnement des entreprises.
Enfin, le label French Tech constitue un véritable outil de visibilité. Les
régions et métropoles profitent des forums mondiaux auxquelles elles
participent pour améliorer leur image à l’international.
« C’est l'occasion de valoriser une forme de fierté régionale. On
veut faire la promotion de notre savoir-faire en technologies et
montrer qu’on est une région qui sait faire les choses, et bien. »
FT locale 4
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
« Notre présence au COMPUTEX
6
est une façon d'envoyer des
messages à l'international, de dire qu'on est une région qui
bouge et met des choses en place. » FT locale 3
Les interviewés ont largement insisté sur la question de l’attractivité. Il
ressort que le label French Tech semble contribuer, au moins du point de
vue des acteurs interrogés, au renforcement de l’ancrage territorial des
startups et à les maintenir sur le territoire. Ceci rejoint une littérature dense
sur cette question (ie. Hollenstein, 2005 ; Carluer, 2006 ; Audretsch et
Keilbach, 2007 ; Melle et Lee , 2016). La mondialisation a intensifié la
concurrence entre les territoires pour attirer de nouvelles entreprises
(Tremblay et Chicoine, 2008 ; Sassen, 2011) et les amène à réfléchir sur leur
potentiel d'attractivité, autrement dit les ressources (humaines, physiques,
matérielles et immatérielles) dont ils disposent et leur capacité à les
mobiliser pour répondre aux attentes des entreprises par ailleurs toujours
plus exigeantes et mobiles. Dans ce cadre concurrentiel à différentes
échelles entre les territoires, la place des pouvoirs publics est de plus en plus
prégnante. (Bourdin et Cornier, 2016). Ils se doivent d'innover pour non
seulement attirer des investisseurs ou de la main d'œuvre qualifiée, mais
aussi les ancrer définitivement sur le territoire.
Lorsque l’on change de niveau d’analyse et que l’on s’intéresse aux actions
déployées par les régions et métropoles avec la French Tech, on décrypte
assez facilement le rôle d’intermédiaire qu’elles occupent. Avoir de grandes
entreprises et des startups localisées à proximité (proximité géographique) et
exerçant leur activité dans un domaine similaire (proximité organisée) ne
suffit pas nécessairement à créer des synergies entre celles-ci. Aussi, plus
que d’être des facilitateurs (Loillier et Tellier, 2011), les acteurs du
développement économique local jouent le rôle d’intermédiaires territoriaux
(Lacour, 1996 ; Duez, 2012, Nadou, 2013) via le label. En tant qu’acteur-
tiers (Orléan, 1994 ; Geindre, 2005 ; Gadille, 2008 ; Dari et Paché, 2015),
ils fabriquent et managent, par la pratique, par des actions, la proximité
géographique permanente et organisée entre les entreprises du territoire.
« On met en lien les startups avec les grands comptes. Mais on
est disruptif ! On inverse le rapport. C’est pas les startups qui
6
Le COMPUTEX est un salon international dédié à l’informatique high-tech qui se tient
chaque année au Taipei.
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
pitchent mais les grands comptes. Ils présentent leur
problématique aux startups. Ensuite, certains d’entre elles
répondent à l’appel. On veut dé-verticaliser, décloisonner. » FT
locale 1
Avec la French Tech, il ne s’agit pas seulement de mettre en relation les
entreprises entre elles, mais aussi de fédérer les acteurs sur place et de
développer un langage commun au travers de la multiplication des
interactions cognitives entre les membres de la communauté. La
communauté constituée par ce genre de réseau et sous un même label
comme la French Tech s’apparente à un lieu privilégié supplémentaire de
création de connaissances et de diffusion de connaissances tacites (Ferru,
2009). Ces nouvelles communautés constituent des lieux et des scènes
territoriales de dialogue et de développement où se construisent des modèles
locaux, des représentations partagées, un langage commun diffusable par les
membres (Cohendet et al., 2003).
L’organisation de proximité géographique temporaire constituée par les
salons internationaux est l’occasion de rassembler « sous un même
drapeau » les acteurs territoriaux de l’accompagnement des entreprises et de
pouvoir développer une identité propre au réseau et une communication
partagée.
« Il y a eu une unité exemplaire entre tous les acteurs
institutionnels de notre territoire pour aider nos startups à
percer au CES. Cela a apporté un vrai plus. Pour la première
fois, la région, la CCI et la Métropole ont fait délégation
commune. Il y avait aussi les Chambres de commerce et
d'industrie et les pôles de compétitivité. Ça fait du bien de se
parler, on est dans le même bateau ! Et pour le coup, tout le
monde a mis la main à la poche pour prendre en charge les frais
de déplacement, de logement et la location des stands pour nos
jeunes pousses » FT locale 2
3.2. Les entreprises à la recherche de proximités : quel rôle du label
French Tech ?
Sur les 22 entreprises interrogées, la moitié d’entre elles ont fait le choix
d’adhérer de leur propre chef. Pour une grande partie, les autres ont é
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
approchées pour savoir si elles seraient intéressées par un tel dispositif.
Parmi les principales motivations évoquées, on retrouve avant tout le besoin
d’internationalisation et de se confronter à des marchés à l’étranger, et dans
une moindre mesure de trouver de nouveaux partenaires si l’opportunité se
présente. Il n’a été évoqué que très rarement le besoin d’échanger avec des
autres entreprises au niveau local. De fait, les entreprises n’attendaient pas
du label qu’il renforce la proximité géographique permanente et organisée
avec les partenaires locaux. Pourtant, pour la moitié d’entre elles, la French
Tech leur a permis de rencontrer et de collaborer avec des partenaires de
marché au niveau local. Par ailleurs, lorsqu’on les a interrogés sur l’intérêt
du dispositif pour favoriser les relations avec les universités et les
laboratoires la troisième partie de la triple hélice (Leydesdorff et
Etzkowitz, 1996) rares sont celles ayant répondu positivement. Il
semblerait que les pôles de compétitivité jouent davantage ce rôle de mise
en lien entre le monde académique et des entreprises pour innover.
La French Tech est avant tout perçue comme un dispositif
d’accompagnement sur les marchés internationaux permettant de faire face à
la concurrence accrue liée à la mondialisation et à l’ouverture de leur propre
marché. Dans les raisons intrinsèques arguées, les interviewés ont souligné
le fait que, la plupart du temps, ils ne disposaient pas des moyens, ni des
réseaux nécessaires pour se confronter au marché international. Bien
souvent, la French Tech est invoquée comme mécanisme permettant de
créer de la proximité organisée qui est d’ailleurs facilitée par le fait que les
distances cognitives entre les dirigeants d’entreprises sont faibles (logique
de similitude de la proximité organisée).
« L’avantage de la French Tech, c’est qu’on parle à des
personnes qui nous comprennent. Je me souviens au CES, j’ai
pas mal échangé avec une autre startup du Sud de la France sur
le smart clothing, comme moi. Bon on est un peu concurrent en
fait ! Mais c’est cool de pouvoir voir comment fait l’autre. »
Startup dans les vêtements connectés
Pour une grande partie des entreprises rencontrées, la participation à une
exposition d’envergure mondiale (la moitié d’entre elles s’était rendue au
CES) constitue un lieu privilégié pour présenter leur innovation, la
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
confronter au marché étranger, gagner en visibilité et rencontrer des
investisseurs.
« Nous sommes sur le CES pour présenter nos produits, on vient
aussi ici s’inspirer, prendre des idées, regarder ce qui se passe,
le monde qui bouge. » Startup dans le software/IT
« Nous faisons le déplacement pour la première fois au CES
avec une volonté : faire connaître notre technologie auprès des
intégrateurs et de tous les acteurs qui utilisent des écrans
tactiles. Notre techno permet de ressentir véritablement ce que
l’on touche sur un écran. Nous, nous recherchons des
distributeurs pour les Etats-Unis, des investisseurs aussi
puisque nous prévoyons une levée de fonds en fin d’année. On
prépare ce CES depuis 6 mois » Startup dans les technologies
pour smartphone
Les entreprises ont également évoqué la possibilité pour elles d’engager de
nouveaux contrats ou nouvelles collaborations. Le fait de se rendre dans ce
type de salons leur permet de rencontrer et d’échanger avec des entreprises
appartenant à des pays où les barrières et frontières sont renforcées. De ce
point de vue, l’organisation de proximités géographiques temporaires
semble permettre de contourner en partie cette démondialisation. De plus,
paradoxalement, c’est lors de l’organisation de proximité géographique
temporaire (salon international), qu’ils rencontraient des partenaires de leurs
régions d’origine, voire des industriels nationaux. De ce point de vue, la
French Tech permet de faire du B to B
7
non seulement avec les compagnies
étrangères mais aussi avec des firmes françaises.
« L’avantage du CES, c’est qu’on y rencontre les patrons des
sociétés et des grands groupes, ce qui nous ouvre des portes.
Grâce à ce contrat avec [nom industriel français], nous allons
commencer à nous déployer à l’international dès cette année,
alors que ce n’était pas prévu avant 2019, voire 2020 dans mon
business plan » Startup dans la e-santé
« Depuis que le salon a ouvert, nous multiplions les contacts
locaux et internationaux. Certes, les Américains viennent
7
Business to Business (commerce inter-entreprises)
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
discuter de notre produit, mais le CES nous permet de
rencontrer aussi beaucoup de Français. C’est notre première
participation car nous n’étions pas prêts l’an dernier, notre
entreprise ayant été créée fin 2016. » Startup dans la domotique
Par ailleurs, unanimement, les entreprises ont l’impression qu’avec leur
activité, ils deviennent des ambassadeurs de leur territoire et ont le
sentiment que la French Tech participe à l’attractivité de leur région.
Au travers de nos entretiens, nous souhaitions non seulement mieux
comprendre les objectifs de la French Tech mais aussi appréhender
l’adéquation de l’offre de services proposés par les labels avec la demande
des entreprises. D’une manière générale, il en ressort que l’offre de services
des French Tech locales ne semblent pas suffisamment visibles.
Conséquemment, plusieurs entreprises ont confié qu’il y avait un décalage
entre leurs attentes et ce qui était proposé. De plus, elles sont largement
demandeuses de proximité organisée pour être accompagnées dans la
recherche de fonds et d’investisseurs. A ce sujet, plusieurs entreprises
souhaitent que les critères du Pass French Tech
8
soient revus car ils ne
correspondent pas aux entreprises ayant une activité de service. A l’instar de
l’initiative « BigUp 4 Startup »
9
, plusieurs startups sont demandeuses de
proximité organisée et souhaiteraient que la French Tech organise de
manière plus systématique des évènements où elles et les grands groupes se
rencontrent pour innover ensemble.
Parmi les réponses récurrentes, on retrouve aussi une demande de mise en
commun au niveau local de services collaboratifs auxquels pourraient
souscrire les startups du type (juridique, entrepôt de stockage commun,
commandes groupées auprès de grands comptes, prestataire pour les
livraisons produits, Fablab dedié pour ne citer que quelques actions
évoquées par les startupers).
Même si, à dires d’acteurs des French Tech, le label a permis de fédérer
sous une même bannière différentes parties prenantes de l’écosystème local,
8
Il s’agit d’un programme national d’accompagnement lancé en 2014 à destination des
entreprises en hyper-croissance, considérées comme les “pépites de la French Tech”.
Actuellement, pour rentrer dans ce dispositif, il faut enregistrer un chiffre d’affaires entre
10M€ et 50M€ et une croissance de +25% sur 3 ans ou un chiffre d’affaires entre 100k€ et
3M€ et une croissance de +100% sur 3 ans.
9
Il s’agit d’un dispositif qui organise des évènements sur le territoire français où les
startups et les grands groupes se rencontrent pour innover ensemble.
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
beaucoup de chefs d’entreprises interrogés regrettaient le manque de
lisibilité dans l’offre d’accompagnement des entreprises sur le territoire
régional ou national. De ce point de vue, il apparaît que le dispositif French
Tech est un outil d’accompagnement des entreprises qui vient s’ajouter aux
multiples outils qui existent déjà
10
. Ceci rejoint ce qui a déjà été montré
dans des travaux antérieurs sur la multiplicité des dispositifs d’aides aux
entreprises (Leger-Jarniou, 2008 ; Fort et al ; 2016)
En analysant les entretiens, la French Tech constitue à la fois un moyen de
résistance/contournement à la mondialisation/démondialisation leur
permettant d’exister dans la compétition mondiale où certains marchés
régionaux (Asie du sud-est, Amérique du nord, etc.) restent très
concurrentiels et difficiles à pénétrer compte-tenu des politiques
protectionnistes, mais aussi un outil d’accompagnement du mouvement de
la mondialisation dans les territoires. Il s’avère que la French Tech a permis
de relancer la dynamique de confiance (très importante lorsque l’on étudie
les formes de proximités). Cependant plusieurs parties prenantes déplorent
qu’il s’agisse pour le moment avant tout d’un outil de communication et
aimeraient davantage d’opérationnalité. Pourtant, comme le souligne Suire
(2004), les territoires doivent d’abord s’engager dans des stratégies de mise
à disposition de ressources relationnelles qui doivent favoriser la confiance
pour créer des réseaux d’entrepreneurs.
Enfin, le manque de congruence (i) entre ce qu’apporte le label aux
entreprises et leurs besoins réels mais aussi (ii) entre les objectifs de la
French Tech nationale et les métropoles French Tech provient probablement
d’un décalage sur les attendus, même si la démarche lancée a permis aux
acteurs de se structurer autour d’un dossier et de faire front commun pour
être labellisé (exemple de la Normandy French Tech avec la réunion de trois
villes habituellement en compétition Rouen-Le Havre-Caen).
4. Conclusion : entreprises, territoires et (dé)mondialisation : vers des
proximités agiles
10
la CCI, la CCRI, la métropole, le Conseil Régional et ses agences, la BPI, la Direction
générale des entreprises, UBIFRANCE, Business France, la Caisse des Dépôts et
Consignations, etc.
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
Avec moins de 5 ans d’existence, le dispositif de la French Tech est encore
très jeune, et est opérationnalisé différemment en fonction des territoires
(compte-tenu de la plus ou moins grande ampleur des moyens humains et
financiers déployés par les métropoles French Tech). A ce stade, il est donc
difficile de porter une évaluation aboutie de celui-ci. A l’instar de la
politique des pôles de compétitivité pour laquelle il a fallu avoir plusieurs
années de recul pour en mesurer les effets sur la (re)structuration des filières
productives et industrielles, il est probable que d’autres évaluations
viendront compléter nos premières analyses. Pour le moment, la French
Tech permet de compléter les discussions et les études sur les formes
renouvelées du lien entre entreprises et les territoires, dans un contexte où la
compétition mondiale prend à la fois la forme d’une mondialisation accrue
et d’une démondialisation émergente avec un retour de la fermeture des
frontières. Cette compétition mondiale suivant une double logique redéfinit
en permanence le rapport des activités et systèmes productifs à l’espace et
invite les territoires à s’adapter en permanence et d’opérer parfois des
bifurcations dans les orientations des politiques mises en œuvre.
Ces politiques doivent désormais prendre en compte les nouvelles
orientations protectionnistes et restrictives en matière d’ouverture de
marchés de la part de certaines régions du monde ou de pays. Ces nouvelles
contraintes observées depuis le début des années 2000, ou ce « retour en
arrière » (Bost et Rosière, 2018) dans la circulation des biens et des
marchandises, voire des ressources humaines, mettent à mal les stratégies de
certaines entreprises et de certains territoires qui ont misé sur une ouverture
large et sans « encombres ». Pourtant, les crises financières (notamment des
subprimes de 2007), politiques et géopolitiques entre les grandes puissances
et blocs régionaux dans le monde, ou les difficultés dans la construction
européenne (par exemple avec le Brexit récemment), pèsent sur l’idée d’une
mondialisation sans faille et inéluctable. Les replis politiques et
économiques dus à ces crises et ruptures imposent pour les entreprises et les
territoires une adaptabilité importante et de nouvelles formes de souplesse
pour évoluer dans ce double mouvement de fond, d’ouverture et de
fermeture.
De ce point de vue, la French Tech peut être qualifiée à la fois comme un
outil de communication et de visibilité vers l’extérieur, et un alibi pour
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
fédérer les acteurs du territoire en (re)constituant l’écosystème des startups
françaises. Il s’agit d’une politique publique agile dans le sens où elle
réclame des crédits limités, n’implique pas de textes juridiques
contraignants associés, et est adaptable en fonction des volontés politiques
locales et des besoins des entreprises, dans un contexte de mondialisation
mouvante, et le rapport global-local est constamment interrogé dans son
fonctionnement et les échelles spatiales différemment mobilisées.
C’est dans ce rapport complexe et avec la (ré)apparition de barrières sur les
marchés mondiaux que des analyses plus fines seraient à mener dans le
futur. De même, les analyses doivent pouvoir différencier les secteurs
d’activité concernés qui en fonction de leur logique propre de marché, de la
localisation de leur production et de leur réseau et environnement d’affaires,
n’ont certainement pas la même lecture de la mondialisation et de ses effets
et évolutions.
Dans notre étude, l’appartenance à une French Tech locale est avant tout
perçu comme une opportunité de s’inscrire davantage dans un marché
mondial. Les entrepreneurs ont bien conscience de la difficulté de le
pénétrer (aussi bien du fait d’une concurrence très forte mais aussi de
barrières douanières qui se multiplient) et comprennent aussi que le réseau
et le regroupement sous le label peut les faire grandir et sans aucun doute se
protéger. L’effet de groupe et de proximité est important pour leur confiance
et les faire connaître, tout en limitant les risques (financiers et d’engagement
solitaire sur les marchés). Dans ce cadre, les startups sont appelées à être (i)
capables de réagir à toutes les situations du marché mondial, (ii) aux prises
avec les multiples tensions entre ouverture et fermeture qui caractérisent les
relations géopolitiques et géoéconomiques contemporaines. De leur côté, les
territoires doivent innover pour accompagner au mieux et de manière agile
leurs startups dans ce double processus.
Sur le plan de la visibilité du dispositif French Tech, les collectivités
territoriales parties prenantes dans la démarche ont étoffé leur offre en
matière de marketing territorial, ce qui leur permet de renforcer
l’accompagnement et le soutien auprès des entreprises tout en restant dans
des périmètres légaux en la matière. Sur le plan théorique, il serait
intéressant d’étudier comment la promotion du territoire par les acteurs
influence ou non la constitution ou le renforcement de proximités, qu’elles
ARTICLE A PARAITRE DANS Les Annales de géographie (2018)
soient géographiques ou organisées entre les différents acteurs économiques
du territoire.
Au total, notre étude montre également une certaine fragilité dans la
démarche, qui n’enlève rien à la motivation générale des différentes parties
prenantes pour accompagner les entreprises du numérique et du digital. Cela
tient au fait que certaines entreprises y voient un simple outil de
communication et de promotion, mais aussi parce que le dispositif en local
ne dispose, bien souvent, que de très peu de moyens humains et financiers
pour exister, organiser, coordonner, animer l’écosystème. Ceci est un
problème important et qui met les territoires dans des situations inégales :
certains, en fonction de leur statut (association, structure liée à une
métropole et à son périmètre, etc.) disposent d’une ingénierie non
négligeable, tandis que d’autres ne tiennent que sur une seule personne… La
crainte est alors de voir progresser les disparités entre territoires, entre ceux
qui sont mieux dotés en moyens ou qui ont des capacités plus grandes pour
les mobiliser, et ceux qui peinent davantage à le faire. Cet aspect pourrait
faire l’objet de travaux futurs d’autant que le lien entre l’ampleur des
financements consentis et les retours sur investissements n’est pas toujours
prouvé (Bourdin et Ragazzi, 2018). Dans ce contexte, il est légitime de se
poser des questions sur la durabilité du label French Tech alors même que le
dispositif constitue un moyen agile de faire la promotion de l’écosystème
entrepreneurial innovant français, qu’il est susceptible d’améliorer
l’attractivité des territoires, et qu’il est à l’origine de nouvelles proximités et
de coopérations entre acteurs.
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BOURDIN Sébastien
Ecole de Management de Normandie,
9 rue Claude Bloch
14052 Caen cedex 4
sbourdin@em-normandie.fr.
Coordonnées personnelles:
2 rue de la Pigacière, 14000 Caen, 06 19 85 10 68
bourdin.sebastien@gmail.com
NADOU Fabien
Ecole de Management de Normandie,
9 rue Claude Bloch
14052 Caen cedex 4
fnadou@em-normandie.fr
Coordonnées personnelles :
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15 impasse de l’Onyx, 37300 Joué-Lès-Tours, 06 84 40 48 70,
f.nadouV2@gmail.com
... Ces deux dispositifs ont la particularité de relever d'une initiative portée par l'Etat français en matière de soutien aux entreprises pour innover (en particulier les TPE/PME qui n'ont pas les ressources internes nécessaires pour le faire (Katzy et al., 2013). Alors que les pôles de compétitivité ont été instaurés dans le but de rendre les territoires plus compétitifs, au travers de (re)structuration des filières d'excellence et de leur compétitivité au niveau international (Renou, 2016) ; la French Tech a été déployée afin de mobiliser les écosystèmes métropolitains pour faire émerger des startups à succès, susceptibles de s'internationaliser et de générer localement du développement économique et de l'emploi (Bourdin et Nadou, 2018). Ces deux politiques publiques ont en commun de labéliser des structures dont l'objectif est de créer de l'IT afin de permettre aux entreprises d'interagir et de collaborer pour se développer et être plus compétitives. ...
... Notre analyse se concentre sur « Nov@log » (dédié à la logistique et à la supply chain), « Transactions Electroniques sécurisées (TES) » (secteur des Technologies de l'Information et de la Communication et de la sécurité électronique), « Hippolia » (spécialisé dans la filière équine) et « MOV'EO » (sur l'industrie automobile et les transports publics). La French Tech quant à elle se veut parfois plus flexible que les pôles de compétitivité (Bourdin et Nadou, 2018). Le label vise à améliorer la visibilité internationale des startups françaises qui souhaitent conquérir le marché mondial, et à favoriser la mise en relation des entreprises pour innover ensemble. ...
Article
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La présente contribution s’inscrit dans une tentative de clarification des rôles des dispositifs des politiques publiques en matière de rapprochement de l’innovation et du développement territorial. La mobilisation croisée d’une littérature en sciences de gestion et en science régionale permet de mettre en exergue le rôle des intermédiaires dans la relation entre les stratégies d’entreprises et celles des territoires. Nous nous appuyons ici sur une étude empirique des pôles de compétitivité et de la French Tech sur différents territoires français pour faire ressortir les pratiques et le management de l’intermédiation territoriale. D’un point de vue plus théorique, il s’agit de confronter cette notion d’intermédiation appliquée aux territoires et d’en faire ressortir plus largement les apports potentiels d’une compréhension des dynamiques territoriales, plus spécifiquement dans la construction des rapports de proximité entre acteurs.
... In that way, the cycle of money is enhanced, because the larger companies generally send the money out from the society and the economy and save them in international banks. Therefore, that money is lost from society, decreasing consumption (Bourdin & Nadou, 2018;Constantinos Challoumis, 2021, 2018d, 2019a, 2019c, 2020a, 2021aDriver, 2017;Dybowski & Adämmer, 2018;Khan & Liu, 2019;Marques, 2019;Miailhe, 2017;Ortun, Lopez-Valcarcel, & Pinilla, 2017;Shamah-Levy et al., 2019;Taub, 2015). Then, according to the fixed-length principle, the local companies which save their money in local banks should have lower tax rates. ...
Article
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This paper seeks to make clear how the concept of the cycle of money works in an actual case scenario like this of the economic system of Thailand. The index of the cycle of money suggests how an economic system ought to counteract a monetary crisis and examines how well-structured a country's economy is. The estimations of the index of the cycle of money of Thailand are compared with the global average index of the cycle of money. The estimations reveal that Thailand is above the average global value. Thailand's results show that it is a well-structured economy and can face an economic crisis. The applied methodology stands on the analysis of the theory, mathematical, statistical, and econometrical results. The current work is important as it represents the strength of Thailand's economy to a potential crisis. The results could be achieved by the application of the theory of the cycle of money to a country's economy. Prior real case scenario conclusions are from Latvia, Bulgaria, and Serbia. This theory shows that companies with high capital should invest in manufacturing and high technology sectors having fewer taxes, for better distribution of money to the economy and smaller companies to cover the rest economic sectors. These results are from a project for multiple countries and this is the only study until the present time about this country's index of the cycle of money. The period that is used for compilations is the global recession period of 2012-2017.
... Si manager un territoire signifie établir une stratégie claire, alors, plutôt que de parler de planification ou de schémas régionaux, faudrait-il s'orienter davantage vers des stratégies régionales et peut-être comme en Nouvelle-Aquitaine mettre en oeuvre une DATARR, le dernier R pour régional. Certes, la régionalisation au sens de la loi NOTRe (2015) (Bourdin et Nadou, 2018) avec un dossier porté par les trois grandes villes Caen-Le Havre-Rouen et pour un label unique pour le management territorial de l'innovation en Normandie . Mais dès la fin 2019, la labellisation re-éclatait en trois French tech locales et distinctes… Ce n'est pas toujours simple et évident la régionalisation. ...
Article
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L’importante réorganisation territoriale qu’a connue la France à la suite des lois de 2015 et 2016 a conduit les acteurs politiques à mettre au centre de la réflexion les relations qu’entretiennent les acteurs économiques avec les nouvelles formes de régionalisation entrevues au travers de ces réformes territoriales. Les compétences renforcées, notamment en matière de développement économique, que ces nouvelles dispositions législatives et normatives ont avancée pour les régions françaises, s’inscrivent dans un débat plus large d’articulation des stratégies et de convergence des intérêts d’acteurs territoriaux au service du développement et de l’aménagement des territoires. La régionalisation telle qu’elle est envisagée, invite à réfléchir sur la capacité des territoires à proposer i) des stratégies spécifiques et innovantes de développement et ii) des modèles de coopération territoriale qui intègrent la multiplicité des acteurs et la complexité de leurs relations, tout en favorisant de nouvelles alliances génératrices de performance collective. Le passage d’un aménagement du/des territoires à leur mangement semble devenir alors un cadre et une modalité d’action qu’il faut observer et analyser. Dès lors, les liens entreprises-territoires, ceux entre aménagement du territoire et innovation, entre lectures industrielles et spatiales de ces innovations, les formes multiples des proximités, les approches et des mesures en termes de résilience et de vulnérabilité, l’attention prometteuse aux écosystèmes, doivent en permanence être réexaminés, contextualisés, appréciés à l’aune d’outils et méthodes permis par cette ouverture et croisement disciplinaires.
Article
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Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires pour les collectivités territoriales, la question de l’efficacité des politiques menées est un sujet d’actualité. L’évaluation des politiques publiques de développement territorial fait l’objet de nombreux travaux académiques en sciences humaines et sociales. Or, de nombreux problèmes méthodologiques persistent parmi lesquels on retrouve la validité et le rôle des méthodes quantitatives et qualitatives, la nature des causalités, la qualité des données exploitées et leur raffinement, la multidimensionalité des phénomènes adressés par les politiques et des objectifs de celles-ci. Dans ce cadre, cet article vise à introduire le numéro spécial portant sur les problèmes et défis de la Science Régionale dans l’évaluation des politiques publiques à partir d’expériences de chercheurs pour en tirer des leçons.
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Autonomie des régions, économies budgétaires, renouvellement de l’organisation territoriale, décentralisation, recompositions régionales, amélioration de la proximité avec les habitants… La réforme territoriale propose une réorganisation des territoires s’appuyant sur une réduction et un remaniement du périmètre des régions ainsi que des transferts de compétences, prélude à des changements encore plus importants en matière d’affaiblissement de la place des départements. Loin de faire l’unanimité, elle soulève de nombreuses questions, sur la façon dont elle a été pensée et menée comme sur les objectifs attendus. Quelle légitimité des nouveaux périmètres régionaux ? Quels rôles et quelles fonctions des nouvelles Régions ? Comment mieux articuler les différentes couches du millefeuille territorial ? Comment (re)penser les projets de territoires de demain ? Quelles réformes dans les autres pays ? Durant plus d’un an, des chercheurs, spécialistes en Géographie, Aménagement du territoire, Economie Régionale, Marketing territorial…. ainsi que quelques acteurs de terrain, se sont penchés sur la réforme et ses évolutions. Au moment des élections régionales de Décembre 2015, qui marquent le passage à la nouvelle organisation territoriale de la France, nous vous invitons à prendre connaissance de leurs apports, afin d’éclairer le débat démocratique et pour mieux comprendre les enjeux, les attentes et les risques des élections.
Article
Through the exploratory analysis, this research note examines how companies in the nautical industry in Brittany perceive and evaluate the incentives proposed by public authorities to dynamize their territory. To this end it uses qualitative interviews with a coding and analysis phase. It formulates some hypothesis and through the use of a questionnaire, a quantitative study was made of a larger sample of companies in the nautical industry. The results show that companies generally vote for cluster strategies, and indirect incentives but seem to be rather hostile to direct economic aid. It also appears that the multiplication of decision-making levels in the implementation of public policies is seen as a hindrance to efficiency. All companies do not however perceive the policies in the same way. A typology of business is proposed. There are collaborators, sceptics, and opportunists companies. This result shows the complexity of the evaluation of public policies for entrepreneurship, because each group will use the incentives for the promotion of the territories in a differentiated way.
Article
Entrepreneurship support: what territorial level of public intervention The implementation of local entrepreneurial policies takes the form of a multiplicity of actions and public interventions at different geographic scales: state, region, metropolitan area. We propose in this paper to wonder about the dysfunctions raised due to the multiplicity of scales of public intervention in terms of support for business creation. Results based on qualitative interviews of a range of stakeholders of entrepreneurship support structures in Languedoc-Roussillon region show as tacking support structures at the various administrative and political levels that lead to a confusion of roles between the actors of the entrepreneurial support or even competition between structures or at least a lack of obvious use efficiency public funds.
Chapter
Two seemingly competing tendencies, the globalization of economic activity and the localization of industries, have captured the interest of scholars, economic development professionals, and policy-makers in recent years. While trends towards globalization of industries and companies appear to reduce the importance and distinctiveness of (subnational) regions, a tendency towards localization of certain industries and economic activities appears to do exactly the opposite. The simultaneous globalization and localization tendencies have created policy challenges for national and local governments. One response to these challenges has been a dramatic proliferation of regional development policies based on regional clusters of firms and industries.