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Pornodépendance - Stratégies des Conjointes : Lesquelles sont jugées efficaces en termes de mieux-être personnel et/ou d’aide à la rémission du trouble ?

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Stéphanie LADEL _______ D.I.U. Pratiques Addictives
Pornodépendance
Stratégies des Conjointes
Lesquelles sont jugées efficaces!en termes de mieux-être
personnel et/ou d’aide à la rémission du trouble ?
Université Claude Bernard ________________ Lyon 1
2016 _______ Directeur de mémoire!: Dr Aurélia GAY
Pornodépendance - Stratégies des Conjointes Stéphanie LADEL - 2016
SOMMAIRE
1. Pornodépendance, couple et implication de la conjointe ______ p. 3
1.1. Addiction au sexe
1.2. De la pornodépendance en France
1.3. De la pornodépendance et du couple
1.4. De l’implication de la conjointe
2. Méthodologie pour l’analyse de stratégies _________________________ p. 9
2.1. Usage d’un forum Internet dédié
2.2. Caractéristiques des membres sélectionnés
2.3. Extraction et analyse des éléments d’étude
3. Résultats de l’étude ______________________________________________ p. 14
3.1. Caractéristiques de l’échantillon
3.2. Résultats quantitatifs
3.3. Résultats qualitatifs
4. Discussion : la fin et les moyens __________________________________ p. 20
4.1. Stratégies = moyens
4.2. Coaddiction or not coaddiction?
4.3. Auto-centration et exo-centration
Bibliographie _____________________________________________________ p. 25
Annexes _________________________________________________________ p. 26
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1. Pornodépendance, couple et implication de la conjointe
1.1. Addiction au sexe
Le terme d’hypersexualité, sans lien formalisé avec les addictions, a été retenu dans le
DSM V pour le trouble de l’usage de la masturbation, de la pornographie, du comportement
sexuel entre adultes consentants, du cybersexe, du sexe par téléphone, des clubs de strip-
tease ou autre, répondant à ces 4 critères :
A. Fantasmes, pulsions sexuelles et comportements sexuels récurrents et intenses pendant
une période d'au moins 6 mois, en association avec 4 ou plus des 5 critères suivants :
1. Une grande partie du temps est utilisée par les fantasmes et pulsions sexuelles et
par la planification et l'accomplissement d'une activité sexuelle
2. Se livrer de façon répétitive à des fantasmes, pulsions et comportements sexuels
en réponse à des états d'humeur dysphorique (anxiété, dépression, ennui, irritabilité,…)
3. Se livrer de façon répétitive à des fantasmes, pulsions et comportements sexuels
en réponse à des évènements stressants de la vie
4. Efforts répétés mais infructueux pour contrôler ou réduire de façon significative
ces fantasmes, pulsions et comportements sexuels
5. S'adonner de façon répétitive à une activité sexuelle en ne tenant pas compte du
risque de préjudice physique ou affectif pour soi ou autrui
B. Présence d'une détresse personnelle significative ou d'une altération dans les domaines
sociaux, occupationnels ou autres domaines importants du fonctionnement associées avec
la fréquence et l'intensité de ces fantasmes, pulsions et comportements sexuels
C. Ces fantasmes, pulsions et comportements sexuels ne sont pas dus aux effets
physiologiques directs d'une substance exogène (drogue prêtant à un abus, médicament,…)
D. La personne a au moins 18 ans.
Des scientifiques ont toutefois plaidé en faveur de sa reconnaissance en tant qu’addiction.
Notamment : «!Malgré le manque de données scientifiques robustes, un certain nombre
d’éléments cliniques, comme la fréquente préoccupation pour ce type de comportement,
le temps passé dans les activités sexuelles, la poursuite de ce comportement malgré les
conséquences négatives, les efforts répétés et sans succès pour le réduire, sont en faveur
d’un trouble addictif. De plus, il y a une comorbidité élevée entre le trouble hypersexuel
et les autres comportements addictifs.!» (GARCIA, THIBAUT, 2010)
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C’est également dans cette perspective de pratique addictive ayant conduit à un trouble
de l’usage que se place ce mémoire.
3 à 6% de la population seraient atteints d’addiction sexuelle ; parmi eux, 5 hommes pour
1 femme. Quant au trouble de l’usage de la cybersexualité, repéré par la durée de
visualisation de sites pornographiques (plus de 7 à 14 heures par semaine), il concernerait
6 à 9% des internautes de sexe masculin. (THIBAUT, 2012)
1.2. De la pornodépendance en France
La pornodépendance — porn addiction ou pornography addiction!en anglais — est donc une
addiction comportementale, sexuelle, rattachée à la cybersexualité et se limitant à des
troubles de la consommation d’images, animées ou non, à caractère pornographique, très
souvent associée à des pratiques masturbatoires.
«!Le principal producteur de drogue au monde, c’est le cerveau humain!» (LOWENSTEIN,
2016). Et cette consommation d’images entraîne en effet à elle seule, chez certains, des
comportements répondant aux critères diagnostiques de l’addiction (GOODMAN, 1990).
Leur prise en compte en addictologie se développe, notamment en France, mais reste à
ses balbutiements. Notamment, le fréquemment cité test de dépistage de l’addiction
sexuelle!Sexual Addiction Screening Test - SAST (CARNES, 2001) (ANNEXE 1) permet mal de
diagnostiquer une addiction à la pornographie.
En effet, il comporte plusieurs questions portant sur l’auto-jugement d’une pratique qui
serait ressentie comme anormale. Or, la consommation de pornographie est intégrée dans
la culture sexuelle admise pour une part de plus en plus importante d’individus, ce qui
peut concourir au déni de trouble lié à son usage.
Les 25 premières questions de l’Internet Sex Screening Test - ISST (DELMONICO, 1999)
(ANNEXE 2) pourraient être une meilleure alternative. En effet, bien qu’ancien, ce test
spécifique a récemment été considéré comme étant le seul parmi 20 questionnaires et
échelles analysés à distinguer les usagers problématiques des usagers non-problématiques
(ELEUTERI, TRIPODI, PETRUCELLI et al., 2014).
En tout état de cause, la plupart du temps, en France, les personnes dites
pornodépendantes — à entendre de manière élargie et graduelle en référence à l’approche
dimensionnelle des addictions dans le DSM V — se considèrent ainsi seulement par «!auto-
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diagnostic!», à travers un prisme personnel. Elles recherchent donc des solutions (soutien
des pairs, consultations...) de leur propre chef, lorsqu’elles, ou leur conjoints,
s’inquiètent de l’anormalité de leur pratique et/ou de leur état.
Le visionnage de pornographie est un comportement légal dans notre pays, hors usage de
matériel pédo-pornographique. Et son support est très accessible puisque largement
diffusé via Internet dont le taux de pénétration est de 86% pour l’abonnement fixe et de
1
49% pour le mobile ; 82% des français surfant sur le web tous les jours, durant des heures
(We are Social Singapore, 2016).
Une partie des consommateurs de pornographie en a ou en aura un usage problématique,
pour autant il n’existe pas de données statistiques formelles liées à la pornodépendance à
l’échelle nationale.
1.3. De la pornodépendance et du couple
La pornodépendance est liée à la conjugalité de diverses manières : du couple fantasmé
!J’arrêterai quand je serai en couple.!») aux ruptures sentimentales pour ce motif, de
l’incapacité à aborder une femme au secret gardé sur son trouble dans son couple, bien
des réalités existent et sont relatées en consultation.
L’administrateur du site d’information et d’entraide www.pornodependance.com a donc
diffusé deux questionnaires en ligne, pour célibataires et pour personnes en couple, qui a
trouvé un écho auprès de 520 de ses visiteurs se reconnaissant dans un usage
problématique de la pornographie (AFREG, 2014).
Les répondants n’ont pas tous indiqué leur lieu de résidence, mais la très forte majorité de
ceux qui l’ont fait résident en France. Ils sont presque tous des hommes (97%), dont une
petite moitié est en couple (44%). En couple ou célibataires, ils consomment de la
pornographie plus d’une fois par semaine pour 88% d’entre eux.
Les répondants célibataires sont 35% à estimer que la pornographie a pu être la cause
d'une ou de plusieurs ruptures sentimentales et 44% à avoir l’impression que le
pornographie les a «!détraqués!», qu’ils ne pourront jamais être amoureux. La plupart
d’entre eux disent avoir déjà essayé en vain d'arrêter la pornographie (74%) et préférer ne
plus jamais en consommer plutôt que d’être connus comme pornodépendants (84%).
Taux de pénétration : Pour 100 habitants. Rapport entre le nombre d'abonnés à un service et la
1
population totale. Un individu peut posséder plusieurs abonnements, ce qui augmente le numérateur.
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Quant aux répondants en couple, ils sont 40% à consommer de la pornographie alors que
leur compagne l'a découvert et leur a fait savoir sa désapprobation, et 95% à indiquer
qu’ils choisiraient leur compagne si elle leur demandait de choisir entre elle et le porno.
On notera le présupposé d’hétérosexualité des couples dans les questions posées.
Un second questionnaire en ligne, diffusé sur le même site un an plus tard auprès de
conjointes de pornodépendants, a reçu 124 réponses (AFREG, 2015-2016). Ce questionnaire
ne s’adresse qu’aux femmes, avec le même présupposé d’hétérosexualité des couples.
Bien que chaque question soit facultative, les données exprimées ci-dessous portent
toujours sur plus de 120 réponses. En moyenne, les répondantes ont 37 ans, et sont en
relation depuis 9 ans avec un homme de 2 ans leur aîné.
85% ont découvert par elles-mêmes le comportement de leur compagnon, soit par hasard,
soit suite à des investigations. Elles ont alors été 60% à en parler à un proche. Et 37% à un
professionnel. Quant à leur conjoint, il nie être dépendant dans la moitié des cas (51%).
Les impacts de cette découverte sont nombreux. 84% des répondantes ont songé à quitter
leur compagnon. Sur le plan conjugal, 90% se sentent trahies ; sur le plan sentimental, 48%
déclarent aimer moins leur conjoint ; et sur le plan parental, 75% des mères craignent que
leurs enfants pâtissent de la situation. Enfin, sur un plan personnel, les répercussions sont
également fortes : 89% se sentent moins belles, moins désirables, et 75% moins aimées.
1.4. De l’implication de la conjointe
A la question «!Face à son addiction, préférez-vous vous impliquer plutôt que de garder vos
distances ?!», 80% répondent oui. Plus exactement, elles sont 88% à répondre oui lorsque
leur conjoint reconnaît son trouble, et 72% dans le cas contraire.
Et effectivement, consultante sociale, ou assistante sociale indépendante, je suis sollicitée
par des personnes souffrant directement ou indirectement d’une addiction!; et suite à un
concours de circonstances, plus particulièrement par des personnes souffrant de troubles
de l’usage de la pornographie ou par leurs conjointes, en consultations à distance. Plus
encore depuis que j’ai rédigé un article de blog qui commence ainsi :
«!Un internaute a découvert mon activité en faisant la recherche suivante sur Google :
"quand arrêteras-tu de regarder des films pornographiques ?". Quelle détresse il devait
ressentir pour se mettre à tutoyer son moteur de recherche ! Voici donc cet article, qui se
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veut être un condensé de réponses aux questions qui me sont fréquemment posées par les
conjoints de pornodépendants!» (LADEL, 2014)
Si l’on s’en réfère aux données des deux questionnaires précités, 97% des pornodépendants
en France seraient des hommes, dont 44% seraient en couple, dont 40% consommeraient de
la pornographie alors que leur compagne l'a découvert et leur a fait savoir sa
désapprobation, dont 80% auraient des conjointes préférant s’impliquer face à leur
addiction. Ainsi, pour 100 pornodépendants, 14 conjointes seraient prêtes à s’impliquer à
leur côté.
Bien entendu, ces questionnaires comportent des biais, le plus évident étant qu’ils ont été
soumis aux visiteurs du site www.pornodependance.com, ayant donc admis au préalable le
lien entre le comportement problématique et le concept d’addiction ou de dépendance.
Pour autant, ils tendent à évoquer une réalité : s’il s’agit là d’une pratique addictive
sexuelle, mettant alors en question le couple, c’est aussi dans le couple que l’on peut
rechercher un levier d’aide à la rémission du trouble.
Une récente brochure d’information et de conseils (Addiction Suisse, 2016) m’a par ailleurs
interpelée et semblé pertinente tant par son approche que par sa visée : s’adresser
simplement aux conjoints de personnes souffrant d’un trouble de l’usage de l’alcool, en
tenant compte du fait, comme indiqué dans sa présentation, que «!certaines spécificités
liées au genre ont une influence non seulement sur ce qui est vécu mais également sur les
stratégies d’adaptation.!»
Mon objectif est donc d’étudier les stratégies de femmes en couple avec des hommes
qu’elles estiment pornodépendants, non seulement en tant qu’adaptation personnelle mais
également en tant qu’aide à la rémission du trouble du conjoint :
Quelles stratégies sont utilisées par les conjointes sachantes de pornodépendants,
pour un mieux-être personnel et/ou pour aider à la rémission du trouble de l’usage
de la pornographie, et lesquelles sont jugées efficaces par celles-ci ?
Mon hypothèse est la suivante :
Leurs stratégies centrées sur la lutte directe contre la consommation du
«!produit!» sont fréquentes mais non-efficaces, et celles qui ne le sont pas sont
peu fréquentes et efficaces.
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2. Méthodologie pour l’analyse de stratégies
2.1. Usage d’un forum Internet dédié
Afin d’analyser un grand nombre de témoignages, exprimés sans influence relative à la
connaissance du sujet de mon étude, j’ai choisi d’étudier les messages laissés sur le forum
du site cité précédemment, www.pornodependance.com.
Il s’agit d’une source francophone, essentiellement française, et, semble-t-il, jusqu’alors
inexploitée ; riche de déclarations de conjoints de personnes considérées, par elles-mêmes
ou par ces conjoints, addicts à la pornographie.
Une simple inscription à ce forum ouvert en 2010 m’a permis d’accéder à la liste des
membres. Quasiment tous ayant précisé leur genre dans leur profil, il m’a été assez aisé
de ne conserver que les membres féminins du forum. Ce choix facilite l’extraction des
éléments d’étude et garde une cohérence avec les éléments statistiques précités, mais ne
tient donc pas compte de deux cas de figure très minoritaires : les femmes
pornodépendantes, et les couples homosexuels .
2
Les membres féminins s'étant exprimés, hormis quelques dépendantes repérées par leurs
pseudos, sont à la fin du printemps 2016 au nombre de 614, et ont posté 13768 messages.
Pour que leur auto-jugement exprimé soit considéré définitif, j’ai retiré de ce listing les
membres ayant posté un ou des messages au-delà du 31 décembre 2015. Cela porte les
membres toujours présents dans le listing à 564, et leurs messages à 9250.
Et pour finir, afin que cette étude soit menée par une seule personne dans un temps
relativement court, j’ai choisi de randomiser comme suit : conservation d’un membre sur
12, à partir du listing établi et classé par ordre chronologique d’inscription sur le forum.
Ainsi, les membres sélectionnés sont en définitive 47, et leurs messages 843 (ANNEXE 3).
2.2. Caractéristiques des membres sélectionnés
Notons en préambule qu’il est probable que des membres sélectionnés soient des
pornodépendantes, des journalistes ou encore des étudiantes. Par ailleurs, toutes les
0,6% des personnes se déclarant en couple, d’après INSEE, Enquête Famille et logements, 2011
2
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conjointes de pornodépendants n’expriment pas sur ce forum leurs stratégies et leur auto-
jugement de celles-ci. Aussi seront données ultérieurement les caractéristiques de
l’échantillon dont il aura été tiré des résultats.
Premier constat : 91% de l’échantillon a posté moins de 20 messages. Mais quelques
membres écrivent de très nombreux messages ; 352 pour le plus productif de la sélection.
La présence manifestée de ces membres sur le forum, de leur inscription à leur dernier
message, est souvent très courte : 30% sont présents moins d’une semaine, 49% moins d’un
mois, 62% moins d’un trimestre. Pour autant, là encore, des exceptions apparaissent, avec
notamment un membre ayant posté des messages durant des années.
A noter également : une longue présence manifestée sur le forum, pourtant en libre accès
de lecture aux visiteurs non-inscrits, n’entraîne pas pour autant une importante production
de messages. Ceux qui font figure d’exception sont au nombre de 3 :
- 1 : une moyenne de 4 à 5 messages par mois pendant près de 2 ans
- 2 : une moyenne de 25 messages par mois pendant 6 mois
- 3 : une moyenne de 8 messages par mois pendant 3 ans et demi
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Malgré ces différences, la répartition dans le temps des sujets de l’étude est homogène.
2.3. Extraction et analyse des éléments d’étude
L’objectif de l’extraction puis de l’analyse décrites ci-après est de classifier les stratégies
auto-évaluées exprimées selon la répartition suivante :
- pas de mieux-être, pas de rémission du trouble (inefficace)
- mieux-être, pas de rémission du trouble (partiellement efficace)
- pas de mieux-être, rémission du trouble (partiellement efficace)
- mieux-être, rémission du trouble (efficace en tous points)
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Tout d’abord, il s’agit d’extraire 5 éléments de l’ensemble des messages d’un membre
donné du forum, et ce pour chaque stratégie qu’il a exprimée :
1. stratégie expérimentée
2. évaluation en termes de mieux-être
3. évaluation en termes de rémission du trouble
4. lien établi entre 1 et 2
5. lien établi entre 1 et 3
Cette extraction requiert d’analyser objectivement des données littéraires. Il n’était pas
dans mes possibilités d’utiliser un logiciel d’analyse sémantique ; par ailleurs il me semble
que cet outil aurait présenté des limites pour déterminer les interactions entre stratégie,
mieux-être et rémission du trouble.
Aussi, c’est par une lecture exhaustive et attentive des messages des membres
sélectionnés que j’ai extrait les éléments probants. (étape 1)!
!
Puis c’est par une seconde lecture de ces extraits que j’ai vérifié la présence des 5
éléments recherchés : l’expression de la stratégie, de l’auto-jugement en termes de
mieux-être, de celui en termes de rémission du trouble du conjoint, et des deux relations
de cause à effet entre la stratégie-même et ces auto-jugements. (étape 2)
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Enfin, j’ai tenu compte du caractère positif ou négatif de chaque jugement et qualifié le
plus fidèlement possible la stratégie pour l’inscrire dans le tableau des résultats. (étape 3)
A titre d’exemple, voici quelques extraits (issus de l’étape 1) des 10 messages de l’une des
conjointes de pornodépendants sélectionnées, tels que je les ai étudiés (étapes 2 et 3) :
lisent tout ce qu’on écrit derrière leur écran, comme je l’ai moi-même bcp fait - Je sais
donc combien ces témoignages sont précieux NON-EXPLOITABLE (évoque le mieux- être, la
rémission du trouble de l’usage de la pornographie, ou les 2 ?)!
Il a lu les messages que j’ai écrits et ta réponse NON EXPLOITABLE (pas d’évaluation,
même exprimée plus loin)
Il n’a pas reconsommé de porno depuis ce fameux week end (soit un mois de sevrage)
NON-EXPLOITABLE SEUL (contexte de sevrage)
après notre conversation, j’ai appris qu’il a tenu 3 mois sans porno NON EXPLOITABLE (pas
de stratégie exprimée, même plus loin)!
nous avons refait l’amour ces derniers jours - Ca nous a fait du bien EXPLOITABLE
(stratégie : faire l’amour - mieux-être - aide à la rémission du trouble)
comme si j’étais en attente de réparation - je suis très triste de tout ça et j’ai bcp de
ressentiment NON-EXPLOITABLE SEUL (absence de mieux-être)!
j’ai l’impression que c’est avec mes questions et nos discussions qu’il a commencé à
prendre la réelle mesure de cette addiction au porno. Et surtout à en réaliser les
conséquences. Ca l’aide à ouvrir les yeux et à s’armer pour lutter contre EXPLOITABLE
(stratégie : questionner, discuter - pas de mieux être - aide à la rémission)
Il a rechuté. NON-EXPLOITABLE SEUL (rechute)
Il ne me quitte pas à cause de cette dépendance mais bien parce que c’est moi - J’ai aussi
dit que tout était terminé entre nous. NON EXPLOITABLE (pas d’autoévaluation)
Tant que je ne verrai pas qu’il s’est engagé réellement dans un véritable sevrage, je ne
partagerai plus de vie de couple avec lui. Pas d’intimité, pas de contact physique, pas de
projet. - tout ça est très difficile car je l’aime - Aujourd’hui je ne crois pas à son sevrage.
NON EXPLOITABLE (pas d’information claire sur rémission)
je vis une période de transition - J’ai besoin de me retrouver, faire le point avec moi-
même, préparer mon avenir. NON EXPLOITABLE (pas d’info claire sur rémission)
Ca me fait du bien d’écrire tout ça et m’aide à faire le point NON EXPLOITABLE (idem)
espionner et contrôler l'ordi pour savoir en est l'homme dans son sevrage n'a que
des effets contre-productifs. Cela retarde la mise en place d'un réel sevrage. - Du côté
de la compagne, cela alimente sa douleur, sa peine, ses obsessions et ... sa
codépendance ! - Je le sais bien , je suis tombée dans le panneau. EXPLOITABLE
(stratégie : espionner, contrôler l’ordinateur - pas de mieux être - pas d’aide à la rémission)
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vert
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A ce stade, les résultats sont ainsi compilés dans le tableau :
3. Résultats de l’étude
3.1. Caractéristiques de l’échantillon
Au final, ce sont les témoignages de 36 membres qui ont été étudiés intégralement, les
autres appartenant à des pornodépendantes (5 membres), à des conjointes d’hommes
souffrant d’addiction sexuelle au sens plus large (3 membres), à des conjointes d’hommes
souffrant de paraphilies (2 membres) et à une étudiante.
Les témoignages de 25 membres contenaient des stratégies auto-évaluées sur les deux
critères que sont le mieux-être personnel et l’aide à la rémission du trouble de l’usage de
la pornographie du conjoint.
Voici donc les caractéristiques de cet échantillon de 25 membres dont sont tis les
résultats, comparées à celles de ma sélection primaire de 47 membres effectuée par
randomisation :
Concernant le nombre de messages postés par chaque membre, les caractéristiques restent
sensiblement les mêmes. On note également toujours un pic à 2 messages.
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La présence manifestée des membres sur le forum, de leur inscription à leur dernier
message, présente une différence notable entre les membres de cet échantillon et ceux de
la sélection primaire : ils sont 20%, contre 30%, à s’identifier durant moins d’une semaine.
Cependant, la similarité des taux à 1 mois (52% contre 49%) puis de nouveau la
différenciation à 3 mois (56% contre 62%) ne permettent pas de conclure que les personnes
exprimant sur le forum une auto-évaluation de leurs stratégies sont plutôt celles qui sont
présentes depuis un certain temps en tant que membre. Exception faite, peut-être, de la
première semaine ; cette donnée méritant d’être vérifiée par l’étude de témoignages
provenant d’un plus grande nombre de membres.
Par ailleurs, il est à noter que les témoignages des deux membres les plus productifs en
messages dans cet échantillon (pour rappel : 2 : moyenne de 25 messages par mois
pendant 6 mois ; 3 : moyenne de 8 messages par mois pendant 3 ans et demi) n’ont pas
fourni plus de stratégies auto-évaluées que les témoignages des autres membres étudiés.
Enfin, la répartition dans le temps des sujets de l’étude reste homogène.
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3.2. Résultats quantitatifs
Voici donc les résultats bruts de l’étude, les nombres entre parentses indiquant la
quantité de membres s’étant exprimé en ce sens.
Exemple : 12 femmes dans cet échantillon ont indiqué avoir pratiqué le contrôle ou
l’espionnage de l’ordinateur de leur conjoint pour le confronter à son usage de la
pornographie, et le fait que cela n’avait apporté ni mieux-être personnel, ni aide dans la
rémission du trouble de leur conjoint.
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mieux-être
pas de rémission du trouble
(2)
prendre soin de soi (1)
se faire soutenir par l’entourage (1)
mieux-être
rémission du trouble
(10)
lui faire lire sur la pornodépendance (2)
faire l’amour (1)
comprendre la maladie et ses
caractéristiques (1)
maîtriser les outils avec accord (1)
avoir confiance en son efficacité perso. (1)
donner de la valeur à ses efforts (1)
constater effets positifs de rémission,
excuser les négatifs (1)
rester positive (1)
orienter vers addictologue (1)
pas de mieux-être
pas de rémission du trouble
(54)
espionner ou contrôler l’ordinateur
pour confronter (12)
faire une crise : se disputer, crier sa
souffrance ou menacer (10)
insister pour qu’il reconnaisse qu’il a
un problème (9)
expliquer sa propre souffrance (6)
se mettre en cause, être plus sexy (5)
jeter ou maîtriser les outils (2)
tolérer ou tolérer si modération (2)
se replier, prendre de la distance (2)
être plus sexy et demandeuse (1)
se modérer sexuellement (1)
insister pour connaître ses raisons, où il
en est, et ce qu’il ressent (1)
retenir qu’il a rechuté (1)
lui montrer qu’on sera toujours là (1)
attendre pour aborder le sujet (1)
pas de mieux-être
rémission du trouble
(9)
questionner, discuter (2)
lui faire lire sur la pornodépendance (2)
jeter ou maîtriser les outils avec accord (2)
orienter vers un accompagnement pro (1)
menacer de se séparer (1)
se séparer (1)
Pornodépendance - Stratégies des Conjointes Stéphanie LADEL - 2016
La première information notable est que la plupart des stratégies pratiquées sont
qualifiées d’inefficaces, tant pour soi-même que pour la rémission de l’autre. Et certaines
sont employées par plus du tiers (faire une crise, insister) voire la moitié des membres
ayant exprimé leurs stratégies (espionner pour confronter).
De plus, certaines de ces stratégies, au moins inefficaces, si ce n’est productrices de
souffrances, sont employées de manière cumulative. Aussi retrouve-t-on souvent le trio
espionner pour confronter - faire une crise - insister. Et c’est alors que l’une d’entre elle
écrira dans l’un de ses messages : «!plus je me bats, et plus son état s'aggrave!!! ».
Deux autres éléments sont à souligner. D’un côté, certaines stratégies se révèlent efficaces
quant à la rémission du trouble, tandis que le mieux-être de la conjointe n’est pas au
rendez-vous.
La lecture exhaustive des messages forum de ces femmes permet de révéler que ces
stratégies sont en fait employées dans deux situations clés. Soit la conjointe est angoissée
et insuffisamment confiante en une possible rémission durable pour s’apaiser, soit son
sentiment de trahison est si puissant qu’elle reconnait avoir gagné une bataille contre
l’addiction mais estime avoir perdu la guerre de son couple.
De l’autre côté, cette étude montre que rarement les conjointes font le lien entre des
stratégies visant et produisant leur mieux-être, et la rémission de leur conjoint.
Plus encore, la lecture exhaustive de leurs messages fait apparaître que peu évoquent la
mise en place de stratégies pour aller mieux, y compris indépendamment d’une rémission
du trouble, alors même qu’elles expriment largement leur mal-être. Cela laisse à penser
que peu investissent une part de leur énergie à leur bien-être, la plupart semblant se
concentrer sur la lutte contre l’addiction en tant que seul empêchement au bonheur.
Nous nous arrêterons sur les stratégies jugées doublement efficaces lors de l’étude
qualitative. A noter ici qu’elles ne sont ni nombreuses, ni partagées par ces conjointes qui
se lisent les unes les autres.
3.3. Résultats qualitatifs
Afin de confronter mon hypothèse à ces résultats, voici une représentation de ces
stratégies faisant apparaître à la fois leur lien avec le «!produit!» et le nombre de
membres de l’échantillon qui les ont évoquées et évaluées en tous points.
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Pornodépendance - Stratégies des Conjointes Stéphanie LADEL - 2016
Le lien avec le «!produit!», la pornographie, est représenté par l’attribution de couleurs,
dans une gamme chaude à froide, distinguant les stratégies centrées sur le matériel à
usage pornographique (rouge), la sexualité (orange), la conjugalité ou la personne de la
conjointe (jaune), l’individu en tant qu’ayant un trouble de l’usage (vert), et l’individu en
tant que tel (bleu). Une couleur neutre est employée pour les stratégies d’attente (gris).
Le nombre de membres concerné est représenté par le nombre de carreaux employés.
Voyons tour à tour les 4 cases du précédent tableau, à la lumière de cette repsentation :
pas de mieux-être
pas de rémission du trouble
espionner ou contrôler l’ordinateur pour confronter (12)
faire une crise : se disputer, crier sa souffrance ou
menacer (10)
insister pour qu’il reconnaisse qu’il a un problème (9)
expliquer sa propre souffrance (6)
se mettre en cause, être plus sexy (5)
jeter ou maîtriser les outils (2)
tolérer ou tolérer si modération (2)
se replier, prendre de la distance (2)
être plus sexy et demandeuse (1)
se modérer sexuellement (1)
insister pour connaître ses raisons, où il en est, et ce
qu’il ressent (1)
retenir qu’il a rechuté (1)
lui montrer qu’on sera toujours là (1)
attendre pour aborder le sujet (1)
mieux-être
pas de rémission du trouble
prendre soin de soi (1)
se faire soutenir par l’entourage (1)
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Pornodépendance - Stratégies des Conjointes Stéphanie LADEL - 2016
pas de mieux-être
rémission du trouble
questionner, discuter (2)
lui faire lire sur la pornodépendance (2)
jeter ou maîtriser les outils avec accord (2)
orienter vers un accompagnement pro (1)
menacer de se séparer (1)
se séparer (1)
mieux-être
rémission du trouble
lui faire lire sur la pornodépendance (2)
faire l’amour (1)
comprendre la maladie et ses caractéristiques (1)
maîtriser les outils avec accord (1)
avoir confiance en son efficacité perso. (1)
donner de la valeur à ses efforts (1)
constater effets positifs de rémission, excuser les
négatifs (1)
rester positive (1)
orienter vers addictologue (1)
La traduction du tableau textuel par un graphique avec code couleur et proportions est
donc celle-ci :
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Pornodépendance - Stratégies des Conjointes Stéphanie LADEL - 2016
Mon hypothèse est ainsi en partie confirmée.
Concernant la quantité de stratégies déployées
Mon hypothèse est vérifiée quant à la quantité importante de stratégies inefficaces
utilisées, parfois même concomitamment ; et quant à la faible quantité de stratégies
déployées et s’avérant efficaces partiellement ou totalement.
Concernant l’efficacité de ces stratégies
L’éloignement des stratégies centrées sur la pornographie et son trouble de l’usage, mais
aussi centrées sur la sexualité, apparaît bien être un facteur de réussite en termes de
mieux-être personnel et d’aide à la rémission du trouble du conjoint. A noter que toutes
les stratégies étudiées centrées sur la sexualité ont échoué sur les deux points évalués.
Néanmoins, apparaissent d’autres éléments importants à prendre en compte. Le principal
est que les stratégies centrées sur le couple ou auto-centrées semblent également
préjudiciables pour la plupart de celles utilisées.
Les stratégies d’attente, peu utilisées, se sont avérées inefficaces sur les deux points
évalués.
!
Enfin, les stratégies tournées vers le conjoint en tant que dépendant ont aussi été
déployées, la moitié du temps avec inefficacité. Il s’agit alors de stratégies d’insistance
décrites comme tentatives d’aide à la sortie du déni, d’une stratégie d’insistance pour
aider le conjoint à s’exprimer, et d’une dernière appuyant sur les rechutes et non les
périodes d’abstinence de l’usage.
Les stratégies estimées efficaces en tous points relèvent soit d’actes bénéficiant de
l’adhésion du conjoint, soit de postures gratifiantes pour celui-ci et optimistes. Il n’est
alors pas étonnant d’y trouver une stratégie centrée sur les supports à la pornographie,
telle que la maîtrise de ceux-ci ; puisqu’ayant été mise en place avec l’accord du conjoint.
4. Discussion : la fin et les moyens
Cette étude relève le peu d’influence du nombre de messages postés sur la quantité de
stratégies auto-évaluées exprimées. Et si la lecture de messages forum permet d’éviter le
biais de désirabilité sociale des entretiens, elle apporte des propos figés, les zones
d’ombre ne pouvant être explorées.
sur 20 30
Pornodépendance - Stratégies des Conjointes Stéphanie LADEL - 2016
Il me semble dommage, avec ce recul, de ne pas avoir étendu l’étude à un plus grand
nombre de membres, en ne sélectionnant que ceux ayant rédigé un nombre restreint de
messages, 10 ou 15 par exemple, afin qu’à temps de lecture égal une plus grande quantité
de situations soit analysée.!
!
Ceci étant dit, les résultats obtenus ici sont suffisamment marquants pour en tirer un
certain nombre de conclusions, citées plus haut.
4.1. Stratégies = moyens
Concernant le fait de savoir si les stratégies de lutte directe contre la consommation du
«!produit!» sont non-efficaces, et si celles qui ne le sont pas sont efficaces, cette étude a
permis de déterminer deux éléments essentiels.
Le premier est que l’éloignement, de la part des conjointes, des stratégies centrées sur la
pornographie, la sexualité, le couple et la personne-même de la conjointe, au profit de
stratégies centrées sur le conjoint en tant qu’individu dans son ensemble ou en tant
qu’individu en prise avec une addiction, favorise à la fois la rémission du trouble de
l’usage de la pornographie par l’homme, et le mieux-être de sa conjointe.
A noter qu’ici toutes les stratégies employées, de lutte directe ou indirecte, sont reliées à
la pornographie ou au conjoint en tant que pornodépendant, à l’exception peut-être d’une
stratégie utilisée par un seul membre de l’échantillon, et exprimée de manière générale :
avoir confiance en l’efficacité personnelle de son conjoint.
Le second élément est qu’il s’agit d’une tendance, pondérée par d’autres facteurs. En
effet, au-dede cette tendance nérale, des stratégies centrées sur la lutte directe
contre la vision compulsive de pornographie s’avèrent efficaces, dans un contexte
d’adhésion de la personne ayant ce trouble, voire de regard gratifiant et positif sur lui.
Et des stratégies centrées sur l’individu se sont avérées inefficaces une fois sur deux, car
dans un contexte d’occultation de l’efficacité personnelle au changement (la conjointe
notant les rechutes sans tenir compte des périodes d’abstinence de l’usage), et/ou dans un
contexte d’insistance et d’ingérence qui n’est pas sans rappeler la notion de réflexe
correcteur (Miller, 2000).
Or, ce réflexe, lorsqu’il se traduit en actions face à une personne ambivalente dans sa
volonté de changer, induit résistance ou évitement.
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Pornodépendance - Stratégies des Conjointes Stéphanie LADEL - 2016
La réactance psychologique (BREHM et BREHM, 1981) du pornodépendant, qui découle de
cette insistance, paraît d’autant plus forte que la menace d’atteinte à sa liberté de penser
et d’agir a trait à une addiction. Elle concerne là un élément ayant une place cruciale dans
sa vie, et l’alternative proposée, illégitime aux yeux d’une personne en déni, est
répétitive et radicale : s’en éloigner immédiatement, totalement et définitivement.
Nous retiendrons donc que si l’hypothèse est à première vue vérifiée, elle ne fait état que
de la pertinence de certaines catégories de moyens d’aide comparativement à d’autres,
tandis que l’on ne peut s’affranchir de l’impact de l’ambiance, de l’intention dans laquelle
sont délivrées ces aides (ni du stade de changement dans lequel se trouve le conjoint).
4.2. Coaddiction or not coaddiction?
Ce rapprochement entre moyens!d’aide et intentions, entre stratégies des conjointes et ce
qui sous-tend ces comportements, a été décrit dans les signes et caractéristiques de co-
addiction sexuelle (Carnes, Delmonico, Griffin, 2009) (ANNEXE 4).
La part de l’entourage dans le système addictif est ainsi nommée co-addiction ; et est co-
addict le proche devenu si investi dans une addiction qu’il participe au trouble.
L’ambiance engendrant les actes est dans ce cas là, selon les auteurs, la collusion, la
préoccupation obsessionnelle, le déni, le tourment émotionnel, la manipulation, la
responsabilité excessive, la compromission ou perte de soi, le blâme et la punition, et/ou
la réactivité sexuelle de la conjointe co-addict.
Et les efforts des conjointes co-addicts pour restaurer la relation, tantôt de manière
agressive et critique, tantôt de manière compliante et permissive, toujours en tant que
martyrs, sont décrites comme non seulement inefficaces, mais aussi intensifiant le trouble.
(Carnes, 2001).
L’implication forte mais inefficace de conjointes dans l’aide à la rémission du trouble,
notamment autour des thèmes de leur couple et de leur personne (ici : faire une crise (se
disputer, crier sa souffrance ou menacer) (10), expliquer sa propre souffrance (6) et lui
montrer qu’on sera toujours là (1)), peut donc s’entendre comme un signe de co-addiction.
Pour ces auteurs, dans le cas la conjointe, co-addict, se pense indispensable (Carnes,
2001), il lui est rappelé que son rôle n’est pas de surveiller le comportement de l’homme
avec lequel elle vit, de le garder sobre!et d’assurer sa satisfaction sexuelle. Ne pouvant
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Pornodépendance - Stratégies des Conjointes Stéphanie LADEL - 2016
garantir la rémission de son conjoint, elle est au contraire encouragée à se détacher de ce
qui est de sa responsabilité à lui, pour se recentrer sur sa propre vie, sa rémission et sa
sobriété comportementale (Carnes, Delmonico, Griffin, 2009).
4.3. Auto-centration et exo-centration
Cette notion de détachement amène à s’interroger :
Pour apporter une aide efficace à son conjoint tout en restaurant son bien-être, la
conjointe ne devrait-elle pas employer des stratégies non pas décentrées du
«!produit!», mais décentrées d’ «!elle-même!» ?
Pour tâcher de répondre à cette question, voyons de nouveau les résultats bruts de l’étude
et un graphique reprenant les auto-évaluations en termes de mieux-être personnel et de
rémission du trouble de l’usage de la pornographie du conjoint, selon que les stratégies
sont auto-centrées - dans le sens où le centre de l’action et du savoir est la conjointe (en
rose) ou exo-centrées - le centre de l’action et du savoir est ailleurs (en bleu).
A noter que les stratégies exo-centrées témoignent en elles-mêmes d’une posture non co-
addictive de la conjointe, tandis que les stratégies auto-centrées ne sont pas forcément le
fait d’une co-addiction.
mieux-être
pas de rémission du trouble
prendre soin de soi (1)
se faire soutenir par l’entourage (1)
pas de mieux-être
pas de rémission du trouble
espionner ou contrôler l’ordinateur pour
confronter (12)
faire une crise : se disputer, crier sa
souffrance ou menacer (10)
insister pour qu’il reconnaisse qu’il a un
problème (9)
expliquer sa propre souffrance (6)
se mettre en cause, être plus sexy (5)
jeter ou maîtriser les outils (2)
tolérer ou tolérer si modération (2)
se replier, prendre de la distance (2)
être plus sexy et demandeuse (1)
se modérer sexuellement (1)
insister pour connaître ses raisons, où il en
est, et ce qu’il ressent (1)
retenir qu’il a rechuté (1)
lui montrer qu’on sera toujours là (1)
attendre pour aborder le sujet (1)
mieux-être
rémission du trouble
lui faire lire sur la pornodépendance (2)
faire l’amour (1)
comprendre la maladie et ses
caractéristiques (1)
maîtriser les outils avec accord (1)
avoir confiance en son efficacité perso.
(1)
donner de la valeur à ses efforts (1)
constater effets positifs de rémission,
excuser les négatifs (1)
rester positive (1)
orienter vers addictologue (1)
pas de mieux-être
rémission du trouble
questionner, discuter (2)
lui faire lire sur la pornodépendance (2)
jeter ou maîtriser les outils avec accord
(2)
orienter vers un accompagnement pro (1)
menacer de se séparer (1)
se séparer (1)"
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La traduction du tableau textuel par un graphique avec code couleur et proportions est
donc celle-ci :
Cette lecture des résultats tend à démontrer que toutes les stratégies de conjointes sous-
tendues par la considération que l’action ou le savoir est ailleurs qu’en soi (en la personne
ayant un trouble de l’usage de la pornographie, en des professionnels,…) sont aidantes
pour la rémission du trouble.
Toutefois, l’étude ne portant que sur 25 témoignages de conjointes de pornodépendants,
cela n’a peut-être simplement pas laissé la place à des contre-exemples en la matière.
Une étude élargie à plus de témoignages, telle que suggérée plus haut, permettrait de
confirmer ou de pondérer ces résultats.
Ces stratégies exo-centrées ne sont pas pour autant toujours sources de mieux-être
personnel, pour les raisons que j’ai déjà spécifiées. Elles ne sont pas non plus les seules
stratégies aidantes pour la rémission du trouble.
Les stratégies auto-centrées ne sont donc pas à bannir, dans cette intention d’aide à la
rémission mais aussi parce que ce sont les seules répertoriées dans cette étude à apporter
un mieux-être personnel indépendamment de la rémission du trouble chez le conjoint.
—— —— ——
En espérant que cette étude sera un outil de compréhension et d’aide à la communication
et au soutien de ces femmes consciemment impliquées dans une situation de
pornodépendance."
sur 24 30
Pornodépendance - Stratégies des Conjointes Stéphanie LADEL - 2016
Bibliographie
Addiction Suisse. «!Vivre avec une femme alcoolique / Vivre avec un homme alcoolique!». 4e
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AFREG, (pseudo). «!Résultats des questionnaires - dépendants célibataires - dépendants en
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BREHM, Sharon, et W BREHM, Jack W. Psychological Reactance!: A Theory of Freedom and
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ELEUTERI, Stefano, Francesca TRIPODI, Irene PETRUCELLI, Roberta ROSSI, et Chiara SIMONELLI.
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LOWENSTEIN, William. Pourquoi les casinos connaissent-ils un tel succès!? Radio Europe 1, 19
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comme-elle/il-ny-en-a-pas-deux-comme-elle-pourquoi-les-casinos-connaissent-ils-un-
tel-succes-2672725
MILLER, Wiliam R., et Stephen ROLLNICK. Motivational interviewing: preparing people for
change. 2nd edition., 2002.
THIBAUT, Florence. «!Ce qu’il faut savoir sur l’addiction au sexe!». Quotidien du Médecin,
2012.
We are Social Singapore, éd. «!Digital in 2016!», 2016. Disponible ici : http://wearesocial.com/
uk/special-reports/digital-in-2016"
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ANNEXE 1
Sexual Addiction Screening Test (SAST)
Ce test comporte 25 questions, dont la réponse est oui ou non.
Répondre "oui" à 13 questions ou plus suggère fortement une addiction sexuelle.
1. A-t-on abusé de vous sexuellement, pendant l’enfance et l’adolescence ?
2. Êtes-vous abonné(e) ou achetez-vous régulièrement des revues érotiques ?
3. Vos parents ont-ils eu des problèmes sexuels ?
4. Êtes-vous souvent préoccupé(e) par des pensées sexuelles ?
5. Avez-vous le sentiment que votre comportement sexuel n’est pas normal ?
6. Est-ce que votre conjoint(e) s’inquiète ou se plaint de votre comportement sexuel ?
7. Avez-vous du mal à arrêter votre conduite sexuelle lorsque vous savez qu’elle est
inappropriée ?
8. Vous sentez-vous mal à l’aise vis-à-vis de votre comportement sexuel ?
9. Est-ce que votre comportement sexuel a causé des problèmes pour vous-même ou
votre famille ?
10. Avez-vous cherché assistance pour un comportement sexuel que vous n’aimiez pas ?
11. Avez-vous eu peur que les gens apprennent votre conduite sexuelle ?
12. Avez-vous fait du mal aux autres émotionnellement par votre conduite sexuelle ?
13. Certaines de vos activités sexuelles sont-elles hors la loi ?
14. Vous êtes-vous promis à vous-même de cesser certain comportements sexuels ?
15. Avez-vous fait des efforts pour renoncer à certains comportements sexuels sans
réussir ?
16. Devez-vous cacher certains de vos comportements sexuels ?
17. Avez-vous essayé de cesser certains comportements sexuels ?
18. Pensez-vous que certains de vos comportements sexuels ont été dégradants ?
19. Le sexe a-t-il été pour vous une manière d’échapper à vos problèmes ?
20. Êtes-vous déprimé(e) après un rapport sexuel ?
21. Avez-vous senti le besoin de cesser certaines formes d’activité sexuelles ?
22. Est-ce que vos activités sexuelles ont perturbé votre vie familiale ?
23. Avez-vous eu des rapports sexuels avec des mineurs ?
24. Vous sentez-vous dominé(e) par vos désirs sexuels ?
25. Pensez-vous que vos désirs sexuels sont plus forts que vous ?
CARNES, Patrick. «!Sexual Addiction Screening Test!». In Out of the Shadows: Understanding Sexual Addiction, 3e édition, 2001.
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ANNEXE 2
Internet Sex Screening Test (ISST)
DELMONICO, David L. «!Internet Sex Screening Test!», 1999. Disponible ici : http://www.internetbehavior.com/pdf/isst.pdf
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DELMONICO, David L. «!Internet Sex Screening Test!», 1999. Disponible ici : http://www.internetbehavior.com/pdf/isst.pdf
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ANNEXE 3
Membres du forum www.pornodependance.com
sélectionnés pour l’étude
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ANNEXE 4
Inventaire de codépendance au cybersexe
Ce test comporte 35 questions, dont la réponse est oui ou non.
Répondre "oui" à 18 questions ou plus suggère une co-dépendance.
1.I constantly think or obsess about my partner’s cybersex behaviors and motives.
2.I engage in self-destructive behaviors (physically, sexually, or emotionally).
3. I check my partner’s e-mail accounts, computer files, ant the like for evidence of sexual material.
4.I blame myself for all the problems related to my partner’s sexual use of the Internet.
5.I believe that if I changed, my partner would stop acting out sexually on the Internet.
6.I feel shame as a result of my behavior or my partner’s behavior related to cybersex.
7.I feel anxiety as a result of my behavior or my partner’s behavior related to cybersex.
8.I use my own sexuality as a way to manipulate my partner.
9.I feel numb to my own sexual needs and wants.
10. I accept my partner’s norms as my own.
11. I find myself doing sexual things I don’t want to do.
12. I am overly sexual to satisfy my partner.
13. I take responsibility for my partner’s cybersex behaviors and their consequences.
14. I keep secrets to protect my partner.
15. I rarely feel intimate during sexual encounters with my partner.
16. I lie to cover up for my partner.
17. I totally deny that there are any problems with cybersex.
18. I always seem to be in the midst of a crisis or problem.
19. I threaten to leave my partner, but never follow through.
20. I am giving up my own life goals, hobbies, and interests as a result of my partner’s cybersex.
21. I have changed my dress or appearance to accommodate my partner’s wishes.
22. I believe I can eventually change my partner.
23. I play martyr, hero, or victim roles.
24. My life seems increasingly unmanageable.
25. I go against my own morals, values, and beliefs.
26. I deny my intuitions.
27. I am feeling more and more unworthy.
28. I shut down sexually from my partner as a result of his or her use of cybersex.
29. I am obsessed with learning more about cybersex through the media, the Internet, and so on.
30. I am considering engaging in cybersex as a way to make my partner understand my feelings.
31. I have fantasies about getting revenge on my partner and his or her online «!friends!».
32. I am in competition with the computer for my partner’s time and attention.
33. I am irritable with others when I think about my partner’s cybersex use.
34. I neglect important areas of my life because of my partner’s cybersex use.
35. I am a cybersex codependent.
CARNES, Patrick, David L. DELMONICO, et Elizabeth GRIFFIN. «!Family Dynamics and Cybersex!».
In In the Shadows of the Net: Breaking Free of Compulsive Online Sexual Behavior, 2nd edition., 2007.
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Article
Integration of addiction into the theory and practice of psychiatry has been hampered by the lack of a definition of addiction which is scientifically useful. A definition is proposed, with diagnostic criteria specified in a format similar to that of DSM-III-R. Essentially, addiction designates a process whereby a behavior, that can function both to produce pleasure and to provide escape from internal discomfort, is employed in a pattern characterized by (1) recurrent failure to control the behaviour (powerlessness) and (2) continuation of the behaviour despite significant negative consequences (unmanageability). Some practical and theoretical implications of this definition are then explored.
« Résultats des questionnaires -dépendants célibataires -dépendants en couple
AFREG, (pseudo). « Résultats des questionnaires -dépendants célibataires -dépendants en couple », 2014. Disponible ici : http://www.pornodependance.com/r %E9sultatsquestionnaires.htm ---. « Résultats du questionnaire -compagnes de pornodépendants », 2015-2016. Disponible ici : http://www.pornodependance.com/resultatsquestionnairescompagnesfev16.htm
Psychological Reactance : A Theory of Freedom and Control
  • Sharon Brehm
  • W Brehm
  • W Jack
BREHM, Sharon, et W BREHM, Jack W. Psychological Reactance : A Theory of Freedom and Control, 1981.
  • David L Delmonico
DELMONICO, David L. « Internet Sex Screening Test », 1999. Disponible ici : http:// www.internetbehavior.com/pdf/isst.pdf
« Questionnaires and scales for the evaluation of the online sexual activities : A review of 20 years of research
  • Stefano Eleuteri
  • Tripodi Francesca
  • Petrucelli Irene
  • Rossi Roberta
  • Simonelli Et Chiara
ELEUTERI, Stefano, Francesca TRIPODI, Irene PETRUCELLI, Roberta ROSSI, et Chiara SIMONELLI. « Questionnaires and scales for the evaluation of the online sexual activities : A review of 20 years of research ». Cyberpsychology : Journal of Psychosocial Research on Cyberspace, 2014.
  • Frederico D Garcia
  • Florence Et
GARCIA, Frederico D., et Florence THIBAUT. « Sexual Addictions ». The American Journal of Drug and Alcohol Abuse, 2010.
Quand arrêteras-tu de regarder des films pornographiques ?
  • Stéphanie Ladel
LADEL, Stéphanie. « Quand arrêteras-tu de regarder des films pornographiques ? », 2014. Disponible ici : http://cabinet-social.fr/arreteras-tu-regarder-films-pornographiques/
Pourquoi les casinos connaissent-ils un tel succès ? Radio Europe 1, 19 février 2016
  • William Lowenstein
LOWENSTEIN, William. Pourquoi les casinos connaissent-ils un tel succès ? Radio Europe 1, 19 février 2016. Disponible ici : http://www.europe1.fr/emissions/il-n-y-en-a-pas-deuxcomme-elle/il-ny-en-a-pas-deux-comme-elle-pourquoi-les-casinos-connaissent-ils-untel-succes-2672725