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Tradition et traduction. L’évolution de la science militaire hongroise de la fin du xviie siècle au début du xix

Authors:
La Révolution française
Cahiers de l’Institut d’histoire de la Révolution française
13 | 2018
Pratiques et enjeux scientifiques, intellectuels et
politiques de la traduction (vers 1660-vers 1840)
Tradition et traduction. L’évolution de la science
militaire hongroise de la fin du XVIIe siècle au
début du XIXe siècle
Tóth Ferenc
Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/lrf/1864
DOI : 10.4000/lrf.1864
ISSN : 2105-2557
Éditeur
IHMC - Institut d'histoire moderne et contemporaine (UMR 8066)
Référence électronique
Tóth Ferenc, « Tradition et traduction. L’évolution de la science militaire hongroise de la n du XVIIe
siècle au début du XIXe siècle », La Révolution française [En ligne], 13 | 2018, mis en ligne le 22 janvier
2018, consulté le 03 mai 2019. URL : http://journals.openedition.org/lrf/1864 ; DOI : 10.4000/lrf.1864
Ce document a été généré automatiquement le 3 mai 2019.
© La Révolution française
Tradition et traduction. L’évolution
de la science militaire hongroise de
la fin du XVIIe siècle au début du XIXe
siècle
Tóth Ferenc
1 Avant d’aborder le sujet principal de cette étude, il paraît indispensable de souligner
quelques particularités de l’histoire hongroise qui exercèrent une forte influence sur
l’évolution de la science militaire hongroise, ainsi que sur les différents mouvements de
traduction d’ouvrages. Il convient d’abord de préciser le contexte. Au cours d’un « long
XVIIIe siècle », l’histoire hongroise connut des bouleversements considérables : les guerres
turques et la libération du pays (1661-1699), les mouvements anti-Habsbourg des révoltés
hongrois (1670-1711), les tentatives d’intégration du Royaume de Hongrie dans la
Monarchie autrichienne (1711-1790) et le renouveau des mouvements nationaux avec les
grandes réformes (1790-1848). Dans le cadre de cette étude, nous nous proposons de
présenter les principaux mouvements et personnages qui jouèrent un rôle important, par
le biais des traductions de textes, dans la formation d’une pensée militaire moderne qui
eut une influence considérable sur la genèse du mouvement national moderne.
2 Malgré son histoire mouvementée, une caractéristique fondamentale restait constante en
Hongrie durant la période examinée : les élites hongroises essayaient de développer soit
une large autonomie politique et institutionnelle à l’intérieur des pays de la Monarchie
habsbourgeoise, soit une indépendance politique et militaire, notamment à l’époque de la
guerre menée par le prince François II Rákóczi (1703-1711)1. Il en résulta que la question
de la défense du pays, ainsi que celle du développement de la science militaire restaient
au cœur de ces mouvements. Une seconde particularité réside dans les affaires
linguistiques et culturelles hongroises. La Hongrie de cette époque était un pays
multiethnique et polyglotte. Hormis la population hungarophone, il y avait des minorités
allemandes, roumaines, slaves et autres qui coloraient la situation linguistique. En plus, la
langue hongroise, d’origine finno-ougrienne et comportant beaucoup d’éléments turcs et
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ouralo-altaïques, restait très difficile d’accès aux populations ne parlant pas cet idiome.
La langue hongroise avait en outre des variantes régionales et le long processus de
création d’une langue littéraire commune se déroula également dans la seconde moitié de
la période étudiée ici. L’emploi du latin dans l’administration (jusqu’en 1844 !) et d’autres
langues, comme l’allemand ou le français, dans les différents secteurs scientifiques était
tout à fait courant dans les différentes régions du Royaume de Hongrie. Néanmoins, le
désir de disposer d’ouvrages en hongrois existait déjà depuis longtemps et cela favorisait
aussi les traductions, en particulier dans le domaine militaire2.
3 Au début du XVIIe siècle, les changements économiques, sociaux et politiques, ainsi que les
conflits militaires transformèrent radicalement les guerres européennes. Cette
transformation de grande envergure, appelée « révolution militaire » (Military Revolution)
dans la littérature contemporaine, était accompagnée et favorisée par la croissance
spectaculaire des ouvrages militaires, ainsi que leur expansion en Europe grâce à
l’imprimerie3. Au cours du XVIIe siècle, on compte environ cinq cents titres d’ouvrages
militaires, publiés à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. La Hongrie suivait de
loin ce mouvement. Si nous voulons découvrir les raisons du manque d’ouvrages
militaires dans ce pays, il faut prendre en considération que l’unité politique et
territoriale du Royaume de Hongrie avait disparu après la bataille de Mohács en 15264 et
suite aux occupations ottomanes (1541-1699) : la moitié du royaume était passée sous la
domination des Habsbourg, la Transylvanie était devenue vassale de l’Empire ottoman et
la partie centrale du pays était occupée directement par les Turcs. À partir de cette date,
on ne pouvait parler d’armée hongroise qu’en Transylvanie, les affaires militaires de la
Hongrie royale étant gérées depuis Vienne. Ces divisions politiques se sont accompagnées
d’une longue période de guerres, sur environ cent cinquante ans, qui avait causé des
pertes humaines et matérielles énormes. Ainsi, les ressources nécessaires manquaient
pour l’établissement d’une armée permanente moderne aussi bien en Hongrie qu’en
Transylvanie. En outre, les circonstances politiques et militaires empêchaient également
la constitution d’une armée importante. Les forces armées hongroises étaient
majoritairement composées d’unités levées en fonction des obligations féodales et
périodiques. Elles représentaient une valeur militaire plus faible, une composition et une
manière de combattre moins efficace que les armées occidentales. Tandis que, en Europe
occidentale les guerres (les sièges et les batailles) étaient menées par des armées bien
disciplinées et équipées d’armes à feu ainsi que d’armes blanches, la défense des confins
militaires, dans l’Empire des Habsbourg, était assurée par une armée majoritairement
composée de cavalerie légère caractérisée par une tactique irrégulière (reconnaissance,
guerres de partis, embuscades)5.
Nicolas Zrínyi et son œuvre
4 En Hongrie, même dans les années 1650, Nicolas Zrínyi pouvait prendre ombrage de
certaines réflexions puisque « les autres nations écrivent des livres sur le commandement
des armées, et nous, nous en rions : combien de savoir-faire et de métiers faut-il pour
cela ? »6. Au XVIIe siècle, face à la riche palette de la littérature militaire occidentale, celle
de la Hongrie restait bien pauvre. Cela ne signifiait pas que la Hongrie était à l’écart des
mouvements de la pensée militaire européenne ou bien que personne, en dehors de
Zrínyi, ne s’occupait des problèmes militaires du Royaume de Hongrie ou de la
Transylvanie. Dans les correspondances princières ou seigneuriales, dans les archives
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familiales, parmi les feuilles volantes, dans les mémoires et propositions de
l’administration centrale de Vienne on retrouve des traductions hongroises qui
influencèrent l’évolution de la langue militaire hongroise du XVIIe siècle7.
5 Nicolas Zrínyi était l’arrière-petit-fils du « héros de Szigetvár », qui portait les mêmes
nom et prénom et dont il immortalisa la mémoire dans une épopée intitulée le Désastre de
Sziget8. Il naquit en 1620 en Croatie et devint orphelin très jeune. Son éducation fut alors
confiée à Pierre Pázmány, l’archevêque de Strigonie9, qui le plaça dans des établissements
tenus par des jésuites. Ayant acquis une large culture humaniste, Zrínyi fit également un
voyage d’études en Italie, en 1636, qui détermina sa vocation d’homme de lettres. Il
participa aux opérations militaires de la fin de la guerre de Trente Ans contre les Suédois.
Il fut nommé général par l’empereur en 1646 et, l’année suivante, ban de Croatie. Cette
dignité lui permit de diriger l’organisation de la défense des frontières militaires
hungaro-croates contre les Turcs. Il s’avéra aussi un stratège et écrivain remarquable.
Outre ses œuvres poétiques ou dramatiques, il rédigea des ouvrages militaires (Petit traité
de campagne, Le preux capitaine) et devint ainsi le père fondateur de la pensée militaire
hongroise moderne10.
6 Grâce à la riche bibliothèque de son château de Csáktornya, Zrínyi possédait une
documentation considérable. Il put ainsi rédiger des ouvrages originaux sur le modèle des
traités militaires occidentaux, traités dont il assura également la traduction. Nous
connaissons deux traductions de sa plume. La première est un traité de Charles Quint sur
la levée d’un régiment d’infanterie. Dans ce texte, nous trouvons des mots étrangers
adaptés en hongrois (du latin, de l’allemand, de l’italien, du français), tels que mustra (
Muster all.), generális (général), tracta (traité), ainsi que des mots hongrois d’origine
étrangères comme kapitány (capitaine) et darabont (trabant all., satellite). Le second
ouvrage traduit par Zrínyi est un traité de Lazare Schwendi sur le service militaire. On y
trouve d’autres nouveautés terminologiques, comme lármahely ( Alarmplatz all., place
d’armes), hadnagy (Rittmeister all., capitaine de cavalerie), kvártélymester (Quartiermacher
all., quartier-maître), strázsamester (Wachmeister all., sergent). Ces textes attestent bien de
l’influence des premières traductions sur le vocabulaire militaire hongrois11.
7 L’activi scientifique militaire de Zrínyi exerçait une influence considérable sur la
littérature militaire hongroise. Adam II Batthyány, fils d’Adam Ier Batthyány, le
compagnon d’armes et successeur de Zrínyi comme ban de Croatie, commença, dans les
années 1690, la rédaction d’un ouvrage militaire en hongrois intitulé Mars Politicus12. Cet
ouvrage fragmentaire est d’autant plus intéressant qu’il continue le genre du discours
militaire inspiré par les recueils d’aphorismes et de miroirs royaux favorisés par Zrínyi.
On y voit également une forte volonté de l’auteur de s’exprimer en langue hongroise qui
met davantage en relief la réussite des ouvrages de Zrínyi. Le processus commencé sous
l’influence de Zrínyi s’amplifia durant la guerre d’indépendance de François II Rákóczi. Le
prince Rákóczi s’inspira considérablement des idées de Zrínyi afin de régulariser son
armée. Les règlements militaires acceptés par la diète de 1707 dérivaient du Petit traité de
campagne de Zrínyi. En 1705, toujours à l’époque de la guerre d’indépendance de Rákóczi,
le général Simon Forgách publia le texte du Remède contre l’opium turc, dédié au prince
Rákóczi13.
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L’influence de la guerre d’indépendance du prince
François II Rákóczi
8 Le prince François II Rákóczi s’intéressa vivement à ce sujet. Dans ses ouvrages
autobiographiques, tout comme dans ses Mémoires et ses Confessions, il publia ses
réflexions militaires. Sa bibliothèque de Rodosto témoigne de son intérêt pour l’art
militaire et on y trouve, entre autres, les ouvrages historiques les plus populaires en cette
matière, notamment lHistoire de Polybe de Folard, les Commentaires de Monluc et les
Discours de La Noue14. Les premiers échecs de la guerre d’indépendance du prince Rákóczi
montraient bien l’incapacité des officiers de son armée à résister à la puissante armée
impériale. Comme il ne pouvait pas les remplacer par d’autres, les officiers étrangers
(français) étant isolés dans son armée, il décida de réorganiser la direction de son armée.
Il fonda, en 1707, un corps d’élite – Nemesi Társaság (« la compagnie des jeunes nobles ») –
destiné aux postes d’officiers et qui devaient recevoir une formation sous son contrôle
personnel. Accordant une importance à la formation théorique, il fit imprimer un livre de
Zrínyi et consulta longuement ses officiers français sur les problèmes de la tactique
militaire. Il composa également un ouvrage en hongrois dont le titre en français serait
« L’école d’apprentissage de l’homme de guerre », datant des années 1707-1708. Les
fragments de ce manuscrit comprennent deux chapitres probablement originaux du
prince et deux autres empruntés à l’ouvrage de François de La Vallière intituPratique et
maximes de la guerre (La Haye, 1693)15. Son chef d’œuvre dans le domaine de la mise en
ordre de son armée fut le règlement militaire, Regulamentum universale, qui fut même voté
par la diète d’Ónod en 1707. Le texte juridique comporte les règles fondamentales créant
et organisant l’armée des rebelles hongrois : la levée des troupes, les différentes armes,
l’organisation interne, le ravitaillement et le paiement des troupes, etc. Néanmoins, la
réalité était souvent bien loin des souhaits du prince exprimés dans cette loi qui, pour
l’essentiel, resta lettre morte16.
9 Après la fin de la guerre d’indépendance hongroise, une partie des anciens combattants
hongrois s’installèrent en France et sur le territoire de l’Empire ottoman, notamment
dans la petite ville de Rodosto, sur le littoral de la mer Marmara. Certains entrèrent
comme agents au service de la diplomatie de la France ou de la Sublime Porte. Les
Hongrois, dont la langue ressemblait au turc, apprirent celle-ci avec une facilité inouïe et
acquirent ainsi une assez bonne réputation comme interprètes de fortune17. Plusieurs
entre eux se distinguèrent comme d’excellents traducteurs d’ouvrages.
10 Clément Mikes, le secrétaire du prince Rákóczi dans son exil à Rodosto, fut un traducteur
infatigable. Il traduisit au moins douze ouvrages de la langue française en hongrois. Son
chef d’œuvre, les Lettres de Turquie18, fut également composé d’extraits d’ouvrages
français traduits en hongrois. Les travaux de Mikes furent publiés bien après la mort de
leur auteur mais, par leur valeur et leur influence littéraire, contribuèrent fortement à
l’évolution des langue et littérature hongroises du XVIIIe siècle19.
11 Un autre traducteur hongrois appartenant à l’émigration politique fut le célèbre renégat
Ibrahim Müteferrika (1674/75-1747), fondateur de la première imprimerie dans l’Empire
ottoman. D’après les témoignages des archives de l’ancien palais des sultans du Topkapi
Sarayi, il fut employé comme interprète en hongrois, mais il eut également plusieurs
missions diplomatiques importantes20. Durant l’activité de son imprimerie, Ibrahim
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Müteferrika publia dix-sept ouvrages en vingt-deux volumes. Son ouvrage intitulé Usul el-
Hikem fî Nizâm el-Ümem (Pensées sages sur le système des peuples) fut très probablement
composé d’extraits traduits d’ouvrages militaires occidentaux. Plus tard, cet ouvrage fut
même traduit par le comte Charles Emeric de Reviczky21 sous le titre de Traité de la
tactique ou méthode artificielle pour l’ordonnance des troupes, publié en 1769 à Vienne et la
même année également à Paris. Cet ouvrage fut rédigé par Ibrahim Müteferrika après la
révolte de Patrona Halîl, le chef des janissaires révoltés en 1730 pour montrer les points
faibles du système politique et militaire de l’Empire ottoman22.
12 Issu de l’émigration politique, François baron de Tott (1733-1793) fut incontestablement
l’expert militaire le plus connu en activité au XVIIIe siècle dans l’Empire ottoman. Durant
la guerre russo-turque (1768-1774), il réalisa des réformes importantes à Constantinople.
Notamment, il fit construire des forts sur les Dardanelles et le Bosphore, réorganisa
l’artillerie turque et fonda une nouvelle école de mathématiques pour laquelle il traduisit
lui-même des ouvrages militaires français afin de préparer ses leçons23.
Le mouvement national à l’époque des Lumières
13 Contrairement aux siècles précédents, dominés par la langue latine, celui des Lumières
fut caractérisé par une extraordinaire variété linguistique et par l’épanouissement de la
langue française. Cette effervescence linguistique provoqua également en Hongrie un
bouillonnement culturel et incita les intellectuels à agir. Conscients du recul de la
langue latine en Europe et de l’incapacité du hongrois d’exprimer avec précision les
termes scientifiques et les idées modernes, les écrivains hongrois de l’époque
commençaient à réfléchir sur la rénovation de leur langue maternelle dans le domaine
scientifique, y compris la science militaire, particulièrement importante pour la noblesse
hongroise. L’impératrice-reine Marie-Thérèse reconnut également la nécessité des
réformes et facilita la formation d’une élite militaire hongroise. L’institution centrale de
la formation militaire de la noblesse hongroise fut la Garde du corps nobiliaire hongroise
fondée en 1760 à Vienne. Les membres de la Garde, délégués directement par les comitats,
recevaient un traitement durant cinq ans et pouvaient bénéficier du rayonnement
culturel de la ville de Vienne. Celle-ci était alors une splendide résidence impériale et une
véritable ville de cour en pleine transformation. Du point de vue des idées françaises,
Vienne jouait alors un rôle d’intermédiaire entre la France et la Hongrie. Ce rôle, déjà
démont dans le cas des idées des Lumières et des idées religieuses (jansénisme,
richerisme etc.), ne peut être que réaffirmé dans le domaine militaire. De plus, la
francophonie vivante de la capitale impériale ne fit qu’accélérer l’influence de la pensée
française sur la jeunesse hongroise. C’est une époque de fourmillement d’idées intense
dont témoigne à l’envi la grande quantité d’ouvrages traduits par des Hongrois. Les
premiers projets de modernisation et de perfectionnement de la langue hongroise vinrent
des membres de la Garde nobiliaire hongroise, dont le chef de file était l’écrivain Georges
Bessenyei. Ce dernier s’écria dans un pamphlet en 1778 : « Jamais une nation ne parvint à
la science qu’en sa langue maternelle, et non pas en langue étrangère24 ». À leur
entreprise se joignirent les poètes David Baróti Szabó, Jean Batsányi et François Kazinczy,
qui devinrent par la suite les chefs du mouvement de rénovation. Ils fondèrent la revue
Musée Hongrois à Kassa en 1788, principal organe de diffusion de leurs idées.
14 Le mouvement de modernisation linguistique débuta avec la traduction massive des
œuvres d’auteurs classiques et modernes. Dans un article publié en 1789, le poète Jean
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Batsányi souligna que « les nations qui brillent aujourd’hui avaient commencé par
traduire ». Il y donna même les règles de la traduction : précision, fidélité au style et au
contenu. Les premières pièces de théâtre jouées dans les grandes villes hongroises étaient
également des pièces étrangères traduites. Du point de vue juridique, la traduction était
libre de droits car le code civil hongrois d’alors (Corpus Juris) ne comportait aucun article
sur la protection des œuvres littéraires et scientifiques (copyright)25. Le programme de
modernisation fut aussi une réaction nationale à la politique de germanisation
(uniformisation) de Joseph II. Après la découverte de la conjuration des « jacobins
hongrois » en 1794, les représailles des autorités autrichiennes décimèrent le mouvement
des réformateurs progressistes, mais François Kazinczy survécut et en devint le chef
charismatique. Désormais, ce fut lui qui dirigea les progrès de la modernisation
linguistique par le biais d’une correspondance étendue avec l’intelligentsia hongroise.
Deux grands courants s’établirent dans le mouvement. Il y avait tout d’abord les
néologues (novateurs), qui s’assignaient comme objectifs d’enrichir et d’embellir la
langue, de la libérer des lourdeurs qui en estompaient la force expressive. Ils suivaient les
règles grammaticales qui présidaient à la formation de mots nouveaux dans les langues
européennes. Ils appliquaient fréquemment la dérivation, en ajoutant à un radical un
suffixe, empruntés tous deux au fonds primitif de la langue, souvent pour traduire en
hongrois un terme abstrait ou technique latin, allemand ou français (par ex. batterie/üteg
26). Bien que beaucoup d’expressions maladroites ne soient pas parvenues à s’intégrer
dans la langue hongroise, celle-ci s’est enrichie de plus de dix mille mots nouveaux27
durant un siècle d’activité novatrice.
15 La période allant de 1825 jusqu’à la révolution et guerre d’indépendance de 1848-49
s’appelle en Hongrie « l’ère des réformes ». C’est alors que les penseurs les plus éclairés,
des nobles ayant fait des études dans les pays occidentaux, des bourgeois cultivés ou de
simples officiers de fortune ayant combattu à l’étranger, se mobilisèrent en faveur de la
modernisation de leur patrie. Parmi les motifs les plus importants de ce mouvement,
l’état vulnérable de la défense hongroise fut au premier rang. La faite de l’ancien
système de la levée en masse féodale hongroise, la fameuse insurrection nobiliaire28, en
particulier lors de la bataille de Raab en 1809, mit en cause la pensée militaire
traditionnelle, qui favorisait l’emploi de la cavalerie, surtout la cavalerie légère (les
fameux hussards hongrois) et dévaluait le rôle de la discipline lors des opérations
militaires. De telle sorte, la nouvelle génération des officiers hongrois devint plus ouverte
aux idées occidentales à l’époque de la publication du chef-d’œuvre de Clausewitz.
16 Le premier ouvrage scientifique militaire, intitulé Hadi tudomány (Science militaire), parut
à Pest en 1807 de la plume de Joachim Szekér (1752-1810). Malgré l’originalité
incontestable de ce travail, on peut y retrouver plusieurs extraits traduits des grands
auteurs militaires prussiens. Les années 1807 et 1808 furent marquées par les préparatifs
de la guerre contre Napoléon en Hongrie. Ce fut alors qu’une autre compilation de science
et d’histoire militaires vit le jour à Pest grâce à un lieutenant de l’armée insurgée
hongroise, Jean Jung. L’ouvrage en question porte le titre A Hadi Mesterséget tárgyazó
szükségesebb tudományoknak summás előadása (Présentation sommaire des sciences
nécessaires au métier militaire) et s’inspire des textes traduits des grands auteurs
français et allemands de la fin du siècle des Lumières. Une traduction majeure de l’époque
fut exécutée par le capitaine Ladislas Jakkó, qui publia en 1809 à Pest le chef d’œuvre
d’Adam Heinrich Dietrich Bülow (Geist der neueren Kriegssystems, Hambourg, 1799) sous le
titre de Az uj hadi tudomány lelke (L’esprit du système militaire nouveau). Cette nouvelle
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vague de traductions militaires fut renforcée par la fondation de l’Académie militaire
Ludovika à Pest en 1808. Aussitôt, un ouvrage pour la formation des officiers y fut publié
par le lieutenant Michel Alexandre Tanárky, qui fut d’ailleurs un excellent traducteur des
ouvrages de l’archiduc Charles29.
17 Ces nombreux officiers se spécialisèrent dans la science militaire et rédigèrent leurs
pensées en langue hongroise. Ils reconnurent que, outre l’importance du rayonnement
des génies, comme Napoléon, les efforts de nombreux petits penseurs furent également
nécessaires pour la lente poursuite des progrès de la science militaire. Ces penseurs
puisaient dans l’histoire militaire universelle et hongroise, la littérature scientifique
militaire, les phénomènes militaires de leur temps, ainsi que dans leurs propres
expériences militaires. Dans leurs ouvrages, datant de différentes périodes, nous
retrouvons aussi bien les résultats scientifiques originaux que les traductions,
transformations et compilations d’ouvrages scientifiques étrangers. En 1817, une nouvelle
revue scientifique intitulée Tudományos Gyűjtemény (Recueil Scientifique) fut fondée pour
diffuser des comptes rendus, recensions d’ouvrages et traductions d’auteurs anciens et
modernes30.
18 Le 3 novembre 1825, le comte Étienne Széchenyi, capitaine du 4e régiment de hussards,
offrit lors d’une séance de la diète hongroise un an du revenu de ses domaines pour la
fondation de l’Académie hongroise des sciences, où la science militaire occuperait une
sous-section de la section des mathématiques. Le comte Ladislas Festetich accorda dix
mille florins dans sa lettre de don du 27 juin 1826 « pour le perfectionnement des sciences
militaires dans notre chère Patrie » et pour les appointements annuels d’un membre
ordinaire dont la tâche consisterait en « la traduction en hongrois des ouvrages
scientifiques militaires des nations anglaise, française, russe, allemande et les autres
européennes qui en sont dignes sous la surveillance de la Société savante ». Entre 1830 et
1848, les membres militaires de l’Académie hongroise des sciences – notamment le
capitaine Charles Kiss, un officier académicien qui se distingua tout particulièrement lors
de la guerre d’indépendance hongroise (1848-1849), le capitaine Gustave Szontagh, le
lieutenant-colonel du génie Georges Baricz, le capitaine et juge militaire François Kállay,
le général major Jean Lakos, le major Michel Alexandre Tanárky, le lieutenant Jean
Korponay et le colonel Lazare Mészáros se distinguèrent dans l’introduction des
sciences militaires en Hongrie, ainsi que dans leur perfectionnement. On pourrait y
ajouter le nom de beaucoup d’autres écrivains militaires, dont le bombardier Éméric
Raksányi, le sous-lieutenant Jean Czecz et le caporal Joseph Virág, qui voulurent lancer –
sans autorisation – une revue intitulée Tudományos Hadász (Le militaire savant) en 1836.
Dans les périodiques de cette époque, nous trouvons beaucoup d’essais d’auteurs
militaires hongrois qui traitaient souvent de divers sujets des affaires militaires, à un
niveau comparable aux auteurs européens connus31.
19 La pensée napoléonienne dominait les premières décennies du XIXe siècle en Hongrie
également. C’est ce qu’indique la traduction des Maximes de guerre de Napoléon par
Charles Kiss (1793-1866), publiée en sept parties dans une revue scientifique de province (
Felső Magyar-Országi Minerva). Son grand adversaire, l’archiduc Charles, bénéficiait
également d’honneurs académiques considérables : en 1832, un projet de traduction de
ses œuvres complètes fut déposé à l’Académie hongroise des sciences. Par contre,
l’influence de la pensée clausewitzienne fut lente et difficile à démontrer. Faute
d’analyses systématiques des bibliothèques privées des officiers supérieurs de cette
période, et en l’absence de recherches philologiques exhaustives des manuscrits
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personnels des grands penseurs militaires de l’ère des réformes, nous devons nous
contenter de la présentation de quelques cas caractéristiques qui illustrent l’impact des
écrits de Clausewitz. Le premier écrivain militaire à reconnaître la grande valeur de son
chef d’œuvre fut Charles Kiss. L’Académie hongroise des sciences, depuis sa fondation en
1825 par le comte Széchenyi, préconisait le développement des sciences comme les
mathématiques, considérées comme utiles pour la fense de la patrie. Charles Kiss,
premier membre militaire de l’Académie, participa activement aux débats philosophiques
sur la nature des sciences de la guerre. Dans ce débat, il y avait trois conceptions : la
première rangeait les sciences militaires dans les mathématiques, la deuxième, avec
Jomini, les classait dans la catégorie des arts, tandis que la troisième conception les
inscrivait parmi les sciences à part entière. Kiss adhéra à cette troisième conception en
soulignant l’importance de l’ouvrage philosophique et analytique de Clausewitz32.
20 Un autre combattant du même mouvement laissa un manuscrit que nous pouvons
considérer comme la première tentative de traduction de Clausewitz en hongrois. Il s’agit
d’un jeune officier d’artillerie (bombardier) de l’armée royale et impériale, Émeric
Raksányi (1818-1849), qui reconnut pour la première fois l’importance primordiale de la
pensée de Clausewitz, ainsi que la nécessité de sa diffusion parmi le public hongrois. Il
composa plusieurs écrits dans lesquels il contribua à l’élaboration d’un nouveau
vocabulaire militaire hongrois, un des buts des officiers académiciens de cette époque. Il
faisait partie d’une jeune génération de penseurs militaires qui soutenaient la cause des
réformes et l’idée de la création d’une armée nationale hongroise, et qui furent les
premiers propagateurs de la pensée des grands auteurs militaires modernes, tels que
Bülow, l’archiduc Charles, Jomini et Clausewitz. Dans ses écrits intitulés Kalászok a
hadtudomány mezején (Épis dans le champ de la science de la guerre), parus dans la revue
Századunk en 1840, Raksányi présente un traité sur la guerre, l’armée et la science de la
guerre. Dans ce texte, il essaie de présenter en langue hongroise les thèses du Vom Kriege
de Clausewitz. Il utilisa surtout les deux premiers livres, qui décrivent la nature et la
théorie de la guerre. Le jeune auteur hongrois ne se contenta pas de traduire les pensées
de base du penseur prussien, mais il essaya de les développer et de les adapter à la
situation dans laquelle la Hongrie se trouvait dans la première moitié du XIXe siècle.
L’étude de Raksányi, malgré son caractère de compilation, constitue un jalon important
dans la pensée théorique militaire hongroise et dans la diffusion des idées de Clausewitz33.
21 En conclusion, nous pouvons constater une évolution lente, mais irrésistible, de la langue
hongroise dans le domaine des sciences militaires. Le début du mouvement était lié à
l’œuvre du comte Nicolas Zrínyi, premier penseur militaire hongrois, qui s’inspira des
théoriciens italiens, allemands et français et qui laissa une littérature militaire
fondamentale en hongrois à la fin du XVIIe siècle, une référence pour les penseurs
ultérieurs. La seconde étape de l’évolution se situe à l’époque de la guerre d’indépendance
hongroise (1703-1711) du prince François II Rákóczi, qui lui-même traduisit des ouvrages
militaires français en hongrois. L’émigration hongroise issue du mouvement de Rákóczi
continua en quelque sorte ce travail par de nombreuses traductions. Le siècle des
Lumières en Hongrie fut également caractérisé par la présence de la langue française et
de la langue allemande, qui influencèrent profondément la terminologie militaire
hongroise à travers les traductions complètes ou partielles des grands ouvrages de
l’époque. Même si les élites hongroises étaient plurilingues, la modernisation de la langue
hongroise devint une volonté politique. Le grand tournant vint à la fin du XVIIIe siècle et
au début du XIXe siècle lorsqu’un programme national pour l’élaboration d’une langue
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scientifique hongroise fut fixé. La fondation de l’Académie militaire Ludovika (1808) et de
l’Académie hongroise des sciences (1825) renforça l’organisation institutionnelle et
encouragea la traduction des grands ouvrages occidentaux qui étaient à l’origine de la
science militaire hongroise moderne.
NOTES
1. Ferenc TÓTH (dir.), Correspondance diplomatique relative à la guerre d'indépendance du prince
François II Rákóczi (1703-1711), Paris-Genève, Champion-Slatkine, 2012.
2. Sur les premiers traducteurs hongrois: Ildikó ZAN, Mű, fordítás, történet. Elmélkedések. (Oeuvre,
traduction, histoire. Réflexions), Budapest, Balassi, 2009, p. 23-37.
3. Voir sur le phénomène de la révolution militaire: Geoffrey PARKER, The Military Revolution,
Military Innovation and the Rise of the West 1500-1800, Cambridge, 1989.
4. Sur la bataille de Mohács : János B. SZABÓ et Ferenc TÓTH, Mohács 1526, Soliman le Magnifique
prend pied en Europe centrale, Paris, Economica, 2009.
5. Ferenc TÓTH, « L’évolution de la tactique de hussards au XVIIIe siècle en Europe », dans Choc, feu,
manœuvre et incertitude dans la guerre, Pully (Centre d’histoire et de prospective militaires), 2011,
p. 45-49.
6. Citation du 36e aphorisme du Vitéz hadnagy (Le preux capitaine) de Miklós ZRÍNYI, dans Összes
művei (Œuvres complètes), Budapest, 2003, p. 306.
7. Árpád MARKÓ, « Adalékok a magyar katonai nyelv fejlődéstörténetéhez I. Közlemény »
(Contributions à l’histoire de l’évolution de la langue militaire hongroise, Première partie),
Hadtörténelmi Közlemények, 1958 no 1-2, p. 148-157.
8. Jean HANKISS, Lumière de Hongrie, Budapest, 1935, p. 66-69. Voir également István LÁZÁR, Histoire
illustrée de Hongrie, Budapest, 1992. p. 69. Cet ouvrage a été récemment traduit en français : La
Zrínyiade ou Le Péril de Sziget, épopée baroque du XVIIe siècle, traduction et notes de Jean-Louis Vallin,
Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2015.
9. La ville d’Esztergom en Hongrie (Strigonium en latin).
10. Gábor HAUSNER, « Nicolas Zrínyi et la littérature militaire hongroise au XVIIe siècle », dans
Hervé COUTAU-BÉGARIE et Ferenc TÓTH (dir.), La pensée militaire hongroise à travers les siècles, Paris,
Économica, 2011, p. 61-84.
11. Árpád MAR, « Adalékok a magyar katonai nyelv fejlődéstörténetéhez II » (Contributions à
l’histoire de l’évolution de la langue militaire hongroise, seconde partie), Hadtörténelmi
Közlemények, 1958, no 3-4, p. 205-206.
12. Mars Politicus seu Maximae ac observationes Politicae Martiales ex Variis famosorum Ducum Exemplis
desumpter. Az Az Okos Hadviselő avagy Bölcs Hadakozásnak Külömbfele hires neves Had viselök Peldaibul
Szarmazot okos maximai es Tudománya, Magyar Országos Levéltár (Archives nationales hongroises,
Budapest), Les archives de la famille princière de Batthyány de Körmend, Memorabilia no 1341/D.
13. István CZIGÁNY, « Pensée scientifique et pratique militaire dans le royaume de Hongrie dans la
première moitié du XVIIIe siècle », dans Hervé COUTAU-BÉGARIE et Ferenc TÓTH (dir.), La pensée
militaire hongroise à travers les siècles, op. cit., p. 86-89.
14. Béla ZOLNAI, « II. Rákóczi Ferenc könyvtára » (La bibliothèque de François II Rákóczi), Magyar
Bibliofil Szemle 1925/26, p. 15-16.
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15. Cf. Éva V. WINDISCH, « Rákóczi Ferenc ismeretlen hadtudományi munkája » (Un ouvrage
militaire inconnu de François Rákóczi), Irodalomtörténeti Közlemények 1953, p. 29-56.
16. Imre BÁNKÚTI (dir.), Rákóczi hadserege (L’armée de Rákóczi), Budapest, 1976, p. 151-154.
17. Voir à ce sujet l'opinion de Charles de Chambrun, ancien ambassadeur de France à
Constantinople : « M. de Tott (François), comme tous les Hongrois, avait une facilité incroyable
pour apprendre les langues étrangères ; il est vrai que le hongrois, langue ouralo-altaïque, truffée
de mots turcs, s'apparente au parler des peuples ottomans », Charles de CHAM BRUN, À l'école d'un
diplomate. Vergennes, Paris, 1944, p. 89.
18. Voir l’édition récente de cet ouvrage en français: Jean RENGER, Thierry FOUILLEUL, Krisztina
KALÓ, Ferenc TÓTH et Gábor TÜSKÉS (dir.), Kelemen Mikes: Lettres de Turquie, Paris, Honoré
Champion, 2011.
19. Sur les traductions de Mikes voir Lajos HOPP, A fordító Mikes (Mikes, le traducteur), Budapest,
Universitas, 2002.
20. Cf. Ferenc TÓTH, « Ibrahim Müteferrika, un diplomate ottoman », Revue d’histoire diplomatique,
2012/3, p. 283-295
21. Charles-Éméric Reviczky (1737-1793), homme cultivé et polyglotte qui occupait des postes
diplomatiques importants (Varsovie, Berlin, Londres) dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Il
s’intéressa vivement à la science militaire et collectionna des rapports et mémoires français
d’importance militaire pendant ses séjours à l’étranger. Cf. Ferenc TÓTH, « Charles Emeric de
Reviczky : diplomate, penseur militaire et bibliophile de l’époque des Lumières », dans Guy
SAUPIN et Éric SCHNAKENBOURG (dir.), Expériences de la guerre et pratiques de la paix. De l’Antiquité au
XXe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013, p. 169-180.
22. Ibrahim MÜTEFERRIKA, Traité de la tactique ou méthode artificielle pour l’ordonnance des troupes,
Vienne, Trattern, 1769.
23. Frédéric HITZEL, L’Empire ottoman XVe-XVIIIe siècles, Paris, Les Belles Lettres, 2001, p. 264. Voir
également Avigdor LEVY, « Military Reform and the Problem of Centralization in the Ottoman
Empire in the Eighteenth Century », Middle Eastern Studies, Vol. 18, No. 3 (Jul., 1982), p. 10.
24. Ildikó JÓZAN, Mű, fordítás, történet. Elmélkedések. (Oeuvre, traduction, histoire. Réflexions),
Budapest, Balassi, 2009, p. 38.
25. Charles KECSKEMÉTI, La Hongrie des Habsbourg Tome II de 1790 à 1914, Rennes, PUR, 2011, p. 68-69.
26. Le verbe hongrois üt signifie battre en français.
27. Charles KECSKEMÉTI, La Hongrie des Habsbourg op. cit., p. 69.
28. Les origines du système de l’insurrection nobiliaire remontent à la Bulle d’Or du XIIIe siècle,
qui mentionne le devoir personnel des nobles de guerroyer en cas de nécessité (insurrection
personnelle). L’insurrection nobiliaire était, au XIVe siècle, de caractère féodal, tandis qu’elle se
transforma au siècle suivant en un système de défense nobiliaire général. Dans un premier
temps, les dignités ecclésiastiques et séculières s’engageaient à lever des troupes en fonction de
leurs moyens pour la défense du pays. Le système de levée en masse nobiliaire obligeait tous les
nobles, en fonction de leurs moyens également, à lever des soldats et à fournir armements,
munitions et vivres pendant la durée des campagnes. Cette nouvelle forme du système de
l’insurrection nobiliaire intégrait une grande masse de serfs dans les armées en élargissant
considérablement les couches militarisées de la société hongroise.
29. Tibor ÁCS, A reformkor hadikulturájáról (De la culture militaire de l’ère des réformes),
Piliscsaba, MTI, 2005, p. 99-101.
30. Voir à ce sujet: Tibor ÁCS, Haza, hadügy, hadtudomány. (Patrie, affaires militaires, science
militaire), Budapest, Honvédelmi Minisztérium, 2001, p. 5-210. Voir également László PÁSZTI,
« Hadi tzikkelyek, tábori utasítások és a többiek… Magyar hadtudományi munkák bibliográfiája »,
1790-1849. (Articles militaires, instructions de campagne et autres… Bibliographie des ouvrages
hongrois d’art militaire, 1790-1849) Hadtörténelmi Közlemények, 3/CXX, 2007, p. 1005-1081.
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31. Tibor ÁCS, « Les directions de la pensée militaire hongroise au XIXe siècle » dans Hervé
COUTAU-BÉGARIE et Ferenc TÓTH (dir.), La pensée militaire hongroise à travers les siècles, op. cit., p.
155-156.
32. Tibor ÁCS, A reformkor hadikulturájáról (De la culture militaire de l’ère des réformes), op. cit., p.
68-71.
33. Tibor ÁCS, « Clausewitz első magyar átültetési kísérlete » (Le premier essai de traduction
hongroise de Clausewitz), dans Gábor Hausner (dir.) Az értelem bátorsága. Tanulmányok Perjés Géza
emlékére (Le courage de l’intelligence. Mélanges à la mémoire de Géza Perjés), Budapest, 2005. p.
19-29. Voir également Ferenc TÓTH, « La réception de Clausewitz en Hongrie », Stratégique no
97-98 (2009) p. 175-184.
RÉSUMÉS
Le sujet de cette étude porte sur les changements de conception dans la pensée militaire
hongroise à travers un long XVIIIe siècle. La première partie de cette évolution concerne l’œuvre
du comte Nicolas Zrínyi, premier grand penseur hongrois modern qui s’inspire des penseurs
italiens et français et qui laisse une littérature militaire fondamentale en hongrois à la fin du XVII
e siècle, une référence incontournable pour les penseurs ultérieurs. La seconde étape de
l’évolution se situe à l’époque de la guerre d’indépendance hongroise (1703-1711) du prince
François II Rákóczi, qui lui-même traduit des ouvrages militaires français en hongrois. Le siècle
des Lumières en Hongrie est également caractérisé par la présence de la langue française et aussi
de la langue allemande qui influencent profondément la terminologie militaire hongroise.
Le grand tournant vient à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle où un programme
national de l’élaboration d’une langue scientifique hongroise est fixé. Cela se traduit sur la
création de nouveaux concepts hongrois dans l’esprit d’une politique linguistique puriste. On
assiste alors à une dualité des termes techniques (d’origine étrangère et hongrois) qui persiste
très longtemps dans la littérature militaire.
The topic of this study is about the changes of the Hungarian military though during a long 18th
century. The first part of this evolution concerns the activity of the count Nicolas Zrínyi, the first
modern Hungarian military writer inspired by the Italian and French thinkers and who leaves us
important military works in Hungarian language which became an essential reading for the next
generations. The second stage of this evolution is situated in the period of the Hungarian war of
independence (1703-1711) of the prince Francis Rákóczi II who translates himself French military
works into Hungarian. The era of enlightenment is also characterized by the presence of French
and German languages which deeply influenced the Hungarian military terminology.
The great change takes place at the end of the 18th and in the beginning of the 19th centuries
when the national program of the elaboration of the new scientific Hungarian language is set up.
It manifests himself by the creation of new Hungarian concepts in the spirit of a purist linguistic
policy. We are witnessing an upsurge of dual technical terminology (in foreign languages as well
as in Hungarian) which continues persistently in the military literature.
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INDEX
Mots-clés : histoire de la traduction, histoire hongroise à l’époque moderne, pensée militaire,
histoire de la langue hongroise, guerres d’indépendance hongroise
Keywords : history of translation, early modern Hungarian history, military though, history of
Hungarian language, Hungarian wars of independence
AUTEUR
TÓTH FERENC
Research Center for the Humanities – Institute of History
Hungarian Academy of Sciences
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« Adalékok a magyar katonai nyelv fejlődéstörténetéhez I. Közlemény » (Contributions à l'histoire de l'évolution de la langue militaire hongroise, Première partie), Hadtörténelmi Közlemények
  • Markó Árpád
Árpád MARKÓ, « Adalékok a magyar katonai nyelv fejlődéstörténetéhez I. Közlemény » (Contributions à l'histoire de l'évolution de la langue militaire hongroise, Première partie), Hadtörténelmi Közlemények, 1958 n o 1-2, p. 148-157.
Voir également István LÁZÁR, Histoire illustrée de Hongrie
  • Hankiss Jean
  • Budapest Lumière De Hongrie
Jean HANKISS, Lumière de Hongrie, Budapest, 1935, p. 66-69. Voir également István LÁZÁR, Histoire illustrée de Hongrie, Budapest, 1992. p. 69. Cet ouvrage a été récemment traduit en français : La Zrínyiade ou Le Péril de Sziget, épopée baroque du XVII e siècle, traduction et notes de Jean-Louis Vallin, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2015.
La pensée militaire hongroise à travers les siècles
  • Czigány István
István CZIGÁNY, « Pensée scientifique et pratique militaire dans le royaume de Hongrie dans la première moitié du XVIII e siècle », dans Hervé COUTAU-BÉGARIE et Ferenc TÓTH (dir.), La pensée militaire hongroise à travers les siècles, op. cit., p. 86-89.
  • Cf
  • V Éva
  • Windisch
  • Rákóczi
Cf. Éva V. WINDISCH, « Rákóczi Ferenc ismeretlen hadtudományi munkája » (Un ouvrage militaire inconnu de François Rákóczi), Irodalomtörténeti Közlemények 1953, p. 29-56.
Traité de la tactique ou méthode artificielle pour l'ordonnance des troupes
  • Müteferrika Ibrahim
Ibrahim MÜTEFERRIKA, Traité de la tactique ou méthode artificielle pour l'ordonnance des troupes, Vienne, Trattern, 1769.
Voir également Avigdor LEVY, « Military Reform and the Problem of Centralization in the Ottoman Empire in the Eighteenth Century
  • Hitzel Frédéric
  • L 'empire Ottoman Xv E -Xviii E Siècles
Frédéric HITZEL, L'Empire ottoman XV e -XVIII e siècles, Paris, Les Belles Lettres, 2001, p. 264. Voir également Avigdor LEVY, « Military Reform and the Problem of Centralization in the Ottoman Empire in the Eighteenth Century », Middle Eastern Studies, Vol. 18, No. 3 (Jul., 1982), p. 10.
De la culture militaire de l'ère des réformes)
  • Ács Tibor
Tibor ÁCS, A reformkor hadikulturájáról (De la culture militaire de l'ère des réformes), Piliscsaba, MTI, 2005, p. 99-101.