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« Les partis verts européens à l’aune du plafond de verre électoral. Résultats électoraux et profils des électeurs des partis verts en Europe »

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Abstract

Nés dans les années 1980, les partis verts européens se profilent comme des acteurs électoraux aux destins très divers. Dans les démocraties consociatives, ils se sont imposés comme des partis politiques pertinents. Pour autant, ils sont confrontés au plafond de verre électoral des 10%. S’ils s’affirment également dans certains pays d’Europe du Nord, les partis écologistes sont des organisations faibles voire insignifiantes en Europe méridionale, centrale et orientale. Au terme d’une analyse des performances électorales au cours des quarante dernières années, les partis verts européens apparaissent donc confrontés à deux défis : franchir un plafond de verre là où ils ont acquis une certaine visibilité et devenir des acteurs significatifs dans les nombreux pays qui sont encore pour eux des terres de mission. Sous l’angle de la sociologie électorale, et sur la base de la European Social Survey (2012), l’électorat vert peut toujours être analysé comme un groupe partageant des caractéristiques qui les distinguent des électeurs des autres partis etc e au-delà des frontières nationales. Au plan sociodémographique, les jeunes, les athées et agnostiques, les femmes, les citadins et les citoyens au capital éducatif élevé sont plus susceptibles de soutenir des partis écologistes. Ainsi, le vote vert peut être vu comme un vote basé sur une thématique qui transcende l’ancien clivage de classe. Enfin, les électeurs verts ont un profil militant spécifique puisqu’ ils sont clairement plus impliqués dans les nouvelles formes de participation politique enracinées dans le mouvement New Politics.
Cahiers du CEVIPOL
Brussels Working Papers
2018/1
Les partis verts européens à l’aune
du plafond de verre électoral
Résultats électoraux et profils des
électeurs des partis verts en Europe
Caroline Close, Pascal Delwit
ETUDES
STUDIES
Centre d’étude de la vie politique (CEVIPOL)
Université libre de Bruxelles
Campus du Solbosch
Avenue Jeanne 44 – CP 124
1050 Bruxelles
T. +32(0)2 650 4039
Editrice/Editor: Amandine Crespy, acrespy@ulb.ac.be
Archives et consignes pour soumission/Archives and instructions:
http://cevipol.ulb.ac.be/fr/cahiers-et-notes/les-cahiers-du-cevipol-brussels-
working-papers
2
Caroline Close est chargée de recherche FNRS au Centre d’étude de la vie
politique (Cevipol) de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Ses travaux portent
sur les partis politiques (organisation, idéologie, membres, électeurs), les
innovations démocratiques et les études parlementaires.
Courriel : Caroline.close@ulb.ac.be
Pascal Delwit est Professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles
(ULB), où il mène ses recherché au Centre d’étude de la vie politique (Cevipol).
Ses travaux portent sur les partis politiques et les processus électoraux en
Belgique et en Europe. Il a publié en 2016 : Les gauches radicales en Europe.
XIXe-XXIe siècles. (Editions de l’Université de Bruxelles).
Courriel : pdelwit@ulb.ac.be
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Résumé
Nés dans les années 1980, les partis verts européens se profilent comme des
acteurs électoraux aux destins très divers. Dans les démocraties consociatives,
ils se sont imposés comme des partis politiques pertinents. Pour autant, ils sont
confrontés au plafond de verre électoral des 10%. S’ils s’affirment également
dans certains pays d’Europe du Nord, les partis écologistes sont des
organisations faibles voire insignifiantes en Europe méridionale, centrale et
orientale. Au terme d’une analyse des performances électorales au cours des
quarante dernières années, les partis verts européens apparaissent donc
confrontés à deux défis : franchir un plafond de verre là où ils ont acquis une
certaine visibilité et devenir des acteurs significatifs dans les nombreux pays qui
sont encore pour eux des terres de mission.
Sous l’angle de la sociologie électorale, et sur la base de la European Social
Survey (2012), l’électorat vert peut toujours être analysé comme un groupe
partageant des caractéristiques qui les distinguent des électeurs des autres
partis etc e au-delà des frontières nationales. Au plan sociodémographique,
les jeunes, les athées et agnostiques, les femmes, les citadins et les citoyens au
capital éducatif élevé sont plus susceptibles de soutenir des partis écologistes.
Ainsi, le vote vert peut être vu comme un vote basé sur une thématique qui
transcende l’ancien clivage de classe. Enfin, les électeurs verts ont un profil
militant spécifique puisqu’ ils sont clairement plus impliqués dans les nouvelles
formes de participation politique enracinées dans le mouvement New Politics.
Abstract
Born in the 1980s, the fates of European Green parties turned out to be quite
diverse. In consociational democracies, they have now long been relevant
political parties. However, they are facing an electoral glass ceiling located
about 10% of the votes. In Northern Europe, their relevance is also established
in several countries. In contrast, they remain weak or even insignificant
organizations in Southern, Central and Eastern Europe. An analysis of their
electoral performance over the past forty years shows that European Green
parties face two challenges: (a) to cross a glass ceiling where they are already
significant and (b) to increase their relevance in the many countries which are
still mission territories for the Green movement.
From the perspective of electoral sociology, the analysis of the European Social
Survey (2012) provides evidence that Green voters can still be analysed across
countries as a group sharing characteristics that distinguish them from voters
from other parties. From a socio-demographic perspective, young people,
atheists and agnostics, women, urban dwellers and highly educated citizens
are more likely to support the Greens. In addition, Green voting can be seen as
a vote based on motivations which transcend the old class divide. Finally,
Green voters have a specific activist profile: they are clearly more involved in
new forms of political participation rooted in the New Politics movement.
4
INTRODUCTION
La plupart des partis verts et environnementalistes ont vu le jour dans les années
quatre-vingt. A l’origine, ces formations politiques sont régulièrement
présentées comme les acteurs qui défendent et valorisent les valeurs du post-
matérialisme, abordées et développées par Inglehart (1977). De manière plus
large, Poguntke (1993 : 10) les décrira comme porteurs des thématiques la New
Politics, affectant les lignes de clivages traditionnelles (Kriesi et Van Praag 1987 :
319) et posant à l’agenda un New Left Policy Agenda (Kaelberer, 1993 : 231).
A cette aune, Kitschelt (1988 : 195) élargira la catégorie des partis référant à
cette mutation en suggérant l’avènement d’une famille de partis de gauche
libertaire et assumant l’hypothèse de la naissance d’un nouveau clivage, non
repris dans la typologie de Lipset et Rokkan (2008). Celle-ci marquerait “the rise
of a new political cleavage and represent a significant challenge to the
dominant forms of interest intermediation between state and civil society in a
distinctive subset of advanced democracies”.
Dans quelques Etats européens, les partis verts pénètrent très tôt les enceintes
parlementaires : en Suisse en 1979, en Belgique en 1981, en Allemagne et en
Finlande en 1983, au Luxembourg en 1984. Dans la deuxième moitié des
années quatre-vingt, le spectre des Etats où les verts accèdent aux institutions
parlementaires s’élargit quelque peu : en Autriche à partir de 1986, en Italie en
1987, en Suède en 1988 et aux Pays-Bas en 1989.
Plusieurs auteurs prêtent alors un avenir enchanteur à la famille des partis verts
(Galtung 1986 : 85). Pourtant, le tableau global qui se donne à voir à l’aube du
XXIe siècle apparaissait passablement contrasté. Etablissant le bilan électoral
des partis verts, Peter Mair (1999 : p. 25) portait un jugement relativement
sévère sur les capacités politico-électorales de cette nouvelle famille de partis :
« Loin d’être les précurseurs d’un réalignement à grande échelle,
comme certains ont pu le penser, les partis verts d’Europe
occidentale semblent être incapables d’émerger d’une certaine
marginalité électorale ».
Pour Dietz (2001), au contraire, les performances électorales des verts en
faisaient, au début des années 2000, « un acteur politique important au niveau
national dans la plupart des pays de l’Union européenne ». Ce statut politico-
électoral aurait notamment été atteint grâce à des adaptations
organisationnelles, nécessaires pour être dans le jeu (Burchell 2001).
Un peu moins de vingt ans après ces évaluations contrastées, quel regard
politico-électoral pouvons-nous porter sur la famille des partis verts ? Celle-ci
peut désormais se targuer de participations gouvernementales dans plusieurs
Etats européens – Allemagne, Belgique, Finlande, France, Irlande, Italie,
Lettonie, Luxembourg, Pays-Bas, Suède et République tchèque – sans compter
leur concours à des exécutifs au plan local et subnational. Après avoir
5
développé difficilement la Fédération européenne des partis verts (Van de
Walle, 2003), la famille écologiste l’a transformée en une organisation politique
européenne de référence et de légitimation, le parti vert européen (PVE),
auquel est adossée une Fondation, la Fondation de l’Ecologie politique.
Pour apprécier les indicateurs électoraux des partis écologistes
environnementaux, nous procédons procéderons en deux grand temps :
– En première approche, nous effectuons une analyse qui porte sur la
performance électorale en voix rapportée aux suffrages valablement
exprimés, complétée par la traduction parlementaire. L’analyse s’accomplit
dans une perspective longitudinale. L’analyse électorale fixée sur les scores est
réalisée en deux temps. Le premier concerne au premier chef les résultats
décrochés au plan national accompagné de quelques éclairages d’élections
subnationales. Le deuxième renvoie aux résultats engrangés lors des élections
européennes, un échelon régulièrement considéré comme plus favorable
pour les partis verts. Cette appréciation renvoie à plusieurs caractéristiques de
l’élection deuxième ordre (Reif, 1984). Citons d’abord la perspective d’un vote
moins stratégique (Pilet et Nunez 2018 : 662-663) et plus agencé au choix du
cœur qui bénéficierait aux partis écologistes, souvent classés deuxième parti
chez de larges segments électoraux (Mair, 1999). Pointons ensuite la
participation électorale tendanciellement plus faible des élections
européennes. Compte tenu de leur structurale électorale marquée par un
capital scolaire en moyenne élevé (voir la deuxième partie), les verts seraient
moins affectés par la chute, parfois forte, de la participation électorale (Delwit,
2002).
– Dans une seconde partie, nous nous penchons sur la sociologie électorale
desdits partis en référant aux hypothèses initiales et contemporaines sur le vote
vert.
6
1. LES TRANSFORMATIONS DES PERFORMANCES ÉLECTORALES DES PARTIS VERTS
EUROPÉENS
Les résultats électoraux des partis verts en Europe aux élections
nationales
Les démocraties consociatives du cœur de l’Europe
En première approche, examinons les performances des partis verts dans les
démocraties de type consociatif ou consensuel (McRae 1974 ; Lijphart 1981).
Ces démocraties se caractérisent régulièrement par une fragmentation
soutenue, une dynamique politique proportionnelle et des pratiques de
consensus dans le processus décisionnel afin d’assurer « la diversité dans
l’unité » (Croisat et Quermonne 1999 : 35).
Qui plus est, le niveau de développement économique et social des Etats
considérés est élevé. Cette donne est importante car elle fut et est
régulièrement épinglée comme l’une des conditions au développement
politico-électoral des formations écologistes. Six Etats sont concernés : la
Belgique, les Pays-Bas, le Grand-Duché de Luxembourg, la Suisse, l’Autriche et
l’Allemagne. L’appartenance de l’Allemagne au groupe des démocraties
consociatives est le cas le plus discuté dans la littérature. Bien que le mode de
scrutin mixte soit pleinement proportionnel, la dynamique du système politique
est plus inscrite dans une philosophie majoritaire, même s’il s’impose d’observer
l’avènement de deux gouvernement de « grande coalition » ces trois dernières
législatures (2005-2009 ; 2013-2017). La plupart des partis verts de ces Etats
naissent à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt.
Ils y œuvrent dans des Etats à représentation proportionnelle, avec une
magnitude électorale relativement élevée.
Dans cinq des six occurrences – Belgique, Autriche, Luxembourg, Allemagne
et Suisse –, le schéma est relativement similaire. Les partis verts opèrent une
percée électorale et politique rapide et assez marquante. Kitschelt (1988 : 194)
évoque même un « considerable electoral support ». Celle-ci se perpétue dans
les années quatre-vingt-dix. Très vite, ces formations deviennent des partis
relevants (Sartori 2011) et se fixent dans une fourchette entre 5 et 10% des voix.
Dans ce tableau, les Pays-Bas font partiellement exception. Deux formations
vertes y coexistent un certain temps, un petit parti – De Groenen – et un autre
plus important, GroenLinks. GroenLinks a une origine spécifique. Il s’agit de la
fusion de quatre partis de gauche, le parti communiste des Pays-Bas (CPN), le
parti politique des radicaux (PPR), le parti socialiste pacifiste (PSP) et le parti
populaire évangélique (EVP) (Lucardie, Voerman et Van Schuur 1993).
GroenLinks a plus de difficultés à mener à bien son décollage électoral. Celui-
ci ne se réalise véritablement que lors du scrutin national de 1998, où le parti
enlève 7,27% des voix.
7
A la charnière des années quatre-vingt-dix et deux mille, nous observons une
plus grande hétérogénéité dans les parcours électoraux. Schématiquement,
trois modèles de développement se donnent à voir.
Le premier renvoie à une dynamique de stabilisation. Un pic électoral a été
atteint et le parti vert plafonne dans ses performances électorales autour de
ce pinacle, éventuellement avec des hauts et des bas. Il en est ainsi en
Belgique et en Allemagne. En Belgique, les deux partis verts (Ecolo et Groen)
enlèvement leur meilleur score aux élections nationales de 1999 : 14,4% des
voix à l’échelle nationale. A ce jour, cela reste la performance la plus notable
des partis verts européens à une élection législative. Mais Ecolo et Groen ne
pourront rééditer cette victoire. Dans les années 2000, les verts belges
enregistrent d’abord un dur ressac en 2003 suite à leur participation
gouvernementale (Delwit, 2012), avant de stabiliser aux scrutins de 2007, de
2010 et de 2014 dans une fourchette entre 8 et 9,5% des voix. En Allemagne,
les verts (Bündnis 90/Die Grünen) plafonnent même plus tôt. Dès 1986, le parti
avait décroché 8,3% des suffrages. Après une phase de stagnation, ce résultat
est à peu de choses près son étiage à la fin des années quatre-vingt-dix et
dans les années 2000, même s’il franchit, une fois, le seuil symbolique des 10%
lors du scrutin national de 2009. Cependant, dans le temps, les termes de la
comparaison ne sont pas tout à fait les mêmes eu égard à la réunification de
l’Allemagne intervenue en 1990. Or, les verts dans la partie orientale de
l’Allemagne ont une implantation politico-électorale moins saillante que dans
la partie occidentale (Poguntke, 1998). Ce constat de la fin des années quatre-
vingt-dix s’est vérifié par la suite, comme en témoigne la répartition des
résultats par Land des Grünen aux élections de 2017.
8
Tableau 1. Score des Grünen par Land aux élections législatives allemandes de
2017 (En pourcentage)
Lander occidentaux
Bade-Wurtemberg 13,4
Basse-Saxe 7,2
Bavière 9,0
Brème 10,1
Hambourg 11,7
Hesse 8,1
Rhénanie-Palatinat 6,0
Rhénanie Nord-Westphalie 6,5
Sarre 4,5
Schleswig-Holstein 9,5
Lander orientaux
Brandebourg 4,5
Mecklembourg-Poméranie 3,6
Saxe 4,5
Saxe-Anhalt 3,1
Thuringe 3,6
Berlin 12,4
Une deuxième dynamique dévoile une progression tendancielle. La Suisse et
le Grand-Duché de Luxembourg en sont les exemples emblématiques. Jusqu’il
y a peu, il en allait de même avec les verts autrichiens. Mais le scrutin national
de novembre 2017 a été catastrophique pour eux. Ils ont perdu toute
représentation parlementaire.
C’est en Suisse que le premier député vert a été élu. Pour autant, l’évolution
des résultats du parti vert – Parti écologiste suisse – fut lente. Le seuil de 5% n’est
franchi pour la première fois qu’en 1991. Après une stabilisation des résultats
dans les années quatre-vingt-dix, le parti écologiste suisse franchit de nouvelles
étapes dans les années 2000 en stabilisant ses performances dans une
fourchette entre 7,5% et 9,6% des voix. Néanmoins, le dernier scrutin en date
s’est conclu par un tassement pour les verts suisses.
Au Grand-Duché de Allemagne aussi, l’évolution des résultats des verts
apparaît linéaire : entre 4 et 7,5% dans les années quatre-vingt, autour de 9%
dans les années quatre-vingt-dix et un étiage, exceptionnel pour cette famille
de partis, de 11% dans les années 2000. En 2013, ce résultat a permis aux verts
d’entrer dans une coalition inédite, parfois qualifiée d’arc-en-ciel, les associant
aux libéraux et aux socialistes. Ce faisant, le parti chrétien social (CSV) était
renvoyé dans l’opposition. Le phénomène est exceptionnel au Grand-Duché
de Luxembourg. Jusqu’alors, les catholiques n’avaient été absents des
responsabilités qu’entre 1974 et 1979.
Pour sa part, le parti vert autrichien (Die Grünen) renvoyait également à un
schéma de progression presque linéaire : aux alentours de 5% dans les années
quatre-vingt, entre 5 et 8% dans les années quatre-vingt-dix, et entre 10 et 12%
9
dans les années 2000. Les verts autrichiens apparaissaient comme l’alternative
démocratique à la gauche du spectre politique pour les électeurs lassés des
gouvernements de grande coalition entre le parti social-démocrate (SPÖ) et
le parti populaire (ÖVP, conservateur). Toutefois, lors des législatives de 2017, ils
ont à la fois subi une dissidence et un revers électoral majeur en ne décrochant
que 3,8% des suffrages.
Le troisième modèle concernait le cheminement de GroenLinks aux Pays-Bas.
Ayant eu beaucoup de mal à coller, GroenLinks est apparu très fragile dans
son histoire électorale. Jusqu’en 2017, elle se déclinait comme une tendance
contemporaine à la régression de ses résultats. En 2012, GroenLinks avait même
subi une cinglante défaite en n’emportant que 2,3% des voix. Dans son
segment électoral, le parti était concurrencé par le Socialistische Partij (SP),
une formation d’origine maoïste extrêmement dynamique (Delwit 2016 : 585),
mais aussi par le Partij voor de Dieren (parti pour les animaux), qui avait réussi,
dès 2006, à investir la Chambre ; ce dernier pouvant être une « niche » pour
une partie des électeurs de GroenLinks (Otjes et Krouwel 2015 : 1006). En 2017,
pourtant, il a réussi à frapper les imaginations en menant une campagne
ouvertement universaliste sous l’impulsion de son dirigeant Jesse Klavers face
à la campagne ethnocentriste de Geert Wilders du partij vooor de vrijheid
(PVV). Ce choix s’est révélé payant. GroenLinks a décroché 9,1% devançant
tout à la fois le SP et le PVDA, le parti social-démocrate.
De trente ans à quarante ans après leur naissance, les partis verts des
démocraties consociatives du centre de l’Europe ont donc réussi à s’imposer
comme des acteurs politiques non marginaux et à acquérir une indubitable
relevance dans leur système politique. Pour autant, quelle que soit l’évolution
de leur performances électorales, le meilleur étiage des paris verts de cet
espace reste à un niveau relativement limité : autour de 10-11%, dans le
meilleur des cas.
Pour certains d’entre eux, il leur a permis de faire l’expérience de la
participation aux affaires (Allemagne, 1998-2002 ; Allemagne, 2002-2005 ;
Belgique, 199-2003 ; Luxembourg, 2013- ; Pays-Bas, 2017-) mais le fait reste
exceptionnel. Autrefois porteurs de la New Politics dans leurs pratiques et leur
corpus, les verts y sont parfois concurrencés par des acteurs nouveaux ou qui
se sont renouvelés, en particulier à gauche – Die Linke en Allemagne, le
Socialistische Partij aux Pays-Bas, le parti du travail en Belgique (Delwit, 2014) et
Die Lenk au Grand-Duché de Luxembourg. Nombre de ces formations portent
le projet nouveau de l’éco-socialisme et ont un rapport plus distancié que les
verts avec les institutions du pays.
On notera aussi, que les revers électoraux peuvent être majeurs. En 2003, les
verts belges néerlandophones ont perdu leur représentation parlementaire
après une législature de participation gouvernementale et nous avons observé
que les verts autrichiens ont subi les mêmes affres.
10
Tableau 2. Résultats électoraux des partis verts dans les démocraties consociatives (en %)
Pays-Bas Belgique Suisse Autriche Luxembourg Allemagne
De Groenen GroenLinks Ecolo Groen PES Die Grunen VGÖ ALÖ/GAL déi gréng GLEI GAP
Die Grünen
1979
1,70
1980
1,50
1981
2,53
2,59
1983
1,89
1,93
1,36
5,57
1984
4,22
1985
2,51
3,74
1987
2,57
4,49
4,88
4,82
0,12
0,02
8,26
1989 0,36
4,11
3,73
3,66
1990
4,78
1,96
5,05
1991
5,07
4,86
6,08
1993 0,15
3,47
1994
4,31
0,12
9,91
7,27
1995
4,01
4,83
5,04
4,81
1998 0,19
7,27
6,70
1999
7,36
6,99
4,96
7,40
9,09
2002
6,95
9,47
8,56
2003
5,14
3,06
2,47
7,62
2004
11,54
2006
4,60
11,05
8,12
2007
5,10
3,98
9,58
2008
10,43
2009
11,48
10,70
2010
6,67
4,80
4,38
2011
8,43
2012
2,33
2013
12,42
10,13
8,44
2014 3,30
5,32
2015
7,06
2017 9,13
3,80
8,94
11
Tableau 3. Nombre de sièges engrangés par les partis verts dans les démocraties consociatives
Pays-Bas Belgique Suisse Autriche Luxembourg Allemagne
De Groenen GroenLinks
Ecolo Groen PES Die Grunen VGÖ ALÖ/GAL déi gréng GLEI GAP
Die Grünen
1979
2/200
1980
0/497
1981
2/212
2/212
1983
3/200
0/183
0/183
27/498
1984
2/64
1985
5/212
4/212
1987
3/212
6/212
9/200
8/183
0/183
0/183
42/497
1989 0/150
6/150
2/60
2/60
1990
10/183
0/183
8/662
1991
10/212
7/212
14/200
1993 0/150
5/150
1994
13/183
0/183
5/60
49/672
1995
6/150
5/150
8/200
9/183
1998 0/150
11/150
47/669
1999
11/150
9/150
8/200
14/183
5/60
2002
10/150
17/183
55/603
2003
8/150
4/150
0/150
13/200
2004
7/64
2006
7/150
21/183
51/614
2007
5/150
4/212
20/200
2008
20/183
2009
7/60
68/622
2010
10/150
8/150
5/150
2011
15/200
2012
4/150
2013
24/183
6/60
63/630
2014
6/150
6/150
2015
11/200
2017
14/150
0/183
67/709
12
A l’échelon subnational, le tableau donne à voir quelques nuances dans ces
observations. L’analyse des performances des verts allemands ou verts autrichiens
l’illustre.
En Allemagne, bien plus nettement qu’à l’échelle fédérale, les verts ont pu en
certaines occasions engranger des résultats inédits par leur ampleur ou leurs
traductions politiques. Deux dimensions doivent être prises en compte : temporelle et
spatiale.
Temporellement, les Grünen ont par exemple connu un état de grâce électoral en
2011 et 2012. Des résultats exceptionnels sont ainsi atteints dans le Bade-Wurtemberg
– 24,2% en 2011 –, où les verts décrochent le poste de Président du gouvernement, à
Brème – 22,5% en 2011 –, en Rhénanie-Palatinat – 15,4% en 2011 –, dans le Schleswig-
Holstein – 13,2% en 2012 – ou encore en Basse-Saxe – 13,7% en 2013. Nous l’avons
observé, ces performances n’ont pas mené à un résultat emblématique au scrutin
fédéral en 2013 ; pas plus qu’en 2017, où les verts ont obtenu à peu de choses près le
même résultat. Néanmoins, les dynamiques temporelles se déclinent de manière plus
brouillée à l’échelle des Lander, suite à cette séquence exceptionnelle. Dans certains
d’entre eux, malgré la non-confirmation aux élections fédérales de 2013, le très bon
étiage électoral de cette phase a été maintenu. C’est par exemple le cas à Berlin –
15,2% en 2016 –, à Hambourg – 12,26% en 2015 – et dans le Schleswig-Holstein –12,90%
en 2017. Exceptionnellement, il s’est même amplifié comme l’illustre le Land de Bade-
Wurtemberg. Les verts y avaient conquis la Ministre-Présidence en 2011 dans une
alliance avec le SPD. Une partie importante du corps électoral a jugé positivement
l’exercice. En 2016, les verts ont atteint 30,27% des suffrages, devenant ce faisant le
premier parti du Land. Les verts ont conservé la Ministre-Présidence du Land mais leur
partenaire a changé. Il s’agit désormais d’une coalition les associant à la CDU.
Dans d’autres Lander, néanmoins, le mouvement s’est inversé. C’est partiellement le
cas à Brème où, malgré un score de 15,1% en 2013, les verts perdent 7,3 points de
pourcent. Cela l’est de manière plus manifeste encore dans le plus grand Land
allemand, la Rhénanie-Nord-Westphalie, où les verts chutent de 11,3% en 2012 à 6,4%
en 2017 et de façon saisissante en Rhénanie-Palatinat les verts s’effondrent, en
passant de 15,4% en 2011 à 5,3% en 2016. En Sarre, les verts ont même perdu leur
représentation parlementaire en 2017 (4%).
Dans ces dynamiques, la dimension spatiale se révèle très importante. Dans la
séquence 2011-2012, les performances les plus notables avaient été réalisées dans des
Lander occidentaux de la République fédérale allemande. Dans les Lander orientaux,
les verts étaient restés confinés à des scores plus modestes quand une élection s’était
tenue : 8,4% dans le Land de Mecklembourg-Poméranie et 7,1% en Saxe-Anhalt.
Depuis 2013, tous les scrutins régionaux dans les Lander orientaux de l’Allemagne ont
été décevants pour les verts. Ils ont obtenus 6,2% dans le Brandebourg (2014), 5,7% en
Thuringe (2014) et Saxe (2014), et 5,2% en Saxe-Anhalt (2016). Surtout, ils ont perdu leur
représentation parlementaire en Mecklembourg-Poméranie (4,8%).
13
Tableau 4. Résultats des verts allemands aux élections régionales (En pourcentage)
Bade-
Wurtemberg
Basse-
Saxe Bavière
Berlin
Brandebourg
Brème
Hambourg
Hesse
Mecklembourg-
Poméranie
Rhénanie
Nord-
Westphalie
Rhénanie-
Palatinat Sarre
Saxe
Saxe-
Anhalt
Schleswig-
Holstein Thuringe
1980 5,35
2,97
2,87
1982 6,54
4,57
7,68
8,03
6,83
1983 9,16
5,93
4,52
3,57
1984 8,01
4,55
1985 2,5
1986 7,06
7,62
10,4
1987 10,22
7,02
9,4
5,91
3,9
1988 7,85
2,87
1990 5,45
6,49
9,35
9,25
9,32
5,05
2,65
5,6
5,29
6,48
1991 11,37
7,23
8,81
6,45
1992 9,45
4,97
1993 13,52
1994 7,4
5,9
3,69
5,53
4,14
5,09
4,53
1995 13,18
2,89
13,06
11,19
10,02
1996 12,14
6,91
8,12
1997 13,95
1998 7,05
5,48
2,7
3,25
1999 9,93
1,94
8,92
6,03
3,25
2,57
1,86
2000 7,06
6,24
2001 7,73
10,19
8,55
5,21
2002 2,62
2,05
2003 5,89
7,8
12,76
10,1
2004 3,6
12,28
5,52
5,13
4,52
14
2005 6,18
6,23
2006 11,69
13,13
3,38
4,64
3,56
2007 16,49
2008 8,01
9,75
9,58
7,53
2009 5,66
13,74
5,89
6,4
12,43
6,16
2010 12,13
2011 24,21
17,60
22,46
11,16
8,41
15,44
7,14
2012 11,34
5,04
13,16
2013 13,69
8,82
11,13
2014 6,15
5,73
5,67
2015
15,13
12,26
2016 30,27
15,19
4,82
5,32
5,19
2017
6,35
4,01
12,90
15
Tableau 5. Sièges décrochés par les verts allemands aux élections régionales
Bade-
Wurtemberg
Basse-
Saxe Bavière
Berlin Brandebourg
Brème
Hambourg
Hesse
Mecklembourg-
Poméranie
Rhénanie
Nord-
Westphalie
Rhénanie-
Palatinat Sarre
Saxe Saxe-
Anhalt
Schleswig-
Holstein Thuringe
1980
6/124
0/201
0/51
1982
11/171
0/204
9/120
9/110
8/120
1983
5/100
7/110
0/100
0/74
1984
9/126
0/227
1985
0/51
1986
11/155
15/204
13/120
1987
10/100
8/120
10/110
5/100
0/74
1988
10/100
0/74
1990
8/155
12/204
23/241
6/88
4/66
12/239
0/51
10/160
5/106
6/89
1991
11/100
9/121
10/110
7/101
1992
13/146
0/89
1993
19/121
1994
13/161
14/204
0/71
3/51
0/120
5/99
0/88
1995
30/206
0/88
14/100
13/110
24/221
1996
19/155
7/101
6/75
1997
21/121
1998
12/157
14/204
0/71
0/116
1999
18/169
0/89
10/100
8/110
0/51
0/120
0/88
2000
17/231
0/89
2001
10/128
14/141
11/121
6/101
2002
0/71
0/115
2003
14/183
15/180
12/83
12/110
16
2004
0/88
17/121
3/51
6/124
0/132
2005
12/187
5/89
2006
17/139
13/149
0/71
0/101
0/97
2007
14/83
2008
12/152
19/187
12/121
9/110
2009
5/88
17/118
3/51
9/132
12/95
6/188
2010
23/181
2011
36/138
30/142
21/83
14/121
6/71
18/101
9/105
2012
29/237
2/51
10/69
2013
20/137
18/180
14/110
2014
6/88
8/126
6/91
2015
14/83
15/121
2016
47/143
27/160
0/71
6/101
5/87
2017
14/199
0/51
10/73
17
En Autriche, La dynamique qui a prévalu à l’échelle de l’Etat fédéral avant le
désastre de l’élection nationale de 2017 est aussi vérifiée lors des élections
régionales. De 2012 à 2015, les verts autrichiens font un bon électoral saisissant.
En Carinthie, les verts grimpent de 5,2% à 12,1% entre 2009 et 2013. A Salzbourg,
ils ne sont pas loin de tripler leur performance en passant de de 7,4% en 2009 à
20,2% en 2013 aussi. Dans le Vorarlberg, ils atteignent 17,1% en 2014 pour 10,6%
en 2009. Au-delà de ces progressions les plus notables, les verts autrichiens
atteignent leur pinacle électoral dans le Burgenland (6,4% en 2015), en
Niederosterreich (8,1% en 2013), en Oberosterreich (10,3% en 2015), dans le
Steiermark (6,7% en 2015) et dans le Tyrol (12,6% en 2013).
C’est donc peu de dire que la débâcle du scrutin national de 2017 intervient
à contre-courant du mouvement politico-électoral qui s’était donné à voir aux
élections législatives et régionales qui l’ont précédée. Il importera désormais
d’examiner dans quelle mesure cette défaite impactera le destin des verts aux
régionales dans un contexte, où l’éventuel vote sanction à l’endroit du
gouvernement national pourra possiblement profiter au principal parti de la
gauche, le SPÖ.
18
Tableau 6. Résultats électoraux des verts autrichiens aux élections régionales
(En pourcentage)
Burgenland
Carinthie
Niederosterreich
Oberosterreich
Salzbourg
Steiemark
Tyrol Vienne
Vorarlberg
1984
13,00
1985
3,87
1986
3,73
1987
2,20
5,24
1988
2,45
1989
0,69
1,76
8,26
5,18
1990
1991
3,35
5,66
2,88
10,89
1992
1993
3,17
1994
3,29
7,41
10,68
7,76
1995
4,31
1996
2,49
7,94
1997
5,98
1998
4,49
1999
1,94
5,39
8,03
6,03
2000
5,49
5,61
2001
12,45
2002
2003
7,22
9,06
15,59
2004
6,69
7,99
10,17
2005
5,21
4,73
14,63
2006
2007
2008
6,91
10,73
2009
5,15
9,18
7,36
10,59
2010
4,15
5,55
12,64
2011
2012
2013
12,10
8,06
20,18
12,59
2014
17,14
2015
6,43
10,32
6,68
11,84
19
Tableau 7. Distribution des sièges pour les verts autrichiens aux élections
régionales
Burgenland
Carinthie
Niederosterreich
Oberosterreich
Salzbourg
Steiemark
Tyrol
Vienne
Vorarlberg
1984
4/36
1985
0/56
1986
2/56
1987
0/36
0/100
1988
0/56
1989
0/36
0/36
3/36
2/36
1990
1991
0/36
0/56
0/56
7/100
1992
1993
0/56
1994
0/36
3/36
4/36
3/36
1995
2/56
1996
0/36
7/100
1997
3/56
1998
2/56
1999
0/36
2/36
3/36
2/36
2000
2/36
3/56
2001
11/100
2002
2003
4/56
5/56
5/36
2004
2/36
2/36
4/36
2005
2/36
3/56
14/100
2006
2007
2008
4/56
4/36
2009
2/36
5/56
2/36
4/36
2010
1/36
3/56
11/100
2011
2012
2013
5/36
4/56
7/36
5/36
2014
6/36
2015
2/36
6/56
3/56
10/100
20
L’Europe scandinave et nordique
Qu’en est-il de la situation électorale des partis verts dans les pays nordiques ?
Sous l’angle du mode de scrutin, les cinq Etats nordiques – Islande, Danemark,
Norvège, Suède et Finlande – donnent aussi à voir un mode de scrutin de type
proportionnel, comme dans les démocraties consociatives a priori plus
favorable à l’émergence de nouvelles idées et de nouveaux partis susceptible
de pénétrer l’arène parlementaire. Pour autant, les configurations en termes
de systèmes politiques sont très distinctes. Historiquement, et pour partie
encore aujourd’hui, le Danemark, la Suède et la Norvège avaient un système
de partis à parti dominant : le parti social-démocrate (Delwit 2015 ; 249-250).
En revanche, cela n’a jamais été le cas en Finlande et en Islande.
Pour l’analyse des partis verts, nous sommes confrontés à une difficulté dans le
cas danois. L’actuel parti membre du parti vert européen est le parti socialiste
populaire (Socialistisk Folkeparti, SF). Cette formation politique fut fondée en
1959 comme dissidence du parti communiste danois par son ancien dirigeant
en disgrâce, Aksel Larsen. Elle s’est longtemps déclinée comme une formation
communiste dégagée des oripeaux du suivisme soviétique et ouverte aux
nouvelles questions de sociétés post-matérialistes (Delwit 2016 : 36 e.s.). Le parti
socialiste du peuple a finalement décidé d’adhérer au parti vert européen,
tout en ayant été un membre de l’Alliance de la Gauche verte nordique, où il
côtoyait des formations comme le parti de gauche suédois, l’Alliance de
gauche en Finlande ou encore le parti de la gauche socialiste norvégien. En
parallèle, un parti vert avait vu le jour début des années quatre-vingt mais il n’a
jamais été à même de percer. Il fut même exclu du parti vert européen pour
avoir opéré le chemin inverse du SF, un rapprochement avec la gauche
radicale. Il s’impose donc d’être prudent dans l’appréhension des résultats
électoraux. Nous signalons les résultats du SF, mais ce serait une erreur de
perspective de tracer la courbe des résultats électoraux de cette formation
comme celle d’un parti vert.
Notons aussi qu’il n’y a pas de partis vert stricto sensu en Islande. Le
Mouvement des verts et de gauche (Vinstrihreyfingin - grænt framboð)
promeut l’éco-socialisme mais se rattache plus à la catégorie des formations
à la gauche de la social-démocratie. Il fut d’ailleurs aussi membre de l’Alliance
de la Gauche verte nordique.
A la lumière de ces éléments, il apparaît que seuls deux partis verts peuvent
être qualifiés de relevants dans les pays nordiques : les verts de Suède
(Miljöpartiet de Gröna, MP) et la Ligue verte de Finlande (Vihreä liitto, VIHR). Le
parti environnemental suédois n’a franchi le seuil électoral la première fois
qu’en 1988. Avec 5,5% des voix, il accède alors à la représentation
parlementaire. Mais, cette performance n’a pu être rééditée pendant
longtemps. Il faut attendre en effet le scrutin de 2010 pour que le parti vert
dépasse ce niveau en décrochant 7,3% des suffrages. Entre les deux dates, les
verts ont oscillé entre 3,4% et 5,2%, flirtant dangereusement avec le seuil
électoral. En 1991, les verts ne l’ont d’ailleurs pas atteint et se sont retrouvés
sans représentation parlementaire. En 2014, le résultat est légèrement en deçà
21
de la performance engrangée en 2010 (6,8%). Néanmoins, à sa suite, le parti
vert est pour la première fois entré au gouvernement en compagnie des
sociaux-démocrates dans un attelage minoritaire, soutenu de l’extérieur parti
de la gauche (VP).
La Ligue verte finlandaise, qui voit aussi le jour au début des années quatre-
vingt, a un destin différent. Elle enlève ses premiers sièges dès 1983. Depuis, elle
a connu une progression, lente mais constante, atteignant de la sorte 8,5% des
voix en 2007. Aux élections de 2011, la Ligue verte a vécu pour la première fois
un tassement significatif (- 1 point de pourcent), mais dès 2015, les verts
finlandais se sont fixés une nouvelle fois à 8,5%. On signalera que la Ligue verte
finlandaise est une habituée des responsabilités gouvernementale. Depuis
1995, elle a été très régulièrement associée aux exécutifs nationaux. En 2015,
elle a été évincée du pouvoir au profit d’un exécutif des droites.
En Norvège et au Danemark, les deux partis verts sont des formations politiques
totalement évanescentes qui n’ont pas su trouver un espace politique entre le
parti social-démocrate et des partis de gauche promoteurs de l’éco-
socialisme et des thématiques de la gauche libertarienne, le parti socialiste
populaire au Danemark et le parti de la gauche socialiste en Norvège.
Pointons néanmoins qu’en 2013, pour la première fois de leur histoire, les verts
norvégiens ont décroché un pourcent des suffrages et ont réussi à glaner un
siège à la Chambre. Quatre ans plus tard, avec 3,2%, ils ont conservé ce
député à la Chambre.
Le bilan politico-électoral des partis verts de l’espace nordique apparaît de la
sorte pour le moins bigarré. Les verts sont inexistants en Islande et peu visibles
en Norvège et au Danemark. Certes, dans ce dernier Etat, le parti socialiste
populaire est désormais membre du parti vert européen mais son identité
primaire ressortit à la gauche de la social-démocratie, bien avant à celle de
l’écologie politique. Qui plus est, il a enregistré un recul marquant lors du
dernier scrutin en date : moins cinq points de pourcent. En Suède et en
Finlande, les deux partis verts ont su s’imposer comme des acteurs
parlementaires mais somme toute avec un profil électoral encore modeste.
Les verts suédois n’ont par exemple dépassé le cap des 5% qu’à cinq reprises.
Par ailleurs, tant en Finlande qu’en Suède, le parti vert n’a su approcher le seuil
symbolique des 10%. Dans le système politique extrêmement fragmenté qu’est
la Finlande, la Ligue verte a néanmoins pu s’imposer comme un acteur très
régulièrement appelé aux affaires dans l’exécutif.
22
Tableau 8. sultats des verts nordiques aux élections législatives (En
pourcentage)
Danemark Norvège Suède Finlande
Socialistisk
Folkeparti
De
Gronne
Miljøpartiet
De Grønne
Miljöpartiet de
Gröna
Vihreät -
De Gröna
1975 4,95
1977 3,87
1979 5,91
1981 11,31
1982
1,65
1983
1,41
1984 11,51
1985
1,50
1986
1987 14,58
1,34
4,03
1988 13,01
1,35
5,53
1989
0,38
1990 8,30
0,85
1991
3,38
6,82
1993
0,12
1994 7,28
5,02
1995
6,52
1997
0,23
1998 7,56
4,50
1999
7,27
2001 6,37
0,15
2002
4,58
2003
8,00
2005 5,99
0,14
2006
5,24
2007 13,04
8,46
2009
0,35
2010
7,34
2011 9,20
7,25
2013 2,79
2014
6.76
2015 4,21
8,53
23
Tableau 9. Distribution des sièges pour les partis verts nordiques aux élections
législatives
Danemark Norvège Suède Finlande
Socialistisk
Folkeparti
De
Gronne
Miljøpartiet
De Grønne
Miljöpartiet de
Gröna
Vihreät -
De Gröna
1975 9/175
1977 7/175
1979 11/175
1981 20/175
1982
0/349
1983
2/200
1984 21/175
1985
0/349
1986
1987 27/175
1,34
4/200
1988 24/175
1,35
20/349
1989
0,38
1990 15/175
0,85
1991
0/349 10/200
1993
0,12
1994 13/175
18/349
1995
9/200
1997
0,23
1998 13/175
16/349
1999
11/200
2001 12/175
0,15
2002
17/349
2003
14/200
2005 11/175
0,14
2006
19/349
2007 23/175
15/200
2009
0,35
2010
25/349
2011 16/175
10/200
2013 2,79
2014
25/349
15/200
2015 7/175
24
Les partis verts des îles anglo-saxonnes
En Grande-Bretagne et en Irlande, les partis verts sont confrontés à des
systèmes électoraux différents. Au Royaume-Uni se pratique le vote uninominal
à un tour, particulièrement difficile à gérer pour des tiers-partis généralistes, a
fortiori lorsqu’ils sont des outsiders. En Irlande, s’applique un mode de scrutin à
vote unique transférable, certes pour partie proportionnel, mais qui s’opère
dans des circonscriptions à faible magnitude, et où la stratégie des partis en
termes de consigne de vote est importante.
Le parti du vert du Royaume-Uni est un des plus précoces, dans un Etat où le
dynamisme de la société civile en faveur de la protection de l’environnement
est important. En septembre 1990, il s’est scindé en deux formations agissant
sur des espaces territoriaux distincts, le parti vert d’Angleterre et du pays de
Galles (Green Party of England and Wales), et le parti vert écossais (Scottish
Green Party). Compte tenu du système électoral, les verts au Royaume-Uni
n’ont décroché que des scores marginaux dans l’histoire électorale
britannique récente ; grosso modo entre 0,5 et 1%. Cette information est au
demeurant très relative dès lors que les verts ne présentent pas de candidats
dans un nombre appréciable de circonscriptions. En 2010, pour la première fois
de leur histoire, ils ont réussi à enlever un siège à la Chambre des communes.
Avec 16.238 voix pour 14.986 au candidat travailliste et 12.275 au conservateur
dans la circonscription de Brighton Pavilion, Catherine Lucas devient la
première députée verte de l’histoire nationale du Royaume-Uni. En 2015,
Catherine Lucas a aisément conservé son siège. En 2017, elle a même obtenu
une majorité absolue en voix (52,3%). Cela dit, la performance d’ensemble est
en recul par rapport à 2015 et a été vécu comme une « grande désillusion »
(Carter et Farstad 2017 : 1155), largement attribuée à l’effet Corbyn. Le parti
vert reste d’abord et avant tout une formation dont l’action politique passe
par l’activisme extra-institutionnel visant selon les termes de Petithomme (2009 :
164) à une « révolution culturelle ».
Si les verts anglais et gallois, et écossais sont marginaux dans le système
politique britannique, il en va légèrement différemment à l’échelle des
Assemblées, singulièrement l’Assemblée écossaise. Dès le premier scrutin, en
1999, les verts écossais enlèvent un siège. En 2003, le parti grimpe même à près
de 7%, ce qui lui permet de glaner six sièges. Mais en 2007 et 2011, le recul est
au rendez-vous avec un score voisinant 4% avant qu’un nouveau rebond ne
s’opère en 2016. A l’Assemblée galloise, les verts enlèvent un score entre 2,5 et
3,5%. A ce stade, cela ne leur a jamais permis d’accéder à la représentation
régionale.
25
Tableau 10. Résultats des partis verts aux élections régionales (En pourcentage)
et distribution des sièges
Scottish Greens Greens in Wales
Pourcentage
Sièges Pourcentage
Sièges
1999
3,70
1/129
2,53
0/60
2003
6,90
7/129
3,53
0/60
2007
4,04
1/129
3,51
0/60
2011
4,38
2/129
3,00
0/60
2016
6,58
6/129
2,98
0/60
En Irlande, le parti vert est un acteur politique pour le moins modeste. A ce
stade, il n’a jamais dépassé la barre des 5%. Néanmoins dès 1989, il enlève son
premier siège et élargit petit à petit sa représentation parlementaire. Les six
sièges qu’il conquiert en 2007 lui permettront de prendre part au
gouvernement, pour la première fois, en compagnie des Progressive
Democrats et du Fianna Fail, puis du seul Fianna Fail. Mais cette expérience se
révéla calamiteuse eu égard à la spectaculaire crise financière et
économique que l’Irlande dut affronter pendant cette législature. Aux
élections de 2011, les deux formations de l’exécutif encoururent une débâcle.
Pour le parti vert, la pilule fut amère puisqu’il perdit, lui aussi, toute
représentation parlementaire à cette occasion. Cinq ans plus tard, sans
réatteindre les scores du début des années 2000, le parti vert irlandais a réussi
à revenir – modestement – dans l’enceinte parlementaire.
Tableau 11. Résultats des partis vert anglais et gallois, écossais, et irlandais aux
élections nationales (En pourcentage) et distribution des sièges
Royaume-Uni Irlande
Green Party Green Party
Pourcentage
Sièges Pourcentage
Sièges
1982
0,22
0/166
1983 0,18
0/650
1987 0,28
0/650
0,40
0/166
1989
1,50
1/166
1992 0,51
0/651
1,40
1/166
1997 0,20
0/659
2,76
2/166
2001 0,64
0/658
2002
3,85
2/166
2005 1,04
0/646
2007
4,69
6/166
2010 1,03
0/650
2011
1,85
0/166
2015 3,77
1/650
2016
2,72
2/158
2017 1,63
1/650
26
L’Europe du sud
Dans l’ensemble, la situation des partis verts en Europe du sud apparaît
extrêmement précaire. La faute n’en incombe pas particulièrement au
système électoral. Certes, en France, à l’exception du scrutin de 1986, le mode
de scrutin est uninominal à deux tours. Mais à Chypre, en Grèce, en Espagne,
au Portugal et à Malte prédominent des modes de scrutin à dynamique
proportionnelle. Toutefois, elle est parfois tempérée par la faible magnitude
des circonscriptions, comme à Malte et en Espagne. En Italie, le scrutin est
proportionnel jusqu’en 1993, devient mixte à dominante majoritaire avant de
devenir mixte à dynamique proportionnelle.
Une évaluation des verts portugais (Partido Ecologista Os Verdes) est
impossible dès lors que le parti a participé à toutes les élections nationales en
alliance avec le parti communiste (PCP), une formation bien plus imposante
qu’eux. De même, en Espagne, l’Initiative pour la Catalogne verte (Iniciativa
per Catalunya Verds, ICV) n’a pris part seule aux élections nationales qu’une
fois. Aux autres reprises, elle était membre de la coalition de gauche (Izquierda
Unida). Enfin, depuis 2008, les verts italiens ne participent plus comme une force
autonome aux élections nationales. En 2008, ils faisaient partie de la coalition
La Gauche - L’arc-en-ciel (La Sinistra - l’Arcobaleno) avec le parti de la
rénovation communiste, le parti des communistes italiens et la Gauche
socialiste. En 2013, ils ont rejoint la liste Révolution civile regroupant les mêmes
partis, sans la gauche socialiste, à laquelle s’est aussi jointe Italie des valeurs.
Pour sa part, le parti vert grec était présent sur la liste de Syriza aux deux
élections de 2015.
En France, les verts n’ont décroché aucun résultat probant pendant une
longue période. En 1986, alors que le mode de scrutin proportionnel avait été
exceptionnellement instauré, l’espoir d’enlever des sièges ne fut pas rencontré.
Et en 1993, l’Entente écologiste rassemblant Les verts et Génération Ecologie
avait atteint un score d’estime (7,6%), mais aucun mandat. A la suite de cet
échec politique, est abandonnée la ligne dite du « ni-ni » (pas d’alliance avec
la gauche ou avec la droite) au profit d’une inscription dans le « bloc de
gauche ». Cette nouvelle option fut expérimentée pour la première fois en
1997. Elle permit aux verts français d’accéder à l’Assemblée nationale. Mieux,
dans le cadre de la gauche plurielle, elle leur ouvrit les portes du
gouvernement, dirigé par le socialiste Lionel Jospin. Depuis, les verts ont
maintenu ce cap. Le résultat glané aux élections nationales – entre 3 et 5% des
suffrages – est bas, mais l’information doit être prise avec précaution dans la
mesure où désormais les candidats de ce qui devient Europe Ecologie-Les verts
après 2009 ne se présentent pas dans toutes les circonscriptions.
Cette stratégie leur a permis de décrocher des parlementaires. En 2012, Europe
Ecologie les verts a atteint un maximum, avec 17 sièges glanés à l’Assemblée
nationale. A contrario de ce mouvement, le scrutin de 2017 a é
catastrophique. Au terme d’une législature où la visibilité et la lisibilité de
l’action du parti furent passablement complexes à cerner, Europe Ecologie Les
Verts a pâti de la vague en faveur de La République en marche et de
27
l’effondrement de son partenaire socialiste. Europe Ecologie-Les verts n’a
sauvé qu’un siège du naufrage électoral.
Avant ses deux participations aux cartels de gauche, en 2008 et 2013, les verts
italiens (Federazione dei Verdi) se présentaient le plus souvent de façon
autonome. Les performances ont toujours été mineures mais étaient suffisantes
pour engranger un certain nombre de députés et de sénateurs. Avec autour
de 2,5% des voix, les verts italiens pouvaient se prévaloir d’un groupe de dix à
vingt députés. En 2001, une première alliance à la gauche des Démocrates de
gauche (DS) fut mise en place dans le cadre de la liste Tournesol (Girasole),
avant que les verts ne concourent à nouveau seuls, en 2006, dans la coupole
de L’Union. Le choix de 2008 réédité en 2013 fut un sévère échec. Les cartels
décrochèrent en chaque circonstance un très pauvre résultat et aucun
mandat. De la sorte, les verts italiens se trouvent sans représentation
parlementaire depuis sept ans.
A Chypre, en Grèce et à Malte, le parti vert du système politique est
extrêmement faible. A Malte, l’Alternative démocratique (Alternattiva
Demokratica), fondée en 1989, n’a jamais pu dépasser 1,8% des suffrages et
est bien loin de pouvoir enlever son premier siège. Ceci est aussi à la très
faible magnitude des circonscriptions électorales. Enserrée dans un bipartisme
parfait qui voit s’opposer le parti nationaliste et le parti travailliste, l’Alternative
démocratique ne peut se focaliser que sur le « combat culturel » dès lors que
ses perspectives d’entrée dans l’arène parlementaire apparaissent
insignifiantes. A Chypre, le Mouvement environnemental et écologique (KOP)
s’est présenté pour la première fois aux électeurs au scrutin national de 1996 et
a obtenu un pourcent. Depuis, le KOP a participé à toutes les élections
législatives. Si ses performances restent d’une grande modestie, notons que le
parti a franchi la barre des 2% lors du scrutin de 2011 et de près de 5% en 2016.
Surtout, depuis 2001, il a été en mesure d’enlever un siège à chaque élection.
Cela n’en fait bien évidemment pas un acteur central mais cela lui a permis
de se départir du statut de totale marginalité, d’autant que son résultat de
2016 lui a permis d’enlever un deuxième mandat. En Grèce, les Verts
écologistes ont pris part aux élections législatives pour la première fois en 2000.
Leur meilleur résultat fut atteint lors du scrutin de mai 2012, ils ont titillé la
barre des 3%, sans pour autant pouvoir décrocher des députés. Un mois plus
tard néanmoins, le parti perdait deux points, victime d’un effet vote utile dans
une élection où la Nouvelle Démocratie (conservateurs) et Syriza (gauche
radicale) étaient au coude à coude pour décrocher la première place et les
cinquante sièges qui l’accompagnent. A la lumière des bouleversements, tant
économiques, sociaux que politiques dans le pays, les Verts écologistes ont
décidé de concourir sous les couleurs de Syriza aux deux scrutins de 2015. Ce
faisant, ils ont pu décrocher leur(s) premier(s) mandat(s) parlementaire(s).
La famille des partis verts est donc loin d’avoir atteint une grande relevance
dans les pays du sud de l’Europe. A l’exception de la France et, pour partie,
de l’Italie dans les années nonante, les partis verts restent au mieux confinés
dans un statut de faible significativité électorale et politique. Dans des
paysages politiques encore largement polarisés entre la gauche et la droite
(PASOK/Syiriza vs ND en Grèce, PSOE/Podemos vs PP en Espagne, NP vs LP à
28
Malte, AKEL vs DISY à Chypre, PS vs PSD au Portugal), les verts peinent à trouver
un positionnement et une audience spécifiques. Pâtissant d’un agenda socio-
économique prégnant et de partis socialistes ou de la gauche radicale
incarnant l’ouverture sur les questions de société, les verts ne se déclinent pas
comme une alternative crédible.
Tableau 12. Résultats électoraux des partis verts en Europe du sud (En
pourcentage)
France Chypre Grèce Espagne Italie Malte
EELV KOP Verts Los Verdes IC-V Verdi AD
1981
1,07
1986
1,24
0,16
1987
2,51
1988
0,36
1989
1,44
1992
2,79
1,69
1993
7,64
0,79
1994
2,70
1995
1996
1,00
0,32
2,50
1,44
1997
3,6
1998
1,21
1999
2000
0,3
0,31
0,52
2001
1,98
2002
4,51
2003
0,68
2004
0,19
2006
1,95
2,03
2007
3,25
1,05
2008
0,39
1,31
2009
2,53
2011
2,21
2012
5,46
2,93
0,9
2013
1,80
2016
4,81
2017
4,3
0,83
29
Tableau 13. Distribution des sièges pour les partis verts en Europe du sud
France Chypre Grèce Espagne Italie Malte
EELV KOP Verts Los Verdes IC-V Verdi AD
1981
0/474
1986
0/556
0/350
1987
13/630
1988
0/555
1989
0/350
1992
16/630
0/65
1993
0/577
0/350
1994
0/630
1995
1996
0/56
0/350
0/630
0/69
1997
8/565
1998
0/65
1999
2000
0/300
0/350
0/350
2001
1/56
0/630
2002
3/577
2003
0/65
2004
0/350
2006
1/56
15/630
2007
4/577
0/300
2008
0/350
0/630
0/69
2009
0/300
2011
1/56
2012
17/577
0/300
0/300
2013
0/630
0/69
2015
1/300
2/300
2016
1/577
2/59
0/65
L’Europe centrale et orientale
Au lendemain de la chute du mur de Berlin, les verts tchécoslovaques
apparaissent comme le principal espoir pour la famille des partis verts lors des
premières élections démocratiques. Il y aura pourtant loin de la coupe aux
lèvres. Les verts tchécoslovaques ne rencontrèrent qu’un petit succès
d’estime – 3,10% – et ne décrochèrent aucun siège. Cette déception initiale
sera difficile à surmonter et les verts tchèques (Strana Zelených), après la
partition de la Tchécoslovaquie en 1992, ne se représentent plus devant les
électeurs qu’à partir de 1998. Le résultat – 1,1% – est pour le moins décevant.
30
Les huit années suivantes, le parti n’enlève que des scores confidentiels voire
même ne se présente pas. En 2006 pourtant, le parti vert créera la surprise en
recueillant 6,3% des voix et six sièges. Suite à la longue crise qui suit cette
élection, les verts prendront part à un gouvernement des droites, dont ils
ressortiront exsangues. A l’élection de 2010, le parti vert ne recueille que 2,5%
et perd tous ses parlementaires. Malgré une légère progression en 2013, les
verts demeureront sans représentation parlementaire et le scrutin de 2017 fut
plus désolant encore pour cette sensibilité. Les verts ne recueillent que 1,5% des
suffrages.
Pour ce qui concerne leur alter ego slovaque, la faible pertinence est plus
saisissante encore. En 1994, le petit parti vert (Strana zelených) se présente
dans un cartel formé des sociaux-démocrates et des ex-communistes avant
de disparaître de la carte électorale pour deux législatures. En 2002, le parti
décroche 0,99% avant une nouvelle éclipse jusqu’au scrutin de 2012, il ne
glane que 0,42% des suffrages. Avec 0,67% des voix, l’élection de 2016
confirmera la marginalité du parti.
Le sort des verts dans le principal Etat d’Europe centrale, la Pologne, n’est
guère plus enviable. Le parti vert (Zieloni) ne fut fondé qu’en 2003 et n’a jamais
pris part comme acteur autonome aux élections nationales. Sa présence sur
les listes de l’Alliance de la gauche démocrate en 2011 lui a toutefois permis
de remporter un siège à la Diète. Compte tenu du recul de cartel aux
législatives de 2015, il n’a plus franchi le seuil (8%) et est désormais dépourvu
de toute représentation parlementaire.
En Hongrie, l’émergence d’une formation verte fut aussi laborieuse. Et le parti
aujourd’hui membre du parti vert européen ne fait pas directement référence
à l’écologie politique dans son intitulé. Fondé en 2009, Une autre politique est
possible (Lehet Más a Politika) a fait une entrée remarquée aux élections de
2010 en décrochant 7,5% des voix et cinq sièges. En 2014, le parti a quelque
peu reculé – 5,1% – mais a conservé impact son nombre de parlementaires.
En Europe orientale, la famille des partis verts est tout aussi évanescente. En
Bulgarie, deux partis verts sont reconnus par le parti vert européen, le parti vert
bulgare (zelena partija) et les Verts (Zelenite). Etabli dans la deuxième moitié
des années 2000, le premier est marginal. Il a décroché 0,52% des suffrages lors
de l’élection nationale de 2009. En 2013, 2014 et 2017, il fut une des toutes
petites composantes de l’alliance Coalition pour la Bulgarie, agencée autour
du parti socialiste bulgare (BSP). L’autre formation n’est pas moins minuscule.
Les verts ont pris part aux scrutins nationaux de 2013 et 2014 mais n’ont récolté
que 0,75% et 0,61% et pas le moindre parlementaire. En 2017, ils faisaient partie
d’un petit cartel intitulé « Oui, Bulgarie ! »
En Roumanie, le parti vert (Partidul Verde) a vu le jour en 2005. Il ne s’est
présenté aux suffrages des électeurs de manière autonome qu’à une reprise :
en 2008, il a recueilli à peine 0,27% des voix. Confronté à l’avènement d’une
organisation concurrente, le Mouvement des verts, il a convenu avec cette
dernière d’intégrer le cartel Union libérale sociale, agencé au parti social-
démocrate et au parti libéral national. Chacune des deux formations a enlevé
un siège à la Chambre des représentants en 2012. Par la suite, le Mouvement
31
des verts s’est fondu dans le parti vert. Paradoxalement, cette réunification a
généré une dynamique centrifuge. Depuis, le parti a quasiment disparu de la
scène politique. Il ne se d’ailleurs pas présenté, de manière autonome ou en
cartel, lors des élections nationales de 2016.
Qu’en est-il des Etats nés de l’implosion de la Yougoslavie ? Le déploiement
électoral d’un parti écologiste n’est observé qu’en Slovénie et en Croatie.
Dans le premier Etat cité, le parti vert s’est incarné dans le « parti jeune »
renommé par la suite « parti jeune – verts européens » (SMS – Zelemi Evrope).
Mis sur pied en 2000, il avait d’emblée réussi une entrée remarquée à la
Chambre aux élections nationale de 2000, en obtenant 4,3% et quatre sièges.
Mais ce ne fut qu’un feu de paille. Le parti jeune ne put confirmer. En 2004, il
chute à 2,1% et perd sa représentation. Lors du scrutin de 2008, il forme comme
partenaire mineur un cartel électoral avec le parti populaire slovène. L’alliance
atteint 5,7% et décroche cinq sièges. Trois ans plus tard, la même alliance se
fixe à 5,2% et conserve ses cinq mandats. En 2014, le parti ne s’est pas présenté.
A cette occasion, une autre formation écologiste s’est soumise aux suffrages
des électeurs, les verts de Slovénie (Zeleni Slovenije). Celle-ci n’a cependant
emporté que 0,5% des voix.
En Croatie, la Liste verte (Zelena Lista), fondée en 2005, a décroché 0,24% des
voix aux élections de 2007 et n’a pas pris au scrutin de 2011. Elle s’est
récemment fondue dans l’organisation Développement durable de Slovénie
(Održivi razvoj Hrvatske). Cette formation n’a pas pris part aux élections
nationales de 2015 et 2016.
En Serbie, s’il existe bien un parti vert sur papier, il n’a jamais pris part à une
élection nationale. Il en va de même au Monténégro pour le parti Monténégro
positif, membre du parti vert européen et, en Macédoine, pour l’organisation
Renouveau démocratique.
32
Tableau 14. Résultat des partis verts Dans les pays d’Europe centrale et orientale (En pourcentage)
République
tchèque Slovaquie Pologne Hongrie Bulgarie Roumanie Slovénie Croatie
SZ SZ Zieloni Lehet Más a
Politika
Zelena
Partija Zelenite
Partidul
verde SMS Verts Zelena
Lista
1990
3,10
1998
1,12
2000
4,34
2002
2,37
0,99
2004
2,08
2006
6,29
2007
0,24
2008
0,27
2009
0,52
2010
2,44
7,48
2012
0,42
2013
3,20
0,75
2014
5,17
0,50
2016
0,67
2017
1,47
Il nous reste à examiner comment se décline la situation des partis verts dans
les trois Etats baltes. En Lituanie, les verts sont pour ainsi dire inexistants. Le parti
vert lituanien (Lietuvos žaliųjų partija) ne s’est présenté qu’au scrutin de 1992,
où il a décroché 0,36% des suffrages. Par la suite, le parti n’a plus pris part aux
élections de façon autonome, jusqu’au scrutin de 2016. A cette occasion, tout
en s’établissant au niveau modeste de 2%, il a réussi son entrée au Parlement
en enlevant un siège.
La situation est assez différente en Lettonie. En 1993, la liste verte enlevait 1,2%
pour sa première présentation. Par la suite, elle se mue en parti vert (Latvijas
Zala Partija) et inaugure une politique de cartels électoraux : en 1995, l’alliance
s’allie avec le parti conservateur national, et obtient 6,4% des suffrages et huit
sièges ; en 1998, un cartel est mis en œuvre avec le parti travailliste mais ne
débouche que sur un maigre 2,3%, sans aucun mandat. A partir de 2002, un
nouvel cartel est établi ; cette fois avec l’Union paysanne de Lettonie (Latvijas
Zemnieku savienība), une formation agrarienne. La formule est nettement plus
porteuse. Dès 2002, la coalition emporte 9,5% des suffrages et douze sièges.
Quatre ans plus tard, elle décroche 16,8% et dix-huit sièges. En 2010 enfin, elle
franchit la barre des 20% (20,1%) et récolte pas moins de vingt-deux sièges. Et
cinq ans plus tard, le score est à peu près identique : 19,5% et vingt et un sièges.
Le parti vert letton est de la sorte le plus relevant de la famille des partis verts
dans l’espace global de l’Europe centrale et orientale. Il est d’ailleurs un acteur
très fréquent des responsabilités gouvernementales. Depuis 2002, les verts
lettons ont fait partie de tous les exécutifs, sauf entre octobre 2011 et janvier
2014. Fait exceptionnel pour la famille des partis verts, le parti vert letton a
même décroché le poste de Premier ministre. De mars à décembre 2004,
Indulis Emsis a en effet occupé cette charge.
En Estonie, les verts (Eestimaa Rohelised), établis en 1991, se soumettent au
suffrage des citoyens une première fois en 1992. Le résultat est limité 2,6% –
mais leur permet de glaner un siège. Toutefois, le parti ne put pérenniser cette
performance et est resté absent de la scène électorale pendant quinze ans.
En 2007, il opère son retour et réalise une percée inattendue : 7,2% des voix, ce
qui lui permit d’enlever six mandats. Mais, une nouvelle fois, les verts estoniens
ne surent consolider leur performance. Quatre ans plus tard en effet, le parti
perd sa représentation parlementaire en n’enlevant plus que 3,8%. Et les
législatives de 2015 ont dévoilé un parti ramené à une totale marginalité : 0,9%.
34
Tableau 15. Résultats électoraux des partis verts des Etats baltes (En
pourcentage) et distribution des sièges
Lituanie Lettonie Estonie
žaliųjų partija Zala Partija Eestimaa Rohelised
Pourcentage
Sièges
Pourcentage
Sièges
Pourcentage
Sièges
1992 0,36
0/141
2,62
1/101
1993
1,19
0/100
2002
9,47*
12/100
2006
16,81*
18/100
2007
7,15
6/101
2010
20,11*
22/100
2011
3,79
0/101
2015
19,53*
21/100
0,90
0/101
2016 2,03
1/141
* Cartel entre le parti vert et l’Union paysanne
Les résultats électoraux des partis verts en Europe aux élections
européennes
Les élections législatives et les scrutins subnationaux ne sont pas les seuls pour
lesquels les électeurs sont convoqués. Sous cet angle, le regard sur les
performances des partis verts aux élections européennes est intéressant. Ces
élections ont reçu très tôt une caractérisation spécifique. A l’issue des élections
européennes de 1979 et, dans un deuxième temps, de 1979 et 1984, Reif et
Schmitt (1980), puis Reif (1984 et 1985) qualifient ces scrutins de second-order
elections. Dans le temps, le contenu initial a été vérifié, amendé ou critiqué.
Que recouvre-t-il ? Pour notre propos, quatre points sont le plus souvent
épinglés.
(a) un niveau beaucoup plus élevé de l’abstention électorale aux élections
européennes qu’aux élections nationales (Delwit, 2002) en raison de la
plus faible considération dont jouit le scrutin. Peu semble en jeu aux yeux
des électeurs (Koepke et Ringe 2006 : 322).
(b) Un meilleur résultat serait attendu pour les petits partis eu égard à la
faible dimension « stratégique » ou « utile » du comportement électoral.
Des formations pourraient ainsi jouir de cette prime en bénéficiant d’un
« vote de cœur » A cet égard, les verts sont souvent cités comme de
possibles grands bénéficiaires de cette dynamique (Hix et Marsch 2007 :
497).
(c) Une sanction pour le(s) parti(s) du gouvernement national dès lors que
l’élection européenne se déroule dans un rapport à l’arène politique
nationale et non européenne. Toutefois, Hix et Marsch (2007: 501) ont
35
observé que, les partenaires juniors sont proportionnellement moins
affectés que le principal parti de la coalition, quand coalition il y a.
(d) Plus globalement, les partis gouvernementaux décrocheraient une
moindre performance d’ensemble qu’aux élections nationales en raison
de l’affirmation d’un vote de cœur.
Les partis verts performent-ils réellement mieux aux scrutins européens qu’à
l’occasion des élections nationales ? L’examen des résultats aux élections
européennes corrobore la capacité tendancielle des partis verts à enlever de
meilleures performances à l’échelle européenne qu’au plan national.
Certaines formations atteignent des étalons qu’elles n’ont jamais pu
approcher aux scrutins législatifs, à l’instar des verts français, capables en deux
circonstances de franchir la barre des 10%, ou des verts suédois, qui ont atteint
jusqu’à 18% des voix. Plusieurs des partis du cœur de l’Europe obtiennent des
pourcentages un peu plus élevés aux élections européennes qu’aux scrutins
nationaux. Ces données donnent donc à voir un tableau plus avantageux
pour la famille des partis verts.
36
Tableau 16. Résultats des partis verts aux élections européennes (En
pourcentage)
1979 1984 1989 1994 1999 2004 2009 2014
Allemagne 3,21
8,15
8,45
10,06
6,44
11,94
12,13
10,70
Autriche 6,81
9,29
12,89
9,74
14,52
Belgique 3,41
8,17
13,86
11,61
16,00
8,70
13,55
11,05
Bulgarie 0,51
0,90
Croatie 9,42
Chypre 0,86
1,50
*
Danemark 4,70
9,22
9,10
8,58
7,10
7,96
15,87
10,95
Espagne
Estonie 2,73
2,73
0,30
Finlande 7,59
13,43
10,43
12,40
9,33
France 4,39
3,37
10,59
2,95
9,72
7,72
17,34
8,95
Grèce 0,67
3,49
0,90
Hongrie 5,33
5,31
5,04
Irlande 0,47
3,74
7,91
6,69
4,32
1,89
4,92
Italie 3,77
3,18
1,75
2,46
0,90
Lettonie 4,28
3,78
8,32
Lituanie
3,56
Luxembourg 6,08
10,46
10,93
10,70
15,02
16,82
15,02
Malte 9,33
2,34
2,95
Pays-Bas 5,60
6,96
6,09
11,85
7,39
9,06
7,21
Pologne 0,27
0,32
Portugal
Roumanie 0,39
0,34
Slovaquie 2,11
0,47
Slovénie 2,30
1,90
0,83
Suède 18,18
9,46
5,96
11,02
15,27
Royaume-Uni 0,13
0,52
14,42
3,12
6,39
6,08
8,34
8,31
République
tchèque 3,17
2,06
3,78
* Le parti vert a fait alliance avec le parti social-démocrate (EDEK)
Pour autant, il importe d’apporter quelques nuances à ces constats. Pointons
d’abord que le tableau d’ensemble ne dément le canevas gagé à
l’analyse des élections nationales. Les verts sont des organisations relevantes
essentiellement dans le centre de l’Europe et dans certains pays scandinaves.
L’Europe sud et l’Europe centre-orientale demeurent des terres de mission pour
la famille des partis verts.
Ensuite, il convient de ne pas l’oublier, le résultat présenté concerne les votes
pour les partis rapportés aux votes valablement exprimés. Dès lors que
l’abstention aux scrutins européens est substantiellement supérieure à celle
relevée lors des élections nationales, la performance doit être relativisée. A tout
le moins, elle n’anticipe pas la performance des partis verts dans d’autres
scrutins. Les verts bénéficient en effet non seulement de « l’effet vote de cœur »
mais aussi, tendanciellement, du fait que leur électorat dévoile un niveau de
37
capital scolaire supérieur à la moyenne (Mueller-Rommel, 2000). Or, ce
segment est, toutes choses égales par ailleurs, celui qui est le moins affecté par
le niveau massif de l’abstention à l’élection européenne.
Enfin, pointons-le, la dynamique n’est pas linéaire. Schématiquement, les partis
verts ont décroché trois bonnes performances d’ensemble aux élections de
1989, de 1999 et de 2009. Mais ces percées ne sont pas nécessairement
consolidées au(x) scrutin(s) suivants. En 2014, les verts belges perdent 2,4 points
de pourcent par rapport à 2009, les verts finlandais 3,1 points, les verts français
8,4 points et les verts allemands 1,4 points. Certes, l’un ou l’autre parti progresse
mais la dynamique d’ensemble est au repli. Comme en 1994 par rapport à
1989 ou en 2004 par rapport à 1999. On notera d’ailleurs que le poids politique
du groupe Verts/Alliance libre européenne s’est substantiellement rétracté
suite au scrutin européen de mai 2014. Avec cinquante sièges à peine, le
groupe Verts/ALE n’est plus que le sixième par ordre d’importance, une position
bien moins enviable que dans les législatures précédentes (Bomberg 2002 : 41).
Tableau 17. Groupes au Parlement européen pour la législature 2014-2019
Groupes Sièges
PPE 220
S&D 191
ECR 70
ALDE 68
GUE/NGL
51
Verts/ALE
50
EFDD 48
NI 52
Conclusion intermédiaire
Au final, ce tour d’horizon n’apparaît guère enchanteur pour la famille des
partis verts. Certes, on peut souligner à la suite de Benoit Rihoux (2001 : 21) que
« quel que soit son degré de succès ou d’insuccès relatif, aucun parti vert n’a
disparu à ce jour », il n’en reste pas moins que le bilan est pour le moins mitigé.
A sa manière, l’affaissement notable de la communauté scientifique pour les
partis verts en porte témoignage, l’ouvrage dirigé par Emilie van Haute (2016)
étant une rare exception.
Dans le cœur de l’Europe, les partis verts se sont assez vite imposés comme des
acteurs politiques qui comptent. Plusieurs ont ou ont eu accès à des
responsabilités exécutives ; tantôt à l’échelle nationale, tantôt au plan
subnational. Néanmoins, le fait reste exceptionnel. Qui plus est, sous l’angle
électoral la ligne de crête maximale se situe pour l’un ou l’autre parti autour
de 10%. Dans cet espace, les performances oscillent entre 5 et 10%. Dans cet
espace, le plafond de verre électoral de 10% est très rarement atteint ou
dépassé.
38
Comme l’avait pointé Mair, après leur percée dans les années quatre-vingt, les
partis verts de cet espace ont du mal à franchir de nouveaux seuils, de
nouveaux socles politiquement importants. Les verts y apparaissent comme
une famille électoralement stagnante. Pour autant, le reflux annoncé par Mair
n’est pas vérifié. Et certains partis, au Luxembourg notamment, s’inscrivent
dans une dynamique ascendante sur le plan électoral. En périphérie de ce
cœur, la norme de la performance électorale et politique est la très faible
relevance voire l’absence de toute relevance, à l’exception partielle de
quelques partis dans le nord ; en Suède et en Finlande en particulier.
Bref, plus de quinze ans après l’analyse de Mueller Rommel, la dynamique ne
semble avoir guère évolué. En 1998, Mueller-Rommel (122) isolait huit
« Successful Green Parties » : en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en
Finlande, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Suède et en Suisse. Dans la phase
contemporaine, on ne pourrait sans doute qu’ajouter le cas letton et la
difficulté de porter une appréciation sur le Danemark.
Dans les pays du sud de l’Europe, du centre-est européen et dans les pays
baltes, les partis verts sont bien souvent des organisations inconnues ou ténues.
Seuls les verts français et les verts lettons démentent de manière nette cette
observation, auxquels on pourrait rajouter la formation hongroise, Une autre
politique est possible.
39
2. LE PROFIL DES ÉLECTEURS VERTS
Malgré leurs évolutions électorales disparates, les partis verts en Europe ont tous
émergé d’une révolution culturelle. Ils ont fait appel aux points de vue de
groupes électoraux particuliers qui partageaient des caractéristiques, des
opinions et des demandes spécifiques. Cette deuxième partie est consacrée
à explorer le caractère distinctif de l’électorat vert en termes de
caractéristiques socio-démographiques, de préférences politiques, de forme
et de degré d’activisme social et politique, et d’attitudes envers la politique et
les institutions démocratiques.
Analysant les données attitudinales recueillies par l’enquête European Social
Survey en 2012, les sections suivantes révèlent que le « vote vert » est
principalement déterminé par les caractéristiques sociales et les préférences
politiques des électeurs, mais devrait également être lié à la forme de
militantisme politique préféré des citoyens. Ces résultats sont en phase avec
ce qui a été observé il y a plusieurs décennies concernant le profil des électeurs
verts. Ce faisant, ils témoignent de la relative stabilité de l’électorat vert.
Expliquer le vote vert : le clivage social, les préférences politiques et
le militantisme
Initialement, les partis verts ont été présentés comme se tenant à l’écart des
clivages traditionnels. Dès lors que les partis verts mettent l’accent sur des
« valeurs qui pourraient être importantes pour la survie de l’humanité au lieu de
promouvoir le bien-être de groupes particuliers » (Dolezal 2010, 537), le vote
vert était surtout appréhendé comme un vote transcendant le vieux « clivage
de classe ». Aussi, les premières études ont donà voir l’électorat vert comme
un groupe très hétérogène en termes de caractéristiques socio-
démographiques.
Cependant, des recherches plus systématiques sur le profil sociologique des
électeurs verts ont remis en question cette interprétation originale (Dolezal
2010, Müller-Rommel 2002, Poguntke 1993). Plusieurs scientifiques ont montré
que les électeurs verts partageaient des caractéristiques sociologiques
spécifiques. La première variable sociologique signalée est l’âge : les partis
verts représentaient avant tout les aspirations des jeunes générations (Franklin
et Rüdig 1992). Deuxièmement, le genre est apparu comme une variable
déterminante : les femmes avaient tendance à être plus favorables au
mouvement vert, dès lors qu’elles accordaient plus d’importance aux
questions de qualité de vie – protection sociale, environnement, paix, etc.
(Knutsen 2004, 198-200). Un troisième élément, et pas le moins important, réfère
au capital scolaire des électeurs verts (Knutsen 2004) - une variable qui,
comme nous l’expliquons par la suite, a un effet important sur les attitudes des
électeurs concernant les conséquences du processus de mondialisation.
40
Adoptant une perspective plus «structurelle», certains chercheurs ont mis en
évidence que les partis verts et leurs électeurs sont ancrés dans les clivages
traditionnels – le clivage socio-économique entre la gauche et la droite, le
clivage philosophique et le clivage rural-urbain. Les électeurs verts
proviendraient principalement de la classe moyenne (Müller-Rommel 2002,
Poguntke 1993). Les partis verts obtiendraient singulièrement un fort soutien
parmi les fonctionnaires (Knutsen 2005), car ils partagent une vision
d’intervention de l’État de gauche sur les questions économiques. Dolezal
(2010), qui s’est penché sur les citoyens non actifs professionnellement, a
montré que le soutien pour les verts est plus élechez les étudiants et les
hommes/femmes au foyer, et plus faible chez les retraités. En ce qui concerne
les autres clivages, les électeurs verts seraient proportionnellement moins
nombreux chez les croyants et pratiquants catholiques et protestants (Dolezal
2010). A contrario, leur pénétration serait plus forte dans les grandes villes
(Dolezal 2010 ; Kriesi 1993), dès lors que le mouvement vert est dans les
grandes aires industrielles, sécularisées et multiculturelles.
Si ces études empiriques ont révélé l’influence des variables socio-structurelles
sur le vote vert, les explications basées sur les thématiques soulevées restent
pertinentes. L’environnementalisme politique est ancré dans différents types
de valeurs, qui sont liées à la fois aux clivages « anciens » et « nouveaux ». Pour
ce qui a trait au clivage socio-économique classique entre la gauche et la
droite, les partis verts se sont positionnés en faveur de plus de justice sociale et
d’égalité. Dès lors, les électeurs verts devraient adopter une position à gauche
sur cet axe (Müller-Rommel 1985; 1988, Kriesi 1999). En ce qui concerne l’ancien
clivage philosophique, qui peut être compris aujourd’hui comme une
opposition entre les valeurs progressistes et conservatrices, les partis verts sont
clairement positionnés du côté progressiste. En conséquence, nous devrions
trouver parmi les électeurs verts un soutien clair pour des questions telles que
l’égalité des sexes, le mariage homosexuel, l’avortement, etc.
Nous l’avons relevé, l’émergence des partis verts à la fin des années soixante-
dix peut être comprise comme une conséquence de l’apparition d’un
nouveau conflit ou clivage structurant dans les sociétés occidentales. Plusieurs
étiquettes s’appliquent à ce nouveau clivage, et les problèmes qui ont été liés
à ce supposé nouveau conflit sont divers. À l’origine, Inglehart a évoqué une
séparation entre les valeurs matérialistes et post-matérialistes (Inglehart 1977,
Kitschelt 1989), ce qui a entraîné une préoccupation environnementale
grandissante chez les citoyens occidentaux. Évidemment, nous devrions
trouver que les électeurs verts se soucient encore beaucoup de ces questions
environnementales (Franklin et Rüdig 1992).
Ce « nouveau clivage culturel » (Kriesi et al. 2006) a été élargi à d’autres types
de valeurs et de problèmes. Hooghe e.a. (Hooghe, Marks et Wilson 2002)
conçoivent ce nouveau conflit comme une opposition entre un pôle «VAL»
(Vert-Alternative-Libertaire) et un pôle «TAN» (Traditionnel-Autoritaire-
Nationalisme). En termes d’attitudes politiques, les électeurs verts libertaires
devraient soutenir l’autonomie et la liberté des individus contre toute forme de
domination ou de régulation culturelle. Kriesi e.a. (2006) ajoutent à ces
dimensions une opposition fondamentale entre « démarcation » et
41
« intégration », le pôle de démarcation étant « caractérisé par une opposition
au processus d’intégration européenne et par des positions restrictives vis-à-vis
de l’immigration » (Kriesi et al. 2006 : 924). Eu égard à leur capital scolaire
tendanciellement élevé, les électeurs verts seraient mieux outillés pour
s’adapter à une société culturellement hétérogène et apparaîtraient
clairement comme les « gagnants » du processus de mondialisation. Grâce à
leur « orientation cosmopolite » (Kitschelt, 1994), les électeurs verts devraient
être plus favorables aux institutions internationales et supranationales, et
devraient se préoccuper davantage des droits des migrants (Poguntke 1993,
10).
Notre analyse vise à tester si l’électorat vert peut toujours être différencié des
autres électeurs sur la base de leurs caractéristiques sociales et sur la base de
leurs préférences politiques, mais aussi selon deux variables supplémentaires :
d’abord, le type et le degré de militantisme social et politique ; ensuite, leurs
attitudes envers la politique et les institutions démocratiques. Dans la mesure
où les verts « souhaitent promouvoir un modèle de démocratie participative »
(Villalba 2005 82) ou de « participation populaire » (Kitschelt 1988 195), nous
attendons des électeurs verts qui soient socialement et politiquement plus
actifs que la moyenne de l’électorat. En outre, les électeurs verts devraient être
plus engagés dans des formes non conventionnelles de participation
(démonstration, pétition, boycott, etc.), car ces activités font partie de la New
Politics (Poguntke 1987) et des nouveaux mouvements sociaux (Kriesi 1999) qui
ont émergé dans les années soixante-dix, en parallèle de la naissance des
partis verts. En revanche, nous nous attendons à ce que les électeurs verts
soient moins enracinés dans les formes traditionnelles de participation
politique, en particulier l’adhésion à un parti.
Pour ce qui réfère aux attitudes des électeurs verts envers la politique et les
institutions, plusieurs aspects doivent être pris en compte. Nous examinerons,
en premier lieu, dans quelle mesure les électeurs verts s’intéressent à la
politique. Compte tenu de leur profil très instruit (et donc de leur sophistication
politique potentiellement plus élevée), et étant donné leur degré de
militantisme assez haut, ils devraient être relativement plus intéressés par la
politique que les autres électeurs. Deuxièmement, nous vérifierons dans quelle
mesure ils font confiance à différents types d’institutions (parlement de leur
pays, système juridique, etc.) et à quel point ils sont satisfaits de l’état actuel
des choses dans leur Etat.
Deux hypothèses distinctes peuvent être formulées. Si le vote vert constitue
toujours une forme de vote de protestation (Kitschelt 1988), nous devrions
trouver un niveau de confiance et de satisfaction relativement faible parmi les
électeurs verts. Cependant, dès lors que les électeurs verts ont tendance à être
plus ancrés du côté « gagnant » du processus de mondialisation, ils devraient
montrer plus de confiance et de satisfaction que les autres catégories
d’électeurs, qui se sentiraient plus proches du côté « perdant » dudit processus.
L’analyse permettra de clarifier quelle interprétation est la plus pertinente.
42
Données et méthode
Afin d’analyser le profil des électeurs verts à travers l’Europe, nous utilisons la
dernière vague de l’European Social Survey européenne (ESS) : le cycle 2012.
Afin d’identifier les électeurs verts, nous utilisons une question demandant aux
enquêtés pour quel parti ils ont voté lors de la dernière élection nationale. Les
abstentionnistes et les citoyens qui ne répondent pas à cette question sont
exclus de l’analyse : les modèles statistiques (