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La biomasse en Normandie, une ressource locale peu connue mais en plein essor !

Authors:
  • Agence d'urbanisme de Rouen et des Boucles de Seine et Eure

Abstract

Dans le mix énergétique, toutes les sources d’énergie renouvelables doivent être encouragées. La méthanisation est d’autant plus intéressante qu’elle permet à leur initiateur une production d’électricité, de gaz ou de chaleur pour des usages locaux. Et pour les collectivités territoriales, les avantages de la méthanisation sont multiples : (i) réalisation d’économies, (ii) création de nouvelles filières énergétiques durables et territorialisées, (iii) développement de l’emploi. En outre, il s’agit d’une manière efficace d’associer la recherche et l’innovation sociale en créant de la valeur ajoutée dans le respect de l’environnement. Créer une nouvelle source d’énergie en valorisant les déchets organiques, c’est surtout limiter la consommation d’énergies fossiles au profit d’une énergie de proximité, alternative et verte. La méthanisation, bien que peu connue encore aujourd’hui, se développe très rapidement en Normandie.
Etudes Normandes, déc. 2017, n°4
La biomasse en Normandie, une ressource locale peu connue mais en plein
essor !
Sébastien Bourdin, enseignant-chercheur / auteur correspondant : sbourdin@em-normandie.fr
Ludovic Jeanne, enseignant-chercheur
François Raulin, ingénieur de recherche
Ecole de Management de Normandie, Laboratoire Métis, Département d’Economie des Territoires et
Développement Durable, 9, Rue Claude Bloch, 14052 Caen (France).
Financé par l’Inra et les régions Normandie, Bretagne et Pays de la Loire, dirigé par Sébastien Bourdin (EM
Normandie), le programme de recherche DETECTE - pour Développement économique et territorial, économie
circulaire et transition énergétique - vise à analyser la réalité territorialisée des filières de méthanisation en
termes d’efficiences (bio)technique, économique, environnementale et de responsabilité sociale. Il s’agit d’étudier
le territoire comme un construit d’acteurs qui nécessite coordination et dispositifs de médiation dans le cadre des
projets de méthanisation. En identifiant quelles sont les limites des systèmes actuels et en proposant des leviers
pour accroître leur durabilité (efficacité, viabilité), l’objectif de cette recherche est d’améliorer la visibilité de la
méthanisation et son déploiement dans le Grand-Ouest français.
Dans le mix énergétique, toutes les sources d’énergie renouvelables doivent être encouragées. La
méthanisation est d’autant plus intéressante qu’elle permet à leur initiateur une production
d’électricité, de gaz ou de chaleur pour des usages locaux. Et pour les collectivités territoriales, les
avantages de la méthanisation sont multiples : (i) réalisation d’économies, (ii) création de nouvelles
filières énergétiques durables et territorialisées, (iii) développement de l’emploi. En outre, il s’agit
d’une manière efficace d’associer la recherche et l’innovation sociale en créant de la valeur ajoutée
dans le respect de l’environnement. Créer une nouvelle source d’énergie en valorisant les déchets
organiques, c’est surtout limiter la consommation d’énergies fossiles au profit d’une énergie de
proximité, alternative et verte. La méthanisation, bien que peu connue encore aujourd’hui, se
développe très rapidement en Normandie.
L’ancrage territorial de la méthanisation
La transition énergétique est aujourd’hui considérée comme une nécessité incontournable. Mais les
dynamiques d’innovation associées à la promotion des énergies renouvelables peuvent prendre une
dimension de proximité tant pour les modes de production et que pour leur consommation. A cette
échelle fine, les collectivités locales confrontées à des contraintes budgétaires fortes disposent avec la
méthanisation d’un moyen pour moderniser la gestion onéreuse et difficile à organiser des déchets.
Dans ce cadre, les territoires et les industries sont amenés à réfléchir à des solutions technologiques
permettant (i) un traitement plus économe et plus efficace des déchets, (ii) de produire de l’énergie
par et pour le territoire.
Une solution simple et avantageuse à la portée des agriculteurs
Le processus de méthanisation consiste en un traitement naturel des déchets organiques conduisant
à une production de gaz convertible en énergies (biogaz, électricité, chaleur). Plus spécifiquement, elle
provient de la décomposition biologique des matières organiques dans un milieu en raréfaction d’air -
appelée « fermentation anaérobie » car sans oxygène - et d’un digestat - les déchets « digérés ». Les
déchets organiques qui alimentent les unités de méthanisation doivent être riches en eau et à fort
pourvoir fermentescible. Il peut s’agir d’ordures ménagères, de boues de station d'épuration, de
graisses et matières de vidange, de certains déchets des industries agroalimentaires ou encore certains
déchets agricoles issus de la biomasse.
De fait, on comprend très vite pourquoi la méthanisation est un procédé de production d’énergie
renouvelable ancré localement. Les déchets du territoire deviennent alors des ressources territoriales
qui seront transformées en énergie. Faire de la biomasse une bioressource territorialisée signifie pour
les agriculteurs, d’une part, une réduction de leur dépendance énergétique puisque la cogénération
permet d’alimenter l’exploitation ou le réseau en électricité et en chaleur et, d’autre part, une
diminution de la dépendance aux engrais minéraux car il est possible d’utiliser le digestat (les résidus
du procédé de méthanisation) comme fertilisant pour les terres.
Où en est-on en Normandie ?
La région normande - au sein du Grand-Ouest français avec la Bretagne et les Pays-de-la-Loire - fait
partie des zones françaises les plus dynamiques en matière de méthanisation (unités existantes ou en
projet). En effet, la région possède un important gisement de biomasse (déchets agricoles notamment)
pouvant être valorisé par la méthanisation. Au 1er septembre 2017, on comptabilisait 59 unités de
méthanisation en projet ou en fonctionnement sur le territoire normand (Cf. graphique et carte).
La méthanisation à la ferme présente de nombreux atouts ce qui explique son développement rapide.
Elle est facilitée par l’arrivée de nouveaux matériels de petite puissance, elle profite de l’évolution des
tarifs de rachat d’électrici permettant la diversification des revenus des agriculteurs, la réduction de
la facture énergétique de l’exploitation, voire même la possibilité d’une autonomie totale.
Cependant, la large majorité d’entre elles sont des unités à la ferme alors que les projets de
méthanisation collective restent plutôt marginaux. De plus, ces projets collectifs d’agriculteurs ou
d’acteurs agro-industriels ont tendance à être freinés voire abandonnés notamment à cause d’une
opposition de riverains comme, par exemple, à Bellengreville et à Coutances.
La méthanisation a aussi ses adversaires
La filière (agro-)industrielle peine donc à percer en raison de plusieurs problèmes. Parmi ceux-ci, il faut
compter avec les mouvements de type Nimby (Not In My Back Yard
1
), le plus souvent de la part de
riverains mais aussi de la part d’habitants voire d’élus de la commune concernée. Ils sont le fruit d’une
hostilité face à diverses nuisances (réelles ou fantasmées) qu’engendrerait ce type d’installations
comme les mauvaises odeurs, le bruit, le risque d’explosion et même le risque de dévalorisation
immobilière. Des recherches en sciences humaines et sociales (programme de recherche DETECTE
notamment) sont en cours et laissent à penser que la proximité des installations ou encore la taille de
celles-ci pourraient influencer le discours porté par les riverains.
Parmi les difficultés rencontrées, on trouve aussi les lenteurs de la procédure administrative qui
rallongent les délais de mise en service des installations et viennent donc fragiliser les modèles
d’affaires des porteurs de projet. Enfin, un défi territorial se pose souvent : identifier un terrain
pouvant accueillir ce type d’installation et situé à proximité d’un transformateur électrique ou d’un
réseau de distribution de gaz selon la valorisation souhaitée.
1
« Pas près de chez moi ».
Ainsi, dans un contexte les zones rurales cherchent à trouver un second souffle, à relancer et à
diversifier leurs activités économiques, la méthanisation constitue l’une des réponses possibles.
Pour aller plus loin :
www.biomasse-normandie.org
www.noveatech.fr
www.draaf.normandie.agriculture.gouv.fr
L’état des lieux de la méthanisation (ADEME) :
https://www.connaissancedesenergies.org/sites/default/files/pdf-pt-
vue/avis_ademe_methanisation-2016.pdf
Un ouvrage : Moletta, R. (2015). La méthanisation. 3ème édition. Ed. Lavoisier
Source : Nov&Atech, sept. 2017
Source : François Raulin EM Normandie
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