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Analyse du brout hivernal d'orignal (Alces alces) dans les jeunes Éclaircies Précommerciales (ÉPC) de la réserve faunique de Matane

Authors:

Abstract and Figures

Entre 1995 et 2007, la densité d’orignaux (Alces alces) a doublé sur la réserve faunique de Matane, passant de 20,3 à 47,6 orignaux/10km2. Ainsi, afin de discerner les impacts d’un broutement excessif de la flore en régénération et de quantifier l’abondance de nourriture disponible aux cervidés suite à des Éclaircies Précommerciales (ÉPC), un inventaire de brout fût réalisé au printemps 2007. Ce traitement forestier vise principalement à régulariser la distance entre les tiges résiduelles et à concentrer la production d’arbres d’intérêt commercial (Ressources naturelles Canada, 1999). Sur la réserve faunique de Matane, les essences résineuses commerciales telles l’épinette blanche (Picea glauca), l’épinette de Norvège (Picea abies), l’épinette rouge (Picea rubens) et le sapin baumier (Abies balsamea), sont recherchées, laissant ainsi peu de diversité et d’abondance de feuillus utilisables par l’orignal. Les résultats principaux, tels le nombre de tiges par hectare, ainsi que le nombre de ramilles disponibles par hectare, stipulent qu’il y a insuffisance de brout dans les jeunes ÉPC. Par l’effet du sur-broutement, la régénérescence ne peut se faire à un rythme permettant de retrouver le nombre de tiges avant le traitement sylvicole et cela va de soi, puisque l’utilisation dépasse largement la production dans ces peuplements. En fait, l’hypothèse est qu’il y a perte d’habitat directe avec cette intervention avec une densité si imposante d’orignaux. La régénérescence n’aura ainsi probablement pas lieu dans les secteurs les plus fréquentés. La principale conclusion de ce rapport vise l’utilité de l’ÉPC dans un contexte d’aménagement durable et d’approche écosystémique, tant pour la forêt que pour l’orignal. En ce sens, l’éclaircie précommerciale pourrait avoir une utilité lorsque le milieu ne produit plus suffisamment de ramilles. Une ÉPC se voit alors inutile dans les endroits ayant déjà subit un traitement forestier puisque lors de la régénération, les orignaux limitent la production de tiges n’affectant pas les essences convoitées par l’industrie forestière. Aussi, plusieurs mesures d’atténuation des impacts sont proposées dans ce rapport.
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Photo: JP Gilbert, 2007
Analyse du brout hivernal d’orignal (Alces alces) dans les jeunes
Éclaircies Précommerciales (ÉPC) de la réserve faunique de Matane
Carole-Anne Gillis
Chargée de projet
Rapport technique pour
Sépaq-Réserve Faunique de Matane
Octobre 2007
Photo: JP Gilbert, 2007
2
Analyse du brout hivernal d’orignal (Alces alcesl dans les jeunes Éclaircies
Précommerciales (ÉPC) de la réserve faunique de Matane
Remerciements
Soutien
Robin Plante, Directeur de la réserve faunique de Matane, pour le soutien apporté au projet.
L’ensemble des employés de la réserve faunique de Matane pour leurs encouragements et leur
collaboration durant la prise de données.
Expertise Géomatique
Groupe de Gestion Intégrée des Ressources (GIR) pour leur expertise en géomatique et
l’élaboration de l’ensemble de la cartographie utilisée sur le terrain ainsi que celle pour le rapport
final. Leurs observations sur le terrain ont également été utiles à l’élaboration de ce rapport.
Équipe-terrain
Jean-Philippe Gilbert, technicien de la faune, pour son professionnalisme et ses notions de travail
sur le terrain. Également, les photos présentes dans ce rapport sont intégralement fournies par M.
Gilbert.
Bénédicte Rivière, pour son travail de terrain, son aide au traitement des données et sa
participation au rapport préliminaire.
Consultations
Yves Lemay, Auxiliaire d’enseignement, UQAR et Patrick Bouchard, technicien de la faune,
pour leur temps dans la révision du rapport final.
Sarah Brin-Clément, Étudiante en Biologie à l’UQAR, pour la révision du rapport préliminaire.
Claude Larocque, MRNF, pour son aide au plan d’échantillonnage et à la structure de la base de
données et pour ses commentaires pertinents.
Correction du français
Karine Bourque
Page couverture : Érable à épis (Acer spicatum) brouté et mutilé par l’orignal, Jean-Philippe
Gilbert, 2007.
3
Avant-propos
Ce rapport ne reflète pas une caractérisation complète de l’habitat hivernal de l’orignal dans la
réserve faunique de Matane. Il constitue une évaluation des jeunes Éclaircies Précommerciales
(ÉPC) contribuant en partie au brout disponible pour les orignaux de ce territoire. Ainsi, il ne faut
pas globaliser les résultats à l’échelle de la réserve puisqu’elle constitue une variété d’habitats
distincts affectés par différents traitements forestiers et différents types de peuplements.
Somme toute, il en découlera de ce document des recommandations pour l’utilisation de mesures
de mitigation pour les ÉPC et voire même de leurs utilités face à une approche écosystémique des
traitements forestiers afin d’augmenter le potentiel de brout sur le territoire.
Comment citer le rapport:
GILLIS, C.A., 2007. Analyse du brout hivernal d’orignal (Alces alces) dans les jeunes Éclaircies
Précommerciales (ÉPC) de la réserve faunique de Matane. Rapport technique pour la réserve
faunique de Matane, 36 p.
4
Table des matières
Avant-propos....................................................................................................................................3
Liste des figures ...............................................................................................................................5
Liste des tableaux.............................................................................................................................5
Résumé.............................................................................................................................................6
1.0. Introduction...............................................................................................................................7
2.0. Méthodologie ............................................................................................................................8
2.1. Aire d’étude...........................................................................................................................8
2.2. Méthode d’inventaire .........................................................................................................10
2.3. Durée de l’étude..................................................................................................................16
2.4. Traitement des données......................................................................................................16
3.0. Résultats ..................................................................................................................................18
4.0. Analyse des résultats...............................................................................................................25
5.0. Recommandations...................................................................................................................30
6.0. Revue personnelle du rapport..................................................................................................33
Bibliographie..................................................................................................................................34
5
Liste des figures
Figure 1 : Réserve Faunique de Matane. Localisation de l’aire d’étude et des secteurs
d’échantillonnage………………………………………………………………...……………..p.9
Figure 2 : Superficies des îlots de traitement…………………………………………………..p.11
Figure 3 : Îlots de traitement d’ÉPC 2004-2005, 2005-2006 et 2006-2007……………...……p.12
Figure 4 : Aspect général de la méthode d’inventaire ; les îlots d’ÉPC, les virées parallèles
effectuées et les parcelles distantes d’un pas de 50m………………………………….…….…p.15
Figure 5 : Production relative de ramilles pour l’ensemble des traitements forestiers ainsi que par
strate………………………………………………………………..…………………………..p.22
Figure 6 : Importance des essences ligneuses dans la diète de l'orignal dans les différentes
strates…………………………………………………………….…………………………......p.24
Liste des tableaux
Tableau 1 : Comparaison du nombre de parcelles théoriques avec le nombre de parcelles
réalisées lors de l’inventaire…...................................................................................................p.14
Tableau 2 : Compilation des données concernant les tiges et les ramilles retrouvées dans les trois
strates lors de l’inventaire au printemps 2007…………………………………………………p.19
Tableau 3 : Pourcentage relatif du nombre de tiges présentes pour chaque essence dans
l’ensemble des strates d’ÉPC.....................................................................................................p.20
Tableau 4 : Utilisation et sélectivité de Manly des essences ligneuses par strate de traitement
forestier ……………………………………………………………………………………….p.23
6
Résumé
Entre 1995 et 2007, la densité d’orignaux (Alces alces) a doublé sur la réserve faunique de
Matane, passant de 20,3 à 47,6 orignaux/10km
2
. Ainsi, afin de discerner les impacts d’un
broutement excessif de la flore en régénération et de quantifier l’abondance de nourriture
disponible aux cervidés suite à des Éclaircies Précommerciales (ÉPC), un inventaire de brout fût
réalisé au printemps 2007. Ce traitement forestier vise principalement à régulariser la distance
entre les tiges résiduelles et à concentrer la production d’arbres d’intérêt commercial (Ressources
naturelles Canada, 1999). Sur la réserve faunique de Matane, les essences résineuses
commerciales telles l’épinette blanche (Picea glauca), l’épinette de Norvège (Picea abies)
,
l’épinette rouge
(Picea rubens)
et le sapin baumier (Abies balsamea), sont recherchées, laissant
ainsi peu de diversité et d’abondance de feuillus utilisables par l’orignal.
Les résultats principaux, tels le nombre de tiges par hectare, ainsi que le nombre de ramilles
disponibles par hectare, stipulent qu’il y a insuffisance de brout dans les jeunes ÉPC. Par l’effet
du sur-broutement, la régénérescence ne peut se faire à un rythme permettant de retrouver le
nombre de tiges avant le traitement sylvicole et cela va de soi, puisque l’utilisation dépasse
largement la production dans ces peuplements. En fait, l’hypothèse est qu’il y a perte d’habitat
directe avec cette intervention avec une densité si imposante d’orignaux. La régénérescence
n’aura ainsi probablement pas lieu dans les secteurs les plus fréquentés.
La principale conclusion de ce rapport vise l’utilité de l’ÉPC dans un contexte d’aménagement
durable et d’approche écosystémique, tant pour la forêt que pour l’orignal. En ce sens, l’éclaircie
précommerciale pourrait avoir une utilité lorsque le milieu ne produit plus suffisamment de
ramilles. Une ÉPC se voit alors inutile dans les endroits ayant déjà subit un traitement forestier
puisque lors de la régénération, les orignaux limitent la production de tiges n’affectant pas les
essences convoitées par l’industrie forestière. Aussi, plusieurs mesures d’atténuation des impacts
sont proposées dans ce rapport.
7
1.0.
Introduction
A l’échelle mondiale, plusieurs populations de cervidés semblent connaître une explosion
démographique. Depuis la fin des années 90, en raison des plans de gestion de la population
d’orignaux (Alces alces) par le contingentement de la femelle ainsi que la modification de la
structure forestière par les traitements sylvicoles amenant la régénérescence des feuillus, la
densité d’orignaux au Bas St-Laurent et en Gaspésie tend à augmenter (Beguin et al., 2004 ;
Guitard et Fleury, 2002). Ces interventions ont eu des répercussions majeures dans la réserve
faunique de Matane. En fait, suite à l’inventaire aérien réalisé par le Ministère des Ressources
Naturelles et de la Faune (MRNF) dans cette réserve à l’hiver 2007, une densité de 47,6
orignaux/10 km² a été révélée, pour un total de 61 023 orignaux, soit la plus forte densité
enregistrée pour des territoires fauniques au Québec jusqu’à aujourd’hui (Lamoureux et al.,
2007). Lors du précédent inventaire sur la réserve, en 1995, une moyenne de 20,3
orignaux/10km
2
avait été estimée. La capacité de support du milieu était déjà atteinte en 1995 où
l’utilisation du brout dépassait largement la productivité (Lamoureux et Parisé, 1995; Guitard et
Fleury, 2002). L’augmentation de la densité dans la réserve faunique de Matane a été grandement
influencée par les coupes forestières produisant, au fil du temps, une disponibilité de brout. Selon
Potvin et al. (2005), après 10 ans, les peuplements mélangés fournissent des conditions d’habitat
favorables à l’orignal. Toutefois, à l’abondance des aménagements forestiers, les couverts de
fuite et de protection de ce cervidé sont rares. Or, les principaux facteurs limitant la distribution
géographique de l’orignal sont la disponibilité du brout ainsi que la qualité de couvert forestier
(Telfer, 1974). Ainsi, l’utilisation du brout hivernal demeure un critère fondamental à évaluer
afin de caractériser les conditions d’habitat de l’orignal. L’inventaire du brout sur la réserve en
2000, réalisé par Faune Experts inc., avait révélé que l’utilisation du brout dépassait la
productivité. Les récentes données de l’inventaire aérien incitaient donc à quantifier à nouveau le
brout hivernal des orignaux de la réserve faunique de Matane. Ainsi, un inventaire de brout par
comptage des ramilles a été effectué du 15 mai au 4 juin 2007. Cette étude permettra dans un
premier temps d’identifier les principales essences dans la diète et d’en établir la quantité de
ramilles broutées en un hiver dans les ÉPC à des stades différents de la succession végétale. Ces
renseignements permettront, dans un deuxième temps, de proposer des stratégies d’aménagement
de l’habitat de l’orignal et, notamment, de préconiser une approche écosystémique dans les
8
pratiques forestières actuelles. De plus, il est primordial de considérer l’importance de l’industrie
forestière en région comme ayant, elle aussi, un apport économique important. Ainsi, grâce à la
concertation des différents acteurs du milieu, un objectif commun d’assurer une qualité d’habitat
optimale et durable à l’orignal et à la ressource forestière au sein de la réserve faunique de
Matane est indispensable.
2.0. Méthodologie
2.1. Aire d’étude
La réserve faunique de Matane est un territoire structuré de l’Est du Québec. Il est d’une
superficie de 1282 km² et il est dirigé par la Société des Établissements de Plein-Air du Québec
(SÉPAQ).
La réserve appartient à l’écozone forestière du Maritime de l’Atlantique, soit une forêt de
transition comportant à la fois des éléments de la forêt décidue et de la forêt boréale. La région
est donc naturellement représentée par la forêt mélangée dominée par les épinettes et le sapin
baumier (Service canadien des forêts, 2003). Toutefois, d’après les données de Guitard et Fleury
(2002), il y a, naturellement, dominance des tiges feuillues par rapport aux essences résineuses
dans les différents habitats de la réserve faunique de Matane. De plus, en 2002, il y avait près du
tiers du territoire de la réserve en régénération, soit une importance de 30,3 %. Entre autre, il y a
cinq aires communes de travaux sylvicoles de l’unité de gestion 12, utilisée par Multi-Bois,
Bowater-Mitis et le Groupe Cédrico. À la suite de ces divers traitements forestiers, une superficie
partielle est replantée en épinettes et sapins.
L’étude du brout hivernal fut effectuée dans des Éclaircies Précommerciales (ÉPC) récentes, soit
de 2004 à 2006 (Figure 1). Celles-ci se sont avérés présentes au centre et principalement au sud
de la réserve.
Afin d’obtenir une meilleure précision (Potvin, 1995), une stratification fut établie en fonction de
l’année effective de l’ÉPC. Trois types de peuplements ont été parcourus, soit la Strate 1,
correspondant à une ÉPC effectuée l’année 2004-2005, la Strate 2 et la Strate 3, ayant subi une
9
ÉPC respectivement en 2005-2006 et en 2006-2007. De plus, chaque strate comporte un stade
différent dans la succession végétale après une perturbation du milieu. Les résultats sont
quantifiés par strate et pour l’ensemble des trois années de traitement.
Figure 1. Réserve Faunique de Matane. Localisation de l’aire d’étude et des secteurs
d’échantillonnage.
10
La cartographie a été entièrement fournie par le Groupe de Gestion Intégrée des Ressources
(GIR) en lien avec la SÉPAQ. Les superficies des îlots de traitement sylvicole ont été
déterminées par planimétrie électronique à partir de ces cartes et confirmées par les données
géomatiques des ingénieurs forestiers du Groupe GIR (figure 2).
2.2. Méthode d’inventaire
L’échantillonnage a été effectué selon la méthode d’inventaire par comptage de ramilles décrite
par Potvin (1995).
Cette méthode permet d’estimer la production de brout de même que son utilisation en
considérant la ramille comme unité de calcul, et d’évaluer le nombre de tiges/ha, leur taux
d’utilisation ainsi que la proportion de celles qui ont été mutilées ou tuées. Ce protocole a été
favorisé puisqu’il évalue rapidement les conditions de l’habitat et qu’il identifie les principales
essences présentes dans la diète des cervidés.
L’identification des essences forestières s’est faite à l’aide de la clé d’identification des ramilles
d’hiver de W. Trelease (1931) à partir des bourgeons, des cicatrices foliaires, de l’écorce, des
lenticelles, etc.
Au départ, un nombre fixe de 400 parcelles fut instauré pour l’inventaire. Ce nombre fut choisi
sous l’influence d’une contrainte de temps et de manière à être suffisamment représentatif des
territoires inventoriés. D’après l’inventaire de brout décrit dans Potvin (1995), le nombre de
parcelles théoriques à effectuer se calcule par un pré-échantillonnage en fixant un intervalle de
confiance de 20% au seuil de probabilité de 90%. Le calcul se ramène à
2
2
70 SD
X
n×=
n = nombre de parcelles à effectuer
SD = écart-type du nombre de ramilles/parcelle
X
= moyenne du nombre de ramilles/parcelle
11
12
13
Le nombre de parcelles théoriques a été calculé afin de comparer les strates et leur allocation
respective. Le calcul décrit précédemment a été réalisé avec des données choisies aléatoirement
dans chaque strate. Par la suite, le résultat fut ramené en pourcentage, 400 parcelles
correspond à 100%, afin de comparer le nombre de parcelles théoriques et réelles.
De plus, chaque strate était répartie sur le territoire sous forme d’îlots de traitement forestier
(figure 3). Au sein de chaque strate, les îlots inventoriés ont été choisis aléatoirement. Le nombre
maximum de parcelles était effectué dans ces îlots jusqu’à l’atteinte du nombre de parcelles
totales recherchées. Les 400 parcelles ont été réparties sur 80 virées dans l’ensemble des trois
strates.
Il n’y a pas eu de pré-échantillonnage sur le terrain. Ainsi, en l’absence de valeurs de
variance et de moyenne, le nombre minimal de parcelles par unité de compilation peut être fixé
entre 100 et 200 (Potvin, 1995). Suivant l'inventaire, à des fins de validation, le nombre de
parcelles effectuées par strate a été déterminé en fonction de la superficie relative de chacune
(Tableau 1). Par conséquent, la strate 1 ayant une superficie en hectares de 209,7, représente alors
26% de la superficie totale des ÉPC (de 2004-2005 à 2006-2007) de 808,4 ha. Donc, dans cette
strate, 104 parcelles ont été effectuées, correspondant à 26% de 400 parcelles. La strate 2, quant à
elle, a une superficie de 292 ha, soit 36% de la superficie totale des ÉPC. Ainsi, 144 parcelles y
ont été réalisées. Pour la strate 3, elle comporte une superficie de 306,7 ha, soit 38% de la
superficie totale. Conséquemment, 152 parcelles y ont été effectuées. De ces faits, un minimum
de 100 à 200 parcelles a été respecté par strate.
Préalablement, le nombre de parcelles réalisées était fonction du poids de la superficie totale que
chaque strate présentait. Ainsi, la strate 3 avait une superficie supérieure à la strate 1, pour un
poids plus important, donc pour un plus grand nombre de parcelles. Suite à l’inventaire, le poids
de la strate s’est avéré plus important dans la strate 1 parce que celle-ci comportait un plus grand
nombre de ramilles, soit l’unité d’échantillonnage. Par conséquent, une sur-estimation de la strate
14
3 a été effectuée. Afin de mieux saisir les effets des ÉPC sur la disponibilité du brout, la tendance
des résultats de la strate 1 est plus importante, même si les résultats sont sous-estimés.
Tableau 1. Comparaison du nombre de parcelles théoriques avec le nombre de
parcelles réalisées lors de l’inventaire.
Nombre de parcelles théoriques Nombre de parcelles réalisées
Strate 1 171 104
Strate 2 134 144
Strate 3 95 152
TOTAL 400 400
Les virées (Figure 4), perpendiculaires aux courbes de niveaux et avec un pas de 50 mètres entre
elles, étaient déterminées de manière systématique afin de faciliter le travail sur le terrain (Potvin,
1995) . Le point de départ permettait d’optimiser le nombre de parcelles réalisées au sein de l’îlot
et il était distant de 15 mètres de la bordure de l’ÉPC (route ou autre peuplement) afin de limiter
les effets de bordure. Il a été nécessaire de choisir une coordonnée géographique et un azimut
spécifique dans chaque îlot. Les parcelles, également distantes de 50 mètres, étaient décalées à
chaque début de virée afin d’éliminer tout biais dû à l’échantillonnage systématique. Selon Potvin
(1995), des parcelles carrées de 1mètre x 1mètre sont recommandées dans les aménagements
forestiers. Toutefois, du fait de la grande abondance de ravages d’orignaux sur la réserve, il était
fort probable que les îlots sélectionnés aléatoirement constituent une partie d’un ravage. Ainsi,
des parcelles circulaires ont été effectuées, comme le recommande Potvin (1995). Celles-ci
possédaient un rayon de 1 mètre, créant ainsi une superficie de parcelle de 3,1416m
2
. Ainsi,
1256,64m
2
au total ont été échantillonnés, équivalant alors à 0,13 ha.
Les fiches de terrain étaient remplies selon les définitions du protocole de Potvin (1995). Une tige
correspond à un seul individu, soit l’ensemble de la partie aérienne d’un arbre ou d’un arbuste,
dont plus de la moitié du pied est à l’intérieur de la parcelle et qui offre des ramilles dans les
limites de hauteur établies. Les ramilles, broutées ou non broutées, devaient avoir poussé au cours
de l’été 2006, et être situées à une hauteur comprise entre 50 et 300 cm du sol. Les ramilles non
broutées de longueur inférieure à 10 cm étaient exclues de l’inventaire. Le terme mutilé est utilisé
lorsque la tige principale est sectionnée, alors que le terme tué représente un individu n’ayant pas
développé de bourgeon et mort par sur-broutement.
15
16
Enfin, les essences d’arbres pratiquement inutilisées par l’orignal, telles le framboisier (Rubus
idaeus), le thuya occidental (Thuya occidentalis) et les épinettes rouge et blanche, n’étaient pas
comptabilisées mais notées en tant qu’observations.
2.3. Durée de l’étude
Selon Potvin (1995), une estimation de 20 à 30 parcelles de 3,14159m
2
/jour pour une équipe de
trois personnes, selon l’ampleur des déplacements et la densité de la strate arbustive, est réaliste.
L’inventaire de brout hivernal a été effectué du 15 mai au 4 juin 2007. À cette période, la fonte
des neiges était bien entamée et la végétation n’était pas encore développée. Ceci permit un
échantillonnage plus efficace et plus précis.
2.4. Traitement des données
Chaque brout de cervidé a été analysé comme étant l’œuvre d’un orignal dans la mesure où cette
espèce est numériquement supérieure aux autres cervidés présents sur la réserve. En effet, des
caribous (Rangifer tarandus caribou) sont observés occasionnellement dans le nord-est de la
réserve et peu de cerfs de Virginie (Odocoileus virginianus) parcourent le territoire, au fort
enneigement présent dans la région.
En ce qui concerne les tiges et les ramilles, le sapin baumier comportait un nombre trop important
de ramilles disponibles par tige, comparativement aux autres essences, créant un biais dans le
nombre de tiges disponibles. De plus, l’orignal consomme très peu cette essence du fait de son
contenu en tanin. Ainsi, les résultats de l’étude des ramilles et des tiges ne tiendront pas compte
de cette espèce. Toutefois, afin de démontrer l’utilisation inhabituelle du sapin baumier,
l’utilisation relative ainsi que l’indice de sélectivité de Manly (1974) a été vérifié pour cette
essence. Aussi, sa production a été calculée afin de démontrer son potentiel comme ressource
alimentaire.
La comparaison entre les données des tiges et des ramilles par hectare des trois strates fut
effectuée par confrontation des intervalles de confiance à 95 %. Les résultats démontrent
17
également le pourcentage de broutement, le pourcentage des tiges mutilées et tuées, la
productivité des essences, leur utilisation, leur importance et leur sélectivité.
Le pourcentage de broutement réfère au nombre de ramilles ou de tiges broutées par rapport à la
totalité. La production, quant à elle, correspond à ce qui est produit par l’espèce par rapport aux
autres essences inventoriées, et ce, en terme de ramilles présentes dans les ÉPC.
totalesramillesNbr essencepartotalesramillesNbr
oduction .
.
Pr =
L’utilisation équivaut au nombre de ramilles broutées par rapport au nombre de ramilles
présentes, et ce, par essence. Toutefois, ce calcul ne permet pas de comparer les essences entre
elles.
essencepartotalesramillesdeNbr essenceparbroutéesramillesdeNbr
nUtilisatio .
.
=
Ainsi, l’indice de sélectivité de Manly vient corroborer la sélectivité, soit l’importance d’une
essence par rapport aux autres inventoriées.
=
i
i
i
i
i
n
r
n
r
A
r
i=
pourcentage de ramilles totales broutées pour chaque essence i
n
i
=
pourcentage de ramilles de chaque essence i présente dans la strate
Lorsque le résultat de cet indice est près de 100%, la sélection de l’essence est fortement positive.
Ainsi, l’essence la plus convoitée aura l’indice le plus important.
Par la suite, l’importance de l’essence dans la diète fut calculée. Elle est en relation avec le
nombre de ramilles broutées par essence et le nombre de ramilles broutées pour toutes les
essences inventoriées. Cette donnée est différente de l’indice de sélectivité puisqu’elle ne pondère
pas les abondances relatives de chaque essence.
essenceslestoutespourbroutéesramillesNbr essenceparbroutéesramillesNbr
cepor ..
tanIm =
18
3.0. Résultats
En réalisant 400 parcelles dans les trois strates, 3399 ramilles pour un nombre de 722 tiges ont pu
être inventoriées, et ce, sans tenir compte du sapin baumier. Les ramilles de cette dernière
essence sont très abondantes : 15 553 pour seulement 832 tiges. Ainsi, les essences feuillues
produisent environ cinq ramilles par tige alors que le sapin baumier en produit près de 19.
D’autre part, il semble important de noter que près du tiers des parcelles (124 sur 400) se sont
révélées exemptes de toute essence susceptible d’être broutée par un orignal.
Sur l’ensemble des trois strates échantillonnées, onze des quatorze essences inventoriées sont
reconnues comme faisant partie de la consommation hivernale des orignaux, dont quatre
composant théoriquement plus de 10% du gime alimentaire (Bouleau à papier (Betula
papyrifera), Sapin baumier, Érable à épis (Acer spicatum) et le Noisetier à long bec (Corylus
cornuta). Les trois essences non-mentionnées dans le Guide d’aménagement de l’habitat de
l’orignal (Samson et al., 2002) sont le Chèvrefeuille du Canada (Lonicera canadensis
)
, le
Bouleau jaune (Betula alleghaniensis) et le Sureau pubescent (Sambucus pubens).
Le tableau 2 reflète le portrait général, par année de traitement sylvicole, des tiges et des
ramilles présentes, broutées, mutilées et tuées. Le nombre de tiges/ha semble plus important au
niveau de la strate 1 alors que le nombre de ramilles est plus important dans la strate 3. Toutefois,
en tenant compte des intervalles de confiance calculés (95%), il n’y a pas de différence marquée
entre les trois strates pour ce qui est des tiges/ha. Toutefois, lorsqu’on compare le nombre de
ramilles/ha, il y a une différence celable entre les résultats de la strate 1 et 3. Par la suite, le
pourcentage de tiges et de ramilles broutées de la strate 3 est supérieur dans les deux cas. Puis, le
pourcentage de tiges mutilées est plus élevé dans la strate 3, et ce, d’environ 25% par rapport aux
deux autres strates présentes (1 et 2). Finalement, le pourcentage de tiges tuées est relativement
faible dans l’ensemble des éclaircies précommerciales à l’étude, soit 2,1%, 0,4% et 3,0% pour les
strates 1, 2 et 3 respectivement. Il est à noter que la strate 3 est encore la plus élevée en
pourcentage. Tel que mentionné antérieurement, ces résultats suivants sont exempts de l’essence
Abies balsamea.
19
Tableau 2. Compilation des données concernant les tiges et les ramilles retrouvées dans les
trois strates lors de l’inventaire au printemps 2007
Tiges/ha Ramilles/ha Tiges
broutées
Ramilles
broutées
Tiges
mutilées
Tiges
tuées
Strate ± ± (%) (%) (%) (%)
1 7 008,9 1 059,9 29 290,6
950,5 72,4 63,0 43,1 2,1
2 6 388,3 895,6 20 822,8
3 194,6 69,3 52,7 46,2 0,4
3 4 544,3 1 629,0 31 412,2
1 126,0 77,4 72,3 71,2 3,0
Strates
regroupées
5 848,9 704,6 27 048,4
1 148,1 72,9 64,2 53,0 1,8
Pour ce qui est des essences présentes au sein de l’ensemble des îlots de traitement, les
principales sont le bouleau jaune (36,1%), l’érable à épis (15%) et le sapin baumier (Abies
balsamea) (13,0%). Dans les résultats de Guitard et Fleury (2002), ils présentent le bouleau à
papier (28,4%), le sapin baumier (23,4%) et l’érable à épis (18,0%) comme étant les principales
tiges présentes dans les sites en régénération. Les essences en plus faible densité sont le Cerisier
de Pennsylvanie (Prunus pensylvanica) (0,8%) et le peuplier faux-tremble (Populus tremuloïdes)
(0,7%).
20
Tableau 3. Pourcentage relatif du nombre de tiges présentes pour chaque essence dans
l’ensemble des strates d’ÉPC
Essence % de tiges présentes
Aulne Crispé (Alnus crispa)
7,0
Bouleau jaune
(Betula alleghaniensis)
α
36,1
Bouleau à papier
(Betula papyrifera)
α
8,0
Cerisier de Pennsylvanie
(Prunus pensylvanica)
0,8
Noisetier à long bec
(Corylus cornuta)
2,1
Cornouiller stolonifère (Cornus
stolonifera)
1,9
Érable à épis (Acer spicatum)
15,0
Chèvrefeuille du Canada
(Lonicera canadensis)
α
1,2
Peuplier faux-tremble (Populus
tremuloïdes)
α
0,7
Sapin baumier
(Abies balsamea)
α
13,0
Saule (Salix sp.)
4,7
Sureau pubescent (Sambucus
pubens)
6,6
Sorbier d’Amérique
(Sorbus americana)
1,5
Viorne comestible
(Viburnum edule)
1,2
La section suivante décrit quatre aspects des données récoltées, soit une estimation de la
production relative des ramilles, l’utilisation et la sélectivité des essences ligneuses par strate de
traitement forestier et, finalement, l’importance des essences dans la diète des orignaux.
À la figure 5, il est possible de constater que dans l’ensemble des strates, le sapin baumier
représente l’essentiel de la production de ramilles disponibles dans les jeunes ÉPC, soit un
pourcentage supérieur à 68%. Par la suite, les essences et leur production sont variables entre les
trois strates. Au total, le bouleau jaune est le deuxième plus important variant entre 3,1% et
21,5% de production selon la strate. D’autres essences comme le cerisier de Pennsylvanie, le
cornouiller stolonifère (Cornus stolonifera), le sorbier d’Amérique (Sorbus americana) et la
viorne comestible (Viburnum edule) sont sous la barre des 1% dans les trois strates et sont ainsi
classés dans la catégorie « autres ». Pour la strate 2, le saule (Salix sp.) est le deuxième plus
21
important (5,4%) suivant le sapin baumier, alors que dans la strate 3, l’aulne crispé produit 7,1%
des ramilles.
Certaines espèces ligneuses sont exclusives à des strates spécifiques; le Cornouiller
stolonifère, le Chèvrefeuille du Canada (autres) et le Peuplier faux-tremble sont présents
uniquement dans la strate 2, alors que l’Aulne crispé et le Cerisier de Pennsylvanie (autres) le
sont dans la strate 3.
Le pourcentage de l’utilisation reflète ce qui est consommé au sein d’une même espèce
par rapport à ce qui est présent dans l’ensemble de la strate. Au tableau 4, la grande majorité des
essences sont broutées à plus de 50% dans les trois strates. Les feuillus d’intérêt commercial (
α
)
sont utilisés à 57,1% (Chèvrefeuille du Canada), 64,0% (Bouleau jaune), 70,6% (Bouleau à
papier) et, finalement, 100,0% (Peuplier faux-tremble). Les feuillus sans intérêt commercial ont
une utilisation semblable aux pourcentages précédents. L’utilisation du sapin baumier, quant à
lui, n’est que de 12,8%. Il est également important de mentionner que l’utilisation dépasse
largement la production des essences, présentée à la figure précédente, sauf pour le sapin
baumier.
L’indice de sélectivité de Manly illustre les essences les plus convoitées par l’orignal. Le
pourcentage de sélectivité le plus élevé est de 19,9% pour le saule présent dans la strate 1. Dans
cette strate, les sélectivités sont plus élevées que dans les autres strates, ceci est principalement
influencé par le faible nombre d’essences présentes. En contrepartie, de façon générale, les
essences se trouvent sous la barre de la vingtaine, démontrant une faible sélectivité des essences
dans les ÉPC. En ce sens, le sapin baumier a le plus faible indice de sélectivité, stipulant que ce
résineux est très peu convoité par l’orignal.
22
Figure 5. Production relative de ramilles pour l’ensemble des traitements forestiers
ainsi que par strate
Strate 2
Strate 1
BOP
3,1%
ERE
2,9%
SAB
82,3%
SAL
5,4%
autres
3,2%
BOJ
3,1%
AUC
7,1%
BOJ
21,5%
ERE
1,0%
SAB
68,3%
autres
2,2%
Strate 3
AUC
1,8%
BOJ
8,5%
BOP
1,2%
ERE
2,5%
SAB
82,1%
SAL
2,1%
autres
2,0%
BOJ
4,8%
ERE
3,0%
SAB
89,3%
SAP
1,5%
autres
1,4%
Strates regroupées
23
Tableau 4. Utilisation et sélectivité de Manly des essences ligneuses par strate de
traitement forestier
Utilisation (%) Sélectivité de Manly
(%)
Essence Strates
regroupées Strate
1 Strate
2 Strate
3 Strates
regroupées Strate
1 Strate
2 Strate
3
Aulne Crispé (Alnus crispa)
83,2 - - 83,2 9,7 - - 11,7
Bouleau jaune
(Betula alleghaniensis)
α
64,0 52,8 67,7 68,1 7,4 13,5 9,9 9,5
Bouleau à papier
(Betula papyrifera)
α
70,6 50,0 71,2 82,4 8,2 12,8 10,4 11,5
Cerisier de Pennsylvanie
(Prunus pensylvanica)
52,9 - - 52,9 6,2 - - 7,4
Noisetier à long bec
(Corylus cornuta) 65,2 68,0 61,9 - 7,6 17,3 9,1 -
Cornouiller stolonifère
(Cornus stolonifera)
76,5 - 76,5 - 8,9 - 11,2 -
Érable à épis (Acer spicatum)
73,5 75,3 70,4 73,5 8,6 19,2 10,3 10,3
Chèvrefeuille du Canada
(Lonicera canadensis)
α
57,1 - 57,1 - 6,6 - 8,4 -
Peuplier faux-tremble
(Populus tremuloïdes)
α
100,0 - 100,0 - 11,6 - 14,6 -
Sapin baumier
(Abies balsamea)
α
12,8 4,3 30,4 9,9 1,5 1,1 4,4 1,4
Saule (Salix sp.)
32,6 78,2 16,6 81,8 3,8 19,9 2,4 11,5
Sureau pubescent
(Sambucus pubens)
64,9 63,5 60,0 100,0 7,6 16,2 8,8 14,0
Sorbier d’Amérique
(Sorbus americana) 75,0 - 71,8 100,0 8,7 - 10,5 14,0
Viorne comestible
(Viburnum edule)
31,3 - 0,0 62,5 3,6 - 0,0 8,7
α
: Essences commerciales, selon Samson et al. 2002.
- : Essences absentes des parcelles inventoriées
Finalement, l’importance décrit la place que tient l’essence au sein de la diète. À la figure
6, l’importance de l’ensemble des essences est présentée. Le sapin baumier (47,6%), le bouleau
jaune (24,7%) et l’érable à épis (8,3%) démontrent, dans l’ensemble, la plus forte importance. Au
niveau de la strate 3, soit le traitement sylvicole le plus récent, le bouleau jaune dépasse
considérablement le sapin baumier avec 49,3% d’importance. Finalement, l’importance de
l’aulne crispé présent dans la strate 3 affiche un pourcentage notable de 19,8%.
24
Figure 6. Importance des essences ligneuses dans la diète de l'orignal dans les différentes
strates
Strate 3 Strate 2
Strate 1
BOJ
23,9%
ERE
21,3%
SAB
36,1%
SAL
6,5% SAP
9,2%
BOP
1,3%
COC
1,8%
BOJ
6,2%
BOP
6,4%
ERE
5,9%
autres
2,0%
SOA
1,5%
SAL
2,6%
SAB
72,8%
PET
1,2%
COR
1,4%
AUC
19,8%
BOJ
49,3%
BOP
2,0%
SAB
22,7%
SAL
1,3%
autres
2,4%
ERE
2,6%
AUC
6,7%
BOJ
24,7%
BOP
3,7%
ERE
8,3%
SAB
47,6%
SAL
3,0% SAP
2,7% autres
3,3%
Strates regroupées
25
En dernier lieu, plusieurs observations ont été notées lors de l’inventaire. La présence d’écorce
dénudée était fréquente dans les îlots d’ÉPC, soit quinze îlots sur dix-huit. Aussi, pour la totalité
des îlots inventoriés, plusieurs arbres avaient été cassés afin que l’orignal puisse atteindre les
ramilles plus élevées sur l’arbre qui, normalement, sont indisponibles à l’alimentation.
4.0. Analyse des résultats
Le projet évalue, en premier lieu, les caractéristiques du brout hivernal dans les ÉPC par un
échantillonnage de 400 parcelles de 3,1416 m
2
, totalisant à une fraction du territoire de 0,12 ha.
La dynamique forestière suivant une ÉPC démontre bien la succession végétale. Les ÉPC étaient
donc des endroits cartographiés et constituaient des milieux forestiers dont la strate arbustive
était partiellement affectée. Les ÉPC sont, en fait, dans la majorité des cas, situées dans des
ravages ou constituent un ravage depuis le traitement forestier. De plus, les sites en régénération
sont les sites les plus convoités des orignaux sur la réserve faunique de Matane (Guitard et
Fleury, 2002). Le brout présent démontre une utilisation précoce des sites en régénération.
D’après les résultats obtenus à l’étude de 2007, une allocation du nombre de parcelles plus
importante aurait être faite à la strate 1 plutôt qu’à la strate 3, représentant une superficie
initiale plus importante. Le calcul du pré-échantillonnage en démontre ainsi : il aurait fallu
allouer davantage de parcelles à la strate 1 et 2 que la strate 3, puisque la régénérescence des
milieux diffère en fonction de l’année de traitement et que les ÉPC les plus vieilles (2004-2005)
sont plus productives en feuillus que les ÉPC de 2006-2007. De plus, il est à noter que les ÉPC de
2006-2007 n’étaient pas toutes réalisées en 2006. Certains secteurs ciblés par les compagnies
forestières n’avaient pas subi de traitement forestier au cours de l’année 2006 et avaient,
probablement, reporté l’intervention à 2007. Il y a ainsi une sur-estimation de la quantité de
données par une allocation trop importante pour la strate 3. Entre autre, il est toujours possible
d’augmenter le nombre de parcelles totales de cette étude afin d’en améliorer la précision.
Les ÉPC ayant des stades différents de succession végétale ne sont pas très différentes l’une de
l’autre. Il y a autant de ramilles/ha dans la strate 1 que la strate 3 et ils ont au minimum 1 an de
26
régénération entre elles. Il serait alors opportun de se poser la question suivante : « est-ce que la
strate influence la production de brout dans les premières années suivant le traitement? » D’autre
part, puisque les années de ces traitements sylvicoles sont si rapprochées, nous ne sommes pas en
mesure d’évaluer si la strate influence la présence d’essences végétales spécifiques.
Le principe de l’ÉPC est d’enlever les tiges de feuillus en ouvrant l’espace pour la croissance en
diamètre des résineux dans des peuplements de cinq à vingt ans, dont la hauteur varie entre deux
et six mètres (Legris et Couture, 2000; Ressources naturelles Canada, 1999). Ce traitement
sylvicole est ainsi réalisé dans des peuplements ayant une abondance de tiges/ha disponibles pour
l’orignal. Après le traitement, la régénérescence a lieu. Toutefois, même si l’orignal n’exerçait
pas une pression sur l’habitat, les tiges pionnières et les rejets vont, tôt ou tard, être limitées par
manque de lumière. En fait, le nombre de tiges totales a tendance à diminuer cinq ans après la
coupe. Les résultats de Bélanger (2000) démontrent que le nombre de tiges totales en forêt
mélangée augmente jusqu’à environ 30 000 tiges/ha et une diminution est évidente entre cinq ans
et dix ans après le traitement (environ 13 000 tiges/ha). Le pourcentage de tiges issues des tiges
coupées lors du traitement, soit les rejets, constituent environ 14% de l’ensemble des tiges
inventoriées en mai 2007. Selon Bélanger (2000), ces rejets sont souvent de vitalité douteuse et,
tout comme une régénérescence de feuillus, les rejets disparaissent par la compétition.
En outre, il semble important de noter que près du tiers des parcelles (124 sur 400) se sont
révélées exemptes de toute essence susceptible d’être broutée par un orignal. Ceci indique qu’il y
a très peu de brout présent dans les jeunes ÉPC. D’après les observations sur le terrain, tant en
1999 qu’en 2007, la réalité de sur-broutement est évidente. En 2007, la plupart des jeunes ÉPC
inventoriées avaient du broutement de cervidés sous la limite d’hauteur de 50 cm. Tel que
l’indiquait le protocole, ce brout n’a pas été comptabilisé, mais il avait été pris en considération
dans les observations lors de l’inventaire. Ce phénomène démontre que l’orignal étend
l’intervalle de hauteur de son alimentation avant un couvert de neige important et au printemps,
ceci dans l’occurrence d’une insuffisance évidente de la ressource à l’échelle de la réserve
faunique. De surcroît, certaines ramilles étaient excessivement broutées allant jusqu’aux pousses
d’années antérieures. Ceci confirme à nouveau qu’il y a un sur-broutement ainsi qu’un manque
de nourriture disponible évident.
27
D’après les résultats de cette étude, il s’avère qu’il y ait à peine 6 000 tiges/ha disponibles (sans
tenir compte du sapin baumier) dans les sites en régénération inventoriés. Selon Joyal (1987),
l’orignal aurait besoin de 8 000 à 15 000 tiges par hectare d’essences feuillues disponibles au
brout. Le nombre de tiges par hectare est le principal facteur de la fréquentation par l’orignal
puisqu’il équivaut au nombre de tiges comestibles par hectare (Crête, 1977 ; Potvin et al. 2001).
Ceci démontre clairement que les ÉPC récentes ne subviennent pas aux besoins de la forte densité
d’orignaux présente sur le territoire et, ainsi, la fréquentation des jeunes ÉPC en serait limitée.
Aussi, en portant une attention particulière au pourcentage de tiges tuées et mutilées, pour un
total de 54,8%, nous constatons que l’habitat est indéniablement surexploité par l’orignal.
Pour ce qui est des ramilles, la moyenne recherchée pour un habitat optimal est de 100 000
ramilles/ha (Guitard et Fleury, 2002). Cet inventaire a permis d’évaluer qu’il n’y avait que 27 000
ramilles/ha, soit près du quart de ce qui est requis. Ainsi, ceci est un autre indice que les jeunes
ÉPC ne sont pas convenables comme habitat.
En 2007, les résultats démontrent que dans les ÉPC le taux de broutement est extrêmement élevé,
soit de 72,9% de tiges, et plus de la moitié de ce qui est produit en ramilles est utilisé par la
faune; 62,4 % de ramilles broutées pour l’ensemble des strates. Ceci démontre qu’il y a une faible
capacité de support au niveau des jeunes ÉPC et que cette capacité est dépassée puisque son
utilisation dépasse largement sa production. Ainsi, les résultats portent à croire que le brout
disponible dans les ÉPC est fortement exploité, voire surexploité par l’orignal lorsqu’on compare
la capacité de production des essences inventoriées. Cette faible productivité est due à
l’utilisation excessive et répétée de la ressource alimentaire (Guitard et Fleury, 2002).
Selon un inventaire en 1974 (Crête et Bédard, 1975), l’orignal préférait le sapin baumier, l’érable
à épis, le noisetier à long bec et le bouleau à papier. Toutefois, d’après le pourcentage
d’utilisation (soit le pourcentage de ramilles broutées par rapport à celles présentes), la quasi
totalité des essences est utilisée à plus de 50% alors que le taux d’utilisation des ramilles
recommandé varie entre 20 et 30% (Courtois et al., 2003). L’orignal, à ce stade, broute ce qui est
présent de manière opportuniste, ce qui indique un manque de nourriture. L’indice de Manly
décrit également ce phénomène par des indices relativement faibles. Aussi, le pourcentage
28
d’utilisation du sapin baumier à pratiquement triplé par rapport à celui de 1999 (Guitard et
Fleury, 2002), soit 12,8% versus 4,4%. Ceci s’explique, entre autres, par la dominance de cette
essence après ce type de traitement sylvicole, laissant ainsi peu de feuillus. En conséquence,
l’orignal n’a d’autre choix que de se rabattre sur le sapin baumier afin de s’alimenter. Aussi,
selon Potvin et al. (2001), en milieu pauvre où les aires de coupes sont souvent grandes, tel
qu’observé sur la réserve faunique, l’orignal présent dans cette situation a pour stratégie de se
satisfaire des conditions locales présentes après perturbation. Ainsi, au sein d’une jeune ÉPC, ce
cervidé comble ses besoins en nourriture avec ce qui est présent. En ce sens, le sapin baumier
(Manly = 1,5) n’a pas un fort indice de sélectivité démontrant que l’orignal ne le recherche pas
particulièrement. De même, il est nécessaire de ne pas modifier les composantes alimentaires de
l’orignal, puisque les essences feuillues lui confère davantage d’énergie que le sapin baumier.
D’ailleurs, plus les feuillus se font rares, plus les orignaux doivent se déplacer en quête de
nourriture. Il y aura ainsi un compromis entre l’énergie allouée à la quête de nourriture et
l’énergie potentielle fournie par le sapin baumier.
D’après Germain et al. (1998), le brout endommage la strate arbustive lorsque l’utilisation
dépasse 50%. La grande majorité des essences de l’étude de 2007 sont broutées à plus de 50%, et
ce, dans les trois strates. Ainsi, cette grande utilisation dans les ÉPC empêche le développement
important de la végétation. De plus, par ce fort taux de broutement, l’utilité des ÉPC sur un
territoire avec une densité d’orignaux excessive est à revoir. En fait, une étude réalisée par
Bélanger en 2000 en Gaspésie, note une diminution à court et à long terme du nombre de tiges/ha
car, lors du traitement, le nombre de tiges est diminué à 2500/ha (entre 1500 et 3 125) (Legris et
Couture, 1999). Le nombre de tiges totales évaluées lors de l’inventaire en Gaspésie (Bélanger,
2000), un an après traitement, est d’approximativement 10 000 tiges/ha alors que la strate 3 de
l’inventaire sur la réserve faunique de Matane en compte à peine 5000. En faisant une
interpolation des résultats sur le nombre de tiges/ha après ÉPC dans la forêt mélangée trois ans
après l’éclaircie, il devrait y avoir près de 20 000 tiges par hectare. Toutefois, l’inventaire réalisé
en 2007 démontre qu’il n’y a qu’approximativement 7000 tiges/ha. Ceci démontre clairement que
la régénérescence ne peut pas se dérouler aussi rapidement et en suffisance dû au sur-broutement
occasionnée par les orignaux. En fait, l’hypothèse est qu’il y a perte d’habitat direct avec cette
29
intervention avec une densité si grande d’orignaux. La régénérescence n’aura ainsi probablement
pas lieu dans les secteurs les plus fréquentés.
Il n’est quand même pas à négliger que la réserve faunique de Matane possède la plus forte
densité de ce mammifère ayant été enregistrée au Québec à ce jour. Toutefois, lorsqu’une
population augmente en nombre aussi rapidement qu’observé sur ce territoire, comme c’est le cas
de la densité d’orignaux qui a plus que doublée (20,3 orignaux/10km
2
à 47,6 orignaux/10km
2
) en
douze ans, une compétition pour la ressource alimentaire s’installe, puisqu’elle est de plus en plus
limitée par la production forestière du brout. Également, par cette abondance d’orignaux, les
successions végétales risquent de ne plus se produire naturellement (Beguin et al. 2006). De
surcroît, la diminution des sites de régénération par la plantation de pessière équienne et par les
ÉPC réduit la quantité de brout disponible pendant la période hivernale (Guitard et Fleury, 2002).
Les arbres feuillus ont un plus faible potentiel de brout durant la saison hivernale puisqu’ils
atteignent 3,5 à 4 mètres de hauteur alors que le couvert de neige dépasse jusqu’à 5 mètres et plus
dans la réserve Matane (Guitard et Fleury, 2002). Rarement les feuillus étaient supérieurs à 1,5
mètres (hauteur recherchée afin que la tige soit disponible en tout temps). L’éclaircie
précommerciale peut freiner la croissance des feuillus et les empêcher de dépasser cette hauteur
convoitée.
D’après la multitude de constats mentionnés précédemment, les jeunes ÉPC ne sont pas
favorables pour l’orignal sur la réserve faunique de Matane. En fait, selon Guitard et Fleury
(2002), les ÉPC seraient nuisibles à court terme pour la faune puisqu’elles dégradent l’habitat de
la faune en diminuant la densité des tiges (Bélanger, 2000). Toutefois, selon Breton (2000) le
traitement est favorable puisqu’il y a abondance de rejets de feuillus qui, autrefois étaient hors
portée et redonne donc ainsi au site une production de jeunes ramilles accessibles tant au lièvre
qu’à l’orignal. D’après Crête (1989), les milieux ouverts, tels que les ÉPC, comprennent jusqu’à
quatre fois plus de brout que les milieux fermés. Ainsi, l’éclaircie précommerciale pourrait avoir
une utilité lorsque le milieu ne produit plus suffisamment de ramilles. Une ÉPC se voit alors
inutile dans les endroits ayant déjà subit un traitement forestier puisque lors de la régénération,
30
les orignaux limitent la production de tiges n’affectant pas les essences convoitées par l’industrie
forestière.
Naturellement, une population ayant une démographie imposante, atteint un point où la densité de
population devient moyennement stable, et ce, en étroite corrélation avec la capacité de support
du milieu. Souvent, cette quasi stabilité est maintenue par la gestion intégrée de la ressource
faunique. Par contre, il faut tenir compte de la qualité de l’habitat de l’orignal. Un habitat limité
en ressources alimentaires diminue l’aptitude (fitness) de ce mammifère lorsque la population
dépasse largement la capacité du support. Ainsi, la démographie, en théorie, devrait chuter
drastiquement si rien n’est changé (Smith et Smith, 2001).
5.0. Recommandations
Les besoins en ressources des différents secteurs d’activités ne sont pas coordonnés par une
approche écosystémique. La forêt inéquienne est favorable à la faune alors qu’une structure
équienne est favorable à l’industrie forestière (Smith et Smith, 2001). Toutefois, l’orignal adopte
les zones de coupe pour la régénération naturelle offrant un grand potentiel énergétique et un
couvert d’abris à proximité de ces zones d’alimentation.
D’autres types d’éclaircies d’approche écosystémique peuvent être réalisées telles que les
éclaircies par bloc avec protection des valeurs fauniques, par trouées, par bosquets, par puits de
lumière ou avec un nombre de tiges à l’hectare plus abondant suite au traitement. Certaines
mesures d’atténuation limitent la coupe des arbres fruitiers utilisés par l’orignal (Cerisier de
Pennsylvanie et Sorbier d’Amérique) puisque ceux-ci ne sont pas considérés comme étant
nuisibles à la croissance des résineux dégagés. De plus, le traitement hivernal (ÉPCH) peut
s’avérer efficace en limitant la hauteur des tiges éclaircies par le couvert de neige et ainsi atténuer
l’impact de l’ÉPC en laissant plus de ramilles disponibles (Sansregret et al., 2000; Comité
consultatif scientifique du Manuel d’aménagement forestier, 2002). En fait, la biomasse de
pousses annuelles du bouleau est plus importante dans les ÉPCH que dans les ÉPC
conventionnelles (Lavoie, 2004).
31
Selon Courtois et al. (1996; 1998), il est suggéré de maintenir 10 000 à 15 000 tiges/ha, un
couvert latéral de 50 % et une régénération de 2,5 m de hauteur afin que l’orignal puisse jouir
d’une qualité d’habitat. Avec quelques mesures de mitigation, l’ÉPC peut s’avérer très efficace
pour les essences résineuses visées par le traitement ainsi que de maintenir un habitat capable de
supporter la densité exceptionnelle d’orignaux.
En effet, les ÉPC avec mesures de mitigation réalisées sur le territoire semblent avoir une
abondance de bouleaux présente dans les peuplements de mélangés et de feuillus (comm. pers.
François Bérubé, GIR, 2007). Une caractérisation de l’abondance du brout pourra également être
réalisée dans les ÉPC avec mitigation dans différents peuplements afin de voir l’écart de la forte
production du brout avec celle évaluée à l’inventaire 2007.
Les réserves fauniques au Québec ont le mandat de mettre en valeur la faune et la flore, tant par
l’exploitation que par la conservation des ressources. Il est primordial de préserver une intégrité
écologique du milieu, tant par la gestion de la densité d’orignaux que par la préconisation de la
biodiversité forestière. Le maintient d’un statut pour chaque essence indigène présente dans la
réserve doit être conservé. En ce sens, l’orignal préfère les peuplements mélangés et feuillus au
Québec. À l’inverse, les peuplements d’épinettes noires issues des plantations sont reconnus
comme étant un habitat pauvre pour ce cervidé (Girard et Joyal, 1984; Joyal, 1987; Courtois et
al., 1996 ; Courtois et al.,1998 ; Potvin et al., 2001).
La réserve faunique de Matane est à risque d’assister à une baisse radicale de la population
d’orignaux si aucune approche écosystémique n’est mise en place au niveau de l’industrie
forestière. Le manque évident de brout ne peut être nié. Il y a des modifications perpétuelles de la
dynamique et de la régénération des espèces végétales, altérant à court, moyen et long terme
l’habitat de nombreuses espèces animales (Beguin et al. 2006).
De plus, une étude ultérieure pourrait viser une comparaison entre les sites en régénération
n’ayant pas subi d’ÉPC (sites témoins) avec ceux inventoriés en 2007. Ceci permettrait de saisir
la quantité de brout disponible avant le traitement sylvicole et ainsi possiblement évaluer l’utilité
de l’ÉPC dans différents peuplements de la réserve faunique de Matane. Selon Beguin et al.
(2006), la strate arbustive des sites visés par l’ÉPC est trop souvent absente par le broutage
32
intensif des cervidés. De plus, il y aurait possibilité de connaître le nombre de tiges par hectare
présent avant l’ÉPC, permettant une comparaison et, par le fait même, de tirer des conclusions
supplémentaires.
Somme toute, les recommandations réalisées dans le rapport de Guitard et Fleury (2002) tiré du
Guide pour appliquer des mesures de mitigation aux éclaircies précommerciales (Québec, 2000),
sont pertinentes et à jour, permettant d’améliorer et de conserver une qualité d’habitat par
l’abondance de tiges feuillues en régénération, essentielles à l’alimentation des cervidés.
Préserver la régénération basse, la végétation arbustive inférieure à 1,5 mètre ainsi que toutes les
tiges feuillues inférieures à la moitié de sa hauteur à l’intérieur d’un rayon de 1 mètre de la tige
dégagée (ÉPC demie-hauteur) permet une atténuation considérable des impacts des éclaircies
précommerciales (Parizeau et Bélanger). Ainsi, ces notions peuvent être extrapolées, où ces
mesures permettraient une augmentation de la quantité de brout disponible pour l’orignal (comm.
pers. Claude Larocque, MRNF, 2007).
33
6.0. Revue personnelle du rapport
La situation actuelle de la disponibilité du brout dans les ÉPC de la réserve Matane est plus que
menacée. Une fois le traitement réalisé, la régénérescence en hauteur n’a tout simplement pas
lieu. Aussi, selon plusieurs observations sur le territoire, cette situation est globalisée dans les
autres sites en régénération, ainsi que dans les ravages.
Le traitement sylvicole faisant état dans ce rapport est inutile de façon conventionnelle. Suivant la
coupe forestière, le milieu est immédiatement utilisé par l’orignal. Ce dernier limite la hauteur de
la régénérescence et ainsi, le traitement d’ÉPC n’est pas plus avantageux puisque les tiges
feuillues ne sont pas nuisibles à la croissance des tiges d’intérêt commercial.
Je considère que les ÉPC, sur la réserve Matane, ont des impacts gatifs puisqu’elles résultent
d’une perte de qualité d’habitat à l’orignal. Avec une approche écosystémique des pratiques
sylvicoles, soit par des mesures de mitigation, la petite et grande faune subiraient moins de
répercussions.
La diminution de la densité d’orignaux sur les prochaines années par l’augmentation du
prélèvement, notamment des femelles, permettra, au fil du temps, un certain rétablissement de la
qualité d’habitat. En outre, dans une optique durable, nous nous devons de préserver l’intégrité
biologique de la réserve faunique de Matane. Cette approche vise autant la ressource forestière
que faunique. Je crois que si aucune mesure de mitigation n’est appliquée, tant pour les ÉPC que
pour tous les autres traitements, il n’y aura aucune pérennité du milieu. Déjà que la capacité de
support est de loin dépassée, nous augmentons cet écart de plus en plus. La quantité de nourriture
hivernale disponible est l’un des facteurs les plus déterminants de l’aptitude de l’orignal. Il est
tout simplement nécessaire d’avoir une qualité d’habitat favorable à ce maître de la forêt.
Carole-Anne Gillis
Chargée de projet
Étudiante en Biologie à l’UQAR
34
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Article
Full-text available
Deer have expanded their range and increased dramatically in abundance worldwide in recent decades. They inflict major economic losses in forestry, agriculture, and transportation and contribute to the transmission of several animal and human diseases. Their impact on natural ecosystems is also dramatic but less quantified. By foraging selectively, deer affect the growth and survival of many herb, shrub, and tree species, modifying patterns of relative abundance and vegetation dynamics. Cascading effects on other species extend to insects, birds, and other mammals. In forests, sustained overbrowsing reduces plant cover and diversity, alters nutrient and carbon cycling, and redirects succession to shift future overstory composition. Many of these simplified alternative states appear to be stable and difficult to reverse. Given the influence of deer on other organisms and natural processes, ecologists should actively participate in efforts to understand, monitor, and reduce the impact of deer on ecosystems.
Article
We studied moose (Alces alces) browsing during two successive winters in six different over-wintering sites (yards) in Matane Fish and Game Reserve, Quebec. This region is one of comparatively high moose density for the province (0.8 moose/km2). Four plant species provided the bulk of the browse: mountain maple (Acer spicatum), balsam fir (Abies balsamea), beaked hazelnut (Corylus cornuta), and paper birch (Betula papyrifera). In 4 of 6 studied yards, 30 percent of all stems had received some browsing, whereas in the remaining 2 this amounted to 20 and 10 percent. Studies of the weight of twigs eaten using regression curves relating diameter and weight showed that in 5 of 6 yards, less than 15 percent of all accessible browse was effectively removed by moose. This percentage was lower than anticipated for an area of high moose density. Pellet group counts showed that the biomass removed by a single moose during a day varied between 1.9 and 5.7 kg (dry weight) with a mean estimate of 2.5 kg/moose/day.
Article
A model is suggested for certain types of experiments that involve individuals being selected one-by-one from a population consisting of two or more different classes of individuals. Selection with and without replacement is considered and equations are provided for the estimation of the selectivity of the selection process. The equations are illustrated on data from experiments involving selective predation and food competition.
Article
The utilization of habitat by moose on a winterlong basis was studied in Mont-Tremblant Provincial Park and in part of Pontiac County (Quebec). The comparison of plant composition from the feeding and cover strata showed significant differences for most of the seven forest types compared. However, the most important tree and shrub species were the same for both study areas. The abundance of browsable stems was the most important habitat component which influenced the use of the forest stands by moose. Stands containing shade-tolerant hardwoods (Acersaccharum Marsh., Betulaalleghaniensis Britton, etc.) which had been harvested were used more intensively than uncut stands in both study areas. The increased density of stems in the feeding stratum caused by the opening of the forest canopy explains the greater use of the harvested areas. The more intensive logging of the forest types with shade-tolerant hardwoods caused a higher use of harvested stands in Mont-Tremblant Park than in Pontiac County. Stands con...
Article
Extensive stands of boreal forest in the late successional stages provide suitable habitat for some birds and for caribou but are unsuitable for many other species. Deer, moose, beaver, ruffed grouse and many other birds and mammals require the greater food production during the period of early regrowth following fire or logging. Wildlife species also require some dense, closed forest for shelter, therefore a diversity of forest types and age classes within their home ranges at all times of year is most beneficial. Logging can be used as a tool to provide diversity but much more research on boreal forest ecology is required to provide the basis for multiple-use management.
Article
We studied the response of beaver (Castor canadensis Kuhl), moose (Alces alces L.), and snowshoe hare (Lepus americanus Erxl.) to clear-cutting in three blocks that had been logged 10 years ago. In a previous study, these species had been surveyed in the same blocks 2 years before and 2 years after logging. We also surveyed an uncut block of the initial experimental design that was logged more recently. Over the 10-year period, the shrub layer and available browse have improved markedly in clear-cut areas. As compared with logged coniferous stands, logged mixed stands had higher lateral cover (62% vs. ≈55%) and taller regeneration (>4 m vs. <3 m). Beaver density did not change over the period because its feeding habitat remained unchanged in the riparian forest strips. Moose densities increased 54%–87% in two harvested blocks as a result of both logging and stricter hunting regulations (selective hunting). Based on the rate of increase observed in a control block, we estimate that a 25% density increase in the mixed forest block can be related to logging, while selective hunting can solely be responsible for the change in the coniferous forest block. Snowshoe hare have started to reoccupy logged coniferous stands, but their relative density still remained less than half that of uncut stands. We conclude that, after 10 years, logged mixed stands already offer good habitat conditions for moose and snowshoe hare. Conversely, in logged black spruce (Picea mariana (Mill.) BSP) stands, habitat conditions still remain poor for snowshoe hare because of a lack of cover.
De plus, il y aurait possibilité de connaître le nombre de tiges par hectare présent avant l'ÉPC, permettant une comparaison et, par le fait même
  • Cervidés
des cervidés. De plus, il y aurait possibilité de connaître le nombre de tiges par hectare présent avant l'ÉPC, permettant une comparaison et, par le fait même, de tirer des conclusions supplémentaires.
tiré du Guide pour appliquer des mesures de mitigation aux éclaircies précommerciales (Québec, 2000), sont pertinentes et à jour, permettant d'améliorer et de conserver une qualité d'habitat par l'abondance de tiges feuillues en régénération
  • Somme Toute
  • Dans Le Rapport De Guitard
  • Fleury
Somme toute, les recommandations réalisées dans le rapport de Guitard et Fleury (2002) tiré du Guide pour appliquer des mesures de mitigation aux éclaircies précommerciales (Québec, 2000), sont pertinentes et à jour, permettant d'améliorer et de conserver une qualité d'habitat par l'abondance de tiges feuillues en régénération, essentielles à l'alimentation des cervidés.