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L'innovation locale à l'épreuve du global. Un défi pour les acteurs

Authors:

Abstract

Dans un contexte de mondialisation, alors que les modes de régulation se structurent de plus en plus à l’échelle internationale, la prise de décision sur les enjeux sociétaux fondamentaux tend de plus en plus à échapper aux acteurs locaux et régionaux. En même temps, en raison du désengagement des États, un nombre croissant de responsabilités sont transférées aux acteurs locaux, aussi bien en ce qui a trait au développement économique qu’à l’offre de service aux citoyens, souvent avec des ressources inférieures à celles des États. Les collectivités locales sont ainsi confrontées à deux défis : réagir de façon active et réflexive aux restructurations de l’économie mondiale et expérimenter des formules innovatrices de développement pour répondre aux aspirations et aux besoins des citoyens. À partir de cas issus du Québec, du Canada, de la France et du Brésil, cet ouvrage présente un survol des enjeux qui touchent les acteurs locaux qui doivent innover afin de faire converger le développement économique et le développement social, et favoriser l’émergence de milieux socialement innovateurs. Il montre que c’est à travers des tensions et des compromis entre les citoyens porteurs d’innovations sociales et les instances publiques à toutes les échelles que peuvent se construire des processus de transformation institutionnelle, que ce soit en matière de syndicalisme, d’immigration, de genre ou de développement territorial. C’est grâce aux démarches participatives, partenariales et collaboratives mises en place par les acteurs sociaux à partir d’expérimentations sociales que la société pourra se transformer.
L’innovation locale à l’épreuve du global
Sous la direction de J.-L. K LEIN,
B. PECQUEUR, K. KOOP et S. A. SOUSSI
COLLECTION
Géographie
CONTEMPORAINE
Sous la direction de
JUA N-LUIS KLEIN, BERNARD PECQUEUR,
KIRSTEN KOOP et SID AHMED SOUSSI
L’innovation locale
à l’épreuve du global
Un dé pour les acteurs
La collection Géographie contemporaine a pour
mission de diffuser des travaux de nature scien-
ti fique ou péda go gique qui permettent d’enri-
chir la réflexion géographique. Cette collection qui, au départ, voulait
remplir un vide s’est avérée féconde. Depuis 1998, plus de trente titres
ont été publiés, plusieurs ayant donné lieu à des rééditions. Analysant
le monde à toutes ses échelles, du mondial au local, des travaux de
chercheurs du Québec et d’ailleurs ont interrogé le territoire et les
possibilités qu’il offre dans un contexte qui requiert la révision des
choix de déve loppement de nos sociétés. La collection devient ainsi
ce qu’elle cherchait à être, soit une tribune en langue française pour
l’analyse des territoires. Le monde, dans sa globalité, est impen sable
sans des repères territoriaux qu’il importe de rendre visibles. Sans ces
repères, les liens sociaux sont impossibles, la préoc cupation pour le
bien commun disparaît et seul l’indi vidualisme a droit de cité. Les re-
pères territoriaux sont nécessaires pour un développement respectueux
des générations futures, certes, mais aussi des collectivités qui nous
entourent et avec lesquelles nous partageons la planète. C’est ce que
l’éducation géographique des citoyens rend possible et c’est le défi
qui a guidé et qui continuera de guider les travaux de la collection
Géographie contemporaine.
Juan-Luis Klein
Directeur de la collection
COLLECTION
Géographie
CONTEMPORAINE
L’innovation locale
à l’épreuve du global
La Loi sur le droit d’auteur interdit la reproduction des œuvres sans autorisation des titula ires de dr oits.
Or, la photocopie non autorisée – le « photocopillage » – s’est généralisée, provoquant une baisse des
ventes de livres et compromettant la rédaction et la production de nouveaux ouvrages par des profes-
sionnels. L’objet du logo apparaissant ci-contre est d’alerter le lecteur sur la menace que représente pour
l’avenir de l’écrit le développement massif du « photocopillage ».
Membre de
Presses de l’Université du Québec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2
Téléphone : 418 657-4399 Télécopieur : 418 657-2096
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Sodis, 128, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, 77403 Lagny, France – Tél. : 01 60 07 82 99
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S Servidis SA, Chemin des Chalets 7, 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse – Tél. : 022 960.95.32
L’innovation
locale à l’épreuve
du global
Un dé pour les acteurs
Sous la direction de
JUA N-LUIS KLEIN, BERNARD PECQUEUR,
KIRSTEN KOOP et SID AHMED SOUSSI
Révision
Isabelle Canarelli
Correction d’épreuves
Marie-Noëlle Germain
Conception graphique
Richard Hogdson
Mise en pages
Interscript
Photo de couverture
Sylvain Laroche
Vue aérienne de Saint-Camille, une communauté apprenante, innovante et solidaire. La communauté
de Saint-Camille innove en milieu rural depuis plus de trente ans en construisant un leadership partagé
entre le politique, la société civile et l’éducation (agriculture de proximité, arts et culture, ateliers des savoirs
partagés, école éloignée en réseau, démographie, mise en valeur du patrimoine bâti, services de proximité).
Dépôt légal : 3e trimestre 2016
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
© 2016 – Presses de l’Université du Québec
Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés
Imprimé au Canada
D4442-1 [01]
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Vedette principale au titre :
L’innovation locale à l’épreuve du global : un défi pour les acteurs
(Géographie contemporaine)
Comprend des références bibliographiques.
ISBN 978-2-7605-4442-0
1. Développement communautaire. 2. Innovations – Aspect social.
3. Aménagement du territoire – Effets des innovations sur. 4. Économie sociale.
I. Klein, Juan-Luis. II. Pecqueur, Bernard, 1953- . III. Koop, Kirsten.
IV. Soussi, Sid Ahmed, 1955- . V. Collection : Géographie contemporaine.
HN49.C6I56 2016 307.1’4 C2016-940835-3
Avant-propos
Les premiers jalons de cet ouvrage collectif ont été posés lors d’un
colloque tenu dans le cadre des 26es Entretiens Jacques Cartier. Organisé
par le Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) et le
Laboratoire Politiques publiques, action politique, territoires (PACTE),
lecolloque a porté sur le thème Les innovations sociales en milieu local : espaces
de gouvernance et acteurs locaux à l’épreuve de la globalisation et de la territo-
rialisation. Il a eu lieu les 25 et 26 novembre 2013 à la Maison des sciences
de l’homme de Grenoble et 44 conférenciers y ont participé. Nous tenons
à remercier le Centre Jacques Cartier, qui a nancé une partie importante
de la réalisation de ce colloque.
L’ouvrage comme tel se situe dans le prolongement de la collabo-
ration entre le CRISES et le PACTE, collaboration qui est destinée à se
poursuivre. Ciblant davantage le thème de l’innovation sociale en milieu
local, les auteurs retenus pour la publication ont retravaillé leur texte
présenté au colloque et ont répondu aux exigences des responsables de la
publication et des Presses de l’Université du Québec. Nous les remercions.
Nous remercions également Matthieu Roy, professionnel de recherche au
CRISES, qui a assuré la coordination du travail éditorial ainsi que la
standardisation et une première révision des textes.
Juan-Luis Klein, Bernard Pecqueur,
Kirsten Koop et Sid-Ahmed Soussi
Table des matières
Avant-propos ..................................................... VII
Liste des figures et tableaux ......................................... XV
Introduction – L’INNOVATION LOCALE À L’ÉPREUVE DU GLOBAL ........... 1
Juan-Luis Klein, Bernard Pecqueur, Kirsten Koop
et Sid Ahmed Soussi
Partie 1 – CrOiSeMeNt De PerSPeCtiVeS GLOBaLeS et LOCaLeS ... 13
Chapitre 1 – LE DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL : une voie de sortie de crise
pour les collectivités locales ? ............................. 15
Bernard Pecqueur
1. Le développement territorial dans un monde globalisé ........... 17
1.1. La disjonction des lieux de consommation et de production ... 18
1.2. La conscience de la finitude de la ressource productive ...... 18
1.3. La crise des politiques publiques locales .................. 19
X
L’innovation locale à l’épreuve du global
2. L’innovation sociale ........................................ 21
2.1. L’économie sociale et solidaire (ESS) ..................... 22
2.2. Des formes renouvelées : l’idée de living lab ............... 22
Conclusion .................................................... 24
Bibliographie .................................................. 25
Chapitre 2 – LA GLOBALISATION DES MIGRATIONS DU TRAVAIL
ET LES RÉPERCUSSIONS LOCALES SUR LE SYNDICALISME
NORD-AMÉRICAIN ...................................... 27
Sid Ahmed Soussi
1. L’intégration syndicale des travailleurs issus de l’immigration ...... 30
1.1. Le mythe des immigrants « insyndicalisables » .............. 31
1.2. La solidarité de classe et l’identité ethnoculturelle. . . . . . . . . . 33
2. Les structures et les acteurs locaux face à un phénomène global ... 35
Conclusion .................................................... 37
Bibliographie .................................................. 39
Chapitre 3 – « UN, JE TE RECONNAIS ; DEUX, JE TE GOBE ;
TROIS, TU DISPARAIS » : gouvernance territorialisée
de légalité et mouvement féministe au Québec ................ 43
Denyse Côté
1. Le genre, l’égalité, le territoire et la gouvernance régionale ....... 45
2. Les régions québécoises et le mouvement féministe .............. 48
2.1 « Un, je te reconnais » ................................. 49
2.2 « Deux, je te gobe » ................................... 51
2.3. « Trois, tu disparais » .................................. 52
Conclusion .................................................... 53
Bibliographie .................................................. 54
Chapitre 4 – LES MÉTROPOLES ET L’HABITABILITÉ :
innovation institutionnelle ou territoriale ? .................. 59
Romain Lajarge
1. La construction métropolitaine contemporaine en France,
une innovation institutionnelle .............................. 61
1.1. Une construction sous tension .......................... 62
1.2. Les faiblesses institutionnelles de la métropole nouvelle ..... 63
1.3. Les menaces externes pour les institutions métropolitaines ... 64
2. L’habitabilité et l’innovation territoriales ...................... 65
2.1. L’habitabilité comme pratique ordinaire .................. 66
2.2. L’habitabilité ou le besoin de domicilier des innovations .... 67
2.3. La production des innovations d’habitabilité par le territoire. . . 68
Conclusion : l’enjeu de l’innovation sociale-territoriale ................ 70
Bibliographie .................................................. 71
Table des matières
XI
Chapitre 5 – LE TEMPS, SOURCE D’INNOVATION POUR LA VILLE DURABLE ... 73
Luc Gwiazdzinski
1. Un enjeu temporel central .................................. 74
1.1. Une approche peu usitée .............................. 75
1.2. Des mutations ....................................... 75
1.3. Des tensions ......................................... 76
1.4. Des conflits et des inégalités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
1.5. Un nouveau régime temporel .......................... 78
1.6. Une interpellation .................................... 78
2. Un changement de paradigme nécessaire ...................... 79
2.1. La ville comme entité spatiotemporelle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
2.2. Le temps comme nouvelle ressource ..................... 79
2.3. Le temps comme projet. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
3. Des adaptations et des innovations individuelles et collectives ..... 80
3.1. Les pistes du ralentissement ............................ 81
3.2. Les logiques d’optimisation ............................ 82
3.3. Les temps communs, les événements etlesdispositifs
éphémères .......................................... 84
3.4. Les premières politiques temporelles ..................... 85
4. Vers un urbanisme des temps etunemétropolemalléable ........ 86
4.1. Un nouveau régime ................................... 86
4.2. Un urbanisme des temps ............................... 88
4.3. Une métropole malléable .............................. 89
Conclusion .................................................... 91
Bibliographie .................................................. 92
Partie 2 – eXPÉriMeNtatiONS et iNitiatiVeS LOCaLeS ........... 97
Chapitre 6 – LES LIVING LABS TERRITORIAUX : lieux dinnovation
et innovation de lieux .................................... 99
Claude Janin et Bernard Pecqueur
1. Les living labs : l’innovation en situation réelle avec les usagers .... 100
2. Un tour d’horizon ......................................... 101
2.1. Des initiatives hétérogènes ............................. 101
2.2. L’innovation et les démarches collaboratives .............. 104
2.3. La temporalité liée à leur objet ......................... 104
2.4. Une géographie variable… ............................ 105
2.5. … mais une territorialité non affinée .................... 106
2.6. Les figures d’ingénierie et les temps longs des living labs .... 107
2.7. Les usagers et la place des usagers ....................... 107
XII
L’innovation locale à l’épreuve du global
3. Vers une méthodologie identifiée mais encore incomplète ........ 108
3.1. Une mise en évidence de clés de lecture .................. 108
3.2. Les quatre types de living labs qui se dégagent ............ 110
3.3. Les processus et les procédures. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
Conclusion .................................................... 114
Bibliographie .................................................. 115
Liste de living labs ......................................... 115
Chapitre 7 – L’APPROCHE LIVING LAB ET LE CARREFOUR D’INNOVATION
BIOALIMENTAIRE DE L’AGGLOMÉRATION DE LONGUEUIL ...... 117
Juliette Rochman, Mélanie Doyon, Sandrine Ducruc, Simon Dugré,
Jean-Marc Fontan, Janie Fortin, Jun Xiao et Juan-Luis Klein
1. Le contexte agricole montréalais ............................. 118
2. Le continuum ville-campagne de l’agglomération longueuilloise ... 120
3. Quelles alternatives pour le développement des espaces
ouvertslongueuillois ? ...................................... 122
4. L’approche living lab ....................................... 122
5. La démarche living lab et le Carrefour d’innovation
bioalimentaire de Longueuil ................................. 123
5.1. Le comment-ensemble ................................ 123
5.2. La gouvernance partenariale ........................... 124
5.3. L’innovation ouverte en ouverture interorganisationnelle ... 125
5.4. Le processus de communication-évaluation-transfert ....... 125
Conclusion .................................................... 126
Bibliographie .................................................. 127
Chapitre 8 – LES LABORATOIRES RÉCRÉATIFS, ACTIVATEURS
DU DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL EN MILIEU RURAL ......... 129
Jean Corneloup
1. Des systèmes productifs locaux aux laboratoires ruraux ........... 130
2. Les formes organisationnelles deslaboratoiresrécréatifs .......... 133
2.1. Le laboratoire récréatif interactionnel et informel .......... 133
2.2. Le laboratoire prospectif d’un urbanisme situé ............ 134
2.3. Le laboratoire ethnographique
d’un patrimoine territorialisé ........................... 135
2.4. Le laboratoire récréatif d’un territoire intentionnel. . . . . . . . . 136
Conclusion .................................................... 137
Bibliographie .................................................. 138
Table des matières
XIII
Chapitre 9 – SAINT-CAMILLE : des mobilisations croisées
pour la relance territoriale ............................... 141
Juan-Luis Klein, Jacques Caillouette, Mélanie Doyon,
Jean-Marc Fontan, Diane-Gabrielle Tremblay,
Pierre-André Tremblay et Denis Bussières
1. Saint-Camille : une expérience de revitalisation rurale ............ 142
2. Le cadre institutionnel de l’expérience de Saint-Camille .......... 143
3. Les organisations de la société civile
et le dynamisme communautaire ............................. 144
4. Les moments de réflexivité .................................. 146
4.1. Une expérience de réflexion collective en éthique appliquée ... 146
4.2. Le laboratoire rural ................................... 147
4.3. Les Ateliers des savoirs partagés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
5. Le projet démographique : une stratégie résidentielle ............ 149
6. Un environnement organisationnel et institutionnel
favorable à l’innovation .................................... 151
En guise de conclusion : le leadership partagé ....................... 153
Bibliographie .................................................. 153
Chapitre 10 – L’INNOVATION SOCIALE, L’IMPROVISATION ET LE
DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL : lexpérience ardéchoise ....... 155
Kirsten Koop et Nicolas Senil
1. L’innovation sociale en tant que résistance
à des principes fondamentaux de la modernité ................. 157
2. L’innovation sociale comme improvisation ..................... 159
2.1. La première étape : improviser pour une reconnaissance
légale de l’espace d’action ............................. 159
2.2. La seconde étape : improviser pour réaliser le monde désiré ... 161
3. Vers la construction de territoires alter ? ....................... 163
Conclusion .................................................... 165
Bibliographie .................................................. 166
Chapitre 11 – LES POLITIQUES TEMPORELLES ET LES BUREAUX DES TEMPS :
des origines européennes à linitiative de l’agence des temps
de charlevoix-est. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169
Diane-Gabrielle Tremblay et Juliette Rochman
Le cas de l’Agence des temps de Charlevoix-Est au Québec ............. 172
Conclusion : l’essor des projets temporels ou la confirmation
de la nécessité d’une politique des temps ? ..................... 178
Bibliographie .................................................. 179
XIV
L’innovation locale à l’épreuve du global
Chapitre 12 – LES ACTIVITÉS PRODUCTIVES COMMUNAUTAIRES INTÉGRÉES
ET L’INCLUSION SOCIALE : le cas de general sampaio
dans l’état du ceará au brésil ............................ 181
Fernando J. Pires de Sousa
1. Un portrait de General Sampaio dans le contexte de l’État
du Ceará et du Brésil ....................................... 183
2. Les caractéristiques des administrations municipales ............. 183
3. Les changements dans le pouvoir local : une nouvelle
conception de la politique et de la gestion ..................... 184
4. L’importance de l’administration locale, de la participation
communautaire et de la coordination institutionnelle ............ 184
5. Les résultats atteints ....................................... 188
Conclusion : considérations finales ................................. 190
Bibliographie .................................................. 192
Chapitre 13 – L’ACTION LOCALE FACE À LA GLOBALISATION : une scène
cruciale pour linnovation socioterritoriale ................. 193
Juan-Luis Klein
1. Les effets déstructurants de la globalisation
sur les collectivités locales ................................... 195
2. La territorialisation des enjeux : vers de nouvelles modalités
d’action pour le développement des collectivités locales .......... 197
3. Le renforcement du local : vers un mouvement social ?. . . . . . . . . . . . 201
Conclusion .................................................... 203
Bibliographie .................................................. 204
Les auteurs ....................................................... 207
Liste des figures
et tableaux
Figure 6.1. Le positionnement des
living labs
selon leurs modes
d’innovation et les formes de processus collectifs ........... 112
Figure 6.2. Les évolutions et les transitions possibles entre divers types
de living labs ......................................... 114
Figure 7.1. La région métropolitaine de Montréal et la zone agricole .... 119
Figure 7.2. Le processus d’innovation associé aux living labs ........... 123
Figure 10.1. Le type d’initiatives alternatives en Ardèche méridionale ..... 156
Figure 10.2. La localisation des initiatives alternatives en Ardèche
méridionale et les années de création .................... 164
Figure 11.1. Les principaux enjeux de la conciliation famille-travail
dans Charlevoix-Est .................................... 175
Figure 12.1. L’importance du réseau institutionnel :
le rôle des partenaires ................................. 185
Tableau 6.1. Les 19 démarches de living labs .......................... 102
Tableau 10.1. Les valeurs et les principes des initiatives alternatives
en Ardèche .......................................... 158
Tableau 10.2. Le vocabulaire utilisé par les interviewés et les caractéristiques
de l’improvisation en musique ........................... 163
XVI
L’innovation locale à l’épreuve du global
Tableau 12.1. Les familles impliquées dans les activités et le revenu
net mensuel, 2013 ..................................... 189
Tableau 13.1. La nouvelle interrelation espaces-secteurs socioéconomiques
dans le contexte de la mondialisation ..................... 197
Tableau 13.2. Les logiques territoriales d’échelle locale dans l’espace
de la globalisation .................................... 200
Introduction
L’innovation locale
à l’épreuve du global
Juan-Luis Klein, Bernard Pecqueur,
Kirsten Koop et Sid Ahmed Soussi
Cet ouvrage présente un survol des dés auxquels doivent faire face
les acteurs locaux pour innover en matière de développement an de faire
converger le développement économique et le développement social, et
de favoriser l’émergence de milieux socialement innovateurs. Les différents
chapitres permettent d’analyser des dimensions particulières concernant
la capacité d’innovation des acteurs en milieu local dans un contexte où,
premièrement, la prise de décision sur les enjeux sociétaux fondamentaux
tend de plus en plus à échapper aux acteurs locaux et régionaux en raison
des modes de régulation globalisés et de l’importance croissante des ins-
tances, lières et réseaux d’échelle internationale, et où, deuxièmement,
en même temps et en parallèle, de nouvelles responsabilités sont transférées
2
L’innovation locale à l’épreuve du global
aux acteurs locaux en ce qui concerne aussi bien le développement éco-
nomique que l’offre de services aux citoyens, souvent d’ailleurs avec
desressources inférieures à celles que l’État central aurait engagées pour
les assurer. Il en découle une situation de fortes tensions. D’une part, les
acteurs sociaux dénoncent ce qu’ils considèrent comme un délestage
desresponsabilités de l’État social. D’autre part, de nouvelles aspirations
exprimées par la société civile et les besoins non assurés par les cadres
institutionnels amènent les acteurs à expérimenter des formules intégra-
trices de développement (Moulaert et Nussbaumer, 2008 ; Bellemare et
Klein, 2011).
Comme résultat de cette situation, les collectivités locales sont
confrontées à des dés de deux ordres : la nécessité de réagir de façon
active et réexive aux restructurations de l’économie globale (mondiali-
sation, nouvelle division internationale du travail, exibilisation et inter-
nationalisation de la production, normativité globale) (Sassen, 2007 ; Servet,
2010), et les difcultés qu’éprouvent de nombreuses collectivités à déve-
lopper les aptitudes et les capacités permettant d’entrevoir des alter-
nativesà un cadre institutionnel et organisationnel qui limite leur capacité
d’action (Unger, 2015). Lorsqu’elles n’agissent pas de façon appropriée,
les collectivités locales sont susceptibles d’entrer dans des processus de
dévitali sation qui peuvent provoquer des problèmes graves autant pour
les collectivités affectées que pour l’ensemble de la société. Ces problèmes
se traduisent par des situations d’appauvrissement en termes de revenus
ainsi qu’en termes de capacité de mobilisation des ressources, d’exclusion,
de fracture sociale, de services insufsants, de précarité, d’inégalités
sociales et territoriales.
Plusieurs instances aux échelles globale, nationale et locale
cherchent à réagir à de telles dynamiques d’appauvrissement en mettant
en œuvre de nouveaux modèles d’action. Ces derniers sont fortement
ancrés dans diverses facettes de l’innovation sociale (Klein, Laville et
Moulaert, 2014). Les solutions que ces instances mettent en œuvre inter-
pellent certes les collectivités directement aux prises avec des problèmes
de dévitalisation à l’échelle locale (Klein et al., 2015), mais aussi la société
dans son ensemble qui, comme résultat des problèmes décrits, subit des
pertes considérables en termes de cohésion sociale et de capacité de mobi-
lisation pour le bien commun (Westley, 2008). La réexion doit donc se poser
en termes locaux, car elle met en exergue les acteurs des collectivités locales,
mais aussi en termes globaux, car l’action émancipatrice réalisée par les
acteurs locaux requiert une transformation à l’échelle sociétale(Lévesque,
2012 ; Klein et al., 2016).
Introduction
3
Les innovations sociales peuvent donc être dénies comme
[de] nouveaux arrangements sociaux, organisationnels ou institution-
nels ou encore de nouveaux produits ou services ayant une nalité
sociale explicite résultant, de manière volontaire ou non, d’une action
initiée par un individu ou un groupe d’individus pour répondre à une
aspiration, subvenir à un besoin, apporter une solution à un problème
ou proter d’une opportunité d’action an de modier des relations
sociales, de transformer un cadre d’action ou de proposer de nouvelles
orientations culturelles (Bouchard et al., 2016, p. 135).
Ces innovations peuvent être radicales ou incrémentielles, mais
cequi est essentiel pour analyser leur place dans la conguration de nou-
velles voies de développement, c’est de les voir dans une perspective glo-
bale(Unger, 2015), comme les jalons d’un processus dans lequel sont
explorées des alternatives pour une transformation institutionnelle impulsée
par les citoyens et à leur bénéce (Klein et al., 2016).
Des recherches antérieures ont démontré que pour un dévelop-
pement équitable et durable des collectivités locales dans un cadre glo-
balisé, un dé majeur réside dans les ressources (humaines, cognitives,
organisationnelles, nancières, informationnelles) que ces collectivités
peuvent mobiliser pour accroître leur bien-être. Ces ressources doivent
être, bien sûr, d’origine endogène, mais pas uniquement (Gumuchian et
Pecqueur, 2007 ; Klein et Champagne, 2011). La mobilisation des ressources
exogènes liées à des réseaux ou à des pouvoirs fonctionnant à une échelle
plus large (programmes publics, réseaux productifs, institutions de
recherche, instances syndicales, etc.) est aussi importante que celle des
ressources endogènes. Mais ce qui est essentiel, c’est de développer la
capacité de combiner ces deux types de ressources au prot de la collec-
tivité locale, ce qui pose le problème du leadership et de la gouvernance
(Mintzberg, 2008).
La construction des diverses capacités requises pour l’action col-
lective des acteurs est donc cruciale. De nombreux travaux menés dans
les champs aussi bien théorique qu’empirique ont mis de l’avant le concept
d’empowerment pour caractériser le processus de construction des capa-
cités collectives en vue de mettre en œuvre des processus durables de
développement (Mendell, 2006 ; Ninacs, 2008). L’empowerment des collec-
tivités locales concerne donc la dotation des acteurs an de permettre aux
acteurs sociaux de transformer l’environnement organisationnel et insti-
tutionnel dans lequel ils œuvrent et de faire en sorte que leurs initiatives
s’inscrivent dans des processus de construction sociale de voies de déve-
loppement différentes des modèles imposés par la globalisation. Dans
cette perspective, l’augmentation de la capacité des acteurs et des citoyens
à inuencer les dynamiques d’évolution qui les concernent aux échelles
4
L’innovation locale à l’épreuve du global
locales et globales doit être vue comme un pan important du développe-
ment des collectivités (Loubet, Dissart et Lallau, 2011 ; Tremblay, Klein et
Fontan, 2016), et donc du développement d’innovations socio territoriales
susceptibles de transformer l’environnement institutionnel (Klein, Laville
et Moulaert, 2014 ; Unger, 2015 ; Torre, 2015). Les acteurs socioéconomiques
dans les collectivités locales mettent en œuvre de nouveaux modèles
d’action. Mais ils se butent à différents types de blocage. Ils interviennent
à divers niveaux, en fonction des marges qui leur sont laissées par les
acteurs centraux aux niveaux national et global, marges qu’ils cherchent
d’ailleurs à repousser. Il en est ainsi de la capacité d’innovation des orga-
nisations syndicales dans le contexte de nouvelles gures de la division
internationale du travail comme celle des migrations internationales du
travail mobilisées globalement par les entreprises, mais qui représentent
pour le syndicalisme des enjeux d’intégration locale et citoyenne de pre-
mière importance (Soussi, 2015). Ce dé exige des syndicats, comme acteurs
locaux, une indispensable capacité d’innovation sociale à déployer de
concert avec les autres acteurs et décideurs institutionnels locaux.
En effet, les innovations sociales ne deviennent transformatrices
que quand elles parviennent à induire un changement structurel du sys-
tème dominant conventionnel (Avelino et al., 2014), en affectant donc les
institutions publiques. C’est dans l’espace des interactions entre citoyens
porteurs d’innovations sociales et instances gouvernementales – un espace
liminal entre dynamiques socialement innovantes et le régime conven-
tionnel – que peuvent se construire des processus de transformations ins-
titutionnelles. Comme les contributions dans cet ouvrage le montrent, cet
espace méso se distingue généralement par des démarches participatives,
partenariales et collaboratives. Il se caractérise par l’expérimentation et
l’improvisation, par l’hybridation et l’innovation collective. Il requiert de
la réexivité, de la reconnaissance mutuelle des acteurs et une conscience
collective des enjeux. Il s’agit de faire converger les intérêts, de gérer des
conits et d’aboutir à de nouveaux arrangements territoriaux. Or la trans-
formation nécessaire des pratiques des acteurs publics territoriaux se heurte
bien souvent à des réglementations contraignantes. Les acteurs favorables
à la territorialisation d’innovations sociales font avant tout face à la dif-
culté de conjuguer des démarches participatives ascendantes et les prin-
cipes d’une démocratie représentative. Comme les contributions de ce
livre l’esquissent, la territorialisation de l’innovation sociale, passant par
une transformation institutionnelle, semble être davantage limitée en
France, pays à autonomie territoriale restreinte, qu’au Québec. Or certaines
initiatives expérimentent des formes inédites de gouvernance multiacteur
Introduction
5
aux échelles locale et microlocale, devenant ainsi des laboratoires qui
incubent des innovations. L’objectif du présent ouvrage est de montrer le
potentiel de ces expérimentations, mais aussi les blocages qui les freinent.
L’ouvrage est divisé en deux parties dans lesquelles des auteurs
appartenant surtout au Centre de recherche sur les innovations sociales
(CRISES), un centre de recherche nancé par le Fonds de recherche du
Québec – Société et Culture (FRQSC), et le laboratoire PACTE (Politiques
publiques, action politique, territoires), une unité mixte de recherche (UMR)
sous tutelle de l’Université Grenoble-Alpes et du CNRS, croisent les résul-
tats de réexions et de projets de recherche sur la France et le Québec. La
première partie aborde les enjeux locaux en croisant des perspectives glo-
bales et locales. On verra alors des transitions dans le cadre productif, du
mouvement syndical, du mouvement des femmes, de l’action publique et
de la ville. La seconde partie se centre sur les acteurs locaux en présentant
des expérimentations à partir de l’initiative locale. Cette partie mettra en
scène les living labs (laboratoires vivants) et les nouvelles formes de par-
tenariat structurées sur le plan local en France, au Québec et au Brésil, ce
qui permet de voir le potentiel des nouvelles formes de gouvernance expé-
rimentées dans les territoires où les acteurs socioéconomiques, les instances
publiques et les élus locaux appliquent des formules de développement
de type pluriel, voire hybride.
Dans le chapitre 1, Bernard Pecqueur situe le contexte du post-
fordisme, soit le modèle général d’organisation de la production qui rem-
place le modèle standardisé que caractérisait la production industrielle de
l’après-guerre, dans lequel il faut situer les initiatives de développement
des collectivités locales pour bien les comprendre. Ce nouveau contexte
se caractérise par des transformations profondes dans l’économie nancière
et dans l’économie productive. L’économie nancière impose un rythme
effréné de rentabilité à court terme, ce qui provoque la mondialisation de
lières productives où les délocalisations des établissements productifs se
font au rythme des avantages offerts par les pouvoirs locaux et par les
dotations humaines et physiques à l’échelle de la planète. Il en résulte une
déstructuration des rapports au territoire que des acteurs productifs avaient
bâtis dans le cadre du fordisme et du préfordisme, ce qui brise les liens
sociaux construits dans les territoires. À partir de l’exemple français, ce
chapitre montre comment la décentralisation des pouvoirs, la crise de sens
et les réformes des politiques publiques ouvrent des possibilités pour que
les territoires locaux deviennent des lieux d’expérimentations motivées
par des initiatives locales où l’adaptation à la mondialisation se fait sous
le signe de la proximité et de la valorisation des ressources dans un contexte
d’action collective.
6
L’innovation locale à l’épreuve du global
Au chapitre 2, Sid Ahmed Soussi aborde un aspect essentiel dans
la restructuration des lières productives, soit les ux de travailleurs et
leur intégration aux échelles nationale et locale. Cette perspective met en
scène un acteur souvent négligé par les travaux en développement terri-
torial, soit l’acteur syndical. L’auteur met en relation la globalité des fac-
teurs qui interviennent dans les ux migratoires du travail et la dimension
essentiellement nationale des cadres juridico-institutionnels dans lesquels
s’inscrit l’action syndicale. Il remet en cause le mythe de l’« insyndicalisa-
tion » des immigrants supposément due à leur docilité et à leur inclination
à accepter de mauvaises conditions de travail. À travers les exemples de
mouvements tels que Justice for Janitors, dans lequel les immigrants se
sont engagés dans une campagne de syndicalisation couronnée de succès,
et Freedom Ride, qui défend la régularisation des sans-papiers par le mou-
vement syndical, l’auteur analyse les rapports entre les identités ethno-
communautaires et les identités de classe. La question de la syndicalisation
des immigrants interpelle le répertoire d’actions collectives du mouvement
syndical ainsi que son rôle dans le développement territorial.
Au chapitre 3, Denyse Coté aborde aussi une dimension qui croise
le local avec le global. Elle cherche à savoir si le mouvement des femmes
a réussi à acquérir un pouvoir d’inuence dans les structures de concerta-
tion régionale, structures qui ont permis une coordination entre des acteurs
publics et associatifs et ont mené au développement de ce qu’on a appelé
le modèle québécois. Elle propose ainsi une analyse genrée qui mobilise
les concepts de système de genre, de territoire et de gouvernance. La
décentralisation de la gouvernance territoriale opérée au Québec depuis
la Révolution tranquille interpelle le mouvement des femmes. L’auteure
soutient que ce mouvement a su introduire la dimension féministe dans
le développement régional en participant aux structures de gouvernance
territoriale mises en place au Québec par les gouvernements qui se sont
succédé depuis la Révolution tranquille, tels les conférences régionales
des élus (CRÉ) et les centres locaux de développement (CLD). Or, l’abo-
lition de ces organismes par le gouvernement libéral en 2015, opérée dans
le contexte de l’application de politiques d’austérité, relègue le mouvement
des femmes à un rôle de partenaire subalterne sans réelle représentation
au sein des structures décisionnelles.
Au chapitre 4, Romain Lajarge nous ramène au cas français, en
abordant l’innovation institutionnelle que représente l’instauration d’une
nouvelle formule de métropole. Cette innovation favorisera-t-elle l’inno-
vation sociale à l’échelle des territoires ? L’auteur est sceptique dans la
mesure où l’instauration de ce nouveau cadre légal génère des tensions
avec la logique de maillage qui préexistait et crée des enclaves de pouvoir.
L’auteur signale le décit de légitimité en ce qui concerne la représentation
Introduction
7
de la population, ainsi que les tensions provoquées par la cohabitation de
plusieurs pratiques sur un même territoire. Il propose de mobiliser le
concept d’habitabilité pour tenir compte des relations entre les habitants
ainsi qu’avec leur environnement. À l’aide de l’analyse de deux territoires,
un espace en friche et un espace périurbain dans l’agglomération greno-
bloise, il montre la façon dont les habitants font preuve d’une inventivité
permanente pour assurer l’habitabilité de ces territoires. Il montre ainsi
que les métropoles devront réinventer l’action publique en soutenant ce
type d’action collective.
Au chapitre 5, Luc Gwiazdzinski s’intéresse à la notion de temps
en lien avec des usages de l’espace, thème qui, pour lui, est négligé par
les décideurs au sujet de l’aménagement des territoires et dont on devrait
tenir compte davantage. Les villes actuelles sont des lieux au temps et à
l’espace fragmentés. La mondialisation des activités a imposé des rythmes
rapides, ampliés par les technologies des communications, ce qui affaiblit
les démocraties locales et déstructure les collectivités. Le temps est alors
présenté comme une ressource. Le ralentissement des rythmes individuels
et collectifs s’inscrit dans des processus favorisant l’innovation sociale et
la mise en œuvre de modalités de collaboration territoriale.
La seconde partie de l’ouvrage débute avec le chapitre 6 rédigé
par Claude Janin et Bernard Pecqueur concernant un modèle d’action qui
reçoit de plus en plus d’attention, la formule du living lab. Ce modèle
implique la mise en œuvre d’innovations ouvertes en contexte de collabo-
ration entre divers partenaires an d’apporter des solutions à des problèmes
vécus par les résidents d’une collectivité. Les auteurs proposent une analyse
à partir de deux variables : le rôle que jouent les usagers des services offerts
dans le cadre de ces expériences et les niveaux de collaboration entre les
différents acteurs qui y participent. L’analyse est basée sur l’étude de 18cas
dans diverses régions du monde. Les auteurs ciblent l’intention d’inno-
vation, le type de mise en réseau, les niveaux de participation, les processus
de collaboration et la portée territoriale de l’expérience.
Le chapitre 7 poursuit la réexion sur les living labs, mais dans le
contexte d’une recherche menée au Québec au sujet des espaces agricoles.
Une équipe constituée par des chercheurs de deux centres, le Centre de
recherche sur les innovations sociales ou CRISES (Juliette Rochman,
Mélanie Doyon, Jean-Marc Fontan, Janie Fortin, Juan-Luis Klein) et le Centre
d’innovation sociale en agriculture ou CISA (Sandrine Ducruc, Simon Dugré,
Jun Xiao) présente l’analyse d’une expérience bioalimentaire dans un espace
périurbain situé à Longueuil, en banlieue de Montréal. Au cours des der-
nières décennies, différentes structures de gouvernance ont tenté de mettre
en valeur cet espace, se butant cependant à diverses difcultés sur les plan
8
L’innovation locale à l’épreuve du global
réglementaire et organisationnel. C’est pour surmonter ces difcultés que
la démarche du living lab a été appliquée dans une perspective partena-
riale. La démarche encore embryonnaire mais déjà éclai rantedonne à
voir les possibilités d’une gouvernance partenariale basée sur l’ouverture
interorganisationnelle et le processus de communication, d’évaluation et
de transfert, mais aussi les obstacles à sa mise en œuvre.
Dans le chapitre 8, Jean Corneloup s’intéresse à des projets cultu-
rels menés dans des territoires ruraux en France dans lesquels se dégagent
des options face au modèle de développement dominant. De façon plus
précise, le texte aborde le cas de laboratoires récréatifs où des acteurs
locaux se rencontrent dans une dynamique collaborative dans le but de
favoriser la fabrique d’une forme culturelle commune propre au territoire.
Ces systèmes culturels localisés (SCL) mettent en œuvre une forme d’habi-
tabilité récréative, par laquelle se mettent en place des approches favorisant
le bien-vivre. Le texte se penche sur quatre types d’initiatives : 1) un labo-
ratoire récréatif interactionnel et informel dans des espaces périurbains et
ruraux ; 2) un laboratoire prospectif basé sur la réactivation de pratiques
d’habitabilité passées ; 3) un laboratoire ethnographique s’intéressant à
l’habitabilité dans les usages professionnels et dans la vie villageoise per-
mettant de tisser des liens entre les acteurs du territoire ; et 4) un laboratoire
récréatif misant sur l’habitabilité patrimoniale des résidents comme res-
sources exploitables pour donner une valeur touristique au lieu. La dimen-
sion cognitive émerge aussi comme un élément crucial dans ces expériences.
Ainsi, le développement d’un capital culturel par les habitants donne de
la valeur et du pouvoir d’action à la collectivité locale.
Au chapitre 9, Juan-Luis Klein, Jacques Caillouette, Mélanie Doyon,
Jean-Marc Fontan, Diane-Gabrielle Tremblay, Pierre-André Tremblay et
Denis Bussières présentent l’expérience de la municipalité de Saint-Camille.
Véritable laboratoire du bien-vivre, le cas de Saint-Camille montre comment
à travers une succession d’innovations, la communauté locale a réussi à
inéchir une tendance à la dévitalisation qui s’était installée à partir de
l’après-guerre et qui a atteint un moment critique dans les années 1980.
Dans le but de modéliser l’expérience de cette communauté, des acteurs
sociaux, politiques, économiques et culturels de cette municipalité, conjoin-
tement avec les chercheurs universitaires auteurs du chapitre, ont expéri-
menté une formule de partage de connaissances au sujet du développement
rural, dans une perspective de coconstruction de la connaissance. Cette
démarche a mis en exergue un élément crucial dans le développement de
cette collectivité, à savoir le type de leadership à privilégier, un leadership
partagé, assuré par de nombreux individus à différents moments, en fonction
des contraintes, des occasions et des capacités requises pour y faire face et
Introduction
9
pour les saisir. Ce leadership a su arrimer l’action locale aux politiques
publiques et a relié les sphères d’action politique, sociale et individuelle
de la communauté pour en faire un milieu social innovateur.
Au chapitre 10, Kirsten Koop et Nicolas Senil proposent une
analyse d’initiatives mises en œuvre en France, en Ardèche, à partir du
prisme de l’improvisation (une analogie avec l’improvisation musicale).
Le concept de l’improvisation permet aux auteurs de saisir la dimension
alternative des initiatives étudiées, laquelle prend la forme d’une nouvelle
articulation du vivre et du produire. Trois étapes de territorialisation de
l’innovation sociale sont dégagées. La première est l’acquisition d’un lieu,
ce qui est complexe pour des groupes qui ne possèdent pas de capital
nancier. La deuxième étape est l’expérimentation d’activités en accord
avec les valeurs alternatives des groupes, au sein des espaces acquis. La
troisième étape est la structuration de territoires où les initiatives alter-
natives participent à la construction de collectivités où les alternatives
s’institutionnalisent et deviennent la norme. Cette institutionnalisation
résulte d’un processus jalonné par des tensions. Ce faisant, ces collectivités
deviennent des exemples qui inspirent d’autres expériences, contribuant
ainsi à une transformation sociale plus globale.
Au chapitre 11, Diane-Gabrielle Tremblay et Juliette Rochman
s’intéressent à des politiques temporelles, lesquelles, visant des objectifs
variés en lien avec l’amélioration de la qualité de vie dans les collectivités,
sont basées sur une conciliation des activités quotidiennes relevant de dif-
férents temps dans la vie des individus. Le texte analyse le cas de l’Agence
des temps de Charlevoix-Est. Cette expérience, qui vise la conciliation
entre le travail et la vie personnelle, a été nancée par le gouvernement
québécois dans le cadre de son programme de laboratoires ruraux. Consta-
tant que dans la région de Charlevoix, le travail dépend largement du
secteur touristique et que les emplois atypiques sont fréquents, l’objec-
tifde l’expérience a été d’organiser la collectivité locale au rythme du
contextede l’évolution annuelle de l’emploi, mettant en œuvre une vision
large dela conciliation travail-vie personnelle, ce qui implique la prise en
compte de diverses facettes de la vie personnelle.
Le chapitre 12, rédigé par Fernando J. Pires de Sousa nous sort
du cadre Québec-France. Ce texte porte sur un cas de développement local
et de gouvernance intégrée dans une municipalité du Nord-Est brésilien,
une des régions appauvries du Brésil. Cette expérience présente une inno-
vation socioterritoriale dans le contexte brésilien dans la mesure où, his-
toriquement, ce pays a connu peu d’expériences de développement intégré
impliquant les différents paliers de gouvernement. À contre-courant de la
tendance générale, la municipalité de General Sampaio a mis en place un
10
L’innovation locale à l’épreuve du global
réseau institutionnel multiscalaire et pluriacteur visant le développement
d’activités productives locales et l’augmentation de la qualité de vie des
concitoyens. Un projet en particulier, intitulé « Vivre avec la sécheresse et
construire des modes de vie durables dans les communautés rurales des
régions semi-arides du Ceará » donne à voir le partenariat entre l’université,
la municipalité et diverses institutions publiques. Dans le cadre de ce
partenariat, le leadership de l’administration locale a été important dans
la coordination des différents acteurs. Chaque échelon institutionnel s’est
vu attribuer des responsabilités différentes dans l’optique d’encourager
la mise en œuvre d’un modèle d’agriculture caractérisé par la participation.
Ce mode a permis l’augmentation des revenus de plusieurs familles rési-
dentes de la collectivité locale, même si la situation de la majorité d’entre
elles reste toujours précaire. L’auteur souligne l’effet de l’expérience sur
le plan des connaissances, plan qui, selon l’auteur, doit être considéré
comme central dans l’analyse des processus de développement.
Pour conclure, le chapitre 13, rédigé par Juan-Luis Klein, rappelle
que des initiatives locales se mettent en œuvre en réponse aux politiques
adoptées par les gouvernements centraux, des politiques qui, souvent,
s’inscrivent dans des modèles de gestion qui favorisent l’application au
territoire de formules de gestion d’inspiration néolibérale, mais qui, en
même temps, amplient le rôle des acteurs sociaux, économiques et poli-
tiques locaux. Le renforcement des collectivités locales ne s’explique donc
pas uniquement par la globalisation, comme certains auteurs l’ont afrmé
en soulignant la tendance au repli de l’État, ni par des solidarités sociales
de base, que certains voient comme le principal facteur de la solidarité
communautaire en milieu local, mais par la mobilisation des acteurs et
leur capacité de développer un mode de leadership et de gouvernance
inspiré par la recherche du bien commun. La conscience collective locale
est le résultat d’actions au départ limitées, souvent sectorielles, qui s’étalent
et deviennent collectives et territoriales par le biais de processus conictuels
dans lesquels se confrontent les intérêts individuels et collectifs. Créer des
collectivités locales efcaces signie donc structurer un cadre local de
gouvernance sufsamment habilité à faire primer les intérêts des acteurs
locaux sur les logiques et instances représentatives de la globalisation,
mais aussi capable de faire primer les intérêts collectifs sur les intérêts
individuels à divers niveaux territoriaux. Le développement local envisagé
dans une perspective globale concerne donc aussi bien la restructuration
des rapports entre le local et le global que la redénition des rapports
entre la société civile et le politique.
Introduction
11
Bibliographie
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PUQ.CA
ISBN 978-2-7605-4442-0
D
ans un contexte de mondialisation, alors que les modes de régu-
lation se structurent de plus en plus à l’échelle internationale, la prise
de décision sur les enjeux sociétaux fondamentaux tend de plus en plus
à échapper aux acteurs locaux et régionaux. En même temps, en raison
du désengagement des États, un nombre croissant de responsabilités
sont transférées aux acteurs locaux, aussi bien en ce qui a trait au déve-
loppement économique qu’à l’ore de service aux citoyens, souvent avec
des ressources inférieures à celles des États. Les collectivités locales sont
ainsi confrontées à deux dés : réagir de façon active et réexive aux
res tructurations de l’économie mondiale et expérimenter des formules
innovatrices de développement pour répondre aux aspirations et aux
besoins des citoyens.
À partir de cas issus du Québec, du Canada, de la France et du Brésil,
cet ouvrage présente un survol des enjeux qui touchent les acteurs locaux
qui doivent innover an de faire converger le développement économi que
et le développement social, et favoriser l’émergence de milieux socia-
lement innovateurs. Il montre que c’est à travers des tensions et des com-
promis entre les citoyens porteurs d’innovations sociales et les instances
publiques à toutes les échelles que peuvent se construire des processus de
transformation institutionnelle, que ce soit en matière de syndi calisme,
d’immigration, de genre ou de développement territorial. C’est grâce aux
démarches participatives, partenariales et collaboratives mises en place
par les acteurs sociaux à partir d’expérimentations sociales que la société
pourra se transformer.
JUAN-LUIS KLEIN, spécialisé en géographie économique, est professeur titulaire à
l’Université du Québec à Montréal (UQAM), directeur du Centre de recherche sur les
innovations sociales (CRISES) et coprésident de l’organisme de liaison et de transfert
Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS).
BERNARD PECQUEUR, économiste et aménageur, est professeur à l’Institut de géo
gra phie alpine (IGA) à l’Université Grenoble Alpes. Il eectue ses recherches au sein
du labo ratoire PACTE (Politiques publiques, ACtion politique, Territoires).
KIRSTEN KOOP est géographe, maître de conférences et directrice du master Inter
national Development Studies à l’Institut de géographie alpine de l’Université Grenoble
Alpes. Elle travaille au sein du laboratoire PACTE.
SID AHMED SOUSSI est professeur au Département de sociologie de l’UQAM, direc
teur du Centre de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté (CRIEC) et membre
du CRISES.
ONT COLLABORÉ À CET OUVRAGE
Denis Bussières Jacques Caillouette Jean Corneloup Denyse Côté Mélanie Doyon
Sandrine Ducruc Simon Dugré JeanMarc Fontan Janie Fortin Luc Gwiazdzinski
Claude Janin JuanLuis Klein Kirsten Koop Romain Lajarge Bernard Pecqueur
Fernando J. Pires de Sousa Juliette Rochman Nicolas Senil Sid Ahmed Soussi
DianeGabrielle Tremblay PierreAndré Tremblay Jun Xiao
,!7IC7G0-feeeca!
L’innovation locale à l’épreuve du global
Sous la direction de J.-L. K LEIN,
B. PECQUEUR, K. KOOP et S. A. SOUSSI
... ). Ces dynamiques territoriales reposent le plus souvent sur le partage de connaissances et de savoirfaire entre acteurs, ce qui stimule des formes d'innovations sociales et technologiques(Torre, 2015;Klein, Soussi, Koop et Pecqueur, 2016). Ainsi, les ateliers de fabrication numérique, comme d'autres ateliers hybrides émergents, peuvent être identifiés comme des dispositifs d'innovation territoriale(Klein et Pecqueur, 2017) dont se saisissent majoritairement les villes. ...
Article
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La diffusion des ateliers de fabrication numérique (AFN) est devenue un phénomène mondialisé.Principalement localisés en milieu urbain, ces ateliers ont la volonté de mettre à la disposition des citadins desmoyens de production afin de concevoir, de réparer et de prototyper toutes sortes d’objets. Depuis quelquesannées, nous avons constaté un enthousiasme croissant des pouvoirs urbains pour ces pratiques populariséespar le mouvement maker. L’objectif de cet article est de comprendre les relations qu’entretient ce phénomèneavec les gouvernements urbains. Peu de choses ont été écrites sur la façon dont les villes mettent en oeuvredes stratégies pour encourager ces pratiques sur leur territoire. Pour combler cette lacune, nous avons analyséle cas de la ville de Barcelone, qui mène une action territoriale ambitieuse à travers la création d’un réseaupublic d’ateliers dédiés à la fabrication numérique.
Thesis
Dans un contexte de mondialisation des flux et des systèmes productifs, le secteur logistique joue un rôle majeur dans l’économie et confronte les territoires à de nouveaux défis. Depuis une vingtaine d’années, le développement des activités logistiques constitue le résultat de la mise en tension des flux et la manifestation de l’externalisation croissante de la logistique par les entreprises industrielles et commerciales. Ainsi, une filière économique distincte se construit à partir des années 1990, constituant un levier de compétitivité et d’attractivité des territoires. Cet enjeu est souligné par l’État français dans le cadre des travaux de la Conférence Nationale sur la Logistique. Cette dernière a abouti, en 2017, à l’établissement d’une stratégie nationale pour la logistique « France Logistique 2025 » fondée sur un document-cadre mettant les Régions au cœur du processus. Par ailleurs, la dynamique spatiale des implantations logistiques soulève des enjeux majeurs en matière de transition écologique. Associées de plus en plus à des pratiques intensives, les plates-formes logistiques sont fortement consommatrices d’espace. Elles concentrent des flux de marchandises importants sollicitant lourdement le système de transport, notamment routier. Ainsi, l’aménagement logistique recouvre les problématiques délicates de la maîtrise du foncier dans les aires urbaines, mais également du report modal, avec l’usage privilégié du ferroviaire et fluvial sur le routier. La thèse étudie l’importance de l’action publique dans les processus d’animation, de développement et d’aménagement du secteur logistique. La mise en place d’une action publique efficace répond aux enjeux socio-spatiaux et économiques de la logistique de demain. Le principal apport méthodologique concerne le lien entre textométrie et logique de similitude de la proximité organisée. En effet, les représentations, valeurs, systèmes d’idées en commun peuvent être appréhendées par la textométrie, qui donne une mesure (quantitative) de la proximité entre différents discours. La première partie explicite le cadre théorique, la méthodologie utilisée et introduit le diagnostic de territoire réalisé pour mettre en application la démarche scientifique. Elle entend également décrire les problèmes spatiaux rencontrés par la logistique sous l’angle du dialogue secteur-territoire, en observant les rétroactions qui existent entre la Région Occitanie et le secteur logistique. Dans la continuité de ce diagnostic, la seconde partie soutient que la coordination entre acteurs semble essentielle pour prendre en compte les différents enjeux de la logistique. Cela concerne les échelles administratives de prise de décision (coordination verticale), mais aussi les différentes sphères d’acteurs entre elles (coordination horizontale). Enfin, la troisième partie éprouve ces hypothèses dans une étude de cas qui concerne le cluster WE4Log. Cette dernière fait apparaître que le cluster est un dispositif qui cherche sa place au sein d’un environnement institutionnel complexe et d’un réseau d’acteurs établi en fonction d’objectifs hétérogènes.
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El movimiento de la economía social en Quebec cuenta con una trayectoria de concertación que lo dispone al desarrollo de dinámicas de co-construcción y transferencia de saberes. Frente a la aplicación de políticas de austeridad y al desmantelamiento de las corporaciones de desarrollo económico distintas prácticas locales plantean el diálogo entre investigación y acción sobre el terreno como una clave para la movilización ciudadana y la articulación de procesos de innovación social. En el cruce entre los saberes de dichas prácticas y un nuevo paradigma epistemológico se encuentra la organización Territoires innovants en Économie Sociale et Solidaire (TIESS). El presente artículo analiza dicha iniciativa explorando sus referentes inmediatos y tomando en cuenta los condicionantes que inciden en la transferencia de saberes sobre innovación social. Como conclusión se observa que la organización del vínculo entre actores socialmente innovadores es en la actualidad uno de los principales retos del desarrollo territorial.
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This paper addresses the institutional practices of communal governance in the village of Capulálpam de Méndez, located in the State of Oaxaca in Mexico. Based upon a communal system inherited from the agrarian reform implemented by the Mexican Revolution and upon ancestral practices, this village was vitalized by several community-based modes of governance and various collective economic initiatives. The way the system of collective responsibilities (the "cargo" system) in the village operates and the way development has been articulated has enabled Capulálpam to resist the neoliberal reforms implemented or promoted by the Mexican government since the 1980s.- This paper shows how a normative and cognitive framework and mechanisms of social reproduction have favoured use value and quality of life by subjecting development to social priorities and citizen interests. In this context, the territory, both in its physical or symbolic dimension, promotes social cohesion and allows the predominance of the ordinary.
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El texto presenta en la introducción las bases para una sociología de la globalización en la que se afirma que dicho fenómeno es comprensible en términos no sólo de la interdependencia y la formación de instituciones exclusivamente globales sino en relación a algo que también reside en el interior de lo nacional. Al superar el nacionalismo metodológico, es posible entonces abordar un número creciente de casos de localización de lo global y de desnacionalización de lo nacional que, a su vez, abre para las ciencias sociales una amplia gama de posibilidades de investigación. A continuación, se aborda el estudio de las ciudades globales como un espacio propicio para poner a prueba los presupuestos teóricos de esta sociología en la medida en que, a través de aquellas, se crea una nueva geografía transnacional que al mismo tiempo constituye el espacio para una nueva política transnacional.
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L’empowerment, s’il constitue un concept fort utilisé de nos jours, n’en demeure pas moins peu documenté en langue française. Ce livre constitue un traité étoffé sur cette question et propose une façon particulière d’intervenir auprès des personnes et de leurs communautés. Il appelle à une intervention sociale et une action communautaire renouvelées en regard de la pauvreté et de l’exclusion. L'empowerment est une approche stratégique qui vise à soutenir les efforts des personnes et des communautés pour développer ou retrouver leur capacité d'action autonome. Ce livre s'adresse aux personnes qui enseignent, étudient, interviennent ou dirigent des organisations dans le réseau tant communautaire que public. Elles y trouveront matière à améliorer leurs pratiques, notamment par l’approfondissement des assises théoriques de ce concept, par une meilleure compréhension des processus à l’œuvre et par une réflexion sur les enjeux de l'application de l'empowerment dans l'intervention.
Chapter
Social innovation is a practice that is becoming a worldwide movement. I address it in its better nature and take it at its most ambi tious. In this spirit I consider in turn the circumstance, the work, the direction and the methods of the movement.
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L’économie sociale et l’action communautaire permettent de faire face à ce qui engendre la pauvreté et l’exclusion, mais elles ne parviennent pas à elles seules à les infléchir. Combinées à l’économie publique et privée cependant, elles peuvent être la base d’une stratégie plurielle de développement susceptible d’augmenter la richesse commune des collectivités locales. Voilà ce que montre l’analyse approfondie de dix cas d’initiatives locales de lutte contre la pauvreté et l’exclusion menées dans trois régions du Québec (Montréal, Saguenay Lac-Saint-Jean et Bas-Saint-Laurent). Les auteurs révèlent les facteurs qui ont fait la réussite de ces initiatives afin que les chercheurs et les acteurs concernés par cette lutte puissent en tirer profit. L’existence d’un leadership fort, la capacité de mobiliser une grande diversité de ressources et l’utilisation créative des programmes publics sont quelques uns de ces facteurs clés qui participent à la mise en œuvre d’une dynamique de reconversion socioéconomique des communautés permettant l’amélioration de la qualité et du niveau de vie des citoyens.
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Contribution of the capability approach to regional development assessment The concept of territory allows for taking into account the impact of local features on economic development. Dynamics initiated by local stakeholders can build specific resources that will retain activities. However the issue regarding the impact of regional dynamics on opportunities for the local population is little addressed in the literature. This paper offers an analysis of such opportunities by using the theoretical framework of the capability approach. A methodology of application of this approach to the analysis of rural area dynamics is presented as well as preliminary results for the Rhône-Alpes region.
« Le travail migrant temporaire : une figure hors normes de la division internationale du travail
  • S A Soussi
Soussi, S.A. (2015). « Le travail migrant temporaire : une figure hors normes de la division internationale du travail », dans M. D'Amours, S.A. Soussi et D.G. Tremblay (dir.), Repenser le travail. Des concepts nouveaux pour des réalités transformées, Québec, Presses de l'Université du Québec, p. 165194.