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Perceptions et attitudes des riverains à l'endroit de la forêt sacrée de Kpassè, Sud-Bénin

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Abstract

Description du sujet : La présente étude vise l’étude des perceptions et des attitudes des populations riveraines sur la conservation de la forêt sacrée de Kpassè. Objectifs : Nous testons l’hypothèse selon laquelle les attitudes des populations favorisent la conservation de la forêt. Méthodes : Un échantillon aléatoire de 66 acteurs composé d’hommes et de femmes vivant en périphérie de la forêt sacrée a été considéré et soumis à un questionnaire. Résultats : La forêt sacrée de Kpassè, symbole de la générosité et de la puissance d’un Dieu créateur est craint et redouté. Les populations étrangères ne s’investissent pas à préserver la forêt, autant que la majorité des populations membres de la collectivité Kpassè ou alliées. On assiste par ailleurs au morcellement abusif et crucial de l’aire de la forêt. Les usages culturels et à des fins de construction constituent de véritables menaces pour sa conservation. Conclusion : Les attitudes envers la forêt sont majoritairement orientées vers sa destruction. Mots-clés : Attitudes; Sociologie Environnementale; Forêt sacrée; Perceptions; Ouidah. Perception and attitudes of dwellers populations towards Kpassè Sacred Forest in Ouidah, Southern Benin. Abstract: Study description: This study aims at documenting the impact of indigenous people’s perceptions and attitudes on the conservation of the sacred forest of Kpassè. Objectives: We assume that people’s perceptions and attitudes lead to the forest conservation. Methods: A random number of 66 respondents living in the sacred forest surroundings were surveyed. Results: The sacred forest of kpassè which is symbol of generosity and power of one god is respected. The sacred forest is considered as great reservoir of multiple resources by indigenous people. Since thirty years, the loss and degradation of the forest is increasing due to the high installation of houses. Conclusion: Local populations’ attitudes towards the sacred forest mostly lead to its destruction. Key Words: Attitudes; Environmental Sociology; Sacred forest; Perceptions; Ouidah.
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Auteurs: Hubert Olivier DOSSOU-YOVO, Fifanou Gbèlidji VODOUHE, Brice
SINSIN.
Titre: Perceptions et attitudes des riverains à l'endroit de la forêt sacrée de
Kpasse.
Adresse et Institutions des Auteurs:
Hubert O. DOSSOU-YOVO (Laboratoire d'Ecologie Appliquée, Faculté des
Sciences Agronomiques, Université d'Abomey-Calavi. dohuoly@yahoo.fr).
Fifanou G. VODOUHE (Laboratoire d'Ecologie Appliquée, Faculté des Sciences
Agronomiques, Université d'Abomey-Calavi, Bénin. Et Faculté d'Agronomie
Université de Parakou, Bénin. vodouhefifanou@gmail.com).
Brice SINSIN (Laboratoire d'Ecologie Appliquée, Faculté des Sciences
Agronomiques, Université d'Abomey-Calavi. bsinsin@gmail.com).
Adresse et contact de l'auteur correspondant:
Email: dohuoly@yahoo.fr. Téléphone: (+229) 97 95 70 40. Fax. (+229) 21 30 30
84.
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Perceptions et attitudes des populations riveraines à l'endroit de la
forêt sacrée de Kpasse dans la ville de Ouidah, Sud-Bénin.
Résumé :
Description du sujet : La présente étude vise l’étude des perceptions et des
attitudes des populations riveraines sur la conservation de la forêt sacrée de
Kpassè.
Objectifs : Nous testons l’hypothèse selon laquelle les attitudes des populations
favorisent la conservation de la forêt.
Méthodes : Un échantillon aléatoire de 66 acteurs composé d’hommes et de
femmes vivant en périphérie de la forêt sacrée a été considéré et soumis à un
questionnaire.
Résultats : La forêt sacrée de Kpassè, symbole de la générosité et de la puissance
d’un Dieu créateur est craint et redouté. Les populations étrangères ne
s’investissent pas à préserver la forêt, autant que la majorité des populations
membres de la collectivité Kpassè ou alliées. On assiste par ailleurs au
morcellement abusif et crucial de l’aire de la forêt. Les usages culturels et à des
fins de construction constituent de véritables menaces pour sa conservation.
Conclusion : Les attitudes envers la forêt sont majoritairement orientées vers sa
destruction.
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Mots-clés : Attitudes; Sociologie Environnementale; Forêt sacrée; Perceptions;
Ouidah.
Perception and attitudes of dwellers populations towards Kpassè Sacred
Forest in Ouidah, Southern Benin.
Abstract:
Study description: This study aims at documenting the impact of indigenous
people’s perceptions and attitudes on the conservation of the sacred forest of
Kpassè.
Objectives: We assume that people’s perceptions and attitudes lead to the forest
conservation.
Methods: A random number of 66 respondents living in the sacred forest
surroundings were surveyed.
Results: The sacred forest of kpassè which is symbol of generosity and power of
one god is respected. The sacred forest is considered as great reservoir of multiple
resources by indigenous people. Since thirty years, the loss and degradation of the
forest is increasing due to the high installation of houses.
Conclusion: Local populations’ attitudes towards the sacred forest mostly lead to
its destruction.
Key Words: Attitudes; Environmental Sociology; Sacred forest; Perceptions;
Ouidah.
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Introduction
Depuis la Conférence Internationale de Rio en 1992 sur l’environnement et le
développement, la biodiversité a été mise en avant et a contribué à faire évoluer
très sensiblement les rapports que les sociétés entretiennent avec la nature
(Michon, 2002). C’est alors que l’’attention soutenue de la communauté
internationale sur la biodiversité a favorisé une multitude d’études montrant la
nécessité de conserver celle-ci en relation avec les ressources et les aires
disponibles (Ouedraogo et al, 2008). Les forêts sacrées, souvent communautaires,
sont conservées comme cimetières, sanctuaires pour des fétiches, lieux de culte ou
d’initiation. Des études ont montré que ces sites, conservés depuis des millénaires,
sont de véritables sanctuaires de biodiversité renfermant des espèces végétales et
animales pouvant être utilisées à des fins alimentaires, médicinales, artisanales, etc. En
Afrique, en Amérique Latine et en Asie, les forêts sacrées, intéressent de plus en
plus les scientifiques et les organismes de protection de la nature (Kokou et al.,
2005). Nombre de travaux antérieurs renseignent sur les forêts sacrées du couloir
sec du Dahomey Gap (Kokou & Sokpon, 2006 ; Kokou, Afiademanyo &
Akpagana 1999a ; Kokou et al., 2005 ; Juhé-Beaulaton 2003). Selon Juhé-
Beaulaton (2005), l’expression « forêt sacrée » désigne couramment les
formations végétales couvrant 0 à 20 hectares. La diversité des usages et des
règles régissant les sites sacrés varie selon la place qu’ils occupent dans la société.
Partant des simples lieux redoutés, cette diversité se prolonge jusqu’aux forêts
sacrées constituées en passant par tous les domaines il existe un effet
cumulatif, une sorte d’empilement des interdits. Pour rendre compte de tous les
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sites que compose un tel éventail, la dénomination de bois sacrés ne peut convenir
(Michon, 2003 ). Les forêts sacrées constituent une richesse fondamentale dans
l’identité culturelle des populations du Bénin. Elles abritent des dieux et ancêtres
auxquels les populations assignent un rôle protecteur de leur communauté ou de
leur village (Kokou & Sokpon, 2006). Mais leur érosion spatiale alarmante (rapide et
massive) est essentiellement imputable à la pression foncière et les mutations socio-
culturelles induites par les religions monothéistes (Kokou et al. 2005). La forêt sacrée de
Kpassè est l’un des nombreux îlots forestiers de la zone méridionale du Bénin (Kokou &
Sokpon, 2006). D’après Alexander (2000), les attitudes des populations envers la
conservation des ressources naturelles sont multifactorielles notamment, le niveau
d’implication des populations locales dans la gestion, les organisations représentatives, le
niveau de structuration dans la gestion, les opportunités d’emploi et d’éducation, la
protection de leur habitat de même que la valeur accordée à la conservation de la
ressource. Par ailleurs, les variables socio-économiques sont moins déterminantes que les
perceptions pour prédire les attitudes des communautés envers des Aires Protégées
(Allendorf et al., 2006). Dès lors, documenter les perceptions et attitudes paysannes
favoriserait la conservation de la biodiversité. La présente étude propose par une
approche diachronique, une lecture des perceptions et attitudes des riverains qui
influencent la conservation de la biodiversité de la forêt sacrée de Kpassè. Elle s’appuie
sur les hypothèses suivantes: (i) les perceptions locales de la forêt sacrée de Kpassè sont
dictées entre autres par les croyances religieuses des riverains; (ii) l’utilité de la forêt
sacrée de Kpassè pour ses riverains détermine leurs comportements vis-à-vis de cette
dernière; (iii) la patrimonialisation de la forêt sacrée de Kpassè influence sa conservation.
Matériel et Méthodes
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Milieu d’étude
Ouidah, ville du sud-ouest du Bénin, est située à environ 40 km de Cotonou sur
l’axe routier Cotonou-Lomé. Elle appartient au Dahomey Gap, couloir sec
correspondant à l’interruption de la forêt tropicale ouest africaine au niveau du
Golfe de Guinée (IUCN, 1992). Les forêts sacrées de cette région abritent une part
non négligeable de la biodiversité (Kokou et al., 2005). Le climat est de type
subéquatorial. La pluviométrie moyenne annuelle est voisine de 1200 mm.
Elle est marquée d’un cordon littoral sableux et découpé par des lagunes et
marais. La forêt sacrée de Kpassè relève de l’arrondissement de Ouidah IV
(Figure 1). Elle couvre 8 ha et les principales activités économiques dans les
terroirs riverains se résument au commerce, à la petite chasse et aux services éco
touristiques. La conservation de la forêt s’avère nécessaire pour garantir un mieux
être aux populations riveraines de la forêt sacrée.
Ouidah est l’une des cités historiques réputées du Bénin. La forêt sacrée de
Kpassè porte le nom de l'ancêtre fondateur car elle se situe sur le lieu où celui-ci
disparut; d’où la sacralisation du site et sa protection. Le festival des arts vodoun
de 1992 a consacré la restauration de la forêt sacrée de Kpassè, c’est-à-dire son
nettoyage et sa dotation d’une entrée aménagée et de sculptures représentant les
principaux vodouns à l’adresse des artistes béninois contemporains. Depuis lors,
la forêt sacrée de Ouidah est devenue un lieu de visite, à la fois pour les touristes
et béninois en quête de racines historiques.
Méthodologie de collecte et d’analyse des données
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L’étude a couvert la forêt sacrée de Kpassè et les habitations riveraines. La figure
1 donne une illustration du champ d’étude. L’aire centrale bénéficie d’une
protection à long terme et permet de conserver la diversité biologique ; une zone
tampon bien entourant jouxte l’aire centrale, et enfin, une zone de transition
flexible dite aussi aire de coopération, qui comprend un certain nombre d’activités
agricoles, d’établissements humains ou autres exploitations. La boule de neige et
le choix raisonné ont été utilisés étant donné qu’on ne dispose pas d’une liste des
unités de la population-mère. L’échantillon a été constitué au sein des sous-
groupes populations autochtones (20 personnes enquêtées), membres de la
collectivité Kpassè et alliées (16 personnes enquêtées), étrangères (23 personnes
enquêtées) et les autorités (7 personnes enquêtées). Au sein de chaque sous-
groupe, la dernière personne interviewée est sollicitée pour aider à identifier des
personnes dans sa catégorie et ainsi de suite. Mais, dans le sous-groupe « les
autorités », le choix raisonné a été utilisée. Les critères de choix des interviewés
dans cette catégorie étaient l’âge et l’ancienneté dans le milieu. Au total, soixante
six (66) personnes ont été enquêtées. Cette taille à été obtenue de façon inductive
en suivant le seuil de saturation dans les trois premiers sous-groupes. Le modèle
d’analyse utilisé combine le raisonnement stratégique de Crozier & Friedberg
(1977) et le raisonnement dynamique de Balandier (1955). La combinaison de ces
deux approches permet de cerner les processus de transgression des normes
environnementales dans un système qui met en jeux un pluralisme d’acteurs aux
objectifs parfois divergents. Dans le but d’appréhender les usages locaux ou les
services offerts par la forêt sacrée de Kpassè aux populations riveraines et partant
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des catégories d’usage reconnues par les interviewés, une valeur d’usage (VU) a
été attribuée par ceux-ci. La valeur d’usage d’une catégorie correspond à la
moyenne des valeurs attribuées par l’ensemble des interviewés à cette catégorie.
C’est-à-dire à la fréquence d’usage ou à la pression exercée par les populations
riveraines sur la forêt à travers cette catégorie d’usage. Les méthodes d’analyse
qualitatives telle que l’analyse descriptive et l’analyse du contenu des discours ont
été utilisées à la lumière d’un modèle d’analyse combinant l’approche stratégique
et l’analyse dynamique.
Résultats et Discussion
Perception de la sacralisation de la forêt de Kpassè
Selon les rapports d’enquêtes, toutes les composantes biologiques de la forêt
sacrée de Kpassè, y compris l'homme lui-même sont considérées comme l'œuvre
d'un Dieu suprême. De nombreux interdits régulent alors l’accès à la forêt et
renforcent son caractère sacré. Interdiction était faite de porter de balai, de lampe,
de chaussures dans la forêt pour quelque raison que ce soit, sous peine d’avoir le
corps endolori par les esprits après un « lourd châtiment corporel ». Les fagots de
bois prélevés dans la forêt se transforment en python (Python regius), animal
totémique des collectivités se réclamant propriétaire de la forêt. Ainsi, 70% des
interviewés relatent que la femme en menstrues qui osait se rendre dans la forêt
sacrée ne verra plus ses menstrues s’arrêter. Cette uniformité de perception des
populations riveraines de la forêt sacrée de Kpassè existait au Madagascar chez
les Sakalava et les Bara étudiés par Fauroux (1997). En effet, tous ces interdits ne
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sont plus respectés aujourd’hui, ce qui contribue de fait à une désacralisation et au
viol de ce milieu qui autrefois inspirait la crainte, favorisant la sauvegarde de la
biodiversité de la forêt. La deuxième caractéristique est qualifiée de patrimoniale.
Les populations riveraines considèrent la forêt sacrée de Kpassè comme étant la
résidence des ancêtres qui veillent sur les vivants. L’ensemble des membres de la
collectivité Kpassè considèrent la forêt comme un héritage immuable de leur
ancêtre commun Kpassè qui y a élu domicile. Eux, les descendants de cette lignée,
se doivent de transmettre à la génération descendante cet héritage commun. Cette
remarque rejoint les observations de Grenand et al. (2000), chez les Mboko au
nord du Congo-Brazzaville où la forêt est divisée en " propriétés foncières ” qui se
transmettent par héritage au sein de quelques lignées bien spécifiques du village.
La troisième caractéristique est le pragmatisme des populations locales. Dix pour
cent (10%) des enquêtées changent d’activité en fonction de l’affluence des
touristes et visiteurs locaux pour se convertir de façon circonstancielle en guide
touristique. Bahuchet (1993) constate un phénomène similaire chez les Pygmées
Aka le changement d’activité est fonction de la variation des espèces. Ceci
traduit la fine connaissance de leur environnement des populations locales.
Sacralisation de la forêt de Kpassè et attitudes des populations riveraines
Pour l’ensemble des populations étrangères, cette forêt est un lieu ‘’inaccessible’’,
craint et redouté. La seule invocation de l’appellation « Kpassèzoun » qui
littéralement traduit la forêt de Kpassè, implique de long silence et de profonds
soupirs. Les populations étrangères sont majoritairement en dehors de la première
ceinture qui est le noyau de la forêt. Elles s’y sont installées graduellement, il y a
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trois décennies après avoir acquis des droits de propriété chez les membres de la
collectivité Kpassè et Adjovi. Les populations étrangères ne s’investissent pas à
préserver la forêt, contrairement à la majorité des populations membres de la
collectivité Kpassè ou alliées. En effet, près de 60 % de ces membres enquêtés
œuvrent encore pour la conservation de la forêt. Ce constat corrobore celui
d’Anthony (2007) qui a constaté qu’autour du Parc National de Kruger,
l’appartenance d’un membre de la famille à l’organe de gestion du Parc de même
que le genre et l’affiliation de l’autorité traditionnelle influençaient positivement
les attitudes envers le Parc National. A Ouidah, on pourrait dire que la «
socialisation » sur le long terme de la forêt sacrée par les collectivités lignagères a
permis de préserver pendant longtemps une harmonie entre les hommes et les
ressources, d’une part, les collectivités et leurs croyances, de l’autre.
Perception de la déforestation
Qu’elles soient autochtones ou étrangères, les populations riveraines perçoivent la
forêt sacrée de Kpassè comme un espace socialement construit et un espace
mythique ou religieux. Dans leur perception locale de la déforestation, les familles
lignagères constatent une perte de territoire de la forêt et une érosion du caractère
sacrée de cette dernière. L’ensemble des membres des familles lignagères
interviewées affirment que la forêt occupait trente-deux hectares, il y a cinquante
ans. Mais aujourd’hui, elle couvre huit hectares. Ce qui signifie donc une
diminution de 75 % de sa superficie en 50 ans soit 0,5 ha d’espace forestier perdu
par an depuis environ 1961. Ce taux de perte de la forêt sacrée de Kpassè est
supérieur à la moyenne du Bénin noté par Sokpon (2009) qui est de 50%. De plus
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reconnaissent-ils l’effondrement et la disparition progressive de son caractère
sacré d’autrefois que tout le monde craignait.
Usages locaux de la forêt sacrée de Kpassè
Sur la base d’une classification faite par les populations riveraines, six catégories
d’usage ont été retenues : «Tourisme» (Tr), «Médecine» (Md), «Combustible»
(Cb), «Construction» (Ct), «Artisanat» (Art) et les usages «culturels» (Clt). La
figure 2 illustre les différentes catégories d’usage et de l’importance d’après les
populations riveraines.
Les valeurs associées par les populations riveraines aux catégories d’usages
construction et culture sont les plus élevées [respectivement 9 et 8]. Ceci confirme
les observations de terrain où des constructions jouxtent la forêt sacrée (photo 1).
En effet, le morcellement de terres de la forêt et leur ’exploitation à des fins de
construction de même que l’usage de la forêt à des fins culturelles sont les
principaux services que tirent les populations riveraines à la forêt sacrée de
Kpassè. Cette dernière se trouve donc menacée face à la pression foncière
croissante et l'évolution des pratiques culturelles. Ces résultats confirment ceux de
Juhé-Beaulaton et al ., 2005) . Par-contre, plusieurs auteurs (Ibo, 2005 ; Bahuchet,
1993 ; Kokou, 2005 ; Michon, 2000 ; Juhé-Beaulaton et al, 2003) ont montré que
les usages culturels constituent le socle sur lequel repose la conservation des
forêts sacrées dans les sociétés africaines avec toutes leurs richesses en
biodiversité. Cela laisse présager que la sacralisation de la forêt de Kpassè ajoutée
aux services qui en sont tirés devrait, au lieu de constituer des menaces, jouer un
rôle crucial dans la gestion des ressources phytogénétiques s’y trouvant et la
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conservation de sa diversité biologique. Les constructions et les divers
prélèvements à des fins touristiques, médicinales, artistiques, combustibles
représentent 70% des usages. Partant du postulat que, « dans les sociétés
traditionnelles africaines, les hommes sont reliés à la nature par des liens
invisibles qui font que chaque individu, par sa conduite, peut contribuer au
maintien de l’ordre des choses, tout comme il peut aussi compromettre cet
équilibre » (Ibo, 2005), toute action de prélèvement des ressources naturelles
implique des rites destinés à demander la permission et à présenter des excuses
pour l’intrusion dans l’univers du Dieu-Créateur et dans le monde des génies.
Cette attitude devrait entraîner des comportements de modération envers la forêt
sacrée de Kpassè et ses différentes composantes. En effet, « dans les pays en
développement, l’environnement est perçu comme un espace se développent
les activités humaines. Ces activités ne peuvent pas être séparées des usages
auxquels elles donnent lieu. Ainsi, quand le consentement à payer pour sauver la
forêt cherche à être déterminé, la plupart des riverains refusent une compensation
monétaire, laquelle est perçue comme une source de problèmes. Ils préfèrent les
compensations collectives, ce résultat est opposé au critère de maximisation des
utilités établi par les économistes et les sociologues » (Neira Brito, 2004). Les
résultats obtenus à l’issue de cette étude contrastent fortement avec ce constat de
Neira brito (2004) puisque 90% des populations membres de la collectivité
Kpassè et se réclamant propriétaires de la forêt préfèrent morceler et vendre les
terres pour maximiser leur profit individuel. Cette attitude pourrait s’expliquer par
la détérioration des liens sociaux au sein de la collectivité et la forte
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monétarisation des prestations au sein des terroirs riverains de la forêt. Il en
ressort que l’usage associé de l’exploitation des terres de la forêt sacrée de Kpassè
à des fins de construction et la monétarisation des prestations culturelles
constituent les principales menaces à la disparition de la forêt et vise surtout la
satisfaction des besoins individuels.
Conclusion :
Nous retenons à l’issue de cette étude que la forêt sacrée de Kpassè présente trois
caractéristiques essentielles d’après les populations riveraines: caractéristique
magico-religieuse, caractéristique patrimoniale, caractéristique pragmatique. Les
populations étrangères ne s’investissent pas à préserver la forêt, autant que la
majorité des populations membres de la collectivité Kpassè ou alliées. On assiste
par ailleurs au morcellement abusif et crucial de l’aire de la forêt. plusieurs
catégories d’usages ont été identifiées dont les plus importantes sont les usages
culturels et à des fins de construction. Malgré les nombreux services que fournit la
forêt, elle ne fait objet d’aucune stratégie particulière de conservation et on assiste
de plus en plus à une disparition et une négligence progressive de son caractère
sacré. Il s’avère nécessaire d’informer les populations riveraines des divers
services de la forêt et de les sensibiliser sur l’importance que requiert sa
conservation vu les effets actuels et futurs des changements climatiques et la
localisation de la forêt en pleine ville.
Remerciements:
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Nos sincères remerciements vont à l’endroit des populations riveraines de la forêt
sacrée de Kpassè et autorités en charge de la gestion de ladite forêt.
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Figures et photos
Variation des valeurs d’usage en fonction des Catégories à Kpassè
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