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Abstract

Generalement considerees comme introverties face aux echanges internationaux, les PME paraissent plus actives dans une approche regionale du commerce exterieur. Les echanges exterieurs des regions francaises subissent un effet de frontiere contraste. La proximite economique avec les pays partenaires intervient autant sinon plus que la position geographique des regions. Dans les regions ou les echanges sont denses, les grandes entreprises sont les plus extraverties, mais les PME ne sont pas exclues des flux internationaux. La sous-traitance internationale de perfectionnement beneficie aux PME de type industriel, souvent bien inserees dans le tissu economique regional. Aujourd’hui, la proximite de delai tend a supplanter la proximite de lieu. Plutot que du statut frontalier, l’avenir des echanges exterieurs des regions depend des lors des reseaux de PME presents dans les districts industriels.
Document généré le 27 mars 2018 08:18
Revue internationale P.M.E.
Les PME dans le commerce extérieur français : d'une
proximité régionale à une proximité de délai
Georges Giraud
Volume 4, numéro 2, 1991
URI : id.erudit.org/iderudit/1008065ar
DOI : 10.7202/1008065ar
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Editions EMS – In Quarto SARL
ISSN 0776-5436 (imprimé)
1918-9699 (numérique)
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Citer cet article
Giraud, G. (1991). Les PME dans le commerce extérieur
français : d'une proximité régionale à une proximité de délai.
Revue internationale P.M.E., 4(2), 113–135.
doi:10.7202/1008065ar
Résumé de l'article
Généralement considérées comme introverties face aux
échanges internationaux, les PME paraissent plus actives dans
une approche régionale du commerce extérieur. Les échanges
extérieurs des régions françaises subissent un effet de frontière
contrasté. La proximité économique avec les pays partenaires
intervient autant sinon plus que la position géographique des
régions. Dans les régions où les échanges sont denses, les
grandes entreprises sont les plus extraverties, mais les PME ne
sont pas exclues des flux internationaux. La sous-traitance
internationale de perfectionnement bénéficie aux PME de type
industriel, souvent bien insérées dans le tissu économique
régional. Aujourd’hui, la proximité de délai tend à supplanter
la proximité de lieu. Plutôt que du statut frontalier, l’avenir des
échanges extérieurs des régions dépend dès lors des réseaux
de PME présents dans les districts industriels.
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Québec, 1991
Les PME dans le commerce extérieur français :
d’une proximité régionale
à une proximi de délai
Georges GIRAUD*
CERAS, Université de Reims, IUT de Troyes
RÉSUMÉ
Généralement considérées comme introverties face aux échanges internatio
naux, les PME paraissent plus actives dans une approche régionale du com
merce exrieur. Les échanges extérieurs des régions françaises subissent un
effet de frontière contrasté. La proximité économique avec les pays partenaires
intervient autant sinon plus que la position géographique des régions. Dans les
régions les échanges sont denses, les grandes entreprises sont les plus
extraverties, mais les PME ne sont pas exclues des flux internationaux. La
sous-traitance internationale de perfectionnement bénéficie aux PME de type
industriel, souvent bien insées dans le tissu économique régional. Aujourdhui,
la proximité de délai tend à supplanter la proximité de lieu. Plutôt que du statut
frontalier, l’avenir des échanges extérieurs des régions dépend dès lors des
réseaux de PME présents dans les districts industriels.
ABSTRACT
Small firms are generally missing in foreign trade but they are more active in an
approach by regions. Foreign trade of French regions is subject to a contrasted
frontier effect. Economical proximity with partner countries plays a part as great
if not greater than geographical place of regions. In intense trade regions, large
firms are the most turned toward international exchange. But small firms are
also active on it. Small firms of industrial type make a profit on international
subcontracting for improvement, because they are often inserted in networks.
Now, delay nearness supplants space proximity. In future, foreign trade of
regions will depend on networks in marshallian industrial districts rather than on
frontier effect.
* Georges Giraud, docteur en Sciences Économiques, assistant à l’Institut Universi
taire de Technologie de Troyes depuis 1984 ; chargé de cours à la Faculté de Scien
ces Économiques de l’Université de Reims de 1978 à 1983 ; thèse de Doctorat
portant sur «la durée de vie du capital : durée d’usage des équipements, durée dim
mobilisation des capitaux», soutenue en décembre 1985 à Reims ; affilié au Centre
de Recherche d’Analyse de Système de l’Université de Reims Champagne Ardenne ;
a publié des rapports dexpertise en Économie Régionale et Industrielle de 1981 à
1989 ; travaux de recherche sur le commerce international et les PME depuis 1990.
Adresse : IUT, rue de Québec, BP 396, 10026 Troyes Cedex, France.
114 Georges GIRAUD
RESUMEN
Aunque generalmente consideradas como introvertidas respecto a los
intercambios internaciones, las PyME ofrecen un aspecto mucho más activo en
un enfoque regional del comercio exterior. Los intercambios exteriores de las
regiones francesas están sujetos a un efecto de frontera contrastado. La
proximidad económica con los países objeto interviene tanto o más que la
situación geográfica de las regiones. Así, en aquellas regiones donde se da
una fuerte densidad de intercambios, las grandes empresas son lass
extravertidas, pero las PyME no quedan excluidas de los flujos internacionales.
La subcontrata internacional de perfeccionamiento beneficia a las PyME de tipo
industrial, generalmente bien implantadas en el tejido económico regional. Hoy
día, la brevedad de plazos tiende a suplantar la proximidad de lugares. Más
que de su estatuto fronterizo, el futuro de los intercambios exteriores de las
regiones depende en adelante de las redes de PyME presentes en los distritos
industriales.
Introduction
Lactivité des petites et moyennes entreprises dans le commerce extérieur fran
çais paraît d’une grande modestie. La condescendance de l’analyse économique
sur ce sujet fait écho à la complaisance des praticiens de la politique économi
que. Le constat de carence est unanime, les PME sont absentes du commerce
extérieur malgré de rares quoique brillantes exceptions. L’effet de taille semble
lélément déterminant comme barrière à l’entrée. Jugées inertes face aux aléas
du marché international, les PME sont par ailleurs définies par leur flexibilité.
La singularité de cette contradiction nous interpelle et mérite plus quune sim
ple phrase même si l’encéphalogramme plat des PME dans les statistiques
nationales du commerce extérieur incite au fatalisme. Une telle déclaration
d’absence des PME nous paraît suspecte en ce qu’elle semble faire l’économie
dune approche fine du problème. Elle limite les échanges extérieurs au com
merce entre les nations et confine les PME dans les régions. A contrario, nous
formulons l’hypothèse selon laquelle les PME exercent un rôle actif dans le
commerce extérieur. La présente étude constitue une tentative pour valider cette
hypothèse.
Lanalyse du commerce extérieur renvoie aux grands espaces, alors que
l’étude des PME relève plutôt du bassin d’emploi (Guichard, 1987). La distance
logique est donc grande entre le terroir et la planète, l’hypofirme et les flux
mondiaux. L’approche régionale du commerce extérieur doit permettre de
réduire ce contraste conceptuel. Cest pourquoi nous nous attachons à saisir, ici,
le rôle des PME dans le commerce extérieur français, à l’aide de l’échelon
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
Les PME dans le commerce extérieur français 115
intermédiaire que constituent les régions. La démarche, à notre sens nouvelle,
n’est pas aisée, car les échanges extérieurs n’ont de signification quen rapport
avec un cadre intérieur pertinent. L’espace économique national dispose de la
cohérence nécessaire pour remplir cette condition. Mais lespace économique
régional ne possède pas cette caractéristique. Les échanges de marchandises liés
à la concurrence et à la spécialisation internationales ne sont toutefois pas
éthérés. Ainsi, le commerce extérieur des régions n’existe pas, mais il faut bien
admettre que la dimension régionale de ce commerce est présente.
Les outils traditionnels d’investigation du commerce international ne sont
pas opératoires pour appréhender cette dimension. Un solde des échanges, un
taux de couverture ou de pénétration régionale n’ont, ici, pas de véritable signi
fication, car ils sont trop dépendants d’un vision nationale de la division du
travail. Léquilibre des échanges étant rarement bilatéral ou permanent pour une
nation, la mesure de tels indicateurs au niveau régional devient très relative. Il y
a des pays clients, des pays fournisseurs ; des produits dapprovisionnement et
des produits d’expédition. Le niveau des exportations et des importations de
marchandises est en relation directe avec l’existence de secteurs d’activité
performants et compétitifs, exposés à la concurrence internationale. Il est aussi
fonction de la présence de secteurs abrités de cette concurrence. Les disparités
régionales en la matière amplifient les écarts. Malgré ces limites, l’approche
régionale du commerce extérieur justifie lobjectif de cet article : tester le rôle
des PME dans le commerce extérieur français. L’importance et l’implantation
des PME sont plus repérables dans le tissu productif régional. La dimension
spatiale des entreprises est plus nette au niveau régional.
Au terme de cette série de restrictions, le domaine d’interrogation est
réduit. C’est le prix d’une démarche que nous désirons rigoureuse, mais qui
reste sans doute perfectible. La réduction du champ fait mieux ressortir la qualité
et l’importance des questions en suspens. L’intensité des flux régionaux du
commerce extérieur est-elle fonction de la taille des entreprises ? Le statut fron
talier des régions exerce-t-il une influence déterminante sur les échanges exté
rieurs ? Existe-t-il encore un effet de proximité tangible entre les régions et les
pays limitrophes ? Cet effet est-il modupar la densité du tissu productif ?
Quelle peut être la place des PME dans ces relations de proximité ? Cette place
est-elle uniforme quel que soit le type dentreprise ? Autant de questions dont la
formulation délimite notre problématique dans cette étude. Les réponses que
nous tenterons d’apporter à cette série de questions s’appuient d’abord sur le
repérage des formes d’insertion des PME dans les flux régionalisés du commerce
extérieur. Nous aborderons ensuite les modifications de cette insertion régionale
à la lumière des caractéristiques récentes des échanges extérieurs : sous-traitance,
flexibilité.
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116 Georges GIRAUD
1. Les PME : seconds les
ou figurants du commerce extérieur ?
1.1. PME : une homogénéité apparente
La concomitance de grandes entreprises orientées vers le marcinternational et
de PME souvent introverties influence de façon singulière les échanges extérieurs.
On peut penser que l’aptitude à exporter des grosses sociétés est en partie liée à la
présence de PME autour des activités concernées. Cette pratique de la sous-
traitance se développe principalement dans le périmètre dimplantation des gros
donneurs d’ordre, bien que cela ne soit pas exclusif. Les formes d’activides
PME paraissent avoir une dimension spatiale plus limitée que les grandes entre
prises. De façonnérale, lopposition des petites aux grandes, des faibles aux
fortes ou même des incompétentes aux performantes est tenace, renforcée par
l’approche factuelle (Biales et Rolland 1989). Elle relève pourtant d’une vision
bien manichéenne. La distinction entre PME de type artisanal et PME de type
industriel est sans doute plus fructueuse, à tout le moins plus subtile.
La catégorie des PME semble regrouper tout et son contraire. On y trouve
des entreprises innovatrices, d’autres employant un personnel qualifié, ou
positionnées sur un segment technologique précis. Mais on y observe aussi des
entreprises ayant recours à la sous-traitance en cascade de manière systématique,
alors que d’autres emploient toutes les ressources de flexibilité de l’intérim ou
assure la vivacité du marché des équipements professionnels d’occasion. Le con
traste est trop grand. Lhomogénéité de la catégorie des PME se délite. La dis
tinction PME de type artisanal (PMA) et PME de type industriel (PMI) permet
d’éviter ce schisme factuel. Le sigle PMI n’est pas employé ici dans le sens com
mun de PME de l’industrie (Bucaille et Costa de Beauregard, 1987). Il renvoie à la
différence entre organisation artisanale et industrielle des entreprises, que celles-ci
exercent leur activité dans lindustrie, les services ou même l’agriculture.
Dans une PME de type artisanal, lorganisation des activités reste large
ment informelle, les modes de communication interne et la division du travail
constituent des sous-ensembles flous, de même que le système de rémunération.
Le savoir-faire pratique et l’implication directe du personnel occupent une place
prépondérante dans l’activité principale. L’intensité capitalistique est souvent
faible. L’image de l’entreprise, son apparition sur le marché passent très fré
quemment par son dirigeant.
Dans une PME de type industriel, le travail et la communication sont mieux
codifiés. Les règles de fonctionnement des activités sont nettement plus explicites.
Le capital fixe productif est omniprésent (y compris sous forme de crédit-bail), le
personnel chargé de sa mise en œuvre est plus qualifié. Les différentes fonctions
(productive, commerciale, financière,...) quoique étroitement liées, sont bien dis
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
Les PME dans le commerce extérieur français 117
tinctes. Le mode dorganisation est objectif en ce sens quil échappe en grande
partie à la personnalité du (des) dirigeant(s) (Gollac, 1989).
La différence PMA/PMI est principalement fondée sur des considérations
internes aux entreprises. Elle relève aussi de facteurs externes comme la stratégie
de produits ou le comportement sur les marchés (Hy, Lassaut et Nicolas, 1989).
Ainsi, en matière de recherche et développement (R&D), la distinction se fait sur
la fréquence des recours aux institutions publiques ou parapubliques (ANVAR,
Centres de Transfert de Technologie). Les relations soutenues avec les universités
sont aussi discriminantes pour les PMI. Pour les PMA, les rares efforts de R&D,
sont plutôt liés au rôle personnel du patron. Plus la taille est réduite, plus l’impli
cation des dirigeants dans la R&D est grande (Temple, 1986).
Si la validation logique de la différenciation PMA/PMI paraît aisée, la dé
marche devient ardue lorsqu’on tente une validation empirique. L’expérimentation,
au sens scientifique, étant illusoire en économie, les faits sont souvent réduits à
leurs substituts statistiques (Di Ruzza, 1988). Dans ces conditions, tester la
typologie proposée relève de la mission impossible, car les banques de données
sont pauvres en information afférente aux critères de distinction sus-évoquésl.
Pour la suite de cette étude, la distinction est fondée, faute de mieux, sur
les effectifs. Si l’on saccorde à considérer le seuil des grandes entreprises à
partir de 500 salariés, nous pouvons définir les PMI comme étant les entreprises
relevant de la tranche 50 à 499 salariés, alors que les PMA sont dans la tranche
inférieure d’effectifs. Ce critère univoque est loin de refléter lextrême diversité
des PME. Faute d’informations complémentaires détaillées, nous devons nous
contenter de cette règle de présentation. Cela n’est pas satisfaisant, puisque lon
sait l’influence des liaisons financières sur l’organisation et les performances
des entreprises. À taille comparable, les filiales des groupes de sociétés sont
toujours mieux placées que les entreprises indépendantes. Ce sont en particulier
les petites PME des groupes (moins de 50 salariés) qui sont les plus avantagées
(Beau, 1990).
Il peut paraître dérisoire de proposer une typologie en deux classes
dautres ont montré l’hétérogénéité et la complexité des PME ; ce qui est simple
est faux (Marchesnay, 1991). On observera toutefois que les critères avancés
ici, pour la distinction entre type artisanal et type industriel se déclinent tous
selon les caractéristiques bien déterminées pour définir le concept de PME
(Julien, 1990). La taille, le mode de gestion, le degré de spécialisation, la forme
1. La vérification statistique de la différence PMA / PMI nécessiterait la mobilisation
de moyens et l’investigation de champs plus conséquents que ceux utilisés ici.
Lauteur a conscience que cette modestie de moyens pourrait annihiler la portée du
présent article si ce dernier montrait des ambitions classificatoires affirmées. Le
lecteur aura compris que la démarche reste simplement euristique. La typologie
PMA / PMI est donc réfutable au sens poppérien.
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118 Georges GIRAUD
de la stratégie, le caractère des relations internes et le type de relations externes
permettent de distinguer grandes entreprises et PME. Ces mêmes caractéristiques
peuvent servir à différencier PMA et PMI. Proposée à titre exploratoire, la
typologie PMA/PMI mérite sans doute d’être approfondie de façon critique,
notamment pour mieux qualifier la différence entre PMI et grandes entreprises.
L’objectif de cette étude est simplement d’utiliser la distinction PMA/PMI dans
lanalyse des flux régionaux du commerce extérieur puisque les PME ont une
dimension régionale avérée.
La région d’implantation de l’entreprise constitue 83 % de la zone de
chalandise des entreprises de moins de 20 salariés. Le reste de la France en
représente 15 %. Seulement 3 % du chiffre d’affaires est réalisé avec l’étranger.
Plus la taille de l’entreprise augmente, plus elle est présente sur les marchés
situés hors de sa région (Berthier et Savoye, 1990). Cette relation reste vérifiée
au-delà des frontières : exporter est une question de taille (Bricout, 1991). Cela
étant, si la taille des entreprises est un critère décisif pour l’engagement à
lexportation, elle na pas d’influence directe sur le degré d’exportation. Le
comportement des firmes en la matière paraît bien tranché : les entreprises sont
peu, voire non exportatrices, ou bien très exportatrices. Une fois acquis, ce
comportement est rarement modifié, les changements d’état sont marginaux.
L’inertie dépasse 80 % pour toute les classes d’entreprises (pas, peu ou très
exportatrices) (Banon et Delbreil, 1989).
L’ouverture d’un secteur d’activité sur lextérieur est fonction de son degré
de concentration. Dans les secteurs les plus concentrés, le taux d’exportation est
élevé (près de 50 %). Dans ces mêmes secteurs très concentrés, la pénétration
étrangère est aussi nette : les importations couvrent près de la moitié de la
demande intérieure. La part des PME nationales est limitée par l’ampleur des
importations. La dimension internationale du marcconstitue une barrière à
l’entrée (Amar et Crepon, 1990).
Lénoncé de ces principes généraux, désormais bien établis, nexclut pas un
rôle actif des PME dans les échanges extérieurs. Le positionnement sur une niche
étroite permettant de distancer ses concurrents par une extrême spécialisation est
une stratégie pratiquée avec succès par quelques-unes d’entre elles (Maliverney,
1991). Mais pour lessentiel, les PME restent en arrière-plan des marchés exté
rieurs. Ni inactives, ni indifférentes, elles sont plutôt sous-traitantes et n’apparais
sent donc pas comme opérateurs de premier rang sur les marchés.
La sous-traitance industrielle est un facteur d’assouplissement de l’appa
reil productif. Elle s’inscrit dans la logique d’externalisation développée par les
grandes entreprises durant la décennie 1980. La sous-traitance de capacité per
met d’amortir les aléas des carnets de commande. Elle fait réaliser des écono
mies notables d’investissement pour des équipements utilisés sporadiquement.
La sous-traitance de spécialité évite d’engager les ressources de l’entreprise
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Les PME dans le commerce extérieur français 119
dans des savoir-faire trop pointus pour être pleinement intégrés à l’activité prin
cipale. Les entreprises sont dautant plus sous-traitantes qu’elles sont de taille
modeste (Quelennec, 1987). Cette modestie révèle une difficulté à paraître sur
les marchés. Elle n’implique en rien une incapacité à produire. Il en résulte que
la trace des PME est plus repérable dans l’activité régionale que dans les
échanges internationaux.
1.2. Les PME de type industriel mieux placées
à l’export qu’à l’import
En matière de commerce extérieur, les PME de type industriel semblent se
distinguer, tant des PME de type artisanal que des grandes entreprises. La
différenciation des régions par type d’entreprises n’est pas très marquée. Les
grandes entreprises sont légèrement plus implantées dans les bassins industriels
du Nord, de lEst et du lyonnais. Les régions Sud accueillent nettement des
PME de type artisanal. L’implantation régionale des PME de type industriel
semble homogène à une ou deux exceptions près.
Les principaux résultats de l’analyse des flux régionalisés du commerce
extérieur en fonction du type d’entreprises sont présentés dans la figure 12. La
2. Lecture de la figure 1 : la région Limousin (LIM) paraît peu impliquée dans les
échanges extérieurs et peu spécialisée par taille d’entreprises. Elle se distingue des
autres régions par des exportations et des importations très faibles (XI, Ml), ainsi
que par la modestie et la rareté relative de ses entreprises dans l’industrie, quelle que
soit leur taille (TA1, Til, GT1). Elle est située dans le nuage de points des modalités
faibles. À l’opposé, la région Nord Pas De Calais (NPC) semble très extravertie,
surtout du fait de ses importations (M3). Elle se différencie des autres régions par la
densité de ses grandes entreprises (GT3) ; elle est située dans le nuage de points des
modalités fortes. Plus généralement, ce graphique représente la répartition de la dis
tribution statistique étudiée selon les deux premiers axes dégagés par une analyse
factorielle des correspondances multiples. Les individus observés sont les régions.
Les exportations et les importations par produits constituent les variables actives.
Les données de taille des entreprises sont ici des variables supplémentaires. Par
souci de lisibilité, les variables détaillées sont gommées (ex. : exportations agro
alimentaires) ; seuls les barycentres de chaque catégorie de variables sont positionnés
(ex. : exportations). L’axe 1 explique 26 % de l’inertie totale des données. Il oriente
les valeurs des modalités faibles vers les modalités fortes. L ’axe 2 représente 12 %
de la dispersion du nuage de points. Il oppose les modalités fortes aux modalités
moyennes. Le caractère hétérogène des variables (exportations, importations et
tailles) a nécessité une transformation en classes pour éliminer l’effet des unités
différentes de mesure. Apparaissent ainsi des différences entre les régions observées
ou entre les variables d’exportation, d’importation ou de taille. Pour cela, la distribu
tion de chaque variable a été séparée en trois ensembles. Chaque individu est classé
dans un ensemble de modalités (faibles, moyennes ou fortes), selon qu’il possède
une valeur faible, moyenne ou forte, comparativement aux autres individus, pour la
variable considérée.
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
120 Georges GIRAUD
représentation graphique de la répartition régionale des modalités d’échanges
correspond en majeure partie à celle des tailles des entreprises. Pour une région,
l’absence de spécialisation par taille correspond à une indifférence dans les
échanges extérieurs.
L’intensité des échanges extérieurs augmente avec la taille des entrepri
ses. Les échanges d’intensité élevée renvoient aux grandes entreprises et aux
PMI, non aux PMA. Les PME de type artisanal semblent hors marché. Les
régions où les effectifs occupés par les PMI sont importants paraissent avoir
une insertion honorable dans les échanges extérieurs régionalisés. Cette remar
que est surtout vérifiée pour les exportations, y compris en modalités moyen
nes. Enfin, si les régions spécialisées dans les grandes entreprises sont bien
placées pour les exportations de forte densité, elles le sont encore mieux pour
les importations.
Mais la sensibilité des échanges à la taille nest pas la même selon leur
sens. Les exportations d’importance découlent des grandes entreprises, mais
aussi des PME de type industriel. Par contre, les importations les plus denses
relèvent seulement des entreprises de grande taille. La matrice des corrélations
établie sur l’ensemble des variables fournit des coefficients significatifs et voi
sins pour les PMI et les grandes entreprises. La sensibilité des exportations de
produits à la taille est souvent importante quoique inégale. La corrélation des
importations à la taille est bien nette pour tous les produits industriels.
Tout semble indiquer que les PMA ont un horizon marchand au mieux
hexagonal. Les grandes entreprises pensent leur marché mais aussi leur appro
visionnement au niveau mondial. Les PMI, quant à elles, envisagent l’interna
tional seulement pour les débouchés. Leur approvisionnement paraît plutôt se
faire sur le marché national. Puisque les PMI sont deux fois moins orientées
vers le marché mondial que leurs homologues de grande taille, il est tentant de
penser qu’elles sapprovisionnent également moins sur les marchés étrangers.
La capacité d’exportation française est principalement portée par les grandes
entreprises, une bonne partie des flux d’importation également. Évitons toutefois
les conclusions hâtives.
L’importation de produits, en particulier les biens d’équipement profes
sionnel, les pièces détachées et les produits semi-finis passe majoritairement par
des grossistes auprès desquels se fournissent les PMI. Seules les grandes entre
prises, grâce à leur taille, peuvent court-circuiter ces réseaux de distribution. De
plus, elles appartiennent fréquemment à des groupes multinationaux, leurs
échanges commerciaux ne sont pas totalement libres. Ils obéissent aux principes
établis par le siège social qui régit les relations entre les filiales situées dans
différents pays. Les échanges des grandes entreprises correspondent souvent à
du commerce intrafirme. Alors que les PMI sont rarement répertoriées comme
telles, les grandes entreprises apparaissent donc comme importatrices directes.
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
Les PME dans le commerce extérieur français 121
La taille, l’origine des capitaux et l’organisation de lentreprise jouent un
rôle discriminant dans la maîtrise des différentes opérations de la chaîne export
(Léo, Monnoyer-Longe et Philippe, 1991). Ainsi, le profil des PME insérées
dans les structures informationnelles, incontournables à l’exportation, possède
des traits identiques à ceux du type PMI proposé ici. Cette conjonction d’élé
ments tend à confirmer que les PMI jouent un rôle actif dans les exportations.
Mais ce que l’approche médiatique ou monographique peut mettre en exergue
ne transparaît pas dans les données statistiques, en partie à cause de lagrégation
des PMI avec les PMA dans le vaste ensemble des PME. Le rôle des PMI à
lexportation renvoie d’abord à la relative banalisation, tant économique que
culturelle, du fait international. La densification de l’espace économique
(transports, télécommunications,...) a certainement rendu plus proches des mar
chés jugés jusque-là éloignés des régions d’implantation des PMI. Cette nouvelle
proximité se retrouve dans les échanges internationaux des régions.
1.3. Une sous-traitance régionale des échanges extérieurs
Dans l’ensemble, trois groupes distincts forment la structure régionale du com
merce extérieur français (voir figure 1). Les régions semblent ordonnées en
fonction de l’intensité et non du contenu de leur échanges. De faibles échanges
sur certaines catégories de produits ne sont pas compensés par des échanges
importants sur d’autres catégories. Ce constat se vérifie aussi pour les modalités
moyennes ou fortes. Les régions à exportations intenses sont également les
régions à importations fortes. Il existe donc une liaison étroite entre le niveau
des exportations et des importations.
Par contre, les régions frontalières sont plus extraverties que les autres.
Plus précisément, la présence d’une frontière terrestre induit une nette densité
des échanges extérieurs. Les relations économiques ont toujours passé outre
l’existence de frontières administratives. La division du travail et la polarisation
de l’espace marchand ont développé des zones attractives pour leur périphérie,
que celle-ci soit de même nationalité ou étrangère. Mais ce qui n’est qu’échan
ges interrégionaux dans le premier cas devient import-export dans le second.
Ainsi, le statut frontalier a une influence sur le niveau des échanges extérieurs
des régions.
Louverture imminente du marché unique va accentuer le phénomène. La
cartographie des points forts et des points faibles des échanges communautaires
des régions françaises repose sur les bassins d’emploi industrialisés,
principalement situés aux frontières (Laurencin, 1989). Ces bassins ne sont pas
pour autant les plus vulnérables à l’unification du grand marché grâce à leur
tradition industrielle éprouvée et à leur haut degré de concentration. L’abolition
des frontières internes à la CEE va plutôt creuser lécart entre les régions impli
quées et les régions indifférentes aux échanges communautaires.
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
122 Georges GIRAUD
Fig u r e 1
Résultats régionalisés du commerce extérieur, intensité des exportations
et importations selon la taille des entreprises, 1989.
axe 2
12%
modalités faibles
s ' '
y
M1D
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TI1 \
/ GT2
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modalités moyennes
M 2 \
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_________
^ 6 %
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- \ X 3 \
\ PIC ALS\
\ I
RH oi
\GT3
BRE
Légende : voir liste des abréviations.
\M 3 /
modalités fortes \ /
X V NPC/
+
NPC : Nord Pas de Calais LAN:
PIC : Picardie PRO:
CEN : Centre
HNO : Haute Normandie TA1 :
BNO : Basse Normandie TA2 :
BRE : Bretagne TA3 :
PDL : Pays de la Loire H l:
POT : Poitou Charente TI2 :
LIM : Limousin TI3 :
AQI : Aquitaine GT1 :
MID : Midi Pyrénées GT2 :
CHA : Champagne Ardenne GT3 :
LOR : Lorraine X I:
ALS : Alsace X2 :
FCO : Franche Comté X3 :
Languedoc Roussillon
Provence Alpes Côtes d’Azur
PME type artisanal, modalités faibles
PME type artisanal, modalités moyennes
PME type artisanal, modalités fortes
PME type artisanal, modalités faibles
PME type artisanal, modalités moyennes
PME type artisanal, modalités fortes
Grandes entreprises, modalités faibles
Grandes entreprises, modalités moyennes
Grandes entreprises, modalités fortes
Exportations, modalités faibles
Exportations, modalités moyennes
Exportations, modalités fortes
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
Les PME dans le commerce extérieur français 123
BOU : Bourgogne
AUV : Auvergne
RHP : Rhône Alpes
Ml : Importations, modalités faibles
M2 : Importations, modalités moyennes
M3 : Importations, modalités fortes.
Il ne suffit pas qu’une région ait une frontière pour qu’elle voit se ve
lopper des échanges commerciaux typés qui la distinguent de ses voisines. Les
résultats de lanalyse factorielle des correspondances menée sur la répartition
régionale des échanges par pays permettent de faire apparaître des déterminants
supplémentaires significatifs. On observe des oppositions sensibles dans l’orien
tation des flux régionaux du commerce extérieur. On note également des rela
tions de proximité région/pays déjà mises en évidence de façon ponctuelle
(Maillat, 1990).
Dans l’ensemble, les flux régionaux déchanges avec les pays du Sud ou
doutre-mer se distinguent des flux d’échanges avec les pays d’Europe du Nord
sur un axe Sud/Est et sur un axe Nord/Est. Les régions dont les échanges sont
importants avec l’Europe du Nord-Est (République fédérale d’Allemagne) ont
des relations marginales avec les pays du Sud (Maghreb, Espagne, Italie) et
réciproquement. Un commerce intense avec les pays de second plan en Europe
(Belgique, Pays-Bas) implique pour les régions des échanges faibles avec les
grands pays industrialisés (République Fédérale d’Allemagne, États-Unis).
À ce constat s’ajoute une nette opposition des régions Nord face aux
régions Sud. Les régions centrales sont moins distinctes. On relève des relations
étroites entre les régions et leurs pays limitrophes respectifs. De ce point de
vue, le commerce extérieur français ressemble fort à un « commerce de proxi
mité» dans le sens où l’entend la typologie des canaux de distribution. Le
commerce extérieur français avec les pays de proximité immédiate donne ainsi
lapparence dêtre sous-traité aux régions limitrophes. L’observation, quoique
atténuée, reste valable pour les pays plus éloignés.
Les importations sont plus différenciées que les exportations. On peut en
déduire que les premières sont bien définies par région, ce qui est moins le cas
des secondes. Les exportations ne sont pas indistinctes, mais il semble y avoir
moins de relation privilégiée d’exportationgion/pays. Le Traité de Rome a
sans doute conduit à rendre plus homogènes les contours d’un marché européen
sur lequel les entreprises françaises se placent indifféremment de leur
localisation et de celle de leurs clients. Cela vaut surtout pour l’Europe du
Nord, déjà ancienne.
Mais lindifférenciation des échanges devient un handicap lorsque les
autres pays ne partagent pas cette caractéristique. La difficulté d’établissement
des relations avec l’étranger est d’intensité différente selon qu’il s’agit de la
recherche d’un fournisseur ou de la prospection d’un client. On comprend dès
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124 Georges GIRAUD
lors pourquoi les régions françaises sont mieux positionnées par leurs importa
tions que par leurs exportations. Le passé colonial de la France accentue la
tendance, car il en résulte encore des relations privilégiées. L’approvisionne
ment de l’ancienne métropole en produits de base est loin d’être compensé par
les possibilités d’exportation vers les pays concernés, compte tenu de la solva
bilité de leur marché respectif. Ce commerce d’importation passe principalement
par les régions méridionales.
De façon générale, l’effet de proximité est indéniable. Il n’obéit pas au
seul critère de localisation géographique. Il correspond aussi à une proximité
économique. Les activités exercées de part et d’autre de la frontière doivent être
en correspondance pour générer des flux notoires. Une telle liaison relève parfois
des relations amont/aval prévalant dans les filières de production existantes.
Elle renvoie aussi à des pratiques diverses comme la sous-traitance de spécialité
ou l’externalisation d’activités secondaires, en particulier de services : toutes
choses concourant de façon périphérique à l’élaboration du produit fini, objet
du mouvement d’exportation ou d’importation.
2. D’une proximité de lieu à une proximité de délai
2.1. Une proximité économique de complémentarité
Des modes de vie peu différents peuvent privilégier l’identité de produits des
deux côtés de la frontière, selon la déclinaison des gammes pour la consomma
tion finale. Pour la production, la similitude des activités peut conduire à des
relations étroites de partenariat d’entreprises ou de sous-traitance, quand ce ne
sont pas des liaisons financières impliquant des échanges intrafirme. La position
géographique a sans doute favorisé des flux transfrontaliers anciens. Sur ce
terreau, les entreprises ont su tisser un réseau dense d’échanges qui a accentué à
son tour une proximité économique aujourd’hui déterminante.
L’effet de proximité se vérifie dans les deux sens. Les exportations par
pays et par région sont bien corrélées aux importations pour les mêmes pays.
Cela s’explique d’abord par le niveau d’activité de chaque région. Les importa
tions sont sensibles aux besoins dapprovisionnement, les exportations relèvent
des capacités d’expédition. Si bien que la densité des échanges extérieurs reflète
limportance de l’activité régionale. À cela s’ajoutent la complémentarité des
procédés, la spécialisation sur des créneaux particuliers d’activité et la maîtrise
de savoir-faire complexes qui aboutissent à lier exportations et importations. Le
contenu en importation des exportations de la France approche 23 % en 1989
(Barge et Moyne, 1991). Les échanges croisés franco-allemands grâce à Airbus
Industrie sont exemplaires à cet égard.
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On ne peut cependant pas établir de corrélation exclusive entre exporta
tions et importations pour chaque pays. Le commerce extérieur de la France
échappe pour une part aux déterminants hexagonaux ou régionaux. Il est in
fluencé par la position relative des pays concurrents ou partenaires (fournisseurs
ou clients), voire par leur éventuelle spécialisation dans des produits d’approvi
sionnement pour les entreprises françaises. D’autre part, la France, pays inter
médiaire dans la division internationale du travail, développe de façon sensible
des flux croisés de mêmes produits, mais d’origine et de destination différentes
selon le contenu en capital et en travail de la valeur ajoutée des produits
(Henner, 1989).
En définitive, l’effet de proximité est assujetti à la spécialisation pro
ductive des régions. La nomenclature disponible ici n’a pas permis d’établir
d’indice de spécialisation par région suffisamment fiable pour être significatif.
Les indicateurs de spécialisation du commerce extérieur sont particulièrement
sensibles au degré de désagrégation des catégories de produits (De Montbrial,
1990). Au niveau des grandes branches, les exportations et les importations de
produits de même catégorie sont fréquentes, sans qu’on puisse établir s’il s’agit
d’échanges de produits identiques ou d’échanges intrabranche. De plus, la
spécialisation des échanges de produits ne contient pas, en elle-même, d’infor
mation sur la spécialisation par procédés ou sur la cohérence par filière, excep
tion faite des indications sur la concentration par branche des exportations et
des importations. Le commerce extérieur français possède pour certains les
caractéristiques d’un « bazar » où l’on peut trouver toutes sortes de produits
(Le Masne, 1989). La répartition régionale des activités, nécessairement inégale,
risque de forcer le trait.
Peu de spécialisations régionales marquantes apparaissent par grande
catégorie de produits exportés ou importés. L’échelon régional sur lequel porte
la mesure de la spécialisation en est sans doute la cause, car les spécialisations
d’activités repérables au niveau départemental n’apparaissent pas toujours au
niveau régional (INSEE, 1990). La répartition régionale des exportations et celle
des importations sont corrélées pour les produits de complémentarité. Pour les
produits de la métallurgie, de la chimie, pour les équipements professionnels et
les biens de consommation, les coefficients varient de 0,901 à 0,965. Il s’agit de
produits pour lesquels les relations de complémentarité sont fortes, soit en raison
des formes de la division du travail pour ces produits (localisation typée amont-
aval dans la chimie et la parachimie, flux de perfectionnement dans le textile-
habillement, localisation dans des filiales ateliers pour lautomobile ou
lélectronique...), soit parce que les compléments de gamme par import-export
sont fréquents. Pour ces produits, les régions les plus exportatrices sont souvent
les plus importatrices, confirmant ainsi la complémentarité évoquée (Renard,
1989).
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126 Georges GIRAUD
Par contre, les produits pour lesquels les fabricants français et étrangers
sont en concurrence directe sur le marché n’ont pas de corrélation entre flux
régionaux d’exportations et d’importations. Ce sont des produits destinés avant
tout à la consommation finale : denrées agricoles, produits agro-alimentaires,
biens d’équipement ménager, automobiles. Dans ces cas, les régions exportatri
ces se distinguent des régions importatrices. Les fabricants français n’organisent
évidemment pas l’arrivée de produits concurrents étrangers sur leur marché. Les
réseaux d’importation sont donc localisés sur les lieux darrivage ou de grande
consommation, au gdes créations d’entreprise ou des rachats, mais en toute
indépendance de la localisation des entreprises françaises concurrentes, plus
précisément des plus grandes. Il convient en effet de considérer le critère de la
taille des entreprises, car les flux régionaux du commerce extérieur n’y sont pas
insensibles.
À cet égard, la Haute-Normandie occupe une place à part. Cette région a
la plus forte propension à échanger. Cette position de tête ne correspond pas à
une spécialisation particulière par produits exportés ou importés. On exporte et
on importe beaucoup dans cette région, mais sans produit de préférence. La
Haute-Normandie est aussi la région qui accueille le plus de PME de type
industriel. Les PMI y occupent une position déterminante avec près de 49 % des
effectifs du champ étudié pour la région. Cette présence est peut-être à l’origine
de l’absence de spécialisation par activité. Mais elle explique mieux la
propension à échanger de la région par la souplesse des PMI. Les délais de
fabrication constituent en effet un facteur décisif sur tous les marchés.
Une telle singularité régionale provient également de l’importante plate
forme du port du Havre. Le commerce de transit nest pourtant pas répertorié
par les Douanes et la capacité de production, certes importante, de la Haute-
Normandie n’explique pas tout. Reste à envisager le rôle des opérateurs du
transport de marchandises qui peuvent générer sur place une valeur ajoutée
particulière, hors transit et négoce, grâce au reconditionnement des produits. On
sait que ces opérateurs sont de taille modeste : 98,1 % des entreprises de trans
port routier de marchandises ont moins de 50 salariés et 78,1 % en ont 5 au plus
(Braibant, 1991). Le rôle premier de la Haute-Normandie dans les échanges
extérieurs résulte donc dactivités, industrielles ou non, où les PME de type
industriel sont très présentes. De manière plus générale, ce sont sans doute les
nouvelles formes de sous-traitance internationale qui expliquent le mieux
lactivité des PMI à lexportation3.
3 Létat des statistiques douanières ne permet pas de dégager directement ces nouvel
les formes ; il faut s’appuyer sur une conjecture plus large. Aussi les références
deviennent-elles plus fréquentes, car plus factuelles pour la fin de ce texte.
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2.2. Une proximité de délai par flexibili
Après le redéploiement et la délocalisation, la décennie 1990 paraît être celle de
la sous-traitance internationale (STI). Les opérations de montage, assemblage
de pièces détachées et transformation de produits semi-finis pour compte
d’autrui sont en plein développement. Lorsque les entreprises contractantes ap
partiennent à des pays différents, il s’agit de STI. L’essentiel de la croissance
récente des échanges communautaires provient de la STI, alors que les flux
traditionnels subissent un léger tassement (Charbit, Ravix et Romani, 1991).
La STI des entreprises françaises, longtemps localisée dans le tiers monde,
opère aujourd’hui une relocalisation relative en Europe du Sud (Mouhoud,
1990). Les importations intracommunautaires après perfectionnement passif
(preneur d’ordre à l’étranger) sont cinq fois plus importantes que les importa
tions (après p. p.) extracommunautaires. Cela peut expliquer un mouvement
dimportation d’Espagne et d’Italie plus fort que du Maghreb. Mais l’ensemble
de ces importations est quatre fois plus faible que les exportations françaises
après perfectionnement actif (preneur d’ordre en France). Dans ce cas, les
exportations extra-CEE sont majoritaires face aux exportations intracommu
nautaires.
Contrairement à une idée reçue, le marché de la STI souvre donc plus
rapidement aux PMI françaises qu’à leurs homologues du tiers monde. Ces
dernières sont redoutables dans la sous-traitance de capacité, mais au prix d’une
dépendance et dune vulnérabilité extrêmes qui rappellent la situation des PMA
en France. Les PMI sont rarement présentes sur les marchés pour ce qui est des
produits. Cela ne semble pas rédhibitoire. Elles détiennent plutôt des technolo
gies de procédé ou des savoir-faire particuliers qu’elles valorisent dans le cadre
de la sous-traitance de spécialité (Brechet, 1990). Absentes des marchés inter
nationaux, les PMI sont de plus en plus présentes dans les relations de proximité
induites par la sous-traitance de perfectionnement actif. On comprend dès lors
leur position privilégiée dans les flux régionalisés d’exportation.
La négociation du cahier des charges, le coût du visitage, l’entretien des
équipements sont mieux maîtrisés à proximité ; d’autant plus que les tâches de
fabrication semblent réalisées avec plus de soins, par des ouvriers somme toute
plus qualifiés en Europe. Par contraste, limportateur taïwanais a quelques fois
fait faillite lorsque le conteneur de marchandises atteint son lieu de destination
après 2 mois de trajet. Lexemple nest pas anecdotique, puisque fréquemment
relevé dans les secteurs des biens d’équipement ménagers et des biens de con
sommation courante. Il illustre les aléas d’une sous-traitance extrême, voire
exotique. La relocalisation en Europe de la STI auparavant dévolue outre-mer
paraît donc s’expliquer par des contraintes de contrôle de qualité et de délai de
réaction.
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
128 Georges GIRAUD
Le phénomène n’est pas réservé à la France. La STI se répartit en deux
zones dans la CEE. La France, la Belgique, la République fédérale d’Allemagne
et les Pays-Bas développent des liaisons circulaires de sous-traitance très fortes.
Les autres pays de la CEE gravitent autour de cette zone centrale, entretenant
avec elle des relations de sous-traitance bilatérales. La STI renvoie à une
complémentarité centre/périphérie plutôt qu’à une opposition Nord/Sud. Un pays
septentrional comme la Grande-Bretagne a un statut quasi identique à lEspagne
dans ce schéma européen de la sous-traitance. Le centre cumule les avantages
de la proximité géographique des marchés, les économies d’échelles liées à la
taille et à la densité du tissu industriel. La périphérie voit ses coûts de production
faibles handicapés par les coûts de transaction, de contrôle de qualité et les frais
de transport. À cela s’ajoutent des ressources humaines de faible qualification,
une proportion plus élevée de secteurs sensibles et de petites entreprises à effi
cacité marginale. Les « marchés » de l’Europe ont un PIB par habitant inférieur
à 70 % de la moyenne communautaire.
Finalement, l’ordonnancement des échanges extérieurs des régions fran
çaises obéit à la même structure concentrique. Les régions situées dans ou à
proximité immédiate du noyau dur de la CEE voient leurs échanges se densifier.
Les régions centrales et de la façade atlantique sont dans une toute autre confi
guration. Elles souffrent de périphéricité (Commission des Communautés Euro
péennes, 1990). Paradoxalement, l’achèvement du maillage déjà dense des
infrastructures de transport et de télécommunication aggrave les disparités.
L’indifférenciation de lespace aboutit à la polarisation et non à l’uniformisation
du paysage économique. Avec des communications plus aisées, la densité du
tissu industriel local et la proximité du marché deviennent des critères prépon
dérants de localisation (Tandeau 1991).
Les activités logistiques efficaces tendent à se généraliser. Cela signifie
une meilleure maîtrise des flux de marchandises. Lespace, les distances n’ont
plus les mêmes dimensions. La présence d’une plate-forme intermodale de
chargement devient aussi importante que l’existence d’un site industriel notoire
pour initier les échanges extérieurs d’une région. Le niveau des exportations ou
des importations dépendant d’une telle plate-forme est d’autant plus croissant
que les frais de transport diminuent dans les coûts logistiques. La concentration
industrielle et commerciale diminue le nombre de points de liaison. La tendance
au « zéro stock » multiplie les petites séries. La remontée du marché vers la
production accroît les besoins en conditionnement, alotissement et autre
étiquetage. Bref, la valeur ajoutée logistique découle du coût du kilomètre par
couru. Sa part dans la valeur totale d’un produit a doublé en moins de dix ans
(Colin et Pache 1988).
Lorsque la gestion des stocks en flux tendu se développe dans les entre
prises, les pratiques logistiques deviennent primordiales pour la circulation
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
Les PME dans le commerce extérieur français 129
continue des marchandises. La fluidité des opérations passe par l’activité d’un
nombre croissant d’entreprises spécialisées. La multiplication des opérateurs
associée à la polarisation des activités implique en définitive que la proximité
de délai supplante la proximité de lieu.
Dans ce cadre, limprovisation ou l’approximation sont rarement efficaces.
Les nouvelles formes de la sous-traitance et de l’externalisation multiplient
autant qu’elles sélectionnent les partenaires pour chaque entreprise. La crois
sance du nombre d’intervenants provient de la spécialisation par métier des
opérations jusque-là intégrées. Mais pour chaque type d’opération, on assiste à
un resserrement du choix des interlocuteurs, sélectionnés selon des critères de
qualité et de fiabilité du service rendu.
Pour chaque entreprise, la chaîne d’activité se complexifie et s’allonge.
Le temps prend une dimension stratégique. En particulier, le délai de réaction
de chacun des multiples opérateurs occupe une position centrale. Durée de
conception et de mise au point des produits, temps de montage et d’assemblage,
délai de livraison amont ou aval, rapidité des interventions de maintenance,
temps de négociation commerciale, durée des opérations du S.A.V., crédit
fournisseur... Et la liste nest pas exhaustive.
D’un autre té, les mutations des systèmes de transport et de
télécommunication rendent l’espace plus accessible, plus indifférencié. La
polarisation des activités sur le territoire saccompagne d’une radialisation de
l’espace. La distance n’est plus une métrique, les réponses nodales sont plus
rapides (Bonnafous, 1990). La proximité de délai prend dès lors le pas sur la
proximité de lieu. Le temps de réalisation de l’opération, par le partenaire, le
sous-traitant ou le prestataire de service devient déterminant dans les relations
interentreprises. Peu importe la distance à parcourir pour rendre effectives ces
relations. Les équations de coûts sécrivent désormais sous la contrainte majeure
du temps.
Dans ce contexte, le délai de réaction dont peuvent faire preuve les PMI
est décisif. Leur taille leur permet une souplesse notoire dans l’organisation de
la production. Leur flexibilité, lorsqu’elle est fondée sur la qualification du
personnel et l’investissement de productivité, rend compatibles qualité et
compétitivité à court terme. A contrario, les avatars du circuit court du modèle
du Sentier dans la confection (Montagne-Villette, 1990) ou, plus généralement,
la démographie tourmentée des PMA (Viennet, 1990) sont là pour rappeler que
les contraintes de temps renvoient à une flexibilité bien comprise. Les PME de
type industriel paraissent ainsi mieux disposées pour répondre aux exigences de
la proximité de délai.
Cela étant, il ne faut pas oublier la prégnance du territoire dans les rela
tions de proximité. C’est ce qu’illustre la réussite du modèle adriatique (appel
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
130 Georges GIRAUD
lation plus poétique sans doute que celle de districts marshalliens), par réfé
rence à cette contrée italienne des PME, organisées en réseaux territoriaux
denses, ont obtenu des percées remarquables (Moynot, 1988). Les « success
stories » italiennes prouvent d’ailleurs que les relations de proximité ne se dé
placent pas simplement de lespace vers le temps. Au-delà de la diversité des
modèles explicatifs de cette réussite (Savi, 1989), un invariant apparaît : ce type
dorganisation de PME n’est pas la résultante du hasard.
On observe que l'horizontalité des réseaux comme des districts nest sou
vent quapparente. Les relations interentreprises renvoient toutes à une hiérarchie
formelle ou informelle mais de toute façon présente. Les entreprises « chef de
file » des réseaux peuvent éventuellement être de petite dimension, mais elles
utilisent toujours des fournisseurs subalternes ou des entreprises imitatrices. Elles
ont un rôle commercial particulièrement actif et une politique de Recherche-
Développement explicite. D’un autre côté, les firmes présentes dans les phases
désintégrées du cycle de production sont des micro-entreprises, souvent sous-
contractantes en relation avec un unique donneur d’ordre. Leur compétence
repose fréquemment sur un savoir-faire manuel et rarement sur la maîtrise d’un
procédé capitalistique.
La typologie, certes rudimentaire, des PME proposée dans cette étude
éclaire cette hiérarchie d’un jour nouveau. Le portrait des entreprises « chef de
file » ressemble fort à celui des PME de type industriel, tandis que le profil des
micro-entreprises rappelle plutôt les PME de type artisanal. La similitude est
double, il ne peut s’agir d’une pure coïncidence. La dynamique particulière des
réseaux de PME dans les districts industriels résulte, en dernière instance, des
combinaisons établies entre proximité de lieu et proximité de délai. La densité
du territoire en entreprises similaires ou complémentaires rend possible une
rapidité de réaction tout comme des économies d’échelle ou de champ. Dans ce
cas, la proximité de délai résulte en partie de la proximité de lieu. L’opposition
de termes renvoie à une complémentarité des relations et non à une substitution
de tendance. Lexistence de réseaux intersites où sont combinées spécialisation
technique et polarisation territoriale (Gilly, 1991), tend à prouver que la proxi
mité de délai est parfois assujettie à la proximité de lieu. En ce sens, la distinc
tion PMI/PMA révèle beaucoup plus une conjonction de pratiques pour chaque
catégorie, quun dualisme factuel bien établi.
Conclusion
Au terme de cette étude, nous pouvons observer que le rôle actif des PME dans
le commerce extérieur nest perceptible qu’après décomposition de la catégorie
apparemment homogène des PME en PMA et PMI. L’intensité des échanges
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
Les PME dans le commerce extérieur français 131
extérieurs augmente avec la taille des entreprises. Les PME de type artisanal
semblent hors marché. Les grandes entreprises sont nettement extraverties,
légèrement plus à Fimport qu’à l’export. Par contre, les PME de type industriel
sont mieux placées à l’export qu’à l’import. Cela s’explique par l’insertion
particulière des PMI dans le territoire économique. Au niveau régional, les
échanges extérieurs subissent un effet frontalier. Il existe une relation étroite
entre les régions et leurs pays limitrophes respectifs. Elle correspond plus à une
complémentarité économique qu’à la seule position géographique. Les PMI sont
partie prenante dans ce véritable commerce de proximité. Discrètes sur les
marchés mondiaux, elles sont de plus en plus actives dans la sous-traitance
internationale de perfectionnement qui porte lessentiel de la croissance actuelle
des échanges. La multiplication des opérateurs, associée à la polarisation de
lespace implique en définitive que la proximité de délai supplante la proximité
de lieu. Les PMI sont concernées dans les deux cas.
Aujourd’hui, le développement des stratégies de grappes repose sur des
relations horizontales entre les entreprises. La valorisation des technologies
génériques est un des principaux facteurs expliquant l’apparition des réseaux de
firmes (Zimmerman, 1989). Ces nouvelles pratiques sont éloignées de la sous-
traitance traditionnelle. Les liaisons de partenariat, de coopération supposent la
fiabilité des interlocuteurs, sinon leur durabilité. Ces perspectives mettent en
core plus les PMA hors marché. La tendance à la création de PMA filiales de
groupes laisse cependant penser que ce type d’entreprise va être de plus en plus
sollicité dans l’ajustement fin de la nouveauté.
D’un autre côté, les caractéristiques des PMI peuvent pleinement cadrer
avec ces nouveaux schémas de comportement. Elles allient ladaptabilité et la
flexibilité redoutables des petites entités à la rigueur et à lefficacité bien réelles
des grandes structures. À l’avenir, le critère de la qualité des partenaires pré
vaudra probablement sur celui de leur nationalité. En ce sens, l’abolition des
frontières internes de la CEE risque d’accentuer la polarisation de proximité ou
de taille des flux régionalisés du commerce extérieur français.
Immergées dans le tissu économique de leur territoire d’implantation, en
prise directe avec les décideurs locaux, jouant la carte de la spécialité et du
savoir-faire technologiques, les PMI sont au cœur de la proximité de lieu. En
phase avec un marché de plus en plus segmenté en niches étroites, disposant
d’une productivité incomparable pour les petites séries de qualité, leur taille
leur confère la souplesse indispensable pour aborder dès maintenant la fluidité
des échanges. Les PME de type industriel semblent bien être les entreprises
dont la proximité de délai a besoin. Pour leur part, les PMI des régions fronta
lières devraient pouvoir sans dommage conjuguer les avantages encore présents
d’une proximité de lieu et les atouts décisifs de la proximité de délai.
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
132 Georges GIRAUD
Le passage du discours prédictif à la vraisemblance logique nécessite bien
évidemment de dépasser les limites trop étroites de cet article. En particulier, il
convient d’affiner et de tester de façon plus rigoureuse la typologie des PME
proposée ici. En outre, il paraît souhaitable d’aborder des nomenclatures plus
détaillées et si possible d’élargir le domaine dinvestigation aux flux régionalisés
du commerce extérieur des principaux pays partenaires de la France.
Sources
Les entreprises. Le fichier Sirène de l’INSEE fournit la répartition selon les
régions des effectifs des entreprises au 12 janvier 1990, en 15 secteurs d’acti
vité (NAP 15) et par taille d’entreprise. La localisation en Île-de-France de la
plupart des sièges sociaux des grandes entreprises, alors qu’elles ont très fré
quemment des établissements en province, aboutit à une surreprésentation de
ladite région dans cette catégorie de taille. Les entreprises de 500 salariés et
plus y occupent 51 % des effectifs industriels et agricoles contre 13 % à 31 %
dans les autres régions. On peut admettre que la localisation francilienne des
grands sièges sociaux affecte de façon indifférenciée la majorité des régions.
Les régions rurales sont épargnées à cause de leur faible industrialisation. Les
grosses régions industrielles semblent aussi moins touchées. En raison de leur
importance et de leur éloignement de la capitale, elles possèdent leur propre
hinterland. L’élimination de lîle-de-France du champ d’investigation permet
d’atténuer la déformation de la répartition spatiale de lactivité dans la mesure
cette région exerce une attraction relativement homogène sur les autres. La
répartition des effectifs par établissement éviterait sans doute mieux ce biais.
Mais l’interprétation de l’incidence des tailles sur les échanges extérieurs de
viendrait impossible. La localisation réalisée par les Douanes dépend de l’éta
blissement d’origine ou d’arrivée des marchandises. Cependant, une importation
effectuée dans un petit établissement peut relever dune grande entreprise,
comme d’une PME. Si la probabilité de posséder plusieurs établissements aug
mente avec la taille de l’entreprise, il n’y a pas de relation certaine entre la
taille de lentreprise et celle de ses établissements. Il existe cependant une bonne
corrélation entre la répartition régionale des effectifs des entreprises et celle des
effectifs des établissements, activité par activité, taille par taille : les coefficients
varient de 0,703 à 0,999. Retenir le niveau de l’entreprise pour représenter la
répartition régionale des activités par taille n’aboutit pas à une perte considéra
ble d’information. Par contre, lanalyse gagne en signification, car les entreprises
opèrent sur le marché international non leurs établissements. Sont pris en compte
ici les 5 secteurs dactivité de production (hors énergie) se rapprochant le plus
des catégories de produits des Douanes. À ce niveau très agrégé de la nomen
clature d’activité, la correspondance branche/produit, préférable, n’est pas trop
Revue internationale P.M.E., vol. 4, n° 2, 1991
Les PME dans le commerce extérieur français 133
éloignée de celle retenue. Ce même niveau ne permet pas de considérer dans
cette étude le rôle pourtant avéré des opérateurs tertiaires dans les échanges
extérieurs de produits. Sont donc exclus les secteurs tertiaires : du commerce
aux services non marchands.
Le commerce extérieur. Létude porte sur les résultats régionalisés des
statistiques du commerce extérieur français de l’année 1989 établis par les
Douanes à partir de la banque de données Béatrice. Les exportations sont éva
luées FAB, les importations sont comptées CAF. L’Île-de-France et la Corse, à
cause de valeurs extrêmes, respectivement 26 % et 0,02 % des échanges exté
rieurs, n’ont pas été retenues. L’analyse porte sur 20 régions. Il n’est nulle part
question des flux interrégionaux d’approvisionnement ou dexpédition ; seules
les exportations et les importations sont considérées ici. Pour les échanges
communautaires, l’Irlande, le Danemark, la Grèce et le Portugal représentant
0,4 % à 1 % des échanges, sont exclus du champ. Pour le reste du monde,
seules les valeurs significatives (>= 2 % des échanges) sont étudiées. Les USA,
lEurope Occidentale, l’Europe de lEst et le Maghreb sont donc pris en compte.
Le reste est soit marginal, soit insuffisamment localisé pour avoir un sens. Ont
été retenus au total 7 pays et 3 zones assimilées à des pays. Cet ensemble
représente près de 80 % du commerce extérieur de la France. Par produit, 9
catégories sont examinées. Outre le matériel militaire, non compté par les
Douanes, sont éliminés du champ les matières premières minérales et les divers
(< 1 % chacun), ainsi que les échanges de produits énergétiques, circonscrits à 5
régions et dont les déterminants échappent à la problématique posée ici.
Les outils statistiques. L’analyse des données est conduite en coupe
transversale. Lélaboration de séries chronologiques n’est envisageable que pour
les deux dernières années. Les Douanes ont mis en œuvre en 1988 une nouvelle
méthode de classification par produit. De plus, la dimension temporelle est ici
secondaire. La compétitivité-prix et l’état de la demande sont sensibles aux
aléas temporels. Ce n’est pas le cas de la localisation de l’offre, exprimée en
potentiel dexpédition ou en besoins dapprovisionnement. Les outils dinvesti
gation sont fonction de ces données. Avec peu d’individus observés (20 régions)
et des caractéristiques nombreuses et différentes pour chaque observation
(tailles, secteurs, pays, produits, exportations, importations), l’analyse des don
nées semble singulièrement appropriée pour ce genre d’étude. En particulier,
l’analyse factorielle des correspondances est indiquée pour dégager oppositions
et similitudes entre les régions ou entre variables. L’analyse factorielle des cor
respondances est établie à l’aide du logiciel Statitcf (Dervin, 1990) de même
que la matrice des corrélations portant sur les variables des tableaux. Le matériau
statistique de cet article à fait l’objet d’une communication au colloque interna
tional « le rôle des PME dans l’économie des régions transfrontalières » à
Mulhouse les 21 et 22 mai 1991.
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... infrastructures logistiques favorise l'accessibilité et augmente une proximité de délai(Giraud, 1992). Il s'agira par exemple de la localisation d'un équipementier à proximité d'un hub aéroportuaire, permettant un niveau élevé de fréquence de livraison. ...
Article
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The analysis of trade relationships between businesses, or inter-organizational relationships, has spawned a sizeable body of literature in the last 30 years. The potential of proximity to improve the performance of the customer-supplier relationship has been widely examined, particularly the organizational aspects, but more recently along spatial lines. This paper looks at the particular context of public procurement by demonstrating, based on an econometric study of 565,557 transactions between 6,182 buyers and 26,570 suppliers, that supplier proximity has become a key element of governance of some inter-organizational relationships on public market in France.
... . Logistical proximity pertains to development of inter-organizational relationships in a geographically broad space, but one in which transport infrastructures favor accessibility and increase delivery speed (Giraud, 1992). One example is an equipment maker that operates near an airport hub, to increase its delivery frequency. ...
Article
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Purpose – The purpose of this paper is to study the impact of spatial proximity on supplier selection in the French public sector. While French public procurement legislation forbids consideration of supplier location in the procurement process, public contractors may still rely on spatial proximity for complex transactions necessitating mutual adjustments with suppliers. Design/methodology/approach – Using French Official Journals (BOAMP), the authors compiled 565,557 transactions completed on three public procurement markets between 6,182 contractors and 26,570 suppliers, over a period of six years (between 2006 and 2011). The authors conducted a two-level hierarchical linear auto-regression analysis and a feature evaluation analysis for all transactions. Findings – The paper finds significant variation between the transactions on different markets: a negative effect of spatial proximity on the number of contract notices in the public market and a positive effect of spatial proximity on the number of notices in the services and supplies markets. The difference lies in the levels of mutual adjustment required to optimally manage the relationship between public contractor and supplier. Research limitations/implications – The research is based on an econometric analysis conducted uniquely in the French context, which calls into question the external validity of the results obtained. The study also rests on segmentation into three aggregate markets, which might be considered too general. Originality/value – Rather than analyze public contractors’ perceptions of the importance of the criterion of spatial proximity, the paper examines 565,557 actual transactions. The results point to the emergence of a new type of relationship with certain suppliers, which should lead public contractors to integrate relationship management competencies, in addition to legal and economic competencies, in the organization of calls for tenders.
... Nous définissons la proximité géographique comme la possibilité qu'ont les différents acteurs du projet d'avoir des contacts physiques réguliers et fréquents permettant l'expérimentation et la mise en place de procédures de transferts personnalisés des connaissances. Cette proximité géographique ne doit pas être uniquement assimilée à une proximité physique car elle peut également reposer sur le développement et l'utilisation d'infrastructures de transport et de communication (Kirat et Lung, 1995), c'est-à-dire sur une proximité « de délai » (Giraud, 1991 ;Paché, 1991). Des travaux en économie industrielle ont réaffirmé l'importance de cette contrainte dans différentes industries (notamment Bélis-Bergouignan, 1997). ...
Article
Cette étude vise à rendre compte de la manière dont les entreprises localisées dans des régions pouvant être définies comme des petites économies ouvertes peuvent trouver dans l’exportation une solution aux problèmes posés par I1étroitesse des marchés locaux. Après avoir mis en évidence la relative faiblesse des exportations réalisées par les PMI françaises et les difficultés éprouvées par ces firmes lors de l’élaboration des stratégies d’internationalisation, l’accent est mis sur les effets positifs à attendre des regroupements, formels ou informels, d’entreprises sur les échanges extérieurs. Les enseignements tirés de l’analyse de la situation nationale sont ensuite appliqués au cas d’une petite économie insulaire (la région corse), la restriction du domaine d’étude permettant 1) de confirmer l’intégration de l’exportation dans la stratégie globale des PMI et 2) la manière dont la coopération interfirme permet de surmonter le handicap du sous-dimensionnement.
Article
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En 1988, un cinquième des entreprises industrielles de moins de 20 salariés ont effectué des travaux en sous-traitance pour le compte d'autres entreprises, grandes ou petites. Dans la moitié des cas, cette sous-traitance reçue constitue la plus grande part du chiffre d'affaires de l'entreprise . Parallèlement deux cinquièmes des petites entreprises industrielles ont confié de la sous-traitance à d'autres entreprises, grandes ou petites, pour un montant total de 20 milliards de F. équivalent à celui de la sous-traitance reçue. Les relations de sous-traitance des petites entreprises industrielles sont concentrées dans trois secteurs d'activité - le textile habillement, l'imprimerie et le travail des métaux - et dans deux régions - Hie-de-France et Rhône-Alpes.
Article
Cet article vise à mettre en évidence la signification réelle des systèmes productifs territoriaux italiens à partir de l’analyse de leur fonctionnement et des conditions de leur reproduction. Dans ce type de structure, on est en présence d’un niveau d’organisation spaciale très spécifique qui s’est développée grâce à la capacité qu’ont certains territoires de valoriser leur potentiel local. Cette «territorialité» est la résultante complexe d’identifications collectives, économiques, sociales, politiques et culturelles. Il s’agit d’une forme d’industrialisation bien adaptée aux exigences récentes de la flexibilité qui s'implante au sein de populations à prépondérance rurale permettant le développement de certains pays en retard. On serait en présence d’un modèle d’accession des sociétés traditionnelles à la modernité. Cependant, une fois parvenue à maturité, cette structure voit sa reproduction devenir plus problématique. Ses fondements traditionnels de succès (le marché et la communauté locale) sont de moins en moins aptes à maîtriser les mutations économiques et technologiques actuelles et à régulariser les rapports entre économie et société à l’intérieur du système. Il apparaît que le développement continu des systèmes territoriaux ne peut plus dépendre uniquement du jeu des automatismes; il suppose de plus en plus une intervention publique locale et régionale. Enfin, avec l’internationalisation croissante de l’économie et une mobilisation en réseaux des ressources s’effectuant de plus en plus à l’échelle mondiale, il n’est pas certain que la reproduction des systèmes territoriaux sur base locale élargie soit l’évolution générale; dans certains cas, l’ancrage local ne constituerait alors que l’un des aspects de la réorganisation des systèmes territoriaux italiens.
Article
[fre] Dans moins de deux ans, le marché européen des transports routiers devrait être "unique" : ainsi, une entreprise installée en France, dont le capital serait détenu par un groupe néerlandais, utilisant des camions allemands et des chauffeurs portugais, pourra faire librement du trafic à l'intérieur de la CEE à condition de respecter des réglementations qui tendront à s'harmoniser au niveau européen. Cette échéance fait peur à certains : l'ouverture des frontières, la perspective du "cabotage" (possibilité d'effectuer un trafic intérieur dans un pays étranger après livraison dans ce pays), vont exposer de nombreuses entreprises de transport routier à une concurrence étrangère accrue. . Entre 1984 et 1989, le transport routier de marchandises pour compte d'autrui s'est considérablement développé en France : il est passé de 53 milliards de tonnes- kilomètres à 79 milliards ( + 50 %). Cette explosion, commune à tous les pays européens, est en grande partie liée au contre-choc pétrolier du milieu des années quatre-vingt. Mais elle s'inscrit aussi dans des tendances économiques des vingt dernières années : tertiarisation, délocalisation des usines, plus grande légèreté des marchandises qui favorise la route au détriment des autres modes de transport. Elle est enfin liée à une meilleure compétitivité des entreprises spécialisées en transport routier dont les prix baissent depuis 1987, et à leur plus grande souplesse face à une demande de transport en évolution, incorporant davantage de services et de garanties. . Pourtant certains transporteurs, notamment les plus petits, connaissent des difficultés. Malgré l'expansion des trafics, leurs marges ont parfois reculé; et si plusieurs milliers de petites entreprises se sont créées, portées par l'explosion de la demande, les défaillances sont nombreuses. Face à une concurrence avivée, les transporteurs vivent une période de restructuration et de regroupement qui n'est pas près de s'interrompre : multiplication des implantations à l'étranger, création d'agences ou de filiales, rachat d'entreprises existantes. A terme les petites entreprises routières ne risquent-elles pas l'asphyxie ? Quelle est la taille optimale de l'entreprise de transport sur le marché européen ? Comment les réglementations et les législations sociales vont-elles s'harmoniser dans cette perspective ? Sans prétendre répondre à toutes ces questions, cet article essaie d'évaluer les forces et les faiblesses des transporteurs à la veille de l'échéance européenne. [eng] The transport of Goods by Road on the Eve of the Single European Market - In less than two years, the European market for road transport should be unified: thus, a firm which is based in France, whose capital is owned by a Dutch group, and which uses German lorries and Portuguese drivers, will be able to transport goods freely within the EEC, provided it respects the regulations which will increasingly be equalized within Europe. This coming date of the single European market frightens some: due to the opening of borders and the prospect of "tramping" (that is, the freedom to transport goods within a foreign country after making a delivery there), many road transport companies will be faced with increased foreign competition. . Between 1984 and 1989, the transport of goods by road for a third party has considerably increased in France: from 53 billion tons per kilometre to 79 billion (a 50% increase). This boom wich took place in all European countries, is mostly due to the drop in oil prices in the mid-eighties. But it is also part of the economic trends over the last twenty years: the movement towards the service sector, the decentralization of factories, and lighter goods which favour road transport. It is also linked to increased competitiveness of the firms specializing in road transport whose rates have gone down since 1987, and to more flexibility on their part when faced with a demand for changes, notably providing more services and guarantees. . Some road roulage contractors, however, especially the smaller ones, are going through difficulties. In spite of the developing traffic, their margins have sometimes receded; several thousand small firms were created due to a booming demand, but many have gone bankrupt. Faced with harsh competition, contractors are going through a period of restructuration and regrouping which is not nearing its end: more and more operations are being established abroad, many branches and subsidiaries are being created, and existing companies are being taken over. One may wonder whether small road roulage companies do not run the risk of being suffocated in the long term. What is the maximum size of a road roulage company for the European market? How are regulations and social legislation to be equalized within a single European market? Without claiming to answer all of these questions, this article attemps to assess the strengths and weaknesses of contractors on the eve of the creation of single European market. [spa] El transporte de mercancias por carretera en visperas del acta única europea - Dentro de menos de dos años, el mercado europeo de transportes por carretera debería ser "único". Así, una empresa instalada en Francia, cuyo capital pertenecería a un grupo neerlandés, que utilizaria camiones alemanes y conductores Portugueses podría efectuar libremente el transporte en el seno de la CEE a condición de respectar la reglamentación que tenderá a harmonizarse a nivel europeo. Este tipo de situación preocupa a algunos : la apertura de las fronteras, la perspectiva del cabotaje (posibilidad de efectuar un tráfico interior en un pais extranjero luego de la entrega de mercancias en ese mismo país), van a exponer a numerosas empresas de transporte por carretera a un acrecentamiento de la competencia extranjera. . Entre 1984 y 1989, el transporte de mercancias por carretera se incrementó considerablemente en Francia, el mismo pasó de 53 mil millones de toneladas/kilómetros a 79 mil millones (más del 50%). Esta explosión, similar en todos los países europeos esta ligada, en una gran medida, al contrachoque petrolero de mediados de los años ochenta. Pero la misma se inscribe también en las tendencias económicas de los últimos veinte años : "terciarización", deslocalización de las fábricas, menor peso de las mercancías, lo que favorece el transporte por carretera en desmedro de los otros modos de transporte. . Además, dicha explosión se halla ligada a una major competitividad de las empresas especializadas en el transporte por carretera cuyos precios están en baja desde 1 987 y a su mejor flexibilidad frente a una demanda de transporte en evolución que incorpora más servicios y garantías. . No obstante, ciertos transportistas, en especial los de empresas más pequeñas experimentan ciertas dificultades. A pesar de la expansión del tráfico, su margen de beneficio retrocedió en algunos casos. Si bien se han creado varios millares de pequeñas empresas debido a la explosion de la demanda, las quiebras son numerosas. Frente a una competencia cada vez mayor, los transportistas straviesan un período de reestructuración y de reagrupación que no corre el riesgo de interrumpirse : multiplicación de implantaciones en el extranjero, creación de agencias o de filiales, compra de empresas ya existentes. . Pero ¿ en un plazo determinado, las pequeñas empresas de transporte por carretera non podrían asfixiarse ? ¿ De que modo las reglamentaciones y legislaciones sociales van a harmonizarse en esta perspectiva ? Sin pretender dar una respuesta a todos estos interrosgantes, el presente artículo trata de evaluar la fuerza y los puntos flojos de los transportistas en visperas del acta única.
Article
[fre] Depuis le début des années quatre-vingt, la concentration industrielle s'est nettement renforcée. . Aujourd'hui, la concentration est synonyme d'une plus grande ouverture sur l'extérieur, d'une plus forte intensité capitalistique, d'un effort de recherche plus important et d'une meilleure qualification des salariés. En bref, la . concentration dynamise les performances industrielles. Certes, les groupes des secteurs les plus concentrés dégagent les marges les plus élevées. Mais ces rentes de situation sont doublement limitées. D'une part, elles sont attractives et favorisent ainsi une certaine déconcentration. D'autre part, l'internationalisation des marchés inhérente au processus de concentration tend à les réduire. [eng] The Two Aspects of Industrial Concentration : Efficiency and Situational Rent - Since the early eighties, industrial concentration has noticeably intensified. . Nowadays, industrial concentration is synonymous with greater access to foreign markets, a higher capital intentity, more efforts devoted to research and better-qualified wage-earners. In short, concentration boosts industrial performance. . Of course, groups belonging to the most concentrated sectors draw the highest margins. But the situational rents are limited in two ways. On the one hand, because they are attractive, they favor some kind of déconcentration. On the other hand, the internationalization of the markets inherent in the combining process tends to reduce situational rents. [spa] Las dos caras de la concentración industrial: eficacidad y renta de situación - . el inicio de los años ochenta, la concentración industrial se reforzó considerablemente. Hoy en día, la concentración surge como sinónimo de una mayor apertura hacia el exterior, de una intensidad capitahsta más fuerte, de un esfuerzo de investigación más importante y de una mejor calificación de los asalariados. En resumen, la concentración dinamiza los buenos resultados industrials. Ciertamente, en los grupos de los sectores de mayor concentración se desprenden las márgenes de ganancias más elevadas. Pero esas rentas de situación son doblemente limitadas. Por una parte, son atractivas, favoreciendo de ese modo, una cierta desconcentración. Por otra parte, la internacionalización de los mercados, inherente al proceso de concentración, tiene tendencia a reducirlas.
Article
[spa] Las empresas exportadoras: una concentración acrecentada - Las esportaciones de la industria francesa se hallan fuertemente concentradas: lo esencial lo realizan pocas empresas en un numéro reducido de sectores de actividad y solo hacia algunos destinos. . Desde 1980, esta concentración se reforzó: las empresas exportadoras son menos numerosas y exportan más. Entre las diferentes empresas exportadoras, el retroceso es más evidente para los exportadores confirmados; los pequenos exportadores y los especialistas de la exportación, por el contrario, reforzaron su posición. [eng] Firms that Export: an Increased Concentration -The exports of French industry are highly concentrated: they mainly consist of few firms in a few sectors of activity which export to a few destinations. . Since 1980, exports have become even more concentrated: nowadays there are fewer exporting firms but they export more. Among these exporting firms, there is a noticeable setback for experienced exporters. Small exporters and export specialists have, on the contrary, reinforced their positions. [fre] Les exportations de l'industrie française sont fortement concentrées : peu d'entreprises dans un nombre réduit de secteurs d'activité et vers quelques destinations en réalisent l'essentiel. Depuis 1980, cette concentration s'est renforcée : les entreprises qui exportent sont désormais moins nombreuses et elles exportent davantage. Parmi ces entreprises exportatrices, le recul est le plus net pour les exportateurs confirmés (qui vendent à l'étranger entre 20 et 60 % de leur production) ; les petits exportateurs et les spécialistes à l'exportation ont, au contraire, renforcé leur position.
Article
[fre] Les industriels font de plus en plus appel à la sous-traitance : elle représentait à peine plus de 5 % de leurs ventes en 1974, elle dépasse 7 % en 1985. L'atonie de la production depuis 1980 a freiné sa progression, mais elle ne l'a pas stoppée. L'industrie aéronautique et l'automobile sont les deux principaux « donneurs d'ordre », mais la part de travaux confiés en sous-traitance y stagne. En revanche, elle progresse dans d'autres secteurs, la construction électrique et le textile-habillement notamment. Parmi les entreprises industrielles de plus de vingt salariés, six sur dix sous-traitent, occasionnellement ou structurellement. Mais le poids des grandes entreprises est déterminant : elles sont à l'origine de plus des deux tiers de la sous-traitance confiée dans l'industrie. . Les sous-traitants sont dans leur très grande majorité des PME; c'est pourquoi leur nombre est aussi très élevé, d'autant plus que, selon certaines enquêtes localisées, la moitié d'entre eux sont aussi des « donneurs d'ordre ». Un sous-traitant peut exécuter des travaux pour lesquels le donneur d'ordre n'est pas équipé (sous-traitance de « spécialité »), ou une activité identique à celle du donneur d'ordre (sous-traitance de « capacité »). Dans l'industrie, la part des deux types est très variable selon les secteurs, mais la sous-traitance de spécialité est, semble-t-il, en progression et dépasse 50 % du total. [eng] Industrial subcontracting is gaining ground - Industrialists are turning more and more to subcontracting. It represented scarcely more than 5 % of their sales in 1974; it exceeded 7 % in 1985. The lack of vitality in production since 1980 slowed its progression, but it did not stop it. The aeronautic and automobile industries are the two major « principals », but the amount of work given out to subcontractors there is stagnating. On the other hand, it is advancing in other sectors, notably in the electrical construction and textile-clothing industries. Among the industrial companies with more than 20 salaried employees, six out of ten subcontract occasionally or structurally. But the weight of large companies is decisive; they are at the source of more than two-thirds of subcontracting in industry. . Subcontractors are in the great majority of cases small and medium sized companies. That is also why their number is very great, all the more so since, according to certain local surveys, half of these companies are also « principals ». A subcontractor can carry out work for which the principal is not equipped (« specialty » subcontracting) or an activity identical to that of the principal (« capacity » subcontracting). In industry, the proportion of these two types varies a great deal according to sector, but « specialty » subcontracting is, it seems, avancing and exceeds 50 % of the total. [spa] La subcontratación industrial gana terreno - Los industriales recurren cada vez más a la subcontratación : esta a penas representaba algo más del 5 % de las ventas en 1974 y en 1985 sobrepasaba el 7 %. La atonia de la producción registrada a partir de 1 980 frenó esta progresión pero no la detuvo. La industria aeronautica y la automotriz son las dos ramas que utilizan màs este sistema aunque el porcentaje de actividades solicitadas mediante la subcontratación se encuentre en estancamiento. Porel contrario, avanza en otros sectores como el de la construcción electrica y el vinculado con el textil y el vestido en especial. Seis de cada diez empresas industriales de más de veinte asalariados recurren a la subcontratación en forma ocasional o estructural. Sin embargo, el peso de las grandes empresas es determinante : originan más de los dos tercios de la subcontratación existente en la industria. . Los destajistas son en su gran mayoria pequeñas y medianas empresas, es por tal motivo que su proporción es tan elevada; además, según algunas encuestas localizadas, la mitad de ellos ordenan también ejecutar trabajos a otros. Un destajista puede efectuar trabajos para los que el librador no esta equipado (subcontratación « de spécialité ») o bien Ilevara cabo actividades idénticas a las del contratista (subcontrataciôn « de capacité »). En la industria, el porcentaje de estos dos tipos es muy variable según los sectores, aunque la subcontratación « de spécialité » esta en alza y sobrepasa el 50 % del total.
Article
[eng] The paper presents the main results of a study realized with the support of the DATAR. It examines the potential development of the French industry and agriculture looking forward to the year 1993. The first part of the paper attempts to build a sectorial typology and to classify these sectors in fonction of the 1993 issues. It describes the sectorial situation of the french industry for what concerns the degree of internationalization and the level of competitivity.. The second part of the study is a transposition of the sectorial but national results of the first part at both the regional and sub-regional levels. It is made possible by the availability of new regional statistical data. These data allow to localize the production of the various sectors (branches), and therefore to measure the sensibility of each Region to the 1993 term. [fre] L'article présente les principaux résultats d'une étude réalisée pour la DATAR. La « perspective 1992 » provoque un réexamen de la situation de l'agriculture et de l'industrie françaises face à la contrainte extérieure. On propose une typologie et un classement corollaire des branches en vue de cerner les enjeux sectoriels du marché unique européen.. On rapporte ensuite ces résultats à la géographie des régions et des bassins d'emploi. La localisation des branches, rendue possible par les progrès de la statistique industrielle, permet d'apprécier l'exposition et la sensibilité des différentes régions françaises à l'achèvement du grand marché.