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« J’ai réussi, j’ai de la chance… je serai démasqué » : revue de littérature du syndrome de l’imposteur

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Le syndrome de l’imposteur réfère à des personnes qui, en dépit de leur réussite ou de preuves objectives expliquant leur situation actuelle, ne se sentent pas légitimes quant à leur statut. Un degré relativement acceptable de ce syndrome peut être vécu positivement et permettre la motivation, l’engagement ou l’humilité – bien que ces témoignages se fassent rares. Son expression peut cependant devenir source d’une importante détresse psychologique et une barrière à l’expression du potentiel individuel, parfois même à une faible intensité. Parmi les cormordités liées à ce syndrome figurent notamment les troubles anxiodépressifs, de stress aigu, le burnout ou encore certains troubles de la personnalité. Cet article propose une description clinique du syndrome de l’imposteur ainsi que des propositions thérapeutiques.
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Pratiques
psychologiques
23
(2017)
97–110
Disponible
en
ligne
sur
www.sciencedirect.com
ScienceDirect
Psychologie
clinique
«
J’ai
réussi,
j’ai
de
la
chance.
.
.
je
serai
démasqué
»
:
revue
de
littérature
du
syndrome
de
l’imposteur
“I’m
successful,
I’m
lucky.
.
.
I
will
be
found
out”:
Litterature
review
of
the
impostor
phenomenon
K.
Chassangre,
S.
Callahan
Centre
d’études
et
des
recherches
en
psychopathologie
et
psychologie
de
la
santé,
université
Toulouse
Jean-Jaurès,
5,
allées
Antonio-Machado,
31058
Toulouse
cedex
9,
France
Rec¸u
le
11
juillet
2016
;
accepté
le
23
janvier
2017
Résumé
Le
syndrome
de
l’imposteur
réfère
à
des
personnes
qui,
en
dépit
de
leur
réussite
ou
de
preuves
objectives
expliquant
leur
situation
actuelle,
ne
se
sentent
pas
légitimes
quant
à
leur
statut.
Un
degré
relativement
accep-
table
de
ce
syndrome
peut
être
vécu
positivement
et
permettre
la
motivation,
l’engagement
ou
l’humilité
bien
que
ces
témoignages
se
fassent
rares.
Son
expression
peut
cependant
devenir
source
d’une
importante
détresse
psychologique
et
une
barrière
à
l’expression
du
potentiel
individuel,
parfois
même
à
une
faible
intensité.
Parmi
les
cormordités
liées
à
ce
syndrome
figurent
notamment
les
troubles
anxiodépressifs,
de
stress
aigu,
le
burnout
ou
encore
certains
troubles
de
la
personnalité.
Cet
article
propose
une
description
clinique
du
syndrome
de
l’imposteur
ainsi
que
des
propositions
thérapeutiques.
©
2017
Soci´
et´
e
Franc¸aise
de
Psychologie.
Publi´
e
par
Elsevier
Masson
SAS.
Tous
droits
r´
eserv´
es.
Mots
clés
:
Syndrome
de
l’imposteur
;
Thérapie
cognitive
et
comportementale
;
Perfectionnisme
;
Anxiété
;
Anxiété
sociale
Abstract
The
impostor
phenomenon
refers
to
people
who
express
an
internal
experience
of
intellectual
phoniness
despite
their
successes
or
objective
proofs
explaining
their
current
situation.
A
low
level
of
this
syndrome
can
be
relatively
acceptable
and
be
positively
lived:
its
allow
motivation,
commitment
or
humility
although
these
testimonies
are
rare.
Its
expression
can
however
cause
an
important
psychological
distress
and
a
barrier
Auteur
correspondant.
Adresses
e-mail
:
kevin.chassangre@gmail.com,
callahan@univ-tlse2.fr
(K.
Chassangre).
http://dx.doi.org/10.1016/j.prps.2017.01.001
1269-1763/©
2017
Soci´
et´
e
Franc¸aise
de
Psychologie.
Publi´
e
par
Elsevier
Masson
SAS.
Tous
droits
r´
eserv´
es.
98
K.
Chassangre,
S.
Callahan
/
Pratiques
psychologiques
23
(2017)
97–110
in
the
expression
of
the
individual
potential
even
in
a
low
intensity.
Anxiodepressive
disorders,
burnout,
or
personality
disorders
can
be
cited.
This
article
proposes
a
clinical
description
of
the
impostor
phenomenon
as
well
as
therapeutic
proposals.
©
2017
Soci´
et´
e
Franc¸aise
de
Psychologie.
Published
by
Elsevier
Masson
SAS.
All
rights
reserved.
Keywords:
Impostor
phenomenon;
Cognitive-behavioural
therapy;
Perfectionism;
Anxiety;
Social
anxiety
1.
Définition
et
identification
du
syndrome
de
l’imposteur
1.1.
Description
du
syndrome
de
l’imposteur
Depuis
les
premières
descriptions,
les
appellations
comme
les
manifestations
du
syndrome
de
l’imposteur
sont
variées
selon
les
auteurs
(Sakulku
&
Alexander,
2011)
mais
elles
se
rejoignent
autour
de
critères
semblables
et
complémentaires
qui
font
consensus.
Le
syndrome
de
l’imposteur
impostor
phenomenon
»,
«
impostor
syndrome
»,
en
anglais),
identifié
par
Clance
&
Imes
(1978),
se
caractérise
par
un
bon
niveau
de
réussite
et
des
signes
extérieurs
et
objectifs
de
succès
qui
ne
sont
pourtant
pas
intégrés
par
l’individu.
Les
personnes
exprimant
ce
syndrome
font
généralement
bonne
impression
auprès
de
leur
entourage
(Clance,
1985)
et
semblent,
pour
autrui,
remarquablement
habiles
dans
leurs
projets
et
accomplis
dans
leurs
succès
(Young,
2011).
Elles
expriment
cependant
un
fort
sentiment
d’inauthenticité
(pensées
et
actions
estimées
frau-
duleuses
de
la
part
de
l’individu)
et
une
importante
autodépréciation
(autocritique
constante,
standards
d’évaluations
élevés,
externalisation
des
éléments
positifs
ou
des
réussites)
(Kolligian
&
Sternberg,
1991).
L’anxiété
inhérente
au
syndrome
de
l’imposteur,
dès
lors
élément
central,
est
associée
tant
à
la
peur
de
voir
son
incompétence
mise
à
jour
(Kolligian,
1990)
qu’à
celle
de
compromettre
les
autres
au
travers
de
son
imposture
(Clance,
Dingman,
Reviere,
&
Stober,
1995).
Mais
bien
que
la
crainte
des
imposteurs
véritables
d’être
un
jour
démasqués
soit
justifiée,
celle
des
personnes
présentant
ce
syndrome
est
irrationnelle.
Ces
individus
tendent
même
à
moins
manipu-
ler
ou
tricher
que
les
autres
(Ferrari,
2005
;
McElwee
&
Yurak,
2010
;
Ross
&
Krukowski,
2003).
La
notion
de
perception
de
soi
a
toute
son
importance
(Thompson,
Foreman,
&
Martin,
2000).
Ces
personnes
ne
diffèrent
pas
objectivement
des
autres
en
termes
de
performance
(Cozzarelli
&
Major,
1990
;
Thompson
et
al.,
2000).
L’incohérence
manifeste
entre
leurs
sentiments
et
les
éléments
objectifs
positifs
(succès,
reconnaissances,
compliments)
les
amènent
à
ne
considérer
que
leur
ressentis
subjectifs
(Harvey
&
Katz,
1985).
Rares
sont
les
personnes
compétentes
qui
n’expriment
pas
un
syndrome
de
l’imposteur
(Kets
de
Vries,
2005
;
Young,
2011).
Soixante-deux
à
70
%
de
la
population
seraient
d’ailleurs
amenés
à
douter
un
jour
ou
l’autre,
ne
serait-ce
qu’une
fois,
de
la
légitimité
de
leur
statut
ou
de
leur
succès
(Clance,
1985
;
Gravois,
2007
;
Matthews
&
Gibbs,
1985).
Au
sein
de
la
population
générale,
20
%
présenteraient
ce
syndrome
(Cromwell,
Brown,
Sanchez-Huceles,
&
Adair,
1990).
À
titre
d’exemple,
McElwee
&
Yurak
(2010)
ont
constaté
que
42,6
%
et
14,8
%
de
leur
échantillon
quantitatif
l’exprimait
respectivement
de
manière
moyenne
(sometimes,
en
anglais)
à
modérée
(quite
a
bit,
en
anglais).
Comme
ont
pu
le
stipuler
Clance
&
O’Toole
(1987),
il
est
difficile
de
décrire
la
complexité
et
l’hétérogénéité
de
ce
syndrome
en
quelques
lignes.
Néanmoins,
ces
auteurs
proposent
une
description,
issue
de
leur
pratique
clinique,
des
profils
types
des
personnes
présentant
un
syndrome
K.
Chassangre,
S.
Callahan
/
Pratiques
psychologiques
23
(2017)
97–110
99
Tableau
1
Description
du
profil
type
des
personnes
exprimant
un
syndrome
de
l’imposteur.
1.
Introversion Les
personnes
introverties
sont
plus
sujettes
à
développer
un
syndrome
de
l’imposteur
2.
Difficulté
d’acceptation
des
compliments
Elles
éprouvent
des
ressentis
négatifs
et
manifestent
des
pensées
dysfonctionnelles
face
à
une
réalisation
réussie
3.
Surestimation
des
compétences
d’autrui
et
dénigrement
de
ses
propres
compétences
Elles
minimisent
et
dénigrent
leurs
propres
compétences
tout
en
comparant
leurs
lacunes
aux
forces
de
leur
entourage
4.
Définition
inadaptée
de
l’intelligence
Elles
se
représentent
l’intelligence
sous
forme
d’entité
et
preuve
de
la
valeur
d’individu
5.
Anxiété
généralisée
Elles
éprouvent
une
anxiété
importante
du
fait
de
pouvoir
être
démasquées
au
quotidien
6.
Peur
de
l’évaluation
Elles
perc¸oivent
les
évaluations
comme
un
risque
de
prouver
une
imposture
7.
Peur
de
l’échec
Elles
sont
terrifiées
par
la
honte
et
l’humiliation
du
fait
de
montrer
une
incompétence
8.
Culpabilité
quant
au
succès Elles
pensent
ne
pas
mériter
leur
succès
9.
Cycle
de
l’imposteuraElles
mettent
en
place
un
cycle
spécifique
lors
de
la
réalisation
d’une
tâche
10.
Environnement
et
messages
familiauxb
Elles
ont
rec¸u
des
messages
contradictoires
quant
à
leur
intelligence
ou
performance
D’après
).
aLe
cycle
de
l’imposteur
sera
plus
précisément
décris
dans
la
présentation
des
symptômes.
bLes
facteurs
étiologiques
du
syndrome
de
l’imposteur
inhérents
à
la
dynamique
familiale
sont
décris
dans
un
paragraphe
prévu
à
cet
effet.
de
l’imposteur
(Tableau
1).
Ces
différentes
caractéristiques
ont
pu
être
empiriquement
validées
dans
l’expression
d’un
syndrome
de
l’imposteur
et
seront
traitées
dans
une
description
approfondie
des
symptômes
par
la
suite.
Bien
qu’initialement
observé
chez
les
femmes,
il
est
admis
aujourd’hui
que
ce
syndrome
peut
se
manifester
indépendamment
du
sexe
(Bernard,
Dollinger,
&
Ramaniah,
2002
;
Mattie,
Gietzen,
Davis,
&
Prata,
2008
;
Thompson,
Davis,
&
Davidson,
1998
;
Vergauwe,
Wille,
Feys,
De
Fruyt,
&
Anseel,
2015)
et
dans
différents
domaines
de
la
vie.
Il
peut
s’exprimer
tant
au
niveau
professionnel
que
familial,
qu’au
sujet
des
compétences
sociales,
des
caractéristiques
psychologiques
ainsi
que
des
activités
sportives
et
de
loisirs
(Leary,
Patton,
Orlando,
&
Funk,
2000
;
McElwee
&
Yurak,
2010).
Le
syndrome
de
l’imposteur
n’est
pas
considéré
comme
une
pathologie,
il
s’agit
d’ailleurs
d’une
manifestation
normale
qui
peut
s’exprimer
au
moins
une
fois
dans
la
vie
(Clance,
1985
;
Kets
de
Vries,
2005).
Il
existe
de
plus
des
témoignages
positifs
dans
son
expression
(Fruhan,
2002
;
McElwee
&
Yurak,
2010).
Ces
témoignages
se
révèlent
toutefois
rares.
Étant
donné
que
ce
syndrome
peut
se
ressentir
de
plus
en
plus
fréquemment
et
se
généraliser
à
différents
domaines
de
la
vie
(Leary
et
al.,
2000
;
McElwee
&
Yurak,
2010
;
Sightler
&
Wilson,
2001),
son
expression
est
liée
à
une
diminution
du
bien-être
et
de
la
satisfaction
de
vie
(Clance
&
O’Toole,
1987
;
Henning,
Ey,
&
Shaw,
1998
;
September,
McCarry,
&
Baranowsky,
2001)
jusqu’à
prédire
à
15
%
une
détresse
psychologique
(Henning
et
al.,
1998
;
Oriel,
Plane,
&
Mundt,
2004).
Parfois
transitoire,
parfois
permanent,
il
peut
néanmoins
se
retrouver
dans
diverses
manifestations
psychopatholo-
giques,
même
à
moindre
degré.
Cependant,
bien
que
répandu,
le
syndrome
de
l’imposteur
souffre
malheureusement
d’un
manque
d’information
et
de
compréhension,
tant
de
la
part
de
ceux
qui
l’expriment
que
des
professionnels.
À
notre
connaissance,
il
n’existe
pas
de
données
précises
sur
100
K.
Chassangre,
S.
Callahan
/
Pratiques
psychologiques
23
(2017)
97–110
les
comorbidités
de
ce
syndrome.
Nous
pouvons
néanmoins
citer
la
faible
perception
de
compé-
tence,
l’anxiété
de
performance
ou
encore
les
troubles
anxiodépressifs
et
le
burnout
(Bouffard,
Chayer,
&
Sarrat-Vézina,
2011
;
Clark,
Vardeman,
&
Barba,
2014
;
Legassie,
Zibrowski,
&
Goldszmidt,
2008
;
McElwee
&
Yurak,
2010
;
Pirotsky,
2001
;
Prata
&
Gietzen,
2007
;
Ross
&
Krukowski,
2003
;
Ross,
Stewart,
Mugge,
&
Fultz,
2001
;
Villwock,
Sobin,
&
Harris,
2015).
Il
est
donc
selon
nous
important
de
pouvoir
questionner
l’expression
d’un
syndrome
de
l’imposteur
dans
ces
problématiques.
À
l’instar
des
descriptions
antérieures,
le
terme
syndrome
de
l’imposteur
(SI)
réfèrera
ainsi
à
l’expression
même
du
syndrome
tel
que
décrit
dans
la
littérature.
Les
sentiments
d’imposture
rendront
compte
de
l’expérience
subjective
des
personnes
présentant
ce
syndrome.
Enfin,
le
terme
imposteurs
désignera
les
individus
présentant
le
SI
et
ressentant
des
sentiments
d’imposture
a
contrario
des
non-imposteurs
qui
n’expriment
pas
ces
ressentis
(Sakulku
&
Alexander,
2011
;
Thompson
et
al.,
1998,
2000).
1.2.
Identification
du
syndrome
de
l’imposteur
Bien
que
le
SI
puisse
se
rapprocher
d’un
certain
nombre
d’autres
concepts,
il
s’en
différencie
tout
autant,
en
faisant
ainsi
un
concept
distinct
(Brauer
&
Wolf,
2016
;
Cozzarelli
&
Major,
1990
;
Pirotsky,
2001
;
Rohrmann,
Bechtoldt,
&
Leonhardt,
2016
;
Smith-Clark,
1988).
Les
cognitions
et
comportements
peuvent
rejoindre
une
faible
estime
de
soi,
un
trouble
anxiodépressif
ou
un
perfectionnisme
inadapté,
caractéristiques
psychologiques
explorées
depuis
longtemps,
mais
un
ensemble
de
manifestations
est
nécessaire
pour
identifier
un
SI.
Compte
tenu
des
enjeux
cliniques,
la
comorbidité
inhérente
au
SI
doit
questionner
le
praticien
sur
l’éventuelle
expression
de
sentiments
d’imposture.
Chae,
Piedmont,
Estadt,
&
Wicks
(1995)
décrivent
les
imposteurs
comme
éprouvant
de
forts
affects
négatifs
et
paraissant
déprimés.
De
nombreux
auteurs
ont
pu
mesurer
le
lien
entre
le
SI
et
les
symptomatologies
dépressives
(Brauer
&
Wolf,
2016
;
Chrisman,
Pieper,
Clance,
Holland,
&
Glickauf-Hughes,
1995
;
Dompe,
2011
;
Mattie
et
al.,
2008
;
McGregor,
Gee,
&
Posey,
2008
;
Oriel
et
al.,
2004).
De
même,
les
imposteurs
présentent
d’importants
affects
anxieux,
mesurés
dans
la
dimension
névrosisme
des
traits
de
personnalité
et
dont
l’association
est
plus
importante
qu’avec
la
dépression
(Bernard
et
al.,
2002
;
Chae
et
al.,
1995
;
Dompe,
2011
;
Ross
et
al.,
2001).
Le
lien
entre
le
SI
et
l’anxiété-trait
ou
état
(Oriel
et
al.,
2004)
ainsi
qu’avec
l’anxiété
sociale
(Chrisman
et
al.,
1995)
a
pu
être
empiriquement
démontré.
Ces
demandes
initiales
en
consultations
peuvent
donc
dissimuler
l’expression
d’un
SI
(Clance
&
O’Toole,
1987).
L’approfondissement
de
ces
cognitions
et
la
signification
des
comportements,
notamment
à
l’aide
de
la
technique
de
la
flèche
descendante,
sont
à
considérer
pour
retirer
les
éléments
centraux
et
fondamentaux
du
SI.
Malgré
certaines
caractéristiques
pouvant
amener
la
confusion,
le
SI
présente
des
critères
spécifiques,
comme
l’impression
de
tromper
son
entourage
ou
la
peur
d’une
incompétence
mise
à
jour,
par
exemple,
qui
ne
se
retrouvent
pas
dans
d’autres
manifestations.
1.2.1.
Favoriser
l’alliance
thérapeutique
La
difficulté
première
au
regard
du
SI
est
d’abord
de
pouvoir
l’identifier.
Les
patients
en
consultation
n’abordent
pas
d’emblée
les
manifestations
de
ce
syndrome.
A
contrario
des
non-
imposteurs
pouvant
exprimer
leur
insécurité
quant
à
leur
réussite,
les
imposteurs
tendent
à
garder
ces
ressentis
secrets
du
fait
de
leur
conviction
d’une
incapacité
certaine,
de
la
crainte
de
critiques
ou
d’incompréhension
(Clance,
1985
;
Harvey
&
Katz,
1985).
Favoriser
l’alliance
thérapeutique
et
l’authenticité
de
la
part
du
thérapeute
est
déjà
un
premier
élément
essentiel
(Clance
&
O’Toole,
1987).
Il
est
important
que
le
thérapeute
manifeste
son
empathie,
sans
pour
autant
adosser
ces
K.
Chassangre,
S.
Callahan
/
Pratiques
psychologiques
23
(2017)
97–110
101
Tableau
2
Liste
des
critères
descriptifs
et
d’observation
du
SI.
1.
L’individu
se
décrit
comme
un
imposteur
(tricherie,
plagiat,
fausse
intelligence,
fraude)
2.
Il
a
des
difficultés
à
accepter
les
félicitations
et
la
reconnaissance
3.
Il
lui
est
difficile
de
croire
qu’il
mérite
les
retours
positifs
4.
Il
tend
à
être
déc¸u
de
sa
réalisation,
pensant
qu’il
aurait
pu
mieux/plus
faire
5.
Il
craint
que
les
autres
puissent
un
jour
découvrir
son/ses
manques
de
connaissances
ou
de
compétences
6.
Il
a
peur
de
l’échec
7.
Il
a
peur
de
ne
pas
pouvoir
répéter,
reproduire
son
succès
8.
Il
a
le
sentiment
de
ne
pas
être
la
même
personne
en
public
et
en
privé
9.
Il
tend
à
réussir
même
s’il
craint
l’échec
avant
même
d’essayer
10.
Il
craint
de
ne
pas
réaliser
les
attentes
11.
Il
se
sent
moins
capable
que
les
autres,
ne
se
sent
pas
aussi
intelligent
malgré
des
signes
évidents
qui
prouvent
le
contraire
12.
Il
tend
à
attribuer
son
succès
à
des
causes
externes
13.
Il
peut
croire
que
des
rituels
comportementaux
sont
nécessaires
pour
assurer
une
réussite
14.
Il
peut
préférer
des
positions,
des
postes
à
bas
niveau
ou
non
stimulants
de
peur
d’échouer
s’il
se
retrouve
à
un
poste
ou
une
position
légitime
de
ses
capacités
15.
Il
est
incapable
d’internaliser
son
succès,
en
persistant
de
croire
qu’il
n’est
pas
compétent,
bien
qu’il
accumule
des
signes
évidents
de
réussite
D’après
Holmes
et
al.
(1993)a.
aAu
moins
cinq
de
ces
critères
sont
nécessaires
pour
identifier
un
SI
chez
un
individu.
ressentis
ni
s’empresser
de
rassurer
immédiatement
son
patient
qui
exprime
une
conviction
parfois
persistante
(Clance,
1985
;
Matthews
&
Clance,
1985).
1.2.2.
Principaux
symptômes
du
syndrome
de
l’imposteur
Afin
d’aider
l’élaboration
d’une
hypothèse
de
manifestation
d’un
SI,
une
liste
de
critères
descriptifs
récapitulative
a
été
établie
(Holmes,
Kertay,
Adamson,
Holland,
&
Clance,
1993).
Lorsqu’une
personne
présente
au
moins
cinq
de
ces
caractéristiques,
elle
peut
être
considérée
comme
manifestant
un
SI
(Tableau
2).
En
parallèle
de
cette
liste
des
critères
descriptifs,
l’entretien
clinique
permettra
par
la
suite
de
classifier
précisément
les
symptômes
inhérents
au
SI
mis
en
évidence
dans
la
littérature.
Les
symptômes
fondamentaux
résident
dans
:
l’incapacité
à
s’attribuer
sa
réussite
;
l’impression
d’être
surestimé(e),
de
tromper
son
entourage
ou
d’être
inadapté(e)
dans
un
domaine
;
la
peur
d’être
démasqué(e)
par
les
autres
(Clance,
1985
;
Clance
&
O’Toole,
1987
;
Harvey
&
Katz,
1985
;
Kolligian
&
Sternberg,
1991).
Prédicteurs
empiriques
(Pirotsky,
2001),
ces
trois
critères
indissociables
forment
la
base
de
l’identification
du
SI
chez
un
individu.
1.2.3.
Hétérogénéité
de
l’expression
du
syndrome
de
l’imposteur
L’hétérogénéité
de
l’expression
du
SI
s’identifie,
quant
à
elle,
au
regard
des
six
symptômes
mis
en
évidence
par
Clance
(1985)
:
102
K.
Chassangre,
S.
Callahan
/
Pratiques
psychologiques
23
(2017)
97–110
Fig.
1.
Le
cycle
de
l’imposteur
selon
Clance
(1985).
le
cycle
de
l’imposteur
;
la
peur
de
l’échec
;
la
peur
et/ou
la
culpabilité
quant
au
succès
;
le
besoin
d’être
remarquable
;
les
attitudes
Superman/woman
(lorsque
ce
besoin
se
généralise
dans
différents
domaines)
;
le
dénigrement
de
ses
propres
compétences.
Deux
de
ces
critères
sont
nécessairement
présents
pour
identifier
le
SI.
Le
cycle
de
l’imposteur
(Fig.
1)
est
utilisé
comme
s’il
était
indispensable
au
succès,
étant
donné
les
preuves
qu’il
a
pu
fournir
en
termes
de
succès
déjà
réalisés
(Clance,
1985
;
Sakulku
&
Alexander,
2011).
Lors
de
l’assignation
d’une
nouvelle
tâche
à
accomplir,
les
imposteurs
seront
amenés
à
éprouver
une
profonde
inquiétude,
de
l’anxiété,
pouvant
aller
jusqu’à
des
cau-
chemars.
À
ce
stade,
de
nombreuses
cognitions
en
lien
avec
la
faible
perception
de
compétence,
la
peur
de
l’échec
ou
du
succès
se
retrouvent.
Pour
faire
face
à
cette
anxiété,
deux
stratégies
vont
alors
être
envisagées
et
mises
en
place
:
la
procrastination
suivie
d’un
travail
frénétique
(under-
doing,
en
anglais),
ou
la
sur-préparation
sur
le
long
terme
(overdoing,
en
anglais).
Les
imposteurs
vont
en
effet
pouvoir
démontrer
à
la
fois
une
faible
tendance
à
être
consciencieux
ou
une
faible
K.
Chassangre,
S.
Callahan
/
Pratiques
psychologiques
23
(2017)
97–110
103
autodiscipline
(Bernard
et
al.,
2002
;
Chae
et
al.,
1995
;
Dudau,
2014b
;
Rohrmann
et
al.,
2016
;
Ross
et
al.,
2001
;
Vergauwe
et
al.,
2015)
ainsi
qu’une
tendance
au
travail
excessif
ou
à
un
perfec-
tionnisme
inadapté
(King
&
Cooley,
1995
;
Vergauwe
et
al.,
2015).
Dans
le
cycle
de
l’imposteur,
tant
la
procrastination
permettra
d’un
côté
d’éviter
l’anxiété
ressentie
et
protéger
l’estime
de
soi
de
la
possibilité
d’un
échec,
tant
la
préparation
excessive
pourra
de
l’autre
garantir
le
succès
pour
pallier
un
sentiment
d’illégitimité
(Clance
&
O’Toole,
1987).
Une
fois
la
tâche
réalisée,
souvent
avec
succès,
cette
personne
va
recevoir
une
certaine
reconnaissance
de
la
part
des
autres
qui
sera
cependant
refusée.
En
effet,
le
processus
d’attribution
mis
en
place
ne
va
pas
permettre
à
un
imposteur
de
se
sentir
responsable
de
son
succès
(attribution
à
un
effort
intense/instable
en
cas
de
préparation
excessive
;
attribution
à
la
chance
en
cas
de
procrastination)
mais
le
pous-
sera
au
contraire
à
négliger
sa
performance.
Ces
nouveaux
succès
vont
intensifier
les
sentiments
d’imposture
plutôt
qu’aider
l’imposteur
à
construire
une
perception
de
compétence
et
un
sentiment
d’efficacité
personnel
adapté.
Les
imposteurs
présentent
une
importante
peur
de
l’évaluation
négative
de
la
part
des
autres
(Brauer
&
Wolf,
2016
;
Chrisman
et
al.,
1995
;
Clance
&
O’Toole,
1987
;
Ross
&
Krukowski,
2003
;
Thompson
et
al.,
2000)
et
une
importante
peur
de
l’échec
(Clance,
1985
;
Clance
&
O’Toole,
1987
;
Clancey,
2015
;
Fried-Buchalter,
1997
;
Kumar
&
Jagacinski,
2006
;
Topping
&
Kimmel,
1985).
Cette
anxiété
d’appréhension
est
toutefois
un
construit
distinct
du
SI
(Rohrmann
et
al.,
2016).
Pour
les
imposteurs,
un
échec
est
intolérable
car
preuve
d’un
manque
de
compétence
ou
de
connaissance,
internalisé
du
fait
de
prouver
des
lacunes
propres
à
l’individu
sans
considérer
de
facteurs
externes
et
généralisé,
compte
tenu
d’une
perception
de
soi
globalement
négative,
tant
dans
un
domaine
que
dans
tous
les
autres
(Cozzarelli
&
Major,
1990
;
Thompson
et
al.,
1998).
Ils
sont,
de
ce
fait,
davantage
affectés
par
les
échecs,
ces
derniers
impactant
de
manière
plus
importante
leur
estime
de
soi
(Cozzarelli
&
Major,
1990).
Paradoxalement
à
leur
peur
de
l’échec,
les
imposteurs
craignent
tout
autant
de
réussir
(Clance,
1985
;
Clance
&
O’Toole,
1987
;
Fried-Buchalter,
1992,
1997).
Cette
peur
du
succès
s’explique
notamment
par
leur
faible
perception
de
compétence
et
leur
mauvaise
attribution,
les
amenant
à
ne
pas
se
sentir
légitimes.
Elle
se
traduit
par
la
peur
du
changement,
la
peur
d’amener
de
nouvelles
exigences
et
la
peur
de
ne
pas
pouvoir
être
à
la
hauteur
à
l’avenir
(Chae
et
al.,
1995
;
Clance,
1985
;
Fried-Buchalter,
1992,
1997
;
McElwee
&
Yurak,
2010).
Le
cycle
de
l’imposteur
amène
les
imposteurs
à
rapidement
associer
succès
et
anxiété.
Ces
personnes
vont
tendre
à
craindre
de
s’engager
de
nouveau
dans
ce
cercle
vicieux,
étant
donné
les
affects,
comportements
et
cognitions
auxquels
il
réfère
(Clance,
1985).
La
culpabilité
due
à
l’accès
à
un
niveau
socioéconomique
supérieur
de
celui
des
parents,
ou
si
l’entourage
de
ces
personnes
n’a
lui-même
que
peu
connu
de
situations
de
réussite,
amène
de
plus
les
imposteurs
à
appréhender
leur
succès
(Clance,
1985
;
Harvey,
1981).
Les
personnes
vulnérables
à
l’expression
d’un
SI
peuvent
notamment
être
celles
qui,
pour
la
première
fois
dans
l’histoire
familiale,
ont
pu
réussir
(étude,
carrière)
et
accéder
à
un
statut
social
différent
(Clance,
1985
;
Clance
et
al.,
1995
;
Harvey
&
Katz,
1985
;
Young,
2011).
A
contrario,
les
imposteurs
peuvent
aussi
appréhender
de
surpasser
des
succès
déjà
brillamment
réalisés
par
d’autres
membres
de
la
famille
(Clance,
1985).
Ils
craignent
tant
de
ne
pas
être
acceptés
dans
leur
nouveau
statut
social
que
d’être
rejetés
par
les
personnes
de
leur
ancien
statut
(Clance
et
al.,
1995).
Pour
les
imposteurs,
réussir
n’est
pas
satisfaisant.
Ils
manifestent
au
contraire
un
désir
intense
d’être
reconnus
et
meilleurs
que
leurs
pairs
pour
prouver
leur
légitimité
(Chrisman
et
al.,
1995
;
Dudau,
2014a
;
Ross
et
al.,
2001
;
Topping,
1983).
Il
est
en
réalité
nécessaire
pour
les
imposteurs
d’obtenir
l’approbation
des
autres
quant
à
leur
réalisation,
bien
qu’ils
ne
soient
pas
en
mesure
de
l’accepter
(Clance
&
Imes,
1978
;
Dudau,
2014a).
Ce
besoin
de
reconnaissance
ou
d’être
104
K.
Chassangre,
S.
Callahan
/
Pratiques
psychologiques
23
(2017)
97–110
remarquable
dans
leur
domaine
d’expertise
alimente
d’autant
plus
l’insatisfaction
des
imposteurs.
Ce
symptôme
peut
se
généraliser
à
plusieurs
domaines
(Clance,
1985),
donnant
lieu
aux
attitudes
Superwomen/men.
Si
d’un
côté
le
besoin
d’être
remarquable
réfère
à
la
comparaison
aux
autres,
cette
caractéristique
du
Superwoman/man
rend
compte,
de
l’autre,
plutôt
de
standards
de
réussite
excessivement
élevés
dans
le
but
de
paraître
parfait
dans
son
propre
idéal.
Pour
Clance
(1985),
le
critère
le
plus
saillant
du
SI
est
l’incapacité
à
croire
et
accepter
les
compliments,
les
félicitations
ou
la
reconnaissance
d’autrui.
Malgré
une
réussite
et
quels
que
soient
les
feedback,
les
imposteurs
rejettent
les
signes
de
reconnaissance,
de
félicitations
et
dénigrent
leurs
compétences
(Brauer
&
Wolf,
2016
;
Clance
&
O’Toole,
1987).
Ils
se
sentent
en
effet
non-
méritants
de
ces
succès
ou
considèrent
ne
pas
en
avoir
droit
(Gibson-Beverly
&
Schwartz,
2008
;
Ross
&
Krukowski,
2003).
Ils
tendront
à
rechercher
constamment
des
excuses
afin
de
minimiser,
rejeter
ou
dénigrer
leur
réussite
(Ferrari
&
Thompson,
2006).
Le
perfectionnisme
inhérent
au
SI
serait
un
élément
important
à
la
fois
dans
l’émergence
et
dans
le
maintien
des
sentiments
d’imposture
(Kets
de
Vries,
2005
;
Sakulku
&
Alexander,
2011).
Les
imposteurs
font
preuve
de
hauts
standards
de
réussite,
d’un
évitement
et
d’une
intolérance
quant
à
l’imperfection
(Ferrari
&
Thompson,
2006
;
Thompson
et
al.,
1998).
Ce
besoin
de
perfection
se
retrouve
tant
dans
leurs
réalisations
que
dans
leur
présentation
de
soi
(Cromwell
et
al.,
1990
;
Ferrari
&
Thompson,
2006
;
Hewitt
et
al.,
2003).
Bien
que
les
notions
de
perfectionnisme
et
de
SI
puissent
sembler
proches,
leur
validité
divergente
a
pu
être
empiriquement
confirmée
(Rohrmann
et
al.,
2016).
Les
imposteurs
manifestent
également
un
faible
sentiment
d’efficacité
personnel
(Clancey,
2015
;
Ives,
2011
;
Vergauwe
et
al.,
2015)
malgré
des
preuves
objectives
et
répétées
de
succès
(Blondeau,
2014)
au
regard
de
leur
processus
d’attribution
causale
inadapté.
Tous
ces
symptômes
ne
s’expriment
pas
nécessairement
ensemble
au
même
moment
chez
un
individu.
La
complexité
du
SI
souligne
l’intérêt
de
tenir
compte
de
l’aspect
hétérogène
de
ce
syndrome
afin
d’éviter
un
diagnostic
secondaire.
1.2.4.
Échelle
de
mesure
du
syndrome
de
l’imposteur
La
Clance
Impostor
Phenomenon
Scale
(CIPS,
Clance,
1985)
est
un
outil
de
choix
de
mesure
du
SI,
notamment
dans
la
population
générale
(Holmes
et
al.,
1993).
Élaborée
à
partir
d’observations
cliniques,
cette
échelle
identifie
le
SI
tant
dans
le
domaine
clinique
que
dans
le
cadre
de
recherches
empiriques.
En
parallèle
de
la
liste
de
critères
du
syndrome,
sa
passation
rapide
permet
d’identifier
et
mesurer
l’intensité
du
syndrome
en
tant
que
tel
(French,
Ulrich-French,
&
Follman,
2008)
en
mesurant
un
ressenti
pouvant
se
manifester
de
manière
générale,
mais
pouvant
également
se
référer
à
des
situations
spécifiques.
La
version
francophone
de
la
CIPS
démontre
une
bonne
cohérence
interne
(.71
<
<
.92)
(Chassangre,
2016)
tandis
que
sa
version
anglophone
possède
de
fortes
corrélations
avec
d’autres
échelles
de
mesure
du
SI
(Chrisman
et
al.,
1995
;
Dudau,
2014a
;
French
et
al.,
2008
;
Holmes
et
al.,
1993
;
McElwee
&
Yurak,
2007,
2010
;
Pirotsky,
2001).
Elle
est
composée
de
20
items
et
mesure
diverses
manifestations
en
lien
avec
l’expression
de
ce
syndrome
:
le
sentiment
de
donner
aux
autres
une
fausse
image
de
soi
;
le
sentiment
d’être
moins
capable
que
ses
pairs
;
la
peur
de
ne
pas
pouvoir
répéter
son
succès
;
l’attribution
du
succès
à
la
chance,
une
erreur
ou
le
charme
;
la
peur
de
l’échec
ou
de
l’évaluation
;
ainsi
que
le
rejet
de
la
reconnaissance
d’autrui.
Elle
est
présentée
sous
la
forme
d’une
échelle
de
Likert
en
5
points
(de
«
1,
pas
du
tout
»
à
«
5,
tout
le
temps
»).
Au
score
final
(entre
20
et
100),
plus
l’individu
obtient
un
score
élevé,
plus
il
présente
un
SI.
Un
score
égal
ou
inférieur
à
40
correspond
à
peu
de
caractéristiques
d’un
SI.
Un
score
entre
41
et
60
rend
compte
d’expériences
modérées
d’un
SI.
Entre
61
et
80,
nous
pouvons
K.
Chassangre,
S.
Callahan
/
Pratiques
psychologiques
23
(2017)
97–110
105
considéré
une
forte
fréquence
d’un
SI.
Un
score
au-dessus
de
80
indique
d’intenses
expériences
de
ce
syndrome
(Clance,
1985).
Un
cut-off
à
62
a
été
établi
pour
différencier
les
imposteurs
des
non-imposteurs
(Holmes
et
al.,
1993).
1.3.
Aspect
développemental
du
syndrome
de
l’imposteur
Tout
comme
cela
est
proposé
par
le
modèle
cognitivo-comportemental
de
la
psychopathologie,
le
SI
peut
trouver
ses
racines
dans
des
mécanismes
d’apprentissage
et
du
conditionnement.
Un
premier
lieu
d’apprentissage
se
situe
à
partir
des
messages
parentaux
ou
de
l’environnement
familial
(Clance
&
O’Toole,
1987).
Ces
derniers,
associés
à
une
faible
estime
de
soi,
peuvent
expliquer
entre
12
%
et
50
%
de
la
variance
du
SI
(Bussotti,
1990
;
Sonnak
&
Towell,
2001
;
Want
&
Kleitman,
2006).
Il
y
aurait
quatre
points
centraux
dans
le
développement
du
SI
(Clance
&
Imes,
1978).
Premiè-
rement,
une
image
de
soi
serait
véhiculée
par
la
famille,
en
contradiction
de
celle
pouvant
être
inculpée
par
les
pairs
extérieurs
(professeurs,
enseignants).
Cette
contradiction
peut
s’observer
au
sein
de
la
famille
les
retours
des
figures
parentales
sont
différents
(Harvey
&
Katz,
1985).
Deuxièmement,
la
valorisation
excessive
de
l’intelligence
avant
toute
autre
qualité
amènerait
l’enfant
à
considérer
cette
qualité
comme
indispensable
à
l’approbation,
notamment
si
les
succès
sont
atteints
sans
effort
à
fournir.
La
crainte
de
ne
pas
répondre
aux
standards
de
réussite
peut
favoriser
l’émergence
d’un
SI.
Troisièmement,
les
compétences
de
l’enfant
peuvent
paraître
inha-
bituelles
ou
atypiques
au
sein
de
la
famille.
Elles
seront,
de
ce
fait,
peu
mises
en
valeur
et
non
intégrées.
Enfin,
l’absence
de
renforcement
quant
à
l’intelligence
ou
la
réussite
amène
l’enfant
à
ne
pas
bien
estimer
ses
compétences
ou
son
intelligence.
Ces
messages,
bien
que
souvent
rencontrés
dans
le
SI,
n’ont
néanmoins
pas
d’impact
significatif
sur
tous
les
enfants
(Clance,
1985).
Si
le
SI
prend
pour
origine
développementale
la
dynamique
familiale,
il
n’est
pas
étonnant
de
pouvoir
rencontrer
ce
syndrome
dès
la
fin
du
primaire
ou
durant
toutes
années
de
scolarité
(Bouffard
et
al.,
2011
;
Chayer
&
Bouffard,
2010
;
Fruhan,
2002).
Sa
prévalence
est
plus
impor-
tante
dans
les
plus
jeunes
générations.
L’ensemble
des
caractéristiques
du
SI
peut
se
retrouver
à
l’adolescence
(Caselman,
Self,
&
Self,
2006
;
Lapp-Rincker,
2003
;
Lester
&
Moderski,
1995).
Son
évolution
n’est
pas
linéaire
du
fait
des
moments
clés
il
peut
se
retrouver
(Fruhan,
2002).
À
l’âge
adulte,
divers
contextes
vont
pouvoir
favoriser
l’émergence
et
le
maintien
du
SI
(Matthews
&
Clance,
1985
;
Zorn,
2005).
Nous
pouvons
par
exemple
noter
les
étapes
de
grandes
transition
de
la
vie
ou
lors
de
l’acquisition
de
nouveaux
rôles
(Fujie,
2010
;
Harvey,
1981).
Le
SI
peut
de
plus
se
développer
lors
de
succès
prématurés,
des
compliments
exagérés
ou
généraux,
ou
lors
de
fortes
pressions
de
réussites,
lorsque
le
milieu
nécessite
une
importante
compétition
(Zorn,
2005).
Nouvelles
expériences,
succès
inattendus
ou
risques
d’évaluation
sont
ainsi
des
périodes
clés
pouvant
être
sujettes
à
un
stress
important
et
à
l’émergence
du
SI
(Fujie,
2010