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La Terre de Feu face à l'avenir. De la crise du territoire à la construction d'un nouveau mythe de développement

Authors:
RÉSUMÉ.— Dans l’imaginaire collectif
national, la Terre de Feu a toujours été un
territoire mythique, grâce à ses ressources
inexplorées, son isolement et la rigueur de
son climat. Son évolution et son
développement ont été dans une grande
mesure déterminés par cette image, ainsi
que par les activités productives qui s’y
déployaient. Actuellement, la crise
territoriale de l’île (économique, sociale et
environnementale), demande la création
d’un nouveau mythe de développement
durable qui lui permette de répondre à la
situation actuelle. Or, malgré cette
promesse, la province doit faire face à un
contexte national très complexe qui limite
ses possibilités réelles de développement.
ARGENTINE, TERRE DE FEU,
DÉVELOPPEMENT, MYTHE,
PROSPECTIVE
ABSTRACT.— Tierra del Fuego to the
future. From crisis to a new development
myth.— In the collective imagination, the
province of Tierra de Fuego has always been
considered a mythical territory because of
its unexplored resources, isolation from
urban centres and extreme climatic
conditions. Its evolution and development
were always influenced by this mythical
image and by the economic activities
developed there. The territorial crisis now
affecting the island (not only a political
crisis, but also a social and environmental
one) calls for the creation of a new,
sustainable, development myth to overcome
this situation. However, despite this
promise, the province must deal with a
highly complex national context, which
limits its real development potential.
ARGENTINA, DEVELOPMENT,
FORECASTING, MYTH, TIERRA DEL
FUEGO
RESUMEN.— Tierra del Fuego frente al
futuro. De la crisis del territorio a la
construcción de un nuevo mito de
desarrollo.— La Tierra del Fuego ha sido en
el imaginario colectivo nacional un territorio
mítico gracias a sus recursos inexplorados,
su lejanía de los centros poblados y la
rigourosidad del clima. Su evolución y
desarrollo siempre estuvo influenciado por
esta imágen mítica y por las actividades
productivas que en ella se desarrollaban.
Actualmente, la crisis territorial de la Isla
(social, económico y ambiental) demanda la
creación de un nuevo mito de desarrollo
sustentable que le permita superar la
situación actual. No obstante esta promesa
de desarrollo sostenible se enfrenta
actualmente a un contexto nacional muy
complejo que limita las posibilidades reales
de desarrollo.
ARGENTINA, DESARROLLO, MITO,
PROSPECTIVA, TIERRA DEL FUEGO
Introduction
«Certains de ces espaces correspondent à
des situations estimées difficiles, où les
conditions de vie sont jugées rudes, où les
efforts les plus soutenus déçoivent. Elles
furent parfois surmontées avec difficulté,
mais deviennent insupportables dans des
conditions de concurrence et d’échange
généralisé, qui impliquent les rigueurs du
calcul économique et des disparités de
revenus et d’emploi durement ressenties ».
Roger Brunet, 2000, p. 214.
Te r re de légendes et de mys-
tères, terre d’aventures, la Terre
de Feu est l’un des rares espaces
de notre planète qui maintienne
une image mythique fondée sur
les grandes distances, les déserts,
EG
2004-4
p. 000-000
Marcelo E. Sili
Chercheur associé à Dynamique Rurale (Université Toulouse Le Mirail-France),
chercheur CONICET (Argentine), coordinateur PRORURAL (Argentine),
professeur au Département de Géographie, Universidad Nacional del Sur, Bahía Blanca,
Argentine, Buenos Aires 26, 8500 Viedma, Argentine, sili@impsat1.com.ar
La Terre de Feu face à l´avenir.
De la crise du territoire
à la construction d´un nouveau
mythe de développement
@EG
2004-4
1
les paysages uniques ;
la terre du bout du
monde, par excellence.
En Argentine, la Terre
de Feu est qualifiée de
terre de défis, de fron-
tière, de nouvelles
chances, de nouveaux
projets. Elle est le der-
nier espace occupé et
organisé, l’ultime fron-
tière mais aussi la der-
nière occasion de
construire une synthèse
territoriale entre
l’Amérique originelle
et la culture héritée
d’Europe. Cet espace
marginal et mythique
possède déjà une
longue histoire d’occu-
pation et d’organisa-
tion, qui lui a permis
d’accroître sa population et ses richesses — successivement par l’occupation militaire,
l’exploitation pétrolière, l’élevage et, dans le dernier quart de siècle, les politiques de
promotion de les industries électronique, chimique et textile. Ces modèles successifs
de développement ont laissé une société locale peu enracinée et sans identité propre.
Te r re de frontière, la Terre de Feu est surtout apparue comme un lieu de passage où,
après l’or des fleuves et des montagnes, l’on recherchait les hauts salaires des usines
de l’ère de la promotion industrielle.
Cette étape révolue, «l’avantage comparatif» des usines effacé, le pays est devenu
un territoire provincial en crise. La Terre de Feu doit reconstruire une nouvelle
utopie, un nouveau mythe pour créer un modèle de développement différent en valo-
risant les ressources locales, dans une ambiance de crise nationale inédite. Pour obs-
erver ce processus, nous analyserons tout d’abord le scénario territorial provincial,
ensuite les différentes étapes de valorisation et d’organisation du territoire, pour ana-
lyser en dernier lieu la crise et la décadence de ce modèle de croissance. Enfin, nous
envisagerons les différents scénarios, desquels émerge un nouveau modèle de dévelop-
pement, que l’on pourrait qualifier comme le nouveau mythe de la Terre de Feu.
Terra australis : le scénario territorial
La Terre de Feu est une île à l’extrême sud du continent américain. Ce fait implique
des conditions climatiques rigoureuses et un véritable isolement par rapport aux cen-
tres les plus dynamiques du pays, imposant des conditions de vie très restrictives
(fig. 1). La province comprend trois parties dispersées et fort différentes: le secteur
oriental de la Grande île de la Terre de Feu et les îles adjacentes, les îles argentines de
© L’Espace géographique 2
Fig. 1/ Localisation de la Grande Île de la Terre de Feu
Río Gallegos
Río Grande
Ushuaia
Punta
Arenas
Puerto
Natales Río Turbio
Tolh uin
El Porvenir
Î. des États
Port Williams
Chili
Chili
Grande île de la
Ter re de Feu
Argentine
Argentine
Vers Buenos Aires
Détr
. D
e M
agella
n
Cap Horn
Argentine
Chili
Uruguay
Paraguay
Îles Malouines
Antarctique
Cône Sud
200 km
l’Atlantique Sud (Malouines, Orcades du Sud, Shetland du Sud,
Géorgies du Sud et Sandwich du Sud), l’Antarctique Argentin.
Malgré les déclarations du gouvernement argentin sur la sou-
veraineté de ces domaines, la province n’a autorité que sur le
premier secteur oriental de la Grande. La Grande-Bretagne pos-
sède les îles de l’Atlantique Sud depuis le milieu du
XIX
esiècle,
et l’Antarctique est un espace sans souveraineté territoriale. Le
secteur oriental de la Grande île de la Terre de Feu, unique
domaine sous contrôle argentin, et le territoire où se situent
Ushuaia et Rio Grande, ont une superficie de 20 180 km2, lacs
compris. On peut y distinguer trois grandes zones (fig. 2).
Au nord, la steppe, une plaine sans arbres, en pente douce,
est sillonnée par une quantité régulière de cours d’eau, en majo-
rité à faible débit et provenant des montagnes de l’ouest ; le
climat de la steppe est de type tempéré froid et semi-aride, avec une température
moyenne annuelle de 6,1º C. Les précipitations annuelles sont de l’ordre de 300 mm,
distribuées de façon assez uniforme tout au long de l’année, et les chutes de neige
sont faibles. Les vents sont très forts et s’intensifient encore au printemps et en été.
La zone centrale de la Province est occupée par le monte ouvert et de basse alti-
tude. Le relief, moins uniforme, associe moyennes montagnes partiellement boisées,
collines et vallées, parfois de petites plaines. Le climat est très humide, avec des préci-
pitations et des chutes de neige intenses et fréquentes. En hiver, la neige couvre une
grande partie de la zone et, comme dans la partie nord, le sol et la plupart des cours
d’eau restent gelés en superficie : il s’agit de l’écotone, ou zone de transition.
La zone sud correspond à la cordillère des Andes. Les versants des montagnes
sont recouverts jusqu’à 600 m d’altitude par une forêt dense tandis que, dans les val-
lées, parcourues par un grand nombre de ruisseaux, dominent les tourbières. C’est là
que se situent les lacs les plus vastes de l’île. Le climat est froid et humide pendant
l’hiver, avec d’intenses et fréquentes chutes de neige, notamment dans les zones éle-
vées. La température moyenne annuelle et de 5,7º C. L’été est tempéré-froid et
Marcelo E. Sili
3
Fig. 2/ Unités paysagères de la Grande
Île de la Terre de Feu
Écotone
(zone de transition)
Cordillère
Steppe
Canal de Beagle
Littoral atlantique
Détroit de Magellan
Fig. 3/ Organisation urbaine Fig. 4/ Organisation productive de la partie argentine
de la Grande Île de la Terre de Feu
Élevage
Hydrocarbure
Tourisme
Exploitation fore
s
Pêche
Industrie
Mine
Ushuaia
Río Grande
Ushuaia
Río Grande
Río Gallegos
Río Turbio
Tolhuin
El Porvenir
Punta
Arenas
Chili
Argentine
Chili
Pto. Natales
humide, même si l’air maritime sur le littoral atlantique et dans canal Beagle rend les
conditions climatiques plus clémentes qu’ailleurs.
Actuellement, la population vit principalement dans deux villes moyennes :
Ushuaia dans la zone de la cordillère (50 000 habitants), considérée comme la ville la
plus australe du monde, et Rio Grande (50 000 habitants) sur la côte atlantique,
centre de l’élevage et de la production de pétrole. Entre les deux, une petite localité
de 1 000 habitants, Tolhuin, assure les services de la zone rurale et des exploitations
forestières du centre de l’île (fig. 3 et 4).
Une des caractéristiques de cet espace est son isolement : non seulement parce que
c’est une île, mais aussi parce que, pour y parvenir, il faut traverser le détroit de Magellan
sous autorité chilienne. Cette situation d’isolement et l’obligation de passer par un terri-
toire étranger sont cause de conflits permanents entre les habitants des deux pays.
La construction du territoire-mythe
Différentes périodes historiques ont marqué l’organisation de la Terre de Feu argen-
tine, depuis la conquête du territoire à son apogée, en passant par la crise de la fin des
années 1990. Cette crise se présente comme une rupture avec le modèle de dévelop-
pement territorial passé et oblige à penser à des scénarios de développement très com-
plexes et incertains.
Période précoloniale
La première expédition européenne enregistrée fut celle de Hernando de Magellan
(1520) qui baptisa le pays «Terre de Feu », probablement à cause des feux de bois
autour desquels se regroupaient les indigènes sur la côte. À cette époque, le territoire
appartenait encore aux indigènes même si des expéditions anglaises, françaises et hol-
landaises avaient atteint les parages. Les Espagnols tentèrent à plusieurs reprises et
sans succès de coloniser cette terre. Les seuls habitants de l’île étaient alors les indi-
gènes Yamana, Ona et Haush, qui se consacraient à la chasse et la pêche (fig. 5).
Au
XVIII
esiècle, fut créée de l’autre côté des Andes la ville de
Punta Arenas, devenue un véritable port stratégique pour les
bateaux à voile puis à vapeur qui utilisaient le détroit de Magellan
pour passer de l’Atlantique au Pacifique. Punta Arenas était alors
le centre de service de toute la région Sud de la Patagonie (Chili et
Argentine), les limites entre les deux pays n’étant pas encore
fixées. C’est dans cette ville que s’organisa la vie économique
régionale et que s’approvisionnèrent les bateaux, les chasseurs, les
chercheurs d’or et les premiers éleveurs de moutons.
Période d’organisation territoriale
Jusqu’au milieu du
XIX
esiècle, la présence argentine dans l’île fut
réduite à des voyages et explorations sporadiques et temporaires; puis
le gouvernement argentin fut soucieux de s’établir définitivement
dans l’île. En 1869, un groupe de pasteurs anglicans s’installa sur la
côte sud de la Grande île, dans la Bahía Hermosa, ou baie d’Ushuaia
(qui regarde au couchant), du nom donné par les Aborigènes. En
octobre 1884, la fondation de la sous-préfecture par Comodoro
© L’Espace géographique 4
Fig. 5/ Période précoloniale
Antarctique
Îles Malouines
Continent
(Chili - Argentine)
Grande île de la
Terre de Feu
Indiens Onas
Indiens Yamanas
Indiens Haush
Voyageurs
Punta Arenas
Laserre marqua la naissance de la ville d’Ushuaia. La population aborigène canoë
(Yamana) diminua vite du fait de l’extermination, des épidémies et du massacre des lions
de mer, leur principale source d’alimentation, par les Européens et les Américains, qui
traversaient le canal de Beagle à la recherche de l’or. L’établissement d’un bagne en 1902
décida, pour un temps, de l’avenir économique et social de la région et contribua à y
maintenir la souveraineté argentine. Fermé en 1947, il laissa néanmoins une empreinte
ineffaçable dans le paysage local. Le bagne constituait alors la base de développement
physique, institutionnel et économique de la ville; le temps limité du séjour des bagnards
et des gardiens, des marins et des représentants des institutions publiques fit beaucoup
pour représenter l’île comme un «lieu de passage»…
Au fil des années, Ushuaia devint le siège d’une base militaire et le centre adminis-
tratif de l’île. Vers 1920, elle comptait 2 500 habitants, dont seulement 927 Argentins ; les
autres étaient Chiliens, Anglais, Espagnols et Yougoslaves. Progressivement, dans le nord
de l’île, de grandes exploitations d’élevage (estancías) soutenues par le gouvernement
argentin se consacrèrent à la production de laine. Punta Arenas (Chili) en concentra le
commerce international et devint un port encore plus actif. Puis en 1921, un groupe de
religieux missionnaires créa la localité de Rio Grande, qui remplit peu à peu la fonction
de centre de service pour tous les établissements d’élevage de la région, en concurrence
directe avec Punta Arenas. La marine argentine soutenait cette emprise territoriale.
Il existait donc déjà, vers 1920, un territoire
comportant de grands établissements d’élevage
(plus de 20 000 ha) dans le nord de l’île, et de
«petites» estancías de 10 000 ha dans le centre de
l’île organisées autour de la ville de Rio Grande.
De l’autre côté de la cordillère des Andes, vers
le sud, Ushuaia qui remplissait les fonctions de
centre militaire et administratif, surveillant le
canal de Beagle et servant aussi de point de pas-
sage vers l’Antarctique. Durant cette période,
les relations entre les îles Malouines sous auto-
rité anglaise et le Chili (particulièrement Punta
Arenas) étaient fluides, fondées principalement
sur l’échange commercial (fig. 6).
Période de l’élevage et de l’exploitation du pétrole
Dans la première moitié du
XX
esiècle, s’est clairement affirmée la différence entre les
deux villes de la Terre de Feu argentine. Ushuaia, au sud, était la ville des services liés
à la Marine de guerre, à l’administration publique et à l’établissement pénitenciaire le
plus austral du monde. Rio Grande servait l’élevage qui, au milieu du siècle, fournissait
40 % du produit de la Terre de Feu, stimulé par les prix de la laine sur le marché mon-
dial. C’est aussi à cette époque, dans les années 1940, que débuta dans l’île l’exploita-
tion du pétrole et du gaz, encouragée par le gouvernement central: deux ressources qui
seront au centre des stratégies de domination territoriale de toute la région de la part du
Chili, de l’Argentine et de la Grande-Bretagne.
En 1947, la population de l’île atteignait 5000 habitants, parmi lesquels seulement
2000 Argentins (fig. 7). Mais ces ressources créèrent de nouvelles activités et provo-
quèrent le début d’un processus migratoire, stimulé par des salaires attractifs. Le
Marcelo E. Sili
5
Fig. 6/ Période d’organisation territoriale
îes Malouines
Estancias
Légende
Évolution
Échanges
commerciaux
Ushuaia
Río Grande
Punta
Arenas
Nouveaux
Villages
Chili
Argentine
Argentine
Temps
PNB
Population
Chili
bond pétrolier fut très fort et, en 1980 (avant
l’apogée industrielle), l’extraction représentait
jusqu’à 43 % du PNB provincial, impulsant une
forte croissance dans les zones pétrolifères.
L’apogée industrielle
Or, malgré les efforts soutenus du gouvernement
central et de la marine pour peupler l’île, la ville de
Punta Arenas resta la ville la plus dynamique de
toute la Patagonie australe. La loi 19 640 du début
des années 1970 evait modifier la situation (fig. 8).
À partir des années 1960, l’État central, dans le
contexte idéologique du desarrollismo et de
l’Alliance pour le Progrès, installa dans l’île un
modèle protectionniste et subsidiaire de développe-
ment industriel, qui place l’État comme le principal
garant du développement économique et institutionnel régional. Dès lors, s’instaurèrent
des régimes de promotion industrielle favorisant l’investissement de capitaux publics et
privés afin de promouvoir dans l’île de nouvelles activités productives, faisant de la Terre
de Feu argentine une sorte de zone franche.
La loi établit un régime fiscal et douanier spécial pour le territoire de la Terre du
Feu et les îles de l’Atlantique Sud. Elle propose l’élimination ou la réduction d’impôts
nationaux et provinciaux et l’ouverture de subsides directs pour favoriser la création
d’usines de produits textiles, chimiques et électroniques. Ces mesures étaient cohé-
rentes avec toutes les mesures de promotion et de développement de la Patagonie
argentine impulsées par les différents gouvernements (militaires et démocratiques), au
regard du double objectif d’occuper définitivement la Patagonie et de cette manière
limiter la prétention territoriale de Chili sur le territoire argentin. Ainsi, la structure
économique qui dépendait de l’élevage lainier, d’une faible exploitation forestière, du
pétrole et des services devint dépendante des nouvelles industries attirées par les béné-
fices fiscaux, approvisionnant toute l’Argen-
tine en appareils hi-fi, électroménager,
cuisines, air conditionné, produits textiles,
plastiques et chimiques. Le boom industriel
relégua au second plan l’activité pétrolière.
À son apogée en 1998, la « nouvelle
industrie » produisait 63 % du PNB de la
province. En 1988, 97 entreprises (électro-
niques, textiles, chimiques,...) comptaient
5800 employés.
L’investissement dans le secteur indus-
triel appela une main-d’œuvre nombreuse
venue de toutes les régions du pays, attirée
par des salaires, jusqu’à trois fois au-dessus
de la moyenne nationale. Le secteur des ser-
vices suivit : commerces, transports, com-
munications, etc. La population de la Terre
© L’Espace géographique 6
Fig. 7/ Période de l’élevage et de l’exploitation du pétrole
Îles
Malouines
Puits
pétroliers
Ushuaia
Río Grande
Punta
Arenas
Chile
Argentine
Argentine
Temps
Estancias
Légende
Évolution
Échanges
commerciaux
Nouveaux
villages
PNB
Population
Chili
Fig. 8/ Période de l’essor industriel
Îles
Malouines
Puits
pétroliers
Villes en
expansion
Ushuaia
Río Grande
Punta
Arenas
Chili
Argentine
Temps
Estancias
Échanges
commerciaux
Nouveaux
villages
Tolhuin
Légende
Évolution
PNB
Population
Chili
de Feu passa de 13400 habitants en 1970 à 27 000 en 1980, 70 000 en 1991 et
121 000 en 2001 — à peu près entièrement dans les deux villes principales. En trente
ans, plus de 100 000 habitants s’installèrent en Terre de Feu, soit une augmentation
de 900 % de la population. Cette explosion démographique sans précédent en Argen-
tine modifia la structure sociale : jusqu’au début du
XX
esiècle, la composition de la
population par sexe reflétait les caractéristiques d’une «terre de frontière» avec un très
fort pourcentage masculin ; actuellement, hommes et femmes s’équilibrent. L’immi-
gration augmenta la proportion d’Argentins, qui passa de 58 % en 1970 à 89 % en
1997. Et 70 % des habitants ont moins de 35 ans : un fort potentiel de croissance
pour l’avenir, alors que les retraités partent à la recherche de meilleurs conditions cli-
matiques: la Terre de Feu n’est pas un lieu de résidence définitive, mais un lieu de
passage où l’on peut faire fortune pour ensuite revenir au lieu d’origine.
Durant cette période de croissance démographique une troisième localité urbaine
est apparue au centre de l’île : Tolhuin, créée par la loi en 1972, elle a pour fonction
principale d’organiser le processus productif forestier dans l’île ainsi que de servir de
relais Rio Grande et Ushuaia.
La fin de la conquête et du cycle expansif : la crise du territoire
Jusqu’à 1992, la Terre de Feu était un territoire national, gouverné par un délégué du
président de la République avec une forte présence et l’appui de la marine. Quand
furent achevés ses efforts de peuplement et d’organisation territoriale, le gouverne-
ment nationalcréa la province de la Terre de Feu, Antarctique et îles de l’Atlantique
Sud. La création d’une nouvelle administration augmenta les dépenses publiques; un
déficit des comptes publics commença à se creuser ; or le nouveau scénario de réces-
sion et de crise de l’économie nationale, au milieu des années 1990, limita les béné-
fices attendus en Terre de Feu : la compétitivité de l’économie provinciale faiblit : et
l’idée de l’épuisement du modèle de développement fondé sur la forte protection
industrielle et de hautes dépenses de la part du secteur public commença à s’imposer.
Déjà en 1994 se manifestèrent les premiers signes de la perte de compétitivité de
l’industrie locale, provoquée par la concurrence des produits textiles et chimiques
d’origine asiatique, et des produits manufacturés électroniques de l’autre zone franche
du Mercosur, Manaus au Brésil. La part du secteur industriel dans le produit provin-
cial tomba de 66 % en 1988 à 33 % en 1995. De nombreuses usines fermèrent et
celles qui subsistent durent se réadapter à la nouvelle situation: il restait 48 entre-
prises en 1999 contre 97 en 1988, avec 3900 salariés au lieu de 5 900. Les salaires
furent progressivement ramenés au niveau du reste du pays, y compris pour les
employés du secteur public qui, par le mécanismes de politiques clientélistes, étaient
passés de 5 500 agents en 1991 à 7 000 en 2000.
Duant cette période, le rôle d’Ushuaia se consolida comme ville administrative,
orientée vers le tourisme et quelques industries avant le déclin. Rio Grande (55 000 habi-
tants) se conforta en tant que centre urbain de services pour la zone d’élevage, d’hydro-
carbures et d’industries protégées. Ce fut en l’absence de réelle politique d’aménagement
du territoire, de protection et conservation des ressources naturelles, une carence qui se
fait sentir dans l’écologie et l’organisation du territoire. Dès 2000 apparaissaient des
signes d’affaiblissement de la croissance, comme le montrent les courbes de l’augmenta-
tion de la population et de croissance économique (fig. 9).
Marcelo E. Sili
7
L’ avenir possible :
trois scénarios du futur
pour la Terre de Feu
Un cycle d’expansion s’achève : il faut
engager une analyse prospective qui
sache se fonder sur l’utilisation des res-
sources provinciales, sous-évaluées
jusqu’à présent.A l’aube de ce siècle, la
province de Terre du Feu est en crise
économique (endettement), productive
(perte de compétitivité et de capacité
productive) et socio-territoriale (frag-
mentation social et territoriale). À cette
situation tout à fait neuve pour l’île
s’ajoute la fin du processus d’occupation
et d’intervention directe de l’État
national, à travers ses différents investis-
sements et l’appui fiscal de la loi 19 640 aujourd’hui en péril. Avec 100000 Argentins
dans l’île, la souveraineté nationale est déjà garantie, les dépenses extraordinaires de
l’État se semblent plus indispensable, mais une nouvelle fond doit être assuré au déve-
loppement local.
À partir de cette situation s’ouvre un éventail de possibilités, que pourraient résumer
trois scénarios du futur : un scénario tendanciel, un scénario de désintégration et
d’annexion externe, un scénario volontariste ou souhaité qui domine dans le milieu poli-
tique comme image d’un futur souhaité et comme nouveau mythe de la Terre de Feu.
Scénario tendanciel de fragmentation provinciale et enclave nationale
Le premier scénario est celui qui, faute d’intervention appréciable, laisserait se prolonger
la crise déclenchée à la fin de 2001 comme conséquence du déficit financier, de la
brusque dévaluation de la monnaie argentine et des profonds et convulsifs changements
politiques qui ont fait se succéder 8 Présidents dans un mois. Il suppose une hausse sou-
tenue de la population, encore attirée par l’image d’un modèle de développement périmé,
mais affrontant une perte significative de développement économique: c’est un scénario
de détérioration de la qualité de vie et de la capacité productive provinciale.
La province ne serait pas en mesure adopter de politique active puisque les pro-
cessus productifs locaux dépendent entièrement de ce que décide le gouvernement
national, lui-même en difficulté. De cette manière se produira une perte de capacité de
développement endogène en raison de la situation structurelle de dépendance. Cette
situation produira à son tour un manque d’organisation et de maîtrise du territoire pro-
vincial, et une perte de diversité environnementale par le mauvais usage des ressources,
par la surexploitation ou le manque de protection et régulation. En outre, le manque de
stratégie et de projet global de développement, dérivé de la dépendance excessive du
reste du pays et de la carence absolue d’une politique de relations extérieures avec les
pays liés aux îles et à l’Antarctique amènera à une perte de leur service logistique. Il
devrait en résulter une détérioration sensible de la qualité de la vie et une augmentation
de la marginalité de la province. Cette situation limitera l’affluence de population du
reste du pays et provoquera l’exode d’habitants locaux vers d’autres provinces (fig. 10).
© L’Espace géographique 8
Fig. 9/ Période de provincialisation et de fin du cycle d’expansion
Îles Malouines
Estancias
Échanges
commerciaux
Puits
pétroliers
Ushuaia
Río Grande
Punta
Arenas
Chili
Argentine
Temps
Conflits
environnmentaux
Expansion urbaine
sans contrôle
Légende
PNB
Population
Évolution
Chili
Scénario de désintégration et d’annexion externe
Ce scénario ressemble au précédent, mais en
l’aggravant. Les difficultés et les coûts qu’implique
la connexion entre l’île et le continent vont alourdir
la situation d’isolement, et pourraient provoquer un
rapprochement et une intégration majeure avec le
Chili, en particulier avec Punta Arenas. La réduc-
tion des transports et des communications provo-
quées par la rétraction du marché de la province
limiterait les communications directes avec le conti-
nent et les principales villes, entraînant une pro-
gressive désintégration territoriale et augmentant
ainsi les problèmes d’isolement. Ceci affecterait
toutes les activités de l’Ile et par conséquent, toutes
ses possibilités de développement.
Comme dans le scénario précédent, nous pré-
voyons une détérioration très marquée de la qualité
de vie et une hausse de la marginalité dues à la
perte des opportunités générées par la loi 19 640 et
le manque de création de nouvelles opportunités de
développement. Cette situation limiterait l’afflux de
population du reste du pays et provoquerait l’exode
d’habitants locaux vers d’autres provinces (fig.11).
Mais, en outre, la perte des avantages compara-
tifs et les difficultés dans les transports et commu-
nications créeraient une dépendance fonctionnelle
par rapport au Chili (Punta Arenas) au niveau des
commerces et des services. La faible compétitivité
du commerce et des activités productives, compa-
rées au Chili, provoquerait une plus grande crise du
secteur productif et commercial local avec une
perte sensible d’emplois locaux.
Le scénario souhaité: le discours politique et la cons-
truction d’un nouveau mythe
Le troisième scénario, qui pourrait être appelé
«volontariste» ou «souhaité» est celui que construit l’appareil gouvernemental par son
discours quotidien et ses plans et projets, en essayant de présenter à la société un scé-
nario possible de développement durable où s’articulent la croissance économique,
l’équité sociale et la protection de l’environnement. Ce discours du développement de
la Terre de Feu a donc comme fonction de créer un nouveau mythe autour de la pro-
vince, à partir duquel pourrait se construire un modèle de développement provincial.
Le gouvernement provincial considère que cette construction ne s’appuiera plus désor-
mais sur le développement du secteur industriel mais sur la valorisation des diverses
ressources territoriales historiquement sous-valorisées: tourisme, services de logistique,
afforestation, tourbe, etc.). Le développement provincial ne se considèrerait plus
comme produit de la croissance économique sectorielle (industrie subventionnée),
Marcelo E. Sili
9
Fig. 10/ Scénario de fragmentation provinciale et
d’enclave nationale
Ushuaia
Río Grande
Punta
Arenas
Chili
Argentine
Temps
Antarctique Articulation
interurbaine
Aire d´influence
territoriale
Légende
Évolution
PNB
Population
Estancias
Échanges
commerciaux
Conflits
environmentaux
Expansion urbaine
sans contrôle
Îles
Malouines
Fig. 11/ Scénario de désintégration provinciale et
d’annexion externe
Îles
Malouines
Ushuaia
Río Grande
Punta
Arenas
Chili
Argentine
Antarctique
Temps
Désarticulation
interurbaine
Aire d´influence
territoriale
Légende
Évolution
PNB
Population
Estancias
Échanges
commerciaux
Conflits
environmentaux
mais comme un processus global et systémique d’enrichissement du territoire dans son
ensemble.
Les images qui servent de base pour construire ce nouveau mythe de Terre de Feu
et qui sont présentées dans le Plan de Développement stratégique de la Province, éla-
borée par la Direction d’Aménagement du territoire et du développement, sont les
suivantes: des niveaux élevés de formation, de créativité et d’identité locale ; un haut
dynamisme et innovation industrielle; un modèle de développement productif à la
base d’une exploitation globale et durable des ressources naturelles (pêche, forêt, éle-
vage, agriculture, etc.) ; une destination touristique nationale et internationale de qua-
lité ; le premier centre logistique et de connexion avec l’Antarctique ; une province
reconnue au niveau national et international pour sa nature et pour la protection de
ses ressources naturelles; un haut niveau de qualité de vie.
Plusieurs hypothèses permettraient de construire ce nouveau mythe ou modèle de
développement. En premier lieu et du point de vue de l’organisation gouvernementale,
ce scénario souhaité se caractérisera par une forte capacité de développement endo-
gène, produit d’une valorisation stratégique des ressources naturelles et de la loi de
promotion (loi 19 640). À l’intérieur de ce scénario, l’Etat provincial agirait comme
articulateur stratégique des processus de développement, ce qui suppose un corps poli-
tique et technique solide et une administration moderne.
Du point de vue économique, ce scénario propose un développement du régime
industriel soutenu par une forte capacité d’innovation technologique et des relations
accrues entre les secteurs productifs. Le développement industriel sera accompagné
d’une plus grande valorisation des ressources naturelles, produit aussi de la reconnais-
sance de leur qualité au niveau national et international. Le graphique imagine une
croissance économique forte par rapport à la croissance démographique, qui provo-
quera des excédents à réinvestir dans l’économie locale.
Suivant cet argumentaire, la diversité territoriale et la protection de l’environne-
ment seront garanties par des règles juridiques, des corps techniques et administratifs
responsables de la gestion et de la protection environnementale. Ceci permettra
d’améliorer les conditions et le paysage urbain et rural et de garantir la protection et la
conservation de l’environnement dans la Province, facteurs décisifs pour attirer les
touristes étrangers. D’un autre côté, la province jouera un rôle de porte d’entrée vers
l’Antarctique, en étant la principale zone d’échange, de provision de services et de
marchandises pour le « continent blanc ». Améliorer la connectivité et l’intégration ter-
ritoriale de la Terre de Feu favorisera les liaisons et l’intégration des localités et des
zones de l’intérieur de la Grande Île1.
Conclusion
Finalement, d’un point de vue social, ce scénario de développement durable se carac-
térisera par une plus grande inclusion sociale, intégrant tous les membres de la société
à l’intérieur d’un processus d’innovation culturelle, garantissant en définitive la cons-
truction d’une société pluraliste et démocratique, unique garant d’un développement
équitable et soutenable à long terme (fig. 12).
Tous ces arguments officiels sont en réalité des désirs et des images, qui évoquent
une nouvelle promesse, une image de la nouvelle Terre du Feu a construire, mais qui
doivent se confronter à la réalité de la crise actuelle. Les images mentales qui se sont
1. L’auteur de cet article a
directement participé à la
proposition de ce scénario
en temps qu’instigateur
et coordinateur de
la mise en place du Plan
de développement
stratégique de la Terre
de Feu.
© L’Espace géographique 10
construites autour de la Terre de Feu ont été trans-
formées au fil des années : aux mythes liés aux
immenses distances, à la solitude, à l’or et aux
terres de l’extrême sud ont succédé les images et les
mythes de la prison et du pétrole ; puis celles des
usines et des hauts salaires, consolidés par le
schéma d’allocation et de promotion de l’industrie
mise en place pour favoriser l’occupation totale de
l’île. Or, ces modèles historiques de peuplement et
d’organisation du territoire sont épuisés : les images
et mythes de la richesse minérale, forestière et de la
pêche illimitée, des lois de promotion éternelles et
d’un tourisme inépuisable appartiennent au passé.
Ils ne peuvent plus soutenir le développement de la
Province.
Face au déclin de ce modèle, il devient néces-
saire de créer de nouvelles images, de «nouveaux
mythes ou utopies» pour construire un nouveau modèle de développement désormais
fondé sur les capacités réelles de la Province. Ce n’est que sur la base d’une recon-
naissance des capacités endogènes de la Terre de Feu qu’il sera possible de construire
un processus appuyé sur des faits et des images réelles, vrais moteurs de croissance et
de progrès.
Afin de mobiliser la société locale et de créer un nouveau modèle de développement
dans ces latitudes australes, le gouvernement provincial fait appel une fois de plus à la
construction d’un nouveau mythe, mais cette fois, plus proche d’un scénario de déve-
loppement durable. Certes, la réalisation de ce nouveau mythe reste difficile, voire
incertaine, sans l’appui d’un gouvernement national n’ayant plus le souci de conquérir
et d’organiser ce lointain territoire, mais de contribuer à la diversité de la nation.
B
RUNET
R., D
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desarrollo de la Provincia de Tierra del Fuego. Ushuaia: Secretaría de Planeamiento de la Pro-
vincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur, 161 p.
Marcelo E. Sili
11
Fig. 12/ Scénario de développement durable
Îles
Malouines
Ushuaia
Río Grande
Punta
Arenas
Chili
Argentine
Temps
Antarctique
Intégration
territoriale
Désintégration
territoriale
Aire d´influence
territoriale
Échanges
commerciaux
Légende
Évolution
PNB
Population
Estancias
Références
... Chouvy (2003), « l'Afghanistan est devenu à partir du XIXème siècle un Etat-tampon que des politiques restrictives de l'accès (comprendre isolationnisme) ont confiné dans un angle géographique et géopolitique […] qui ont considérablement accru son isolement international ». Un autre exemple est celui développé par M. E. Sili (2005) qui décrit la Terre de feu (Argentine) en ces termes : « une des caractéristiques de cet espace est son isolement : non seulement parce que c'est une île, mais aussi parce que, pour y parvenir il faut traverser le détroit de Magellan, sous autorité chilienne ». L'isolement est également accentué lorsqu'aucune politique publique ne cherche pas à désenclaver les territoires, par l'amélioration des réseaux de transport par exemple. ...
Article
The balance of power between nations for sea control takes on a new form for the appropriation of natural resources, in water, on land and underground. The southwest Atlantic is an example of claims to maritime sovereignty. After years of waiting, Argentina expects to extend its EEZ (Exclusive Economic Zone) to the continental shelf. This will give Argentina new rights and new responsibilities in marine ecosystem use. This article requests access to marine resources for domestic and foreign fishing fleets. It presents sovereignty affirmation in the Argentine Sea between Argentina, Uruguay and the Falkland Islands around the issues of fishing management and the weight of fishing industries. It presents regional cooperation and the role of Argentina in the conservation, protection and management of marine biological resources.
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SILI Marcelo (2001). « Tierra del Fuego, un lugar para construir el futuro ». Informe final del Plan de desarrollo de la Provincia de Tierra del Fuego. Ushuaia : Secretaría de Planeamiento de la Provincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur, 161 p.