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Abstract

Résumé La privation chronique de sommeil ou syndrome d’insuffisance de sommeil induit par le comportement correspond à une réduction volontaire et quotidienne de 2 heures ou plus de sommeil. Elle toucherait presque un tiers de la population. Cette restriction va induire une dette de sommeil s’accumulant au fil des jours et entrainer une somnolence diurne excessive et des déficits neuro-cognitifs souvent mal perçus par les personnes. La privation chronique de sommeil va également induire des modifications métaboliques et physiologiques qui ont des effets indésirables sur la santé (obésité, diabète de type 2, hypertension artérielle, troubles de l’humeur, addiction). Summary Chronic sleep deprivation or behaviourally induced insufficient sleep syndrome corresponds to a voluntary and daily reduction of 2 or more hours of sleep. It almost touched a third of the population. This restriction will induce a cumulative sleep debt and cause excessive daytime sleepiness and neuro-cognitive deficits generally not perceived by the subject. The chronic sleep deprivation will also induce metabolic and physiological changes that have adverse health effects (obesity, type 2 diabetes, hypertension, mood disorders, and addiction).
Conséquences de la Privation
chronique de sommeil
a privation ou restriction chronique
du sommeil, ou syndrome d'insuf-
fisance de sommeil induit Par le
comportement, corresPond à un rac-
courcissement volontaire et habituel
du temps de sommeil, caractérisé par
des durées de sommeil bien inférieures
à la durée de sommeil nécessaire, en
raison d'un temps passé au lit généra-
lement réduit. Ce manque réPété de
sommeil aboutit à I'accumulation d'une
dette de sommeil quise traduit par une
somnolence diurne excessive souvent
associée à un allongement du temPs
de sommeil les jours de repos (fin de
semaine/vacances), des siestes diurnes
et/ou une consommation de stimulants.r
Le syndrome d'insuffisance de sommeil
fait partie des hypersomnolences d'ori-
gine centrale de laversion 3 de la Clas-
sification internationale des troubles
du sommeil (ICSD-3)' mais il est consi-
déré comme un diagnostic différentiel
des hypersomnolences dans la 5" édi-
tion du Manuel diagnostique et sraf/s-
tique des troubles mentaux (DSM-5).
Pour diagnostiquer un syndrome d'in-
suffisance de sommeil, il faut absolu-
ment que la restriction de sommeil
ne soit pas expliquée Par un autre
trouble du sommeil, une Pathologie
neurologique ou psychiatrique.
De façon concrète, si l'on considère
que la durée normale de sommeil pour
un adulte varie entre 7 et t heures par
jour et pour un enfant entre 1 0 et
1 t heures, il est donc très Probable
que les adultes q!. oo.ment molns de
7 heures par nuit et les enfants moins
de 1 0 heures ont un sommeil nocturne
insuffisant. ll existe toutefois d'impor'
lantes variations interindividuelles
avec des courts et des longs dormeurs.
Si cette insuffisance de sommeil noc-
turne se répète de iaçon régulière,
plus de 3 jours par semaine environ, et
qu'elle s'accompagne de sYmPtômes
de somnolence diurne excessive, cela
suggère un syndrome d'insuffisance de
sommeil. En 2008, une étude éPidé-
miologique a montré qu'environ 28 0/o
des adultes vivani aux Etats-Unis esti'
maient avoir une durée de sommeil in-
suffisante pendant plus de 1 4jours par
mois.2 La privation chronique de som'
meil touche également les adolescents.
De plus, I'insuffisance de sommeil
serait plus fréquente chez les sujets
de chronotype . du soir ,. En effet, du
fait de leur heure de coucher tardive
(imposée par les horloges biologiques),
ils accumuleraient une dette de som-
meil importante les jours de travail,
et compenseraient cette dette en
allongeant la durée de leur sommeil
les jours de repos.3 L'écart observé
entre la durée du sommeil les jours de
travail et les jours de repos, écart entre
temps biologique et temps social, peut
être décrit comme . décalage horaire
social , (social jet lag).a
Somnolence diurne excessive,
performance§ cognitives
et risque accidentel
Les conséquences du manque de som-
meil les plus connues ei bien identifiées
sont la somnolence diurne excessive
et la dégradation des performances
cognitives. Comparées aux personnes
qui rapportent dormir Plus de 7h30
par jour, celles quidorment entre 6 h 45
et 7h30 parjour ont 27 o/o de chances
de s'endormir à un test objectif de
mesure de la somnolence, celles qui
dorment moins de 6h45 en ont 73 0/0.5
Si une restriction de sommeil de 50 0/o
est répétée un jour sur l'autre, le niveau
de somnolence diurne augmente éga-
lement d'un jour sur I'autre.6 Cet aspect
cumulatif de la dette de sommeil a bien
été démontré sur les performances
cognitives. L'attention soutenue mesu-
rée par des temps de réaction à un test
cognitii simple s'allonge au fur et à me-
sure que la dette journalière de sommeil
s'accumule. Après une restriction de
6 heures passèes au lit Par lour suI
9 nuits cumulées, les temps de réaction
sont identiques à ceux mesurés après
24 heures de privation totale de som-
meil. Si le temps passé au lit est réduit
à 4 heures, c'est seulement au bout de
6 jours que les temps de réaction attei-
gnent ceux mesurés après 24 heures
de privation.' Contrairement aux priva-
tions aiguës de sommeil, la somnolence
induite par une privation chronique de
sommeil est souvent mal perçue par les
sujets.T Même si l'effet d'une privation
totale de sommeilaffecte les processus
de traitement de l'information dits de
haut niveau, aucune étude n'a mesuré
l'effet d'une privation chronique sur ces
processus cognitifs.
Concernant Ia conduite automobile, le
risque d'avoir un accident est 1 ,69 fois
plus important chez les Personnes
qui expriment dormir le plus souvent
6 heures ou moins par nuit que chez
celles qui dorment plus de 6 heures.s
Les réponses neuro-comPortemen-
iales à la privation aiguë de sommeil
varient d'un sujet à I'autre. Certains
sont sensibles à la privation de sommeil
et d'autres moins. Même si certains
marqueurs permettent d'identifier les
su.jets sensibles à la privation aiguë de
sommeil (sujets jeunes, sensibilité au
café, polymorphisme des gènes PER3
[horlogerie circadienne] ou ADORA2 A
[qui code les récepteurs à l'adénosine
A2A]...), aucun marqueur ne permet
de différencier les sujets sensibles
des sujets insensibles à la privation
chronique de sommeil.
Privation chronique de sommeil I
effet néfaste sur la santé
ll est généralement admis que la priva-
tion chronique de sommeil est un fac-
teur de risque pour le déveioppement
de l'obésité, l'intolérance au gJucose
et le diabète de type 2.'g
Les éiudes expérimentales de restric-
tion de sommeil chez des volontaires
ad-ltes ont .nonrré qr,e le rnanque re-
pété de sommeil perturbe Ies hormones
régulant I'appetit, Après restriction de
sommeil. le taux de ghréline augmente
et le taux de leptine diminue. dont ré-
sultent une augmentation de la faim
et une diminution de la satiété. >>)
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::-:revue=r:praticien Vol, 66 Juin 2016 66r
Le manque de sommeil diminue éga-
lement la sensibilité à l'insuline et la
tolérance au glucose, augmentant
ainsi les risques de diabète de type 2.
Ces résultats issus d'expérimentations
sont confrrmés par des études épidé-
miologiques, mais des recherches
sont nécessaires pour élucider les
mécanismes mis en cause lors du
syndrome d'insuffisance de sommeil.
Les suivis de cohortes ont montré une
association significative entre sommeil
court (( 6 heures) et hypertension
artérielle qui pourrait être expliquée
par une augmentation du tonus sym-
pathique cardiaque.
Très récemment, des études ont montré
que Ia privation chronique de sommeil
induit une augmentation des marqueurs
d'inflammation et une diminution de la
réponse immunitaire. Associée à une
élévation du taux de cortisol sanguin,
le manque de sommeil peut augmenter
la susceptibilité aux infections.
Chez le sujet non déprimé, le manque
de sommeilserait associé à une altéra-
tion transitoire de l'humeur, des idées
suicidaires et quelquefois des compor-
tements à risque et addictifs. ll est dif-
ficile de déterminersi ces observations
sont uniquement liées au manque de
sommeil ou au décalage horaire social.
Étendre la durée du sommeil
nocturne : la meilleure solution
thérapeutique
La solution la plus adéquate pour lutter
contre la somnolence diurne excessive
et les baisses de performances cogni-
tives induites par la privation chronique
de sommeil est d'allonger la période
de sommeil nocturne. Lintroduction
d'une sieste dans la journée peut être
proposée de façon épisodique, mais
il faut bien vérifier que la sieste ne va
pas retarder l'endormissement du
sommeil nocturne, ce qui accentuerait
la restriction de sommeil. Dans tous
les cas, la durée de la sieste ne doit
pas excéder 20 minutes pour éviter
I'inertie du sommeil qur peut provoquer
une inertie cognitive. L'utilisation de
caféine pour lutter contre la somno-
lence diurne chronique n'est pas adap-
tée. La consommation de caféine
est en effet déjà importante chez les
personnes souffrant d'un syndrome
d'insuffisance de sommeil et conseiller
une augmentation de cette consom-
mation serait au mieux inefficace, au
pire elle entraînerait les effets secon-
daires de la caféine prise à forte dose.
ll faut donc privilégier les règles d'hy-
giène du sommeil utilisées dans les
thérapies cogn itivo-comportementales
de I'insomnie et éviter avant le coucher
de s'exposer à de la lumière bleue
(écran LCD de télévision, tablette,
smartphone...) ou s'en protéger (filtre
anti-lumière bleue) afin de ne pas
retarder l'endormissement nocturne.
EFFETS GUMULATIfS
ET COMOBBIDlTÉS
Le manque de sommeil induit des
déficits neurocomportementaux
(somnolence diurne excessive et
baisse des performances cognitives)
qui s'accumulent avec le temps et
des changements neurocognitifs,
métaboliques et cardiovasculaires
qui peuvent expliquer le dévelop-
pement de l'obésité, la morbidité
cardiovasculaire, I'apparition de
troubles psychiatriques (dépression,
addiction,...) et les accidents de la
circulation. Même si les études sur
l'effet de la privation chronique de
sommeil ont montré que l'homme,
bien que faisant I'objet de Iarges varia-
tions interindividuelles, n'est pas
capable de s'adapter aux restrictions
de sommeil, la durée relativement
courte des expérimentations ne per-
met pas d'éliminer une possible adap-
tation aux restrictions de longue durée
(plusieurs années). &
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Dans l'article susceptibilité qénétique aux infections fongiques invasives publié dans
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HYPERSOMNOLENCE
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  • F Lanternier
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