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Croyances Traditionnelles et Conservation du Colobe de Geoffroy, Colobus vellerosus (Geoffroy, 1834), dans la Forêt Sacrée de Kikélé, Bénin (Afrique de l'Ouest)

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In Africa, traditional beliefs play a vital role in biodiversity conservation. We studied the attitudes and perceptions of Kikele villagers towards the Geoffroy's pied colobus in the sacred forest of Kikele, Republic of Benin, using an ethnographic approach based on personal interviews. Our results suggest that the population of colobus has been protected by the Kikele population's traditional beliefs for several decades. This ethnozoological consideration could contribute to the conservation of Geoffroy's pied colobus, Colobus vellerosus, especially at this present moment where the status of the species is degraded throughout its area of distribution. Résumé: Les croyances traditionnelles jouent un rôle capital dans la conservation de la biodiversité en Afrique. Les attitudes et les perceptions des populations villageoises concernant le colobe de Geoffroy Colobus vellerosus ont été étudiées dans la forêt sacrée de Kikélé au Bénin, à partir d'une approche ethnographique basée sur des interviews personnalisées. Nos résultats suggèrent que la population de colobe est protégée par des croyances traditionnelles des villageois de Kikélé depuis plusieurs décennies. Cette considération ethnozoologique pourrait contribuer à la conservation du colobe de Geoffroy, surtout à l'heure actuelle où le statut de l' espèce se dégrade dans son aire de répartition.
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Croyances Traditionnelles et Conservation du Colobe de
Geoffroy, Colobus vellerosus (Geoffroy, 1834), dans la
Forêt Sacrée de Kikélé, Bénin (Afrique de l’Ouest)
S. Djego-Djossou1, M.C. Huynen2, J. Djègo1 & B. Sinsin1
1 Laboratoire d’Ecologie Appliquée, Département d’Aménagement et de Gestion de l’Environnement. Faculté des Sciences
Agronomiques, Université d’Abomey-Calavi, Bénin
2Unité de Biologie du Comportement, Ethologie et Psychologie Animale, Institut de Zoologie, Université de Liège, Liège- Belgique
Abstract: In Africa, traditional beliefs play a vital role in biodiversity conservation. We studied the attitudes and perceptions
of Kikele villagers towards the Georoy’s pied colobus in the sacred forest of Kikele, Republic of Benin, using an ethnographic
approach based on personal interviews. Our results suggest that the population of colobus has been protected by the Kikele
populations traditional beliefs for several decades. is ethnozoological consideration could contribute to the conservation
of Georoy’s pied colobus, Colobus vellerosus, especially at this present moment where the status of the species is degraded
throughout its area of distribution.
Key words: Colobus vellerosus, conservation, traditional beliefs, ethnographic approach, Benin
Résumé: Les croyances traditionnelles jouent un rôle capital dans la conservation de la biodiversité en Afrique. Les attitudes
et les perceptions des populations villageoises concernant le colobe de Georoy Colobus vellerosus ont été étudiées dans la forêt
sacrée de Kikélé au Bénin, à partir d’une approche ethnographique basée sur des interviews personnalisées. Nos résultats suggèrent
que la population de colobe est protégée par des croyances traditionnelles des villageois de Kikélé depuis plusieurs décennies. Cette
considération ethnozoologique pourrait contribuer à la conservation du colobe de Georoy, surtout à l’heure actuelle où le statut
de l’espèce se dégrade dans son aire de répartition.
Mots clés: Colobus vellerosus, conservation, croyances traditionnelles, approche ethnographique, Bénin
INTRODUCTION
La pression humaine sur les espèces animales, que cela
soit de façon directe (chasse) ou indirecte (déforestation,
dégradation, fragmentation) nest plus à démontrer dans
les forêts tropicales (Whitmore, 1997). Les primates non
humains ne sont pas épargnés de cet écocide car à certains
endroits, ils sont littéralement détruits jusqu’à l’extinction à
l’état sauvage (Mittermeier, 2008). C’est ainsi qu’en Chine,
le langur à tête dorée (Trachypithecus poliocephalus) du
Vietnam et le gibbon de Haïnan (Nomascus hainanus) se
sont éteints. Parmi les Cercopithécidés africains, les colobes,
dont l’habitat est quasi exclusivement forestier, sont encore
plus vulnérables (Oates, 1996; Galat et al., 1998). Certaines
espèces de colobe sont déjà éteintes (Procolobus pennantii
bouvieri, Procolobus badius waldroni) et plus d’une dizaine
sont en «danger critique» (IUCN, 2011). Les eets de la
dégradation ou de la disparition des habitats forestiers,
associés à la forte pression de chasse en Afrique, ont
conduit à la prise de conscience progressive de la nécessité
de conserver les habitats forestiers critiques et les espèces
qui les occupent. Mais avant l’avènement des méthodes
modernes de conservation de la biodiversité (zones érigées
en forêts classées, en parcs, réserves ou sanctuaires), les
sociétés traditionnelles fonctionnaient sur des systèmes de
croyances religieuses et culturelles basés sur des tabous, des
mythes et totems protégeant les espèces et leurs habitats
(Attuquayeo & Fobil, 2005; Bobo et al., 2011). C’est le
cas du colobe de Georoy dans les villages de Boabeng et
Fiema, dans la région de Brong Ahafo au Ghana (Akowuah
et al., 1975).C’est aussi le cas du crocodile dans certaines
régions du Bénin (Kpéra et al., 2007) et du Burkina Faso,
du python royal dans la ville de Ouidah, au Bénin, et de
la panthère en Côte d’Ivoire pour le peuple Bakwé de
Sassandra (Butaré, 2001). Cette protection, qui traduit la
relation des populations avec l’environnement, varie avec
les peuples et les groupes ethniques (Gadou, 2001). Dans
la plupart des cas, il s’agit d’interdits totémiques dont les
____________
Correspondence to: Sylvie G. Djègo-Djossou, Laboratoire d’Ecologie Appliquée, Département d’Aménagement et de Gestion de l’Environnement.
Faculté des Sciences Agronomiques, Université d’Abomey-Calavi, Bénin. Email: djegosyl@yahoo.fr
African Primates 7 (2): 193-202 (2012)
raisons sont variables. Au Bénin, au sein de l’ethnie Fon,
rencontrée au sud du pays, la consommation de la viande
de singe en général, constitue un interdit dans les familles
où sont nés des jumeaux. En Côte d’Ivoire, le chimpanzé
est devenu un animal totem pour certaines familles d’un
village riverain du Parc National de Taï, depuis qu’il a aidé
une femme perdue en forêt, à accoucher. Pour les Batéké, en
République Démocratique du Congo, c’est plutôt le bonobo
qui est interdit de chasse à cause du statut quasi-humain que
les populations lui attribuent. Compte-tenu des dicultés
rencontrées par la plupart des programmes de conservation
aujourd’hui, il serait bon d’évaluer ces savoirs locaux an de
les intégrer dans la conception des nouveaux programmes
de conservation (Cissé et al., 2004).
Classé comme «espèce vulnérable» sur la liste rouge de
l’UICN depuis 2000 (IUCN, 2011), le colobe de Georoy est
essentiellement réparti en Afrique de l’Ouest dans le couloir
sec du Dahomey Gap, depuis le euve Bandama en Côte
d’Ivoire jusqu’à l’ouest du Nigéria (Oates & Trocco, 1983) en
passant par le Ghana, le Togo et le Bénin. Plusieurs études
ont été réalisées sur le colobe de Georoy au sein de son aire
de répartition (Kankam, 1997; Korstjens, 2001; Teichroeb et
al., 2003; Djègo-Djossou, 2003; Saj & Sicotte, 2005; Wong
& Sicotte, 2006; Wong et al., 2006; Djègo-Djossou & Sinsin,
2009; Gonedelé et al., 2010), mais seuls les travaux de Saj
(Saj et al.,2006) ont abordé la conservation locale du colobe
de Georoy sur base de croyances traditionnelles au Ghana.
Au Bénin, cet aspect na jamais été étudié en ce qui concerne
les primates, et encore moins le colobe de Georoy qui
bénécie pourtant d’une protection locale remarquable
dans le village de Kikélé. Mais cette protection, qui concerne
actuellement une petite population dont les eectifs ont peu
varié depuis sa découverte en 1996, n’est ni étendue aux
autres animaux, ni observée dans les villages voisins qui font
pourtant partie du domaine vital élargi de la population de
colobes.
C’est pourquoi, nous nous proposons dexaminer dans
cette étude, dans quelle mesure les attitudes et perceptions
des habitants de Kikélé ont pu maintenir la population de
colobe de Georoy depuis plusieurs décennies. Après avoir
réalisé une analyse qualitative et une analyse quantitative
des attitudes de la population villageoise par rapport au
colobe de Georoy; nous discuterons les résultats de ces
analyses en fonction de l’ecacité des attitudes des enquêtés
dans le maintien de la population du colobe de Georoy.
MÉTHODOLOGIE
Milieu d’étude
Le village de Kikélé est situé à 7 km de Bassila sur la
route Bassila-Igbomacro-Doguè-Wari-Maro, à 4 km du
village de Manigri et à 9 Km de la frontière togolaise (Figure
1). L’habitat de la région est fortement altéré en raison de
la croissance de la population humaine et de l’exploitation
agricole, mais le village de Kikélé abrite néanmoins une forêt
d’environ 13 hectares, fréquentée par une petite population
de colobe de Georoy.
La région de Bassila est à dominance musulmane et les
Nagots constituent le groupe ethnique prédominant. Au sein
du village de Kikélé, ces Nagots représentent environ 90% et
plus de 75% d’entre eux sont des musulmans pour lesquels la
consommation de la viande de singe en général constitue un
tabou. La population villageoise se répartit en cinq tribus ou
grandes familles. Cette population estimée à 1.100 habitants
en 1992 est passée à 1.400 en 1998 (Neuenschwander, 1998)
et avoisine actuellement 3000 habitants (Biaou Tchabi
Latifou, Chef du village, commu. pers 2010).
Le climat de la région de Kikélé est de type soudano-
guinéen, caractérisé par une saison sèche, de mi-octobre
à mi-avril, alternant avec une saison pluvieuse de mi-avril
à mi-octobre. (Gbankoto, 2005) La forêt de Kikélé est
une relique forestière qui s’est progressivement retrouvée
enclavée au sein du village. On y rencontre de grands arbres
caractéristiques des forêts denses sèches avec plusieurs
formations végétales (Figure 2). Dans un rayon de 20 à 40
km de distance, on trouve trois massifs forestiers abritant le
colobe de Georoy et il existerait une autre espèce de colobe
blanc noir, probablement Colobus polykomos.
La faune est très peu diversiée dans la forêt. En dehors
du colobe de Georoy, on rencontre occasionnellement
quelques individus de Mona (Cercopithecus mona). On y
observe aussi divers rongeurs, y compris une espèce rare
d’écureuil volant Anomalurus beecroi et plusieurs espèces
d’oiseaux.
MÉTHODES
Espèce étudiée
Le colobe de Georoy, Colobus vellerosus, est une espèce
de forêt tropicale (forêts semi-décidue, sempervirente,
marécageuse, galerie) vivant dans la canopée où il passe la
majeure partie de son temps (Figure 3). Son régime, dominé
par les feuilles, comprend aussi des eurs, des graines et des
fruits (Teichroeb et al., 2003). La forêt de Kikélé abrite une
petite population de 13 à 18 individus habitués à l’homme
et comprenant 6 à 7 adultes, dont 3 mâles et 3 à 4 femelles,
4 sub-adultes et 3-7 jeunes et enfants (Djègo-Djossou, 2003
& 2009).
Population humaine
Au sein de la population humaine totale du village,
nous avons sélectionné les personnes âgées de 25 à plus de
194 / Djego-Djossou et al.
Croyances traditionnelles et conservation du Colobus vellerosus / 195
Figure 2. Diérentes
formations végétales
rencontrées dans l’îlot sacré et
position du village de Kikélé.
Figure 1. Localisation de
Kikélé et position des massifs
forestiers.
Figure 3. Colobe de Georoy de Kikélé, Bénin
65 ans, c’est à dire 684 personnes réparties en quatre
catégories à savoir: i) les autorités locales et les sages (21
personnes); ii) les membres de la tribu Tchabi Ota ou
«présumés protecteurs des singes» (26 personnes); iii) les
chasseurs (25 personnes) et iv) les villageois non membres
de la tribu Tchabi Ota (612 personnes).
Le questionnaire d’enquête utilisé pour évaluer les
attitudes et perceptions de la population villageoise à l’égard
des colobes, comprend 6 rubriques contenant chacune 2 à 6
questions portant sur: i) l’origine historique de la population
de colobe de Georoy; ii) l’évolution des eectifs de cette
population au cours du temps; iii) le statut sacré et la
protectionlocale accordée au colobe; iv) les connaissances
générales sur le colobe; v) les relations hommes-colobes et
enn vi) l’état actuel de la forêt sacrée.
Echantillonnage
Lenquête a été réalisée auprès de 57 personnes réparties
dans les quatre catégories dénies précédemment (Tableau
1). Pour les villageois, notre échantillon est restreint et peu
représentatif (taux déchantillonnage 2%) alors que pour les
trois autres catégories d’enquêtés, le taux d’échantillonnage
représente 60 à 62%. Le pourcentage est de 19 % pour la
tranche d’âge 25 à 45 ans, de 58% pour la tranche d’âge de
45 à 65 ans, et de 23% pour les plus de 65 ans. Les enquêtés
sont constitués de 93% de Nagots et 84% d’entre eux sont
des musulmans.
Lenquête conduite en novembre 2008 par l’enquêteur
(D.D.S.) a été réalisée sous forme d’interviews personnalisées.
Il est à noter que l’échantillonnage utilisé présente un ratio
femme/homme de 0.24. Ceci s’explique par des raisons
culturelles, les femmes de la communauté s’eaçant devant
leurs maris, et la catégorie des autorités et sages et celle des
chasseurs ne comportant pas de femmes.
Analyse des données
A côté des quatre catégories d’enquêtés, nous avons
déni deux sous-populations an de faire ressortir
l’approche «genre»:
- la sous-population A, comprenant des femmes et
formée par les membres de la famille Tchabi Ota et les
villageois non membres de Tchabi Ota,
- la sous-population B ne comprenant pas de femmes
et formée par les chasseurs et les autorités locales et sages.
Les réponses aux diérentes questions synthétisées en
variables dichotomiques (annexe 1) sont évaluées en termes
de pourcentage des enquêtés donnant un type de réponse
déni pour chacun des domaines d’attitude investigués. Les
diérents pourcentages sont calculés d’abord par rapport à
196 / Djego-Djossou et al.
Catégories de personnes
Eectif de la
population
Eectifs de
l’échantillon Pourcentage(%)
Membres de Tchabi Ota 26 16 28,07
Villageois non membres de
Tchabi Ota (simples villageois) 612 13 22,81
Autorités locales et sages 21 13 22,81
Chasseurs locaux 25 15 26,31
Total 684 57 100
Tableau 1- Eectifs des catégories de personnes échantillonnées dans la population d’étude
l’ensemble des enquêtés, ensuite par rapport à chacune des
sous-populations A et B, et enn par rapport aux femmes et
aux hommes dans la sous-population A.
RÉSULTATS
Attitudes et perceptions locales
Originehistorique des colobes. Selon les informations
recueillies, la majorité (plus de 96%) des enquêtés s’accordent
pour reconnaître que la population de colobe de Kikélé est
issue d’un couple de colobe ramené du village Adjè au Togo
vers 1800 (de mémoire des enquêtés) par le vieux Tchabi
Mouin d’où descendit la tribu Tchabi Ota. Le roi d’alors,
Olo Shoï (2ème roi du village) lui accorda l’hospitalité et
les singes furent introduits dans la forêt qui, à lorigine, était
très dense. Seuls moins de 4% des personnes interrogées
ignorent l’origine de la population des singes et il sagit des
villageois non membres de Tchabi Ota ou des chasseurs âgés
de moins de 35 ans, c’est-à-dire les plus jeunes enquêtés.
Au sein de la sous-population A, Tchabi Ota et villageois
non membres de Tchabi Ota, toutes les femmes (100%) ont
déclaré que les singes avaient été introduits dans la forêt
pour seulement 94% des hommes.
Evolution des eectifs de la population. Les enquêtés
s’accordent à dire que la tendance évolutive de leectif
de la population des colobes a fortement régressé avec le
temps. Les chires avancés varient de plusieurs dizaines à
des centaines d’individus. La seule raison avancée par les
enquêtés pour expliquer cette tendance régressive est que les
singes ont été longtemps chassés par leurs voisins du village
de Manigri (situé à 4 km).
Dans l’ensemble, 81% des enquêtés toutes catégories
confondues ont une bonne estimation de l’eectif actuel.
Mais celui-ci semble être plus précisément estimé par la
sous-population B, chasseurs et autorités locales, (86%
d’estimations correctes) que par la population A, Tchabi
Ota et villageois non membres de Tchabi Ota (76%). Au
sein de cette sous-population A, les hommes donnaient des
réponses plus précises que les femmes (83% d’estimations
correctes par les hommes contre 64% par les femmes). Le
reste desenquêtés (19%) ont tendance à surestimer l’eectif
actuel.
Statut sacré et protection locale. Tous les enquêtés,
hommes et femmes, reconnaissent le statut particulier du
colobe et arment que c’est un animal sacré et protégé de
la chasse dans le village. Mais la principale raison évoquée
dière selon les enquêtés. Pour 86% des enquêtés (même
ceux qui ne sont pas membres de la tribu Tchabi Ota), les
singes représentent le symbole de l’identité de leurs aïeux.
Dix pour cents des enquêtés disent que les colobes ne font
pas d’incursions dans les champs et qu’ils ne trouvent donc
aucune raison de les chasser ou de les maltraiter. Quatre pour
cents soutiennent que les singes se comporteraient comme
des oracles prédisant les malheurs du village et permettant
ainsi aux sages de prendre d’éventuelles précautions.
Les membres de la famille Tchabi Ota, protecteurs
traditionnels des colobes, déclarent de plus, que chacun
de leurs ancêtres avait auparavant son représentant dans
la population de colobes. D’après eux, chaque naissance ou
décès dans la famille Tchabi Ota coïncidait avec les mêmes
évènements dans la population de singes. Depuis plusieurs
années cependant, selon toutes les catégories d’enquêtés,
la croissance démographique humaine et celle des colobes
ne coïncident plus dans les deux populations, même si le
comportement des singes continue à prédire les dangers.
Connaissances générales sur les singes. Le niveau
de connaissance sur l’écologie, la biologie et l’éthologie de
l’espèce est moyen auprès de 33% de personnes enquêtées
et bons pour 67%. Cependant, les enquêtés de la sous-
population A, sages et chasseurs, semblent avoir une bonne
connaissance de l’espèce car 79% donnaient de réponses
justes contre 53% pour la population B. Ces connaissances
sont meilleures chez les femmes (90% de bonnes réponses)
que chez les hommes (72%).
Les relations homme-colobe et la pérennité de la
protection traditionnelle. La majorité des enquêtés (61%)
déclarent n’avoir pas de relations particulières avec les
singes, par exemple ne s’intéressent pas aux rituels qui leurs
sont associés. Au sein de la sous-population B, autorités et
chasseurs, seuls 54% des enquêtés s’intéressent aux rituels
contre 76% dans la population A. Dans cette dernière, 82%
des femmes et seulement 45% des hommes s’intéressent
aux rituels.
Une vieille dame actuellement décédée, avait la
responsabilité dapporter des soins aux singes, et en
particulier, de mettre de leau à leur disposition. Dans le
cadre de la restauration de la forêt par l’ONG APROFOND,
un puits a été construit pour approvisionner les singes en
eau. C’est ainsi que des jarres d’eau étaient mises à leur
disposition dans les concessions jouxtant la forêt pour éviter
que les singes aillent au marigot où ils pourraient se faire
tuer par les habitants des villages voisins. Mais la présente
génération qui devrait prendre le relais est peu intéressée,
même si elle continue à manifester un respect traditionnel
aux colobes.
Plusieurs éléments permettent cependant de continuer à
considérer de façon optimiste la persistance de la protection
traditionnelle à Kikélé. Actuellement, les relations entre
population humaine et population de colobe de Georoy
au sein de la famille Tchabi Ota sont consolidées par
l’intronisation récente d’un roi chargé de présider de façon
Croyances traditionnelles et conservation du Colobus vellerosus / 197
périodique des rituels en faveur de la protection du colobe
dans le village. Certaines activités présentant aussi un intérêt
économique voient le jour. Ainsi, l’installation dans le village
d’une buvette dénommée «Colobus» (Figure 4), qui traduit
l’attachement aux singes et tentent den faire un élément de
l’économie locale. Les membres de la famille Tchabi Ota
recommandent aux visiteurs, une cérémonie rituelle censée
favoriser de meilleures observations sur les singes. Ce rituel
a lieu au pied d’un grand arbre (Ficus capensis) ceinturé d’un
pagne blanc qui incarne selon les croyances, le fétiche du
colobe, nommé «Boukou».
Figure 4. Vue extérieure de la buvette Colobus, Kikélé
Etat du milieu de vie du colobe. Seuls 42% des enquêtés
ont déploré létat de dégradation actuel de la forêt mais nont
aucun souci quant à son assainissement. C’est ainsi que la
zone abritant les grands arbres sert de dépotoir d’ordures et
de toilettes pour les habitants jouxtant cette partie de la forêt.
Cependant, l’assainissement du milieu reste encore une
problématique qui relève des autorités locales. Pour 58%,
l’habitat du colobe ne présente aucun signe de dégradation
même s’il est utilisé comme décharge publique.
Dans l’ensemble, les attitudes des villageois de Kikélé
toutes catégories confondues, militent en faveur d’une
protection du colobe de Georoy à court terme. Par ailleurs,
les données collectées avec l’échantillon utilisé, ne nous
permettent pas de dire si toutes ces attitudes et perceptions
sont plus performantes chez les femmes que chez les
hommes.
Implicationdes croyances traditionnelles:
promotion de l’écotourisme
A Kikélé, la culture protectionniste en faveur du
colobe de Georoy a permis une cohabitation pacique
entre hommes et colobes depuis plusieurs décennies. Cette
cohabitation a favorisé l’habituation des singes et fait de la
forêt de Kikélé un endroit où le colobe de Georoy peut
être facilement observé en milieu naturel. C’est donc un site
idéal pour l’étude éco-éthologique du colobe de Georoy.
Le site de Kikélé et le projet de conservation des colobes
pourraient être favorisés par le développement d’activités
d’écotourisme, notamment prônées par le CEFOSAK
(Comité d’Exploitation de la Forêt Sacrée des Singes noirs
et blancs de Kikélé).
DISCUSSION
Notre étude suggère, en dépit des faiblesses de
l’échantillonnage, que les singes de Kikélé représentent pour
la population une valeur traditionnelle dont les villageois
de toutes catégories; les autorités et sages, gardiens de la
mémoire du village, les chasseurs connaissant bien l’état de
la faune, les membres de la communauté Tchabi Ota pour
lesquels les singes incarnent les mânes des aïeux et enn
les villageois non membres de Tchabi Ota, pour lesquels
l’eort d’échantillonnage a été moins grand; semblent avoir
conscience à des degrés divers.
Parmi les membres de Tchabi Ota et les villageois non
membres, une tendance intéressante se dessine qui indique
que les femmes, semblent être, plus que les hommes,
imprégnées de l’importance traditionnelle des singes.
Ceci pourrait avoir certaines implications utiles dans les
programmes de sensibilisation. Notre étude montre que la
population enquêtée connait l’origine des singes et sait que
leur eectif régresse. Cette connaissance traduit une certaine
transmission de l’histoire de génération en génération à
travers des récits, des mythes et des légendes et les femmes
pourraient y jouer un rôle déterminant car elles constituent
le socle de l’éducation des enfants.
Les meilleures connaissances naturalistes du colobe
chez les femmes pourraient sexpliquer par le fait que ces
dernières fréquentent plus la forêt que les hommes. Ce sont
elles qui vont y verser régulièrement les ordures et elles y
vont aussi pour rechercher des plantes médicinales an
de soigner leurs enfants. Cela leur fournit des occasions
multiples de voir les singes et de les observer. Aussi, lors des
sacrices aux fétiches, elles sont plus nombreuses à assister
aux rituels de la forêt que les hommes. Par conséquent, il
existe une diérence entre les connaissances locales des
femmes et celles des hommes (Huisinga et al., 2001).
Mais, le comportement des enquêtés qui utilisent la
forêt comme un dépotoir nest pas de nature à assurer un
cadre de vie adéquat aux singes et par conséquent menace
la survie de la population, même si les alentours des fétiches
installés dans la forêt sont bien entretenus. Ceci pourrait
s’expliquer par une ignorance des relations faune-habitat,
198 / Djego-Djossou et al.
un point qui devrait être intégré dans les programmes de
sensibilisation des populations locales, ou simplement
par une situation de «force-majeure», car les habitants se
tournent vers la forêt par manque de dispositifs sanitaires
adéquats dans cette partie du village.
En dépit de ces manques, et bien que le niveau de
connaissance du colobe de Georoy soit limité, force est
de constater qu’à Kikélé, le respect de leur statut sacré
joue en faveur de la population de colobes. Cette croyance
traditionnelle selon laquelle les singes doivent être protégés,
est bien étendue et respectée par les villageois de Kikélé,
qu’ils soient natifs ou non.
Ce comportement protectionniste pourrait constituer à
terme un atout pour la conservation du colobe de Georoy
et représente un terrain favorable permettant de mettre sur
pied diérentes actions de conservation, par exemple, des
actions de sensibilisation et d’éducation. Ceci serait d’autant
plus intéressant que la plupart des programmes de gestion
de faune basés sur des lois et décrets ont échoué. En eet, les
riverains développent plus de respect vis à vis des interdits
dénis par leurs autorités coutumières que des lois et
décrets venant des autorités nationales.
Les croyances évoquées à Kikélé et relatives au statut
sacré du colobe de Georoy sont partagées par la plupart
des musulmans de la région en signe de respect à la religion,
car ce singe au visage noir entouré d’une crinière blanche
laissant sur la tête une toue de poils noirs donne l’aspect du
chef religieux «Imâm », d’où l’appellation de singe Alpha
(Djègo-Djossou, 2003; Houngbégnon, 2008) utilisée pour
désigner parfois ce singe.
Cette représentation du colobe suggère que l’arrivée
de l’islam a introduit un rapport de type particulier entre
homme et nature. Des tabous traditionnels similaires
s’observent dans les villages Boabeng et Fiema dans la
région de Brong Ahafo au Ghana où le colobe de Georoy
et le Mone de Campbell vivent en parfaite harmonie avec
les habitants (Akowuah et al, 1975; Kankam, 1997; Saj et al.,
2006). Mêmes si des rituels similaires sont pratiqués, ici le
tabou vient du fait que ces singes sont considérés comme
des enfants des dieux protecteurs du village. De même,
dans le village de Soko (région de Bondoukou) au nord-est
d’Abidjan à 3 km de la frontière ghanéenne, Chlorocebus
tantalus et Erythrocebus patas vivent en parfaite harmonie
avec les habitants et sont interdits de chasse (Ibo, 1999)
comme l’exige la coutume qui voient ces singes comme leurs
parents directs. Si actuellement la jeune génération de Soko
tente de rompre avec cette tradition sous prétexte que ces
singes détruisent les cultures, cela n’est pas le cas à Kikélé
où la représentation du colobe ne dière pas selon l’âge
dans la population enquêtée. Mais il faut reconnaître qu’à
Kikélé, le colobe ne fait pas des incursions dans les champs.
Cependant, l’attitude de la jeune génération de Soko vis-à-vis
des singes nest pas généralisée car au Nigéria; Cercopithecus
sclateri, Chlorocebus tantalus et Cercopithecus mona sont
sacrés (Baker et al., 2009) et continuent dêtre protégés de la
chasse malgré les dégâts qu’ils occasionnent sur les cultures.
CONCLUSION
La présente étude a permis de documenter un cas où les
croyances traditionnelles ont su maintenir une population
de colobe de Georoy depuis des décennies. Cependant,
plusieurs éléments menacent cette conservation. Tout
d’abord les connaissances sur l’espèce et l’emprise du tabou
culturel s’amenuisent de génération en génération. L’habitat
du colobe devient de plus en plus perturbé par les activités
humaines et celles-ci pourraient favoriser des transmissions
parasitaires (zoonoses) et fragiliser la population. De plus,
l’isolement de la population associé à un eectif faible
augmente le risque de consanguinité et compromet donc
la survie de la population de colobes de Georoy. Les
chances de survie à long terme sont donc minces pour cette
population de colobe de Georoy si des mesures urgentes
ne sont pas prises.
Des campagnes de sensibilisation de la population de
Kikélé mais aussi des populations voisines (surtout celle
de Manigri) sont nécessaires pour une amélioration de
comportements, une meilleure prise de conscience et une
sécurisation du domaine vital élargi de la population locale
du colobe de Georoy. De plus, les diverses autorités en
collaboration avec les villageois, doivent conjuguer leurs
eorts pour assainir et réhabiliter la forêt. Aussi, elles doivent
œuvrer pour que les latrines soient mises à la disposition des
populations jouxtant la forêt. Par conséquent, il est urgent
d’informer les composantes impliquées dans les diverses
actions de l’importance de lenjeu, et de la nécessité de
sauvegarder le colobe de Georoy, appelé sinon à disparaître,
si l’on se e aux eectifs faibles des populations subsistant au
travers de son aire de distribution.
REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier le Conseil pour le
Développement de la Recherche en Sciences Sociales
en Afrique (CODESRIA) et la Société Américaine de
Primatologie (ASP) pour leurs appuis nanciers.
Croyances traditionnelles et conservation du Colobus vellerosus / 199
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CONTACTS DES AUTEURS
Contact de l’auteur de correspondance: Sylvie G. Djègo-
Djossou, Laboratoire d’Ecologie Appliquée, Département
d’Aménagement et de Gestion de l’Environnement. Faculté
des Sciences Agronomiques, Université d’Abomey-Calavi,
Bénin. Email: djegosyl@yahoo.fr
Marie-Claude Huynen, Unité de Biologie du Comportement,
Ethologie et Psychologie Animale, Institut de Zoologie,
Université de Liège, Liège-Belgique. Email: Marie-Claude.
Huynen@ulg.ac.be
Julien G. Djègo, Laboratoire d’Ecologie Appliquée,
Département d’Aménagement et de Gestion de
l’Environnement. Faculté des Sciences Agronomiques,
Université d’Abomey-Calavi, Bénin. Email: gdjego@yahoo.
fr
Brice Sinsin, Laboratoire d’Ecologie Appliquée, Département
d’Aménagement et de Gestion de l’Environnement. Faculté
des Sciences Agronomiques, Université d’Abomey-Calavi,
Bénin. Email: bsinsin@gmail.com
Colobe de Geoffroy Colobus vellerosus sur un pied
d’Azadirachta indica
Croyances traditionnelles et conservation du Colobus vellerosus / 201
Annexe I
Tableau de Synthèse des Questions d’Enquêtes et des Réponses Analysées
Objectifs Questions Réponses Analysées
1. Origine historique de la
population de colobe
1. Depuis quand (année) les singes sont- ils dans la
forêt?
2. Introduits ou non? Provenance? Par qui?
Les singes sont introduits dans la forêt
• Oui
• Non
2. Evolution des eectifs de la
population de colobe 1. Quel est l’eectif de la population actuelle?
2. Quel était l’eectif il y a 10 ans? 20 ans? 30 ans?
50 ans?
3. Quel (s) est (sont) le (s) facteur (s) inuençant
selon vous l’eectif?
Abondance des singes
Tendance dans le temps
• Régressive
• Non régressive
Eectif actuel
• Jusqu’à 25 individus: bonne estimation
• Au-delà de 25 individus: surestimation
3. Sacré et protection locale
1. Le colobe est-il considéré comme tout animal de
la forêt? Si non, quelle est sa particularité?
2. Quelle place accordez-vous au colobe dans votre
vie? Citez les raisons de ce choix
Le singe est protégé de la chasse
• Oui
• Non
4. Connaissances générales sur
le colobe
1. Citer les plantes dont se nourrit le colobe?
2. Quelles sont les plantes préférentiellement
consommées?
3. Quelles sont les plantes qui nont jamais été vues
mangées?
4. Quelles sont leurs principales activités?5.
Quelles sont les moments pour faire de bonnes
observations?
6. Quels sont les diérents endroits que les singes
occupent dans la forêt?
Nombre de réponses justes données
• Niveau moyen si moins 50% des
questions sont justes
• Niveau bon si plus de 50% des réponses
sont justes
5. Relation hommes-colobes
1. Avez-vous des relations particulières avec les
singes?
Si oui, comment se traduisent ces relations?
2. Que faites-vous concrètement pour
maintenir ces relations?
Présence ou absence de relations
• Présence= oui
• Absence= non
6. Etat actuel de la forêt
1. Quelle est votre appréciation de l’état de la
forêt?
2. Pensez- vous que les singes se sentent en
sécuritédans la forêt? Raisons?
3. Etes-vous prêts à utiliser des latrines pour
vos besoins? et un autre endroit pour
déposer les ordures?
Tendances
• Etat actuel dégradant
• Etat actuel acceptable
202 / Djego-Djossou et al.
... e., establishment of classified forests, parks, reserves or sanctuaries), forest management by traditional societies was influenced by religious and cultural belief systems based on taboos, myths and totems protecting species and their habitats (Oteng-Yeboah et al., 2012). This is the case for Geoffroy's white-thighed colobus monkey (Colobus vellerosus) in the village Kikélé in Benin, where the traditional belief that monkeys must be protected is widespread and respected by the villagers of Kikélé, whether they are natives or not, enhancing the protection of wildlife habitat (Djego-Djossou et al., 2012). ...
... The vegetation of this Sacred Forest contains tall trees that are typical of semi-deciduous forests. Due to the presence of Colobus vellerosus, this forest has been protected by traditional beliefs for decades (Djego-Djossou et al., 2012). Ecotourism based on the C. vellerosus is also promoted by several NGO working with the local communities of KSF. ...
... Ecotourism based on the C. vellerosus is also promoted by several NGO working with the local communities of KSF. The Nagot are the predominant ethnic group for whom the consumption of monkey meat in general is a taboo (Djego-Djossou et al., 2012). Besides C. vellerosus, the mammal fauna of KSF comprises a few individuals of C. mona and various rodents, including the rare Beecroft's flying squirrel (Anomalurus beecrofti). ...
Article
Identification and assessment of the influence of socio-cultural beliefs in the perception of ecosystem services values are increasingly important for the management of forest resources. In this paper, we present a comparative study of local perceptions of the diversity of ecosystem services, values and priorities between communities living near sacred and non-sacred forests. This study revealed 21 ecosystem services related to sacred and non-sacred forests, grouped under four categories: provisioning (n = 6), regulating (n = 7), supporting (n = 2) and cultural (n = 6) services. Local populations living near the sacred forest (Kikélé Sacred Forest) identified the non-material benefits of ecosystem services such as spiritual inspiration and religious values as more important compared to populations living around the non-sacred forest (Pénessoulou Forest Reserve). In communities near the sacred forest, similar perceptions of spiritual values of the forest were observed among young and old, and between those with and without formal education, suggesting a strong transmission between socio-demographic strata of cultural values related to the forest. However, a greater importance was given by young and formally educated community members in the provisioning services of non-sacred forests. Forest management under traditional rules and harboring voodoo, a traditional religion in Benin, could explain forest ecosystem perceptions, with higher valuation of non-material ecosystem services in comparison to those of people living in the vicinity of forests without voodoo. Our study highlights the challenges of ecosystem service valuation at the sacred and non-sacred forest interface and shows the importance of integrating traditional beliefs in forest ecosystem management strategies.
... Ce braconnage touche aussi bien les aires non protégées que les aires protégées. Cependant, partout dans le monde dont le Bénin, des peuples tiennent des aires naturelles et des espèces pour sacrées (Kpéra et al., 2004;Mensah et al., 2006 ;Bio Ouré, 2011 ;Djego-Djossou et al., 2012 ;Djègo-Djossou et Sinsin, 2009). Dudley et al. (2005) ont trouvé des liens entre des croyances et la conservation. ...
... Les modifications de l'habitat sont reconnues par des biologistes de la conservation comme la principale cause de la perte de la biodiversité à travers le monde (Sala et al., 2000 ;Kaeslin et Williamson, 2010 ;Djego-Djossou et al., 2012). Dans la classification des menaces réalisée par Collins et Storfer (2003), les modifications de l'habitat, l'introduction d'espèces exotiques et la surexploitation figurent dans la classe I. Le porc (Sus scrofa Linné, 1758), introduit dans le milieu est cité sur la liste de l'IUCN parmi les 100 espèces les plus envahissantes au monde avec un impact direct sur les reptiles (Kirchner et Soubeyran, 2007). ...
Article
Les sites naturels sacrés regorgent d’espèces traditionnellement protégées. Cette étude menée de juin 2013 à décembre 2013 à Kandi (milieu soudanien) a permis de décrire les espèces de varans et d’analyser la structure morpho-métrique des varans sacrés. Les observations directes, les enquêtes ethnozoologiques semistructurées sur 74 chefs de ménage et chasseurs et, les mesures corporelles des varans capturés ont signalé la présence de Varanus exanthematicus et Varanus niloticus différenciés à partir de la taille (87% des enquêtés), forme (61%), couleur (59%) et tempérament (52%). V. niloticus était sacré pour l’ethnie dominante "Batonu". 84% des captures étaient mâtures, pesaient en moyenne 1484 g pour 111,3 cm de long. La longueur moyenne du museau-cloaque était de 44,7 cm et la queue 65,3 cm. Ils étaient plus courts et moins lourds que V. niloticus du Lac Tchad (milieu sahélien) pouvant traduire une adaptation phénotypique. La longueur de la queue (LQ) et du museau-cloaque (LMC) s’ajustent dans le modèle LQ=1,19LMC + 11,74 (R²=0,73 ; N=37). La longueur totale (L) et la masse corporelle (MC) s’ajustent dans l’équation MC=0,03L - 1,42 (R²=0,81 ; N=37). Toutefois, leur statut écologique doit être analysé en incluant la symbiose hommes-varans.© 2015 International Formulae Group. All rights reserved.Mots clés: Varans, richesse spécifique, données biométriques, KandiEnglish Title: Inventory, morpho-metric structure and importance of sacred monitor lizard of Kandi (Northeastern Benin)English AbstractSacred natural sites abound in traditionally protected species. This study led from June 2013 to July 2013 at Kandi (Sudanese area) has enabled to describe the species of monitor lizards and to analyze the morpho-metric structure of sacred monitor lizards. Direct observations, semi-structure and ethnozoological surveys on 74 heads of household and hunters, and body measurements of monitor lizards captured have indicated the presence of Varanus exanthematicus and Varanus niloticus differentiated from size (87% of investigated), form (61%), color (59%) and temperament (52%). V. niloticus was sacred for “batonu” the dominant ethnic. 84% of the captures were matures, weighed on the average 1484 g and 111.3 cm long. The average of snout-vent-length (SVL) was 44.7 cm and the tail (TL) 65.3 cm. They were more shorts and less heavy than V. niloticus of Lake Chad (sahelian environment). It can express phenotype adaptation. Tail length and snout-vent-length fit in the model TL=1.19SVL + 11.74 (R²=0.73; N=37). Total length (L) and body mass (BM) fit in the equation BM =0.03L – 1.42(R²=0.81; N=37). Therefore, their status must been analyzed including the symbiosis human-monitor lizards.© 2015 International Formulae Group. All rights reserved.
... In Benin, C. vellerosus is restricted to the Guineo-congolese zone and Guineo-sudanian zone (Djègo-Djossou and Sinsin 2009). The species is legally protected in forest reserves (Djègo-Djossou, 2013) whereas in the Kikélé Sacred Forest its protection is based on traditional beliefs (Djègo-Djossou et al. 2012). The studies mentioned above were conducted in typical Guinea- Congo semi-deciduous forests, and here we report for the first time on the activity budget, food resources and dietary composition , as well as the physical characteristics of the trees selected as sleeping sites, of C. vellerosus in a dry forest in the Kikélé Sacred Forest. ...
... The Kikélé Sacred Forest (13 ha) is in the Bassila administrative region near the village of Kikélé in central Benin, West Africa (Fig. 1). This forest is occupied by a single, multi-male/multi-female group of Colobus vellerosus of 18 individuals that has been protected by traditional beliefs for decades (Djègo-Djossou et al. 2012). The Sacred Forest is extended by a gallery forest that surrounds the entire village and is fragmented by agricultural clearings and access roads. ...
Article
Full-text available
Understanding habitat preference and use is an important aspect of primate ecology, and is essential for setting conservation strategies. This study examined the activity budget, feeding ecology and selection of sleeping trees of a population of white-thighed colobus (Colobus vellerosus). A group of 18 was followed during 72 days over a full annual cycle in the Kikélé Sacred Forest of the Bassila administrative region in central Benin (West Africa). Activity budget and diet were determined using scan sampling. The structure of the habitat and the physical characteristics of sleeping trees were determined using plot surveys. Resting, feeding, moving, social interactions and other activities accounted for 56.6%, 26.3%, 13.0%, 3.3%, and 0.7% of the activity budget, respectively. The group spent more time feeding and less time moving in the dry season compared to the rainy season. The diet was composed of 35 plant species belonging to 16 families, with items including leaves, fruits, seeds, buds, bark, flowers, gum, and inflorescences. Only three tree species were used as sleeping trees: Celtis integrifolia, Cola cordifolia, and Holoptelea grandis. Our findings suggest that the monkeys prefer tall (22.53 ± SD 3.76 m) and large-trunked (112.07 ± SD 14.23 cm) sleeping trees. The results of this study can be used for sound management of the white-thighed colobus in the study area and elsewhere.
... Dans le Mono, l'effectif de l'espèce est en nette régression ( Amoussou, 2002). Cette situation est, selon Djego et al. (2012), due aux effets de la dégradation ou de la disparition des habitats forestiers, associés à la forte pression de chasse. Or, la fragmentation géographique des popula- tions d'hippopotames plaide pour une conservation de l'espèce site par site car chaque population pourrait être unique de par son patrimoine génétique (Noirard et Gigot, 2008 ;Dibloni et al., 2010). ...
Article
Full-text available
Hippopotamus is the second biggest mammal after elephant in the protected areas of Benin. Its populations in these special areas dedicated to biodiversity conservation are seldom known and promoted. In order to fill the gap of knowledge on the importance of Hippopotamus and its organs and produits, we undetook an ethnozoological survey among 81 people in 4 villages (Bensékou, Gbarana, Zougou-Pantrossi and Dougoulaye) from the Bariba and Boo ethnic groups in the ''Trois Rivières'' Protected Forest (North-Eastern Benin). The Hippopotamus is known in the study area for its food, medicinal, cultural, touristic, spiritual and mystico-magic, and ritual hunting values. In 2014, three sites (Icikpena, Kosinno Kaa et Louana Kaa) had 16 hippopotamus individuals, living in groups of 2 to 8 individuals. Fifteen (15) diseases were healed by the organs and products of the species, among which epilepsy, scabies, bones injuries and itching. Adults of the Boo ethnic group had more knowledge on the species than the Bariba ones. The relation human-hippopotamus varied according to age and sex. The variety in ethnozoological knowledge, anthropic disturbance and streess on the habitats, showed the strenghts but also the weaknesses of conservation and sustainable management potentials of the species in the study area. Therefore we suggested the implementation of a participaroty management plan based on the conservation of the hippopotamus as flagship species. This plan could be built on banning poaching, the promotion of ecotourism, monitoring of the species habitats and numbers, the creation of a community based protected area for all habitats important for biodiversity conservation in the region. Résumé : L'hippopotame est après l'éléphant le plus grand mammifère présent dans les aires protégées du Bénin. Ses populations dans ces zones dédiées à la protection de la biodiversité sont peu connues et valorisées. Pour comprendre l'importance de l'hippopotame, de ses organes et produits pour les populations riveraines des aires protégées, en particulier celles riveraines de la Forêt Classée des Trois Rivières au Nord-Est Bénin, une enquête a été réalisée auprès de quatre-vingt et une (81) personnes réparties dans quatre (04) villages (Bensékou, Gbarana, Zougou-Pantrossi et Dougoulaye) au sein des communautés Bariba et Boo. Dans le milieu d'étude, l'espèce est connue pour ses valeurs aux plans alimentaire, médicinal, culturel, touristique, spirituel, magico-thérapeutique et pour la chasse rituelle. En 2014, trois (03) sites (Icikpena, Kosinno Kaa et Louana Kaa) abritaient 16 individus d'hippopotames répartis en 4 groupes de 2 à 8 individus. Au total 15 maladies ou affections sont traitées par les organes ou produits d'hippopotame ; il s'agit des crises d'épilepsie, de la gale, des traumatismes des os, des douleurs articulaires, des entorses, de la dé-mangeaison, de la fièvre, du rhumatisme, de la faiblesse des os, du retard de croissance chez les enfants, des maladies infantiles, des maladies orthopédiques, des anti-mauvais sorts, de l'endurance aux combats et des portes bonheurs. Les produits sont utilisés seuls ou en association avec des produits végétaux ou animaux. Plusieurs organes et produits sont utilisés et entrent dans la composition des médicaments. L'usage des produits de l'hippopotame est plus élevé chez les adultes Boo et Bariba. La relation homme-hippopotame dans la région diffère aussi selon l'âge et le sexe. La diversité des connaissances ethnozoologiques sur l'hippopotame, l'utilisation variée de ses organes et produits, les pressions anthropiques et naturelles dénotent tant des atouts que des faiblesses pour la conservation et la valorisation de l'espèce dans le milieu d'étude. Pour une conservation et une gestion durable de l'espèce et de ses habitats, l'étude suggère la mise en oeuvre d'un plan d'action incluant les populations locales à la conservation des hippopotames qui tiendra compte de l'interdiction de la chasse, la valorisation des potentialités écotouristiques de la région, les suivis participatifs des habitats et des effectifs et la création d'une Aire Protégée Communautaire pour tous les habitats de l'hippopotame et des autres espèces d'importance pour la biodiversité dans la région.
Article
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Le colobe vert olive (Procolobus verus), le plus petit de tous les colobes, est peu documenté au Bénin. De 2008 à 2010, des investigations ont été menées dans le but de déterminer la distribution actuelle de ce singe au Bénin ainsi que les formes et la gravité des menaces pesant sur l'espèce. Pour y parvenir, des enquêtes ont été menées auprès des populations riveraines de 88 villages et de vendeurs de parties et produits d'animaux. Par ailleurs, des prospections ont été menées dans 16 forêts. Les résultats indiquent que le colobe vert olive n'est pas aussi rare qu'on le pensait : sa présence a été confirmée sur des sites où elle n'était pas confirmée auparavant. Son aire d'occurrence actuelle s'étend du sud au nord du Bénin entre 6°30 et 9°45 latitude nord et couvre une superficie de 25 403 km2. Les formes de pression qui pèsent sur la survie du colobe vert olive au Bénin sont les perturbations diverses sur les habitats créées par les activités humaines notamment la chasse de subsistance et l'agriculture extensive. Au regard de ces menaces et du fait du manque de protection du colobe vert olive, une priorité doit être accordée à la conservation de l'espèce.
Article
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La présente étude s’est déroulée dans les formations végétales du Bénin échantillonnées dans les aires d’occurrence probables du colobe de Geoffroy (Colobus vellerosus). Des données de chorologie spatiale etd’identification des pratiques endogènes de conservation ont été collectées aux moyens des entretiens avec les populations, puis des prospections pédestres dans les aires protégées et forêts villageoises. Le colobe deGeoffroy est une espèce sociable de moeurs diurnes, inféodé aux formations forestières. Au Bénin, l’aire de répartition de l’espèce, évaluée à 9.000 km² s’étend de la forêt classée de la Lama (6° 50’ - 7° 05’ N et 2° - 2°15 E) jusqu’à celle de l’Ouémé Supérieur (9°15- 9° 45’N et 2° - 2° 30 E). La dynamique de cette répartition montre une régression de l’espèce corrélativement à une diminution et à une fragmentation de son aire dont la superficie est passée de 56.000 km² en 1953 à 9.000 km² de nos jours. Heureusement, certaines populations riveraines observent des pratiques ancestrales liées à la culture et à la religion en faveur de la conservation du colobe de Geoffroy. Mots clés : Colobe de Geoffroy, distribution, conservation, régression, Bénin.
Article
Full-text available
The present paper aimed at documenting what are considered as taboos and traditional beliefs in the Batoufam and Bansoa communities in West Cameroon. Focused group discussions were realized during village meetings and ceremonies in 16 villages from April to October 2010. We found that half of the respondents are ignorant of traditional beliefs in their area, particularly what is considered as sacred. Four social taboos and nine traditional ceremonies that are specific to each community or common for both communities are mentioned. KEY WORDS: Bansoa and Batoufam, Cameroon, Culture, Taboos, Tradition beliefs.
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Englilish The Boabeng-Fiema Monkey Sanctuary in central Ghana has been called a classic example of successful ‘‘traditional’’ conservation. Local hunting taboos on two species of primates (the ursine black and white colobus and the Campbell's monkey) are thought to date back to the 1830s when a local oracle instructed the villagers to ‘‘care for the monkeys’’. However, the same level of protection is not given to the surrounding forest or other animals in the forest. In light of this situation, we examine the extent to which the traditional taboos on the monkeys complement the biological/ environmental conservation agenda. We come to the conclusion that the monkeys embody the history and foundation myths of the villages and serve as a totemic mechanism to preserve the villagers' social world. French Le "Boabeng-Fiema Monkey Sanctuary'' au centre du Ghana est considéré comme un exemple classique de conservation "traditionnelle'' réussie. Les tabous locaux sur la chasse de deux espèces de primates (le colobus oursin noir et blanc et le singe de Campbell) datent, pense-t-on, des années 1830, lorsqu'un oracle local avait fait savoir aux villageois qu'ils devaient "prendre soin des singes''. Cependant, la protection accordée aux singes ne l'est pas à la forêt environnante ou aux autres espèces animales de la forêt. C'est pourquoi l'article cherche à établir dans quelle mesure les tabous traditionnels à l'égard des singes convergent avec l'agenda de conservation biologique/environnementale. L'article en arrive à la conclusion que les singes incarnent l'histoire et les mythes fondateurs de ces villages et servent de mécanismes totémiques pour préserver l'espace social des villageois.
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Devant ce que l'on appelle aujourd'hui la crise écologique, toutes les entreprises en Afrique n'ont pu jusqu'à présent répondre, sinon très imparfaitement, aux exigences de protection et de gestion de la biodiversité. C'est pourquoi ce travail se donne pour but d'interroger la tradition religieuse africaine pour dégager et comprendre sa vision de la biodiversité, le traitement que cette vision a induit dans les sociétés africaines ainsi que les conséquences qui en ont résulté sur le plan écologique. JOURNAL OF THE PAN AFRICAN ANTHROPOLOGICAL ASSOCIATION Number 2 Volume VIII October 2001, pp. 178-199