ArticlePDF Available

Abstract

L e présent article examine le syndicalisme brésilien au cours des divers gouvernements du Partido dos Trabalhadores [Parti des travailleurs] (PT), une période qui a commencé par le premier gouvernement Lula da Silva en janvier 2003. Notre analyse porte sur les années 2003 à 2013, étant donné que les conditions économiques et politiques ont changé par la suite, déclenchant un processus d'impeachment de la présidente Dilma Rousseff en 2016. Pendant cette période, pour la première fois de l'histoire politique du Brésil, un parti né du mouvement syndical a assumé le pouvoir au sein du gouverne-ment fédéral. Les syndicats et les mouvements sociaux attendaient beaucoup des gouvernements du PT ; ils ont récolté quelques bénéfices, mais ont aussi souffert d'un certain nombre de frustrations. Le soutien des syndicats et des mouvements sociaux a été décisif pour la réélection de Lula en 2006 et pour l'élection de Dilma Rousseff en 2010. Ce contexte se distingue également du point de vue économique. D'une part, la conjoncture internationale marquée par la croissance chinoise et la forte augmentation de la demande de produits de base d'origine agricole et minérale et d'autre part, la politique économique des gouvernements « pétistes » (du PT) ont conduit à un rythme de croissance économique supérieur à celui qui
Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167 147
Armando Boito*, Andréia Galvão** et Paula Marcelino***
La nouvelle phase
du syndicalisme brésilien
(2003-2013)
Le présent article examine le syndicalisme brésilien au cours des
divers gouvernements du Partido dos Trabalhadores [Parti des
travailleurs] (PT), une période qui a commencé par le premier
gouvernement Lula da Silva en janvier 2003. Notre analyse porte sur les années
2003 à 2013, étant donné que les conditions économiques et politiques ont
changé par la suite, déclenchant un processus d’impeachment de la présidente
Dilma Rousseff en 2016.
Pendant cette période, pour la première fois de l’histoire politique du Brésil,
un parti né du mouvement syndical a assumé le pouvoir au sein du gouverne-
ment fédéral. Les syndicats et les mouvements sociaux attendaient beaucoup des
gouvernements du PT ; ils ont récolté quelques bénéfices, mais ont aussi souffert
d’un certain nombre de frustrations. Le soutien des syndicats et des mouvements
sociaux a été décisif pour la réélection de Lula en 2006 et pour l’élection de
Dilma Rousseff en 2010.
Ce contexte se distingue également du point de vue économique. D’une
part, la conjoncture internationale marquée par la croissance chinoise et la forte
augmentation de la demande de produits de base d’origine agricole et minérale
et d’autre part, la politique économique des gouvernements « pétistes » (du
PT) ont conduit à un rythme de croissance économique supérieur à celui qui
* Universidade Estadual de Campinas (Unicamp).
** Universidade Estadual de Campinas (Unicamp).
*** Universidade de São Paulo (USP).
148 Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167
a pu être observé sous les gouvernements de Fernando Henrique Cardoso1. De
grandes entreprises brésiliennes du secteur agricole, de l’extraction minière, de la
construction navale, de l’industrie lourde et de transformation, ainsi que d’autres
secteurs ont largement bénéficié de cette politique2. D’autre part, la politique
sociale des gouvernements pétistes a apporté une amélioration des conditions
de vie des travailleurs. La réduction du taux de chômage, la politique gouver-
nementale de rehaussement du salaire minimum, les politiques d’allocation de
ressources et de construction de logements sociaux ont favorisé aussi bien les
travailleurs employés dans le marché formel que les travailleurs informels, les
chômeurs et les populations marginalisées – les habitants des favelas et les travail-
leurs de l’économie paysanne en déclin, entre autres. De telles politiques écono-
miques et sociales ont leur contrepartie politique. Les gouvernements pétistes
sont parvenus à constituer une coalition politique aussi importante que contra-
dictoire, réunissant des secteurs et des classes sociales divers, coalition que nous
pourrions qualifier de « néodéveloppementiste », comme nous le verrons plus bas3.
C’est cette coalition qui a constitué la base sociale et a garanti le succès politique
et électoral des gouvernements pétistes [Boito, 2012]4.
Presque tout le syndicalisme en fait partie. On y retrouve la Central Única
dos Trabalhadores [Centrale unique des travailleurs] (CUT), liée au PT ; la Força
Sindical [Force syndicale] (FS), un adversaire traditionnel du PT qui s’est intégré
au socle de soutien du gouvernement pétiste lors du second mandat de Lula ; la
Central Geral dos Trabalhadores do Brasil [Centrale générale des travailleurs du
Brésil] (CGTB) ; la Central dos Trabalhadores e Trabalhadoras do Brasil [Centrale
1. Selon l’IBGE (Institut brésilien de géographie et de statistique), la moyenne annuelle de crois-
sance du PIB durant les huit années de mandat de Cardoso (1995-2002) a été de 2,3 %, contre
4 % pendant celles du gouvernement de Lula (2003-2010). La croissance se maintient même
après la crise internationale déclenchée en 2008, mais la moyenne a baissé de manière signifi-
cative au cours du premier mandat de Dilma Rousseff, chutant à 1,8 %. Cf. http://seriesesta-
tisticas.ibge.gov.br/series.aspx?no=1&op=1&vcodigo=ST12&t=produto-interno-bruto-br-va-
riacao-volumebrtaxa
2. Ces entreprises forment ce que nous appelons la « bourgeoisie interne ». En dépit de différences
entre les secteurs qui la composent, ce qui l’unifie en tant que fraction de classe est le rapport
d’unité et de lutte qu’elle entretient avec le capital étranger. En effet, cette fraction bourgeoise
cherche à attirer les investissements étrangers, mais, en même temps, elle demande des mesures
de protection de l’État brésilien pour préserver et améliorer sa situation économique. Sa posi-
tion politique diffère, par conséquent, soit de la position de l’ancienne bourgeoisie nationale qui
pourrait prendre une position anti-impérialiste, soit de la position des secteurs de la bourgeoisie
brésilienne dont les entreprises sont une extension de l’activité du capital international au Brésil.
La notion de « bourgeoisie interne » a été développée par Nicos Poulantzas [1974 et 1975].
3. Nous employons le terme de « coalition » pour faire référence à un regroupement politique plutôt
informel, contradictoire, et dont les forces qui le constituent n’ont pas nécessairement conscience
de la convergence d’intérêts qui les unit.
4. Nous ne sommes pas d’accord avec l’idée développée par Singer [2012] et d’autres auteurs, selon
laquelle les gouvernements du PT seraient des gouvernements bonapartistes adoptant une poli-
tique du « zigzag ».
ÉTUDES
La nouveLLe phase du syndicaLisme brésiLien (2003-2013)
Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167 149
de travailleurs et travailleuses du Brésil] (CTB) ; la Nova Central Sindical de
Trabalhadores [Nouvelle centrale syndicale de travailleurs] (NCST), créée en
2006 ; l’União Geral dos Trabalhadores [Union générale des travailleurs] (UGT),
créée en 2007 et, enfin, la Central dos Sindicatos Brasileiros [Centrale des syndicats
brésiliens] qui s’est montée en 2012 à la suite d’une scission au sein de la CGTB.
Cependant, la révision à la baisse du programme politique du PT et de la CUT a
provoqué des tensions et des conflits au sein du milieu syndical et dans les organi-
sations de gauche [Galvão, 2006 ; Galvão, Tropia et Marcelino, 2013]. Le soutien
de la CUT au gouvernement Lula a engendré un processus de scission dans la
centrale, conduisant certains courants minoritaires à créer deux nouvelles organi-
sations qui aspiraient à gagner une envergure nationale : la Conlutas (Coordenação
Nacional de Lutas) [Coordination nationale de luttes] en 2004 et l’Intersindical
[Intersyndicale] en 2006. Ces organisations, bien qu’assez minoritaires, consti-
tuent un pôle de résistance à la ligne syndicale hégémonique et contribuent à
dynamiser le paysage syndical en disputant la représentation des travailleurs au
syndicalisme hégémonique. L’action de ces organisations peut également avoir
des répercussions sur l’orientation des syndicats qui soutiennent le gouverne-
ment, les conduisant ainsi à assumer, dans certains cas, une position plus critique
face à la politique néodéveloppementiste.
L’article se divise en trois parties : la première examine la participation du
mouvement syndical dans la coalition politique néodéveloppementiste, la
seconde partie analyse l’action des centrales syndicales qui composent la coalition
et, enfin, la troisième analyse la lutte gréviste dans la phase actuelle, ses caracté-
ristiques et ses résultats.
Néodéveloppementisme et mouvement syndical
Tout au long des années 1990, décennie des réformes néolibérales et de la
stagnation économique, deux éléments ont marqué le mouvement syndical brési-
lien [Boito, 1997]. En premier lieu, dans le processus politique, l’aile majoritaire,
et la plus active du syndicalisme, organisée en Central Única dos Trabalhadores
(CUT), a conservé sa ligne d’opposition aux gouvernements Collor (1990-1992),
Itamar (1992-1994) et Cardoso (1995-2002). Les programmes d’ouverture
commerciale, de privatisation, de réforme de la sécurité sociale et de déréglemen-
tation du marché du travail opposaient les gouvernements néolibéraux aux reven-
dications et au programme historique de la CUT. En second lieu, à la base du
mouvement syndical, le nombre de grèves a chuté de moitié au cours des années
1990 (cf. graphique 1 ci-après) et les revendications des travailleurs en grève
sont devenues fondamentalement défensives – pour le maintien de l’emploi, le
paiement des arriérés de salaires, l’application des droits, le respect des clauses
contractuelles, etc. Ces deux éléments, à savoir la résistance peu efficace aux
150 Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167
réformes néolibérales et la chute du nombre de grèves, ont conduit la plupart
des chercheurs et des observateurs à parler d’une crise profonde du syndicalisme
brésilien [Rodrigues, 2002 ; Cardoso, 2003].
Au cours de la décennie 2000, ainsi qu’au début des années 2010, la situation
du syndicalisme brésilien a beaucoup changé. La nouvelle conjoncture politique
et économique, que nous évoquerons plus bas, a eu de fortes répercussions sur
le mouvement syndical dont la grande majorité, représentée par les sept plus
grandes confédérations, est devenue une base d’appui des gouvernements pétistes,
tout en restant critique. La dynamique de grèves est entrée dans une phase ascen-
dante (cf. graphique 1 ci-après) et les revendications des travailleurs ont cherché
à obtenir, avec succès, des augmentations réelles de salaires. Le nombre de grèves,
en chute depuis 1997, augmente à partir de 2003, la première année du gouver-
nement Lula. Dans une première phase, de 2003 à 2007, le nombre de grèves
stagne autour de 300 par an, tandis que, de 2008 à 2013, une croissance plus forte
se confirme [Dieese, 2006, 2009 (a), 2009 (b), 2012 (b), 2013]5. Aujourd’hui,
certains analystes du mouvement syndical considèrent que le syndicalisme brési-
lien se trouve en phase ascendante, qu’ils qualifient de « redressement » [Boito et
Marcelino, 2010, p. 323].
Graphique 1. trente ans de Grèves au Brésil, 1984-2013
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
0
500
1000
1500
2000
2500
Total Secteur privé Fonctionnaires Entreprises d'État
Source : Département intersyndical de statistiques et d’études socio-économiques [Dieese, 2015, p. 42].
Les changements qui ont eu lieu au Brésil s’insèrent dans la conjoncture
générale de l’Amérique latine. Le modèle néolibéral est entré en crise sur tout le
continent ; après une brève période de succès politique et idéologique, l’idéologie
5. Le nombre de grèves est toutefois loin de celui des années 1980, une décennie exceptionnelle
dans l’histoire du syndicalisme brésilien, qui a allié des « éléments explosifs » en politique et en
économie : la crise de la dictature militaire et des taux annuels d’inflation extrêmement élevés.
L’année 1989 a enregistré un record de près de 2 000 grèves et un taux d’inflation de 1 764 %.
ÉTUDES
La nouveLLe phase du syndicaLisme brésiLien (2003-2013)
Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167 151
et les gouvernements néolibéraux ont commencé à être contestés dans la plupart
des pays de la région. C’est alors que se sont formés trois groupes de pays repré-
sentant des situations bien différentes [Boito, 2007]. Dans un premier groupe se
trouvent les pays possédant des gouvernements conservateurs et dans lesquels le
néolibéralisme se maintient, sans même être passé par un processus significatif
de réformes. C’est le cas du Mexique, de la Colombie et du Pérou. À l’autre
extrémité se situe le groupe de pays dont les gouvernements cherchent, avec plus
ou moins de succès, à rompre avec le modèle capitaliste néolibéral. Ce sont des
pays dotés d’une économie minière et pétrolière et d’une faible diversification
industrielle ; ils sont dirigés par des gouvernements de gauche qui possèdent une
forte base populaire : le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur. Un troisième groupe,
qui occupe une position intermédiaire dans le spectre politique, est constitué par
des pays tels que le Brésil et l’Argentine, caractérisés par une économie capita-
liste développée, un parc industriel diversifié et, au cours des années 2000-2010,
des gouvernements formés par des partis de base ouvrière et de classe moyenne
inférieure salariée – le Partido Justicialista [Parti justicialiste], péroniste, en
Argentine, et le PT au Brésil. Dans ce dernier groupe, les gouvernements ont
établi une coalition politique entre, d’une part, la grande bourgeoisie interne, qui
avait accumulé des contradictions avec le modèle néolibéral sous sa forme la plus
orthodoxe, et, d’autre part, la classe ouvrière et la classe moyenne inférieure. Alors
qu’au Venezuela, en Bolivie et en Équateur la base populaire des gouvernements
postnéolibéraux se compose, principalement, de paysans, d’indigènes et d’un
spectre beaucoup plus diversifié de classes populaires urbaines, au Brésil et en
Argentine, le mouvement syndical ouvrier et de classe moyenne inférieure est la
force sociale qui ressort en tant que base d’appui des gouvernements qui sont en
train de réformer le modèle capitaliste néolibéral. C’est cette coalition politique
qui a servi de base au néodéveloppementisme au Brésil et en Argentine et qui a
permis au syndicalisme brésilien de se redresser.
Comment s’est formée la coalition politique ? Quel est son programme ? Quel
type de reprise a-t-elle rendu possible pour le syndicalisme brésilien ?
Tout au long des années 1990, le mouvement syndical, ainsi que les organi-
sations patronales ont connu un processus de redéfinition de leurs positions
politiques. La CUT, qui au cours de la décennie 1980 défendait dans son
programme l’instauration d’un État de bien-être au Brésil, a été acculée à
adopter des réformes néolibérales et à abandonner ce programme. Par la suite,
disposée à faire des concessions, elle s’est rapprochée d’un programme politique
que nous pourrions qualifier de « néodéveloppementiste ». Dans le même temps,
les entrepreneurs du secteur industriel accumulaient des contradictions avec le
programme néolibéral du gouvernement Cardoso, qu’ils avaient initialement
soutenu. Les entrepreneurs de l’industrie critiquaient principalement l’ouverture
commerciale, les taux d’intérêt élevés et la stagnation économique [Boito, 1997].
152 Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167
En juin 1996, la CUT et la Força Sindical [Force syndicale] (FS) ont appelé à une
grève générale contre la récession et le chômage. La grève a eu lieu le 21 juin et
environ 12 millions de travailleurs ont cessé leurs activités dans tout le pays. La
nouveauté – voire la surprise – de la grève fut le soutien officiel et actif qu’elle
reçut de la principale fédération d’industries du Brésil – la puissante Federação
das Indústrias do Estado de São Paulo [Fédération des industries de l’État de São
Paulo] (Fiesp). La rencontre entre le mouvement syndical et les patrons ne fut
pas un fait isolé, mais il peut être considéré, de par son importance et de par
le caractère insolite de l’épisode dans l’histoire des grèves au Brésil, comme le
point de départ de la coalition politique qui allait se former afin de soutenir les
gouvernements du PT. De fait, lors de l’élection présidentielle de 2002, remportée
par le candidat Lula da Silva, la position des grands entrepreneurs de l’industrie
a été différente de celle qu’ils avaient adoptée pour l’élection de 1989. À cette
époque, le président de la Fiesp avait déclaré qu’en cas de victoire de Lula, les
entrepreneurs les plus influents et leurs capitaux quitteraient le pays. Or, depuis
le début de son gouvernement en 2003, Lula da Silva a entretenu des relations
politiques proches et institutionnalisées aussi bien avec la Fiesp, son ancienne
ennemie politique, qu’avec le mouvement syndical, d’où il venait et qui l’avait
projeté sur la scène politique nationale.
La politique économique et sociale du néodéveloppementisme se situe en
deçà de la politique développementiste classique – celle qui a prévalu entre les
années 1930 et 1980 –, mais elle se distingue également du néolibéralisme ortho-
doxe des gouvernements Cardoso6. Elle est néodéveloppementiste parce qu’elle
met l’accent sur la croissance économique et parce qu’elle conçoit l’État comme
le promoteur de la croissance7 ; des objectifs qui étaient absents ou marginalisés
à l’époque des gouvernements Cardoso. Ses instruments les plus évidents sont
des investissements directs de l’État ; le financement accordé par des banques
publiques à des investisseurs privés à des taux d’intérêt subventionnés ; la création
de nouvelles mesures protectionnistes en donnant la priorité aux entreprises
locales, au détriment des entreprises étrangères pour les achats de l’État et des
entreprises publiques ; et la mise en place d’une politique extérieure qui donne
une plus grande importance aux relations commerciales et diplomatiques avec le
6. Ce type de classification – orthodoxe, hétérodoxe – dépend toujours de l’élément de comparai-
son, en fonction duquel la classification peut changer. Par exemple, si on le compare au néolibé-
ralisme du gouvernement Menem en Argentine, le néolibéralisme des gouvernements Cardoso
a été modéré.
7. Le développementisme classique se rapproche du keynésianisme dans la mesure où il a eu recours
à l’interventionnisme d’État pour promouvoir l’industrialisation dans les principales économies
d’Amérique latine. La grande référence intellectuelle du développementisme brésilien, l’écono-
miste Celso Furtado, avait une conception technocratique, selon laquelle la bureaucratie d’État
serait le seul segment capable de promouvoir les intérêts nationaux.
ÉTUDES
La nouveLLe phase du syndicaLisme brésiLien (2003-2013)
Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167 153
Sud et cherche à trouver des marchés pour les grandes entreprises brésiliennes
et à faciliter leur expansion internationale. La politique néodéveloppemen-
tiste se situe en deçà du vieux développementisme dans la mesure où elle ne
rompt pas avec certains éléments de base du modèle capitaliste néolibéral qui
limitent la politique de croissance économique en elle-même : la dette publique
qui consomme une grande partie du budget de l’État en annulant sa capacité
d’investissement, le maintien d’un taux d’intérêt élevé qui inhibe l’investissement
privé et l’ouverture économique qui menace les entreprises industrielles locales.
Cependant, bien qu’il ne constitue pas une rupture avec certains éléments de
base du modèle néolibéral, le néodéveloppementisme tend à les flexibiliser, à les
modérer, afin de stimuler la croissance économique et de construire un espace
propice pour une politique sociale de réduction de la pauvreté. En termes de
politique économique, les gouvernements du PT ont considérablement augmenté
la dotation budgétaire de la Banque nationale de développement économique
et social (BNDES) et l’ont mise au service des entreprises brésiliennes. Ils ont
réduit progressivement le taux directeur – même s’il se maintient à un niveau
élevé – et l’excédent budgétaire primaire et suspendu le programme de priva-
tisation. En matière de politique sociale, ils ont mis en place un mécanisme de
rehaussement du salaire minimum, créé ou stimulé des programmes de transfert
de revenu – Bolsa Família [Bourse des familles] et Auxílio de Prestação Continuada
(un revenu aux personnes âgées et handicapées) –, élaboré un programme pour
la construction de logements sociaux, Minha Casa, Minha Vida [Ma maison, ma
vie], et établi une politique visant à soutenir les petits agriculteurs.
Le programme économique néodéveloppementiste a réduit le chômage de
moitié (de 12,3 % en 2003 à 5,4 % en 2013 [IBGE, 2015, p. 15]) et créé des condi-
tions bien meilleures pour l’organisation et la lutte syndicale. Entre avril 2003
et janvier 2013, c’est-à-dire pendant les dix années de gouvernement pétiste, le
salaire minimum est passé de 240 à 678 reais. Une fois déduite l’inflation de la
période, l’augmentation a représenté un gain réel de 70,49 % [Dieese, 2012 (a)].
Quant à la baisse du taux de chômage, elle améliore non seulement les conditions
de vie des travailleurs, mais aussi la lutte syndicale.
Le redressement du syndicalisme brésilien, étant donné les conditions dans
lesquelles il s’est déroulé, possède des caractéristiques particulières. Parmi celles-
ci, il nous semble important de souligner que le redressement de la lutte revendi-
cative – qui sera l’objet d’une analyse dans la troisième partie de notre étude – se
double d’une modération du programme politique du mouvement syndical.
La modération politique du mouvement syndical
Les gouvernements pétistes stimulent deux types de pratiques syndicales
apparemment contradictoires : a) en développant les mécanismes institutionnels
154 Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167
dont les syndicats disposent pour agir auprès de l’État et en encourageant une
alliance entre le mouvement syndical et une partie du patronat, les gouverne-
ments pétistes incitent la modération politique au sommet du mouvement ; b) en
faisant baisser le chômage et en permettant une reprise de la croissance écono-
mique, ils stimulent la lutte revendicative et l’obtention d’améliorations dans le
cadre de conventions et d’accords collectifs.
Il convient auparavant d’expliquer ce que nous entendons par modération
politique. Comme nous l’avons indiqué précédemment, à partir des années 1990,
la CUT a abandonné la lutte pour la mise en œuvre d’un État de bien-être social.
En effet, le point de mire de la confédération a changé. Les propositions de
nationalisation des banques et des services de santé, d’éducation et de trans-
port ont perdu peu à peu la place qu’elles occupaient, tandis que les syndicats
affiliés à la CUT se sont concentrés sur la défense de la reprise de la croissance
économique [Giannotti et Lopes Neto, 1992 ; Galvão, 2002]. Ce changement
programmatique n’empêche pas la CUT de promouvoir des actions combatives
en défense de revendications spécifiques, notamment contre la suppression de
certains droits des travailleurs.
Toutefois, si la modération politique du syndicalisme brésilien est une carac-
téristique qui peut être identifiée depuis les années 1990, les interlocuteurs du
mouvement syndical de cette décennie-là étaient affiliés à un gouvernement
considéré comme un opposant politique et à un patronat qui avait déclenché une
offensive contre les travailleurs, que ce soit par des attaques aux droits du travail
ou par la restructuration de la production et de la gestion des entreprises. À partir
des gouvernements du PT, les interlocuteurs appartiennent à un parti allié et le
patronat est, en partie, intégré à la coalition politique qui soutient ces gouverne-
ments. Ainsi, si d’une part les conditions économiques plus favorables observées
sous ces gouvernements offrent au syndicalisme plus de chances d’obtenir des
avancées, d’autre part les syndicalistes proches au Parti des travailleurs doivent
toujours veiller à ne pas faire de demandes qui puissent créer des difficultés
politiques pour le gouvernement. La politique de modération n’est donc pas
le résultat d’une simple participation de membres du syndicat aux institutions
gouvernementales ni de l’occupation des postes au sein du gouvernement, mais
d’un processus plus large, qui ne se limite pas à des dirigeants syndicaux, car
l’ensemble des travailleurs a également été favorisé par la politique salariale et
sociale des gouvernements du PT. Ces précisions étant faites, revenons à l’analyse
des pratiques syndicales sous les gouvernements du PT.
Le gouvernement Lula, lors de son premier mandat, a augmenté la partici-
pation des syndicats au sein des organismes gouvernementaux – une possibilité
permise par la Constitution de 1988 et mise en pratique depuis les années 1990,
avec le Conselho Deliberativo do Fundo de Amparo ao Trabalhador [Conseil délibé-
ratif du fonds de soutien au travailleur] (Codefat) et le Conselho Curador do Fundo
ÉTUDES
La nouveLLe phase du syndicaLisme brésiLien (2003-2013)
Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167 155
de Garantia por Tempo de Serviço [Conseil administratif du fonds de garantie par
temps de service] (FGTS) – par la création de deux organismes tripartites, le
Fórum Nacional do Trabalho [Forum national du travail] (FNT) et le Conselho
de Desenvolvimento Econômico e Social [Conseil de développement économique
et social] (CDES)8. De plus, le gouvernement a organisé une série de confé-
rences pour débattre des politiques publiques dans différents domaines, ce qui a
ouvert de nouveaux espaces pour une intervention des travailleurs à travers leurs
organisations syndicales et aux mouvements sociaux. À la fin de son mandat, il a
approuvé une loi prévoyant la participation de représentants du personnel dans
les conseils d’administration des entreprises publiques de plus de 200 salariés.
L’intensification de la participation syndicale dans les instances administra-
tives nous permet de parler d’une augmentation de l’influence du syndicalisme
dans la politique, mais cela ne signifie pas que le syndicalisme dirige la politique
gouvernementale. Ainsi, la capacité de formation syndicale contraste avec une
intervention syndicale limitée dans le processus de prise de décision, car une
partie minoritaire des propositions du syndicalisme est effectivement discutée
dans les espaces institutionnels ménagés par le gouvernement et seule une partie
encore plus petite est mise en pratique. Cependant, l’expansion des canaux de
participation dans les organismes consultatifs du gouvernement et la relation
de proximité entre le gouvernement et une partie significative du mouvement
syndical ont affecté les conceptions et les stratégies syndicales, contribuant à
fortifier la perspective d’action conjointe du syndicalisme avec les gouvernements
pétistes et avec la bourgeoisie interne.
La priorité donnée à l’action institutionnelle par les centrales syndicales et
leur disposition pour une coalition politique ne signifient pas l’absence de conflits,
comme nous le verrons plus bas. De même, la priorité donnée à la défense des
intérêts économiques corporatifs des différents segments de travailleurs, comme
cela arrive dans les grèves de certaines catégories pour une augmentation réelle
de salaire, ne signifie pas une absence de demandes politiques plus générales. Les
centrales syndicales présentent une vaste liste de revendications, dans laquelle se
trouvent notamment la valorisation du salaire minimum, la réduction du temps
8. Précisons toutefois que le FNT et le CDES sont des conseils consultatifs, constitués dans une
perspective de dialogue social. Ils sont destinés à débattre sur des réformes (de la législation du
travail, des syndicats, de la sécurité sociale, des impôts) que le gouvernement Lula prétendait
mettre en œuvre. Quant aux conseils créés dans les années 1990, ils ont un caractère délibératif.
Le conseil administratif du FGTS a pour fonction d’administrer un type d’épargne faite par
l’employeur au nom de ses employés et qui peut être utilisée en cas de licenciement sans motif, de
retraite, d’acquisition d’un logement ou de maladie grave (cancer, sida) du salarié ou des membres
de son foyer. Le Codefat établit des règles pour la concession de l’assurance chômage et le paie-
ment de la prime à laquelle ont droit les salariés qui gagnent jusqu’à deux salaires minimums et
élabore des propositions pour l’attribution de ressources comme la concession de crédits pour la
création d’emplois et de revenus et de programmes de qualification professionnelle.
156 Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167
de travail de 44 à 40 heures par semaine, la fin du licenciement sans motif, la
signature de la convention 151 de l’OIT afin d’instituer l’obligation de la négocia-
tion collective dans le secteur public, la fin du facteur previdenciário9, la fin de la
sous-traitance, l’augmentation des ressources pour l’éducation et l’augmentation
de l’investissement public.
La CUT est la grande instigatrice du Projeto de desenvolvimento sob a ótica da
classe trabalhadora [Projet de développement sous l’optique de la classe des travail-
leurs] (2005), qui culmine dans l’Agenda da classe trabalhadora para um projeto
nacional de desenvolvimento com soberania, democracia e valorização do trabalho
[Agenda de la classe travailleuse pour un projet national de développement dans
la souveraineté, la démocratie et la valorisation du travail], un ensemble de reven-
dications élaborées à l’occasion de la campagne présidentielle de 2010. L’agenda,
également suivi par les autres centrales de la base de soutien du gouvernement,
propose de réviser, et non de révoquer, certaines mesures instituées par le gouver-
nement Cardoso qui réduisent la capacité d’investissement de l’État, comme les
objectifs de l’excédent budgétaire primaire, la loi de partenariats public-privé et
la loi de responsabilité fiscale. Parallèlement, la CUT soutient les mesures qui
intéressent la grande bourgeoisie interne et promeut des initiatives en partenariat
avec la fraction bourgeoise, comme ce fut le cas de l’organisation du séminaire
« Brésil du dialogue, de la production et de l’emploi », organisé par la Fiesp, la
CUT, et la FS en mai 2011. Il s’agissait de sceller un pacte pour protéger l’indus-
trie, en défendant la réduction des impôts et des contributions patronales, dans
le but « d’encourager prioritairement les investissements productifs, au détriment
de la spéculation financière » [CUT, 2011, p. 19]. Cet exemple de l’action de
travailleurs et d’entrepreneurs industriels contre la désindustrialisation n’est pas
un fait isolé. Au cours de l’année 2011, les centrales syndicales et les fédérations
d’industriels ont organisé ensemble des manifestations dans diverses capitales
d’États contre les taux d’intérêt élevés qui inhibent les investissements, contre
le taux de change valorisé qui facilite l’importation de produits manufacturés et
contre la charge fiscale qui réduirait la compétitivité de l’industrie brésilienne.
De tels épisodes témoignent de la participation du syndicalisme à la coalition
néodéveloppementiste.
Celle-ci empêche cependant de mener de façon efficace et cohérente une lutte
pour des propositions rencontrant une forte résistance de la part du patronat.
C’est le cas des propositions, mentionnées ci-dessus, de réduction du temps de
travail hebdomadaire à 40 heures sans réduction de salaire, de la réglementa-
tion de la sous-traitance et de la fin du facteur previdenciário. Parmi toutes les
propositions syndicales présentées, la seule qui ait eu du succès fut la politique
9. Il s’agit d’un réducteur, institué par la réforme de la sécurité sociale réalisée par le gouvernement
de Fernando Henrique Cardoso, afin d’inciter le travailleur à rester plus longtemps en activité.
ÉTUDES
La nouveLLe phase du syndicaLisme brésiLien (2003-2013)
Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167 157
de valorisation du salaire minimum, fruit d’un accord négocié entre les centrales
syndicales et le gouvernement en 2007, et qui prévoit le relèvement annuel du
salaire minimum selon le taux d’inflation et la variation du PIB de l’année précé-
dente. La ratification de la Convention 151 de l’OIT a été promulguée par un
décret présidentiel en 2013, mais elle n’est pas encore réglementée.
Comme nous l’avons mentionné, la priorité donnée par le mouvement
syndical à la participation aux organismes créés par les gouvernements pétistes ne
signifie pas une absence de mobilisation et de conflit. Entre 2003 et 2009, toutes
les centrales syndicales, en compagnie d’autres mouvements sociaux, ont promu
six marches nationales « de la classe des travailleurs », pour le rehaussement du
salaire minimum, l’emploi et les droits sociaux ; en 2009, elles ont organisé deux
manifestations conjointes contre les effets de la crise économique ; en 2013, elles
ont réalisé la septième édition de la marche de la classe des travailleurs et deux
journées nationales de lutte après les manifestations de juin, avec pour objectif
déclaré de « faire avancer les revendications des travailleurs au Parlement ».
Tout au long de cette période, les centrales syndicales ont maintenu un calen-
drier de luttes, avec des journées de mobilisation contre les licenciements et pour
la stabilité de l’emploi, des grèves contre les conditions précaires de travail dans
le secteur privé et contre le non-respect d’accords négociés avec le gouvernement
dans le secteur public10. En 2011 et en 2012 eurent lieu d’importantes grèves des
travailleurs de l’éducation, des postes, des banques (tant des banques publiques
que privées), du secteur pétrolier et de la construction civile11. Une partie impor-
tante de ces mobilisations a été provoquée par les contradictions des gouverne-
ments pétistes qui, en plus de ne pas donner suite à la liste de revendications
présentée par les centrales syndicales, contrariaient certains intérêts de leurs
bases, comme dans le cas de la privatisation. Bien que Dilma Rousseff, lorsqu’elle
était candidate, ait tenu un discours critique envers la privatisation, une fois au
pouvoir elle a promu la reprise des ventes aux enchères des puits de pétrole et la
privatisation des aéroports, s’attirant ainsi des critiques et provoquant même des
manifestations de la part des centrales qui, pourtant, l’avaient soutenue.
L’unité d’action n’élimine pas, comme nous l’avons affirmé, les différences
entre le syndicalisme hégémonique et le pôle minoritaire représenté par Conlutas
et l’Intersindical. Ces différences peuvent être observées lors de la négociation
de points qui semblent faire l’unanimité entre les centrales. Trois exemples
permettent de relever quelques-unes de ces divergences. Bien que toutes les
10. Depuis 2003, le gouvernement fédéral négocie avec les fonctionnaires par l’intermédiaire d’une
Table nationale de négociation permanente, mais les négociations sont établies et interrompues
au gré de la conjoncture et les accords célébrés ne sont pas respectés par le gouvernement.
11. Les grèves au Brésil sont organisées par les syndicats de base, non nécessairement liés à des cen-
trales syndicales, bien que la plupart le soient : 75 % des 10 274 syndicats enregistrés au ministère
du Travail et de l’Emploi sont affiliés aux centrales [Galvão, Tropia et Marcelino, 2015, p. 22].
158 Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167
centrales revendiquent la fin du facteur previdenciário, les centrales intégrées à
la coalition néodéveloppementiste (à l’exception de la CTB) ont négocié avec le
gouvernement une formule qui élimine ce réducteur uniquement pour certains
travailleurs, renonçant ainsi à la défendre en tant que mesure valable pour tous
les travailleurs, sans exception. De même, alors que Conlutas et Intersindical
réclament la fin de la sous-traitance pour tout type d’activité, les autres centrales
considèrent qu’il n’est pas question de l’interdire péremptoirement, mais plutôt
de la réglementer. Enfin, les divergences entre les centrales concernent aussi les
mesures qui représentent un risque de flexibilisation des relations de travail. L’un
des syndicats les plus importants de la CUT, le Syndicat des métallurgistes de
l’ABC, a présenté au gouvernement en 2011 une proposition d’Acordo Coletivo de
Trabalho com Propósito Específico [Accord collectif de travail dans un but particu-
lier], qui autorise les syndicats à négocier avec les entreprises des accords collectifs
dont les clauses dérogent aux normes du code brésilien du travail, la Consolidação
das Leis do Trabalho [Consolidation des lois du travail] (CLT).
Ces exemples permettent d’illustrer la modération politique qui caractérise le
sommet du syndicalisme. À la base du mouvement, cependant, nous observons
que les grèves se trouvent sur une ligne clairement ascendante et que la grande
majorité des accords signés ont permis l’augmentation réelle des salaires.
La croissance de la lutte gréviste (2004-2012)
La période néodéveloppementiste au Brésil, sous les gouvernements du PT,
est marquée par une reprise de la lutte gréviste des travailleurs. Depuis 2004,
deuxième année du premier mandat de Lula da Silva, nous assistons à un
nouveau cycle de grèves12 et à un retour de l’activité syndicale vers son paradigme
historique : une activité gréviste significative et organisée presque exclusivement
pendant les périodes officielles de réajustement salarial13, des revendications
plutôt circonscrites à la question salariale et l’absence de participation organique
des travailleurs dans la vie syndicale14. En ce qui concerne les organisations de
base du mouvement syndical, l’action gréviste se maintient à un niveau élevé et
la grande majorité des grèves a permis des gains réels de salaires ; au sommet du
12. Pour une analyse du cycle de grèves précédent (1978-1997), cf. Eduardo G. Noronha [2009,
p. 119-168].
13. Au Brésil, chaque catégorie professionnelle a un mois spécifique de l’année, selon le calendrier
légal, destiné à la négociation salariale.
14. Les raisons de cette façon d’agir sont directement liées à la structure du syndicalisme brésilien.
Cela fait presque quatre-vingts ans que ses bases n’ont pas changé. La principale conséquence est
que les syndicats restent ainsi dépendants de la tutelle de l’État, depuis la reconnaissance du syn-
dicat représentatif d’une catégorie en particulier jusqu’à son soutien financier et la réglementation
des conflits (cf. Boito [1991]).
ÉTUDES
La nouveLLe phase du syndicaLisme brésiLien (2003-2013)
Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167 159
mouvement, comme nous l’avons signalé précédemment, la dispute politique est
devenue plus vive avec l’apparition de nouvelles centrales syndicales.
Certains indicateurs concernant les grèves de la période de 2004 à 2012
mettent plus particulièrement en lumière trois aspects : le niveau d’activité
gréviste, les types de revendications et les résultats que les travailleurs ont obtenus
par la lutte gréviste en termes de salaires. Les grèves que nous analyserons sont,
pour la plupart d’entre elles, organisées par les syndicats des catégories profes-
sionnelles – peu de grèves sont convoquées par les centrales syndicales. Pendant
les années 2000, particulièrement après 2004, bien que le nombre de grèves
ait diminué par rapport aux années 1990 (entre les années 2004 et 2012, il y a
eu 450 grèves et 1,7 million de grévistes par an15), les grèves ont renforcé leurs
revendications et leurs acquis ; elles ont avancé qualitativement. On remarque la
participation majoritaire du secteur public dans les grèves menées au cours de
cette période (cf. tableau 1 ci-après), ce qui est caractéristique du syndicalisme
brésilien dans les trois dernières décennies. Quoi qu’il en soit, pendant quatre des
neuf années analysées, de 2008 à 2012, le nombre de grèves a été plus grand dans
la sphère privée que dans la sphère publique. La participation des travailleurs du
secteur privé, même avant 2008, était élevée et croissante au cours de la période
2004-2008, que l’on prenne en compte le nombre de grèves ou le nombre de
grévistes. L’équilibre entre le nombre de grèves qui ont eu lieu dans les secteurs
public et privé ne se reflète pas directement sur le nombre de grévistes répartis
dans les deux secteurs. Si l’on considère seulement les années 2009 et 2012, le
nombre de grévistes du secteur privé a dépassé celui du secteur public16.
15. Departamento Intersindical de Estatísticas e Estudos Socioeconômicos [Département intersyndical de
statistiques et d’études socio-économiques]. Cf. Dieese [2006, 2009 (a), 2009 (b), 2012 (b) et
2013]. À titre de comparaison, la População Economicamente Ativa [Population économiquement
active] (PEA) au Brésil est de l’ordre de 80 millions de travailleurs. La population totale du
Brésil a atteint, lors du dernier recensement (2010), 191 millions d’habitants.
16. Il faut prendre en compte le fait que certains syndicats brésiliens réunissent des travailleurs d’en-
treprises publiques et du secteur privé ; c’est notamment le cas du syndicalisme bancaire.
160 Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167
taBleau 1. nomBre de Grèves dans les seCteurs puBliC et privé, 2004-2012
Secteur public Secteur privé Secteurs public
et privé*
Total
Fonctionnariat Entreprises
d’État
Total
secteur public
2004 158 27 185 114 3 302
52 % 9 % 61% 38% 1% 100%
2005 138 24 162 135 2 299
46% 8% 54% 45% 1% 100%
2006 145 20 165 151 4 320
45,31% 6% 52% 47% 1% 100%
2007 140 21 161 149 6 316
44% 7% 51% 47% 2% 100%
2008 155 29 184 224 3 411
38% 7% 45% 55% 1% 100 %
2009 215 36 251 266 1 518
41,5% 6,9% 48,5% 51,4% 0,2% 100%
2010 234 35 269 176 1 446
52% 8% 60% 39% 0,2% 100%
2011 296 29 325 227 2 554
53% 5% 59% 41% 0,4% 100%
2012 380 28 408 461 3 872
44% 3% 47% 53% 0,3% 100%
*Grèves déclenchées par des syndicats regroupant des travailleurs du secteur privé et de la fonction publique.
Source : Département intersyndical de statistiques et d’études socio-économiques (Dieese).
Le quasi-équilibre entre le nombre de grèves déclenchées dans les secteurs
public et privé démontre que d’autres facteurs, au-delà de la stabilité, typique
de la fonction publique, ont motivé les grèves ; le principal d’entre eux est le fait
que, dans une conjoncture d’amélioration des conditions générales de l’emploi, le
mouvement syndical peut être plus offensif dans ses revendications. Les grèves
ont été, en grande partie, des grèves offensives, c’est-à-dire déclenchées pour de
nouveaux acquis. Ces grèves demandent l’augmentation du montant destiné à
la rémunération du travail, en empiétant sur les revenus des entreprises ou sur
les ressources de l’État, que ce soit sous la forme d’une augmentation salariale
ou sous la forme de clauses de protection du travail et d’avantages sociaux (par
exemple une augmentation des temps de pause ou des bons d’alimentation). Tout
ceci montre que les grèves ne sont plus essentiellement, comme elles l’étaient
dans les années 1990, à savoir des mouvements sociaux pour récupérer ou éviter
des pertes de droits. Les revendications les plus présentes dans ce nouveau cycle
de luttes ont visé un gain réel de salaire, la conquête ou l’augmentation de la
Participação nos Lucros e Resultados [Participation aux bénéfices et aux résultats]
ÉTUDES
La nouveLLe phase du syndicaLisme brésiLien (2003-2013)
Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167 161
(PLR)17 et l’établissement de Planos de Cargos e Salários [Plans de carrières et
de salaires] qui permettent de progresser dans les carrières (tant dans la sphère
publique que privée).
taBleau 2. Grèves et types de revendiCation 2004-2012
Types de revendication
Nombre
total de
grèves
dans
l’année*
Offensive Défensive
maintien
des
conditions
non-respect
des droits Protestation Solidarité
Sans
informa-
tion
2004 302 197 161 54 107 28 2 0
65,2 % 53,3 % 17,9 % 35,4 % 9,3 % 0,7 % -
2005 299 207 135 72 70 50 2 2
69,2 % 45,2 % 24,1 % 23,4 % 16,7 % 0,7 % 0,7 %
2006 320 217 168 110 87 49 2 0
67,8 % 52,5 % 34,4 % 27,2 % 15,3 % 0,6 % -
2007 316 209 146 61 101 48 1 0
66,1 % 46,2 % 19,3 % 32 % 15,2 % 0,3 % -
2008 411 284 171 72 118 53 1 0
69,1 % 41,6 % 17,5 % 28,7 % 12,9 % 0,2 % -
2009 518 349 253 124 156 55 2 0
67,4 % 48,8 % 23,9 % 30,1 % 10,6 % 0,4 % -
2010 446 353 203 87 137 52 0 0
79,1 % 45,5 % 19,5 % 30,7 % 11,7 % - -
2011 554 421 339 216 178 81 - 0
76 % 61,2 % 39 % 32,1 % 14,6 % - -
2012 873 561 589 310 412 110 1 0
64,3 % 67,5 % 35,5 % 47,2 % 12,6 % 0,1 % -
*Une même grève peut regrouper plusieurs types de revendications (offensive, défensive, protestation,
solidarité).
Source : Département intersyndical de statistiques et d’études socio-économiques [Dieese, 2008, 2009 (b),
2012 et 2013].
Comme nous pouvons le constater dans le tableau 2, il y a eu une diminution
du nombre des grèves défensives – pour le paiement des arriérés de salaires, pour
le respect de droits qui existent déjà, etc. La fréquence d’actions offensives n’est
pas la même dans tous les secteurs. Dans le secteur privé, par exemple, ce type
d’action est typique des travailleurs de l’industrie, alors que les blocages dans le
17. La Participation aux bénéfices et aux résultats est une prime payée annuellement par les entre-
prises aux travailleurs. Prévue par la loi, cette forme de rémunération variable, non obligatoire,
est normalement négociée avec les syndicats.
162 Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167
secteur des services sont particulièrement défensifs dans la plupart des cas de
la période considérée. Sur l’ensemble des années 2004-2012, les revendications
offensives ont été présentes dans une grande majorité des grèves ; la moyenne,
sur les neuf ans ici considérés, est de 69,3 %. La tendance est contraire à celle
vérifiée dans la décennie 1990, où, même si les grèves étaient plus nombreuses,
les revendications prédominantes avaient un caractère défensif : 71 % des
grèves qui ont eu lieu au cours des deux gouvernements de Fernando Henrique
Cardoso (1995-2002) réclamaient le maintien des conditions contractuelles ou
dénonçaient le non-respect des lois et des accords déjà établis [Dieese, 2006,
p. 19]. En somme, dans les années 1990, il semble que les travailleurs ont dû
revendiquer davantage pour pouvoir défendre leurs acquis ; tandis que, dans
les années 2000 et 2010, ils ont obtenu de nouvelles avancées avec un nombre
inférieur de grèves.
Outre une différence quantitative entre les décennies de 1990 et celles de
2000 et 2010, nous constatons une différence qualitative en ce qui concerne les
acquis des travailleurs brésiliens syndicalement organisés. Les dernières années
du gouvernement de Fernando Henrique Cardoso ont été particulièrement diffi-
ciles pour les travailleurs : le nombre de grèves avait reculé à 298 en 2002 ; 64,8 %
de ces grèves présentaient des revendications défensives [Dieese, 2006, p. 26] ; et
seulement 25,8 % des accords entre travailleurs et employeurs ont abouti à des
augmentations salariales supérieures au taux d’inflation (cf. graphique 2 ci-après).
Nous pouvons affirmer qu’à partir de 2004 les travailleurs ont obtenu de nouvelles
avancées dans la mesure où ces grèves, plus ambitieuses dans leurs objectifs, ont,
pour la plupart, permis d’acquérir, totalement ou en partie, ce qu’elles revendi-
quaient. Les données sur le réajustement salarial sont également très significa-
tives. Elles apparaissent dans le graphique 2 et elles couvrent une période plus
longue, ce qui permet d’établir quelques comparaisons.
ÉTUDES
La nouveLLe phase du syndicaLisme brésiLien (2003-2013)
Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167 163
Graphique 2. réajustements salariaux Comparés au taux dinflation*, 1996-2013
51,9
39,1 43,5 35,1
51,5 43,2
25,8 18,8
54,9
71,7
86,3 87,7 76,6 79,5 88,2 86,8 94,6 84,5
3,9
15,5
19,8
14,6
15,2
19,6
27,7
23
26,1
16,3
10,7 8,3
12 11,9
7,6 7,5
4,1
7
44,2 45,3 36,7
50,3
33,3 37,2 46,5
58,2
19 12 3,1 4,1 11,4 8,7 4,3 5,7 1,3 8,5
0%
10%
20%
30%
40%
50%
60%
70%
80%
90%
100%
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
Réajustement au-dessous du taux d'inflation
Réajustement équivalent du taux d'inflation
Réajustement au-dessus du taux d'inflation
* INPC : Indice national des prix à la consommation de l ’Institut brésilien de géographie et de statistique.
Source : Département intersyndical de statistiques et d’études socio-économiques [Dieese, 2008, 2009 (b),
2012 et 2013].
On notera que c’est précisément en 2004, l’année que nous considérons
comme le point de départ du cycle actuel de grèves, que le nombre d’accords
salariaux réajustés au-dessus de l’Índice Nacional de Preços ao Consumidor [Indice
national des prix à la consommation] (INPC) a considérablement augmenté,
passant de 18,8 % en 2003 à 54,9 % des accords en 2004. À partir de ce moment-
là, cette valeur a continué de croître, atteignant un pic en 2012, avec 94,6 % des
accords incluant un réajustement supérieur à l’inflation.
Conclusion
Les données sur la croissance et les résultats des grèves des dix dernières
années, période correspondant aux gouvernements du Parti des travailleurs, ne
doivent pas être considérées hâtivement comme la preuve d’une force dont le
syndicalisme est dépourvu. Le Brésil n’est pas, comme les grands médias natio-
naux ont pu l’affirmer, une « république syndicale ». En ce qui concerne le plan
organisationnel, le syndicalisme brésilien continue de voir sa capacité d’organi-
sation obstruée par le maintien de la structure syndicale corporative qui rend les
syndicats dépendants de l’État – sur les plans financier et juridique – et inhibe
l’organisation sur le lieu de travail. La structure syndicale empêche également
l’organisation des travailleurs sans contrat, qui représentent pourtant la moitié de
la force de travail brésilienne.
164 Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167
En ce qui concerne les conquêtes syndicales, si les travailleurs ont obtenu des
augmentations salariales et davantage de bénéfices dans la grande majorité des
accords collectifs signés à l’issue de grèves, les revendications générales du mouve-
ment syndical ont, pour leur part, été systématiquement rejetées. L’amélioration
des conditions de vie et des conditions pour l’organisation et la lutte syndicale est
en partie liée à la politique des gouvernements pétistes. Afin de ne pas déstabi-
liser les gouvernements du PT et ne pas attiser les contradictions avec les forces
alliées, le mouvement syndical a accepté, un peu passivement, le fait que certaines
demandes historiques du syndicalisme soient ignorées par les gouvernements,
telles que l’ajustement automatique des salaires nominaux au taux d’inflation, qui
favoriserait beaucoup les travailleurs non syndicalisés et ceux affiliés à des syndi-
cats possédant un moindre pouvoir de pression.
Les concessions du syndicalisme « cutiste » (de la CUT, la Centrale unique
des travailleurs) n’ont peut-être pas été plus importantes du fait du rôle critique
qu’ont joué les centrales syndicales minoritaires se situant à gauche de la CUT.
La Conlutas et l’Intersindical représentent les secteurs déçus par le syndicalisme
« cutiste » et, bien qu’ils aient une capacité de pression réduite sur le gouvernement,
ils influencent le rapport de forces entre les tendances les plus modérées et les
plus combatives qui agissent à l’intérieur de la CUT.
La nouvelle phase du syndicalisme brésilien, favorisée par la lutte des travail-
leurs dans les conditions induites par la politique néodéveloppementiste, est
une étape présentant à la fois une activité forte et victorieuse sur le plan de la
lutte revendicative et une orientation politique modérée au niveau de la direc-
tion du mouvement syndical. Cela nous permet de conclure que la participation
du syndicalisme à la coalition politique néodéveloppementiste apporte bien des
bénéfices aux travailleurs, tout en établissant des limites à son pouvoir d’action.
BIBLIOGRAPHIE
Boito Armando, « As bases políticas do
neodesenvolvimentismo » [en ligne],
Fórum econômico da FGV-SP, 2012.
Disponible sur : http://eesp.fgv.br/
sites/eesp.fgv.br/files/file/Painel%20
3%20-%20Novo%20Desenv%20BR%20
-%20Boito%20-%20Bases%20Pol%20
Neodesenv%20-%20PAPER.pdf
Boito Armando, « Luttes sociales et
perspectives politiques en Amérique
latine » [en ligne], Actuel Marx,
2007, nº 42. Disponible sur : http://
philpapers.org/rec/BOILLE
Boito Armando, « Politique néolibérale
et syndicalisme au Brésil » [en ligne],
Lusotopie, 1997. Disponible sur : http://
www.lusotopie.sciencespobordeaux.
fr/somma97.html
Boito Armando, O sindicalismo de
Estado no Brasil: uma analise critica
da estrutura sindical, São Paulo,
Campinas, Hucitec/Unicamp, 1991.
Boito Armando et Marcelino Paula,
« O sindicalismo deixou a crise para
trás?: um novo ciclo de greves na
década de 2000 » [en ligne], Cadernos
ÉTUDES
La nouveLLe phase du syndicaLisme brésiLien (2003-2013)
Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167 165
CRH, 2010, vol. 23, nº 59, p. 323-338.
Disponible sur : http://www.scielo.
br/scielo.php?script=sci_arttext&p
id=S0103-49792010000200008
cardoso Adalberto M., A década
neoliberal e a crise dos sindicatos no
Brasil, São Paulo, Boitempo, 2003.
cUt (Centrale unique des travailleurs),
Revista Jornada pelo desenvolvimento
com distribuição de renda e valorização
do trabalho nº 2, décembre 2011, p. 19.
dieese, Estudos e pesquisas, n° 79:
balanço das greves em 2013 [en ligne],
2015. Disponible sur : http://www.
dieese.org.br/balancodasgreves/2013/
estPesq79balancogreves2013.pdf
dieese (Département intersyndical
de statistiques et d’études socio-
économiques), Estudos e pesquisas
no 66: balanço das greves em 2012 [en
ligne], 2013 [consulte le 15 novembre
2013]. Disponible sur : http://www.
dieese.org.br/balancodasgreves/2012/
estPesq66balancogreves2012.pdf
dieese, « Política de valorização do
salário mínimo » [en ligne], 2012
(a). Disponible sur : http://www.
dieese.org.br/notatecnica/2012/
notaTec118salarioMinimo2013.pdf
dieese, Estudos e pesquisas no 63:
balanço das greves em 2010 e 2011
[en ligne], 2012 (b) [consulté le
15 novembre 2013]. Disponible sur :
http://cspconlutas.org.br/wp-content/
uploads/2012/11/DIEESE-EST-PESQ-
63-bal-greves-2010-2011vf.pdf
dieese, Estudos e pesquisas no 43:
balanço das negociações e reajuste
salariais em 2008 [en ligne],
2009 (a) [consulté le 25 octobre
2009]. Disponible sur : http://
www.dieese.org.br/restrito/
estPesq43balanconegociacao2008.pdf
dieese, Estudos e pesquisas
no 45: balanço das greves em 2008
[en ligne], 2009 (b) [consulté le
20 juillet 2012]. Disponible sur :
http://www.dieese.org.br/esp/
estPesq45balancoGreves2008.pdf
dieese, Estudos e pesquisa: balanço
das greves em 2007 [en ligne], 2008.
Disponible sur : http://www.dieese.
org.br/balancodasgreves/2007/
estPesq41Greves2007.pdf
dieese, Estudos e pesquisas no 20:
as greves em 2005 [en ligne], 2006
[consulté le 20 juillet 2012]. Disponible
sur : http://www3.mte.gov.br/
observatorio/Prod03_2006.pdf
Galvão Andréia, « Le mouvement
syndical face au gouvernement Lula :
dilemmes, défis et paradoxes », in
Daniel van eeUwen (dir.), Le Nouveau
Brésil de Lula, Paris, Éd. de l’Aube,
2006, p. 137-154.
Galvão Andréia, « A CUT na
encruzilhada: dilemas do movimento
sindical combativo », Idéias, vol. 9, nº
1, 2002, p. 105-154.
Galvão Andréia, tropia Patrícia et
Marcelino Paula, As bases sociais
das novas centrais sindicais, Curitiba,
Appris, 2015.
Galvão Andréia, tropia Patrícia et
Marcelino Paula, « A reorganização
da esquerda sindical nos anos 2000:
as bases sociais e o perfil político-
ideológico de CTB, Intersindical
e Conlutas », IIe Conférence
internationale grèves et conflits
sociaux, Dijon, 2013.
Giannotti Vito et lopes neto Sebastião,
Cut ontem e hoje, Petrópolis, Vozes,
1992.
iBGe (Institut brésilien de géographie
et de statistique), Pesquisa mensal
de emprego [en ligne], 2015, p. 15.
Disponible sur : ftp://ftp.ibge.
gov.br/Trabalho_e_Rendimento/
Pesquisa_Mensal_de_Emprego/
fasciculo_indicadores_ibge/2015/
pme_201510pubCompleta.pdf
noronha Eduardo G., « Ciclo de greves,
transição política e estabilização no
Brasil, 1978-2007 », Lua Nova, São
Paulo, nº 76, 2009, p. 119-168.
poUlantzas Nicos, La Crise des
dictatures : Portugal, Grèce, Espagne,
Paris, Maspero, 1975.
poUlantzas Nicos, Les Classes sociales
dans le capitalisme d’aujourd’hui, Paris,
Seuil, 1974.
166 Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167
rodriGUes Leôncio Martins, Destino
do sindicalismo, São Paulo, Edusp/
Fapesp, 2002.
sinGer André, Os sentidos do lulismo:
reforma gradual e pacto conservador,
São Paulo, Companhia das Letras,
2012.
RÉSUMÉ
La nouveLLe phase du syndicaLisme brésiLien
L’article examine le syndicalisme brésilien pendant les gouvernements successifs
du Parti des travailleurs (PT), entre 2003 et 2013. Nous soutenons que les nouvelles
conditions économiques et politiques créées par ces gouvernements et leur politique
néodéveloppementiste ont favorisé la lutte revendicative des travailleurs, ont donné
lieu à une forte augmentation du nombre de grèves et permis l’obtention de meilleurs
salaires et d’avantages sociaux. Nous démontrons d’autre part que l’orientation
politique générale du mouvement syndical a changé, devenant plus modérée. Le
mouvement a rejoint le néodéveloppementisme, se détournant de l’ancien programme
de lutte pour un État de bien-être social au Brésil.
RESUMO
a nova fase do sindicaLismo brasiLeiro
Este artigo examina o sindicalismo brasileiro durante os sucessivos governos
do Partido dos Trabalhadores (PT) entre 2003 e 2013. Sustentamos que as novas
condições econômicas e políticas geradas por esses governos e por sua política
neodesenvolvimentista favoreceram a luta reivindicativa dos trabalhadores, ensejaram
um forte crescimento do número de greves e propiciaram a conquista de melhores
salários e de benefícios sociais. Mostramos de outro lado que a orientação política geral
do movimento sindical mudou, tornando-se mais moderada. O sindicalismo aderiu ao
neodesenvolvimentismo, desviando-se do antigo programa de luta por um Estado de
bem-estar social no Brasil.
RESUMEN
La nueva etapa deL sindicaLismo brasiLeño
Este artículo examina el sindicalismo brasileño durante los gobiernos sucesivos
del Partido de los Trabajadores (PT) entre 2003 y 2013. Sostenemos que las nuevas
condiciones económicas y políticas generadas por estos gobiernos y su política
neodesarrollista favorecieron la lucha revindicativa de los trabajadores, dieron lugar a
un fuerte aumento en el número de huelgas y permitieron el logro de mejores salarios y
de beneficios sociales. Mostramos por otra parte que la orientación política general del
movimiento obrero ha cambiado, volviéndose más moderada. El movimiento se unió a
ÉTUDES
La nouveLLe phase du syndicaLisme brésiLien (2003-2013)
Cahiers des amériques latines, n° 80, 2015/3, p. 147-167 167
la orientación del neo-desarrollismo y se desvió del antiguo programa de lucha por un
Estado de bienestar social en Brasil.
MOTS-CLÉS
• syndicalisme
• néodéveloppementisme
grèves
• politiques
PALAVRAS CHAVE
• sindicalismo
• neodesenvolvimentismo
greves
• políticas
PALABRAS CLAVES
• sindicalismo
• neo-desarrollismo
• huelgas
• políticas
... The activity of the union movement between 2003 and 2014 has been called a "new phase" (Boito, Galvão, and Marcelino, 2015) marked by the support of the great majority of union members for the PT governments, the growing participation of union centrals in state institutions, the achievements of the economic plan, and the resumption of strike activism. These features contrast sharply with the situation in the 1990s (Noronha, 2009: 136), when the Collor government, the Real Plan in the Itamar [Franco] government, and the Fernando Henrique Cardoso governments changed the signals for the union movement: the opening of the Brazilian economy and its consequences for the adjustment of companies; the mass layoffs that have occurred since 1990, pointing to the rising trend of unemployment rates; and the control of inflation, which ended with the premature aging of collective contracts such as occurred when high and unpredictable inflation rates eroded wages before the one-year period provided for the renewal of collective agreements. ...
... This moderation coexisted, however, with the resumption of union activity and the success of the struggle for union demands (Boito and Marcelino, 2010). In our view, it is impossible to understand the unionism of this period without taking into account the strong impact of the economic policies of governments on union bases with regard to both their disposition to the pursuit of demands at the level of occupational categories and their diffuse support for the PT governments (Boito, Galvão, and Marcelino, 2015). This support sustained the candidates of that party in four consecutive elections and seems to have been only marginally in doubt with regard to the demonstrations of June 2013, given that Dilma was reelected in 2014. ...
Article
Unionism, an allied, albeit subordinate, force in the neodevelopmentalist political front of the governments of Lula da Silva and Dilma Rousseff, was relatively absent from the mobilizations against or in favor of Dilma’s impeachment compared with other social movements and sought to resist and, in a way, realign itself to counter the counterreforms of Michel Temer’s government. Although union and popular demonstrations have multiplied, the absence of a unified strategy in the face of the coup and the reforms have weakened the possibilities of union resistance, and losses for workers have accumulated. O sindicalismo foi uma força aliada, ainda que subordinada, na frente política neodesenvolvimentista dos governos de Lula da Silva e Dilma Rousseff, foi uma força política relativamente ausente nas mobilizações contra ou a favor do impeachment de Dilma, se comparado a outros movimentos sociais e tem procurado resistir e, de certo modo, se realinhar, para enfrentar as contrarreformas do governo de Michel Temer. No entanto, apesar de as manifestações sindicais e populares terem se multiplicado, a ausência de uma estratégia unificada diante do golpe e das reformas fragilizou as possibilidades de resistência sindical e as perdas para os trabalhadores têm se acumulado.
Thesis
Full-text available
A presente pesquisa investiga as causas, organizações promotoras e resultados das mobilizações de junho de 2013 pela análise da bibliografia que utiliza classes e frações de classes na compreensão do fenômeno. Ultrapassando o plano dos resultados imediatos, busca-se apontar desdobramentos políticos de médio prazo. Sustentamos, em primeiro lugar, que a composição social dos protestos, desde seu início majoritariamente de classe média, possibilitou seu sequestro por grupos anticorrupção. Em segundo lugar, esta mesma composição se expressou nas campanhas de rua em 2015-16 - favoráveis ou contrárias ao impeachment - revelando uma continuidade em relação a 2013. Terceiro, ao desmobilizar sua base eleitoral em 2014, o PT permitiu confluir a fração internacionalizada da burguesia e a mobilização de massas da alta classe média. Por fim, que os protestos encabeçados pelo MPL foram se metamorfoseando ao longo do acirramento dos conflitos entre projetos políticos distintos, desencadeando uma crise política de hegemonia da burguesia interna no bloco de poder. Esta crise levou ao fim da frente neodesenvolvimentista no Brasil e à restauração do neoliberalismo ortodoxo. Junto à bibliografia, o trabalho utiliza como fonte a imprensa autonomista, relevante para compreender a base, a direção e o programa do primeiro grupo promotor dos protestos, o Movimento Passe Livre (MPL). [[This dissertation investigates causes, initiator groups and results of the June 2013 mass mobilizations, analyzing the bibliography that uses classes and class fractions. Attention will be given to mid-term political consequences of those events. We will point out that the social composition of those protests, mostly middle class since their inception, allowed them to be hijacked by anti-corruption groups. Second, that this social composition, also predominant in the demonstrations in favor or against President Dilma Rousseff’s impeachment in 2015-16, express continuity with regards to 2013. Third, that the Workers Party (PT) strategy of class conciliation, through the demobilization of its base after the 2014 elections, lead the internationalized fraction of the bourgeoise to coalesce with mass mobilizations of the upper middle class. Lastly, that the protests lead by MPL metamorphosed with the intensification of conflicts between different political projects, triggering in the power block a crisis of political hegemony of the internal bourgeoise. This crisis leads to an end of the neodevelopmentalist front in Brazil, restoring orthodox neoliberalism. Along with the bibliography, this essay will use the autonomist press as a relevant source to explain the base, program and leadership of the first group responsible for calling the demonstrations, the Free Fares Movement (MPL).]]
Article
Full-text available
Este artigo tem com objetivo discutir a situação e a atuação do sindicalismo brasileiro no contexto da crise internacional de 2008 e, sobretudo, diante da crise econômica e política deflagrada no segundo mandato de Dilma Rousseff. Para isso, examinaremos alguns temas que afetam mais diretamente os direitos dos trabalhadores sindicalmente representados no Brasil.
Article
Lulism is one of the most important political phenomena of twenty-first-century Brazil. It can be compared to the Varguism that dominated Brazilian politics between 1930 and 1964 in its broad popular but politically unorganized base and its policy of state intervention in the economy to stimulate economic growth, increase the state’s room for maneuver against the imperialist countries, and promote a moderate income distribution. These two variants of populism differ, however, in that Varguism was based on the working class while Lulism, which may be called “neopopulism,” is based on the marginal mass of workers and has less potential to destabilize the political process. Bonapartism, to which Lulism has also been compared, is distinct from it in that what links its leadership to its base is the fetish of the state based on order rather than the fetish based on protection. O lulismo é um dos fenômenos políticos mais importantes do Brasil do século XXI. Pode ser comparado ao varguismo que dominou a política brasileira entre 1930 e 1964 em relação à sua ampla, mas politicamente desorganizada, base popular, e sua política de intervenção estatal na economia para estimular o crescimento econômico, aumentar a margem de manobra do Estado contra os países imperialistas e promover uma distribuição de renda moderada. Essas duas variantes do populismo diferem, no entanto, no sentido de que o varguismo era baseado na classe trabalhadora, enquanto o lulismo, que pode ser chamado de “neopopulismo”, é baseado na massa marginal de trabalhadores e tem menos potencial para desestabilizar o processo político. O bonapartismo, ao qual o lulismo também foi comparado, é distinto dele, pois o que liga sua liderança à sua base é o fetiche do estado baseado na ordem, e não o fetiche baseado na proteção.
Article
Full-text available
O artigo se propõe a identificar os impactos iniciais da reforma trabalhista sobre o sindicalismo em um contexto desfavorável aos trabalhadores e à ação coletiva, dado o crescimento da precariedade e da informalidade no mercado de trabalho. A análise trata da reconfiguração das classes trabalhadoras e da fragmentação sindical, bem como dos impactos da reforma sobre as estratégias e ações sindicais e sobre as negociações coletivas. A metodologia combinou pesquisas quantitativas sobre mercado de trabalho com análise documental (instrumentos normativos, matérias de imprensa comercial e sindical) e observação participante. Os resultados mostram que os sindicatos buscam se adaptar ao novo contexto, com pequenas inovações substantivas na ação e organização, e que as negociações têm sido tanto espaço de resistência quanto de legitimação do conteúdo da reforma.
Article
Full-text available
On July 2017, Brazil’s Senate approved the country’s most extensive labor reform since the emergent 1943’s Consolidation of Labor Law (Consolidação das Leis Trabalhistas, CLT). The aforementioned reform provoked heated debates and its approval faced resistance. Unions, for instance, convened two general strikes: the first, on April 2017, garnered a significant amount of participation, while the latter, on June, ended with participation falling significantly below expectations. Despite the widespread rejection of Temer’s mandate and the content of the law, on June, unions were surprisingly unable to agree on a common strategy regarding a proposal on labor reform. The present research aims to explore this paradox. A survey-based analysis, along with a series of unstructured interviews with union leaders and protesters, establishes a solid empirical base from which to draw hypotheses about the Brazilian state corporatist union model and its evolution.
Article
Full-text available
Este artigo se propõe a analisar as características dos protestos no Brasil entre 2011 e 2016, um contexto socioeconômico e político marcado pelas contradições e pelo ocaso dos governos petistas. A análise está baseada em um banco de dados de protesto constituído a partir do jornal Folha de S. Paulo. Sustentamos que os protestos antecedem a eclosão da crise econômica e que, quando atingem o pico, em 2013, produzem mudanças no contexto político, abrindo oportunidades políticas inéditas para que um conjunto heterogêneo de atores, à direita e à esquerda do PT, manifestasse suas divergências em relação ao governo. Os protestos evidenciam os limites da política de conciliação de classes dos governos petistas e conformam um cenário de instabilidade que contribui para o impeachment de Rousseff, de modo que não há uma descontinuidade entre 2013 e 2015-2016. O padrão de protesto verificado nesse período caracteriza-se pela combinação de duas dinâmicas distintas: polarização política e heterogeneização de atores e reivindicações.
ResearchGate has not been able to resolve any references for this publication.