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Communication non verbale et crédibilité des témoins

Authors:

Abstract

Denault, V. (2015). Communication non verbale et crédibilité des témoins [Nonverbal communication and witnesses credibility]. Cowansville, Canada: Éditions Yvon Blais.
© 2015 Thomson Reuters Canada Limitée
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officielles ou non officielles de quelque organisme gouvernemental que ce soit.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Denault, Vincent
Communication non verbale et crédibilité des témoins
Présenté à l’origine par l’auteur comme thèse (de maîtrise – Université du
Québec à Montréal), 2015 sous le titre : L’incidence de la communication non verbale
lors de procès.
Comprend des références bibliographiques et un index.
ISBN 978-2-89730-152-1
1. Procédure relative au procès. 2. Communication non-verbale. 3. Communica-
tion en droit. I. Titre.
K2251.D46 2015 347’.075 C2015-941863-1
Nous reconnaissons l’appui financier du gouvernement du Canada.
Dépôt légal : 4etrimestre 2015
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
ISBN : 978-2-89730-152-1
Imprimé aux États-Unis par Thomson Reuters
Éditions Yvon Blais, une division de Thomson Reuters Canada Limitée
75, rue Queen, bur. 4700 Service à la clientèle
Montréal (Québec) H3C 2N6 Téléphone : 1 800 363-3047
Canada Télécopieur : 1 450 263-9256
Site Internet : www.editionsyvonblais.com
TABLE DES MATIÈRES
Préface. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . XI
Liste des figures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . XVII
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
i. Les présomptions de longue date de la common law. . . . . . 5
ii. Le manque de repères pour apprécier les prétentions
de soi-disant experts en langage corporel . . . . . . . . . . . 6
iii L’attention accordée au comportement non verbal par
les décideurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Chapitre I
La Cour suprême du Canada et la crédibilité
1.1 Éléments méthodologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.2 L’évaluation de la crédibilité et l’avantage du juge
des faits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.2.1 Les principes de base et le rôle de l’expert . . . . . . 21
1.2.2 Les motifs de contestation. . . . . . . . . . . . . . . 26
1.3 La communication non verbale : l’affaire R c NS . . . . . . 31
1.3.1 L’objet de la communication non verbale
lors de procès. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.3.2 Les limites de la communication non verbale :
une opinion dissidente. . . . . . . . . . . . . . . . . 34
1.4 Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
XIII
Chapitre II
L’état des connaissances scientifiques
2.1 Éléments méthodologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
2.2 Les distinctions entre la science et les pseudosciences . . . 47
2.2.1 Le « fondement fiable » d’une nouvelle théorie
ou technique scientifique . . . . . . . . . . . . . . . 49
2.2.2 Les indicateurs de pseudosciences et l’évaluation
sommaire de la synergologie . . . . . . . . . . . . . 52
2.3 La communication non verbale lors d’interactions
sociales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
2.3.1 Les emblêmes, illustrateurs, régulateurs et
adaptateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
2.3.2 Les expressions faciales d’émotions et leur utilité
au quotidien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
2.4 Le mensonge et sa détection à l’aide du comportement
non verbal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
2.4.1 Les indices liés à l’effort cognitif . . . . . . . . . . . 82
2.4.2 Les indices liés aux émotions . . . . . . . . . . . . . 89
2.5 Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
Chapitre III
Les tribunaux québécois et le comportement non verbal
3.1 Éléments méthodologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
3.2 Les tribunaux de première instance . . . . . . . . . . . . . 99
3.2.1 La déférence quant à l’évaluation de
la crédibilité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
3.2.2 La règle imposée par la Cour d’appel du Québec . . 105
XIV COMMUNICATION NON VERBALE ET CRÉDIBILITÉ DES TÉMOINS
3.3 Le comportement lors du témoignage . . . . . . . . . . . 107
3.3.1 L’appréciation générale du comportement
non verbal. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
3.3.2 Les comportements non verbaux spécifiquement
identifiés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
3.4 Les personnes présentes alors qu’elles ne
témoignent pas. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
3.4.1 L’observation lors du procès en général . . . . . . . 118
3.4.2 L’observation à un moment précis . . . . . . . . . . 123
3.5 Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
i. L’évaluation de la crédibilité par un décideur . . . . . . . . 132
ii. La tenue d’un contre-interrogatoire par un avocat . . . . . 135
iii. Les fausses croyances constituent une menace à
l’intégrité du système judiciaire . . . . . . . . . . . . . . . 138
Postface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
Annexe A : Expressions faciales d’émotions universelles . . . . 145
Annexe B : Complément aux éléments méthodologiques . . . . 147
Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
Table de la jurisprudence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
Index analytique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219
TABLE DES MATIÈRES XV
INTRODUCTION
La communication non verbale peut être définie comme étant la
communication effectuée par tous les moyens à l’exception des mots.
Bien qu’elle soit également associée aux messages transmis par les
caractéristiques physiques des personnes qui communiquent et du
milieu où la communication a lieu, la communication non verbale fait
principalement référence aux messages transmis par le comporte-
ment non verbal, c’est-à-dire par la posture, les touchers, les gestes,
les mouvements des yeux et les expressions faciales des personnes
qui communiquent3. Par exemple, les messages transmis par les
expressions faciales et les gestes peuvent confirmer, contredire, com-
pléter, accentuer ou moduler ceux transmis par les mots4.
La doctrine juridique québécoise sur l’incidence de la communi-
cation non verbale lors de procès est négligeable. Par exemple, le
moteur de recherche juridique UNIK ne permet de retracer que 20
résultats5, incluant un article sur la synergologie6. Autrement, un
des seuls livres abordant ce sujet publié chez un éditeur juridique
québécois est Les entrevues d’enquête – L’essentiel7.Àtitredecompa-
raison, le moteur de recherche juridique LexisNexis Quicklaw per-
met de retracer 111 articles de revues juridiques canadiennes8. La
doctrine juridique anglophone, quant à elle, est très riche9. Sur
1
3. Mark L Knapp et Judith A Hall, Nonverbal Communication in Human Interaction,
7eéd, New York, Harcourt Brace, 1997 [Nonverbal Communication in Human
Interaction].
4. Paul Ekman, « Communication Through Nonverbal Behavior : A Source Of Infor-
mation About an Interpersonal Relationship » dans Silvan S Tomkins et Carroll
E Izard, dir, Affect, Cognition and Personality, New York, Springer, 1965, 389-442.
5. Recherche effectuée le 20 février 2015 avec les mots-clés « body language » OU « lan-
gage du corps » OU « langage corporel » OU « non verbal » OU nonverbal.
6. Christine Gagnon, « La synergologie, ce que le cerveau pense, mais ne dit pas »
(2006) Congrès annuel du Barreau du Québec 949.
7. Michel St-Yves, Les entrevues d’enquête – L’essentiel, Cowansville, Éditions Yvon
Blais, 2014.
8. Recherche effectuée le 20 février 2015 avec les mots-clés « body language » OU « lan-
gage du corps » OU « langage corporel » OU « non verbal » OU nonverbal.
9. Le moteur de recherche juridique HeinOnline permet de retracer 14 001 résultats
avec les mots-clés « body language » OR « langage du corps » OR « langage corporel»
OR « non verbal » OR nonverbal (recherche effectuée le 21 février 2015).
l’incidence de la communication non verbale lors de procès, particu-
lièrement sur l’évaluation de la crédibilité, les articles les plus cités
incluent Demeanor Impeachment : Law and Tactics10 (1985) de
Edward J Imwinkelried, Demeanor11 (1991) de Olin Guy Wellborn
III, A Wipe of the Hands, a Lick of the Lips : The Validity of Demeanor
Evidence in Assessing Witness Credibility12 (1993) de Jeremy A Blu-
menthal, Demeanor Credibility13 (2000) de James P Timony et Detec-
ting Lies Using Demeanor, Bias and Context14 (2008) de Max
Minzner.
Ainsi, en 1985 dans un des premiers articles sur le Demeanor
evidence15, Imwinkelried distinguait trois types de dossiers qui se
rendent à procès. Le premier où la question est de savoir comment le
droit doit être appliqué aux faits, le deuxième où la question est de
savoir quelle inférence doit être tirée de la preuve circonstancielle et
le troisième où la question est de savoir qui croire, c’est-à-dire un pro-
cès de type Swearing contest où le décideur « considèrera non seule-
ment le contenu substantif des témoignages des témoins mais
également l’apparence et le comportement des témoins dans la salle
d’audience »16. Imwinkelried exprimait « de sérieux doutes sur la fia-
bilité du comportement comme indicateur de l’état d’esprit »17. Toute-
fois, il était d’avis que la « recherche donne espoir que dans un avenir
rapproché, le comportement [des témoins] sera mieux compris et uti-
lisé plus efficacement »18. De plus, puisque « le comportement des
témoins détermine apparemment l’issue d’un grand pourcentage de
procès »19, il était d’avis que la « lacune dans la littérature juridique
2COMMUNICATION NON VERBALE ET CRÉDIBILITÉ DES TÉMOINS
10. Edward J Imwinkelried, « Demeanor Impeachment : Law and Tactics » (1985) 9
Am J Trial Advoc 183 [« Demeanor Impeachment »].
11. Olin Guy Wellborn III, « Demeanor» (1991) 76 Cornell L Rev 1075 [« Demeanor »].
12. Jeremy A Blumenthal, « A Wipe of the Hands, A Lick of the Lips : The Validity of
Demeanor Evidence in Assessing Witness Credibility » (1993) 72 Neb L Rev 1157
[« A Wipe of the Hands »].
13. James P Timony, « Demeanor Credibility » (2000) 49 Cath U L Rev 903 [« Demea-
nor Credibility »].
14. Max Minzner, « Detecting Lies Using Demeanor, Bias and Context » (2008) 29
Cardozo L Rev 2557 [« Detecting Lies Using Demeanor, Bias and Context »].
15. Blumenthal, « A Wipe of the Hands », supra note 12 à la p 1158 [notre traduction] :
Le Demeanor evidence fait référence à « l’observation de l’attitude d’un témoin afin
d’évaluer sa crédibilité lors d’un procès » ; Timony, « Demeanor Credibility », supra
note 13 à la p 907 [notre traduction] : L’attitude d’un témoin inclut généralement
« son habillement, sa conduite, son comportement, ses manières, le ton de sa voix,
ses grimaces, ses gestes et son apparence ».
16. Imwinkelried, « Demeanor Impeachment », supra note 10 à la p 184 [notre traduc-
tion].
17. Imwinkelried, « Demeanor Impeachment », ibid à la p 190 [notre traduction].
18. Imwinkelried, « Demeanor Impeachment », ibid à la p 235 [notre traduction].
19. Imwinkelried, « Demeanor Impeachment », ibid à la p 234 [notre traduction].
moderne »20 sur l’incidence de la communication non verbale lors de
procès devait être comblée.
En 1991, Wellborn s’est positionné fermement quant à l’obser-
vation passive du comportement non verbal d’un témoin lors d’un
procès pour évaluer sa crédibilité :
Une prémisse de plusieurs règles et institutions juridiques est que la
possibilité d’un juge des faits (un jury, juge ou agent d’audience) de voir
le comportement d’un témoin est d’une grande valeur pour décider s’il
faut croire le témoignage du témoin. Autrement dit, la prémisse est que
les gens ordinaires non formés pour détecter la tromperie porteront
généralement des jugements beaucoup plus précis sur la crédibilité
s’ils ont la possibilité de voir le comportement d’un témoin que s’ils ne
l’ont pas. [...] Avec une cohérence impressionnante, les résultats expé-
rimentaux indiquent que cette prémisse juridique est erronée. Selon
les données empiriques, les gens ordinaires ne peuvent pas faire un
usage efficace du comportement pour décider s’il faut croire un témoin.
Au contraire, il existe des preuves que l’observation du comportement
diminue la précision des jugements sur la crédibilité plutôt que de
l’augmenter.21
En 1993, malgré certaines réserves quant à la position de Well-
born, Blumenthal a adopté un point de vue semblable. Il décrivait le
Demeanor evidence comme un « parasite fermement fixé à de nom-
breux endroits dans le système juridique »22 :
Des preuves substantielles, accumulées d’études menées par des psy-
chologues sociaux et d’autres, indiquent que le mécanisme sous-jacent
concernant le Demeanor evidence – juger de la crédibilité d’une per-
sonne par son comportement, son attitude ou sa conduite extérieure –
promeut de mauvais jugements et nuit grandement au processus de
recherche de la vérité.23
Selon Blumenthal, il était « impardonnable que le système juri-
dique ignore délibérément les conclusions pertinentes et démontrées
concernant le Demeanor evidence et adhère volontairement à une
approche traditionnelle inefficace »24. Par exemple, sur l’évaluation
de la crédibilité, les prémisses du système judiciaire « ont tendance à
attirer l’attention des juges des faits sur ces indicateurs qui sont
INTRODUCTION 3
20. Imwinkelried, « Demeanor Impeachment », ibid à la p 187 [notre traduction].
21. Wellborn, « Demeanor », supra note 11 à la p 1075 [notre traduction].
22. Blumenthal, « A Wipe of the Hands », supra note 12 à la p 1188 [notre traduction].
23. Blumenthal, « A Wipe of the Hands », ibid à la p 1189 [notre traduction].
24. Blumenthal, « A Wipe of the Hands », ibid à la p 1204 [notre traduction].
trompeurs et inutiles »25. Ces prémisses devraient plutôt « expressé-
ment indiquer aux juges des faits qu’il y a des indicateurs plus effica-
ces permettant d’identifier la tromperie et sur lesquels ils devraient
se concentrer »26.
En 2000, Timony a questionné les données de Wellborn et de
Blumenthal. Il était d’avis que les conditions expérimentales ne
représentaient pas la réalité, « une salle de classe n’est pas une salle
d’audience »27 écrivait-il. Toutefois, Timony reconnaissait que le
Demeanor evidence constituait un des facteurs dans l’évaluation de la
crédibilité, un facteur qui ne serait jamais infaillible. En outre, sans
être fermé au changement, il invitait à la prudence :
Toutefois, les changements fondamentaux dans la procédure de com-
mon law doivent être lents et étudiés, et nous devrions être extrême-
ment prudents à apporter un quelconque changement dans la règle de
détermination de la crédibilité basée sur le Demeanor evidence.28
En 2008, Minzner est revenu sur les articles de Wellborn et de
Blumenthal. Comme Wellborn et Blumenthal, Minzner était d’avis
que l’observation passive du comportement non verbal d’un témoin
lors d’un procès pour évaluer sa crédibilité était inutile. Toutefois, en
se basant sur des études scientifiques plus récentes, Minzner était
d’avis que l’utilisation stratégique de la preuve faciliterait la détec-
tion du mensonge29. De plus, il écrivait qu’il « reste beaucoup de
choses que nous ne savons pas sur la détection du mensonge qui
devraient compter pour le système juridique »30.
Ainsi, en continuité avec les articles de Imwinkelriedt, Well-
born, Blumenthal, Timony et Minzner, le présent ouvrage abordera
trois thèmes. Le premier est lié aux présomptions de longue date de la
common law. Le deuxième concerne le manque de repères pour
apprécier les prétentions de soi-disant experts en langage corporel.
Le troisième vise l’attention accordée au comportement non verbal
par les décideurs.
4COMMUNICATION NON VERBALE ET CRÉDIBILITÉ DES TÉMOINS
25. Blumenthal, « A Wipe of the Hands », ibid à la p 1201 [notre traduction].
26. Blumenthal, « A Wipe of the Hands », ibid à la p 1201 [notre traduction].
27. Timony, « Demeanor Credibility », supra note 13 à la p 934 [notre traduction].
28. Timony, « Demeanor Credibility », ibid à la p 936 [notre traduction].
29. Minzner, « Detecting Lies Using Demeanor, Bias and Context », supra note 14 ;
Maria Hartwig et al, « Strategic Use of Evidence during Police Interviews : When
Training to Detect Deception Works » (2006) 30:5 Law Hum Behav 603 ; Maria
Hartwig et al, « Detecting Deception via Strategic Disclosure of Evidence » (2005)
29:4 Law Hum Behav 469 ; Hee Sun Park et al, « How People Really Detect Lies »
(2002) 69:2 Commun Monog 144.
30. Minzner, « Detecting Lies Using Demeanor, Bias and Context », ibid à la p 2578.
i. Les présomptions de longue date de la common law
En 2012 dans l’affaire R c NS31, la Cour suprême du Canada a
soutenu que « [l]a communication non verbale peut donner au contre-
interrogateur de précieux indices susceptibles de révéler l’incertitude
ou la tromperie, et l’aider à découvrir la vérité »32. Ainsi, en marge
d’un débat entourant la liberté de religion, elle a rappelé les « pré-
somptions de longue date de la common law quant à l’importance que
revêt l’expression du visage du témoin pour le contre-interrogatoire
du témoin et l’appréciation de sa crédibilité »33. Cependant, la Cour
suprême du Canada écrivait :
Le dossier jette peu de lumière sur la question de savoir si le fait de voir
le visage du témoin contribue de façon importante à l’efficacité du
contre-interrogatoire et à l’appréciation de la crédibilité et, partant, à
l’équité du procès. Le seul élément de preuve au dossier à ce sujet est un
article non publié de quatre pages selon lequel les personnes n’ayant
aucune formation en la matière ne peuvent déceler avec exactitude le
mensonge dans l’expression du visage de l’interlocuteur. Le document
n’a pas été attesté par un expert qui aurait pu être contre-interrogé. 34
Ainsi, le dossier présenté ne démontrait pas « l’absence de fon-
dement ou le caractère erroné des présomptions de longue date de la
common law »35. La Cour suprême du Canada considérait donc qu’elle
ne pouvait les écarter « à la légère »36 et a conclu « qu’il existe un lien
étroit entre la possibilité de voir le visage du témoin et la tenue d’un
procès équitable »37 parce que l’impossibilité de voir le visage peut,
d’une part, « faire obstacle au contre-interrogatoire »38 effectué par un
avocat et, d’autre part, « empêcher le juge des faits, qu’il s’agisse du
juge ou du jury, d’apprécier la crédibilité du témoin »39.
Compte tenu de ce qui précède, l’objectif du premier chapitre du
présent ouvrage est de présenter la position du plus haut tribunal du
pays sur l’évaluation de la crédibilité et le rôle qu’il accorde au com-
portement non verbal. Cette présentation permettra de constater que
INTRODUCTION 5
31. R c NS, 2012 CSC 72, [2012] 3 RCS 726 [NS].
32. NS,ibid au para 24.
33. NS,ibid au para 22.
34. NS,ibid au para 18.
35. NS,ibid au para 22.
36. NS,ibid au para 21.
37. NS,ibid au para 27.
38. NS,ibid au para 24.
39. NS,ibid au para 25.
les présomptions de longue date de la common law sont toujours
d’actualité.
ii. Le manque de repères pour apprécier les prétentions
de soi-disant experts en langage corporel
En vertu du Règlement sur la formation continue obligatoire des
avocats40, chacun des membres du Barreau du Québec, une organisa-
tion ayant pour fonction la protection du public41, doit « suivre des
activités de formation liées à l’exercice de la profession d’une durée
d’au moins 30 heures par période de référence de 2 ans »42. Les mem-
bres choisissent « parmi les activités de formation liées à l’exercice de
la profession reconnues conformément au présent règlement, celles
qui répondent le mieux à ses besoins »43. Parmi la trentaine d’acti-
vités de formation offertes en ligne par le Barreau du Québec44, res-
pectivement depuis 2011 et 2012, les formations Le langage corporel
I : Décoder ce qu’on ne dit pas45 et Le langage corporel II : Maîtriser
l’art de l’interrogatoire46 ont fait la promotion de la synergologie jus-
qu’à ce qu’elles cessent d’apparaître en ligne au début du mois d’oc-
tobre 2015. En introduction de la première formation, l’animatrice
affirmait :
Le langage corporel, c’est en quelque sorte le langage physique de nos
émotions. L’étude et l’interprétation de ce langage portent le nom de
synergologie, une discipline qui s’intéresse à l’analyse du langage cor-
porel et propose une classification de l’information non verbale ainsi
qu’une méthode d’interprétation des gestes.47
La synergologie était alors présentée comme une discipline qui
s’appuie « sur une démarche scientifique rigoureuse »48. Toutefois,
près de 20 ans après sa fondation, hormis l’article Langue maternelle
6COMMUNICATION NON VERBALE ET CRÉDIBILITÉ DES TÉMOINS
40. Règlement sur la formation continue obligatoire des avocats, RLRQ, c B-1, r 12
[Règlement sur la formation continue obligatoire des avocats].
41. Code des professions, RLRQ, c C-26, art 23.
42. Règlement sur la formation continue obligatoire des avocats,supra note 40, art 2.
43. Règlement sur la formation continue obligatoire des avocats,ibid, art 4.
44. Barreau du Québec, « Web-pro », en ligne : <http://webpro.barreau.qc.ca>
(consulté le 16 février 2015).
45. Barreau du Québec, « Le langage corporel I : Décoder ce qu’on ne dit pas », en ligne :
<http://webpro.barreau.qc.ca/le-langage-corporel.html> (consulté le 10 juillet
2013) [Le langage corporel I].
46. Barreau du Québec, « Le langage corporel II : Maîtriser l’art de l’interrogatoire »,
en ligne : <http://webpro.barreau.qc.ca/le-langage-corporel-2.html> (consulté le
10 juillet 2013) [Le langage corporel II].
47. Barreau du Québec, Le langage corporel I, supra note 45.
48. Barreau du Québec, Le langage corporel I, ibid.
et langue seconde : Approche par l’observation gestuelle49 publié en
2013 par son fondateur50, les concepts propres à la synergologie liés à
l’évaluation de la crédibilité n’ont fait l’objet d’aucune validation
publiée dans des revues scientifiques51. L’Association française pour
l’information scientifique écrivait :
Malheureusement, on ne trouve aucune publication dans aucune revue
spécialisée, aucun protocole expérimental, aucun travail de recherche,
rien qui puisse confirmer que la synergologie ait fait l’objet d’une véri-
table recherche scientifique.52
Néanmoins, les formations Le langage corporel I53 et Le langage
corporel II54 offertes en ligne par le Barreau du Québec ont fait la pro-
motion de la synergologie et ont véhiculé des fausses croyances. Par
exemple, dans la première formation, l’animatrice présentait la
« règle du 7 % – 38 % – 55 % » qui laissait croire que le langage corporel
est systématiquement l’élément le plus important lors d’un échange :
La synergologie s’appuie sur l’idée que le corps traduit des réactions
émotives que l’on n’exprime pas avec des mots. À ce sujet, les recher-
ches du Dr Albert Mehrabian, professeur émérite de psychologie à
l’Université de Californie, indiquent que les mots ne représentent que
7 % de la communication alors que le ton, le timbre et l’intonation de la
voix portent 38 % du message, ce qui laisse 55 % au langage corporel55.
Toutefois, la « règle du 7 % – 38 % – 55 % » est une fausse
croyance. Un avocat qui tente de plaider en ne recourant qu’à des
onomatopées et des gestes – en ne formulant aucun mot – conclura
rapidement que les mots représentent bien plus que 7 % de la commu-
nication. La « règle du 7 % – 38 % – 55 % », également appelée Mehra-
INTRODUCTION 7
49. Philippe Turchet, « Langue maternelle et langue seconde : approche par l’obser-
vation gestuelle » (2013) 4:192 Langages 29.
50. Les études scientifiques citées ainsi que la méthodologie, l’analyse des résultats et
la rhétorique de l’article pourraient à eux seuls faire l’objet d’une vive critique,
mais là n’est pas la visée du présent ouvrage. À tout événement, les conclusions de
cet article ne valident d’aucune façon l’ensemble des concepts véhiculés par les
partisans de la synergologie et ne sont d’aucune utilité pour évaluer la crédibilité.
51. Recherche effectuée le 9 novembre 2014 à l’aide de différentes bases de données,
notamment JSTOR, PsycARTICLES, Sage Journal Online, Science Direct, Sprin-
gerLink, Taylor and Francis Online, Wiley Online Library et Google Scholar avec
les mots-clés synergologie OU synergology.
52. Brigitte Axelrad, « Quand le corps dit tout haut ce que l’esprit pense tout bas »,
(avril 2012) en ligne : Sciences... & pseudo-sciences <http://www.pseudo-sciences.
org> (consulté le 23 mars 2014).
53. Barreau du Québec, Le langage corporel I, supra note 45.
54. Barreau du Québec, Le langage corporel II, supra note 46.
55. Barreau du Québec, Le langage corporel I, supra note 45.
bian Myth, est une extrapolation abusive de deux études publiées en
1967 par Albert Mehrabian. Mehrabian a lui-même dénoncé publi-
quement cette extrapolation abusive56 :
Je suis évidemment mal à l’aise quant aux citations inexactes de mon
travail. Dès le début, j’ai essayé de donner aux gens les limites correctes
de mes conclusions. Malheureusement, le domaine des soi-disant
« conseillers en image d’entreprise » ou de « consultants en leadership »
a de nombreux praticiens ayant très peu d’expertise en psychologie.57
Essentiellement, Mehrabian avait étudié le poids donné à des
émotions contradictoires communiquées par le sens d’un mot, le ton
de la voix et une expression faciale, et non pas l’importance des mots,
des éléments vocaux et du langage corporel lors d’un échange58.
L’orientation du regard était subséquemment présentée comme une
bonne façon de savoir si un témoin ment : lorsqu’une question lui est
posée, s’il regarde à gauche c’est qu’il cherche dans ses souvenirs et
s’il regarde à droite c’est qu’il invente une réponse. Toutefois, une
nuance était apportée :
[E]n présence d’une source de lumière, d’une fenêtre, d’un grand espace
et d’un obstacle, où encore si la personne est de culture araméenne
(Afrique du Nord et Moyen-Orient), car elle aura appris à lire de droite
àgauche.Touscesfacteurspeuventchangerlinterprétationdelorien-
tation du regard.59
Premièrement, aucune étude scientifique n’a débouché sur de
telles conclusions60. Deuxièmement, un groupe de chercheurs a con-
clu qu’il semblait irresponsable d’encourager les personnes à prendre
8COMMUNICATION NON VERBALE ET CRÉDIBILITÉ DES TÉMOINS
56. Tim Harford, « More or Less », (août 2009) en ligne : BBC Radio 4 <http://www.
bbc.co.uk/radio/player/b00lyvz9> (consulté le 30 octobre 2014).
57. Max Atkinson, Lend Me Your Ears : All You Need to Know About Making Speeches
and Presentations, Oxford, Oxford University Press, 2004 à la p 345 [notre traduc-
tion].
58. Ravi S Kudesia et Hillary Anger Elfenbein, « Nonverbal Communication in the
Workplace » dans Mark L Knapp et Judith A Hall, dir, Nonverbal Communica-
tion, Berlin, De Gruyter Mouton, 2013, 805-832 ; John Barkai, « Nonverbal Com-
munication from the Other Side : Speaking Body Language » (1990) 27 San Diego
L Rev 101 ; Albert Mehrabian et Susan R Ferris, « Inference of Attitudes From
Nonverbal Communication in Two Channels » (1967) 31 J Consult Psychol 248 ;
Albert Mehrabian et Morton Wiener, « Decoding of Inconsistent Communica-
tions » (1967) 6 J Pers Soc Psychol 109.
59. Barreau du Québec, Le langage corporel I, supra note 45.
60. Samantha Mann et al, « The Direction of Deception : Neuro-Linguistic Program-
ming as a Lie Detection Tool » (2012) 27:2 J Pol Crim Psychol 160 ; Aldert Vrij et
Shara K Lochun, « Neuro-Linguistic Programming and the Police : Worthwhile or
Not ? » (1997) 12:1 J Pol Crim Psychol 25.
d’importantes décisions basées sur l’orientation du regard61. Troisiè-
mement, en pratique, la nuance rend inapplicable la notion.
Dans la deuxième formation, un exercice présentait le fait
d’hésiter comme un signe fiable de culpabilité. Un témoin « qui a com-
mis un crime et qui doit répondre à une question à ce sujet prend 2
secondes de plus pour répondre à la question »62. Pourtant, aucune
étude scientifique n’arrive à cette conclusion abracadabrante, voire
pernicieuse. La réalité est beaucoup plus complexe. Par exemple,
deux témoins sont questionnés. Le premier ment : il répond rapide-
ment à la question car le mensonge est facile à formuler, il est préparé
et répété. Le deuxième dit la vérité : il répond lentement à la question
car la vérité est difficile à formuler, elle est complexe et embarras-
sante. Si le décideur devait se fier à l’hésitation, le témoignage men-
songer serait considéré véridique et celui véridique serait considéré
mensonger. En outre, les formations Le langage corporel I63 et Le lan-
gage corporel II64 offertes en ligne par le Barreau du Québec ont véhi-
culé des notions n’ayant pas plus de fondement scientifique que celles
utilisées lors d’ordalies au Moyen-Âge65 plutôt que de promouvoir des
connaissances validées et reconnues scientifiquement.
En effet, au cours des quarante dernières années, la communi-
cation non verbale a fait l’objet d’une multitude d’études scientifi-
ques66. Il en est de même pour la détection du mensonge67. En 1969,
INTRODUCTION 9
61. Richard Wiseman et al, « The Eyes Don’t Have It : Lie Detection and Neuro-Lin-
guistic Programming », en ligne : (2012) 7:7 PLoS ONE <http://www.plosone.org>
[« The Eyes Don’t Have It »].
62. Barreau du Québec, Le langage corporel II, supra note 46.
63. Barreau du Québec, Le langage corporel I, supra note 45.
64. Barreau du Québec, Le langage corporel II, supra note 46.
65. Paul V Troville, « History of Lie Detection » (1939) 29 Am Inst Crim L & Crimino-
logy 848 [« History of Lie Detection »].
66. Judee K Burgoon, Laura K Guerrero et Kory Floyd, Nonverbal Communication,
Upper Saddle River, Pearson, 2010 [Nonverbal Communication] ; Valérie Manu-
sov et Miles L Patterson, The SAGE Handbook of Nonverbal Communication,
Thousand Oaks, Sage Publications, 2006 [The SAGE Handbook of Nonverbal
Communication] ; Jinni A Harrigan, Robert Rosenthal et Klaus R Scherer, The
New Handbook of Methods in Nonverbal Behavior Research, New York, Oxford
University Press, 2005 [The New Handbook of Methods in Nonverbal Behavior
Research] ; Marvin A Hecht et Nalini Ambady, « Nonverbal Communication and
Psychology : Past and Future » (1999) 7:2 NJJC 1 [« Nonverbal Communication
and Psychology »].
67. Pär Anders Granhag, Aldert Vrij et Bruno Verschuere, Detecting Deception : Cur-
rent Challenges and Cognitive Approaches, Chichester, Wiley, 2014 [Detecting
Deception] ; Aldert Vrij, Detecting Lies and Deceit,2
eéd, Chichester, Wiley, 2008
[Detecting Lies and Deceit] ; Mark L Knapp, Lying and Deception in Human Inter-
action, Boston, Pearson, 2008 [Lying and Deception in Human Interaction];
Pär Anders Granhag et Leif A Strömwall, The Detection of Deception in Forensic
Paul Ekman et Wallace V Friesen ont publié la première réflexion
théorique moderne et influente sur les signes comportementaux de
mensonge68. Leur hypothèse était alors basée directement sur les
propos de Charles Darwin dans son livre L’expression des émotions
chez l’homme et les animaux 69 initialement publié en 1872 :
L’homme, modérément irrité ou même furieux, peut commander aux
mouvements de son corps, mais il ne peut empêcher les battements
rapides de son cœur. La poitrine se soulèvera peut-être fort peu, les
narines trembleront à peine, parce que les mouvements de la respira-
tion ne sont qu’en partie volontaires. De la même manière, les muscles
de la face, qui obéissent moins à la volonté, trahiront seuls quelquefois
une émotion légère et fugitive.70
Depuis, des études sont publiées dans une myriade de revues
scientifiques, par exemple le Journal of Nonverbal Behavior,Law
and Human Behavior,Human Communication Research, Journal of
Applied Social Psychology,Psychology, Crime & Law et Legal and
Criminological Psychology. Toutefois, leur méconnaissance laisse la
place à des fausses croyances71, par exemple celles liées à l’orien-
tation du regard, à l’hésitation, au détournement du regard72 et au
fait de se gratter sous le nez73, et à des méthodes de lecture du
langage corporel douteuses. Les termes utilisés pour en faire leur
promotion sont loin d’être modestes : une méthode « reconnue mon-
dialement », enseignée par un « expert mondial », utilisée par des
10 COMMUNICATION NON VERBALE ET CRÉDIBILITÉ DES TÉMOINS
Contexts, Cambridge, Cambridge University Press, 2004 [The Detection of Decep-
tion in Forensic Contexts].
68. Paul Ekman et Wallace V Friesen, « Nonverbal Leakage and Clues to Deception »
(1969) 32 Psychiatry 88 [« Nonverbal Leakage »].
69. Charles Darwin, L’expression des émotions chez l’homme et les animaux, Paris,
Reinwald, 1890 [L’expression des émotions chez l’homme et les animaux].
70. Darwin, L’expression des émotions chez l’homme et les animaux,ibid à la p 80.
71. Stephen Porter et Leanne ten Brinke, « The Truth About Lies : What Works in
Detecting High-Stakes Deception » (2010) 15 Legal Criminol Psych 57 [« The
Truth About Lies »] ; Jaume Masip et al, « Is Behaviour Analysis Interview Just
Common Sense ? » (2010) 25:4 Appl Cogn Psychol 593 [« Is Behaviour Analysis
Interview Just Common Sense ? »] ; Aldert Vrij, Pär Anders Granhag et Stephen
Porter, « Pitfalls and Opportunities in Nonverbal and Verbal Lie Detection »
(2010) 11:3 Psychol Sci Publ Interest 89 [« Pitfalls and Opportunities »] ; Aldert
Vrij, « Why Professionals Fail to Catch Liars and How They Can Improve » (2004)
9 Legal Criminol Psych 159 [« Why Professionals Fail to Catch Liars »].
72. Barreau du Québec, Le langage corporel II, supra note 46 : « En présence du men-
songe, on pourra constater par exemple la dissimulation des mains, la fuite du
regard, le visage incliné vers le bas ou encore le corps qui se positionne le plus loin
possible de l’interlocuteur ».
73. Barreau du Québec, Le langage corporel I, supra note 45 : « Finalement, si on se
gratte sous le nez avec l’index, de gauche à droite, ça signifie que nos propos sont
inexacts, soit parce qu’on exagère ou qu’on ment ».
« enquêteurs chevronnés », pour devenir un « détecteur de menson-
ges », pour avoir des « certitudes », pour que « plus rien n’échappe », à
« ceux qui savent », etc.
À la recherche des meilleurs outils pouvant les aider dans la
prise de décisions, les avocats et les décideurs peu familiers avec
l’univers de la communication non verbale s’exposent au charme des
fausses croyances et des méthodes de lecture du langage corporel
douteuses74. En effet, la doctrine juridique québécoise sur l’incidence
de la communication non verbale lors de procès étant négligeable, les
professionnels du droit n’ont peu ou pas de repères pour apprécier les
prétentions de soi-disant experts en langage corporel et sont laissés à
eux-mêmes.
Compte tenu de ce qui précède, l’objectif du deuxième chapitre
du présent ouvrage est de présenter les connaissances validées et
reconnues scientifiquement qui, en date de ce jour, permettent de
comprendre l’incidence de la communication non verbale lors de
procès. Cette présentation permettra de dégager des repères que les
professionnels du droit pourront utiliser pour apprécier les préten-
tions de soi-disant experts en langage corporel.
iii. L’attention accordée au comportement non verbal
par les décideurs
L’évaluation de la crédibilité d’un témoin est notamment basée,
à différents degrés, sur son comportement non verbal75. Il constitue
un élément parmi d’autres :
Si l’acceptation de la crédibilité d’un témoin par un juge de première
instance dépendait uniquement de son opinion quant à l’apparence de
sincérité de chaque personne qui se présente à la barre des témoins, on
se retrouverait avec un résultat purement arbitraire, et la justice
dépendrait alors des meilleurs acteurs venus témoigner. Réflexion
faite, il devient presque évident que l’apparence de sincérité n’est qu’un
des éléments qui entre en ligne de compte lorsqu’il s’agit d’apprécier la
crédibilité d’un témoin.76
INTRODUCTION 11
74. Porter, « The Truth About Lies », supra note 71 ; Masip, « Is Behaviour Analysis
Interview Just Common Sense ? », supra note 71 ; Vrij, « Pitfalls and Opportuni-
ties », supra note 72 ; Vrij, « Why Professionals Fail to Catch Liars », supra note 71.
75. Henry S Sahm, « Demeanor Evidence : Elusive and Intangible Imponderables »
(1961) 47 ABA J 580 [« Elusive and Intangible Imponderables »].
76. Faryna c Chorny, [1952] 2 DLR 354 au para 10 [notre traduction].
Toutefois, lorsque les versions des témoins sont contradictoires,
l’évaluation de la crédibilité repose sur « des interprétations subtiles,
des nuances délicates et impressions indéfinies »77 difficiles à décrire
en mots. Le comportement non verbal d’un témoin peut alors, à lui
seul, décider l’issue d’un procès78 :
L’apparence et le comportement non verbal d’un témoin peuvent avoir
une incidence sur la crédibilité du témoin de deux façons : première-
ment, comme indicateur de la sincérité du témoin – sa volonté de dire la
vérité – et, deuxièmement, comme preuve de la qualité de la perception
et de la mémoire du témoin – sa capacité à connaitre la vérité.79
Ainsi, l’attention accordée au comportement non verbal par les
décideurs peut affecter la liberté d’accusés dans un contexte criminel,
la garde d’enfants dans un contexte familial et l’indemnité de justi-
ciables dans un contexte administratif. Puisque « les raisons invo-
quées par le juge du procès au soutien de sa décision sont présumées
refléter le raisonnement l’ayant conduit à cette décision »80, les élé-
ments qu’il retient et les moments où il les observe représentent donc
une source d’information fondamentale pour saisir davantage le
mécanisme sous-jacent à l’évaluation de la crédibilité d’un témoin.
Compte tenu de ce qui précède, l’objectif du troisième chapitre
du présent ouvrage est de présenter le bilan de l’impact du comporte-
ment non verbal sur l’évaluation de la crédibilité, et ce, dans le
contexte de procès québécois. Cette présentation permettra de cons-
tater que l’attention accordée au comportement non verbal par
plusieurs décideurs n’a peu ou pas de lien apparent avec les connais-
sances validées et reconnues scientifiquement.
12 COMMUNICATION NON VERBALE ET CRÉDIBILITÉ DES TÉMOINS
77. Sahm, « Elusive and Intangible Imponderables », supra note 75 à la p 582 [notre
traduction].
78. Timony, « Demeanor Credibility », supra note 13.
79. Wellborn, « Demeanor », supra note 11 à la p 1078 [notre traduction].
80. R c Teskey, 2007 CSC 25, [2007] 2 RCS 267 au para 19 [Teskey].
... De facto , pour étayer l' étiquette de « pseudo science », les arguments se situent hors de l'application de la démarche scientifique elle-même et se fondent sur une compréhension erronée de ses étapes et du système de révision par les pairs (Denault, 2015a;Denault, Larivée, Plouffe, & Plusquellec, 2015;Rochat, Delmas, Denault, Elissalde, & Demarchi, 2018) ou encore, ces auteurs font une confusion entre crédibilité scientifique, lors d' un procès, et application d' une démarche scientifique en sciences humaines et sociales (Denault 2015b, Denault, Delmas, & Rochat, 2016. En effet, l' absence d' articles scientifiques sur un sujet ne signifie pas absence de preuve. ...
... Les détracteurs vont jusqu' à évoquer une absence de méthodologie d'analyse des données, en synergologie, ajoutant que les outils d' interprétation sont simplistes et source d'imprudence (Denault, 2015a(Denault, , 2015bDenault & Jupe, 2018a). En d'autres occasions, les détracteurs, sans une analyse précise du contenu, reprennent des propos éparses des synergologues, laissant entendre l'absence d'études empiriques en synergologie , alors que les résumés de 98 travaux de recherche en synergologie sont présentés sur le site officiel: 5 sur les hypothèses synergologiques, 32 sur des gestes précis, 7 sur la gestuelle en général, 7 sur les émotions, 5 sur l' éducation, 9 sur la communication, 5 sur l' influence culturelle, 4 sur la pathologie, 6 sur la reconnaissance de l'authenticité et du mensonge, 7 sur le sport et la dominance, 8 sur d'autres sujets et 3 qui ont reçJ un prix d'excellence. ...
... Certains détracteurs décrivent la synergologie comme si elle ne distinguait pas la connaissance sémiologique de l'interprétation de la gestuelle (Denault, 2015a(Denault, , 2015b, alors que précisément, l' élaboration d'une sémiologie de la posturo-mimogestualité d'ordre cognitive, émotionnelle ou pulsionnelle, non-consciente en est justement l'une de ses bases essentielles (Turchet, 2017), et là se situe l'ancrage de son originalité. Le présent essai tendra à le montrer. ...
Thesis
Full-text available
Presentation of synergology; Analysis of the scientificity of synergology, Professional application of synergology. This essay answers the following question: what contributions can we expect from synergology in psychotherapy? In addition, it allows to situate synergology in the field of science and non-verbal communication. The author is a synergologist and psychologist. http://depot-e.uqtr.ca/id/eprint/9384/ Présentation de la synergologie, Analyse de la scientificité de la synergolgie, Application professionnelle de la synergologie. Cet essai répons à la question suivante : quels apports peut-on attendre de la synergologie en psychothérapie? En outre, il permet de bien situer la synergologie dans le champ de la science et de la communication non-verbale. L'auteur est synergologue et psychologue.
... During trials, while less discussed within the literature, the consequences can be just as serious, perhaps even more so. Because witness credibility can be largely influenced by demeanor (Denault, 2015), when judges in bench trials (and jurors in jury trials) turn to popular beliefs about deception cues or unfounded, discredited and pseudoscientific claims, the assessment of witness credibility can be distorted. This is significant considering that "credibility is an issue that pervades most trials, and at its broadest may amount to a decision on guilt or innocence" (R. v. Handy, 2002, p. 951) and that decisions of judges are enforceable. ...
... However, research has not shown the existence of a body movement or a facial expression to confirm or disconfirm someone is remorseful (Bandes, 2014(Bandes, , 2016. These are just two among many examples (for more examples, see Denault, 2015;Denault and Dunbar, 2019). ...
... In other words, misconceptions about nonverbal cues to deception are a covert threat to the justice system. This is all the more worrisome considering that, even if they are mentioned in written judgments, the assessment of witness credibility is rarely reviewed by appellate courts because, amongst other thing, they cannot "see and hear" the witnesses as judges previously did (Timony, 2000;Denault, 2015). Therefore, judges receive very little feedback and, as a consequence, could read manuals, and attend seminars promoting unfounded, discredited and pseudoscientific claims, all in good faith, throughout their career, without ever being told that, in fact, what they learned is unproven and amounts to nothing more than "junk science" (DeMatteo et al., 2019;Neal et al., 2019). ...
Article
Full-text available
Denault, V. (2020). Misconceptions about nonverbal cues to deception: A covert threat to the justice system? Frontiers in Psychology – Personality and Social Psychology, 11, 573460. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2020.573460
... De facto , pour étayer l' étiquette de « pseudo science », les arguments se situent hors de l'application de la démarche scientifique elle-même et se fondent sur une compréhension erronée de ses étapes et du système de révision par les pairs (Denault, 2015a;Denault, Larivée, Plouffe, & Plusquellec, 2015;Rochat, Delmas, Denault, Elissalde, & Demarchi, 2018) ou encore, ces auteurs font une confusion entre crédibilité scientifique, lors d' un procès, et application d' une démarche scientifique en sciences humaines et sociales (Denault 2015b, Denault, Delmas, & Rochat, 2016. En effet, l' absence d' articles scientifiques sur un sujet ne signifie pas absence de preuve. ...
... Les détracteurs vont jusqu' à évoquer une absence de méthodologie d'analyse des données, en synergologie, ajoutant que les outils d' interprétation sont simplistes et source d'imprudence (Denault, 2015a(Denault, , 2015bDenault & Jupe, 2018a). En d'autres occasions, les détracteurs, sans une analyse précise du contenu, reprennent des propos éparses des synergologues, laissant entendre l'absence d'études empiriques en synergologie , alors que les résumés de 98 travaux de recherche en synergologie sont présentés sur le site officiel: 5 sur les hypothèses synergologiques, 32 sur des gestes précis, 7 sur la gestuelle en général, 7 sur les émotions, 5 sur l' éducation, 9 sur la communication, 5 sur l' influence culturelle, 4 sur la pathologie, 6 sur la reconnaissance de l'authenticité et du mensonge, 7 sur le sport et la dominance, 8 sur d'autres sujets et 3 qui ont reçJ un prix d'excellence. ...
... Certains détracteurs décrivent la synergologie comme si elle ne distinguait pas la connaissance sémiologique de l'interprétation de la gestuelle (Denault, 2015a(Denault, , 2015b, alors que précisément, l' élaboration d'une sémiologie de la posturo-mimogestualité d'ordre cognitive, émotionnelle ou pulsionnelle, non-consciente en est justement l'une de ses bases essentielles (Turchet, 2017), et là se situe l'ancrage de son originalité. Le présent essai tendra à le montrer. ...
Experiment Findings
Rencontrer les chercheurs en synergologie pour leur demander quelle est leur méthodologie de recherche. Comparer la méthodologie de recherche synergologique avec la démarche scientifique.
... (Pigliucci & Boudry, 2013a) Whilst distinguishing pseudoscience from science can be difficult, there are methods to aid in making such distinctions. Several indicators which are suggestive of 'nonscience' have been proposed, such as lack of falsifiability, misuse of scientific vocabulary, absence of connectivity, extravagant claims, argument from authority and lack of self-correction (Damer, 2013;Denault, 2015;Lilienfeld & Landfield, 2008). However, whilst such cautionary advice RUNNING HEAD: Science or pseudoscience? may entice some individuals to raise questions regarding ambiguous approaches, in practice pseudoscientists can often provide what appear to be convincing counterarguments. ...
... For example, the pseudoscientist may assert that hiding one's hands, scratching one's nose, lowering one's head, closing one's mouth and looking in specific directions are non-verbal indicators of deceit (Denault, 2015). However, many of these indicators stem from stereotypical beliefs regarding deceptive behaviours (Bogaard, Meijer, Vrij, & Merckelbach, 2016;Global Deception Research Team, 2006). ...
... However, nonverbal communication can have a ubiquitous influence on a number of daily decisions made by police officers, lawyers and judges, including those made during investigative interviews and trials (e.g. Abbe & Brandon, 2014;Broaders & Goldin-Meadow, 2010;Denault, 2015). Therefore, organisations within the judicial system should be acutely aware of the importance of distinguishing pseudoscience from science and understanding the role that science plays in RUNNING HEAD: Science or pseudoscience? ...
Article
Full-text available
Jupe, L., & Denault, V. (2019). Science or pseudoscience? A distinction that matters for police officers, lawyers and judges. Psychiatry, Psychology, and Law, 26(5), 753-765. doi: 10.1080/13218719.2019.1618755
... Unfortunately, dubious concepts regarding nonverbal communication are widely disseminated, particularly on the Internet and in books aimed at the general public, as well as at seminars and conferences (such as the body language never lies). The use of such concepts can have negative and perhaps even disastrous consequences (Denault, 2015;Kozinski, 2015;Lilienfeld & Landfield, 2008). For example, security and justice professionals who are not familiar with the "peer-review" process can be misled into believing that these dubious concepts are scientific and give them a totally unjustified authority (Jupe & Denault, 2018). ...
... It should be noted that following the report of the Boston Globe, the TSA curtailed the program: "Agency officials told the Globe that air marshals no longer document the minor movements and behavior of these travelers"(Winter & Abelson, 2018).4 For example, after having himself completed the 200-plus hours training to "become" a synergologist, the first author severed his links with synergology, transitioned to science by pursuing a master's degree in law and a doctorate in communication, and published academic texts rigorously criticizing the use of synergology in the justice system (e.g.,Denault, 2015;Denault et al., 2015). He was then the target of ad hominem attacks, including insults and disapproving comments on social media(Denault, 2018). ...
Article
Full-text available
Denault, V., Plusquellec, P., Jupe, L. M., St-Yves, M., Dunbar, N. E., Hartwig, M., … van Koppen, P. J. (2020). The analysis of nonverbal communication: The dangers of pseudoscience in security and justice contexts. Anuario de Psicología Jurídica, 30, 1-12. doi: 10.5093/apj2019a9
... Thousands of peer-reviewed papers from an international scientific community have been published and the field of deception detection has grown substantially (Plusquellec and Denault, 2018;Vrij et al., 2019). However, despite the large body of knowledge regarding the subject, the general public and justice professionals still tend to hold erroneous beliefs, including those related to nonverbal cues to deceit (Bogaard et al., 2016;Denault, 2015;Strömwall and Granhag, 2003;The Global Deception Research Team, 2006). Moreover, pseudoscientific programmes, methods and approaches to 'catch liars' are marketed for usage in courtrooms . ...
Article
Full-text available
Denault, V., Dunbar, N., & Plusquellec, P. (2019). The detection of deception during trials: Ignoring the nonverbal communication of witnesses is not the solution - A response to Vrij and Turgeon (2018). The International Journal of Evidence and Proof, 24(1), 3-11. doi: 10.1177/1365712719851133
Article
Full-text available
The Expression of the Emotions in Man and Animals has received and continues to receive much attention from emotion researchers and behavioural scientists. However, the common misconception that Darwin advocated for the universality of emotional reactions has led to a host of unfounded and discredited claims promoted by “body language experts” on both traditional and social media. These “experts” receive unparalleled public attention. Thus, rather than being presented with empirically supported findings on nonverbal behaviour, the public is exposed to “body language analysis” of celebrities, politicians, and defendants in criminal trials. In this perspective piece, we address the misinformation surrounding nonverbal behaviour. We also discuss the nature and scope of statements from body language experts, unpacking the claims of the most viewed YouTube video by a body language expert, comparing these claims to actual research findings, and giving specific attention to the implications for the justice system. We explain how body language experts use (and misuse) Darwin's legacy and conclude with a call for researchers to unite their voices and work toward stopping the spread of misinformation about nonverbal behaviour.
Thesis
Full-text available
Denault, V. (2020). Comment les juges détectent-ils les mensonges ? Étude des mécanismes communicationnels sous-jacents aux déclarations de culpabilité pour parjure [How do judges detect lies? A study of the communication mechanisms underlying perjury convictions] [Doctoral Thesis, Université de Montréal]. Papyrus UdeM. http://hdl.handle.net/1866/24285
Article
Full-text available
Denault, V., Plusquellec, P., Jupe, L. M., St-Yves, M., Dunbar, N. E., Hartwig, M., … van Koppen, P. J. (2020). L’analyse de la communication non verbale: Les dangers de la pseudoscience en contextes de sécurité et de justice [The analysis of nonverbal communication: The dangers of pseudoscience in security and justice contexts]. Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique, 73, 15-44.
Chapter
Full-text available
Denault, V., & Dunbar, N. (2019). Credibility assessment and deception detection in courtrooms: Hazards and challenges for scholars and legal practitioners. In T. Docan-Morgan (Ed.), The Palgrave handbook of deceptive communication (pp. 915-936). Basingstoke, United Kingdom: Palgrave Macmillan.
Article
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The question of whether discernible differences exist between liars and truth tellers has interested professional lie detectors and laypersons for centuries. In this article we discuss whether people can detect lies when observing someone's nonverbal behavior or analyzing someone's speech. An article about detecting lies by observing nonverbal and verbal cues is overdue. Scientific journals regularly publish overviews of research articles regarding nonverbal and verbal cues to deception, but they offer no explicit guidance about what lie detectors should do and should avoid doing to catch liars. We will present such guidance in the present article. The article consists of two parts. The first section focuses on pitfalls to avoid and outlines the major factors that lead to failures in catching liars. Sixteen reasons are clustered into three categories: (a) a lack of motivation to detect lies (because accepting a fabrication might sometimes be more tolerable or pleasant than understanding the truth), (b) difficulties associated with lie detection, and (c) common errors made by lie detectors. We will argue that the absence of nonverbal and verbal cues uniquely related to deceit (akin Pinocchio's growing nose), the existence of typically small differences between truth tellers and liars, and the fact that liars actively try to appear credible contribute to making lie detection a difficult task. Other factors that add to difficulty is that lies are often embedded in truths, that lie detectors often do not receive adequate feedback about their judgments and therefore cannot learn from their mistakes, and that some methods to detect lies violate conversation rules and are therefore difficult to apply in real life. The final factor to be discussed in this category is that some people are just very good liars. The common errors lie detectors make that we have identified are examining the wrong cues (in part, because professionals are taught these wrong cues); placing too great an emphasis on nonverbal cues (in part, because training encourages such emphasis); tending to too-readily interpret certain behaviors, particularly signs of nervousness, as diagnostic of deception; placing too great an emphasis on simplistic rules of thumb; and neglecting inter- and intrapersonal differences. We also discuss two final errors: that many interview strategies advocated by police manuals can impair lie detection, and that professionals tend to overestimate their ability to detect deceit. The second section of this article discusses opportunities for maximizing one's chances of detecting lies and elaborates strategies for improving one's lie-detection skills. Within this section, we first provide five recommendations for avoiding the common errors in detecting lies that we identified earlier in the article. Next, we discuss a relatively recent wave of innovative lie-detection research that goes one step further and introduces novel interview styles aimed at eliciting and enhancing verbal and nonverbal differences between liars and truth tellers by exploiting their different psychological states. In this part of the article, we encourage lie detectors to use an information-gathering approach rather than an accusatory approach and to ask liars questions that they have not anticipated. We also encourage lie detectors to ask temporal questions-questions related to the particular time the interviewee claims to have been at a certain location-when a scripted answer (e.g., "I went to the gym") is expected. For attempts to detect lying about opinions, we introduce the devil's advocate approach, in which investigators first ask interviewees to argue in favor of their personal view and then ask them to argue against their personal view. The technique is based on the principle that it is easier for people to come up with arguments in favor than against their personal view. For situations in which investigators possess potentially incriminating information about a suspect, the "strategic use of evidence" technique is introduced. In this technique, interviewees are encouraged to discuss their activities, including those related to the incriminating information, while being unaware that the interviewer possesses this information. The final technique we discuss is the "imposing cognitive load" approach. Here, the assumption is that lying is often more difficult than truth telling. Investigators could increase the differences in cognitive load that truth tellers and liars experience by introducing mentally taxing interventions that impose additional cognitive demand. If people normally require more cognitive resources to lie than to tell the truth, they will have fewer cognitive resources left over to address these mentally taxing interventions when lying than when truth telling. We discuss two ways to impose cognitive load on interviewees during interviews: asking them to tell their stories in reverse order and asking them to maintain eye contact with the interviewer. We conclude the article by outlining future research directions. We argue that research is needed that examines (a) the differences between truth tellers and liars when they discuss their future activities (intentions) rather than their past activities, (b) lies told by actual suspects in high-stakes situations rather than by university students in laboratory settings, and (c) lies told by a group of suspects (networks) rather than individuals. An additional line of fruitful and important research is to examine the strategies used by truth tellers and liars when they are interviewed. As we will argue in the present article, effective lie-detection interview techniques take advantage of the distinctive psychological processes of truth tellers and liars, and obtaining insight into these processes is thus vital for developing effective lie-detection interview tools.
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Proponents of Neuro-Linguistic Programming (NLP) claim that certain eye-movements are reliable indicators of lying. According to this notion, a person looking up to their right suggests a lie whereas looking up to their left is indicative of truth telling. Despite widespread belief in this claim, no previous research has examined its validity. In Study 1 the eye movements of participants who were lying or telling the truth were coded, but did not match the NLP patterning. In Study 2 one group of participants were told about the NLP eye-movement hypothesis whilst a second control group were not. Both groups then undertook a lie detection test. No significant differences emerged between the two groups. Study 3 involved coding the eye movements of both liars and truth tellers taking part in high profile press conferences. Once again, no significant differences were discovered. Taken together the results of the three studies fail to support the claims of NLP. The theoretical and practical implications of these findings are discussed.
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This article was translated into Japanese by Akira Ishikawa. The article focuses on nonverbal communication in law. First, the article focuses on the most neglected part of nonverbal communication how to speak body language. Most of the previous legal writing about nonverbal communication has been about decoding (reading body language) and has neglected encoding. Second, the article shifts the focus of nonverbal communication from the courtroom to the law office and from jury selection to interviewing. Most lawyers never appear in court, and those that do seldom conduct trials. Therefore, the setting for this article will be not in the courtroom where lawyers do so little of their work, but rather the law office where all lawyers, litigators and non-litigators alike, meet with clients, witnesses, opponents, staff, and colleagues. Although this article emphasizes using nonverbal communication in interviewing, the same principles apply to any face-to-face communication such as taking depositions, negotiations, and courtroom advocacy.
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The Behaviour Analysis Interview (BAI) is an interview protocol developed by John E. Reid and Associates to generate different reactions in guilty and innocent suspects. Even though research has questioned the usefulness of the BAI protocol (Vrij et al., 2006), many law enforcement officials are trained in the BAI every year. Two studies were conducted to examine whether the BAI recommendations are in line with lay participants' beliefs about the correlates of guilt or innocence. In Study 1, the participants read the transcriptions of two BAIs and had to indicate which one corresponded to the guilty suspect. Virtually all the participants who were familiar with the BAI protocol were successful in this task; however, more naïve participants (69%) than expected by chance were also able to identify the guilty interview. In Study 2, a questionnaire was designed to examine whether those behaviours that the BAI proponents maintain are guilt indicators were judged by lay participants as more indicative of guilt than those behaviours that the BAI proponents maintain that are indicators of innocence. The results strongly supported this prediction. Not only are the BAI recommendations inaccurate, but they are also in line with what people already believe. Apparently, little new can be learned by attending training seminars on the BAI. Law enforcement personnel should be taught interview protocols grounded on sound science instead of unsupported common-sense beliefs. Copyright © 2010 John Wiley & Sons, Ltd.
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This Handbook provides an up-to-date discussion of the central issues in nonverbal communication and examines the research that informs these issues. Editors Valerie Manusov and Miles Patterson bring together preeminent scholars, from a range of disciplines, to reveal the strength of nonverbal behavior as an integral part of communication.
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There is a myth in popular psychology, often echoed in police literature, but as yet untested, that specific eye movements pertain to lying and truth telling. According to this line of thought, eye movements to the sender’s right indicate lying, as the sender’s eyes are drawn to the side of his/her brain where their fabrication is being created. We have put this hypothesis, derived from ‘Neuro-Linguistic Programming’ to the test in two experiments. In Experiment 1, a total of 204 participants (all air passengers) were interviewed at an international airport about their forthcoming trip. All participants answered one question truthfully and one question deceptively. Some participants answered a third question truthfully, whereas others answered the same question deceptively. No conclusive evidence was found for a relationship between specific eye movements and deception. In Experiment 2, a total of 31 participants discussed their real occupation in one interview and a pretend occupation in another interview. Only three of the 31 participants revealed the eye movement pattern predicted by NLP. Reasons for the existence of the myth that liars display specific eye movements are discussed.
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One of the most fascinating sub-divisions within the rapidly growing field of psychology and law is the area of deception detection. Traditionally this area has been characterised by a number of approaches which have analysed different aspects of deception such as verbal content, non-verbal behaviour, and polygraph testing. The last few years' intensive research has resulted in an impressive corpus of new knowledge about issues such as cross-cultural deception, the detection of simulated amnesia and false confessions, lie-catching expertise and how best to train professionals in detecting deception. This book provides a state-of-the-art account of current research and practice, written by an international team of experts and will be a valuable resource for academics, students, practitioners and all professionals within the legal domain who need to tackle questions of credibility and reliability.
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In the seventies Bandler and Grinder (1975, 1979; Grinder & Bandler, 1976) developed their model of Neuro-Linguistic Programming (NLP). The aim of this model is to facilitate communication between persons (Particularly between counselors and clients). There is a growing body of literature on NLP; it is nowadays even used in a police context (Gray, 1991; Mayers, 1993; Rhoads & Solomon, 1987). What does NLP mean? To what extent does empirical research support the NLP-model? And, to what extent is NLP useful for the police? This article addresses these three questions.