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L’économie collaborative : fondements théoriques et agenda de recherche

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Abstract

L’ampleur de la croissance de l’économie collaborative constitue l’un des phénomènes marquants de ces dernières années et interpelle les acteurs publics et privés. Pourtant le champ de l’économie collaborative est difficile à délimiter et recouvre des initiatives hétérogènes. L’objet de cet article est d’éclairer les débats et paradoxes qui traversent le champ émergent de l’économie collaborative en explorant les différentes racines théoriques et philosophiques qui l’irriguent. Quatre traditions théoriques irriguent l’économie collaborative prend racine : l’économie de la fonctionnalité, du don, la gestion des communs, la contreculture libérale et libertaire américaine. Nous développons ensuite un agenda de recherche explorant le rôle de ces courants théoriques dans les processus de performativité et l’institutionnalisation du champ de l’économie collaborative.
IDDRI
UNIVERSITÉ PARIS SUD
ESCP EUROPE
UNIVERSITÉ PARIS-DAUPHINE
OUISHARE
CNIID – ZERO WASTE FRANCE
Les PIonniers
du COllaboratif
L’économie collaborative :
Fondements théoriques
et agenda de recherche
Aurélien Acquier | ESCP EUROPE
Valentina Carbone | ESCP EUROPE
David Massé | ESCP EUROPE & ECOLE POLYTECHNIQUE (I3-CRG)
22
Le projet Pionniers du Collaboratif (PICO) a été réalisé par l’Iddri,
l’ESCP-Europe, les Universités Paris Sud et Paris Dauphine, Zero Waste
France et Ouishare, grâce au soutien financier du ministère
de l’Environnement (programme MOVIDA) et de la MAIF.
Le projet PICO a pour objectif de clarifier ce qu’est l’économie
collaborative et la place des enjeux environnementaux et sociaux chez ses
acteurs ; étudier ses impacts environnementaux et sociaux ; apporter des
pistes d’action pour les pouvoirs publics qui voudraient mettre l’économie
collaborative au service du développement durable.
L’ensemble des articles publiés dans le cadre du projet PICO est
accessible sur : www.iddri.org/Projets/PICO-PIonniers-du-COllaboratif
Citation : D. Massé, Carbone V., Acquier A. (2016). L’économie
collaborative : fondements théoriques et agenda de recherche. PICO
Working paper, Paris, France, 16 p.
3
LE CHAMP DE L’ÉCONOMIE
COLLABORATIVE : UN CHAMP
HÉTÉROGÈNE AUX CONTOURS FLOUS
L’ampleur de la croissance de l’économie colla-
borative constitue l’un des phénomènes mar-
quants de ces dernières années et interpelle
les acteurs publics et privés. Pourtant le champ
de l’économie collaborative est difficile à déli-
miter et recouvre des initiatives hétérogènes.
L’objet de cet article est d’éclairer les débats et
paradoxes qui traversent le champ émergent de
l’économie collaborative en explorant les diffé-
rentes racines théoriques et philosophiques qui
l’irriguent.
QUATRE COURANTS IRRIGUENT
L’ÉCONOMIE COLLABORATIVE
Nous identifions quatre traditions théoriques
différentes dans lesquelles l’économie collabo-
rative prend racine : l’économie de la fonctionna-
lité, du don, la gestion des communs, la contre-
culture libertaire américaine.
L’INSTITUTIONNALISATION DE
L’ÉCONOMIE COLLABORATIVE : VERS
UN AGENDA DE RECHERCHE
Nous développons ensuite un agenda de re-
cherche explorant le rôle de ces courants théo-
riques dans les processus de performativité et
l’institutionnalisation du champ de l’économie
collaborative.
Mots-clés : économie collaborative, économie
du partage, théorie néo-institutionnelle,
performativité
résumé
55
TABLE DES MATIÈRES
1. INTRODUCTION 7
2. FONCTIONNALITÉ, DON, BIENS COMMUNS,
CONTRE-CULTURE LIBERTAIRE : QUATRE COURANTS DE PENSÉE
QUI IRRIGUENT L’ECONOMIE COLLABORATIVE 9
L’économie de la fonctionnalité : le passage de la propriété à l’usage 9
L’économie du don : l’importance du « lien social » 10
Les communs : vers une gouvernance décentralisée, partagée,
favorisant la création collective 10
La contre-culture libertaire : lutter contre les rentes
et la régulation des grandes institutions bureautiques 11
3. AGENDA DE RECHERCHE : PERFORMATIVITÉ DES COURANTS
DE PENSÉE ET INSTITUTIONNALISATION DU CHAMP
DE L’ÉCONOMIE COLLABORATIVE 12
Axe 1 : les initiatives collaboratives comme organisations hybrides 12
Axe 2 : l’institutionnalisation du champ de l’économie collaborative 12
CONCLUSION 13
RÉFÉRENCES 14
7
1. INTRODUCTION
L’ampleur de la croissance de l’économie colla-
borative est un des phénomènes marquants
de ces dernières années. En s’appuyant sur des
technologies permettant de partager des res-
sources et des compétences à grande échelle
entre particuliers et de décentraliser la produc-
tion de biens et de services (Botsman et Rogers,
2010), l’économie collaborative transforme en
profondeur de nombreux secteurs d’activités
tels que l’hôtellerie, les transports, l’alimenta-
tion (Christensen, 2014) ou la conception, la ré-
paration ou la réutilisation d’objets (Anderson,
2012 ; Lallement, 2015).
Pourtant, l’interprétation de ce mouvement
est rendue particulièrement malaisée par son
hétérogénéité et la difficulté à en clarifier les
frontières. Le champ est en effet traversé par
des promesses multiples et des interprétations
contradictoires. Certains décrivent l’économie
collaborative comme un mouvement réfor-
miste et militant, constituant un terreau pro-
pice à l’innovation en matière de gouvernance
politique et organisationnelle (Bauwens, 2005 ;
Laloux, 2014 ; Sundararajan, 2016) et à de nou-
velles solidarités. Ils y voient une opportunité
d’émancipation individuelle et de progrès envi-
ronnemental face au pouvoir hiérarchique des
grandes institutions économiques tradition-
nelles, telles que la grande entreprise héritée
de la seconde révolution industrielle (OuiShare,
2015). D’autres voient l’économie collaborative
comme une économie potentiellement plus res-
pectueuse des ressources, permettant la réduc-
tion de l’empreinte écologique de notre consom-
mation (Demailly et Novel, 2014). Certains
s’écartent radicalement de telles visions, les
jugeant idéalisées et considérant l’économie
collaborative comme une économie de l’accès
low-cost” (Bardhi et Eckhardt, 2012) reposant
sur des “business models” qui précarisent la re-
lation d’emploi et remettant en cause le concept
même d’entreprise ou de salariat (Fréry, 2010).
En réaction aux controverses suscitées par cer-
taines initiatives, certains proposent enfin de re-
définir la notion d’économie collaborative pour
en exclure des acteurs tels qu’Uber (Meelen et
Frenken, 2015).
Témoin de cette hétérogénéité, le champ est
traversé par des débats sémantiques et concep-
tuels concernant sa définition et sa termino-
logie. Le concept d’économiew collaborative
entretient en effet des relations floues avec des
notions voisines telles que l’économie du par-
tage (la “sharing economy, terme de référence
en anglais), l’économie du pair à pair (peer to
peer economy), la production ou consommation
collaborative, l’économie sociale et solidaire, le
mouvement coopératif, l’économie de l’accès
ou de la fonctionnalité, ces différents concepts
se recoupant sans jamais complètement se
recouvrir. Au niveau empirique, le champ de
l’économie collaborative est également marqué
par une grande diversité, recouvrant une plu-
ralité de pratiques comme le troc, la location, la
mutualisation, le don, la vente, l’achat groupé,
la production, la réparation. Une partie de ces
pratiques (telles que le covoiturage, le troc) sont
anciennes et ne se revendiquent d’ailleurs pas
nécessairement de ce mouvement. Enfin ces
démarches “collaboratives” se diffusent dans un
grand nombre de secteurs d’activités comme le
logement, l’éducation, l’énergie, la mobilité, la fi-
nance, le bricolage, etc. (PIPAME, 2015), dont les
enjeux s’avèrent empiriquement très différents.
Finalement, comme le reconnaissent certains de
ses promoteurs, cette économie manque d’une
définition partagée (Botsman, 2014), ce qui par-
ticipe à la perception de l’économie collabora-
8
tive comme « … un grand fourre-tout qui voit se
côtoyer des jeunes pousses du web aux dents
longues, des entreprises qui valent des millions
en bourse et des néobabas aux ambitions autant
politiques que sociales » (Turcan et Sudry-le-Dû,
2015, p. n.d.).
Ces ambigüités et paradoxes font de l’éco-
nomie collaborative un objet d’étude à la fois
particulièrement intéressant et complexe pour
les sciences de gestion. En adoptant une pers-
pective néo-institutionnelle, cet article propose
de considérer l’économie collaborative comme
un champ organisationnel émergent. Selon
DiMaggio & Powell (1983, pp. 148-149) un champ
organisationnel est le produit d’« un ensemble
d’institutions et de réseaux, qui, pris dans leur
globalité, constituent une forme reconnue de la
vie institutionnelle » (traduction des auteurs).
Lorsqu’il est reconnu et stabilisé, un champ or-
ganisationnel fournit un contexte d’action cadré,
par lequel les acteurs partagent un ensemble
d’institutions coercitives, normatives et mimé-
tiques (Scott, 1995). Par contraste, les choses dif-
fèrent largement dans le cas de champs organi-
sationnels émergents (Fligstein, 1997 ; Maguire,
Hardy et Lawrence, 2004). Marcus et Anderson
(2008, p. 4) indiquent ainsi qu’un champ organi-
sationnel émergent est « typiquement confron-
té à des controverses et des doutes sur ce qu’il
produit en termes de qualité, de performance
et de confiance » (traduction des auteurs). De
même, pour Maguire, Hardy et Lawrence (2004,
p. 659), l’absence de « valeurs largement parta-
gées » limite l’existence de pressions normatives
qui feraient converger les acteurs du champ
vers un modèle dominant et/ou homogène. Un
champ émergent est plutôt caractérisé par la
coexistence de plusieurs « proto-institutions »
(Lawrence, Hardy et Phillips, 2002), plus ou
moins homogènes, qui sont diffusées de ma-
nière plus locale et moins articulées que dans
des champs stabilisés.
Au sein de cet article, nous explorons la di-
mension normative et cognitive de ces proto-
institutions, dans le contexte de l’économie col-
laborative. Les acteurs du « collaboratif » font en
effet référence à des valeurs, idéologies, et cou-
rants de pensée par lesquels ils « théorisent » leur
innovation, c’est à dire cadrent les problèmes,
justifient et convainquent du bien-fondé de leur
innovation. Dans cet article, nous défendons que
ce processus de théorisation passe aussi, pour
les entrepreneurs du champ de l’économie col-
laborative, par le rattachement de leurs projets
à des courants théoriques en sciences sociales
desquels les acteurs s’inspirent, et par lesquels
ils interprètent, font sens et justifient leurs
actions (Hahn, Preuss, Pinkse et Figge, 2014).
Comme l’ont montré plusieurs travaux – notam-
ment les débats autour de la notion de perfor-
mativité –, les théories en sciences sociales ne
sont pas seulement descriptives, mais véhi-
culent une dimension idéologique et un projet
normatif (Callon, 1998 ; Ghoshal, 2005). Dans la
phase d’émergence d’un champ organisationnel,
il existe une multiplicité et une coexistence de
ces référentiels théoriques et normatifs qu’il est
nécessaire d’étudier.
L’objectif de cet article est ainsi d’explorer les
courants théoriques - en explorant leurs sou-
bassements idéologiques et normatifs ainsi que
leur vision de la création de valeur - qui sont mo-
bilisés par les acteurs du champ de l’économie
collaborative. L’hypothèse sous-jacente est que
la multiplicité et l’hétérogénéité des courants
théoriques auxquels font référence les acteurs
d’un champ constituent l’une des sources des
controverses qui traversent ce domaine. Pour ce
faire, nous analysons les courants de pensée ac-
tuellement mobilisés par les membres du champ
comme des proto-institutions « cognitives ».
ENCADRÉ. Méthodologie
Cette recherche s’inscrit dans le cadre d’un projet de
recherche en cours, visant à analyser la diversité des
modèles d’affaires (‘business models’) et des logiques
d’action caractérisant les initiatives apparentées à
l’économie collaborative. Dans le cadre de ce projet, les
chercheurs ont analysé plusieurs ouvrages de référence
rattachés au mouvement de l’économie collaborative, et
réalisé une trentaine d’entretiens avec des « initiateurs » de
projets collaboratifs, qu’ils inscrivent leur projet dans une
logique lucrative ou non.
Au-delà de la diversité des modèles d’affaires, cette
phase de collecte de données a révélé la grande diversité
des valeurs et des modèles cognitifs utilisés par les porteurs
de projets. Elle se matérialise par une grande variété des
objectifs (environnementaux, sociaux et économiques)
associés aux démarches d’économie collaborative, et par
une grande hétérogénéité des influences intellectuelles et
idéologiques des porteurs de projet. À partir des entretiens
et de la lecture des ouvrages de référence, nous avons
identifié différents courants de pensée associés aux
démarches étudiées. Les acteurs interviewés pouvaient
faire explicitement référence à un ouvrage/courant
précis, faire référence à un « gouru » propre à une école
de pensée, ou exprimer de manière plus implicite une
idéologie caractéristique d’un courant. En regroupant ces
discours, nous avons identifié les quatre courants de pensée
présentés ci-après.
9
Ce faisant, l’article propose deux contribu-
tions : premièrement, nous présentons une car-
tographie des fondements théoriques de l’éco-
nomie collaborative. Nous éclairons la complexi-
té du champ à travers ses ancrages théoriques
et sociohistoriques , permettant d’envisager de
manière conjointe le développement des pra-
tiques et de leur problématisation, en s’interro-
geant sur leur origine historique et leur filiation
théorique (Audet et Déry, 1996 ; Déry, 2007,
2013 ; Hatchuel, 2012). Deuxièmement, nous
proposons des voies de recherche analysant le
rôle de ces théories dans l’institutionnalisation
du champ de l’économie collaborative.
L’article est structuré en deux parties. Dans
une première partie, nous identifions quatre
courants théoriques mobilisés par les acteurs
de l’économie collaborative et illustrons leur
influence à travers des initiatives du domaine.
Dans une seconde partie, nous proposons un
agenda de recherche explorant la manière dont
ces courants de pensée sont mobilisés dans le
processus d’institutionnalisation et de définition
des frontières du champ de l’économie collabo-
rative.
2. FONCTIONNALITÉ, DON, BIENS
COMMUNS, CONTRE-CULTURE
LIBERTAIRE : QUATRE COURANTS DE
PENSÉE QUI IRRIGUENT L’ECONOMIE
COLLABORATIVE
Nous avons recensé quatre courants de pensée
mobilisés par les acteurs du champ de l’écono-
mie collaborative : l’économie de la fonctionna-
lité, l’économie du don, les communs ainsi que
la contre-culture américaine. Si chacun de ces
courants illustre un des aspects caractéristiques
du champ organisationnel, ils ne constituent pas
nécessairement des références exclusives et les
entrepreneurs du secteur collaboratif sont sus-
ceptibles d’hybrider ces courants dans leurs dis-
cours.
L’économie de la fonctionnalité : le
passage de la propriété à l’usage
Pour le courant de l’économie de la fonctionna-
lité, la valeur d’un produit ne réside plus dans la
possession d’un bien, mais dans les bénéfices de
son utilisation. En pratique, il s’agit d’un change-
ment de paradigme fondé sur l’usage plutôt que
la propriété, qui renvoie à « une économie de
services dans laquelle le bien au sens physique du
terme est considéré comme une immobilisation
et non plus comme un “consommable’ » (Lauriol,
2008, p. 33). Ce faisant, l’économie de la fonc-
tionnalité se présente comme un changement
de logique de création de valeur, laissant place
à de nouveaux modes de consommation et de
production, et permettant d’optimiser l’usage
des ressources (Du tertre, 2008 ; Lauriol, 2008).
Cette approche est étroitement liée à la
notion d’économie circulaire, qui vise à minimi-
ser les impacts environnementaux d’un bien ou
service le long de son cycle de vie (Braungart et
McDonough, 2009). Suivant cette perspective, le
producteur doit rester aussi longtemps que pos-
sible propriétaire et responsable de la qualité des
produits afin d’optimiser l’usage de ressources
naturelles et accroître la durée de vie et la qua-
lité de ses produits. De même, il s’agit d’antici-
per la fin de vie dès la conception des produits,
afin de faciliter la réutilisation de matériaux sans
en dégrader la valeur. Parmi les solutions mises
en avant par l’économie circulaire, les modèles
d’affaires fondés sur la location et la prestation
de service apparaissent alors comme un moyen
d’inciter à l’optimisation environnementale des
produits, en rendant économiquement moins
pertinentes des stratégies d’obsolescence pro-
grammée. De même, les démarches favorisant la
revente ou la réutilisation des produits en fin de
vie sont perçues comme des leviers de limitation
des déchets et de réintégration des biens dans
de nouveaux cycles d’usage.
L’économie de la fonctionnalité est un courant
de pensée souvent mobilisé dans le cadre de la
consommation collaborative. A titre d’exemple,
Botsman et Rogers (2010) utilisent la notion de
product-service system (PSS) pour définir l’un
des trois grands domaines de la consommation
collaborative. Ces PSS peuvent prendre deux
formes : une organisation centralisée organi-
sant l’accès à une ressource physique pour de
multiples usagers (cf. Techshop, Zipcar, Vélib,
Autolib, espaces de “co-working” ou les Open li-
braries), ou une plateforme de location de biens
entre particuliers (Belk, 2014). Ce dernier modèle
correspond à une conception très répandue que
l’on retrouve dans une majorité de définitions
de l’économie collaborative, car elle recouvre
d’un point de vue empirique des exemples de
plateformes à succès (Airbnb, Blablacar, Zilok,
LeBonCoin) devenues emblématiques de l’éco-
nomie collaborative, qui intègrent plus ou moins
explicitement une promesse environnementale
et sociale dans leur offre de valeur.
10
L’économie du don : l’importance du
« lien social »
La pratique du don est l'un des modes d'échange
les plus anciens de notre société. Loin d'être ob-
solète, elle reste très répandue dans le monde
des affaires (Alter, 2010 ; Bureau, 2014). Le don
se définit comme un transfert qui n’implique
aucune contre-partie (Athané, 2011). Par consé-
quent, il s’oppose à toute forme d’échange
monétaire ou de troc, qui supposent une com-
pensation instantanée de l’échange par de
l’argent ou un objet ou service de valeur simi-
laire. Dans l’économie du don, la réciprocité im-
médiate qu’implique l’échange d’argent ou le
troc aurait pour effet de détruire le lien social
(Boyle, 2012) . Pour Mauss (1924), le don sup-
pose une triple obligation de « donner, recevoir,
et rendre » qui fonctionne grâce au pouvoir
presque spirituel de ce qui est donné. Dans et
par le don s’articulent la poursuite de l’avantage
individuel et l’ouverture à autrui par des actes
généreux (Bureau 2014). Les individus sont en
effet interdépendants et reliés par les biens qui
circulent entre eux et qui incarnent une partie
de l’identité du donateur venant se loger à l’inté-
rieur des objets donnés.
L’économie du don est mobilisée par les
acteurs de l’économie collaborative, notam-
ment à travers la promesse de sens au-delà de
l’échange marchand, et d’un lien social renou-
velé et renforcé (Belk, 2010). Comme l’illustrent
Bostman et Rogers (2010), ces nouvelles pra-
tiques permettraient de retrouver une convi-
vialité perdue. Cette promesse s’illustre par
exemple via des magasins gratuits qui sont
des espaces pour donner et recevoir des objets
sans aucun retour. Les objets déposés sont don-
nés à la personne à qui ces objets peuvent être
utiles. Le donneur devra toutefois vérifier que ce
qu’il donne est propre et en état d’usage, et le
receveur ne prendre que ce qui lui est utile et
non n’importe quel objet sous prétexte de gra-
tuité. Elle peut aussi s’illustrer au niveau glo-
bal avec des initiatives telles que les “Repair
Café, concept apparu en 2009 aux Pays-Bas où
Martine Postma, une militante écologiste, a pro-
posé cette initiative au conseil municipal de la
ville Oost-Watergraafsmeer. Le principe repose
sur la rencontre périodique de personnes dans
un lieu déterminé (place de village, salle des
fêtes, etc.) où des outils et des compétences
sont mis à disposition gratuitement afin de ré-
parer des objets1. De même, Couchsurfing per-
1. Une association a été fondée pour définir une charte
met à des voyageurs de passer du temps, un
dîner, une visite de ville avec les personnes qui
les hébergent gratuitement, favorisant de déve-
loppement de liens sociaux nouveaux (Germann
Molz, 2012). Ces exemples illustrent la promesse
d’un nouveau terreau relationnel porté par l’éco-
nomie collaborative, entre des personnes qui ne
sont pas uniquement de la même communauté,
amis ou voisins de palier.
Les communs : vers une gouvernance
décentralisée, partagée, favorisant la
création collective
La réflexion sur les communs a été largement
marquée par les travaux d’Elinor Ostrom (1990)
sur l’étude des formes de propriété et de gestion
collective – c’est à dire ne reposant ni sur une
régulation par la propriété privée, ni par l’Etat -
des ressources en pool commun (Common Pool
Ressources). Si les travaux d’Ostrom inscrivent
ces formes de gouvernance collective comme un
mécanisme de préservation et de régulation des
biens communs « rivaux » (tels que les ressources
naturelles dont l’usage est limité), ces réflexions
ont été reprises et prolongées par toute une série
d’approches qui s’appuient sur une gouvernance
auto-organisée pour créer et gouverner l’émer-
gence de biens communs immatériels non rivaux
et non exclusifs -tels que des connaissances, un
logiciel ou des savoirs- (Benkler et Nissenbaum,
2006). Les exemples les plus emblématiques
viennent de l’informatique, via l’open source
(Aigrain, 2005 ; Raymond, 2001) comme le pro-
jet GNU qui donnera naissance à Linux, un sys-
tème d'exploitation libre (Stallman, Williams, &
Masutti, 2011). Le mouvement du logiciel libre se
caractérise ainsi par le passage d’une logique hié-
rarchique et propriétaire fondée sur les droits de
propriété fermés, à une logique ouverte, distri-
buée et contributive favorisant un libre accès gra-
tuit et universel pour les utilisateurs. De même,
Wikipedia, fondé sur un modèle d’auto-régula-
tion, puise ses principes de gouvernance dans la
régulation des biens communs (Cardon et Levrel,
2009). Ainsi, la gouvernance des biens communs
vient fonder les principes de production par les
pairs (peer production) via la mise au point de
principes coopératifs et d’une gouvernance alter-
native (Demil et Lecocq, 2006) qui permettent la
création et le partage de ressources.
définissant les principes de la démarche et soutenir
l’éclosion d’initiatives locales. Aujourd’hui, il existe plus de
750 Repair cafés à travers le monde. Une charte des “repair
cafe” est disponible sur le site de l’initiative : repaircafe.org
11
La gouvernance des communs constitue un
cadre de référence important dans le champ de
l’économie collaborative, explorant l’émergence
des formes de gouvernance plus coopératives
et décentralisées. Dans une approche techno-
logique et militante, Michel Bauwens, l’un des
architectes de la plateforme P2P foundation,
plaide pour l’émergence d’un « mode de pro-
duction et de création de valeur qui soit gratuit,
juste et durable », favorisant la diffusion et la
co-création de la valeur entre les « commoners »
(Bauwens, 2005). Dans cette perspective, il
s’agit de diffuser le plus largement possible les
connaissances et combattre les barrières -ju-
gées artificielles- à la diffusion et au libre accès
aux ressources caractéristiques des modèles
d’affaires fermés. Cette réflexion sur la gou-
vernance s’accompagne également de création
d’outils de management collaboratifs autour de
la prise de décision (par exemple, Loomio) ou de
la comptabilité propre à ce type d’initiative. De
même, des innovations techniques telles que le
blockchain sont envisagées comme des outils
permettant de mettre en place des schémas
de gouvernance décentralisés, dans lesquels le
contrôle n’est plus assuré par une autorité cen-
tralisée, mais organisée de manière horizontale
et collaborative entre ses membres (Wright et
De Filippi, 2015).
Dans une perspective complémentaire, mais
différente, Rifkin (2015) montre comment l’évo-
lution des systèmes d’information et le dévelop-
pement de l’internet des objets peut aboutir à
créer une « société du coût marginal zéro », fon-
dée sur la montée en puissance de « biens com-
muns collaboratifs » et marquée par la réduction
drastique du coût de l’accès aux biens et ser-
vices, la coproduction des contenus, de produits
et de services, la décentralisation des systèmes
de production énergétiques et faire basculer nos
sociétés vers des systèmes distribués et décen-
tralisés, qui s’avéreront plus efficaces d’un point
de vue environnemental.
La contre-culture libertaire : lutter
contre les rentes et la régulation des
grandes institutions bureautiques
La contre-culture hippie apparue dans les an-
nées 60 aux États-Unis a été étudiée par Fred
Turner (2008) qui montre que les idéologies de
ce mouvement se retrouvent dans le dévelop-
pement des nouvelles technologies du web et
plus largement de la Silicon Valley. Pour ce faire,
Turner utilise l’histoire de Stewart Brand, ancien
hippie, militant environnementaliste, journa-
liste, homme d’affaires et aujourd’hui figure
de la Silicon Valley. Dans son analyse, Turner
décrit l’émergence d’un monde libertarien qui
refuse les formes de régulation et les rentes
des grandes entreprises bureaucratiques, sym-
bolisées dans les années 70 par IBM. On assiste
alors à un renouveau de la pensée libertarienne
qui s’appuie sur la liberté d’action de l’individu
dans un marché libre, dérégulé, débarrassé des
monopoles et de l’intervention de l’Etat. Le dé-
veloppement d’internet ou du mouvement des
hackers (Lallement, 2015) participe à la montée
en puissance de cette idéologie, s’appuyant sur
une technologie décentralisée, remettant en
question les hiérarchies établies, où toute per-
sonne peut bâtir de nouvelles formes d’organi-
sation politique basées sur la participation et
la collaboration. Ce mouvement valorise aussi
l’entrepreneur individuel et met en avant une
volonté de faire du profit irriguant une pensée
construite sur l'individualisme et le culte de l'in-
ventivité.
Les entrepreneurs de l’économie collabo-
rative empruntent à l’idéologie de la contre-
culture américaine une volonté de changer le
monde et de casser les rentes des grandes ins-
titutions établies (Etats et grandes entreprises).
Cette perspective est caractéristique d’initia-
tives explicitement disruptives telles qu’Uber
(dont le fondateur Travis Kalanick se revendique
explicitement de la philosophie libertarienne
d’Ayn Rand) ou Airbnb, mettant en avant une
vision entrepreneuriale et libérale, n’hésitant
pas à prendre à revers les régulations nationales
ou à s’attaquer à des positions qu’elles consi-
dèrent comme des monopoles de rente. Cette
perspective est aussi sous-jacente à des innova-
tions technologiques telles que le blockchain, qui
constitue une technologie décentralisée d’enre-
gistrement, de comptabilisation et de maintien
de registre de transactions, ouvrant la perspec-
tive d’organisations et de transactions régulées
sans institution centralisée (Wright et De Filippi,
2015).
12
3. AGENDA DE RECHERCHE :
PERFORMATIVITÉ DES COURANTS DE
PENSÉE ET INSTITUTIONNALISATION
DU CHAMP DE L’ÉCONOMIE
COLLABORATIVE
En raison de la pluralité des courants de pensée
qui l’irriguent, le champ de l'économie collabo-
rative constitue un terrain d'investigation parti-
culièrement intéressant pour analyser les pro-
cessus de performativité en sciences sociales,
en lien avec la constitution d'un champ orga-
nisationnel et l'établissement de ses frontières
(Zietsma et Lawrence, 2010). Dans cette partie,
nous proposons donc un agenda de recherche
reliant les courants de pensée précédemment
identifiés à l’institutionnalisation du champ de
l’économie collaborative. Nous proposons deux
axes de recherche, aux niveaux intra-organisa-
tionnel et celui du champ organisationnel.
Axe 1 : les initiatives collaboratives
comme organisations hybrides
Malgré leur hétérogénéité, les courants de pen-
sée présentés ci-dessus ne sont évidemment
pas totalement hermétiques, inconciliables ou
exclusifs. Ainsi, de nombreux projets collabo-
ratifs puisent simultanément et « bricolent »
en combinant plusieurs courants de pen-
sée : à titre d’exemple, une initiative telle que
CommentReparer.com (qui se présente comme
un forum d’entraide pour la réparation d’objets
cassés), emprunte simultanément aux courants
de la fonctionnalité et de l’économie circulaire
(favoriser la réparabilité, lutter contre l’obsoles-
cence des produits), la logique du don et celle des
“commons” (partager gratuitement et propager
les connaissances en matière de réparation des
objets). Chaque projet collaboratif peut ainsi se
construire en combinant et en hybridant plusieurs
logiques. A ce titre, l’économie collaborative
apparaît comme un terrain d’investigation par-
ticulièrement fertile pour comprendre comment
certains champs et organisations combinent dif-
férentes logiques institutionnelles(Friedland et
Alford, 1991 ; Thornton et Ocasio, 1999), donnant
lieu à des organisations hybrides qui combinent
différentes logiques et visions de la création de
valeur (Battilana et Dorado, 2010 ; Haigh, Walker,
Bacq et Kickul, 2015) .
En tant qu’institutions normatives, les cou-
rants de pensée décrits dans la première partie
de l’article constituent des bases de légitimité
dans lesquelles puisent les porteurs de projets
afin de « théoriser » leur initiative (Greenwood,
Suddaby et Hinings, 2002) et cadrer les registres
normatifs à travers lesquels ils souhaitent être
évalués. Ces registres sont rarement uniques
et hybrident souvent plusieurs modèles. A titre
d’exemple, « la Ruche qui dit Oui » combine à la
fois un projet réformiste (relocaliser l'alimen-
tation et détourner producteurs et consom-
mateurs de l'agriculture productiviste et de la
grande distribution) et un modèle économique
profitable pour la plateforme (commission d’en-
viron 20% sur les transactions effectuées sur
la plateforme). Comment les acteurs bricolent-
ils et recombinent-ils différents référentiels
normatifs dans le cadre de leur projet ? Comment
gèrent-ils les tensions induites par des ancrages
multiples (Pache et Santos, 2013) ? Ces ancrages
créent-ils des inerties et à quelles conditions
sont-ils susceptibles d’évoluer au fil du proces-
sus de développement des projets ?
En plus de constituer une base de légitima-
tion, les courants de pensée présentés peuvent
aussi être analysés en tant que doctrines en
matière de configuration des activités, de créa-
tion et de captation de la valeur. Ainsi, alors que
le mouvement de la contre-culture libertaire et
l’économie de la fonctionnalité semblent com-
patibles avec des démarches lucratives dans
lesquelles l’entrepreneur maximise la cap-
tation de la valeur économique créée par la
démarche, les mouvances des communs ou du
don revendiquent une lucrativité limitée ou des
démarches non lucratives centrées sur l’intérêt
collectif et une gouvernance partagée. De
même, les courants de pensée induisent diffé-
rentes configurations d’actifs, allant de la simple
mise en relation d’acteurs au contrôle des res-
sources et de l’écosystème. Une perspective
de recherche consisterait à analyser comment
chaque courant de pensée oriente la création, la
captation de valeur, et la configuration des acti-
vités. En analysant la manière dont les théories
et les idéologies influencent la structuration des
business models” par les entrepreneurs, cette
démarche permettrait de mettre en relation
les théories néo-institutionnelles avec celle du
champ de l’entrepreneuriat et des “business
models” (Amit et Zott, 2001 ; Baden-Fuller et
Morgan, 2010).
Axe 2 : l’institutionnalisation du champ
de l’économie collaborative
En tant que champ organisationnel, l’économie
collaborative apparaît comme un terrain parti-
culièrement intéressant pour comprendre com-
13
ment l'hétérogénéité de ses fondements théo-
riques affecte sa dynamique de constitution et
son développement. Si la diversité des courants
de pensée peut constituer une ressource pour
les entrepreneurs du collaboratif, comment
cette diversité théorique et idéologique est-elle
gérée au niveau du champ ? A titre d’exemple, le
mouvement des "makers" réunit à la fois des ac-
teurs de l'économie classique et une mouvance
militante et contestataire (Lallement, 2015).
Comment ces fondements normatifs divergents
sont-ils maintenus, articulés, renégociés au fil
de l’institutionnalisation du champ ? Quel degré
de diversité est-il supportable ou acceptable au
sein d’un champ ? Bien que la diversité théo-
rique interne au champ puisse accroître l’attrac-
tivité du champ, en facilitant l’identification et
le rattachement d’un grand nombre de parties
prenantes (Marcus et Anderson, 2008), elle di-
minue sa cohérence idéologique et empirique,
rend sa coordination plus complexe et peut
aboutir à multiplier les contestations internes
et à fragmenter le champ en sous-communau-
tés. Comment ces tensions sont-elles gérées par
les promoteurs et les détracteurs de ce champ
organisationnel ?
Dans ces débats, des organisations telles
que Shareable aux États-Unis ou OuiShare en
Europe jouent un rôle important d’entrepreneur
institutionnel ( DiMaggio, 1988 ; Greenwood et
al., 2002 ; Maguire et al., 2004). En effet, ces
acteurs théorisent le champ, en organisent les
frontières, le structurent à travers la constitu-
tion de réseaux, la publication d'ouvrages ou
l'organisation d'événements qui véhiculent cer-
tains courants de pensées et qui configurent le
champ (Lampel et Meyer, 2008 ; Leca, Rüling et
Puthod, 2015) . Au final, il s'agit de comprendre
comment le champ et ses architectes agrègent,
maintiennent, orientent ou réduisent cette di-
versité théorique et idéologique.
Plus généralement, du fait de la variété des
initiatives et des références théoriques mobi-
lisées par ses promoteurs, le champ de l’éco-
nomie collaborative apparaît aussi comme un
terrain de choix pour étudier les processus de
performativité (Callon, 1998 ; MacKenzie et
Millo, 2003). Il s’agit de comprendre comment
des théories et courants de pensée sont mobi-
lisés par les architectes du champ et des entre-
preneurs pour façonner les projets, influencer
leur développement et concevoir de nouveaux
champs organisationnels en accord avec cer-
taines approches théoriques.
CONCLUSION
A travers cet article, nous avons voulu éclairer
les débats et paradoxes qui traversent le champ
émergeant de l’économie collaborative en
explorant les différentes racines théoriques qui
l’irriguent. En explorant les soubassements co-
gnitifs et normatifs de ce champ organisationnel
émergent, nous avons mis en évidence quatre
traditions théoriques différentes (économie
de la fonctionnalité, du don, la gestion des
communs, la contre-culture libertaire), et déve-
loppé un agenda de recherche explorant le rôle
de ces courants théoriques dans les processus
de performativité et l’institutionnalisation du
champ de l’économie collaborative.
14
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Les PIonniers
du COllaboratif
Pico
IDDRI
UNIVERSITÉ PARIS SUD
ESCP EUROPE
UNIVERSITÉ PARIS-DAUPHINE
OUISHARE
CNIID – ZERO WASTE FRANCE
Article
In a context of ecological crisis, new economic models have developed based on the replacement of ownership by access. While they have been studied at length, the very idea of ownership, which is supposed to be abandoned in this process, has rarely been questioned. This is the aim of our research, which investigates the meanings of the concept of ownership for consumers. A socio-anthropological investigation and an ethnographic study on various sharing systems (for houses, boats and clothes) reveals the development of a relationship to ownership, which differs from the one that prevails in the society. In this paradigm, which questions possessive individualism, the owner appears as the ‘custodian’ of his possessions. The identification of his expectations opens managerial and societal perspectives to build the offers that will enable him to fulfil this role.
Article
En réponse à la crise écologique, de nouveaux modèles socio-économiques se sont développés sur le principe du remplacement de la propriété par l’usage. Leur étude a donné lieu à de nombreux travaux en marketing. La propriété individuelle, supposée connue et dont il s’agit de sortir, y est cependant peu questionnée. C’est l’objectif de cette recherche, qui interroge les significations accordées par les consommateurs au concept de propriété. Grâce à un protocole d’investigation socio-anthropologique et une ethnographie sur des terrains de recherche originaux relevant de pratiques collaboratives autour d’objets variés (logements, bateaux, vêtements), nos résultats révèlent le développement d’un rapport à la propriété en rupture avec le paradigme social dominant. Dans ce paradigme alternatif, remettant en question l’individualisme possessif, le propriétaire apparaît comme un « passeur » d’objets. L’identification de ses attentes ouvre des perspectives managériales et sociétales immédiates pour la construction de nouvelles offres lui permettant de tenir ce rôle.
Thesis
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Cette thèse étudie une surprenante naissance, celle d’un nouveau secteur financier : le financement participatif sous forme de prêt rémunéré, ou crowdlending, apparu en France dans la deuxième décennie du XXIème siècle. En s’appuyant sur des études de cas, sur plus de 100 entretiens de recherche, sur le recueil et l’analyse de documents publics, semi-publics, privés et confidentiels ainsi que sur des observations, cette thèse en six articles : 1) permet à son lecteur d'acquérir une certaine forme d’intimité avec une grande variété d’acteurs et de problématiques consubstantielles au crowdlending. Il lui est ainsi donné à voir les actions et les interactions des dirigeants des principales plateformes, mais aussi celles des membres de la méta-organisation sectorielle (Financement Participatif France – FPF), de son Collège de l’Ecosystème, de son déontologue, de son éthique en action, des membres du Trésor, de l’ACPR, de l’AMF, de l’Ordre des experts-comptables, celles des banques commerciales, des conseillers politiques, des associations de consommateurs, des emprunteurs et des prêteurs. Il lui est décrit la cohabitation de forces multiples : des tensions concurrentielles entre secteurs et intra-secteurs, des tensions entre co-construction et confrontation d’acteurs de la régulation, des luttes entre business models, des luttes idéologiques, des chocs culturels, des passions contraires d’une intensité parfois romanesque. 2) montre, et cela n’avait, à notre connaissance jamais été fait auparavant de manière si précise, comment un secteur financier peut tenter de s’auto-réguler en construisant de zéro une méta-organisation crédible mettant en place une prise en compte de l’altérité et des procédures de bricolages éthiques assorties d’éventuelles sanctions. La place du Collège de l’Ecosystème et celle du déontologue au sein de FPF institutionnalisent dans l’auto-régulation du secteur l’influence d’une forme d’altérité, d’une utile dissonance et d’une exigence éthique qui viennent rappeler aux plateformes que leurs fondateurs n’avaient pas pour ambition partagée de réussir un business mais que leur motivation commune était de donner un sens humaniste presque transcendantal à l’activité de crédit. L’auto-régulation est en fait ici une alter-régulation auto-acceptée et organisée au niveau sectoriel. Le secteur veut faire de l’altérité une partie de lui-même. Il le fait dire par sa méta-organisation et l’inscrit dans ses statuts et ses pratiques. Ce bricolage éthique au niveau sectoriel a bien sûr ses imperfections, ses failles ou peut-être ses arrières pensées, mais il a abouti à des résultats factuels intéressants, sur lesquels il conviendrait de continuer à réfléchir et qu’il serait possible et utile de dupliquer à d’autres secteurs. 3) montre que l’expression d’une forme d’intelligence collective pourrait être conditionnée dans le crowdlending à son organisation autour de formes diverses d’expertise. A travers un partenariat entre une plateforme de crowdlending et l’Ordre des experts-comptables, nous avons pu analyser les conditions nécessaires à l’émergence d’une forme d’intelligence collective dans la sélection et le suivi des projets financés par les contributeurs. Il s’agit ici d’accepter que l’expertise ait un coût financier, qu’elle prenne du temps, d’accepter également de laisser à la foule le temps d’interagir sur un projet avant que le financement ne soit ouvert, d’accepter enfin de tirer des conséquences rapides d’informations relevées par la foule, notamment s’agissant de celles qui justifieraient d’interrompre une campagne de financement. Il y a ici, identifiées très précisément, une tension entre la vitesse des nouvelles technologies et la nécessaire lenteur qui, seule, permettrait à l’intelligence collective de s’exprimer, une tension également entre le besoin d’expertise pour alimenter en information robuste une foule et la nécessité de garantir à cette foule la possibilité de remettre en cause cette expertise. Nous avons ici, saisi comme nous ne l’avions vu nulle part ailleurs, ces tensions consubstantielles à l’intelligence collective et sur lesquelles un besoin de recherche se fait très nettement sentir. 4) montre enfin comment une plateforme, que nous avons appelée Unicrédit/Youlend, est allée au-delà de ce que la théorie entendait jusqu’alors à travers le concept d’entrepreneur institutionnel. Unicrédit est allée au-delà dans le sens où, avant même de chercher à influencer le cadre réglementaire existant, cette plateforme a d’abord pris le risque de se fixer à elle-même ses propres règles, sans que celles-ci soient clairement reconnues comme illégales par le régulateur pourtant stupéfait. C’est la définition même du génie par les Encyclopédistes : le génie est celui qui s’applique à lui-même ses propres lois, sans que celles-ci ne puissent être sanctionnées par la société. Cette démarche que les encyclopédistes qualifieraient donc de géniale, s’est aussi mue en celle d’un nomothète au sens rousseauiste, c’est-à-dire qu’Unicrédit a contribué, via son usage révolutionnaire d’un dispositif oublié du code monétaire, le bon de caisse, à poser une nouvelle norme fondamentale, celle abolissant le monopole bancaire sur l’émission de crédit assorti d’intérêt. Nous avons donc ici un dépassement du concept d’entrepreneur institutionnel par celui d’ « entrepreneur institutionnel génie nomothète », concept sans doute moins facile à manier que le précédent, dont l’usage correspond à une situation beaucoup plus exceptionnelle, et qui n’aura sans doute pas la même postérité, mais concept néanmoins intéressant.
Article
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This study investigates young children’s theorising about families and their differential access to food from a perspective of wealth and poverty. Fifty-two children, aged 6–7 years, attending a Western Australian school were invited to share their perspectives on this global issue. The single case study method utilised three children’s focus groups to gather a range of perspectives from the children. Photographs of full and empty refrigerators were used elaborate a story told to the children about two families with significantly different amounts of food in their refrigerator at home. The study demonstrates that researchers and educators may fruitfully consider social sustainability with young children whose insights into these issues provide evidence of their clearly formed perspectives on complex global issues. Conversations about global ‘‘wicked problems’’ enable children to express their point of view on economic and social as well as environmental issues. The findings indicate that the young children in this study hold clear and sophisticated opinions regarding fairness, poverty, the relationship between paid work and money, food security and social justice. They also had an optimistic outlook on how to address inequality. Significant insights into children’s theorising around social sustainability are presented in four themes.
Article
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Recent research has pointed to the challenge facing recurrent field-configuring events (FCEs) in trying to remain dominant in their fields over sustained periods. Based on a revelatory historical case study of the Annecy International Animation Film Festival, the leading FCE in its field, this paper explores how a field-configuring role can be maintained over time. We focus specifically on the FCE organization, and highlight the importance of critical transitions, relatively short periods of time when fundamental changes were made to its formal and informal governance rules, which redefined the event's identity and scope, and thus ensured it remained the dominant event for field participants. In terms of the organizational dynamics facilitating critical transitions, we emphasize the importance of conflict as a driver of change, as well as the particular role of local stakeholders in renewing FCEs that are organized recurrently in the same location.
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Analyse anthropologique mobilisant la théorie du don, de la coopération en entreprise
Article
Sixty months after the 2008 recession ended, the economy was still sputtering, producing disappointing growth and job numbers. Corporations seemed stuck: Despite low interest rates, they were sitting on massive piles of cash and failing to invest in new initiatives. In this article, a leading innovation expert and his HBS colleague explore the reasons for this sluggishness. The crux of the problem, they say, is that investments in different types of innovation have different effects on growth but are all evaluated using the same (flawed) metrics. Performance-improving innovations, which replace old products with better models, and efficiency innovations, which lower costs, don't produce many jobs. (Indeed, efficiency innovations eliminate them.) Market-creating innovations, which transform products so radically they create a new class of consumer, do generate jobs for their originators and for the economy. But the assessment metrics that financial markets and companies use always show efficiency and performance-improving innovations to be better opportunities. This is the capitalist's dilemma: Doing the right thing for long-term prosperity is the wrong thing for investors, according to the tools that guide investments. Those tools, however, are based on an unexamined assumption: that capital is scarce, and that performance should be assessed by how efficiently companies use it. The truth is, capital is no longer scarce, and our tools need to catch up to that reality.
Article
This article examines the historical contingency of executive power and succession in the higher education publishing industry. We combine interview data with historical analysis to identify how institutional logics changed from an editorial to a market focus. Event history models are used to test for differences in the effects of these two institutional logics on the positional, relational, and economic determinants of executive succession. The quantitative findings indicate that a shift in logics led to different determinants of executive succession. Under an editorial logic, executive attention is directed to author-editor relationships and internal growth, and executive succession is determined by organization size and structure. Under a market logic, executive attention is directed to issues of resource competition and acquisition growth, and executive succession is determined by the product market and the market for corporate control.