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La pancarte de consignation : un artefact cognitif pour l'intelligibilité mutuelle dans une industrie à risques

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Dans sa contribution à la construction de la fiabilité des systèmes à risques, l’activité conjointe mobilise de manière centrale des mécanismes de coordination. Cette communication documente ces mécanismes, du point de vue de la production d’intelligibilité mutuelle et de celui du rôle joué par les artefacts cognitifs dans cette production. Elle se fonde sur une étude menée dans le cadre d’un projet de modification du dispositif de consignation dans une industrie de process. Les résultats illustrent le rôle des artefacts cognitifs dans le processus de consignation par une analyse détaillée de l’usage coordonné d’un artefact : la pancarte de consignation. L’analyse d’un épisode d’activité met en évidence les limites intrinsèques de cet artefact, conçu pour assurer une fonction précise dans la coordination des opérateurs, en termes d’assistance à la production d’intelligibilité mutuelle dans une interaction asynchrone.
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SELF 2011
401
46
ème
congrès international.
Société d’Ergonomie
de Langue Française
.
Archivé électroniquement et disponible en ligne sur :
www.ergonomie-self.org www.informaworld.com/ergo-abs
Texte original*.
La pancarte de consignation :
un artefact cognitif pour l’intelligibilité
mutuelle dans une industrie à risques
François PALACI
1,2
, Geneviève FILIPPI
1
et Pascal SALEMBIER
2
1
EDF R&D – Département Management des Risques Industriels, Groupe Facteurs Humains, 1 avenue du
Général de Gaulle, 92141 Clamart Cedex, France
2
Université de Technologie de Troyes, Institut Charles Delaunay (UMR 6279 CNRS), Équipe Tech-CICO, 12
rue Marie Curie, BP 2060, 10010 Troyes Cedex, France
francois@palaci.fr ; genevieve.filippi@edf.fr ; pascal.salembier@utt.fr
Résumé. Dans sa contribution à la construction de la fiabilité des systèmes à risques, l’activité conjointe mobilise
de manière centrale des mécanismes de coordination. Cette communication documente ces mécanismes, du point
de vue de la production d’intelligibilité mutuelle et de celui du rôle joué par les artefacts cognitifs dans cette
production. Elle se fonde sur une étude menée dans le cadre d’un projet de modification du dispositif de
consignation dans une industrie de process. Les résultats illustrent le rôle des artefacts cognitifs dans le processus
de consignation par une analyse détaillée de l’usage coordonné d’un artefact : la pancarte de consignation.
L’analyse d’un épisode d’activité met en évidence les limites intrinsèques de cet artefact, conçu pour assurer une
fonction précise dans la coordination des opérateurs, en termes d’assistance à la production d’intelligibilité
mutuelle dans une interaction asynchrone.
Mots-clés : Activité collective, intelligibilité mutuelle, artefact cognitif, fiabilité humaine et fiabilité du système.
Clearance tags: supporting mutual intelligibility with cognitive artifacts in
a high-risk industry
Abstract. Joint collective activity contributes to the reliability of High-Risk Organizations and relies on a set of
coordinative practices. Such practices are documented in this paper from two perspectives: the production of
mutual intelligibility and the role played by cognitive artifacts in this production. The empirical material is
provided by a workplace study undertaken in the context of a design project that aims at improving the clearance
and tagging process in a high-risk industry. Findings illustrate the role played by cognitive artifacts in the
clearance and tagging process, focusing on the coordinated use of a particular artifact: the clearance tag. A
detailed analysis of an interaction sequence reveals how this artifact, which was designed to support coordination
in a specific way, may fail to support the production of mutual intelligibility in asynchronous collaboration.
Key words: Team work, intelligibility, usage, human reliability and system reliability.
*Ce texte original a été produit dans le cadre du congrès de la Société d’Ergonomie de Langue Française qui s’est tenu à Paris du 14 au 16
septembre 2011. Il est permis d’en faire une copie papier ou digitale pour un usage pédagogique ou universitaire, en citant la source exacte
du document, qui est la suivante : Palaci, F., Filippi, G., & Salembier, P. (2011). La pancarte de consignation : un artefact cognitif pour
l’intelligibilité mutuelle dans une industrie à risques. In A. Garrigou & F. Jeffroy (Eds.), L’ergonomie à la croisée des risques, Actes du 46
ème
Congrès de la SELF (pp. 401-406). Paris : SELF.
Aucun usage commercial ne peut en être fait sans l’accord de la SELF.
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INTRODUCTION
Dans sa contribution à la construction de la fiabilité
des systèmes socio-techniques à risques, l’activité
conjointe des opérateurs (Lorino, 2008) mobilise de
manière centrale des mécanismes de coordination.
L’un de ces mécanismes, qu’il est possible de
désigner par le terme générique de construction et
d’actualisation d’intelligibilité mutuelle, est une
condition de réussite de la communication entre les
opérateurs, de la coordination de leurs actions, de la
résolution collective de problèmes, de l’émergence
d’épisodes d’aide mutuelle (Hoc, 2001 ; Salembier,
2002 ; Klein, Feltovich, Bradshaw & Woods, 2004).
L’intelligibilité mutuelle est ainsi étudiée, depuis une
vingtaine d’années, dans divers secteurs dans lesquels
la gestion des risques représente un enjeu critique, tels
que la régulation du trafic métro (Heath & Luff,
1992), des appels d’urgence SAMU (Benchekroun,
Pavard & Salembier, 1994), du trafic aérien
(Salembier & Zouinar, 2006), la conduite de réacteur
nucléaire en situation accidentelle (Theureau, Filippi,
Saliou, Le Guilcher & Vermersch, 2002), les services
hospitaliers de chirurgie (Bardram & Bossen, 2005).
Dans toutes ces situations, la coordination est
également assurée (et/ou parfois contrainte) par un
ensemble de procédures, d’objets matériels réifiant
ces procédures et d’outils informatiques, qui peuvent
être conçus comme autant d’artefacts cognitifs, des
« objets physiques fabriqués par l’Homme dans le but
d’assister, d’étendre ou d’améliorer la cognition
1
»
(Hutchins, 1999, p. 126 ; notre traduction). L’adjectif
« cognitifs » ne renvoie pas à une classe particulière
d’artefacts mais met l’accent sur la fonction d’aide à
la cognition qu’ils remplissent, dans leur dimension
aussi bien informationnelle que manipulable.
Or ces situations se caractérisent majoritairement par
des interactions synchrones entre opérateurs. De ce
fait, les modes de coordination dans les activités
conjointes distribuées dans le temps sont moins
documentés (Randell, Wilson, Woodward & Galliers,
2010). Cette communication a donc pour but d’étudier
la question des modes de coordination dans une telle
activité conjointe, à travers le prisme de la production
d’intelligibilité mutuelle et du rôle joué par les
artefacts cognitifs dans cette production.
Ce questionnement est motivé par un engagement
technologique (c’est-à-dire orienté vers la
conception). L’étude empirique présentée est en effet
menée dans le cadre d’un projet de modification du
dispositif de consignation dans l’industrie nucléaire
civile. Ce projet vise à étudier le modèle
organisationnel utilisé par des opérateurs de
production nord-américains, les logiciels de gestion
de l’exploitation et les modes de gestion des
pancartes de consignation associés, en vue
d’identifier, parmi leurs caractéristiques, celles qu’il
serait pertinent d’intégrer dans le futur dispositif.
1
‘Physical objects made by humans for the purpose of
aiding, enhancing or improving cognition’.
Ce projet recouvre un enjeu fort pour EDF. En effet,
compte tenu des nouvelles politiques de maintenance
préventive et des exigences de performance de
l’exploitation, les interventions de maintenance (qui
ne peuvent avoir lieu sans que le processus de
consignation soit achevé) sont de plus en plus
nombreuses et conséquentes. Cette densification des
interventions est une source de risques qu’il s’agit de
maîtriser, risques qui concernent aussi bien la sécurité
du personnel, la sûreté des installations (c’est-à-dire
sécurité industrielle) que la radioprotection.
L’ACTIVITE DE CONSIGNATION
Chaque fois qu’une intervention de maintenance doit
avoir lieu sur un ouvrage, il s’agit de s’assurer que
cette intervention sera faite dans des conditions
satisfaisantes de sécurité du personnel. L’ouvrage doit
être retiré de l’exploitation et n’est alors plus à la
disposition des équipes du service « Conduite » qui
pilotent et supervisent la centrale. Aussi, avant tout
retrait d’exploitation, les impacts sur la sûreté sont
pris en compte. La mise sous régime de consignation
est l’acte destiné à fournir ces conditions de sécurité
et de sûreté satisfaisantes.
Avant toute intervention, il est prescrit au service
« Maintenance » de désigner un chargé de travaux et
de requérir un régime auprès du chef d’exploitation
pour faire retirer de l’exploitation l’ouvrage concerné.
La demande de régime est instruite itérativement par
un chargé de consignation hors quart et par un
chargé de consignation en quart. Une fois que le
régime est validé par le chef d’exploitation et que le
service « Maintenance » confirme que l’intervention
peut avoir lieu, le chargé de consignation édite une
fiche de manœuvre qu’il donne à un agent de terrain.
Ce dernier va condamner, c’est-à-dire maintenir dans
une position déterminée (ouvert, fermé ou débroché),
au moyen d’un cadenas, les organes de séparation (par
exemple : disjoncteurs, vannes) indiqués sur la fiche.
Les commandes d’un organe ainsi condamné sont
munies d’une pancarte signalant que cet organe ne
doit pas être manœuvré. Une « bulle » isolée de toute
source possible d’énergie est ainsi formée.
La figure 1 présente un exemple simplifié : pour
permettre une intervention sur le réservoir R, on
condamnera les vannes V1 et V2 en position fermée.
Figure 1 : Exemple de « bulle » de consignation.
Le chargé de consignation peut alors délivrer au
chargé de travaux l’attestation de mise sous régime
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qui lui certifie que la « bulle » est formée. À l’issue de
l’intervention, l’attestation est rendue au chargé de
consignation et les organes remis en exploitation.
METHODES
Le recueil et l’analyse des données ont été réalisés
en référence aux approches situées et distribuées de la
cognition et de l’action.
Des données empiriques
recueillies in situ
Des observations de nature ethnographique ont été
conduites in situ auprès de quatre chargés de
consignation sur une durée de six quarts (soit
48 heures). Des prises de notes des actions et
communications du chargé de consignation ont été
complétées d’enregistrements des communications
des trois derniers quarts, des relèves et des réunions
de début de quart. Les supports à l’activité (pages du
cahier de quart, les documents et procédures
consultés) ont systématiquement été photographiés.
Pour accéder au sens, du point de vue de l’acteur, de
l’activité observée, des verbalisations provoquées
interruptives ont été recueillies pendant des
« entretiens en situation ». La visée de ces entretiens
est la même que dans l’auto-confrontation mais il
s’agit de « saisir un instant durant lequel l’acteur
concerné semble disponible et le questionner sur ce
qui venait de se passer » (Stoessel, 2010, p. 20). Par
exemple : « tout à l’heure, quand tu as vu la pancarte,
qu’est ce que tu ne comprenais pas ? ».
Les enregistrements et notes ont été retranscrits.
Méthodes d’analyse des données
Construction des chroniques d’activité
Cette étape consiste à reporter dans des tableaux et à
placer en vis-à-vis les descriptions « extrinsèque »
(point de vue du chercheur) et « intrinsèque » (point
de vue de l’acteur) de l’activité (Theureau, 1992). Une
première colonne accueille les retranscriptions des
enregistrements et notes d’observation ainsi que les
photographies, une seconde colonne les
retranscriptions des propos tenus par l’opérateur lors
des entretiens (tableau 1).
Découpage des chroniques d’activité
et définition d’histoires
Cette étape consiste à découper les chroniques
d’activité en séquences d’action continues, le passage
d’une séquence à une autre étant déterminé par le
changement des préoccupations significatives du
chargé de consignation à l’instant t en lien avec la
situation. Par exemple, dans l’extrait présenté dans le
tableau 1, l’engagement du chargé de consignation
est de comprendre la raison de la présence de la
pancarte.
Les histoires sont définies en identifiant les
séquences d’action continues qui présentent une unité
thématique intrinsèque. Par exemple : alors que le
chargé de consignation cherche à comprendre la
raison de la présence de la pancarte, il est interrompu
par un appel téléphonique. Son engagement initial
reprend ensuite : il continue à chercher à comprendre
la raison de la présence de la pancarte. Une histoire
« pancarte » est ainsi définie.
Tableau 1 : Extrait d’une chronique d’activité.
Description extrinsèque Description intrinsèque
Analyse des histoires
Les histoires dans lesquelles des phénomènes
empiriques ayant trait à la production d’intelligibilité
mutuelle sont manifestes ont été retenues pour
l’analyse. Pour chaque histoire, le flux continu de
l’activité du chargé de consignation a été analysé en
cherchant à documenter :
ses préoccupations dans la situation ;
les éléments de la situation qui focalisent son
attention ;
ses attentes quant à l’évolution de la situation ;
les connaissances qu’il mobilise, liées à son vécu
et à sa culture métier.
RESULTATS
L’activité conjointe de consignation peut être
qualifiée de largement distribuée. Cette distribution
est en effet à la fois :
spatiale : elle se déroule dans les bureaux des
différents services concernés (« Maintenance »,
« Conduite » hors quart, « Conduite » en quart)
ainsi qu’en local (au contact des matériels de
l’installation) ;
sociale : des opérateurs assignés à différentes
fonctions par l’organisation du travail y participent
(les principaux étant le chargé de travaux, le chef
d’exploitation, le chargé de consignation hors
quart, le chargé de consignation en quart, l’agent
de terrain) ;
médiatisée par de nombreux artefacts cognitifs
(demande de régime, planning, fiche de
manœuvre, attestation de mise sous régime, etc.) ;
temporelle : plusieurs semaines peuvent séparer le
jour où une intervention est planifiée de celui où
l’attestation de mise sous régime est délivrée.
Cette distribution temporelle se manifeste par des
interactions synchrones (par exemple quand le chargé
de consignation s’assure, lorsqu’il délivre une
attestation de mise sous régime à un chargé de
L’
intervenant de
maintenance dit au
chargé de consignation
:
«
Il y a une pancarte
agrafée sur le régime »
Le chargé de
consignation dit :
« Pourquoi il y a une
pancarte agrafée là ?
Qu’est-ce que c’est que
cette histoire encore ? »
« La pancarte, elle était
agrafée, alors… visiblement,
par le chargé de consignation
qui a posé le régime. Comme
sur un des organes… c’est
une interprétation que je fais,
sur un des organes il y avait
un RX, un RX qui
condamnait… Il a retiré la
PX et il l’a remise… »
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travaux, de la bonne compréhension de ce dernier des
risques associés à l’intervention) et asynchrones (par
exemple quand le chargé de consignation du quart de
nuit, lorsqu’il examine une demande de régime,
identifie qu’elle implique des cumuls d’indisponibilité
de matériels et le signale via le formulaire idoine au
chargé de consignation hors quart du lendemain).
Dans une perspective d’assistance à la coordination,
le caractère largement distribué de l’activité de
consignation justifie empiriquement l’intérêt por
aux artefacts cognitifs et au rôle qu’ils jouent dans la
production d’intelligibilité mutuelle. C’est ce que va
illustrer l’analyse de l’usage collectif d’un artefact
utilisé dans la situation de travail étudiée : la pancarte
de consignation (figure 2).
Figure 2 : Chaîne, cadenas et pancarte de
consignation.
La pancarte de consignation :
un artefact cognitif
Le rôle fonctionnel formel de la pancarte
Tout organe qui délimite une « bulle » de
consignation est condamné à l’aide d’une chaîne et
d’un cadenas. En outre, une pancarte qui porte la
mention «
CONDAMNE
» est fixée à l’organe.
La fonction formelle unique de la pancarte est
triviale : il s’agit d’informer toute personne qui se
trouve à proximité de l’organe qu’il ne doit pas être
manœuvré. Si les propriétés physiques de la chaîne et
du cadenas offrent à la perception la même
information, la pancarte réifie ainsi la prescription
faite « à toute personne, au cours d’un déplacement,
de respecter les signalisations (pancartes, messages
sonores ou lumineux…) » (EDF, 1991, p. 153).
La richesse informationnelle de la pancarte
Pour qui sait lire une pancarte de consignation,
celle-ci est porteuse de nombreuses informations
(figure 3) que cette section va présenter en partie.
Le numéro de régime comporte toujours deux lettres
(« RM » sur la figure 3). Ces lettres indiquent le type
du régime (« RM » pour un régime mère qui
« couvre » plusieurs régimes filles, « RC » pour un
régime de consignation classique, « RX » pour un
régime d’exploitation répondant à des besoins
spécifiques au service « Conduite », etc.). Ces divers
types de régimes renvoient à des situations qui
présentent des risques différents. Ces deux lettres
fournissent ainsi une information plus détaillée que la
couleur de la pancarte (verte pour un régime d’essai,
orange pour un régime administratif, rouge pour tous
les autres régimes).
Les deux lettres du numéro de régime sont suivies
d’un nombre à cinq chiffres (« 65384 » sur la
figure 3). À chaque fois qu’un nouveau régime est
émis, son numéro est incrémenté d’une unité. La
lecture de ces cinq chiffres fournit donc une indication
de l’ancienneté relative du régime. Lors des
observations menées, un agent de terrain a repéré de
cette manière un organe condamné alors qu’il ne
faisait plus l’objet d’une mise sous régime.
Figure 3 : Pancarte de consignation (détail).
Les deux premiers chiffres du numéro du local
(« 09 » sur la figure 3) sont le numéro du plancher
(l’équivalent dans une centrale d’un étage dans un
immeuble) auquel se trouve l’organe. Ils fournissent
une information permettant de se repérer.
Le repère (« 1 ADG 433 VL » sur la figure 3)
renvoie au repère fonctionnel qui identifie l’organe. Il
permet de s’assurer de la juste correspondance entre la
pancarte et l’organe. En outre, il arrive que l’étiquette
en plastique indiquant le repère fonctionnel d’un
organe soit cassée ; la pancarte devient alors la seule
manière d’identifier l’organe en local. Les trois
premières lettres du repère indiquent le système
élémentaire de l’organe (la fonction de l’organe dans
un circuit plus étendu) ; les deux dernières sa nature
(« VL » pour une vanne réglante).
Matérialité des pancartes
et production d’intelligibilité mutuelle
La section précédente envisageait les pancartes de
consignation dans leur dimension informationnelle.
Outre le rôle formel et réel d’aide à l’activité
individuelle que les informations qu’elles comportent
peuvent jouer, elles médiatisent la coordination entre
le chargé de consignation et toute personne qui se
déplace en local en indiquant que l’organe condamné
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ne doit pas être manœuvré. Cette section aborde les
pancartes dans leur dimension matérielle.
Pancartes et intelligibilité mutuelle
dans les interactions synchrones
À l’issue d’une intervention, les organes condamnés
doivent être rendus à l’exploitation et remis en
service. Des agents de terrain en sont chargés avec la
consigne de suivre la fiche de manœuvre que le
chargé de consignation leur donne.
Les observations menées dans le cadre d’une étude
précédente (Palaci, 2010) ont révélé que les agents de
terrain, tout en respectant la fiche, mettent en œuvre
une pratique qui ne répond à aucune prescription
formelle mais qui fait partie de leur culture métier : ils
conservent les pancartes qu’ils enlèvent et les
donnent au chargé de consignation à leur retour au
bureau de consignation. Par un simple compte des
pancartes, chargé de consignation et agents de
terrain peuvent s’assurer ensemble que tous les
organes condamnés ont bien été remis dans leur
position initiale. Si une pancarte est manquante, la
comparaison de la fiche de manœuvre et des
pancartes enlevées permet d’identifier l’organe qui
n’a pas été remis en service.
Dans cette situation, c’est l’absence de pancarte qui
fait sens et non pas la pancarte en elle-même.
Pancarte et intelligibilité mutuelle dans une
interaction asynchrone révélée après-coup
Cette section présente l’analyse d’une histoire (au
sens défini supra dans la section « Méthodes ») en ne
retenant que les aspects liés à l’artefact cognitif
« pancarte de consignation ».
Une centrale, un mercredi matin, 8 h 47.
Un chargé de travaux vient au bureau de
consignation se faire délivrer une attestation de mise
sous régime. Le chargé de consignation lui donne
l’attestation pour qu’il la signe. À cet instant, le
téléphone du chargé de consignation sonne. Sachant
qu’il faudra un peu de temps au chargé de travaux
pour consulter l’attestation avant de la signer, temps
pendant lequel il est possible d’avoir une conversation
téléphonique, il répond à l’appel. Il s’attend à ce que
ce soit le chef d’exploitation qui l’appelle au sujet
d’un autre régime qui pose un sérieux problème.
Après avoir raccroché le téléphone, il revient vers le
chargé de travaux. Ce dernier lui fait alors remarquer
qu’une pancarte est agrafée entre les deux feuillets de
l’attestation. Le chargé de consignation sait bien que
la place d’une pancarte est habituellement en local,
associée à un organe. L’information communiquée
par le chargé de travaux constitue donc un élément de
surprise pour le chargé de consignation (« moi j’étais
un peu surpris, je ne m’attendais pas à voir… ») qui
focalise son attention sur la pancarte et dont la
préoccupation change : de « délivrer l’attestation »,
son engagement devient « comprendre la signification
de la pancarte agrafée sur l’attestation ».
Il observe la pancarte et constate d’après le numéro
de régime qu’elle correspond à un régime
d’exploitation. Il en déduit qu’elle porte sur une vanne
qui est ouverte en temps normal (ce dont il ne se
souvenait pas) pour les besoins du service
« Conduite », a été fermée pour répondre à la
demande de régime du service « Maintenance » et
devra être réouverte à l’issue de l’intervention. Cette
analyse lui suffit pour s’assurer que, même si la
signification de la présence de la pancarte lui
échappe, les intervenants sont bien couverts par le
régime dont il délivre alors l’attestation au chargé de
travaux.
Après avoir délivré l’attestation, il s’engage de
nouveau dans la recherche de cette signification. Il
fait très vite l’inférence que le chargé de consignation
qui a fait lever la pancarte du régime d’exploitation a
voulu attirer l’attention sur le fait qu’elle serait à
reposer à l’issue de l’intervention. Considérant que
« c’est une erreur », il l’agrafe à un autre document et
décide d’en expliquer la raison, lors de sa relève, au
chargé de consignation de l’équipe montante pour lui
éviter de mener la même « enquête ».
L’analyse de cette histoire, qui met en scène deux
acteurs (le chargé de consignation et le chargé de
travaux), révèle l’implication d’un troisième acteur,
hors champ : le chargé de consignation qui a fait
lever la pancarte du régime d’exploitation. Elle
illustre deux formes d’interaction :
l’interaction synchrone entre le chargé de
consignation et le chargé de travaux est centrée
sur la délivrance de l’attestation qui ne mobilise
pas de production d’intelligibilité mutuelle ;
l’interaction asynchrone entre le chargé de
consignation observé et celui qui a fait lever la
pancarte du régime d’exploitation est médiatisée
par la pancarte.
Dans cette deuxième interaction, le chargé de
consignation qui a fait lever la pancarte du régime
d’exploitation semble (les données ne permettent pas
de valider ou d’invalider l’inférence faite par le
chargé de consignation observé) avoir voulu, en
l’agrafant à l’attestation, transmettre une information
précise aux chargés de consignation des quarts
suivants. Pour communiquer cette intelligibilité de la
situation, il a placé cet artefact à un endroit inhabituel
selon des critères culturels partagés par la
communauté de pratique des chargés de consignation.
Il a ainsi mobilisé la matérialité de l’artefact et non
sa dimension informationnelle. Mais son attente est
déçue : le chargé de consignation observé doit
construire, seul, une signification qui n’est pas inscrite
dans l’artefact et ne figure pas dans le répertoire
culturel du métier.
PERSPECTIVES
Le processus de consignation, dont le but premier
est de garantir la sécuri des intervenants, peut
également être une source de risques en termes de
sûreté des installations. Pour prévenir ces risques, il
est essentiel que l’activité conjointe à travers laquelle
se manifeste ce processus soit parfaitement
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coordonnée. Des procédures existent, certes ; mais
leur respect, loin d’épuiser l’activité des opérateurs,
passe par la mise en œuvre de mécanismes fins,
notamment la construction et l’actualisation
d’intelligibilité mutuelle.
Cette communication visait donc à documenter la
question des modes de coordination, du point de vue
de la production d’intelligibilité mutuelle et de celui
du rôle joué par les artefacts cognitifs dans cette
production. Cette question initiale peut être précisée à
la lumière des résultats présentés.
En premier lieu, la question du processus de
production d’intelligibilité mutuelle semble pouvoir
être documentée, dans le cas particulier des
interactions asynchrones, par la confrontation :
des attentes l’instant t), liées à son vécu et à sa
culture métier, de l’acteur qui initie l’interaction
quant à l’évolution de la situation ;
aux caractéristiques effectives de la situation
quand l’interaction se réalise (à l’instant t+1) ;
et aux connaissances mobilisées par l’acteur qui
réalise l’interaction l’instant t+1) et à ses
interprétations, toutes deux liées à son vécu et à sa
culture métier.
Aborder l’intelligibilité mutuelle de cette manière,
en lien avec la recherche des caractéristiques des
artefacts cognitifs favorables à sa production, est
l’une des perspectives principales de ce travail.
En second lieu, la question du rôle d’un artefact
gagne à être appréhendée selon la double perspective
de ses propriétés intrinsèques (qu’elles soient
informationnelles ou matérielles) et de celles qui
émergent lors des interactions avec l’artefact ou
médiatisées par lui. Comme l’exemple de la pancarte
l’a montré, ce double questionnement permet un
examen attentif des différentes facettes d’un artefact.
Dans la suite du projet, un tel examen sera à étendre
aux autres artefacts techniques du dispositif de
consignation dont la modification est à l’étude, de
manière à déterminer dans quelle mesure :
inscrire dans ces artefacts des procédures en
vigueur pour réduire la complexité des efforts de
coordination (Schmidt, 1997), mais avec le risque
de rigidifier les modes d’interaction entre acteurs ;
accroître la plasticité fonctionnelle des ces
artefacts pour offrir aux acteurs la possibilité
d’adapter leurs usages en fonction des situations, à
la condition, non triviale, de parvenir à prévenir
toute dégradation potentielle de sécurité ou de
sûreté.
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Theureau, J., Filippi, G., Saliou, G., Le Guilcher, B., &
Vermersch, P. (2002). Cultural issues of nuclear power
plant collective control in accidental situations and their
impact upon design issues. Paper presented at ECCE-
11, the 11
th
European Conference on Cognitive
Ergonomics. Catania, Italy, September 8-11.
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Conference Paper
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L’étude présentée est une contribution à un projet de conception d’un terminal informatique portable de type PDA destiné aux agents de terrain des centrales nucléaires. Elle trouve son origine dans une demande du chef de projet qui souhaite l’étude de deux logiciels de relevés de paramètres afin d’identifier les fonctionnalités les plus utiles à la ronde, en vue de leur intégration. Une première phase d’observations de nature ethnographique permet de recentrer l’étude sur l’activité globale des agents de terrain, en envisageant la ronde comme une mission y étant intégrée. Sur la base d’observations systématiques et d’entretiens d’auto-confrontation, une analyse approfondie de l’activité des agents de terrain est menée. Cette démarche permet d’apporter des connaissances utiles à la définition du cahier des charges du futur terminal. Cette étude illustre ainsi l’intérêt, pour la conception, de l’analyse de l’activité.
Article
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Despite technical advances over the past few years in the area of systems support for cooperative work there is still relatively little understanding of the organisation of collaborative activity in real world, technologically supported, work environments. Indeed, it has been suggested that the failure of various technological applications may derive from their relative insensitivity to ordinary work practice and situated conduct. In this paper we discuss the possibility of utilising recent developments within sociology, in particular the naturalistic analysis of organisational conduct and social interaction, as a basis for the design and development of tools and technologies to support collaborative work. Focussing on the Line Control Rooms in London Underground, a complex multimedia environment in transition, we begin to explicate the tacit work practices and procedures whereby personnel systematically communicate information to each other and coordinate a disparate collection of tasks and activities. The design implications of these empirical observations, both for Line Control Room and technologies to support cooperative work, are briefly discussed.
Chapter
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Generalizing the concepts of joint activity developed by Clark (1996), we describe key aspects of team coordination. Joint activity depends on interpredictability of the participants' attitudes and actions. Such interpredictability is based on common ground-pertinent knowledge, beliefs, and assumptions that are shared among the involved parties. Joint activity assumes a basic compact, which is an agreement (often tacit) to facilitate coordination and prevent its breakdown. One aspect of the Basic Compact is the commitment to some degree of aligning multiple goals. A second aspect is that all parties are expected to bear their portion of the responsibility to establish and sustain common ground and to repair it as needed. We apply our understanding of these features of joint activity to account for issues in the design of automation. Research in software and robotic agents seeks to understand and satisfy requirements for the basic aspects of joint activity. Given the widespread demand for increasing the effectiveness of team play for complex systems that work closely and collaboratively with people, observed shortfalls in these current research efforts are ripe for further exploration and study.
Conference Paper
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This paper reports from a field study of a hospital ward and discusses how people achieve coordination through the use of a wide range of interrelated non-digital artifacts, like whiteboards, work schedules, examination sheets, care records, post-it notes etc. These artifacts have multiple roles and functions which in combination facilitate location awareness, continuous coordination, cooperative planning and status overview. We described how actors achieve coordination by using different aspects of these artifacts: their material qualities, the structure they provide as templates and the signs inscribed upon them that are only meaningful to knowledgeable actors. We finally discuss the implication for the design of CSCW tools from the study.
Article
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Hospitals are required to operate as a continuous system because patient care cannot be temporarily suspended and handover is seen as a key method for enabling this. This paper reports a study of handover in a medical admissions unit. We draw on the notion of awareness as conceptualised within the Computer-Supported Cooperative Work literature to explore the role played by a variety of cognitive artifacts in supporting continuous coverage. While such awareness is typically characterised as being ‘effortless’, our study reveals that maintaining awareness in a context such as the medical admissions unit is effortful due to invisible work. We suggest that the notion of awareness is beneficial for exploring the practices of continuous coverage because it moves attention away from the moment of handover, instead encouraging consideration of the variety of practices through which clinicians display their work to, and monitor the work of, colleagues on different shifts. We argue that efforts to support continuous coverage should focus on improving awareness by increasing the visibility of information.
Thesis
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La thèse s'intéresse au travail de conduite d'une industrie de process à risques,les centrales nucléaires, et aux marges de manoeuvre dont disposent les équipes dans l'application des procédures techniques. Celles-ci doivent en effet être adaptées aux situations rencontrées dans la réalité, qui sont toujours nouvelles et finalement uniques. En effet, la technologie concernée est si complexe que les situations ambiguës sont fréquentes. Les exploitants sont souvent confrontés à des décisions techniques qui cristallisent en elles la pluralité d'exigences auxquelles sont soumises les industries à risques : sûreté nucléaire, disponibilité et productivité, sécurité des travailleurs, respect de l'environnement, etc.Exploiter une centrale nucléaire implique donc d'arbitrer entre des exigences qui devraient en théorie être conciliables mais qui ne le sont pas en pratique, ou difficilement. En effet, chaque terme de la décision concrète comporte des avantages vis-à-vis de l'un des critères et des inconvénients vis-à-vis des autres critères en présence. Ainsi, décider revient toujours à renoncer, et la décision technique dans les organisations à risques implique une prise de risque professionnelle et personnelle pour les acteurs de terrain. La thèse s'interroge alors sur les facteurs qui participent de l'engagement des opérationnels dans l'action. Les théories utilitaristes et culturalistes ne parvenant pas à épuiser toute la complexité des cas rencontrés (implication d'agents pourtant peu carriéristes, disparités individuelles fortes au sein de groupes socio-professionnels supposés homogènes. . .), la recherche s'intéresse aux théories de la reconnaissance sociale et du don/contre-don comme explication première de la motivation et de la coopération au travail.
Article
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Le développement des travaux menés dans le domaine de la coopération homme-homme médiée par des artefacts informatiques se manifeste par la multiplication d'études naturalistes et par un déficit chronique de cadres permettant l'articulation des données empiriques recueillies avec des orientations de conception. Il existe néanmoins des options de référence théorique auxquelles il est souvent fait appel (action située et cognition distribuée notamment). Après une rapide présentation de ces deux approches nous présenterons les grandes lignes d'une démarche centrée sur la notion de Contexte Partagé qui se propose au travers de la mise en œuvre d'un outil de simulation d'explorer systématiquement l'effet des modifications techno-organisationnelles sur la coopération.
Article
Human-computer interaction research has produced consistent results bearing on a well-established body of knowledge in cognitive science. In contrast, the new research domains of computer- supported cooperative work (CSCW) or human–machine cooperation are harder to develop because the problems to be solved are more complex and the theoretical frameworks more heterogeneous. However, dynamic situations with high temporal constraints create occasions where small teams (including humans and machines) can cooperate on an almost cognitive basis, reducing social or emotional effects. This paper reviews the state of the art on cognitive cooperation to extend an individual cognitive architecture and deal with these situations, combining private and cooperative activities that are highly task-oriented. Cooperation is taken as the management of interference between individual activities to facilitate the team members' sub-tasks and the team's common task when there is one. This review of the literature is a step towards a theoretical approach that could be relevant to evaluate cooperation and to design assistance in diverse domains such as air traffic control or aircraft piloting.
Conference Paper
The received understanding of the status of formal organizational constructs in cooperative work is problematic. This paper shows that the empirical evidence is not as strong as we may have believed and that there is evidence from other studies that contradicts what we may have taken for granted for years. This indicates that the role of formal constructs is more differentiated than generally taken for granted. They not only serve as `maps' but also as `scripts'.