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L’ÉCONOMIE COLLABORATIVE : FONDEMENTS THÉORIQUES ET AGENDA DE RECHERCHE

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Abstract

L'objet de cet article est d'éclairer les débats et paradoxes qui traversent le champ émergent de l'économie collaborative en explorant les différentes racines théoriques qui l'irriguent. Nous identifions quatre traditions théoriques différentes dans lesquelles l'économie collaborative prend racine : l'économie de la fonctionnalité, du don, la gestion des communs, la contre-culture libertaire américaine. Nous développons ensuite un agenda de recherche explorant le rôle de ces courants théoriques dans les processus de performativité et l'institutionnalisation du champ de l'économie collaborative. Mots-clés : économie collaborative, économie du partage, théorie néo-institutionnelle, performativité
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L’ECONOMIE COLLABORATIVE : FONDEMENTS
THEORIQUES ET AGENDA DE RECHERCHE
Aurélien Acquier
Professeur Associé
ESCP Europe
aacquier@escpeurope.eu
Valentina Carbone
Professeur
ESCP Europe
vcarbone@escpeurope.eu
David Massé
Chercheur Post-Doctorant
ESCP Europe & Ecole polytechnique (i3-CRG)
david.masse@polytechnique.edu
RESUME
L’objet de cet article est d’éclairer les débats et paradoxes qui traversent le champ émergent
de l’économie collaborative en explorant les différentes racines théoriques qui l’irriguent.
Nous identifions quatre traditions théoriques différentes dans lesquelles l’économie
collaborative prend racine : l’économie de la fonctionnalité, du don, la gestion des communs,
la contre-culture libertaire américaine. Nous développons ensuite un agenda de recherche
explorant le rôle de ces courants théoriques dans les processus de performativité et
l’institutionnalisation du champ de l’économie collaborative.
Mots-clés : économie collaborative, économie du partage, théorie néo-institutionnelle,
performativité
Référence(:( A.Acquier,! V.Carbone! &! Massé! D.,! (2016)!L’économie* collaborative*:*
fondements*théoriques*et*agenda*de*recherche!–!article!présenté! au! Second! International!
Workshop!on!the!Sharing!Economy,!ESCP!Europe,!28-29!janvier!2016!
(
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INTRODUCTION(
L’ampleur de la croissance de l’économie collaborative est un des phénomènes marquants de
ces dernières années. En s’appuyant sur des technologies permettant de partager des
ressources et des compétences à grande échelle entre particuliers et de décentraliser la
production de biens et de services (Botsman et Rogers, 2010), l’économie collaborative
transforme en profondeur de nombreux secteurs d’activités tels que l’hôtellerie, les transports,
l’alimentation (Christensen, 2014) ou la conception, la réparation ou la réutilisation d’objets
(Anderson, 2012; Lallement, 2015).
Pourtant, l’interprétation de ce mouvement est rendue particulièrement malaisée par son
hétérogénéité et la difficulté à en clarifier les frontières. Le champ est en effet traversé par des
promesses multiples et des interprétations contradictoires. Certains décrivent l’économie
collaborative comme un mouvement réformiste et militant, constituant un terreau propice à
l’innovation en matière de gouvernance politique et organisationnelle (Bauwens, 2005;
Laloux, 2014; Sundararajan, 2016) et à de nouvelles solidarités. Ils y voient une opportunité
d’émancipation individuelle et de progrès environnemental face au pouvoir hiérarchique des
grandes institutions économiques traditionnelles, telles que la grande entreprise héritée de la
seconde révolution industrielle (OuiShare, 2015). D’autres voient l’économie collaborative
comme une économie potentiellement plus respectueuse des ressources, permettant la
réduction de l’empreinte écologique de notre consommation (Demailly et Novel, 2014).
Certains s’écartent radicalement de telles visions, les jugeant idéalisées et considérant
l’économie collaborative comme une économie de l’accès low-cost’ (Bardhi et Eckhardt,
2012) reposant sur des ‘business models’ qui précarisent la relation d’emploi et remettant en
cause le concept même d’entreprise ou de salariat (Fréry, 2010). En réaction aux controverses
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suscitées par certaines initiatives, certains proposent enfin de redéfinir la notion d’économie
collaborative pour en exclure des acteurs tels qu’Uber (Meelen et Frenken, 2015).
Témoin de cette hétérogénéité, le champ est traversé par des débats sémantiques et
conceptuels concernant sa définition et sa terminologie. Le concept d’économie collaborative
entretient en effet des relations floues avec des notions voisines telles que l’économie du
partage (la ‘sharing economy’, terme de référence en anglais), l’économie du pair à pair (peer
to peer economy), la production ou consommation collaborative, l’économie sociale et
solidaire, le mouvement coopératif, l’économie de l’accès ou de la fonctionnalité, ces
différents concepts se recoupant sans jamais complètement se recouvrir. Au niveau
empirique, le champ de l’économie collaborative est également marqué par une grande
diversité, recouvrant une pluralité de pratiques comme le troc, la location, la mutualisation, le
don, la vente, l’achat groupé, la production, la réparation . Une partie de ces pratiques (telles
que le covoiturage, le troc) sont anciennes et ne se revendiquent d’ailleurs pas nécessairement
de ce mouvement. Enfin ces démarches ‘collaboratives’ se diffusent dans un grand nombre de
secteurs d’activités comme le logement, l’éducation, l’énergie, la mobilité, la finance, le
bricolage, etc. (PIPAME, 2015), dont les enjeux s’avèrent empiriquement très différents.
Finalement, comme le reconnaissent certains de ses promoteurs, cette économie manque
d’une définition partagée (Botsman, 2014) , ce qui participe à la perception de l’économie
collaborative comme « … un grand fourre-tout qui voit se côtoyer des jeunes pousses du web
aux dents longues, des entreprises qui valent des millions en bourse et des néobabas aux
ambitions autant politiques que sociales » (Turcan et Sudry-le-Dû, 2015, p. n.d.).
Ces ambigüités et paradoxes font de l’économie collaborative un objet d’étude à la fois
particulièrement intéressant et complexe pour les sciences de gestion. En adoptant une
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perspective néo-institutionnelle, cet article propose de considérer l’économie collaborative
comme un champ organisationnel émergent. Selon DiMaggio & Powell (1983, pp. 148-149)
un champ organisationnel est le produit d’« un ensemble d’institutions et de réseaux, qui, pris
dans leur globalité, constituent une forme reconnue de la vie institutionnelle » (traduction des
auteurs). Lorsqu’il est reconnu et stabilisé, un champ organisationnel fournit un contexte
d’action cadré, par lequel les acteurs partagent un ensemble d’institutions coercitives,
normatives et mimétiques (Scott, 1995) . Par contraste, les choses diffèrent largement dans le
cas de champs organisationnels émergents (Fligstein, 1997; Maguire, Hardy et Lawrence,
2004). Marcus et Anderson (2008, p. 4) indiquent ainsi qu’un champ organisationnel
émergent est « typiquement confronté à des controverses et des doutes sur ce qu’il produit en
termes de qualité, de performance et de confiance » (traduction des auteurs). De même, pour
Maguire, Hardy et Lawrence (2004, p. 659) , l’absence de « valeurs largement partagées »
limite l’existence de pressions normatives qui feraient converger les acteurs du champ vers un
modèle dominant et/ou homogène. Un champ émergent est plutôt caractérisé par la
coexistence de plusieurs « proto-institutions » (Lawrence, Hardy et Phillips, 2002), plus ou
moins homogènes, qui sont diffusées de manière plus locale et moins articulées que dans des
champs stabilisés.
Au sein de cet article, nous explorons la dimension normative et cognitive de ces proto-
institutions, dans le contexte de l’économie collaborative. Les acteurs du « collaboratif » font
en effet référence à des valeurs, idéologies, et courants de pensée par lesquels ils
« théorisent » leur innovation, c’est à dire cadrent les problèmes, justifient et convainquent du
bien-fondé de leur innovation. Dans cet article, nous défendons que ce processus de
théorisation passe aussi, pour les entrepreneurs du champ de l’économie collaborative, par le
rattachement de leurs projets à des courants théoriques en sciences sociales desquels les
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acteurs s’inspirent, et par lesquels ils interprètent, font sens et justifient leurs actions (Hahn,
Preuss, Pinkse et Figge, 2014). Comme l’ont montré plusieurs travaux – notamment les débats
autour de la notion de performativité -, les théories en sciences sociales ne sont pas seulement
descriptives, mais véhiculent une dimension idéologique et un projet normatif (Callon, 1998;
Ghoshal, 2005). Dans la phase d’émergence d’un champ organisationnel, il existe une
multiplicité et une coexistence de ces référentiels théoriques et normatifs qu’il est nécessaire
d’étudier.
L’objectif de cet article est ainsi d’explorer les courants théoriques - en explorant leurs
soubassements idéologiques et normatifs ainsi que leur vision de la création de valeur - qui
sont mobilisés par les acteurs du champ de l’économie collaborative. L’hypothèse sous-
jacente est que la multiplicité et l’hétérogénéité des courants théoriques auxquels font
référence les acteurs d’un champ constituent l’une des sources des controverses qui traversent
ce domaine. Pour ce faire, nous analysons les courants de pensée actuellement mobilisés par
les membres du champ comme des proto-institutions « cognitives ».
Ce faisant, l’article propose deux contributions : premièrement, nous présentons une
cartographie des fondements théoriques de l’économie collaborative. Nous éclairons la
complexité du champ à travers ses ancrages théoriques et sociohistoriques , permettant
d’envisager de manière conjointe le développement des pratiques et de leur problématisation,
en s’interrogeant sur leur origine historique et leur filiation théorique (Audet et Déry, 1996;
Déry, 2007, 2013; Hatchuel, 2012). Deuxièmement, nous proposons des voies de recherche
analysant le rôle de ces théories dans l’institutionnalisation du champ de l’économie
collaborative.
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L’article est structuré en deux parties. Dans une première partie, nous identifions quatre
courants théoriques mobilisés par les acteurs de l’économie collaborative et illustrons leur
influence à travers des initiatives du domaine. Dans une seconde partie, nous proposons un
agenda de recherche explorant la manière dont ces courants de pensée sont mobilisés dans le
processus d’institutionnalisation et de définition des frontières du champ de l’économie
collaborative.
Encadré : Méthodologie
Cette recherche s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche en cours, visant à analyser la
diversité des modèles d’affaires (‘business models’) et des logiques d’action caractérisant les
initiatives apparentées à l’économie collaborative. Dans le cadre de ce projet, les chercheurs
ont analysé plusieurs ouvrages de référence rattachés au mouvement de l’économie
collaborative, et réalisé une trentaine d’entretiens avec des « initiateurs » de projets
collaboratifs, qu’ils inscrivent leur projet dans une logique lucrative ou non.
Au-delà de la diversité des modèles d’affaires, cette phase de collecte de données a révélé la
grande diversité des valeurs et des modèles cognitifs utilisés par les porteurs de projets. Elle
se matérialise par une grande variété des objectifs (environnementaux, sociaux et
économiques) associés aux démarches d’économie collaborative, et par une grande
hétérogénéité des influences intellectuelles et idéologiques des porteurs de projet. À partir des
entretiens et de la lecture des ouvrages de référence, nous avons identifié différents courants
de pensée associés aux démarches étudiées. Les acteurs interviewés pouvaient faire
explicitement référence à un ouvrage / courant précis, faire référence à un « gouru » propre à
une école de pensée, ou exprimer de manière plus implicite une idéologie caractéristique d’un
courant. En regroupant ces discours, nous avons identifié les quatre courants de pensée
présentés ci-après. !
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FONCTIONNALITE, DON, BIENS COMMUNS, CONTRE-CULTURE
LIBERTAIRE: QUATRE COURANTS DE PENSÉE QUI IRRIGUENT
L’ECONOMIE COLLABORATIVE
Nous avons recensé quatre courants de pensée mobilisés par les acteurs du champ de
l’économie collaborative : l’économie de la fonctionnalité, l’économie du don, les communs
ainsi que la contre-culture américaine. Si chacun de ces courants illustre un des aspects
caractéristiques du champ organisationnel, ils ne constituent pas nécessairement des
références exclusives et les entrepreneurs du secteur collaboratif sont susceptibles d’hybrider
ces courants dans leurs discours.
L’économie de la fonctionnalité : le passage de la propriété à l’usage
Pour le courant de l’économie de la fonctionnalité, la valeur d’un produit ne réside plus dans
la possession d’un bien, mais dans les bénéfices de son utilisation. En pratique, il s’agit d’un
changement de paradigme fondé sur l’usage plutôt que la propriété, qui renvoie à « une
économie de services dans laquelle le bien au sens physique du terme est considéré comme
une immobilisation et non plus comme un ‘consommable’ » (Lauriol, 2008, p. 33). Ce faisant,
l’économie de la fonctionnalité se présente comme un changement de logique de création de
valeur, laissant place à de nouveaux modes de consommation et de production, et permettant
d’optimiser l’usage des ressources (Du tertre, 2008; Lauriol, 2008).
Cette approche est étroitement liée à la notion d’économie circulaire, qui vise à minimiser les
impacts environnementaux d’un bien ou service le long de son cycle de vie (Braungart et
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McDonough, 2009). Suivant cette perspective, le producteur doit rester aussi longtemps que
possible propriétaire et responsable de la qualité des produits afin d’optimiser l’usage de
ressources naturelles et accroître la durée de vie et la qualité de ses produits. De même, il
s’agit d’anticiper la fin de vie dès la conception des produits, afin de faciliter la réutilisation
de matériaux sans en dégrader la valeur. Parmi les solutions mises en avant par l’économie
circulaire, les modèles d’affaires fondés sur la location et la prestation de service apparaissent
alors comme un moyen d’inciter à l’optimisation environnementale des produits, en rendant
économiquement moins pertinentes des stratégies d’obsolescence programmée. De même, les
démarches favorisant la revente ou la réutilisation des produits en fin de vie sont perçues
comme des leviers de limitation des déchets et de réintégration des biens dans de nouveaux
cycles d’usage.
L’économie de la fonctionnalité est un courant de pensée souvent mobilisé dans le cadre de la
consommation collaborative. A titre d’exemple, Botsman et Rogers (2010) utilisent la notion
de product-service system (PSS) pour définir l’un des trois grands domaines de la
consommation collaborative. Ces PSS peuvent prendre deux formes : une organisation
centralisée organisant l’accès à une ressource physique pour de multiples usagers (cf.
Techshop, Zipcar, Vélib, Autolib, espaces de ‘co-working’ ou les Open libraries), ou une
plateforme de location de biens entre particuliers (Belk, 2014). Ce dernier modèle correspond
à une conception très répandue que l’on retrouve dans une majorité de définitions de
l’économie collaborative, car elle recouvre d’un point de vue empirique des exemples de
plateformes à succès (Airbnb, Blablacar, Zilok, LeBonCoin) devenues emblématiques de
l’économie collaborative, qui intègrent plus ou moins explicitement une promesse
environnementale et sociale dans leur offre de valeur.
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L’économie du don : l’importance du « lien social »
La pratique du don est l'un des modes d'échange les plus anciens de notre société. Loin d'être
obsolète, elle reste très répandue dans le monde des affaires (Alter, 2010; Bureau, 2014). Le
don se définit comme un transfert qui n’implique aucune contre-partie (Athané, 2011). Par
conséquent, il s’oppose à toute forme d’échange monétaire ou de troc, qui supposent une
compensation instantanée de l’échange par de l’argent ou un objet ou service de valeur
similaire. Dans l’économie du don, la réciprocité immédiate qu’implique l’échange d’argent
ou le troc aurait pour effet de détruire le lien social (Boyle, 2012) . Pour Mauss (1924), le don
suppose une triple obligation de « donner, recevoir, et rendre » qui fonctionne grâce au
pouvoir presque spirituel de ce qui est donné. Dans et par le don s’articulent la poursuite de
l’avantage individuel et l’ouverture à autrui par des actes généreux (Bureau 2014). Les
individus sont en effet interdépendants et reliés par les biens qui circulent entre eux et qui
incarnent une partie de l’identité du donateur venant se loger à l’intérieur des objets donnés.
L’économie du don est mobilisée par les acteurs de l’économie collaborative, notamment à
travers la promesse de sens au-delà de l’échange marchand, et d’un lien social renouvelé et
renforcé (Belk, 2010). Comme l’illustrent Bostman et Rogers (2010), ces nouvelles pratiques
permettraient de retrouver une convivialité perdue. Cette promesse s’illustre par exemple via
des magasins gratuits qui sont des espaces pour donner et recevoir des objets sans aucun
retour. Les objets déposés sont donnés à la personne à qui ces objets peuvent être utiles. Le
donneur devra toutefois vérifier que ce qu’il donne est propre et en état d’usage, et le receveur
ne prendre que ce qui lui est utile et non n’importe quel objet sous prétexte de gratuité. Elle
peut aussi s’illustrer au niveau global avec des initiatives telles que les ‘Repair Café’, concept
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apparu en 2009 aux Pays-Bas Martine Postma, une militante écologiste, a proposé cette
initiative au conseil municipal de la ville Oost-Watergraafsmeer. Le principe repose sur la
rencontre périodique de personnes dans un lieu déterminé (place de village, salle des fêtes,
etc.) où des outils et des compétences sont mis à disposition gratuitement afin de réparer des
objets1. De même, Couchsurfing permet à des voyageurs de passer du temps, un dîner, une
visite de ville avec les personnes qui les hébergent gratuitement, favorisant de développement
de liens sociaux nouveaux (Germann Molz, 2012). Ces exemples illustrent la promesse d’un
nouveau terreau relationnel porté par l’économie collaborative, entre des personnes qui ne
sont pas uniquement de la même communauté, amis ou voisins de palier.
Les communs : vers une gouvernance décentralisée, partagée, favorisant la création
collective
La réflexion sur les communs a été largement marquée par les travaux d’Elinor Ostrom
(1990) sur l’étude des formes de propriété et de gestion collective – c’est à dire ne reposant ni
sur une régulation par la propriété privée, ni par l’Etat - des ressources en pool commun
(Common Pool Ressources). Si les travaux d’Ostrom inscrivent ces formes de gouvernance
collective comme un mécanisme de préservation et de régulation des biens communs
« rivaux » (tels que les ressources naturelles dont l’usage est limité), ces réflexions ont été
reprises et prolongées par toute une série d’approches qui s’appuient sur une gouvernance
auto-organisée pour créer et gouverner l’émergence de biens communs immatériels non
rivaux et non exclusifs -tels que des connaissances, un logiciel ou des savoirs- (Benkler et
Nissenbaum, 2006). Les exemples les plus emblématiques viennent de l’informatique, via
l’open source (Aigrain, 2005; Raymond, 2001) comme le projet GNU qui donnera naissance
!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
1!Une!association!a!été!fondée!pour!définir!une!charte!définissant!les!principes!de!la!démarche!et!soutenir!
l’éclosion!d’initiatives!locales.!Aujourd’hui,!il!existe!plus!de!750!Repair*cafés!à!travers!le!monde.!Une!
charte!des!‘repair*cafe’!est!disponible!sur!le!site!de!l’initiative!:!!repaircafe.org!
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à Linux, un système d'exploitation libre (Stallman, Williams, & Masutti, 2011). Le
mouvement du logiciel libre se caractérise ainsi par le passage d’une logique hiérarchique et
propriétaire fondée sur les droits de propriété fermés, à une logique ouverte, distribuée et
contributive favorisant un libre accès gratuit et universel pour les utilisateurs. De même,
Wikipedia, fondé sur un modèle d’auto-régulation, puise ses principes de gouvernance dans la
régulation des biens communs (Cardon et Levrel, 2009). Ainsi, la gouvernance des biens
communs vient fonder les principes de production par les pairs (peer production) via la mise
au point de principes coopératifs et d’une gouvernance alternative (Demil et Lecocq, 2006)
qui permettent la création et le partage de ressources.
La gouvernance des communs constitue un cadre de référence important dans le champ de
l’économie collaborative, explorant l’émergence des formes de gouvernance plus
coopératives et décentralisées. Dans une approche technologique et militante, Michel
Bauwens, l’un des architectes de la plateforme P2P foundation, plaide pour l’émergence d’un
« mode de production et de création de valeur qui soit gratuit, juste et durable », favorisant la
diffusion et la co-création de la valeur entre les « commoners » (Bauwens, 2005). Dans cette
perspective, il s’agit de diffuser le plus largement possible les connaissances et combattre les
barrières -jugées artificielles- à la diffusion et au libre accès aux ressources caractéristiques
des modèles d’affaires fermés. Cette réflexion sur la gouvernance s’accompagne également de
création d’outils de management collaboratifs autour de la prise de décision (par exemple,
Loomio) ou de la comptabilité propre à ce type d’initiative. De même, des innovations
techniques telles que le blockchain sont envisagées comme des outils permettant de mettre en
place des schémas de gouvernance décentralisés, dans lesquels le contrôle n’est plus assuré
par une autorité centralisée, mais organisée de manière horizontale et collaborative entre ses
membres (Wright et De Filippi, 2015).
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Dans une perspective complémentaire, mais différente, Rifkin (2015) montre comment
l’évolution des systèmes d’information et le développement de l’internet des objets peut
aboutir à créer une « société du coût marginal zéro », fondée sur la montée en puissance de
« biens communs collaboratifs » et marquée par la réduction drastique du coût de l’accès aux
biens et services, la coproduction des contenus, de produits et de services, la décentralisation
des systèmes de production énergétiques et faire basculer nos sociétés vers des systèmes
distribués et décentralisés, qui s’avéreront plus efficaces d’un point de vue environnemental.
La contre-culture libertaire : lutter contre les rentes et la régulation des grandes
institutions bureautiques
La contre-culture hippie apparue dans les années 60 aux États-Unis a été étudiée par Fred
Turner (2008) qui montre que les idéologies de ce mouvement se retrouvent dans le
développement des nouvelles technologies du web et plus largement de la Silicon Valley.
Pour ce faire, Turner utilise l’histoire de Stewart Brand, ancien hippie, militant
environnementaliste, journaliste, homme d’affaires et aujourd’hui figure de la Silicon Valley.
Dans son analyse, Turner décrit l’émergence d’un monde libertarien qui refuse les formes de
régulation et les rentes des grandes entreprises bureaucratiques, symbolisées dans les années
70 par IBM. On assiste alors à un renouveau de la pensée libertarienne qui s’appuie sur la
liberté d’action de l’individu dans un marché libre, dérégulé, débarrassé des monopoles et de
l’intervention de l’Etat. Le développement d’internet ou du mouvement des hackers
(Lallement, 2015) participe à la montée en puissance de cette idéologie, s’appuyant sur une
technologie décentralisée, remettant en question les hiérarchies établies, où toute personne
peut bâtir de nouvelles formes d’organisation politique basées sur la participation et la
collaboration. Ce mouvement valorise aussi l’entrepreneur individuel et met en avant une
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volonté de faire du profit irriguant une pensée construite sur l'individualisme et le culte de
l'inventivité.
Les entrepreneurs de l’économie collaborative empruntent à l’idéologie de la contre-culture
américaine une volonté de changer le monde et de casser les rentes des grandes institutions
établies (Etats et grandes entreprises). Cette perspective est caractéristique d’initiatives
explicitement disruptives telles qu’Uber (dont le fondateur Travis Kalanick se revendique
explicitement de la philosophie libertarienne d’Ayn Rand) ou Airbnb, mettant en avant une
vision entrepreneuriale et libérale, n’hésitant pas à prendre à revers les régulations nationales
ou à s’attaquer à des positions qu’elles considèrent comme des monopoles de rente. Cette
perspective est aussi sous-jacente à des innovations technologiques telles que le blockchain,
qui constitue une technologie décentralisée d’enregistrement, de comptabilisation et de
maintien de registre de transactions, ouvrant la perspective d’organisations et de transactions
régulées sans institution centralisée (Wright et De Filippi, 2015).
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AGENDA DE RECHERCHE : PERFORMATIVITÉ DES COURANTS DE PENSEE
ET INSTITUTIONNALISATION DU CHAMP DE L’ECONOMIE
COLLABORATIVE
En raison de la pluralité des courants de pensée qui l’irriguent, le champ de l'économie
collaborative constitue un terrain d'investigation particulièrement intéressant pour analyser les
processus de performativité en sciences sociales, en lien avec la constitution d'un champ
organisationnel et l'établissement de ses frontières (Zietsma et Lawrence, 2010). Dans cette
partie, nous proposons donc un agenda de recherche reliant les courants de pensée
précédemment identifiés à l’institutionnalisation du champ de l’économie collaborative. Nous
proposons deux axes de recherche, aux niveaux intra-organisationnel et celui du champ
organisationnel.
Axe 1 : les initiatives collaboratives comme organisations hybrides
Malgré leur hétérogénéité, les courants de pensée présentés ci-dessus ne sont évidemment pas
totalement hermétiques, inconciliables ou exclusifs. Ainsi, de nombreux projets collaboratifs
puisent simultanément et « bricolent » en combinant plusieurs courants de pensée : à titre
d’exemple, une initiative telle que CommentReparer.com (qui se présente comme un forum
d’entraide pour la réparation d’objets cassés), emprunte simultanément aux courants de la
fonctionnalité et de l’économie circulaire (favoriser la réparabilité, lutter contre
l’obsolescence des produits), la logique du don et celle des ‘commons’ (partager gratuitement
et propager les connaissances en matière de réparation des objets). Chaque projet collaboratif
peut ainsi se construire en combinant et en hybridant plusieurs logiques. A ce titre,
l’économie collaborative apparaît comme un terrain d’investigation particulièrement fertile
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pour comprendre comment certains champs et organisations combinent différentes logiques
institutionnelles(Friedland et Alford, 1991; Thornton et Ocasio, 1999), donnant lieu à des
organisations hybrides qui combinent différentes logiques et visions de la création de valeur
(Battilana et Dorado, 2010; Haigh, Walker, Bacq et Kickul, 2015) .
En tant qu’institutions normatives, les courants de pensée décrits dans la première partie de
l’article constituent des bases de légitimité dans lesquelles puisent les porteurs de projets afin
de « théoriser » leur initiative (Greenwood, Suddaby et Hinings, 2002) et cadrer les registres
normatifs à travers lesquels ils souhaitent être évalués. Ces registres sont rarement uniques et
hybrident souvent plusieurs modèles. A titre d’exemple, « la Ruche qui dit Oui » combine à la
fois un projet réformiste (relocaliser l'alimentation et détourner producteurs et consommateurs
de l'agriculture productiviste et de la grande distribution) et un modèle économique profitable
pour la plateforme (commission d’environ 20% sur les transactions effectuées sur la
plateforme). Comment les acteurs bricolent-ils et recombinent-ils différents référentiels
normatifs dans le cadre de leur projet ? Comment gèrent-ils les tensions induites par des
ancrages multiples (Pache et Santos, 2013) ? Ces ancrages créent-ils des inerties et à quelles
conditions sont-ils susceptibles d’évoluer au fil du processus de développement des projets ?
En plus de constituer une base de légitimation, les courants de pensée présentés peuvent aussi
être analysés en tant que doctrines en matière de configuration des activités, de création et de
captation de la valeur. Ainsi, alors que le mouvement de la contre-culture libertaire et
l’économie de la fonctionnalité semblent compatibles avec des démarches lucratives dans
lesquelles l’entrepreneur maximise la captation de la valeur économique créée par la
démarche, les mouvances des communs ou du don revendiquent une lucrativité limitée ou des
démarches non lucratives centrées sur l’intérêt collectif et une gouvernance partagée. De
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même, les courants de pensée induisent différentes configurations d’actifs, allant de la simple
mise en relation d’acteurs au contrôle des ressources et de l’écosystème. Une perspective de
recherche consisterait à analyser comment chaque courant de pensée oriente la création, la
captation de valeur, et la configuration des activités. En analysant la manière dont les théories
et les idéologies influencent la structuration des business models’ par les entrepreneurs, cette
démarche permettrait de mettre en relation les théories néo-institutionnelles avec celle du
champ de l’entrepreneuriat et des ‘business models’ (Amit et Zott, 2001; Baden-Fuller et
Morgan, 2010).
Axe 2 : l’institutionnalisation du champ de l’économie collaborative
En tant que champ organisationnel, l’économie collaborative apparaît comme un terrain
particulièrement intéressant pour comprendre comment l'hétérogénéité de ses fondements
théoriques affecte sa dynamique de constitution et son développement. Si la diversité des
courants de pensée peut constituer une ressource pour les entrepreneurs du collaboratif,
comment cette diversité théorique et idéologique est-elle gérée au niveau du champ ? A titre
d’exemple, le mouvement des "makers" réunit à la fois des acteurs de l'économie classique et
une mouvance militante et contestataire (Lallement, 2015). Comment ces fondements
normatifs divergents sont-ils maintenus, articulés, renégociés au fil de l’institutionnalisation
du champ ? Quel degré de diversité est-il supportable ou acceptable au sein d’un champ ?
Bien que la diversité théorique interne au champ puisse accroître l’attractivité du champ, en
facilitant l’identification et le rattachement d’un grand nombre de parties prenantes (Marcus et
Anderson, 2008), elle diminue sa cohérence idéologique et empirique, rend sa coordination
plus complexe et peut aboutir à multiplier les contestations internes et à fragmenter le champ
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en sous-communautés. Comment ces tensions sont-elles gérées par les promoteurs et les
détracteurs de ce champ organisationnel ?
Dans ces débats, des organisations telles que Shareable aux États-Unis ou OuiShare en
Europe jouent un rôle important d’entrepreneur institutionnel ( DiMaggio, 1988; Greenwood
et al., 2002; Maguire et al., 2004). En effet, ces acteurs théorisent le champ, en organisent les
frontières, le structurent à travers la constitution de réseaux, la publication d'ouvrages ou
l'organisation d'événements qui véhiculent certains courants de pensées et qui configurent le
champ (Lampel et Meyer, 2008; Leca, Rüling et Puthod, 2015) . Au final, il s'agit de
comprendre comment le champ et ses architectes agrègent, maintiennent, orientent ou
réduisent cette diversité théorique et idéologique.
Plus généralement, du fait de la variété des initiatives et des références théoriques mobilisées
par ses promoteurs, le champ de l’économie collaborative apparaît aussi comme un terrain de
choix pour étudier les processus de performativité (Callon, 1998; MacKenzie et Millo, 2003) .
Il s’agit de comprendre comment des théories et courants de pensée sont mobilisés par les
architectes du champ et des entrepreneurs pour façonner les projets, influencer leur
développement et concevoir de nouveaux champs organisationnels en accord avec certaines
approches théoriques.
CONCLUSION
A travers cet article, nous avons voulu éclairer les débats et paradoxes qui traversent le champ
émergeant de l’économie collaborative en explorant les différentes racines théoriques qui
l’irriguent. En explorant les soubassements cognitifs et normatifs de ce champ organisationnel
!
18!
émergent, nous avons mis en évidence quatre traditions théoriques différentes (économie de la
fonctionnalité, du don, la gestion des communs, la contre-culture libertaire), et développé un
agenda de recherche explorant le rôle de ces courants théoriques dans les processus de
performativité et l’institutionnalisation du champ de l’économie collaborative.
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... Ces acteurs, que l'on qualifie d'entrepreneurs institutionnels (DIMAGGIO, 1988;GREENWOOD & SUDDABY, 2006;MAGUIRE, HARDY, & LAWRENCE, 2004) jouent un rôle essentiel dans les industries émergentes car ils contribuent fortement à la restructuration et la reconfiguration du champ d'acteurs grâce par exemple à des évènements, des salons, ou des formations (LECA, RÜLING, & PUTHOD, 2015). C'est le cas par exemple de ceux qu'ont organisés Ouishare et Shareable dans le domaine de l'économie collaborative (MASSE, CARBONE, & ACQUIER, 2016). Forme extrême d'entrepreneur institutionnel, le nomothète est un individu qui crée de son propre chef ses propres règles du jeu (SOUCHAUD, 2017). ...
Article
Full-text available
Strategies for winning a new place in the market: Crowdlending Till a few years ago, it was utopian to imagine a crowdlending platform in France. Realizing such an apparently unrealistic idea was at odds with the traditional financial sector and the regulations protecting it from disruptive innovations. In this hostile, uncertain environment, how to develop a business model that is innovative in comparison with established firms and, too, future competitors ? The competitive and cooperative strategies are explored that a crowdlending operation in France adopted to expand and maintain control over a new place in the market.
Thesis
To preserve their business model, companies have long protected their innovation processes with patents. « Open source hardware » (OSH) is, on the contrary, a collaborative product development process, where design plans and manufacturing "secrets" are accessible to all. The lines between creators and consumers blur more and more, especially when, for example, digital fabrication tools such as 3D printers or laser cutters accessible via Fab Labs or Maker Spaces, enable citizens to create and test products much more easily. Starting from an isolated phenomenon, there are now 1200 Fab Labs in 100 different countries organized in a "Fab City Network", to help cities produce within forty years 50% of the resources they consume.In this context, building a drone to depollute oceans, connected beehives, or a water filter in « Open Source Hardware » (OSH) aims at creating solutions in a more rapid, efficient and inexpensive manner. Furthermore, these innovations are voluntarily kept free by law. They represent a knowledge base, a "digital common good", meaning a reserve of ideas and solutions available on the internet via numerical platforms. According to Elinor Ostrom, who received the Nobel Prize in Economics in 2009, "the challenge of the current generation is to keep the pathways to discovery open" (Hess & Ostrom, 2011). Without attaining the success of open source software initiatives, in practice, these OSH initiatives have continued to spread.But how can a sustainable economic model be developed when co-constructed innovations can be shared by all? Thus, our research questions are the following: 1) How to monetize value created through OSH? 2) How can the business model framework be extended to include value creation and sharing for all stakeholders? 3) In the context of OSH, how does a business model hold together?The OSH phenomenon is not specific to a single sector, company or territory, but is indicative of much more global transformation. To understand the conditions necessary for the survival and growth of OSH, we conducted a qualitative study on the “OSH ecosystem” that allowed us to study the community, firm and territorial ecosystems levels together.Data was collected in three successive phases. First, qualitative interviews were conducted with twenty-three initiatives from the "Open Source Hardware Observatory". These, of course, corresponded to our research criteria, that is the development of complex mechatronic or textile products labeled opened by their surrounding community. Then we conducted a case study on four actors in the automotive sector to study their reaction to OSH developed by innovation communities. The final phase consisted of running an empirical study of the actors in the OSH innovation ecosystem of the city of Barcelona, chosen for its pivotal role in the "Fab Cities" network.Our results show that these initiatives are strongly focused on democratic values aimed at putting technology at the service of humanity. While these values are a powerful vector for federating actors, success is stalled in companies that do not adhere to them. These will primarily focus on the associated risks. Finally, we identified a diversity of possible and configurable revenues to be shaped according to an organization's strategic needs: 1) external financing; 2) a combination of products and services; 3) strategic competence; 4) the model platform, and 5) the distributed enterprise. Together, they enable an OSH initiative to progressively refine its business model, grow in value, and increase its impact.
Thesis
Alors que la littérature scientifique décrète que l’innovation collaborative n’est pas une nouveauté, les définitions sont souvent contradictoires et sa mise en œuvre reste énigmatique. Par conséquent, cette thèse en sciences de gestion a souhaité apporter des clarifications et des premiers éléments de réponse à travers la problématique centrale suivante : " Comment appréhender les nouvelles formes d’organisation du travail au service de l’innovation collaborative dans le cadre des territoires inscrits dans une démarche de stratégie intelligente ? Le cas des espaces de coworking ". Plusieurs objectifs en ont découlé : 1. Analyser la dimension collaborative de l’organisation du travail afin de déceler son potentiel novateur ; 2. Identifier les processus de gestion qui favorisent l’innovation collaborative en utilisant le cas des espaces de coworking ; 3. Conjuguer ces processus au niveau d’un territoire afin de pouvoir proposer un modèle de gestion intégratif capable de démultiplier le potentiel d’innovation collaborative. La thèse s’est, donc, articulée autour de trois niveaux d’analyse : conceptuel, conjoncturel et territorial. La recherche empirique s’est concentrée sur plusieurs études de cas : 11 espaces de coworking en France et 6 espaces de coworking aux États-Unis. La triangulation des données à partir des entretiens semi-directifs, de l’analyse documentaire et de l’observation empirique a contribué à une meilleure qualité des résultats obtenus. L’analyse conceptuelle nous a permis de clarifier la notion de « nouveauté » associée aux nouvelles formes d’organisation de travail, ainsi que leur potentiel novateur, afin de pouvoir esquisser la grille d’analyse de l’innovation collaborative, le schéma conceptuel de la thèse. Le niveau conjoncturel de l’analyse propose, donc, un schéma conceptuel enrichi intégrant les éléments du terrain. Enfin, l’analyse territoriale a donné lieu à un modèle intégratif de gestion territoriale de l’innovation collaborative. Ces résultats visent, d’un côté, la prise de conscience de nouveaux enjeux associés au concept de travail collaboratif et son potentiel, notamment l’innovation collaborative ; et de l’autre, la prise de conscience de l’importance de l’espace et des trois types de communication - communication pour coordination, communication pour information, communication pour inspiration - dans la gestion de l’innovation collaborative afin d’envisager de nouvelles politiques (publiques) de gestion de l’innovation collaborative (territoriale).
Article
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L’économie collaborative connaît depuis quelques années un développement rapide, en particulier dans les services. Cette croissance pose avec acuité la question de la construction de la confiance dans ce contexte singulier qui ne réunit pas les conditions de cette dernière. La plateforme, seul intermédiaire entre les pairs candidats à l’échange doit en effet pallier l’anonymat, l’absence de réputation, le manque de répétition de la transaction, pour amener les participants potentiels à accepter de se placer en situation de vulnérabilité les uns par rapport aux autres. Nous nous proposons dans cet article d’étudier le process de construction de la confiance des jeunes de 18 à 25 ans, principaux usagers de la plateforme de covoiturage BlaBlacar.
Article
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Abstract The collaborative economy has been developing rapidly in recent years. This growth raises the question of the building of trust in this particular setting which does not meet the traditional requirements for trust to be build. The platform is the only intermediary between peers willing to exchange. Thus, the platform must compensate for the anonymity, the lack of reputation, the lack of repetition of the transaction in order to push the potential participants to accept to put themselves at risk in such a vulnerable situation. In this paper, we propose to study the process of trust building among youths aged 18 to 25 whom represent the main users of the carpooling platform BlaBlaCar. Résumé L’économie collaborative connaît depuis quelques années un développement rapide, en particulier dans les services.Cette croissance pose avec acuité la question de la construction de la confiance dans ce contexte singulier qui ne réunit pas les conditions de cette dernière. La plateforme, seul intermédiaire entre les pairs candidats à l’échange doit en effet pallier l’anonymat, l’absence de réputation, le manque de répétition de la transaction, pour amener les participants potentiels à accepter de se placer en situation de vulnérabilité les uns par rapport aux autres. Nous nous proposons dans cet article d’étudier le processus de construction de la confiance des jeunes de 18 à 25 ans, principaux usagers de la plateforme de covoiturage BlaBlaCar.
Article
Full-text available
Recent research has pointed to the challenge facing recurrent field-configuring events (FCEs) in trying to remain dominant in their fields over sustained periods. Based on a revelatory historical case study of the Annecy International Animation Film Festival, the leading FCE in its field, this paper explores how a field-configuring role can be maintained over time. We focus specifically on the FCE organization, and highlight the importance of critical transitions, relatively short periods of time when fundamental changes were made to its formal and informal governance rules, which redefined the event's identity and scope, and thus ensured it remained the dominant event for field participants. In terms of the organizational dynamics facilitating critical transitions, we emphasize the importance of conflict as a driver of change, as well as the particular role of local stakeholders in renewing FCEs that are organized recurrently in the same location.
Book
Analyse anthropologique mobilisant la théorie du don, de la coopération en entreprise
Article
Sixty months after the 2008 recession ended, the economy was still sputtering, producing disappointing growth and job numbers. Corporations seemed stuck: Despite low interest rates, they were sitting on massive piles of cash and failing to invest in new initiatives. In this article, a leading innovation expert and his HBS colleague explore the reasons for this sluggishness. The crux of the problem, they say, is that investments in different types of innovation have different effects on growth but are all evaluated using the same (flawed) metrics. Performance-improving innovations, which replace old products with better models, and efficiency innovations, which lower costs, don't produce many jobs. (Indeed, efficiency innovations eliminate them.) Market-creating innovations, which transform products so radically they create a new class of consumer, do generate jobs for their originators and for the economy. But the assessment metrics that financial markets and companies use always show efficiency and performance-improving innovations to be better opportunities. This is the capitalist's dilemma: Doing the right thing for long-term prosperity is the wrong thing for investors, according to the tools that guide investments. Those tools, however, are based on an unexamined assumption: that capital is scarce, and that performance should be assessed by how efficiently companies use it. The truth is, capital is no longer scarce, and our tools need to catch up to that reality.
Article
This article examines the historical contingency of executive power and succession in the higher education publishing industry. We combine interview data with historical analysis to identify how institutional logics changed from an editorial to a market focus. Event history models are used to test for differences in the effects of these two institutional logics on the positional, relational, and economic determinants of executive succession. The quantitative findings indicate that a shift in logics led to different determinants of executive succession. Under an editorial logic, executive attention is directed to author-editor relationships and internal growth, and executive succession is determined by organization size and structure. Under a market logic, executive attention is directed to issues of resource competition and acquisition growth, and executive succession is determined by the product market and the market for corporate control.