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Le « Halal World » pour les marchands. Un conte néo-libéral du XXIe siècle ?

Authors:
Le « Halal World » pour les marchands.
Un conte néo-libéral du XXIe siècle ?
Florence Bergeaud-Blackler
Si l’on devait retenir la première qualité du conte, on dirait sans doute
que plus encore que d’émerveiller, il doit avant tout ne jamais décevoir. On
ne demande pas à la publicité ou au marketing de dire la vérité, seulement
de nous promettre que nous ne serons pas déçus. C’est en cela que le
marketing publicitaire est devenu l’un des plus grands pourvoyeurs
d’illusions dans le monde néolibéral du XXIe siècle. Derrière un de ces
grands récits du « vivre ensemble » multiculturel, la saga du halal élaborée
par les spéculateurs pour les marchands cache la segmentation des filières,
des gens, des façons de manger. Cet article décrypte quelques unes des
stratégies marketing destinées à optimiser la coordination des marchands
autour de l’utopie d’un Halal World.
LE DILEMME DU HALAL MARCHAND
Il y a seulement quarante ans, le marché halal n’existait pas. On peut
donc se demander ce que recouvre l’expression « marché halal », et
comment elle s’est imposée sur tous les continents pour désigner un
marché qui, dit-on, atteindrait des milliers de milliards d’euros de chiffre
d’affaire. Le halal marchand est-il ce que les fidèles et les chefs religieux
entendent par halal ? Et si non, sur quoi portent les différences ? Comment
font les marchands pour attirer la clientèle des fidèles ? Quelles relations
les marchands entretiennent-ils avec les autorités religieuses ?
170 Les sens du Halal
Du point de vue du marchand1, le halal est une « qualité » qui
s’applique à un produit (ou un service) destiné, en première intention, à
une consommation ou à un usage musulman. Il existe deux cas
d’apposition d’un label halal sur un produit : soit il est issu d’un processus
de transformation, par exemple l’abattage rituel d’un animal, soit il a
acquis la qualité halal « par défaut ». Dans ce cas, le produit ne contient ou
n’a pas été en contact durant sa fabrication avec une substance considérée
comme illicite : le porc, l’alcool, les viandes non abattues rituellement et
tout autre produit que l’on prohibe en fonction des interprétations
islamiques ou, surtout, du zèle de marchands soucieux de montrer qu’ils
sont « plus halal » que leurs concurrents. Ni le Coran, ni la Sunna2, pas
plus que les quatorze siècles de jurisprudence islamique n’ont produit de
définitions industrielles du halal. C’est à la fin du xxe siècle qu’elles furent
mises au point par les marchands – musulmans ou non.
Le marché halal est un commerce de produits industriels labellisés
halal. Il en ressort que le halal marchand ne correspond pas nécessairement
à ce qu’un fidèle musulman entend par « manger halal ». Dans ce cas-ci,
halal réfère à une action (celle de manger) et pas à une chose (le produit
marqué « halal »). Même s’il ne consomme pas de viande marquée d’un
tampon halal, un fidèle peut avoir le sentiment de manger halal (parce que
son régime alimentaire proscrit le porc, parce qu’il mange végétarien ou
seulement ce qu’il abat lui-même, etc.). Et, inversement, il peut être saisi
par le doute à la vue d’un morceau de poulet labellisé halal.
L’ensemble des marchandises labellisées halal ne correspond pas, ou
pas nécessairement, à celui que les fidèles musulmans se donnent le « droit
religieux » de consommer. Par exemple, en France, l’eau du robinet n’est
pas interdite, en boire peut donc être considéré comme licite, donc halal.
En Malaisie, une eau halal correspond à une eau signalée halal, c’est à dire
issue d’un embouteillage réalisé dans un environnement garanti sans
substance haram (interdite).
Selon la définition marchande de la qualité halal, tout ce qui ne con-
tient ou n’a pas touché de haram est halalisable : les produits, les process,
1. J’appelle ici du terme générique « marchand » l’acteur (la firme ou l’institution)
impliqué dans la production et dans la reproduction du marché, dans le but d’en
dégager des bénéfices financiers. Cela inclut donc les industriels fabricants,
grossistes, transporteurs, distributeurs et toutes les activités qui y sont liées. Je
distingue ici le marchand de l’acteur religieux. Cette distinction pour les besoins de
la démonstration n’empêche pas, qu’en pratique, les deux fonctions puissent se
cumuler chez un individu, une firme ou une institution.
2. Dans l’orthodoxie musulmane, Coran (livre sacré) et Sunna (tradition du prophète
Muhammad) sont, dans l’ordre, les deux principales sources textuelles de l’islam.
Le « Halal World » pour les marchands 171
les environnements. L’halalisable dépend directement de ce qui a été
décrété interdit (haram) : un aliment ou une substance ingérable par la
bouche ou la peau contenant de l’alcool, ou bien issu d’un animal interdit
ou d’un animal non abattu rituellement, ou bien encore contaminé par l’une
de ces substances prohibées. Cette définition, par défaut, entraîne que tout
produit consommable peut être halalisé et faire l’objet de contrôle portant
sur le produit, sur le process, sur l’environnement mais aussi sur sa
génération. Par exemple la chair d’un animal peut être déclarée illicite si
l’animal a lui-même consommé quelque chose d’illicite, ce qui entraine
l’exclusion d’animaux nourris aux farines animales.
Il peut y avoir identité entre les deux halal, celui du marchand et celui
du fidèle, cependant il faut considérer cela comme une coïncidence, plutôt
que comme une règle. Le travail publicitaire des marchands consiste
précisément à établir cette coïncidence pour que, chez le « consommateur
musulman », manger du label halal prenne le sens de manger de façon
liciteFaire coïncider les halal constitue le métier des conseillers en
marketing halal.
Bien que le premier ouvrage de référence du marketing halal (Riaz et
Chaudry, 2003)3 provienne de food scientists du continent américain, les
pays du Sud-Est asiatique sont devenus à partir des années 2000 les
principaux pourvoyeurs de discours industriels et marchands sur le halal. La
Malaisie, Singapour, la Thaïlande, Brunei se classent parmi les pays en
pointe dans ce qu’on appelle désormais la « science du halal » qui rassemble
des scientifiques et ingénieurs chargés de conseiller les firmes pour
fabriquer, transporter, évaluer, contrôle et vendre leurs produits identifiés
halal. Les agences de branding, écoles de commerce, conseillers en stratégie
mettent toute leur énergie à transposer au halal ce qu’ils ont appris du
management d’autres segments et marques de produits des secteurs agro-
alimentaire, cosmétique, pharmaceutique etc. Sont ainsi évalués les
coûts/bénéfices d’entrée sur le marché halal, scrutés les « besoins » des
consommateurs musulmans, les réactions des consommateurs non musul-
mans à la vue de produits labellisés halal, les besoins de ceux-ci en label
« non-halal », la confiance placée dans les marques halal, l’efficacité et la
fiabilité des systèmes de « halal monitoring » clés en main, etc.
3. Muhammad Munir Chaudry, américain d’origine pakistanaise, actuel président
de l’IFANCA (première agence de certification halal américaine) a été le premier à
proposer aux industriels des indications pratiques dans la production industrielle
dans un article paru en 1992 (Chaudry, 1992). Il s’est très largement inspiré de
ceux rédigés avant lui par Joe Regenstein à l’intention des laboratoires et
industriels intéressés par la cacheroute (Regenstein, Regenstein 1979, 1988).
Chaudry a cosigné plus tard un article comparatif halal/casher avec J.M.
Regenstein (1994).
172 Les sens du Halal
Jusqu’il y a peu, la sphère religieuse était restée plutôt en retrait par
rapport à cette « science du halal » proactive des marchands et sa cohorte
de scientifiques disciplinés des technologies alimentaires, agro-industriels,
pharmaceutiques. Car à défaut de consulter des « savant musulmans »
(docteurs de la loi islamique, ou oulémas), les entreprises s’adressaient
plutôt à quelques « musulmans savants », individus de confession
musulmane, généralement arabisant, ayant reçu une formation scientifique
d’ingénieur ou de technicien, qu’elles employaient pour assurer en interne
le contrôle qualité halal.
Mais cette auto-certification halal par les firmes est devenu intenable
à partir du milieu des années 2000, quand le marché en pleine euphorie a
commencé à distiller son antidote en même temps que ses garanties, c’est à
dire la méfiance. Les acheteurs de halal ont commencé à demander des
preuves religieuses que les produits vendus comme halal étaient bien
religieux.
Jusqu’aux années 1990, les autorités islamiques étaient assez évasives
sur les fondements théologiques du marché halal4 et restaient en retrait,
laissant aux marchands tout loisir de parler à leur place. Mais le marché de
la certification devenant de plus en plus compétitif, la caution religieuse a
été plus souvent sollicitée par les commerçants et s’est instituée d’abord
dans les sharia boards5 des entreprises, puis dans les « agences de
certification halal », entreprises entièrement dédiées à la garantie et au
contrôle halal.
A priori, on penserait que les marchands ont les mêmes intérêts que
les religieux à promouvoir les conduites islamiques. Mais ce n’est vrai que
jusqu’à un certain point. Tant que les consommateurs achètent sans
broncher et que les religieux s’en tiennent à un rôle de caution, il est
possible de trouver un arrangement qui permette aux marchands de tirer du
halal des bénéfices économiques et aux religieux des bénéfices symbo-
liques. En revanche, si les consommateurs demandent des comptes et des
garanties à leurs autorités religieuses, les obligeant ainsi à sortir de leur
rôle de caution pour endosser celui de responsable, les marchands peuvent
perdre tout ou partie de leur contrôle sur les normes de fabrication, et le
climat des affaires peut alors se gâter.
Comment donc faire et faire durer un marché de produits religieux
sans se soumettre à des définitions religieuses ? Tel est le dilemme que les
conseillers en marketing sont chargés d’adresser.
4. Lire dans cet ouvrage F. Bergeaud-Blackler, « De la fatwā du Transvaal à l’aube
du marché halal : les règles alimentaires et le réformisme musulman (1903-1980) ».
5. Ou « comité de conformité » composé de personnalités religieuses dont le rôle
est de garantir la licéité des produits.
Le « Halal World » pour les marchands 173
Pour qu’il y ait marché en général, c’est à dire que les transactions
marchandes soient possibles, équitables et durables, il faut que les
protagonistes s’entendent sur la qualité et la valeur de ce quils échangent.
Un marché halal suppose donc une perception et une évaluation partagées
de ce qu’est « halal » chez les producteurs, vendeurs, régulateurs,
consommateurs, etc. Une définition standardisée trop stricte du halal
présenterait le risque de faire émerger des désaccords, religieux ou
marchands, faisant perdre toute crédibilité au standard. Il est donc
préférable de créer une sorte de figure projetée du halal, quelque chose qui
soit ce que chacun (marchand, religieux, consommateur) voudrait qu’il
soit. C’est l’hypothèse que je soutiens dans cet article qui présente
quelques stratégies marketing destinées à obtenir la plus large vision
possible du halal, sans créer de la « déception »6 : faire exister le halal, sans
les religieux, mais en utilisant les ressorts de la croyance (qui n’est pas
uniquement religieuse) : 1/ Produire une histoire du halal, 2/ Etablir une
norme incapable de contraindre et 3/ Inventer une oumma consumériste.
LE STORY TELLING DU HALAL
Chez les prescripteurs d’opinion7, la justification d’un marché de pro-
duits destinés aux musulmans repose sur deux affirmations : d’une part, les
musulmans se soumettent à des règles religieuses qui régissent chaque aspect
de leur vie et donc de leur consommation ; d’autre part, ces règles isla-
miques, quasi intemporelles, s’imposent et « s’appliquent d’elles-mêmes ».
Islam is not merely a religion of rituals – it is a way of life. Rules and
manners govern the life of the individual Muslim. Ainsi débute le best
seller de Riaz et Chaudry (2003) adressé à ceux qui souhaitent se lancer
dans le halal business : l’islam n’est pas seulement une religion de rites,
c’est un mode de vie qui gouverne tous les aspects de l’existence de chaque
musulman. Cet ouvrage, probablement le plus distribué et certainement le
mieux référencé dans les réseaux du marketing halal anglophone8 présente
les lois et règlements islamiques en un format expressément « compréhen-
sible par les non-musulmans ». Ainsi, indiquent les auteurs, la terminologie
6. Les agences marketing sont très sensibles à la « déception » du client. La
déception est un mot utilisé par les organisations du commerce comme les
organisations de consommateurs pour désigner l’effet sur l’acheteur d’une tromperie
indirecte (mensonge par omission, publicité particulièrement décalée, etc.)
7. Comme les entreprises de branding, les agences de conseils en marketing.
8. L’anglais reste la langue dominante dans le halal business.
174 Les sens du Halal
et les concepts de la jurisprudence religieuse ont été « évités autant que
possible » afin de faciliter la lecture des moins familiers de la religion
islamique. Le guide est débarrassé des complexités exégétiques de
plusieurs siècles de réflexions pointues et tatillonnes des oulémas, fuqahas,
muftis et autres spécialistes autorisés du religieux comme si elles n’avaient
aucune raison d’être ni implication sur le marché. Cette attention fait en
réalité passer pour pédagogique une règle destinée à simplifier et
systématiser le process industriel de production.
Les guides du halal pour les marchands débutent en général par une
présentation générale de l’islam et de ce que « l’islam dit » sur
l’alimentation et la consommation, et en particulier les prohibitions. Ils
empruntent, à l’instar de Riaz et Chaudry, leur références islamiques à une
littérature de vulgarisation -particulièrement prolifique sur internet- qui
édicte dogmatiquement les « lois », sans s’embarrasser de trop de citations,
c’est à dire sans rappeler ses conditions de production ni la méthodologie
mise au point par les juristes et exégètes afin d’éviter, justement, les
interprétations sauvages de l’héritage textuel. L’ouvrage de Riaz et
Chaudry, qui est aussi un des plus exhaustifs du genre, est un des rares à
référer ces interdits à quelques principes islamiques (quand la plupart des
ouvrages ne prennent pas ces précautions). Mais il s’appuie pour cela sur
l’ouvrage Le licite et illicite en islam, un guide du prêt-à-penser islamique,
best seller traduit en plusieurs langues, du théologien et prédicateur Al-
Qaradâwî, référence mondiale des courants islamistes9.
Bien que souvent cités en référence théologique par les sciences du
marketing, et aussi parfois, ce qui est plus surprenant, par des chercheurs
en sciences sociales, ces guides sont en définitive rarement utilisés dans les
firmes car ces versions très simplifiées sont encore trop complexes. Les
directeurs gardent ces guides dans leurs dossiers ou bibliothèques pour les
clients musulmans, mais leurs usines élaborent leur propre mode opératoire
le plus proche de la production conventionnelle afin de minimiser les
coûts. Les entreprises productrices de viande halal sont rarement spéciali-
sées, le marché n’est pas suffisamment large et les procédés très similaires.
Les différences sont marginales, et dépendent des capacités des entreprises,
des exigences du client qui peut donner ses propres directives. Par exemple
telle entreprise industrielle de volaille fera en sorte qu’en mode halal, les
chaines soient placées dans l’axe de la Qibla, que les poulets soient abattus
par un musulmans, d’autres imposeront qu’une bénédiction ait lieu une fois
sur dix poulets saignés, d’autres préfèrerons une saignée manuelle qu’un
disque automatique, etc. Les variations sont en nombre important même si
les guides pratiques essaient de montrer une image homogène.
9. Notamment des citations de la version 1984 traduit de l’arabe à l’anglais.
Le « Halal World » pour les marchands 175
Des versions apparemment plus savantes de ces guides, mais en réali-
té plus techniques, fournissent des « éléments de langage » aux marchands
afin qu’ils puissent mettre en avant le caractère « éthique » du commerce
islamique : la responsabilité, l’équité, la transparence, la compétition.
Quelques hadiths du prophète Muhammad viennent ainsi ponctuer et
expliciter la démonstration. Par exemple, pour illustrer le souci de l’islam
pour la « transparence », on évoquera ce petit scénario, rapporté, dit-on, il
y a quatorze siècles, dans lequel le prophète visitait une plantation de
dattes : « Il observa que les dattes les moins bonnes étaient cachées sous
les dattes les plus fraîches. Le Prophète demanda alors à ce que les qualités
de dattes soient distinguées et dit : ceux qui trichent ne sont pas des
nôtres » et « si l’acheteur et le vendeur dissimulent et mentent, leurs
transactions seront désapprouvées»10. Ces histoires répétées à l’envi,
permettent aux marchands de dire à leurs clients combien ils sont soucieux
de se conformer à l’islam, quand ils ne font que se conformer aux
procédures habituelles de traçabilité sans quoi ils seraient mis à pied par les
organes de contrôle vétérinaire ou de la concurrence.
Les discours sur « le marché halal » ne se confrontent pas à la genèse
de celui-ci. Les prescripteurs jouent sur la stratégie du « déjà-là » que l’on
peut inscrire dans ce que l’on appelle le management reeducation et qui
consiste, pour imposer une nouvelle vision, à ringardiser l’ancienne11.
Un article du très coté cabinet de conseil en stratégie A.T. Kearney12
paru en 2007 intitulé « Addressing the Muslim Market, can you afford not
10. Exemple tiré de Abbas (2011 : 23).
11. Le discours promotionnel a pour objet d’encourager les managers à abandonner
leurs pratiques managériales au profit de dispositifs émergents. Les cabinets
établissent pour ce faire de nouvelles définitions de la performance et du
modernisme qui tendent à ringardiser les pratiques établies en générant un décalage
significatif entre elles et le système de règles institutionnelles en vigueur
(Abrahamson, 1991 ; Kieser, 2001, Johnson et al., 2005) cité par Romain (2012).
12. D’après lui-même, A.T. Kearney est « un cabinet de conseil en stratégie dont
l’objectif est d’apporter des solutions à fort impact offrant un avantage pérenne à
ses clients. Spécialisé dans la résolution de problèmes complexes, nous accompa-
gnons les directions générales dans les défis nationaux et internationaux qu’elles
rencontrent quotidiennement. Depuis 1926, les multinationales, issues de tous les
secteurs de l’industrie et des services, font confiance à A.T Kearney afin de
collaborer avec elles à l’élaboration de ponses concrètes, appropriées et durables
pour faire face aux enjeux auxquels elles sont confrontées ».
176 Les sens du Halal
to ? »13 présente en quelques pages un rapport coût bénéfice d’une
participation des firmes au marché halal global. L’article est publié six ans
après l’effondrement des twin towers à New York percutées par un avion
des djihadistes d’Al Qaïda le 11 septembre 2001. Le climat social vis-à-vis
de l’islam et des musulmans s’est particulièrement dégradé, notamment
durant la guerre menée en Irak en représailles aux attentats, au moment des
attentats de Madrid (2004) et de Londres (2005), et à l’occasion de la
« crise des caricatures danoises »14.
L’image de l’islam s’est particulièrement détériorée dans les opinions
publiques des pays occidentaux et c’est pourtant le moment choisi par le
cabinet de conseil AT Kearney pour décrire ce marché comme particulière-
ment « porteur », chiffres (non sourcées15) à l’appui. Le marché sharia
compliant totaliserait 2 000 milliards de dollars de chiffres d’affaires annuel.
Alors que la défiance est maximale entre le « monde occidental » et le
« monde musulman », et que les pétromonarchies rapatrient une part de
leurs avoirs et leurs liquidités vers les banques islamiques, l’agence
américaine fait ici le pari - bien peu risqué - d’un « retournement de
cycle », que le bon sens pourrait traduire par « après la pluie le beau
temps ». Le cabinet de conseil interpelle : les firmes occidentales peuvent-
elles se permettre d’ignorer encore longtemps le marché émergeant du
halal ? Ainsi, ce n’est plus le marché halal qui présenterait un risque pour
l’investisseur, le vrai risque serait au contraire de continuer à l’ignorer. En
bref, il n’y a pas péril à entrer sur ce marché mais il y en a un à ne plus
pouvoir entrer. Cette stratégie de ringardisation consiste à donner des
conseils d’autant plus précieux que le marchand est convaincu de son
ignorance : il n’a pas vu ce qu’il aurait dû voir - le marché halal est là.
Le récit du marché halal est tautologique. Il repose sur une égalité
simple, halal = islam. Pour résoudre le paradoxe selon lequel « des
musulmans culturellement divers » pourraient se reconnaître dans « un seul
halal » l’agence appuie son argumentaire sur les nombreuses études
« sociologiques » qui prolifèrent depuis le 11 septembre 2001, cherchant
d’improbables réponses à l’ « islamité croissante des musulmans ».
13. La brochure est diffusée par lu bureau britannique de la compagnie Imarat, dirigé
par Abdalhamid Evans http://imaratconsultants.com/wp-content/uploads/2012/10/
Addressing-Muslim-Market.pdf. Elle n’était plus disponible sur le site ATKearney en
mai 2014.
14. Qui ajoutera encore au nombre de morts pour la défense d’une certaine
conception de l’islam. Rappelons que l’affaire qui débute avec « douze petits
dessins » publiés en septembre 2005 par l’un des principaux journaux danois, le
Jyllands-Posten, n’a pas produit que des menaces de mort mais des morts bien
réelles. Pour un décryptage de l’escalade de la violence, lire Favret-saada (2007).
15. Cf. infra la partie consacrée aux représentations chiffrées.
Le « Halal World » pour les marchands 177
Sachant que cette islamité se mesure à l’augmentation de la « visibili-
té de l’islam », que cette visibilité se mesure elle-même à celle des produits
halal, on voit à l’œuvre l’effet Larsen assourdissant d’un micro qui
enregistre son propre son.
Quand les études sociologiques s’inquiètent du fait que les musul-
mans d’Europe, en France ou au RU, placent leur religion avant le
sentiment citoyen, l’agence de conseil y voit plutôt un signal positif. En
Occident, le pouvoir d’achat est élevé, les vies des consommateurs
musulmans sont définies par les règles de la loi islamique en matière
diététique, économique, et de style de vie ce qui les distingue des autres.
Les musulmans même en se modernisant restent soumis aux règles
islamiques.
While many consumers’ lives are defined by the dietary, lifestyle, and
financial rules of the Islamic faith, they are far from homogeneous (…).
Despite these distinctions, one striking paradox seems to embrace a
growing number of Muslims. On one hand they are becoming more in-
tegrated into the global economy as consumers, employees, travellers,
investors, manufacturers, retailers and traders. On the other hand, polls
show that Muslims increasingly see themselves as a distinct group, the
ummah (global Islamic community). Even those in the West are far
more likely to identify themselves than they are, say, French or British,
and to identify with other Muslims in political disputes. (…)
Face à l’argument obscurantiste qui s’est imposé avec les images en
boucle des femmes voilées d’Afghanistan renvoyant l’ « Islam » au passé
féodal de l’« Occident », l’agence joue à nouveau sur le temps, cette fois ci
non pas pour l’accélérer, mais pour se projeter vers le passé. Dans certaines
zones du monde, les musulmans n’auraient pas encore terminé leur période
de Renaissance. La théorie évolutionniste des cultures d’un passage par les
mêmes stades de progression de toute l’humanité vers la modernité se
déploie toujours dans les salons halal du XXIe siècle, toujours prêts à flatter
les modernes marchands de toutes confessions. Ici, elle sert surtout à faire
du risque encouru une question de temps. Si cela ne marche pas au-
jourd’hui, cela marchera forcément un jour.
Consider an analogy that is familiar in the West : the Renaissance
(which evolved out of what medieval Europe learned from Arab world)
changed the way they related to government. But these changes took
place over centuries. Much of the Muslim world is now experiencing
similar tumultuous movements- all at the same time. (…) Unlike in the
past, however, governments are channelling less of this money into
Western banks and financial institutions, and more into Islamic finan-
cial institutions that are asserting their own strengths and traditions.
178 Les sens du Halal
(….) Freed from religious orthodoxy and its constraints on the arts, new
galleries of modern art are emerging in Istanbul and Abu Dhabi, exper-
imental theatres are springing up in Cairo and Jakarta, and women nov-
elists in Jordan and the Arabian Gulf states write about once-
unmentionnable themes, evoking impassioned and mass responses on
the Internet-though it should be noted that many states still seek to limit
or control these cultural transformations. Simultaneously, the arrival of
pan-Arab satellite TV networks, such as Al-Jazeera and Al-Arabiya, has
fostered transnational political debates and helped shape Arab (and
Muslim) public opinion worldwide. (…) These combined factors make
the Muslims a fascinating, complex and important group that Western
businesses cannot afford to ignore.
UNE VRAIE FAUSSE NORME HALAL :
NORMER SANS CONTRAINDRE OU LE RÊVE NÉOLIBÉRAL
Comme créer un marché quand il n’y a pas de standard ?
Pour les économistes conventionnalistes, cette question ne pose pas de
difficulté particulière. En théorie, le standard ne préexiste pas aux transac-
tions, il se négocie par conventions au cours des transactions entre les
protagonistes (Eymard-Duvernay, 1989). Les standards se forment et se
reforment dans un jeu compétitif non entièrement prédéterminé qui passent
par des phases de consolidation stable pour ensuite se déstabiliser par le jeu
compétitif des innovations. Pour assurer une prévisibilité minimale dans un
commerce ouvert, les États engagés dans le commerce international ont
inventé un système de standardisation et de régulation mutuelles qui a été
placé récemment sous le contrôle de l’OMC (Organisation Mondiale du
Commerce)16. Le jeu est, autant que possible, d’imposer ses propres règles
aux autres et, sinon, de réduire les propensions des autres à imposer les leurs.
1997 a été l’année de publication d’une norme halal mondiale intitu-
lée « directives générales pour l’utilisation du terme halal »17, provenant
non pas d’une quelconque instance islamique, mais du très officiel Codex
16. Créée en 1995. L’OMC a été mise en place à la suite des différentes
négociations des cycles de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce
(GATT) organisation informelle qui a débuté ses travaux en 1948. Le dernier et le
plus important des cycles du GATT, le Cycle d’Uruguay (1986 à 1994) a conduit à
la création de l’OMC.
17. General guidelines for use of the term “Halal” CAC/GL 24-1997.
Le « Halal World » pour les marchands 179
Alimentarius18. La rédaction de ces directives a débuté suite à une demande
de la Malaisie19 soutenue par le Pakistan et l’Arabie Saoudite, formulée en
1979 lors de d’une réunion du Comité asiatique du Codex. La Malaisie et
ses alliés avaient proposé que la protection du consommateur ne soit pas
limitée aux questions techniques et de santé, mais inclue également la
protection des « valeurs culturelles » et des « traditions », et donc des
religions20. La délégation malaisienne avait produit un document élaboré
avec son département des affaires islamiques, intitulé « Specific labelling
provision for processed meat products with regard to islamic religious
requirements »21 avec l’espoir qu’il puisse servir à réguler les produits
destinés aux pays musulmans.
Les liens de ce petit pays avec la multinationale Nestlé qui y est im-
plantée depuis 1912 ne sont pas étrangers à cette initiative. La Malaisie est le
pays test dans lequel Nestlé a inventé sa stragie de sensibilisation au halal
halal awareness ») dont le ant de l’agro-alimentaire est le précurseur
mondial et reste le principal promoteur. La firme qui a établi dès les années
1980 son propre « Comité Halal interne »22 s’est placée au service d’un pays
programmé pour devenir « la tête de pont » du halal dans le monde (global
halal hub). Comme l’a montré son implication dans la généralisation de la
norme HACCP, la multinationale suisse est un fervent promoteur des normes
internationales destinées à harmoniser et pacifier les pratiques commerciales
18. La Commission du Codex Alimentarius se psente ainsi : « Créée en 1963 par
la FAO et l’OMS, (elle) met au point des normes alimentaires, des lignes directrices
et des codes d’usages internationaux et harmonisés visant à protéger la santé des
consommateurs et à assurer des pratiques loyales dans le commerce des aliments.
Elle encourage aussi la coordination de tous les travaux relatifs aux normes
alimentaires entrepris par des organisations gouvernementales et non gouvernemen-
tales. (…) Aujourd’hui les membres de la Commission rassemblent 99 % de la
population mondiale (source : http://www.codexalimentarius.org/codex-home/fr/).
19. Un pays islamique où vivent 53% de musulmans qui avait imaginé un système
d’identification des viandes islamiques qu’il souhaitait faire reconnaître par ses
partenaires commerciaux.
20. Elle donnait l’exemple des consommateurs de confession musulmane soumis à
des obligations islamiques relatives aux viandes et produits alimentaires carnés.
Report of the second session of the codex coordinating committee for Asia,
Manila, 20-26 March 1979 présenté au JOINT Fao/Who Food Standards
Programme Codex Alimentarius Commission Thirteenth Session, Rome, 3-14
December 1979.
21. Ibid. Lire en particilier le paragraphe en annexe 5 : “Specific Labelling
Provisions for Processed Meat Products with regard to Islamic Religious
Requirements” Source : www.codexalimentarius.org.
22. Incluant des « senior Muslim executives of various disciplines, responsible for
all matters pertaining to Halal compliance » http://www.nestle.com.my/aboutus/
nestle_in_malaysia/halal_policy.
180 Les sens du Halal
internationales en garantissant partout un même degré de fiabilité, de sécurité
et de confiance alimentaire23. Implantée sur tous les continents, elle cherche
logiquement à réduire les écarts plutôt que de multiplier les gammes de
produits d’un pays à l’autre ce qui augmenterait ses coûts de production, ou
bien risquer de se voir interdire l’entrée sur un territoire.
Une multinationale a intérêt soit, au mieux, à promouvoir une norme
collective à partir de ses propres standards, soit, au pire, à promouvoir une
norme peu exigeante qui empêche les concurrents d’imposer les leurs.
C’est dans cette perspective que la Malaisie a saisi le Codex Alimentarius.
La standardisation du halal agit essentiellement contre l’obstacle
technique au commerce, en anglais la Technical Barrier to Trade. La TBT
est la bête noire de l’OMC24. Dans cette instance qui n’a qu’un seul
objectif, « faire en sorte que le commerce soit aussi libre que possible »,
une norme technique est toujours suspecte de dissimuler une intention
« protectionniste ». Quand ils souhaitent empêcher l’entrée sur leurs
territoires de certaines marchandises quils jugent non conformes à leurs
propres standards, les États sont suspectés de vouloir protéger leur marché.
Pour dissuader certains d’entre eux de prendre des mesures qualifiées de
déloyales, les partenaires de l’OMC ont signé le Technical Barrier to
Trade agreement afin, comme le dit le texte officiel, de se « simplifier la
vie » : « Life can be simpler if governments apply international standards,
and the agreement encourages them to do so. In any case, whatever
regulations they use should not discriminate »25. Chaque État peut
s’imposer à lui-même des standards plus sévères, mais il ne doit pas
empêcher l’entrée de produits importés au motif qu’ils n’atteignent pas ses
propres standards, sauf dans quelques cas précis. L’État signataire des
accords TBT (ou en français OTC26) s’engage à ne pas instaurer de barrière
d’entrée à l’exception de mesures pour la protection de la santé de ses
citoyens, celle des animaux et des plantes. Si le membre juge nécessaire
l’élaboration d’une norme indispensable à la préservation de pratiques
culturelles, de l’environnement, ou d’autres intérêts de ses consommateurs,
il doit s’engager dans un processus de standardisation collectif. S’il s’agit
d’aliment, il est invité à saisir la commission du Codex Alimentarius27 qui
organisera des discussions entre délégations d’État afin, éventuellement,
d’adopter une norme protectrice pour tous. C’est en suivant cette procédure
que, suite à la proposition malaisienne, la commission du Codex Alimenta-
23. Demortain, 2009.
24. http://www.wto.org/french/thewto_f/whatis_f/who_we_are_f.htm.
25. http://www.wto.org/english/thewto_e/whatis_e/tif_e/agrm4_e.htm#TRS.
26. Obstacle Technique au Commerce, mais ce sigle est moins utilisé.
27. Une entité créée par la FAO et l’OMS en 1963.
Le « Halal World » pour les marchands 181
rius a publié les directives pour l’utilisation du terme « halal »28, un texte à
caractère consultatif adopté en 1997 qui deviendra une référence mondiale
du marché halal.
Les normes du Codex Alimentarius ne sont pas d’application obliga-
toire. On peut se demander en quoi des pays comme la Malaisie, ou une
firme comme Nestlé ont tant intérêt à s’imposer des cadres normatifs
collectifs, non obligatoires, quand ils ont tout loisir de commercer sans.
Les directives halal du Codex sont l’exemple d’un processus normatif
qui n’aboutit pas à une norme contraignante mais au contraire à une norme
laxiste, qui permet tout ou presque. Du point de vue des marchands, et
surtout des firmes internationales, l’intérêt d’une norme halal laxiste est
double. D’abord concevoir une « norme halal », il n’existait
auparavant qu’une série de prohibitions sans lien. Ensuite empêcher, autant
que possible, la prolifération de standards plus stricts les uns que les autres.
En quoi les directives halal sont elles laxistes ? D’une part, parce
qu’elles n’ont pas de référence opposable. D’autre part, parce qu’in fine, ce
sont les autorités islamiques de chaque pays qui décident ce qui est halal ou
non et qu’elles ne sont pas comptables des décisions des États et des firmes.
Pour qu’une norme soit applicable il faut un texte sur lequel tous
s’accordent, que soient définis les objectifs et les moyens d’y parvenir. Or
les directives du Codex paraissent être tombées de « la loi islamique »
29.
Or, la dite « loi islamique » n’a pas d’existence en droit international.
N’importe qui peut y mettre n’importe quoi. D’autre part les directives
exigent des États d’accepter les certificats des autorités religieuses, sauf
s’ils ont des raisons de refuser30.
28. Notamment celle des États-Unis et en particulier par celle du Grocery
Manufacturers of America (GMA). Pour les EU, ces directives religieuses n’étaient
pas du ressort d’un organisme séculier comme le Codex : GMA believes that [the
commission’s] scientific principles reinforce the view that cultural/reli- gious
factors should not play a role in the development of Codex guide-
lines/recommendations… Religious authorities having the necessary [expertise]
should be the ones to develop and issue such guidelines for the use [of the term] by
food manufacturers. A Global Agenda for Actio A Report by the Center for
Science in the Public Interest, May 1998.
29. Elles définissent ainsi l’aliment halal : « tout aliment autorisé par la “loi
islamiquequi ne doit ni constituer ni contenir ce qui est jugé illégal “conformé-
ment à la loi islamique” ; qui ne doit pas avoir été préparé, transformé, transporté
ou entreposé à l’aide d’instruments ou d’installations non conformes “à la loi
islamique ».
30. « Les certificats accordés par les autorités religieuses du pays exportateur
devraient être acceptés en principe par le pays importateur, sauf lorsque ce dernier
est en mesure de justifier d’autres conditions spécifiques ».
182 Les sens du Halal
En comparant, par exemple, les trois pages des directives halal aux
trente sept pages qui encadrent la production, la transformation,
l’étiquetage et la commercialisation des aliments issus de l’agriculture
biologique, on voit que pour ces dernières, il n’y a pas de mention d’un
« référent extérieur », mais seulement la définition d’objectifs et de
moyens31. Dans ces directives applicables aux aliments biologiques, les
systèmes d’inspection et de certification impliquent des contrôleurs
surveillés par des organismes compétents mis en place par les États qui
sont garants in fine de leur application. Dans le cas des directives halal,
l’État n’a pas le pouvoir de contrôle en dernier ressort32.
Si l’on considère les objectifs de standardisation, la portée des direc-
tives halal est quasi nulle. En revanche, elle est bien réelle lorsqu’il s’agit
de créer un « espace légitime du halal » socle à l’organisation d’un marché
halal global. D’abord les directives sont très souvent mentionnées comme
modèle théorique par les milliers d’agences de certification du monde, et
elles constituent également des références dans les initiatives régionales de
standardisation halal comme celle de Comité européen de normalisation
dont les travaux ont démarré en 2013.
Les directives halal du Codex contribuent à faire exister un marché
halal sans définir ce qu’est halal, sans désigner qui en est responsable, en
en utilisant une référence qui semble aller de soi « la loi islamique » (sauf,
justement, en droit commercial). Chaque pays, chaque acheteur, chaque
consommateur est fondé à penser qu’une norme halal globale existe déjà,
alors qu’elle n’a été discutée que dans des comités d’instances marchandes.
L’OMC via le Codex Alimentarius33 participe ainsi de cette entreprise
d’invention et de légitimation d’un marché mondial du halal.
On a donc des marchands, une idée de norme halal mondiale, il reste
à « trouver » des consommateurs.
31. « Les aliments ne devraient se référer aux modes de production biologique que
s’ils proviennent d’un système d’exploitation biologique utilisant des pratiques
culturales, visant à créer des écosystèmes propres à assurer une productivité́ durable,
etc. (…) Ceci s’obtient par une combinaison des éléments suivants: aliments de
bonne qualité́ produits biologiquement, taux de charge appropriés, etc. ».
http://www.fao.org/fileadmin/user_upload/livestockgov/documents/cxg_032f.pdf.
32. Raison pour laquelle elles n’ont jamais été mobilisées par un État contre un
autre dans une dispute commerciale (les normes Codex sont en effet opposables
aux États membres de l’OMC dans les litiges au titre des accords TBT, c’est
précisément leur raison d’être).
33. Devenue après 1995 la référence mondiale de l’OMC, la portée politique
internationale du Codex Alimentarius est très importante (W
INICKOFF, BUSHEY,
2009). Science and Power in Global Food Regulation: The Rise of the Codex
Alimentarius. Science, Technology & Human Values, 35(3), 356–381.
Le « Halal World » pour les marchands 183
LE « HALAL WORLD » POUR LES MARCHANDS
L’idée qu’il existerait un ensemble de « consommateurs musulmans »
soumis aux mêmes lois alimentaires, une sorte d’Ummah consumériste
s’est imposée, progressivement, dans l’arène commerciale, notamment
grâce à la médiatisation opérée sur les scènes des différents salons et halal
exhibitions. Y sont (auto-)célébrées les chiffres astronomiques du marché,
applaudies les success stories des firmes, et des petits pays contre les gros.
Les acteurs présents et entrants s’y rencontrent et constituent les réseaux
nécessaires à la coordination marchande. La première Halal food
exhibition a été organisée à Paris, par un français, en 2004. Le salon des
terroirs du monde était pensé sur le modèle du ethnic food world34 et
rassemblait des entrepreneurs français, malaisiens, australiens, thaïlandais,
anglais, espagnols. La Malaisie a rapidement emboité le pas et organisé un
événement de plus grande ampleur, en 2006, à Kuala Lumpur : le premier
World Halal Forum inauguré solennellement par le premier ministre
malaisien Abdullah Ahmad Badawi. Depuis, l’un des ses ambassadeurs, le
Premier ministre de l’État malaisien du Penang, arpente infatigablement les
salons halal internationaux il apporte la caution et les promesses d’un
pays dont l’économie dévouée à la cause du halal connaît une croissance
toujours supérieurs à 5 % et un chômage de 3 %. Affaibli par la crise
financière de 1999, l’ex-tigre d’Asie a rebondi en investissant dans
l’industrie halal. Il ainsi pu réorganiser et rationnaliser son secteur agro-
alimentaire de manière assez brutale sur le plan social, mais en invocant
des valeurs de l’islam35. Les exhibitions halal de plus ou moins grande
portée se multiplient sur tous les continents : au Maroc, avec l’« expo halal
international de Meknès », en Europe avec la Bruxelles Halal week, les
Halal Expo et Global Islamic Economy Summit de Dubaï, les Taiwan
World International Halal Expo, les China-Arab States Expo of Nigeria, les
Kazakhstan International Halal Expo, les Moscow Intenational Halal
34. Le Salon des Terroirs du Monde abritait un salon des produits halal mitoyens
avec un salon des produits casher. Son initiateur, Antoine Bonnel, un entrepreneur,
marchand d’art, créateur de chaussures « design », pariait alors sur le développe-
ment du marché halal sur le modèle du marché casher outra-atlantique : « Aux
États-Unis, on compte 11 millions de consommateurs de produits casher. Le label
“casher” est devenu là-bas un véritable label de qualité. D’ailleurs, toutes les
grandes marques de l’industrie agroalimentaire présentes sur le marché américain
sont casher (Master Food, Heinz…). En ce qui concerne les produits halal, nous
n’en sommes qu’au début ». Interview accordé à l’Hôtellerie restauration, La page
du chef, 15 avril 2004. https://www.lhotellerie-restauration.fr/lhotellerie/Articles/
2868_15_Avril_2004/La_world_food_est_en_route.html.
35. Fischer, 2008.
184 Les sens du Halal
Exhibition, etc. Chaque occasion y est donnée de célébrer un marché, une
économie, un consumérisme halal aux dimensions planétaires.
Une grandeur vient chaque fois marquer les esprits : le « milliard ».
Milliard de musulmans, milliers de milliard de dollars ou d’euros. Le Halal
World est ce que Vali Nasr, dans son ouvrage Forces of Fortune, appelle
the « 3rd one billion »36.
« A billion (of muslim) consumers have clout. Across economies as di-
verse as those of Mali, Dubai, and Indonesia – and outside the Muslim-
majority countries, in the Muslim diasporas the demand for Islamic
goods and services is strong and growing, and it has already created
waves in global markets. This is perhaps best demonstrated by the
boom in Islamic finance, which is doing good work in further integrat-
ing the economies of the Muslim world and the global economy » 37.
En écho à « l’islamophobie » ce mal social, s’érige l’islamophilie de
l’optimisme sharia compatible, ce bien économique. Le climat est devenu
halal friendly, surtout dans les capitales financières : « I don’t just want
London to be a great capital of Islamic finance in the Western world, I
want London to stand alongside Dubai and Kuala Lumpur as one of the
great capitals of Islamic Finance anywhere in the World. » Cette phrase
enthousiaste n’est pas celle d’un représentant du Muslim Council of
Britain, mais un extrait du discours du premier ministre britannique David
Cameron prononcé fin octobre à la tribune du World Islamic Economic
Forum (WIEF) à Londres38. Les agences de conseil malaisiennes ne sont
pas en reste pour diffuser cet optimisme qui doit aboutir à la reconnais-
sance de ce que l’on appelle désormais un « écosystème halal »39. Un index
de performance dédié à l’industrie halal a même été créé récemment (2011)
par un golden boy de Wall street, Rushdi Siddiqi, employé aujourd’hui par
36. Après la Chine et l’Inde.
37. Nasr (2009).
38. « Cameron unveils Islamic bond plan », 29/10/2013 http://www.bbc.com/news/
business-24722440.
39. « The potential for global Halal industries to develop and grow is enormous
and to capitalise on this, Halal industries must innovate as innovation is the key to
realizing a more holistic Halal ecosystem.» http://www.worldhalalforum.org/
download/WHF2013_post_event_report.pdf.
Le « Halal World » pour les marchands 185
Thomson Reuters pour mettre au point le SAMI Halal Index (Socially
Acceptable Market Investments)40.
Le halal business a sa géographie. Voici comment le monde du halal
est représenté par l’agence de conseil en « islamic branding » londonienne
Ogilvy Noor dirigé par John Goodman un consultant musulman britan-
nique41 et Shelina Janmohamed, bloggeuse et auteur du best seller « Love
in a Headscarf ». Les États Unis y sont réduits comme peau de chagrin.
Les chiffres du marché halal varient à un millier de milliards près…
Certains l’estiment à 3 992,2 milliards de dollars (Agriculture and Agri-
Food Canada), d’autres à 2 300 milliards de dollars (Ogilvy Noor). D’autres
enfin, comme la société malaisienne de communication H-Media l’estime à
1 227 milliards de dollars dont 716 milliards de dollars pour les seuls
aliments. Comment ces chiffres sont ils construits ? Les spéculateurs
omettent systématiquement leurs sources. La plus basse de ces estimations,
celle de la société Malaisienne H-MEDIA (2011-2012) est ainsi construite :
40. SAMI Halal Food Index, cf. http://www.idealratings.com/solutions/sami-halal-
food-index-series. Cf « Le premier indice boursier de l’alimentation halal lancé en
Malaisie », Hanan Ben Rhouma, Saphirnews, 5 Avril 2011.
http://www.saphirnews.com/Le-premier-indice-boursier-de-l-alimentation-halal-
lance-en-Malaisie_a12414.html.
41. http://www.ogilvynoor.com.
186 Les sens du Halal
Les 1 227 milliards de dollars correspondent à des additions de plu-
sieurs agrégats :
– Des données démographiques du Pew Research Center (2009)42
basées sur les nombres officiels produits par les gouvernements selon des
méthodes diverses. Certains pays comptent la religion à partir de l’ethnie,
d’autres à partir de sondages d’auto-identification, d’autres, comme la
France, en effectuant des recoupements entre nationalité et flux migra-
toires, etc.
Des dépenses de consommation moyenne par État de tous les mé-
nages musulmans et non musulmans en biens et en services, estima-
tions de la Banque Mondiale (2009).
Des dépenses alimentaires moyennes incluant les boissons non al-
cooliques, ainsi que des dépenses de loisirs, hôtels, les loisirs, dépenses
médicales provenant d’agrégats fabriqués par l’agence Euromonitor
International (2010).
Selon ce calcul, le marché français du halal par exemple est estimé à
plus de 33 milliards de dollars et 19 milliards de dollars pour les achats
alimentaires. Outre qu’il ne prend en compte qu’une estimation très
approximative du nombre de musulmans, il se base sur la moyenne
nationale de la consommation des ménages de la Banque Mondiale alors
que les musulmans français dépensent globalement moins que la moyenne
nationale utilisée pour le calcul. En comparaison, pour les seuls achats
42. « “Nonpartisan fact tank” that informs the public about the issues, attitudes and
trends shaping America and the world ».
Le « Halal World » pour les marchands 187
alimentaires, les calculs extrapolés à partir de sondages réalisés en 2009
auprès des acheteurs de produits halal par le cabinet SOLIS estiment à 4,5
milliards (et non à 19 milliards) les dépenses alimentaires des ménages
musulmans43. Le fait de prendre en compte des données comme les
dépenses en loisirs ne reflète aucunement l’offre halal mondiale en dehors,
peut-être, de celle de quelques territoires fédéraux de Malaisie. De plus ces
projections supposent que les non-musulmans n’achètent jamais halal et
n’auraient aucune raison de le faire quand les enquêtes montrent que, pour
des raisons variées (de proximité, de croyance en la supériorité qualitative
des aliments halal, de pression sociale, etc.) les non-musulmans achètent
aussi halal, activement ou passivement44. Les populations consommatrices
de halal forment un contingent plus large, mais bien moins dense que le
nombre des personnes déclarées musulmanes, ce qui rend toute estimation
du marché halal très périlleuse.
Comme pour la géographie du Halal World, ces dénombrements
permettent de projeter une image, un scénario de coordination des acteurs.
La projection permettrait d’augmenter le taux de réussite du pari commun
des acteurs en recherche de coordination, car si les acteurs « voient » la
même chose ils ont davantage de chance de se coordonner et de réaliser. A
condition d’être diffusée de nombreuses fois, officialisée dans « les
instances de validation », la vision du marché halal global, son mode de
calcul est moins descriptif que performatif. La répétition du schéma rend sa
réussite probable selon le célèbre effet « pygmalion » (Rosenthal) ou
prophétie auto-réalisatrice45.
Il existe d’autres façons d’identifier les zones de développement
du marché halal qui donnent une image bien différente de celle
du Halal World tel que décrit par les agences de conseil améri-
caine (AT Kearney), britannique (Ogilvy Noor) et malaisienne
(H-Media) citées.
Un indicateur de vitalité du marché halal pertinent est celui qui
observe la mise sur le marché de nouveaux produits halal. Il
montre que la géographie du halal n’est pas directement liée à la
43. Interview d’Abbas Bendali par le journaliste Yves Mamou, « En France, le
marché alimentaire halal dépassera les 5 milliards d’euros en 2010, Le Monde,
01.03.2010 http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/03/01/en-france-le-marche-
alimentaire-halal-depassera-les-5-milliards-d-euros-en-2010_1312821_3234.html.
44. « Un Français sur six consomme halal ou casher » le 16 janvier 2013 par Jean-
Noël Caussil, LSA, http://www.lsa-conso.fr/un-francais-sur-six-consomme-halal-
ou-casher,137255.
45. Selon Robert K. Merton (1953 reed 1977) : « C’est, au début, une définition
fausse (ou pas nécessairement de la situation qui provoque un comportement qui
fait que cette définition initialement fausse devient vraie ».
188 Les sens du Halal
démographie musulmane. D’après l’agence de marketing britan-
nique et internationale Mintel, quelque 12 154 nouveaux produits
et boissons ont été lancés avec l’allégation halal sur la scène inter-
nationale entre janvier 2009 et novembre 201046. Le palmarès des
pays place en 1re position la Thaïlande, un pays non musulman
avec 8 % de population musulmane, et en 3e position l’Afrique du
Sud. La Chine, l’Australie, les Philippines, l’Inde sont placés
avant des pays musulmans comme l’Égypte et l’Arabie Saoudite.
Un autre indicateur de vitalité du marché halal concerne les desti-
nations préférées des voyageurs halal. Le site Crescentrating47 qui
se présente comme le site de référence mondial en matière de tou-
risme islamique propose un classement basé sur la destination de
vacances en famille, le niveau de services qu’il fournit pour les
voyageurs musulmans et les initiatives de marketing ciblant la
clientèle musulmane. En 2014, le site plaçait dans son palmarès
des 10 pays hors OCI : Singapour, l’Afrique du Sud, la Thaïlande,
le Royaume-Uni, la Bosnie Herzégovine, l’Inde, Hong Kong,
l’Allemagne, l’Australie et la Tanzanie48. Le top ten des pays de
l’OCI est le suivant : la Malaisie, les Émirats-Arabes-Unis, la
Turquie, l’Indonésie, l’Arabie Saoudite, le Maroc, le Qatar, la Tu-
nisie, l’Égypte. Selon ces tableaux les pays non musulmans les
plus actifs semblent être ceux de l’ancien empire britannique.
Que se passe-t-il si les prédictions sont contredites par les chiffres ?
Et surtout si les acteurs ne sont plus en mesure d’ignorer que les chiffres
sont faux ? Ce serait le début du « déclin » non pas de la chose (la
représentation du marché), mais du dispositif qui l’a construite. « Les
symptômes de déclin apparaissent lorsque le dispositif est confronté aux
premiers résultats empiriques. Les chiffres et les mesures, alors principaux
éléments du soutien rhétorique, vont méthodiquement venir briser le
dispositif discursif ». Les cabinets concurrents délégitiment les dispositifs
pour ériger leurs nouvelles doctrines « à même de générer un espace libre
pour l’ancrage de leur pratique »49. C’est ainsi que le conte néo-libéral
assure sa reproduction infinie en présentant une nouvelle utopie.
46. Cité par le Bureau des Marchés Internationaux de Agriculture et Agroalimen-
taire Canada, Rapport exploratoire Tendances sur le marché mondial des aliments
halal, source : http://www5.agr.gc.ca/resources/prod/Internet-Internet/MISB-
DGSIM/ATS-SEA/PDF/5763-fra.pdf.
47. http://www.crescentrating.com/.
48. Basé sur he level of Halal food availability, prayer facilities, Halal friendly
accommodation etc. at the main tourist spots of the destination.
49. Romain (2012).
Le « Halal World » pour les marchands 189
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Article
This article charts the history of the invention of halal and of its extension to an increasingly diverse range of goods, services and even modes of behaviour. Following the works of Bergeaud-Blackler, it argues that halal is not the industrialization of traditional practices but rather that it is ‘born industrial’ as the result of the encounter between neoliberal economic globalization and the spread of consumerism across the Muslim world. It argues that the wild development of halal and its extension well beyond the edible is part of a wider reconfiguration of Islam within a Global-Market frame, away from Nation-State bound forms. From its inception within industrial processes of meat production, halal has been extended to qualify vacation packages, refrigerators and proper sexual morality.
Article
Full-text available
Qu’en est-il des relations d’influence entre « marché halal » et « offre islamique » aujourd’hui en Europe ? Peut-on établir un lien entre contrôle de la garantie halal et composition et recomposition du paysage religieux ? Cet article montre que la question du contrôle de la norme halal marchande a émergé récemment dans l’espace public et joue un rôle croissant dans la structuration de l’offre religieuse islamique française. Après avoir mis en lumière le contexte d’émergence d’une bataille mondiale autour d’une« norme halal » opposant pays musulmans et non-musulmans, l’article retrace le cheminement par lequel un projet de norme halal est arrivé dans les instances de normalisation européenne (le CEN) et l’impact que ce projet, toujours en cours, a d’ores et déjà sur le paysage islamique français.
Article
Full-text available
The emergence of the global administrative sector and its new forms of knowledge production, expert rationality, and standardization, remains an understudied topic in science studies. Using a coproductionist theoretical framework, we argue that the mutual construction of epistemic and legal authority across international organizations has been critical for constituting and stabilizing a global regime for the regulation of food safety. The authors demonstrate how this process has also given rise to an authoritative framework for risk analysis touted as "scientifically rigorous" but embodying particular value choices regarding health, environment, and the dispensation of regulatory power. Finally, the authors trace how enrollment of the Codex Alimentarius in World Trade Law has heightened institutional dilemmas around legitimacy and credibility in science advice at the global level. Taken together, the case illustrates the importance of attending to the iterative construction of law and science in the constitution of new global administrative regimes.
Book
Le Codex Alimentarius, créé en 1963, pour établir des normes alimentaires internationales, a vu ses enjeux changer avec les accords de l’Organisation mondiale du commerce. Ce livre examine, sur la base de cas détaillés, les modalités et les conditions de l’influence des entreprises sur les décisions d’une organisation intergouvernementale en montrant leurs contraintes et leur nécessaire adaptation.
Article
Definitions of quality and forms of organisation The question of quality is a highly debated issue within theories of the market. Reference to situations where the quality of goods is poorly defined or where non-market criteria are brought in creates problems for this frame of analysis, and calls for consideration of alternative forms of coordination. In this article, the author develops and analysis of several forms of coordination, each of which corresponds to a distinct definition of quality. This procedure allows one to take into consideration situations which do not conform to standard economie theory (e.g., the limited flexibility of prices, long-lasting relations between actors) whithout reducing them to market failures. It thereby opens the way to analysis of the complexity of industrial networks through study of the articulations between several forms of coordination.
« En France, le marché alimentaire halal dépassera les 5 milliards d'euros en 2010, Le Monde
  • Yves Interview D'abbas Bendali Par Le Journaliste
  • Mamou
Interview d'Abbas Bendali par le journaliste Yves Mamou, « En France, le marché alimentaire halal dépassera les 5 milliards d'euros en 2010, Le Monde, 01.03.2010 http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/03/01/en-france-le-marchealimentaire-halal-depassera-les-5-milliards-d-euros-en-2010_1312821_3234.html.