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Le dessin d’enfant
De l’outil aux médias pour la diffusion
dessavoirs scientifiques
Catherine Sabinot Stéphanie M. Carrière1
Ethnoécologue Ethnoécologue
et anthropologue
Introduction: l’ethnoécologie,
desdessins, une exposition
etunouvrage
Le chercheur occupe une place particulière dans la société à laquelle
il appartient. Ses recherches alimentent et font évoluer les connais-
sances sur le monde, impactent les modes de pensées de ses conci-
toyens qui en retour font évoluer la société et la science. Longtemps
imaginé dans sa tour d’ivoire, le chercheur interagit pourtant en
permanence avec sa société en échangeant avec ses collègues, ses
amis, ses enfants et plus rarement avec des journalistes, des bail-
leurs et des politiques. Ces simples échanges constituent déjà une
forme de diffusion du savoir scientifique dans la sphère publique.
Bien que souvent peu formé à la pratique de la vulgarisation, le
1 Nous dédions cet article à Hélène Pagezy (chercheure au sein de l’UMR 7206,
Écoanthropologie et Ethnobiologie-CNRS/MNHN), décédée subitement en
mars 2013, avec qui nous avons codirigé l’ouvrage Nature du monde : dessins
d’enfants, publié aux Éditions CTHS en décembre2010. Ce texte est la première
analyse que nous développons sur les espaces de dialogue générés par nos
recherches sur les dessins d’enfants, et par notre engagement à diffuser ces
recherches dans l’espace public, ce qu’Hélène Pagezy a promu ces dernières
années avec une grande implication.
52 Les savoirs des sciences sociales
chercheur tente de s’adapter en permanence à ses interlocuteurs et a
le pouvoir de les influencer. Il est alors crucial de réfléchir et d’ana-
lyser comment les modes de diffusion des savoirs scientifiques
jouent sur, voire conditionnent, ce que le public va percevoir, retenir
et diffuser à son tour.
Le partage et la diffusion des connaissances scientifiques comptent
depuis1982 parmi les missions essentielles des chercheurs. Selon
les articles14 et24 de la loi n°82-610 du15juillet1982 d’orienta-
tion et de programmation pour la recherche et le développement
technologique de la France, parmi ces missions figurent la valorisa-
tion des résultats, la diffusion des connaissances scientifiques, la
formation à la recherche et par la recherche, la diffusion de l’infor-
mation et de la culture scientifique et technique dans toute la popu-
lation, et notamment parmi les jeunes, la formation initiale et
continue et l’administration de la recherche2. Les chercheurs ne
doivent donc pas se restreindre à diffuser leurs résultats de recherche
dans leur champ disciplinaire, mais doivent au contraire s’attacher
à investir l’espace scientifique dans son ensemble, ainsi que l’es-
pace public. Les processus de diffusion des savoirs dans ces deux
espaces méritent d’être explorés et analysés en parallèle, car ils
nécessitent souvent de faire appel à des modes particuliers de
communication et des postures différentes.
En participant à la création de l’exposition Natures vivantes,
regards d’enfants, accueillie au musée de l’Homme à Paris en2007
et 2008, puis à la codirection de l’ouvrage Nature du monde.
Dessins d’enfants publié aux Éditions CTHS en 2010 (P
etal.), nous avons expérimenté plusieurs espaces de dialogue que
nous décrirons et analyserons dans ce chapitre. L’ouvrage, rassem-
blant plus de200dessins d’enfants, a ensuite été valorisé en servant
de support de communication lors de conférences publiques et
d’ateliers scolaires qui ciblaient les adultes, les plus jeunes ou les
deux publics à la fois, créant alors de nouveaux espaces de dialogue
avec la société civile.
2 http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006068756
&dateTexte=20110620
C. SaBinot et al. — Le dessin d’enfant 53
Dans ce chapitre, nous proposons d’exposer les raisons de notre
engagement dans cette démarche de diffusion du savoir, et les résul-
tats de l’expérimentation de ces espaces de dialogue, notamment en
rendant compte et en analysant les points forts, les contraintes et
difficultés spécifiques de chaque espace. Nous verrons aussi que la
vulgarisation et le transfert des connaissances et des questions de
recherches permettent au chercheur de recevoir les réactions des
différents publics sur les pratiques scientifiques. Nous expliquerons
enfin qu’il s’agit à la fois d’un engagement et d’un outil sur lequel
les recherches futures peuvent, voire doivent s’investir (confronta-
tion des classifications, des catégorisations, mise en évidence de
thématiques, etc.), d’autant plus lorsqu’il s’agit de recherche-
action visant à favoriser un développement durable qui prend en
considération les interactions entre les sociétés et la nature.
L’ethnoécologie:
une discipline etune approche
basées surledialogue
Les recherches que nous avons partagées relèvent principalement de
l’ethnoécologie. Cette discipline d’interface vise à étudier les rela-
tions entres les sociétés et leur environnement. Ses contours sont
relativement flous, puisqu’elle est rattachée à plusieurs corpus dis-
ciplinaires allant de l’écologie à l’anthropologie. Comme dans la
majorité des sciences humaines et sociales, ceux qui la pratiquent
doivent en permanence adapter leur discours aux interlocuteurs
rencontrés sur le terrain comme auprès des collègues.
Ainsi, dans un premier temps, puisqu’il s’agit d’une discipline
d’interface, elle exige par essence de communiquer avec les cher-
cheurs des autres disciplines. Un travail de vulgarisation auprès des
autres disciplines est donc systématiquement nécessaire en amont.
Un second lieu de diffusion-vulgarisation de cette discipline se fait
sur le terrain avant même de commencer les enquêtes, puisque les
ethnoécologues introduisent ces dernières en expliquant l’objectif
54 Les savoirs des sciences sociales
de leur travail, leurs questionnements, ainsi que la méthodologie
adoptée. Enfin, l’ethnoécologie se prête facilement à la vulgarisa-
tion, car les thématiques qu’elle traite concernent directement les
sociétés, qui sont souvent curieuses de connaître et comprendre ce
qui se passe ailleurs.
Le chercheur ethnoécologue se voit ainsi attribué, à trois étapes de
sa recherche, une fonction d’interface et de médiateur.
Le dessin d’enfant au cœur
du partage dessavoirs
Alors que l’utilisation du dessin est classique en psychologie, elle
ne l’est pas en ethnoécologie. En effet, le dessin d’enfant est utilisé
par certains scientifiques et praticiens dans le but d’analyser les
représentations et les perceptions du milieu (de nature angoissante
ou rassurante, par exemple) et particulièrement, les sources d’an-
xiété affectant les personnes. Georges-Henri Luquet, philosophe et
ethnologue, fut sans doute le premier à vraiment prendre au sérieux
les dessins des enfants et à en faire un ouvrage (L, 1927). Les
géographes ont, quant à eux, depuis les années1970, fait émerger
des dessins les relations des enfants à l’espace (F, 2003).
De plus, par les cartes mentales plus souvent dessinées par des
adultes, les chercheurs analysent la représentation dans l’espace
d’une expérience vécue. Certains ethnoécologues, comme
D(2007) et B(2007), simultanément à l’exposition
Natures vivantes, regards d’enfants, ont d’ailleurs mobilisé de façon
opportune et complémentaire les outils basés sur ces représentations
graphiques des psychologues ou des géographes.
En nous centrant sur une approche et une méthode nouvelle pour
l’ethnoécologie, notre objectif initial fut de montrer que l’étude des
savoirs, savoir-faire et représentations des enfants et des jeunes
permettait, au même titre que ceux des adultes, de mieux connaître
les sociétés et leurs modes de vie, ainsi que les modes de transmis-
sion et les changements.
De fait, les recherches en sciences de l’homme et de la société sont
essentiellement basées sur des observations de terrain et des entre-
tiens avec des individus ou des groupes, et restituent généralement
C. SaBinot et al. — Le dessin d’enfant 55
la parole des adultes, hommes et femmes, plus rarement celle des
enfants. Bien que l’analyse du discours, issu d’entretiens libres ou
semi-directifs, permette d’obtenir l’essentiel des informations
nécessaires aux analyses, les propos des adultes ne peuvent en
aucun cas remplacer ceux des enfants. C’est avec un regard neuf et
moins contraint que les adultes sont imprégnés des normes et codes
de leur société, que les enfants sont les témoins des changements
sociétaux et paysagers qui affectent leur environnement (C
B, 2007). C’est pourquoi, tout en tenant compte des
connaissances fines des sociétés que chaque chercheur avait déjà
capitalisées, notre groupe de recherche a opté pour mobiliser les
discours, les pratiques et les dessins des enfants afin d’appréhender
les relations que ceux-ci construisent et entretiennent avec leurs
environnements.
Pour mettre en œuvre un tel projet, de la recherche jusqu’au partage
de ses résultats dans l’espace public par une exposition puis un
ouvrage, un important travail d’harmonisation des approches et des
méthodes et des manières d’interagir avec les différents acteurs a
été accompli.
Collecte et choix des dessins:
harmonisationdes méthodes
Choix géographiques
Les pays et les sociétés choisis pour cette analyse comparative des
représentations que les enfants se font de leur environnement
devaient nécessairement être parmi ceux étudiés par les chercheurs
du projet dans les années précédant2007 et devaient être répartis
sur différents continents et milieux écologiques.
Choix méthodologiques de terrain
L’harmonisation des méthodologies a été réalisée en amont de la
collecte des dessins, contraignant une certaine homogénéité d’ap-
proche, tout en autorisant une liberté et donc une adaptation à
chaque contexte local. Des choix spécifiques ont été faits sur la
consigne transmise, soit la question posée aux enfants, les âges de
56 Les savoirs des sciences sociales
ceux-ci, l’acceptation ou non de la présence d’autres intervenants
(tels que les enseignants) dans la classe. La question adoptée par la
plupart des chercheurs a été «Dessine-moi ta nature, ce qui t’en-
toure, ton environnement». Cette question a dû bien souvent être
traduite dans la langue vernaculaire, en s’efforçant de respecter au
mieux l’objectif retenu : qu’il émerge du dessin les relations de
l’enfant avec son environnement, et non que ce dessin serve à véri-
fier la réappropriation de messages éducatifs. Spontanément, les
enfants ont dessiné la nature qu’ils connaissent, celle dans laquelle
ils sont immergés. Nous avons alors choisi de sélectionner les des-
sins d’enfants âgés de9 à13ans3. Il est arrivé que de rares dessins
d’enfants de14 à16ans soient conservés (en le signalant) pour des
raisons didactiques, leurs productions graphiques s’avérant particu-
lièrement riches ou présentant un intérêt particulier au regard des
activités en lien avec l’environnement.
L’exposition et l’ouvrage
L’exposition Natures Vivantes, regards d’enfants puis l’ouvrage
Nature du monde, dessins d’enfants ont présenté une nouvelle
approche de l’ethnoécologie à l’interface des sciences de la nature
et des sciences de l’homme et de la société. Les auteurs se sont faits
les interprètes du «langage graphique» que représentent les dessins
d’enfants, qui ont antérieurement et surtout postérieurement à la
réalisation de leurs œuvres participé à des entretiens individuels
ouverts et semi-directifs avec les chercheurs. Ainsi, ces derniers ont
pu, dans l’exposition et l’ouvrage, livrer aux lecteurs et aux visiteurs
non initiés les clés permettant de décrypter les dessins grâce aux
connaissances fines du contexte social et écologique des sociétés.
L’exposition a pu voir le jour grâce à une équipe composée de scienti-
fiques et de spécialistes de la muséographie au musée de l’Homme.
3 Afin de minimiser les biais relatifs au décryptage des dessins, il nous a semblé
pertinent de ne pas inclure des enfants de moins de8ans, trop jeunes pour savoir
reproduire le détail (couleur, attitude, particularité anatomique, comportement,
gestuelle) permettant à coup sûr de reconnaître une plante ou un animal, une acti-
vité ou une technique. Au-delà de13 ans, des inhibitions étaient à craindre (peur
d’être jugés dans la qualité de son dessin). Lorsque l’école était choisie comme lieu
d’enquête, l’équivalent d’un niveauCM2 était la limite supérieure de la sélection.
C. SaBinot et al. — Le dessin d’enfant 57
L’objectif était de présenter aux visiteurs des sociétés vivant dans des
milieux différents sur des aires géographiques variées. Nous avons
choisi d’exposer un module par société, composé d’un triple panneau
de dessins, photos et textes, d’objets représentatifs d’un type de rap-
port existant entre l’homme et son environnement, et d’animaux natu-
ralisés. Tous les modules étaient répartis autour d’un globe terrestre;
un tracé sur le sol reliait un site au module le concernant; des sons
enregistrés par les chercheurs apportaient l’ambiance sonore générale.
L’ouvrage quant à lui, après de longs échanges entre le comité de
direction et le comité éditorial, a été découpé par milieux, puis par
pays ou départements d’outre-mer, ceux-ci présentant chacun trois
sections. La première expose le cadre de vie de la société étudiée et
en rapporte les contextes géographique, historique, social, culturel4.
La deuxième section Vivre la nature tente de répondre à la ques-
tion: «Tous les enfants du monde vivent-ils leur nature de la même
façon?», tandis que la troisième Penser la nature tente de répondre
à la question: «Tous les enfants du monde perçoivent-ils «leur»
nature de la même façon? » Cet ouvrage, riche de plus de deux
cents dessins, illustre donc les natures à la fois vécues et pensées par
les enfants du monde. Même si ces deux dimensions sont en réalité
indissociables, la présentation similaire de chacune des sections a
pour objectif de permettre au lecteur de développer lui-même une
approche comparative des différentes sociétés, et des regards que
les enfants portent sur leur environnement.
L’objectif de l’exposition et de l’ouvrage n’était pas de montrer
«les plus beaux dessins», de magnifier ou de folkloriser certains
savoirs, pratiques ou représentations, mais bien de rendre compte
des savoirs des enfants sur leur vie dans la nature. Publié deux ans
et demi après le démontage de l’exposition, l’ouvrage est devenu à
son tour un outil, pérenne qui plus est, pour montrer au lecteur
combien les représentations des enfants sont le miroir des transitions
culturelles et sociales de ce monde. Il met de plus l’accent sur le fait
4 S’y trouvent les biotopes et les paysages du Grand-Nord (terres gelées, toundra,
taïga), les Hauts-Plateaux d’Asie centrale (steppes, montagnes), la forêt amazo-
nienne (forêts, rivières, rapides), les milieux marins et littoraux d’Afrique centrale et
du Sud-Est asiatique (mer, lagune, mangrove), des milieux cultivés (jardins, planta-
tions, vergers, rizières, agroforêts), enfin des milieux urbanisés (Saint-Denis de la
Réunion et Pont d’Ain au pied du Jura).
58 Les savoirs des sciences sociales
que mobiliser les savoirs des enfants est essentiel pour travailler sur
les questions de transmission, car cette catégorie de la population se
trouve au cœur des processus de transmission des savoirs et des
savoir-faire intergénérationnels sur la nature.
Pour conclure, le travail scientifique d’exploration de cet outil, le
dessin d’enfants, nous a permis d’aboutir à une approche méthodo-
logique qui se prête bien à la diffusion des savoirs scientifiques vers
le grand public. En effet, le dessin support de ces recherches compte
parmi les voies d’expression technique, voire artistique auxquelles
la plupart d’entre nous sommes sensibles. Néanmoins, c’est unique-
ment en développant une méthodologie solide partagée entre tous
les chercheurs participant au projet que cela a pu se faire.
Diversités des espaces de dialogue
Forte d’une expérience collective et collégiale, l’équipe de chercheurs
réunie pour ce projet a permis de faire émerger un nouvel objet et
outil de recherche, le dessin d’enfant. L’objectif initial des premiers
chercheurs participants n’était pas de proposer une méthode de vul-
garisation scientifique, mais il est apparu rapidement, telle une évi-
dence, que cet objet constituait un média de prédilection pour cela.
Nous nous en sommes donc saisi pour valoriser les recherches de tous
les chercheurs de l’équipe constituée au sein d’une exposition desti-
née au grand public. Puis, après cette exposition au musée de
l’Homme (Trocadéro, Paris), nous avons pensé et écrit un ouvrage
collectif dans lequel le dessin était le point d’entrée et d’analyse des
relations hommes-natures, et plus encore un élément d’échange entre
le lecteur et l’enfant de la société qui a dessiné.
Dans ces deux modes de communication, éphémère et durable,
notre objectif était de développer et diffuser auprès des chercheurs
et des non-chercheurs cette approche novatrice de l’utilisation des
dessins d’enfants pour comprendre leurs rapports à l’environnement,
tout en faisant connaître au public des modes de vie et des sociétés
dont on parle peu.
C. SaBinot et al. — Le dessin d’enfant 59
Lors de ces deux expériences de diffusion des savoirs, nous consi-
dérons avoir ouvert, vécu et expérimenté trois espaces de dialogue:
le premier entre chercheurs et populations locales (enfants qui ont
dessiné, professeurs des écoles, familles de ces enfants,etc.) ; le
deuxième entre chercheurs issus de champs disciplinaires variés
(anthropologie, écologie, ethnologie…), le troisième entre cher-
cheurs et citoyens. En analysant plus finement ce dernier espace,
nous en avons conclu qu’il était multiple et l’avons alors scindé en
deux sous-espaces: celui auquel participent enseignants, agents de
communication divers et décideurs qui sont des citoyens d’interface
avec les autres citoyens, et celui auquel participent des «simples
citoyens», qui par opposition à ceux cités précédemment, ne sont
pas investis d’un rôle officiel d’enseignement, de médiation de
l’information, ou de décision. Cette section a pour objectif de défi-
nir, délimiter et analyser les espaces de dialogue au sein desquels les
chercheurs ont été acteurs durant cette expérience de diffusion.
Espace de dialogue
«chercheurs et populations locales»
Cet espace inclut les chercheurs et les populations (enfants qui ont
dessiné, familles de ces enfants, professeurs des écoles,etc.). Au
sein de cet espace, deux moments privilégiés ont permis des
échanges: celui précédant la réalisation du dessin et celui le suivant.
Avant que le dessin soit réalisé, avant que la demande soit formali-
sée aux enfants, le chercheur doit amorcer le dialogue avec l’ensei-
gnant qui, le plus souvent, est la personne qui permet de réunir les
enfants pour répondre au projet. Organiser l’atelier de dessins sug-
gère donc d’initier un dialogue entre le chercheur et l’enseignant,
avant de le poursuivre avec les enfants eux-mêmes. Dans ce temps
de dialogue, les objectifs de la recherche sont exposés et discutés
avec l’enseignant5. Le chercheur explique notamment qu’il souhaite
que l’enseignant ne s’implique pas dans la consigne donnée aux
5 Pour certains ateliers organisés postérieurement à la décision de créer une expo-
sition, les enjeux nouveaux portés par la volonté d’en faire une exposition sont aussi
exposés et discutés.
60 Les savoirs des sciences sociales
enfants afin que, d’une part, celle-ci reste similaire dans chacun des
sites de travail et que, d’autre part, cela n’entraîne pas de déforma-
tions de la consigne, des digressions «naturelles» et involontaires,
qui risqueraient d’inspirer, de guider de manière trop «directive»
les esprits et les crayons des enfants. Au cours de ces échanges, le
chercheur est bien entendu amené à expliquer sa démarche de scien-
tifique (méthodologie, objectifs, attentes, « livrables », etc.) et
prend par cette occasion du recul sur son métier et sa fonction, recul
qui lui sera utile pour interagir avec les acteurs des autres espaces
de dialogue.
L’espace de dialogue qui se crée avec l’enseignant et dans lequel les
enfants sont intégrés par la suite doit contribuer à offrir une atmos-
phère détendue et surtout différente des attentes que les adultes ont
des enfants dans l’espace scolaire. Il doit s’agir d’un espace propice
à un échange autre entre chercheurs, enseignants et enfants dans
lequel les enfants ne doivent pas se sentir jugés ou évalués sur leur
apprentissage scolaire, mais libres d’exprimer leurs propres envies,
représentations, interprétations de ce qui les entoure. Après que le
dessin a été réalisé, l’espace de dialogue «chercheurs-populations
locales » s’ouvre plus largement à la société étudiée. Le dessin
devient un objet partageable avec tous pour discuter, puis un outil
support pour d’autres enquêtes auprès des enfants eux-mêmes,
d’autres enfants du village ou du pays, de leurs parents, d’autres
adultes, de gestionnaires, de décideurs, d’étudiants, etc.
Ainsi, dans ce premier espace «chercheurs et populations locales»,
les interactions que le chercheur génère avec ces interlocuteurs se
font en deux temps, avant que le dessin existe et suite à sa réalisa-
tion. Il est intéressant de relever que les interactions entre les acteurs
de cet espace ne se font pas uniquement en présence du chercheur:
les échanges se poursuivent au-delà grâce à la propriété «parta-
geable» de l’objet de recherche. Nous discuterons les points forts
et les difficultés rencontrées plus loin.
Espace de dialogue
«chercheurs de disciplines variées»
Bien que n’arrivant pas nécessairement après la création de l’espace
de dialogue construit avec les populations locales, nous avons choisi
C. SaBinot et al. — Le dessin d’enfant 61
de décrire et d’analyser l’espace composé de chercheurs unique-
ment en deuxième partie. Cet espace se construit en amont, mais
aussi en aval du dialogue entre les chercheurs et les sociétés étu-
diées. Il comprend des chercheurs issus de champs disciplinaires
variés (anthropologie, écologie, ethnologie, ethnoécologie, géolo-
gie, démographie, ichtyologie) qui, pour travailler ensemble, ont
fait un effort de décloisonnement des disciplines.
Autour de l’objet « dessin », nous avons investi d’une nouvelle
manière l’espace de dialogue composé de chercheurs de différentes
disciplines et travaillant par ailleurs sur d’autres projets pluri ou
transdisciplinaires. Sur des terrains variés et des thématiques de
recherche à des échelles parfois différentes, au-delà de la volonté
d’offrir des traductions des relations hommes-natures afin de
répondre au projet de recherche partagé que nous avons présenté, le
dessin d’enfant a servi à répondre à d’autres questions de recherche,
pas nécessairement explorées par tous les chercheurs. Ainsi, Boris
Chichlo, anthropologue formé à l’histoire de l’art, a pour des rai-
sons scientifiques, mais aussi artistiques, recueilli les dessins des
enfants de Sibérie lors de chacun de ses séjours de1993 à 2006
(C, 2010). Olivier Ferrari et Jacques Ivanoff quant à eux ont,
en2005, fait dessiner des enfants Moken et Moklen d’Asie du Sud-
Est péninsulaire juste après le passage du tsunami (décembre2004).
Ils ont notamment étudié le rôle de la transmission des mythes et
des savoirs relatifs à l’environnement dans les réactions différentes
des deux groupes face au tsunami dévastateur. Les chercheurs ont
collecté les représentations que les enfants se faisaient de leur «vie
de tous les jours» et ont recueilli de nombreux dessins où figure
«la vague mangeuse d’hommes»6. Ils ont aussi rendu compte des
autres mythes construits autour des effets du «deuxième tsunami»,
termes que les Moken ont eux-mêmes appliqués à l’omniprésence
d’ONG, qu’ils ont considérées comme « plus ravageurs que les
rouleaux des vagues» (F et I, 2010).
Selon les terrains d’étude et les recherches menées, c’est donc
l’intérêt heuristique, ludique, psychologique, ou encore artistique
qui a orienté le chercheur. Ces choix, ces intérêts de recherche, ont
6 Titre du dessin d’une petite fille de10ans de Tha Peyoy en Thaïlande.
62 Les savoirs des sciences sociales
à leur tour fait l’objet de discussions, permettant à notre groupe
d’aller au-delà d’un dialogue centré sur la compréhension des
relations sociétés-natures.
Puis, dépassant l’outil dessin, l’espace de dialogue créé dans le
cadre du projet s’est étendu dans le temps pour construire d’autres
réflexions et programmes pluri et transdisciplinaires.
Espace de dialogue
«chercheurs et citoyens»
Cet espace composé de scientifiques et de « non-scientifiques »
comprend deux sous-espaces : celui des enseignants, agents de
communication (journalistes, animateurs scientifiques) et décideurs
qui sont des citoyens d’interface avec les autres citoyens, et celui
des «simples citoyens» qui, par opposition, ne sont pas investis
d’un rôle officiel d’enseignement, de médiation de l’information, ou
de décision. Cette distinction nous permettra notamment d’explorer
les processus de transmission et de diffusion spécifiques qui doivent
être développés, lorsque les scientifiques s’adressent à des citoyens
endossant un rôle particulier au sein de la société: celui d’enseigner
ou transmettre (les enseignants, les animateurs scientifiques et les
journalistes deviennent à leur tour passeurs de science auprès de
leurs élèves ou plus largement de leur auditoire) et de décider (les
élus et les autres décideurs politiques peuvent user de ces savoirs
pour appliquer leur politique).
Espace des chercheurs et des «simples citoyens»
L’espace faisant interagir scientifiques et «simples citoyens» offre
au moins deux niveaux d’interactions: celui qui prolonge l’espace
«chercheurs et populations locales» à une communauté plus large
composée des autres citoyens du pays, enfants comme adultes ;
celui qui se construit avec les citoyens des autres pays, et notam-
ment ceux de la société du chercheur lui-même, particulièrement la
société française pour notre exemple.
Ainsi, lors du Forum de la recherche à Madagascar en2007, une
des auteures a choisi de discuter des différences de représentations
C. SaBinot et al. — Le dessin d’enfant 63
de la forêt par les enfants à Madagascar selon que l’on est plus ou
moins proche de la forêt. Ce fut alors l’occasion de parler avec le
grand public et les enfants de la question brûlante et fortement
culpabilisante de la déforestation pour les Malgaches (C
B, 2007).
Parallèlement à la tenue de l’exposition au musée de l’Homme, un
cycle de conférences a été organisé pour permettre au public fran-
çais, notamment parisien, d’accéder, grâce aux dessins d’enfants
décryptés par le chercheur qui les avait collectés, à une connais-
sance sur les savoirs, savoir-faire et représentations en matière
environnementale de chaque société. La plupart des scientifiques
engagés dans l’exposition se sont investis dans ce mode de commu-
nication où une place importante était consacrée à l’échange entre
les auditeurs et le chercheur, permettant d’aller au-delà de l’exposi-
tion simple, sans interlocuteur disponible pour répondre aux
éventuelles questions des visiteurs.
Par ailleurs, les dessins et l’ouvrage ont aussi été mobilisés lors
d’ateliers avec des scolaires (expériences des auteures avec des
jeunes originaires de la Réunion à Paris, d’autres de Bretagne à
Océanopolis-Brest). Ils ont permis aux jeunes de prendre conscience
des connaissances fines que d’autres enfants peuvent avoir de leur
milieu, des espèces qui l’habitent, mais aussi des techniques et pra-
tiques déployées par les populations pour avoir accès à ces res-
sources, qu’elles soient à valeur alimentaire, médicinale, ludique,
identitaire ou symbolique. Les jeunes se sont rendu compte des
savoirs, pratiques et représentations des Autres, ils les ont souvent
comparés aux leurs, en tant que membres de leur société, et ont ainsi
été confrontés à l’altérité, les faisant alors évoluer vers plus de
respect envers les autres et leurs visions du monde.
Espace des chercheurs et des citoyens d’interface
En s’adressant aux citoyens ayant un rôle spécifique soit d’ensei-
gnement, de diffusion ou encore de décision, les chercheurs
doivent employer un autre mode de communication, d’une part,
car ces acteurs sont aussi des intermédiaires de diffusion de la
science et, d’autre part, car ils ont la capacité d’influencer leur
propre public: par les choix qu’ils opèrent pour transmettre telle
64 Les savoirs des sciences sociales
ou telle partie des savoirs scientifiques, par le nombre et la qualité
des personnes auxquelles ils s’adressent, par les moyens média-
tiques que ces dernières emploieront, et par l’impact que leurs
décisions pourront avoir.
Auprès des décideurs, l’objectif d’un échange autour des résultats
du projet de dessins d’enfant est d’informer sur les tenants et abou-
tissants d’une telle recherche, voire de profiter d’un tel échange
pour convaincre, afin que des messages forts passent et que parfois
des décisions politiques soient prises. Nous distinguons deux types
de décideurs créant deux types d’espace où les processus de trans-
mission des savoirs doivent aussi s’adapter: les «décideurs » de
terrain (gestionnaires des aires de conservation, bailleurs de fonds
de projets locaux) et les décideurs élus dont les décisions ont un
champ d’action bien plus large. Interagir dans cet espace et faire
passer des messages forts est décisif pour la recherche, pour le cher-
cheur, pour l’implication du chercheur dans la sphère publique,
comme pour le pays où la recherche se déroule. L’enjeu est au
moins double: faciliter la mise en place de projets de développe-
ment et ou de conservation de la nature en adéquation avec les
modes de vie et de pensée des gens et convaincre du bien-fondé de
la recherche pour obtenir des financements pour nos recherches.
Analyses et discussion:
points forts et contraintes
Au sein des espaces de dialogue décrits plus haut, nous avons expé-
rimenté des difficultés, mais nous avons aussi identifié des points
forts que chaque espace offre à ses acteurs, scientifiques et non-
scientifiques. Dans cette section, nous souhaitons montrer que seul
un dialogue ouvert et respectueux entre les chercheurs, les enfants,
le monde de la muséographie et celui de l’édition, peut permettre de
mener à bien de tels projets. Pour ce faire, nous décrirons et analy-
serons les points forts, ainsi que les contraintes et les difficultés
rencontrées dans le développement de nos projets, et donc dans
C. SaBinot et al. — Le dessin d’enfant 65
chacun des espaces de dialogue. Comme exposées en introduction,
les difficultés se sont d’abord cristallisées lorsqu’il a fallu faire des
choix méthodologiques relatifs à l’enquête, afin qu’elle soit adaptée
aux différents terrains de recherche, puis lors de leur mise en pra-
tique auprès des différents groupes. Ensuite, d’autres difficultés et
contraintes ont dû être dépassées lorsqu’il a fallu faire des choix
d’analyse (homogénéité requise), de rédaction, d’orientation et de
présentation tant lors de la création de l’exposition, que dans la
codirection de l’ouvrage.
Les points forts et les difficultés rencontrés sont communs ou spéci-
fiques à chacun des espaces. Pour chaque espace défini, nous met-
trons d’abord en avant les points forts existant en termes de partage/
diffusion des savoirs, puis nous décrirons les difficultés et contraintes
rencontrées. Avant de décliner chacun des espaces sur ce principe,
notons qu’une contrainte est définitivement commune à tous les
espaces : l’accès au financement. C’est un besoin récurrent pour
intégrer un espace de dialogue, on le recherche au sein de certains
espaces. Il est nécessaire à la réalisation de toute recherche, mais
aussi de toute valorisation, notamment celle que nous discutons dans
cet ouvrage. Nous ne l’aborderons pas dans chacune des sections
successives, mais c’est un des points communs à chacune d’elles.
Points forts et contraintes de l’espace
«chercheurs et populations locales»
Le dessin étant un mode d’expression qui paraît moins intrusif que
des entretiens unidirectionnels pour collecter des informations spé-
cifiques et nommées, il permet d’accéder à une autre expression des
connaissances et des représentations des enfants sur leur environne-
ment. Le dessin offre donc la possibilité d’un échange équilibré
entre les chercheurs qui proposent une activité ludique aux enfants
et les personnes enquêtées, et plus largement les sociétés étudiées.
De plus, il se prête facilement à la communication vers les autres
sociétés, et vers les différentes tranches d’âge de celles-ci. Cet
espace n’est essentiellement contraint que par la nécessité d’une
bonne connaissance de la société et de son organisation, ainsi que
par le besoin de maîtriser la langue vernaculaire des populations ou
de travailler avec des traducteurs compétents.
66 Les savoirs des sciences sociales
Points forts et contraintes de l’espace
«chercheurs de disciplines variées»
Tout chercheur fait partie de l’espace public d’un autre chercheur,
d’autant plus lorsque leurs disciplines diffèrent. Les deux princi-
paux points forts de cet espace résident dans l’échange et la création
de partenariat et d’approches méthodologiques nouvelles, allant
au-delà du projet de valorisation des dessins d’enfants. Le dessin
s’est révélé être un objet de plus pour créer des partenariats de
recherches dans une même aire géographique. De plus, au-delà du
terrain de recherche partagé, les chercheurs se sont enrichis des
approches méthodologiques, parfois considérées comme discipli-
naires, des uns et des autres. Le dialogue, qui a été permis par la
volonté de diffuser les sciences humaines et sociales dans l’espace
public en s’appuyant sur un objet et outil de recherche, a donc pu
satisfaire non seulement le public, mais aussi le chercheur.
Nous avons dû faire face à plusieurs difficultés dans cet espace,
certaines relevant directement de la démarche scientifique en amont
de la vulgarisation, et d’autres relevant des modes de communica-
tions à adopter pour communiquer dans l’espace public.
En amont de la vulgarisation, des efforts importants ont dû être
faits pour accorder les méthodologies dans des disciplines, des
approches et des thèmes de recherche variés pour lesquels le dessin
est un outil qui ne sert pas les mêmes questionnements. Ce n’est
pas chose évidente, car les chercheurs sont de ceux qui défendent
énergiquement leurs positions et qui acceptent de modifier leur
positionnement uniquement sur la base d’argumentaires vraiment
solides. Afin que seize chercheurs de disciplines variées s’ac-
cordent sur des méthodologies et des approches de collecte et/ou
d’analyse, il a fallu de longues négociations et que chacun accepte
de faire un minimum de concessions.
Lors de la mise en place de la vulgarisation, les postures et intérêts
différents autour de l’analyse des dessins d’enfants ont aussi
entraîné des difficultés pour le montage de l’exposition et de l’ou-
vrage. De plus, aux ajustements et compromis qui ont été adoptés
par les chercheurs pour accorder leurs méthodologies et leurs ques-
tions de recherche, se sont ajoutés d’autres besoins de conciliation
et d’adaptation des messages et des discours pour correspondre aux
C. SaBinot et al. — Le dessin d’enfant 67
attentes, conseils ou exigences de l’équipe de muséographie, puis
de celle d’édition et de rédaction. Les désirs et méthodes d’interac-
tion des chercheurs avec le grand public sont hétérogènes et nous
avons dû composer avec cette caractéristique. A donc eu lieu une
négociation entre chercheurs à propos du mode de diffusion à adop-
ter dans l’espace public, afin d’arriver à des compromis pour valider
les modes d’expressions, les plans ou encore les couleurs. Les
équipes de muséographie et d’édition ont alors participé à l’arbi-
trage de ces choix. Puis, pour ne pas trop atténuer les spécificités
des différents chercheurs et contraindre leurs volontés et modalités
d’interaction avec le grand public, nous avons créé un cycle de
conférences autour de l’exposition pour que chaque chercheur
puisse s’exprimer en tant qu’individu et développer son approche.
Points forts et contraintes de l’espace
«chercheurs et citoyens»
Nous avons alors distingué deux types d’espace, celui incluant des
simples citoyens et celui incluant spécifiquement ceux ayant un rôle
d’interface avec les autres citoyens. Dans ces deux espaces, le prin-
cipal point fort est qu’un panel de disciplines et de regards est pro-
posé aux non-scientifiques et permet d’ouvrir des débats sur les
différentes visions du monde et manières d’interagir avec l’environ-
nement qui existent à travers la planète. D’autre part, les ensei-
gnants, les chargés de communication et les décideurs sont influents
et critiques, nous devons −en plus de leur proposer un condensé de
nos résultats, de notre expérience, voire expertise−, leur démontrer
efficacement l’intérêt et le bien-fondé de nos recherches. Enfin, il
nous est possible, et nous pensons que cela constitue une de nos
missions de scientifiques, de leur faire part de nos convictions en
matière de sciences et d’éventuels projets de développement, qui
plus est auprès des décideurs, qui détiennent parfois des possibilités
de financement.
Adapter notre langage et expliquer les problématiques du pays dans
lequel nous travaillons (ressemblances et dissemblances), casser les
idées reçues et proposer une analyse plus fine que celle des médias
sont des contraintes auxquelles les chercheurs doivent faire face
dans ces deux espaces. Ainsi, via les dessins d’enfants, la question
68 Les savoirs des sciences sociales
sensible de la déforestation à Madagascar a pu être discutée, et a
offert l’opportunité de passer des idées plus fines et donc plus
proches de la réalité de terrain, que tous les lieux communs existant
sur ce sujet. La diffusion des savoirs dans cet espace grâce aux des-
sins d’enfants permet de légitimer un discours emprunt d’engage-
ment personnel au sein d’une communication d’ordre scientifique,
posture qu’il n’est pas évident de prendre dans toute circonstance.
Les termes scientifiques doivent être employés, éventuellement
simplifiés, mais sans pour autant dégrader l’information. Lorsque
nous entrons plus directement dans un dialogue avec les décideurs
(et là survient une difficulté en amont: avoir accès aux décideurs et
être écoutés), nous devons prendre garde aux détournements éven-
tuels de nos propos, à l’instrumentalisation de la science, et parfois
à une mésinterprétation de nos propos. Se faire épauler ou former
par des spécialistes des médias peut être une solution à ce problème.
Enfin, solliciter les médias nécessite de maîtriser plusieurs modes
de communication très spécifiques, que C.-E.de Suremain décrit
avec humour dans cet ouvrage.
Conclusion
Le dessin d’enfant nous renvoie à notre enfance, nous relie aux
jeunes générations à travers un langage universel et sensible relatant
un vécu personnel à partager. Il est une ouverture aux autres. Le
dessin d’enfant est récemment devenu un objet de recherche et un
outil nouveau pour l’ethnoécologue sur lequel les recherches
futures pourraient et devraient investir davantage (confrontation des
classifications, des catégorisations, mise en évidence de théma-
tiques, etc.; C etal., 2010). Le dessin s’est avéré être un
facilitateur pour la diffusion des savoirs scientifiques auprès des
quatre groupes cibles. La vulgarisation, le transfert des résultats et
des questions de recherche autour de ces expériences nouvelles
permettent de capter l’attention du public par le dessin, mais aussi
de recevoir leurs réactions sur les pratiques scientifiques, puis de les
C. SaBinot et al. — Le dessin d’enfant 69
discuter, voire de les mettre en débat. Nous avons constaté que le
chercheur rencontrait parfois des difficultés à échanger et à s’ouvrir
aux autres facilement (sur le terrain, avec ses collègues, les scéno-
graphes, les journalistes, etc.). Les espaces de dialogue dans les-
quels nous nous sommes retrouvées, nous ont contraintes
temporairement à « sortir » de notre discipline, voire de notre
métier, à changer de posture, à partager notre savoir et nos données
de différentes manières, et parfois aussi à prêter le flanc à la cri-
tique. Ces blocages ou difficultés rencontrés dans la diffusion des
savoirs dans l’espace scientifique et public méritent d’être finement
décrits, explorés et analysés en parallèle pour en affiner les modes
de communication, de transfert et de discussion.
Le dessin incarneégalement un média de choix, efficace et sen-
sible, qui transmet bien plus qu’une simple information, qui en
plus de permettre la collecte de données de recherche semble
adapté à la diffusion des savoirs auprès d’un panel extrêmement
divers d’acteurs, sur des thèmes parfois délicats. Les différents
espaces de dialogue que cette expérience nous a permis de créer et
d’animer illustrent la pertinence de l’outil tant pour l’obtention de
résultats de recherche que pour leur vulgarisation et diffusion dans
l’espace public.
De plus, au-delà des espaces de dialogue présentés ici, il serait sou-
haitable et pertinent de définir et d’analyser les échanges qui se
poursuivent au-delà de ces espaces, lorsque le chercheur n’est plus
présent, ainsi que les processus de transmission et de construction
des savoirs qui se déploient. En effet, d’autres espaces de dialogue
s’ouvrent par effet domino, des espaces où les citoyens non-
chercheurs interagissent entre eux, armés des matériaux que les
chercheurs leur ont proposés: ils les discutent, les critiquent, s’en
servent et finissent par se les approprier. C’est peut-être l’ultime
objectif que nous tentons d’atteindre: que la science que nous dif-
fusons, que nous tentons de partager avec les autres chercheurs,
professions, continue d’être l’objet de débats, de discussions, de
critiques, et puisse catalyser l’émergence de nouveaux projets dans
l’espace public. Par cette approche, le chercheur peut être vu
comme un passeur de savoirs, mais aussi passeur d’esprit critique.
Enfin, cet outil pourrait être intégré dans le cadre de processus de
recherche-action visant à favoriser la production de résultats opéra-
tionnels, comme la production de cartes sur les représentations de
70 Les savoirs des sciences sociales
l’espace et des activités qui y sont menées, afin de contribuer à
prendre en compte des savoirs et les usages dans la délimitation des
différentes zones d’un plan de gestion des ressources naturelles, ou
dans la délimitation d’une aire protégée et de manière plus générale,
au sein de projets de développement qui souhaitent prendre en
considération les interactions entre les sociétés et la nature.
En conclusion, la société civile doit être informée de ce que les
chercheurs découvrent et ces derniers ont donc le devoir de trans-
mettre les savoirs, les doutes, et les idées qu’ils développent.
Néanmoins, le temps que le chercheur mobilise pour diffuser les
savoirs et recueillir les points de vue en retour relève d’un enga-
gement de la communauté scientifique, mais aussi d’un engage-
ment personnel, car ce n’est pas sur ces actions de transmission
qu’il est véritablement évalué7. Améliorer la diffusion des savoirs
scientifiques dans l’espace public devrait donc passer par une
revalorisation des actions de vulgarisation dans notre corps de
métier, accompagnée de formations ad hoc et ce dès les premières
années de recherche.
7 Les modes d’évaluation évoluent et prennent de plus en plus en compte ce volet
«vulgarisation», mais force est de constater que ce n’est pas encore apprécié dans
tous les instituts et centres de recherche. De plus, même si les textes le spécifient,
les évaluateurs ne considèrent pas toujours ces types de valorisation de la
recherche comme un réel point positif pour le dossier du chercheur.
Bibliographie
BatteSti V., 2007 − «“Pourquoi j’irais
voir d’en haut ce que je connais déjà
d’en bas?”. Centralités etcirculations:
comprendre l’usage des espaces dans
l’oasis de Siwa». In Battesti V., Puig N.
(dir.): Terrains d’Égypte, anthropologies
contemporaines, LeCaire, Cedej:
139-182.
Carrière-BuchSenSchutz S., 2007 −
L’urgence d’une confirmation
parlascience du rôle écologique
ducorridor forestier de Fianarantsoa.
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Carrière S., SaBinot C., Pagézy H.,
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Naturedu monde, dessins d’enfants,
Éditions CTHS: 44-68.
DouniaS E., 2007 − «Tigres
etdragons: les animaux symbolisant
la forêt de Bornéo à travers
desdessins d’enfants Punan Tubu /
Tigers and dragons: animal
symbolizing theBorneo forest through
drawings by Tubu Punan children».
InDouniasE., Motte Florac E.,
DunhamM. (éd.): Lesymbolisme
desanimaux: l’animal, clef de voûte
delarelation entre l’homme
etlanature? Paris, IRDÉditions,
coll.Colloques etséminaires,
CD-ROM: 351-393.
Ferrari J., IVanoff J., 2010 −
«Birmanie et Thaïlande. Les Moken
et Moklen, peuples nomades marins
du Sud-Est asiatique» In Pagezy H.,
Carrière S., Sabinot C. (dir.):
Naturedu monde, dessins d’enfants,
Éditions CTHS: 128-147.
Fournand A., 2003 − Images
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Gonesse. Annales degéographie
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Luquet G.H., 1927 − Le dessin
enfantin. Paris, Alcan.
Pagezy H., Carrière S., SaBinot C.
(dir.), 2010 − Nature du monde,
dessins d’enfants. Éditions CTHS,
259p.
Les savoirs
des sciences
sociales
Débats, controverses, partages
Éditeur scientifique
Laurent Vidal
Si les scientifiques sont plus que jamais incités à communiquer
les sultats de leurs recherches dans des revues et des ouvrages
savants, ils sont dans le même temps nombreux à s’engager
dans d’autres formes de partage de leurs connaissances. Qu’ils
en fassent la demande ou qu’ils répondent à des sollicitations,
les chercheurs communiquent dans les dias, sont investis dans
le montage d’expositions ou la réalisation de documentaires,
participent à des débats de société, et s’adressent donc, de fait,
à des publics non scientifiques. En somme, ils descendent dans
l’arène, révélant de nouvelles formes et de nouveaux enjeux de
l’implication du savant dans la société.
Pour témoigner de ces nouvelles formes d’engagement du
chercheur, cet ouvrage rassemble des témoignages et des
analyses de spécialistes des sciences sociales travaillant dans
différents contextes et domaines disciplinaires. Ils rapportent
des expériences qui vont de l’exercice de communication à celui
de vulgarisation scientifique, en passant par la participation à
des débats et controverses. Pourquoi décider de communiquer
sur ses propres travaux ? Comment ces expériences se sont-elles
déroulées ? Quels enseignements en tirer pour le métier de
chercheur ? Telles sont les questions posées dans cet ouvrage
qui, de l’anthropologie à l’économie, de la linguistique aux sciences
politiques, nous révèle que les sciences sociales sont largement
décloisonnées et en prise avec les grandes préoccupations des
sociétés.
Laurent VIDAL est anthropologue, directeur de recherche à l’IRD, dont il a dirigé
le département Sociétés (2011-2013). Il ne depuis plus de vingt-cinq ans
des recherches sur les questions de santé en Afrique et sur l’épistémologie des
sciences sociales dans des contextes d’interdisciplinarité et de développement.
IRD
44, bd de Dunkerque
13572 Marseille cedex 02
editions@ird.fr
www.editions.ird.fr
Diffusion
IRD
32, av. Henri-Varagnat
93143 Bondy cedex
diffusion@ird.fr
27
ISBN 978-2-7099-1881-7
ISSN 0767-2896
Les savoirs des sciences sociales
Couv Vidal-2 plat.qxp_Mise en page 1 26/01/2016 16:37 Page1
Les savoirs
dessciences sociales
Débats, controverses, partages
Éditeur scientifique
Laurent Vidal
IRD Éditions
INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DÉVELOPPEMENT
Collection Colloques et séminaires
Marseille, 2015
Ouvrage issu du colloque
«Les sciences sociales et la diffusion des savoirs dans l’espace public»
Marseille (France), 31 janvier-1er février 2013
organisé avec l’appui de la région Paca et de l’IRD
Préparation éditoriale
Yolande Cavallazzi
Mise en page
Desk (53)
Correction
Sylvie Hart
Coordination, fabrication
Catherine Plasse
Maquette de couverture
Michelle Saint-Léger
Maquette intérieure
Catherine Plasse
Photo de couverture
Collage-pastel (détail) d’Albert Dupin, 1993, coll. et photo d’A.Vidal.
La loi du 1erjuillet1992 (code de la propriété intellectuelle, première partie) n’autorisant, aux
termes des alinéas2 et 3 de l’articleL.122-5, d’une part, que les «copies ou reproductions
strictement réservées à l’usage du copiste et non destinées à une utilisation collective» et,
d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans le but d’exemple ou d’illustration,
«toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de
l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite» (alinéa1er de l’articleL.122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc
une contrefaçon passible des peines prévues au titreIII de la loi précitée.
© IRD, 2015
ISBN: 978-2-7099-1881-7
ISSN: 0767-2896
... The social representations correspond to opinions specific to a culture, a social class or a group relative to social environment objects (Moliner et al., 2002). As drawings are connected to the so-called "visual realism" when children "draw what they know" (Luquet, 1927), we seek to study through drawings how children from different sites and cultural environments perceive and live in their "nature" (Pagezy et al., 2010;Calandra, 2013;Sabinot and Carrière, 2015;Carrière et al., 2017), and how their experience, knowledge, perceptions and beliefs are shaping these ways of conceiving and dwelling with their "nature" (Ingold, 2004). ...
Article
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Environmental education for children is one of the fundamental tools required to reverse the degradation of our environment and the biodiversity erosion. Currently coral reefs are part of the vulnerable ecosystems which are most threatened by human activities and climate change. Responding to these pressures demands decisions at multiple scales, based on solid knowledge of coral reefs but also on strengthened awareness to build adaptive management solutions. Here we evaluate the impact of an environmental awareness campaign for children using a teaching toolbox developed by scientists (MARECO “The Coral Reef In Our Hands”). To assess this impact before and after using the toolbox, we analyzed the evolution of children's representations of coral reefs through drawings. This study was carried out in New Caledonia, focusing on five elementary schools in different social and cultural contexts (urban, rural and coastal). Two hundred and forty-eight drawings were made by children. The drawings were analyzed quantitatively using multivariate statistical analyses which reveals a diversity of representations in children with diverse sociocultural profiles, but also between schools, emphasizing that relationships with nature and marine environment vary according to direct and indirect experiences related to reefs. Furthermore, our results pointed out relevant differences in coral reef representations before and after the use of MARECO, particularly regarding their knowledge of reef biodiversity associated with multicolored organisms and the connection of coral reef with environment, the number of colors being used as a proxy of this holistic vision developed by children. These results point out the performance of MARECO as a playful tool to transfer scientific knowledge to children. Coral reef conservation is intimately linked to an awareness in young generations of the environmental challenges of tomorrow. To be agents of change in a sustainable world, children must be engaged in a fun, rigorous, action-oriented and socially responsible learning process such as the ones developed in participatory approaches.
... Adults in Yaté are particularly concerned by these administrative methods and frame- works. However, an analysis of children's perceptions reflected in their discourses and drawings ( Pagezy et al. 2010;Sabinot and Carrière 2015) offers a larger view of the relationships between society and the green turtle. In 2014, we conducted two types of drawing workshops at the Waho School to understand how children perceive their environment, the place they allocate the marine environment, and the species they pay attention to. ...
Article
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Savoirs écologiques des enfants : le dessin comme outil pour les ethnoécologues (Gabon, Madagascar). Les enfants ont longtemps été marginalisés dans les recherches en ethnoécologie portant sur le savoir écologique traditionnel (TEK) et les représentations de la nature. Il existe peu d'outils et de ressources pour analyser le monde des enfants en ethnoécologie. Cependant, de nombreuses questions et de nombreux thèmes, particulièrement au sujet de la production et de la transmission du TEK, concernent les enfants. Ces derniers construisent leurs propres traditions et compétences, lesquelles façonnent leurs propres productions culturelles, ainsi que celles des adultes. Le TEK des enfants devrait donc être analysé au même titre que celui des adultes dans la recherche en ethnoécologie. Les enfants sont à la fois producteurs et dépositaires du savoir écologique et des valeurs sociétales. Ils mobilisent ces dernières de manière autonome pour interagir avec leur environnement afin d’améliorer leurs conditions de vie, de mener leurs propres expériences, et de s’adapter à un monde qui change. Cet article, principalement fondé sur un terrain effectué au Gabon et à Madagascar, vise à revisiter le TEK des enfants, à analyser et à discuter l'intérêt pratique et heuristique d'un nouvel outil en ethnoécologie : les dessins d'enfants.
Article
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Le savoir écologique des enfants : les dessins comme outils pour les ethnoécologues (Gabon, Madagascar). Les enfants ont longtemps été marginalisés dans les recherches en ethnoécologie portant sur le savoir écologique traditionnel (TEK) et les représentations de la nature. Il existe peu d'outils et de ressources pour analyser le monde des enfants en ethnoécologie. Cependant, de nombreuses questions et de nombreux thèmes, particulièrement au sujet de la production et de la transmission du TEK, concernent les enfants. Ces derniers construisent leurs propres traditions et compétences, lesquelles façonnent leurs propres productions culturelles, ainsi que celles des adultes. Le TEK des enfants devrait donc être analysé au même titre que celui des adultes dans la recherche en ethnoécologie. Les enfants sont à la fois producteurs et dépositaires du savoir écologique et des valeurs sociétales. Ils mobilisent ces dernières de manière autonome pour interagir avec leur environnement afin d'améliorer leurs conditions de vie, de mener leurs propres expériences, et de s'adapter à un monde qui change. Cet article, principalement fondé sur un terrain effectué au Gabon et à Madagascar, vise à revisiter le TEK des enfants, à analyser et à discuter l'intérêt pratique et heuristique d'un nouvel outil en ethnoécologie : les dessins d'enfants. Abstract-Children have long been marginalized in ethnoecological research on traditional ecological knowledge (TEK) and representations of nature. Few tools or resources exist to address the children'ʹs world in ethnoecology. Nonetheless, many questions and themes, especially around the production and transmission of TEK, concern children. Children build their own traditions and skills, which shape both their own cultural productions and those of adults. Children's TEK consequently should be considered alongside that of adults in ethnoecological research. Children are both producers and repositories of ecological knowledge and societal values. They mobilize these in an autonomous manner to interact with their environment in order to improve their living conditions, conduct experiments, and adjust to a changing world. Based mainly on fieldwork conducted in Gabon and Madagascar, this paper aims to reconsider children's TEK, analyse and discuss the practical and heuristic interest of a new tool in ethnoecology: children's drawings. Resumen-El conocimiento ecológico de los niños: los dibujos como herramientas para los etnoecólogos (Gabón, Madagascar). Los niños siempre han sido marginados en las investigaciones etnoecológicas del conocimiento ecológico tradicional (TEK) y de las representaciones de la naturaleza. Sin embargo, existen pocas herramientas y pocos recursos existen para indagar el mundo de los niños en etnoecología. Por lo tanto, numerosas ANTHROPOCHILDREN 7, 2017, URL: https://popups.uliege.be:443/2034-­-8517/index.php?id=2777 Stéphanie Carrière & al: Children's ecological knowledge 2 cuestiones y numerosos temas, en particular acerca de la producción y de la transmisión de los TEK, se refieren a los niños. Los niños construyen sus propias tradiciones y sus propias habilidades que dan cuerpo no solo a sus propias producciones culturales sino a las de los adultos. El TEK de los niños se debería analizar como aquel de los adultos en la investigación ethnoecológica. Los niños son productores y depositarios del saber ecológico y de las valores societales. Éstas están movilizados de manera autónoma, para interactuar con su medio ambiente, con el fin de mejorar sus condiciones de vida, de experimentar y de adaptarse a un mundo cambiante. Este artículo, que se basa principalmente en un trabajo de campo en Gabón y Madagascar, tiene como objetivo de re-­-considerar el TEK de los niños y de analizar y discutir la relevancia práctica y heurística de esa nueva herramienta en etnoecología: los dibujos de los niños.
Chapter
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Les dessins d'enfants en disent long sur la manière dont ces derniers perçoivent le monde qui les entoure. Cette perception dépend non seulement de l'appartenance culturelle, mais également du vécu. Deux groupes d'enfants Punan de Bornéo, l'un composé d'enfants ayant grandi près d'une ville et l'autre d'enfants ayant grandi en forêt, ont été invités à dessiner les animaux symbolisant pour eux le milieu forestier. L'analyse comparative des dessins des deux groupes permet de formuler des hypothèses sur les changements en cours concernant les relations que les Punan entretiennent avec la forêt et les conséquences de ces changements sur la gestion durable de cet écosystème menacé. Mots-clés dessins d'enfants, Punan péri-urbains, Punan enclavés, Bornéo, animaux ▌ Introduction Les Punan comptent parmi les derniers peuples de chasseurs-collecteurs forestiers de la planète. Très peu sont encore totalement nomades, et la grande majorité est en pleine transition entre le mode de vie nomade d'antan et la sédentarité. Bien que résidant dans des villages permanents, les Punan Tubu, qui portent le nom de la rivière le long de laquelle ils vivent, entreprennent des migrations saisonnières en forêt et adoptent, durant l'espace d'une saison, le nomadisme qui fut le leur. Les villages permanents sont généralement distants des zones urbanisées et économiquement " développées " . Bien que s'adonnant à la riziculture pluviale sur brûlis à flanc de colline, les Punan villageois dépendent encore fortement de la
Article
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L'urgence des actions de conservation à Madagascar s'inscrit dans le sillage post-Durban : le président de la République a déclaré qu'il allait, en cinq ans, faire plus que tripler la surface des aires protégées. L'approche en termes de « corridor », lequel n'est pas toujours scientifiquement justifié, constitue l'un des maîtres mots de la politique environnementale. Une analyse de la littérature portant sur le corridor forestier de Fianarantsoa (sud-est de l'île) révèle un décalage important entre le discours des ONG conservationnistes et la réalité du terrain. Il serait pourtant primordial de prendre en compte ce décalage dans la délimitation des aires protégées. Cet article tente de mettre en lumière les flous qu'entretiennent, au nom du principe de précaution, les acteurs de la conservation. The Urgency for Science to Confirm the Ecological Role of the Fianarantsoa Forest Corridor – The urgent need for conservation in Madagascar ensues from the Durban congress; the Malagasy president declared that he would, within five years, more than triple the surface area devoted to conservation. “Corridors”, an approach not always scientifically valid, is a catchword in environmental policy. By examining what has been written about the Fianarantsoa forest corridor in the southeast of the island, we notice a major discrepancy between the words of the NGOs advocating conservation and the actual situation in the field. This discrepancy should be taken into account when setting the bounds of areas to protect. The parties involved in conservation work invoke the principle of precaution to maintain a lack of focus.
Centralités et circulations : comprendre l'usage des espaces dans l'oasis de Siwa
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BatteSti V., 2007 − « "Pourquoi j'irais voir d'en haut ce que je connais déjà d'en bas ?". Centralités et circulations : comprendre l'usage des espaces dans l'oasis de Siwa ». In Battesti V., Puig N. (dir.) : Terrains d'Égypte, anthropologies contemporaines, Le Caire, Cedej : 139-182.
Les peuples de Sibérie et du Kamatchatka
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Chichlo B., 2010 − « Russie. Les peuples de Sibérie et du Kamatchatka ». In Pagezy H.,
Les Moken et Moklen, peuples nomades marins du Sud-Est asiatique
  • J Ferrari
  • J Ivanoff
  • Birmanie
  • Thaïlande
Ferrari J., IVanoff J., 2010 − « Birmanie et Thaïlande. Les Moken et Moklen, peuples nomades marins du Sud-Est asiatique » In Pagezy H., Carrière S., Sabinot C. (dir.) : Nature du monde, dessins d'enfants, Éditions CTHS : 128-147.
  • G H Luquet
Luquet G. H., 1927 − Le dessin enfantin. Paris, Alcan.
), 2010 − Nature du monde, dessins d'enfants
  • H Pagezy
  • S Carrière
  • C Sabinot
Pagezy H., Carrière S., SaBinot C. (dir.), 2010 − Nature du monde, dessins d'enfants. Éditions CTHS, 259 p.