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Les greves du Front populaire de mai et juin 1936: Une nouvelle analyse fondee sur l'etude de ces greves dans le bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais

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A la différence des traditionnelles interprétations spontanéistes des grèves de mai-juin 1936, certaines études récentes soulignent le rôle joué par les organisations. Pour nous, les militants locaux actifs, venus pour la plupart de la CGTU, ont eu une position -- clé dans l'articulation des revendications des ouvriers et finalement dans l'organisation des grèves du Front populaire. Les conditions de travail pour les mineurs de charbon du Nord durant les années 1930 ont permis aux militants ex-unitaires d'acquérir une grande influence dans les bassins houillers et même de supplanter le "vieux syndicat" créé par Emile Basly dans de nombreuses villes. La réunification syndicale, la campagne d'avril 1936 contre les compagnies minières (qui ne réussit qu'en partie), la victoire électorale de mai ont convaincu les ouvriers de suivre les ex-unitaires et de se joindre au mouvement de grève. Les militants communistes locaux furent tellement en pointe durant la grève que beaucoup refusèrent d'accepter l'accord signé par le syndicat. Il fallut toute l'autorité des principaux dirigeants communistes du Nord pour que l'ordre soit restauré dans les mines. /// Most interpretations of the May-June 1936 strikes stress their supposedly "spontaneous" character. However, many recent studies of these strikes suggest that an "organizational" interpretation is more appropriate. Far greater emphasis is placed in this study on the crucial role played by important local militants -- former CGTU militants for the most part -- in articulating the workers' grievances and eventually in organizing the May-June 1936 strikes. An examination of the working conditions of the Northern coal miners in the 1930's shows how it was possible for the ex-Unitaire militants to gain a large degree of influence in the Northern basins and indeed to supplant the "Old Syndicat" of Emile Basly in many locations. A combination of factors -- the syndical reunification achieved at the end of 1935, an only partially successful campaign against the mining companies in April 1936, and the May 1936 election victory for the united Left -- were instrumental in enabling the ex-Unitaires to persuade their workmates to join the strike movement. These local communist militants played such a crucial role during the strike that many militants refused to accept the agreement signed by the union. The full authority of the top local communist leaders had to be applied before industrial peace was restored in the Northern mines.

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... La présence ancienne des communistes dans les entreprises, mais aussi dans les comités locaux contre la vie chère ou le logement insalubre leur permet d'y damer de plus en plus souvent le pion aux socialistes. La création tardive des amicales socialistes d'entreprise en 1936 apparaît dans ces conditions comme une tentative quelque peu désespérée de contrer l'influence grandissante des communistes, qui profitent à pleine de la réunification de la CGT [Rioux, 1979 ; Hainsworth, 1976]. Le développement de la SFIO se concentre alors principalement dans des régions dont la structure sociale se caractérise « par un mélange d'agriculture et de petite ou moyenne industrie disséminée, avec prédominance, toutefois, de l'élément paysan : dans le Midi et le Sud-Ouest (Drôme, Var, Hérault, Tarn, Haute-Garonne, Aude, Pyrénées-Orientales), de la Bourgogne à l'Auvergne (Saône-et-Loire, Côtes-d'Or, Jura, Nièvre, Allier), dans le Centre (Haute-Vienne), dans l'Ouest (Gironde, Charente-Inférieure) » [Ziebura, 1967, p. 191]. ...
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When French people cast their minds back fifty years to the time of the Popular Front, their most vivid memories tend not to be of Léon Blum or of the first socialist-led government in French history, but rather of the strikes of May and June 1936 that accompanied Blum’s election. The scale of the strikes alone would have been sufficient to make the time memorable. There were more strikes in the single month of June than there had been during the previous fifteen years. But the factory occupations which accompanied the strikes also contributed to the festive atmosphere for which June 1936 is remembered. There were often open days and concerts in the occupied factories and entire communities would go to lend their support, to give food to the strikers, or simply to enjoy themselves. If the atmosphere surrounding the strikes was quite novel, so were the results of the workers’ action. Under both the impetus and the threat of the strikes, the newly elected Popular Front government reacted with unparliamentary haste. According to one reckoning, 133 laws were passed in a mere 73 days.1 The changes included the introduction of paid holidays for workers, a forty-hour week, substantial wage rises and improved trade union rights.
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Professeur de science politique à l'Université Lille 2 Résumer plus d'un siècle d'histoire inséparablement politique et syndicale du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais en quelques pages est une gageure. Face au foisonnement des événements et à la diversité des situations locales, le risque est grand de simplifier outrageusement. Un fait s'impose pourtant, massif : la domination politique, quasi sans partage, depuis la fin du XIXe siècle, des partis issus du mouvement ouvrier. Ainsi, depuis 1891, date de l'élection comme députés d'Emile Basly à Lens et d'Arthur Lamendin à Liévin, le coeur du bassin minier du Pas-de-Calais a toujours été représenté à l'Assemblée nationale par des élus de gauche. Le phénomène est un peu plus lent dans le Valenciennois et la région de Douai ; les socialistes de la SFIO y conquièrent leurs premiers mandats de députés en 1906 et deviennent prédominants en 1914. Autrement dit, depuis la veille de la première guerre mondiale, socialistes et communistes n'ont jamais vraiment été inquiétés. C'est sans doute l'implantation municipale qui donne la meilleure mesure de cette domination politique. Raismes, pour ne citer que les communes les plus importantes, sont dirigées par un maire socialiste ou communiste sans discontinuité depuis au moins 1919. Cette domination de la gauche ouvrière ne signifie pas vie politique pacifiée. Bien au contraire. La gauche n'a jamais cessé ici d'être " plurielle ". Avant 1914, socialistes indépendants, guesdistes et syndicalistes révolutionnaires (les fameux " broutchoutistes ") s'opposent souvent violemment. Après la scission du congrès de Tours en 1920, socialistes et communistes se livrent à des luttes virulentes qui perdurent encore aujourd'hui, par exemple à travers la position majoritairement oppositionnelle de la fédération communiste du Pas-de-Calais à l'égard de la participation des communistes au gouvernement de Lionel Jospin. A la différence d'autres bastions ouvriers ou même miniers, aucun des deux " frères ennemis ", n'a réussi à prendre durablement le dessus sur l'autre. Leur rivalité doit même être considérée, en particulier dans la partie du bassin située dans le Pas-de-Calais, comme la caractéristique majeure de la vie politique, mais aussi plus largement sociale. En effet, cette compétition a conduit les dirigeants et les militants des deux partis à créer et entretenir d'influents réseaux, notamment dans le monde du travail par le biais syndical, mais aussi sur le terrain associatif en lien avec le contrôle des municipalités. En conséquence, les identités partisanes socialiste et communiste, derrière un commun rejet des " capitalistes " et des partis bourgeois, sont ici très ancrées et les affiliations s'y transmettent souvent d'une génération à l'autre… bien après la fermeture des mines.
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The Popular Front's victory in the legislative elections of April-May 1936 caused a great sense of relief and then a joyful upsurge of hope and idealism in its supporters. Spontaneously, thousands of workers began to occupy shops and factories. On June 4, when the Blum government came to office, the strikes had begun to paralyze the economy. In the next two weeks, perhaps because it was clear that the Blum government was not going to suppress the strikes but rather to negotiate an end to them, perhaps because by that time it was also clear that neither the Confédération Générale du Travail nor the Communist and Socialist parties would try to take advantage of the situation for an insurrectionary purpose, the strikes spread like wildfire throughout the country. Hundreds of thousands of workers apparently wanted to guarantee, through “direct action”, that the benefits of the Matignon accords and of the promised legislation would apply in their industry or region. It was in these conditions that the Blum government managed to get the conservative Senate's approval for the most progressive social reforms of the Third Republic.
Between 1934 and 1938, several million workers took part in the elections, strikes, and protests that made the popular front a pivotal moment in the recent history of France. Giant street demonstrations, the General Strike of November 1938, and above all the massive sit-down strikes of June 1936 made most workers at least momentary actors in the drama of national political life. Yet, for all that has been written about these events, little is known about how labor conflict during the popular front actually affected workers' views. The problem has been in large part one of sources: the speeches, newspapers, leaflets, and memoirs of the period reveal more about trade union leaders and local militants than about the ordinary men and women who made popular protest possible but whose opinions rarely found their way into print. As a result, a number of questions remain largely unanswered: How much of the ethos of the popular front, and how much of the ideology of the Socialist and Communist parties, did rank-and-file workers come to embrace? Which slogans spoke most poignantly to lathe operators at Renault, textile workers in Lille, or sales clerks at the Galeries Lafayette? Were the euphoria of June 1936 and the crushing defeat of the General Strike in November 1938 as important in the lives of these people as they were for labor leaders? How popular, in short, was the political experience of the popular front?
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Going through the contemporary press and other documents of the day, the author “historicizes” the uses and values of the word occupation within the 1936 social and political context. Due to the incriminating connotation of a word that is also likely to call into question private ownership, the article shows that the use of occupation appealed most to the Right. The Left and the trade unions had been highly suspicious towards this word until it was fully cleared in May 68. This analysis is coupled with a number of methodological reflections on the relationship between denominations and events.
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